Lettre ouverte d’Hem Day Suivie d’une réponse de Lucien grelaud

, par  Grelaud (Lucien), Hem Day , popularité : 4%

Il
est assez curieux de constater que, chaque fois qu’il est parlé
d’anarchie et de non-violence, un silence absolu plane sur tout ce
que j’ai publié en ce domaine. Et pourtant…

Parfois,
je me demande si cela vaut vraiment la peine que je m’attarde
encore à recueillir, dans l’énorme production des
écrits anarchistes, les publications des théoriciens
sur la non-violence, si, à l’occasion d’une étude
sur ce thème, on fait fi volontairement des apports réalisés
ces derniers temps.

Dans
le monde anarchiste, après Barthélemy de Ligt, avec qui
j’ai eu de longs entretiens sur la non-violence anarchiste, je suis
resté le seul à vouloir développer ce problème
crucial. Cela remonte à mon retour d’Espagne et aux
expériences – vécues sur place – des méthodes
violentes utilisées pour réaliser une révolution
sociale valable, c’est-à-dire libertaire.

Je
n’ai pas la prétention d’être resté le seul à
initier ces formulations. Ce serait nier toute l’influence de nos
écrits sur le développement de certains anarchistes.

Nous
n’étions d’ailleurs pas les seuls en Europe et dans le
monde de la pensée, mais nos travaux étaient publiés
en langue française ; nous étions les plus connus.

Je
ne veux pas oublier cependant un précurseur comme Tolstoï,
puis Gandhi. Mais ils étaient tous deux suspects aux yeux des
matérialistes et rationalistes, parce que d’expression
religieuse.

J’en
viens au dernier fascicule, numéro 6, d’Anarchisme et
Non-Violence,
qui, en bien des points m’a fortement déçu,
par sa présentation, son choix de textes, voire des auteurs.
Le présentateur n’a aucune excuse en ce qui concerne les
oublis dans les pages sur la violence et la non-violence dans la
révolution anarchiste. J’en reste étonné et
pour lui et pour moi !

À
quoi a donc servi ma causerie enregistrée qui représente
la somme de ce qui avait été écrit ou dit sur le
problème ? Pourquoi la passer sous silence et refaire cette
anthologie de la non-violence dans l’anarchie sans y faire allusion
 ? On parle souvent de pauvreté de la documentation et on
ignore celle qui existe !

Par
ailleurs, ce rappel des positions des théoriciens me paraît
un mélange assez confus où se mêlent bien des
choses extérieures aux thèmes proposés.

Il
était indispensable de mieux serrer la question et éviter
les diversions inconsidérées.

Je
m’arrête d’abord aux quelques définitions de
dictionnaires, qui révèlent une absence totale de
recherches ou une méconnaissance des publications antérieures.
Se contenter de citer le Dictionnaire Larousse du XXe siècle,
l’Encyclopedia Britannica et le Dictionnaire Lachâtre
me paraît un choix très restrictif, même lorsqu’on
relève les quelques lignes sans signification de Claude
Moucachem de Ravachol, si on omet une source essentielle :
l’Encyclopédie anarchiste.

Que
de belles pages oubliées, laissées dans l’ombre par
notre anthologiste et qui auraient éclairé les
lecteurs, jeunes et vieux, de la revue, sur le mot : “ anarchie ”,
la théorie “ anarchisme ” et le comportement de
l’“ anarchiste ”.

Des
noms comme Élisée Reclus, Jean Grave, Luigi Fabbri,
Malatesta, Sébastien Faure, E. Armand, Pierre Chardon, André
Lorulot, André Girard et bien d’autres n’auraient-ils pas
dû figurer dans cette énumération. Je m’en
excuse.

Sans
doute était-il judicieux de faire appel à Eltzbacher,
pour présenter les idées d’un Godwin, P.-J. Proudhon,
Max Stirner, Michel Bakounine, Pierre Kropotkine, Benjamin Tucker et
Léon Tolstoï ; mais les oubliés ?

Les
démarcations de doctrines réformistes ou
révolutionnaires avaient peu de raison d’être évoquées
dans une telle étude. De même, les considérations
élaborées par certains théoriciens sur la
société, la patrie, l’État ; car un choix
restrictif en ces matières peut fausser la compréhension
d’une doctrine ou d’une théorie. Dans pareil sujet, il
importe d’être aussi objectif que possible.

