Procédés de formation

vendredi 17 août 2007

Survivances d'<font face="Times New Roman, serif">É</font>tats de type ancien}}}

En
règle générale les États contemporains
ont tous pris une forme nationale après être passés
par différents stades.

Bien
que nous vivions à l’ère du grand capitalisme, de
monopole ou d’État, de nombreux peuples sont restés à
un stade féodal précapitaliste ou même
esclavagiste, ou encore communiste primitif. De même certaines
sociétés ont-elles pu encore de nos jours vivre en
dehors de l’État national.

Les
États de type théocratique
sont excessivement
rares. Le seul véritable est celui du Vatican fondé par
Mussolini en 1944, résurgence des États de l’Église,
établis sur la fausse « donation de Constantin »
et sur la volonté de Charlemagne mais supprimés par la
monarchie italienne en 1870.

L’ordre
de Malte ayant toutes les caractéristiques juridiques d’un
État souverain a perdu pourtant le principal : son
territoire en 1798 du fait de Bonaparte. C’est le dernier ordre
religieux de ce genre depuis la suppression de la souveraineté
des jésuites sur le Paraguay, des « chevaliers »
allemands et « porte-glaive » dans les pays
baltiques, des « Templiers » en Occident
chrétien et des « Assassins »
leurs précurseurs à tous
dans l’Orient musulman.

Seules
demeurant autonomes la République des monastères du
Mont Athos en Grèce et enfin le Thibet.

Sociétés
de célibataires, vivant en marge de l’activité
économique, ces États ont besoin pour recruter leurs
membres et subvenir, d’une aide soit perpétuellement
renouvelée de l’extérieur (Vatican), soit puisée
sur une population exploitée (Baltique, Thibet).

Des
innombrables Villes libres du Moyen Age très peu ont
survécu jusqu’à l’époque moderne. Les dernières
des Républiques citadines et marchandes : Gènes,
Lucques, Venise, Dubrovnik, Dantzig furent détruites par la
Révolution française ou Napoléon ou par la
révolution de 1848 (Cracovie, Francfort). Jusqu’au début
du XXe siècle seules avaient gardé des
restes d’autonomie les trois têtes de la Hanse : Lübeck,
Hambourg, et Brême.

Le
XXe siècle n’a vu apparaître en ce genre que
quelques rares créations éphémères
destinées à satisfaire un ou plusieurs impérialismes
extérieurs : Tanger, Dantzig, Memel, Rijeka (Fiume),
Alexandrette (Haty), Trieste. Le destin de Singapour ou peut-être
demain de Hong-Kong ou Djibouti ne semble pas devoir faire exception.

Le
fait important n’est pas seulement que ces États-Villes ne
sont plus aux dimensions du monde moderne mais aussi, ne
correspondent à rien de spontané sur le plan local, ils
n’ont jamais été que des compromis aménagés
tout d’un coup entre espaces politiques (État), économiques
(Marché) et affectifs (Nation) plus grands.

L’un
des caractères de l’État-nation est son abandon
progressif conjointement à sa justification théocratique
ancienne (droit divin) de son aspect dynastique. La volonté
nationale remplaçant le « bon plaisir »
du monarque. Le souverain est devenu, en théorie le peuple, en
fait un État impersonnel. La grande majorité des États
actuels a quitté la forme monarchique alors qu’il y a
cinquante ans à peine, seuls, la Suisse, les États
d’Amérique et la France étaient dans ce cas.

La
Monarchie
subsiste comme un vague décor sans valeur
politique dans quelques rares États d’Europe du Nord-Ouest
(Angleterre, Bénélux, Scandinavie) ou d’Extrême-Orient
(Japon, Siam) et comme un fantôme dans ces fantômes
d’États que sont devenues les Principautés indiennes,
malaises, indonésiennes ou africaines, la plupart islamiques.

Ce
n’est qu’au Moyen Orient que subsistent encore des Principautés
à l’état pur dont l’unique raison d’être réside
dans la monarchie qui les a créée. Royaume saoudite,
hachémites (Irak, Jordanie), Éthiopie et petits
émirats, cheikhats, imanats, sultanats arabes.

Assez
semblables et parfois confondus avec eux furent les États
régionaux
dont l’Allemagne et l’Italie forment le type :
morceaux d’un même peuple partagé en souverainetés
multiples. L’Autriche actuelle peut être considérée
comme de ce type d’État puisque créé et maintenu
séparée de l’Allemagne pour des raisons d’équilibre
diplomatique, de même sans doute la majorité des États
latino-américains et certainement des États arabes.

Balkanisation ou unité nationale}}}

L’antique
maxime « Diviser pour régner » a
toujours présidé à l’application du droit divin
international ou plutôt inter étatique. Les nations
puissantes et déjà formées ont tout fait pour
maintenir dans un état de faiblesse et de morcellement les
rivales possibles. Ainsi l’Espagne, la France et l’Autriche
maintinrent-elles pendant trois siècles la division de
l’Italie. Ainsi les traités de Westphalie (1648) eurent-ils
pour résultat d’aggraver la désintégration de
l’Allemagne pour plus de deux siècles, au plus grand profit de
ses voisins. Ainsi l’Angleterre et les États-Unis, qui avaient
soutenu la révolte des colonies du Nouveau Monde pour pouvoir
mieux étendre leur influence économique, s’opposent-ils
avec succès à leur fédération en
États-Unis d’Amérique latine. Ainsi les intérêts
rivaux de l’Autriche et de la Russie puis de l’Allemagne et de la
France et même, de l’Angleterre et de l’Italie empêchent-ils
toute union danubienne ou balkanique entre les pays libérés
des Turcs, d’où la création d’une bonne demi-douzaine
d’États nouveaux dans cette péninsule des Balkans. Le
terme de « Balkanisation » désigne
depuis une mosaïque de petites unités séparées
prenant la place d’une grande entité politique antérieure.
Terme d’un emploi peut-être abusif puisque les nations créées
dans les Balkans correspondaient pour la plupart à des peuples
bien différents (ayant chacun sa langue). Il n’en fut pas
toujours de même ailleurs. Et en