Il
était souhaitable de serrer les textes de plus près, et
particulièrement ceux relatifs à la révolution
et la non-violence. Je pense qu’en ce domaine ce qui a été
présenté est sujet à caution. Mais il est
difficile parfois de saisir les mobiles auxquels peut obéir un
anthologiste, si bien intentionné soit-il.

J’en
arrive maintenant au Catéchisme révolutionnaire, que
Lucien Grelaud, sans plus de discernement, attribue à
Bakounine, alors qu’il est de Netchaïeff. Les extraordinaires
citations sont extraites d’un texte du fameux Catéchisme
de ce jeune nihiliste et ne reflètent en rien l’esprit
de Bakounine. Il y a là un peu de mauvaise foi à
n’utiliser que ce document contesté, pour tirer des
conclusions qui sont plus ou moins défavorables à
Michel Bakounine. La longue citation témoigne ici d’un
esprit retors plus que d’un chercheur de vérité.

C’est
tout le problème terroriste qui est évoqué, mais
là n’est pas le but de l’étude, j’imagine !

Il
faut savoir que l’expression d’anarchie est pluraliste. On ne
peut englober toute l’anarchie dans la reprise individuelle,
l’action directe, violente, les attentats des périodes
héroïques ou exceptionnelles de l’évolution ou
de la défense des anarchistes et de l’anarchie. C’est vite
dit d’expliquer ainsi le terrorisme et c’est par trop simpliste,
à mon humble avis.

Si
notre ami – jeune, je pense – avait fait une incursion plus
approfondie dans certains écrits, en les étudiant avec
le recul du temps, son choix et l’analyse des documents seraient
apparus sous un tout autre aspect et il aurait, je pense, évité
certaines bévues. Lorsqu’il parle des remords de Bakounine,
cela m’exaspère et, qui plus est, quand il s’autorise à
juger – sur un faux document – et à disserter sur cette
absence “ de la dignité des individus ” chez un homme,
qui, toute sa vie et à travers bien des vicissitudes de la
lutte sociale, les calomnies dont il fut victime, garda toujours une
belle dignité humaine. On ne peut l’oublier en parlant de ce
théoricien, ce géant de l’action révolutionnaire
que les fantaisies d’une critique mal fondée ne peuvent
atteindre.

Trop
de problèmes à peine ébauchés me semblent
un tantinet déplacés dans cette étude, dont le
titre même “ La révolution anarchiste et la
non-violence ” prête à confusion, trop large. C’est
le moins que je puisse dire.

J’apprécie
toutefois avec une certaine satisfaction les quelques allusions aux
écrits de Leval, Armand, Thoreau, Tucker, Tolstoï, Han
Ryner et Devaldès.

Mais,
attention ! L’anarchisme ne change pas de visage pour autant. Il
s’exprime différemment, s’enrichit de pensées
nouvelles.

Il
faut regretter que n’aient pas été plus approfondis
les écrits d’un Tolstoï, d’un Han Ryner et que la
satyagraha de Gandhi n’ait pas été exposée.
J’en avais parlé lors de ma conférence enregistrée
 ; on pouvait la consulter à bon escient. À penser que
j’ai dû prêcher pendant des heures dans un désert
ou que pas mal d’auditeurs étaient sourds ce soir-là.
Sinon, qu’en penser ? !

Les
conclusions de cette étude ne peuvent dégager que des
impressions fausses ou arbitraires.

En
fait, la violence n’a jamais été érigée
en principe dans l’anarchie. Cette interprétation est une
erreur qui s’amplifie lorsque Lucien Grelaud essaie quelques
comparaisons avec d’autres réformateurs sociaux auxquels il
mêle socialistes, marxistes, syndicalistes sans faire une nette
démarcation avec l’idéologie anarchiste et la leur.
Il n’y a pas, Lucien Grelaud, rupture entre le passé et le
présent, mais continuité d’une pensée qui
s’élabore, évolue chez certains et qui demain, nous
sommes quelques-uns à l’espérer, donnera un renouveau
aux idées anarchistes.

Mais
il ne faut rien rejeter des méthodes, des interprétations
d’hier, dont certaines répondaient aux impératifs de
l’heure et aux tragédies de l’époque. Elles
étaient, de plus, le reflet d’une évolution des
esprits dans des prises de position de lutte et de combat.

Au
lieu d’accentuer le divorce, il vaut mieux essayer de l’expliquer
avec beaucoup d’à-propos et de tolérance. Ce sont là
des chemins vers la non-violence. Il nous reste encore beaucoup à
valoriser, si j’en crois toutes les réminiscences qui
apparaissent lors de chaque action tentée de nos jours.

En
mon for intérieur, j’ai 1’impression nette que L. Grelaud
a manqué le but qu’il s’est assigné dans son exposé
et que la revue a fait un faux pas. Il serait souhaitable que l’on
cesse de citer la Première Internationale à tout propos
et hors propos, mais écrire : l’Internationale de 1864, afin
de mieux la situer dans l’évolution des idées
sociales.

Voilà
ce que m’inspire la lecture du dernier numéro d’Anarchisme
et Non-Violence.
Tout ceci dira l’intérêt que
j’attache à l’élaboration et la diffusion de ces
deux idées. Étant donné que la Revue sera un
document qui restera et sera consulté, il me paraît
souhaitable que soit utilisée au mieux cette lettre
ouverte,
sans que je sois dans l’obligation de demander
l’hospitalité ailleurs, pour faire connaître ma pensée
en ce domaine.

_

Complément
de bibliographie

J’arrête
ici mes réflexions, non sans rappeler quelques lacunes dans la
bibliographie, même sommaire, à savoir :


B. de Ligt, Plan de mobilisation contre la guerre.


Mme de Ligt, Comment désarmer.


Hem Day, Souvenirs sur Han Ryner, suivis de
Pacifisme-Violence, Paris, les Cahiers de l’Artistocratie,
1946.


Le numéro de Pensée et Action sur William
Godwin, dans lequel il faut signaler les deux études sur la
non-violence.


Samar Ranjan Sen, l’Inde et la non-violence, brochure éditée
à Pensée et Action.

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Dans
l’Unique, Orléans :


“ Non-violence et action directe ”, numéro 33,
septembre-octobre 1948.


“ L’ère de la violence ”, numéro 39,
mai-juin 1948.


“ Violence-Non-violence-Anarchie ”, numéros 54, 55 et
58, 1951.


“ Non-violence et Satyagraha ”, conférence
enregistrée, numéros 10 et 11, l’Anti-antitoutisme,
janvier-juin 1962.

Articles
repris par d’autres revues, journaux français, espagnols,
italiens.


Le Citoyen du monde, Paris, “ Technique de la
non-violence ”, numéro 15, 17 février 1950.


“ La violence et la société ”, numéro
16, 24 février 1950.


L’Indépendant, Bruxelles, “ La non-violence comme
technique de libération ”. Numéro 37, 8 octobre
1953.


Bulletin de l’IRG Belgique (section), “ Silence à
la violence ”. Compte rendu de numéro, Tour de feu,
numéro 3, mars 1947.


“ Brisons nos fusils ”, numéro 6, 1er mai 1948.


“ Non-violence chez Parker ” (compte rendu), numéro
14, 3 septembre 1949.

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Pour
ne citer que quelques écrits.

Hem
Day

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Réponse de Lucien Grelaud

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J’aurais
aimé répondre à Hem Day d’une manière
moins personnelle, moins polémique, plus non violente, il est
malheureusement des mots, des idées, des accusations “ mal
venus ”, dans sa lettre ouverte, aussi me vois-je obligé, et
ce à mon corps défendant, d’y objecter dans un style
parfois déplaisant, mais hélas ! inévitable vu
le ton donné au départ.

Je
passe donc au premier grief : “ Chaque fois qu’il est parlé
d’anarchie et de non-violence, un silence absolu plane sur tout ce
que j’ai publié dans ce domaine… ” Affirmation pour
le moins hâtive, mon cher Hem Day, je n’ai, dans ce numéro
6 de la revue, cité que très peu les auteurs vivants –
trois seulement, dont deux parce que auteurs d’ouvrages généraux
sur l’anarchisme, Maitron et Guérin ; le troisième
Gaston Leval, parce que comblant certaines lacunes et définissant
mieux que moi certaines idées. Il n’est nullement question
de passer sous silence tes études sur la non-violence et
l’anarchisme, mais il me semble que toi vivant – et pour
longtemps encore je l’espère –, tu te tires fort bien tout
seul du travail que tu as entrepris. N’as-tu pas d’ailleurs
publié dans le numéro 1 de la revue Anarchisme et
Non-Violence
une étude, sommaire il est vrai et loin
d’être exhaustive, bien que fort valable et bien documentée,
sur l’anarchie, la violence et la non-violence (reprise de
l’Unique, numéro 54, 55 et 56 de l’année
1951) ? Il m’a paru que, travaillant dans le même sens, à
si peu d’intervalle, et pour les mêmes lecteurs, il était
inutile de la citer. De là à penser que nous mettions
ton œuvre sous le boisseau, il y a une marge.

Veuille
bien me croire, rien ne justifie ta prévention à notre
égard, les colonnes de la revue te sont ouvertes comme à
tout autre et nous nous ferons un plaisir d’accueillir le fruit de
ton travail, dans la mesure où tu voudras bien nous le
communiquer.

J’en
arrive au second grief : “ le numéro 6 de la revue m’a
fortement déçu par sa présentation, son choix de
textes, voire des auteurs. Le présentateur n’a aucune excuse
en ce qui concerne les oublis dans les pages sur la violence et la
non-violence dans la révolution anarchiste. J’en reste
étonné et pour lui et pour moi !… ”

Que
je t’aie déçu, qu’en tant que présentateur
je n’aie aucune excuse, que tu sois étonné, soit,
mais, d’une part, je n’ai pas prétendu être
exhaustif ; d’autre part, comme tu l’écris si gentiment :
“ … il est difficile parfois de saisir les mobiles auxquels peut
obéir un anthologiste si bien intentionné soit-il… ”
Ce à quoi l’anthologiste répond : La revue Anarchisme
et Non-Violence
a été, entre autres, créée
pour exprimer la position de camarades anarchistes sur de nouvelles
méthodes d’action possibles, méthodes qu’ils
jugeaient préférables aux méthodes
traditionnelles, et pour ouvrir le débat sur ces positions
avec les autres tendances représentatives du “ mouvement
anarchiste ”.

Le
présentateur ou l’anthologiste n’a donc pas prétendu
dans ce numéro spécial clore le débat en donnant
tout, problèmes et solutions adéquates, au sujet de la
révolution anarchiste – ce qui serait pour le moins
présomptueux –, il a voulu au contraire fournir un aliment à
la discussion, ouvrir le dialogue entre amis et “ adversaires
” lecteurs de la revue.

Il
n’était nullement dans mes intentions d’ignorer
systématiquement ton essai d’anthologie sonore, mais j’en
suis confus, je n’ai pas assisté à l’audition de
celle-ci et, comme tant d’autres bonnes choses, je n’en ai pas
connaissance encore. Un jour peut-être l’écouterai-je
et alors seulement je pourrai en tenir compte et corriger, si
nécessaire, mon opinion sur le sujet incriminé. Je n’ai
jamais prétendu tout connaître et tout savoir sur
l’anarchisme, la révolution, la violence, la non-violence
ou… le reste.

N’ayant
nullement l’intention, je le répète, de réaliser
une anthologie exhaustive sur l’anarchie, il m’a semblé
honnête et suffisant de ne donner que trois citations
définissant l’anarchisme. Celles-ci ne peuvent pas remplacer
l’œuvre de quelques milliers de pages nécessaires pour
définir l’anarchisme – bien qu’imparfaitement
d’ailleurs, car il me semble que celui-ci est en perpétuelle
évolution donc difficilement cernable définitivement.
La citation du Larousse comme définition “ bourgeoise
”, du Lachâtre comme reflétant l’opinion du
socialisme en général, celle de Kropotkine en tant
qu’anarchiste me paraissaient fort suffisantes comme données
de base. Crois-moi, je serais navré si, de par mon
inexpérience, j’avais échoué dans mon
intention, mais y a-t-il vraiment échec ? Rien ne me semble
moins évident.

Tu
me reproches encore la citation de Claude Moucachem, les quelques
lignes qui y ont trait te semblent sans signification. Permets-moi de
ne pas être d’accord. Elles mettent l’accent sur le côté
préférentiel d’un anarchisme éthique sur le
social et le politique. En tant qu’anarchiste tendant vers la
non-violence, n’était-ce pas justifié ? Encore une
fois, je ne réponds pas, je pose la question, à nous
tous, d’y penser et d’y répondre.

M’accuser
de ne pas citer cette source essentielle qu’est l’Encyclopédie
anarchiste
me semble bien mesquin, je ne cite pas tout, même
pas l’essentiel, j’en ai fort conscience. Je n’avais pas
l’Encyclopédie en main, j’ai essayé de m’en
passer et il me semble y avoir réussi, si je me suis trompé,
peut-être le débat ouvert par la publication de mon
étude apportera-t-il un complément d’information et
viendra-t-il par là renforcer la valeur aussi infime soit-elle
de celle-ci.

Nous
en arrivons au point crucial, je crois, pour toi : mon attribution, à
la suite de beaucoup d’autres, du Catéchisme
révolutionnaire
à Bakounine plutôt qu’à
Netchaïeff. Depuis une vingtaine d’années que je
fréquente les “ milieux anarchistes ” – je ne suis donc
pas si jeune ni si inexpérimenté –, la polémique
piétine toujours sur cette attribution, je me permets de te
dire qu’elle est pour moi sans intérêt. Tant que les
camarades qui, comme toi ou Leval, par exemple, n’auront pas fourni
autre chose que des arguments verbaux concernant cette querelle, tant
que des preuves tangibles ne viendront pas remplacer les
argumentations à perte de vue, je ne tiendrai aucun compte des
accusations que tu portes contre moi à ce sujet. De toute
manière, je ne m’appuie pas sur le seul Catéchisme
révolutionnaire
pour donner mes impressions sur le
Bakounine de cette époque, la citation de ce texte n’est pas
seule, que je sache, et je regrette d’être considéré
par toi comme retors et de mauvaise foi à ce sujet. Ce sont,
avoue-le, des mots regrettables dans ta lettre, seule une passion
immodérée pour le “ géant ” Bakounine peut
la soutenir. Cela me semble un peu faible et par trop entaché
de sentimentalisme. Je m’excuse, mais quand un ami, des amis me
semblent dans l’erreur, je n’ai pas l’habitude de les y laisser
patauger, je cherche à les dissuader en critiquant leur
position, et, plus ils sont mes amis, plus je suis exigeant à
leur égard.

Contrairement
à ce que d’aucuns pourront penser, je considère, je
dirais même nous considérons tous, que Bakounine fut
comme socialiste révolutionnaire, comme libertaire, un des
plus grands bonhommes du XIXe siècle, il n’est donc pas
comme tu pourrais le croire pour moi, l’homme à abattre pour
purifier l’anarchisme.

Ce
que je refuse, c’est de sombrer dans le panégyrique
bakouniniste de certains, c’est tout.

Je
n’ai effectivement que très peu cité Tolstoï, il
n’était nullement dans mon intention de l’oublier, comme
tu sembles le croire, mais il doit être étudié
dans un prochain numéro de la revue consacré à
l’anarchisme religieux. Il en est de même de l’étude
sur Gandhi, qui paraîtra dans un numéro spécial
sur la non-violence religieuse.

Pour
parler de choses vénielles, tu voudras bien, j’en suis
certain, m’excuser d’avoir mentionné la Première
Internationale au lieu de l’Internationale de 1864. Après
lecture de ton livre consacré à cette question, je suis
en effet d’accord avec tes arguments, mais je considère
ceux-ci comme secondaires et crois que tu as plus fait œuvre de
polémiste que d’historien dans cet ouvrage. Je bats
néanmoins ma coulpe sur ce point.

Je
te remercie aussi, et au nom de tous les lecteurs de la revue, pour
les références que tu nous fournis quant à la
non-violence, la violence et l’anarchie, c’est bien dommage que
celles-ci ne nous aient pas été communiquée lors
de la parution du numéro 1 de la revue avec ton article sur ce
thème. Mieux vaut tard que jamais, merci encore.

Pour
la bibliographie publiée à la suite de mon article, il
n’était pas question de l’alourdir, j’étais même
désireux de la livrer beaucoup plus courte, une bibliographie
plus complète devant paraître prochainement dans la
revue.

Je
ne voudrais pas terminer cette réponse sur une note trop
aiguë, mais me paraît déplacée, voire
désagréable, ton allusion à la publication de ta
réponse à mon article, en cas de refus possible de
notre part, dans une autre revue. Je m’attendais à plus de
courtoisie de ta part à notre égard.

Désireux
de continuer sur une note plus agréable la controverse qui
semble nous opposer, j’espère que tu reliras mon article et
surtout la préface et la conclusion de cette étude,
afin que continue ce dialogue. C’est ce que je souhaite de tout
cœur, n’ayant rien d’hostile à ton égard, loin
s’en faut, et estimant beaucoup, au contraire, tes travaux et ton
comportement habituel.

Lucien
Grelaud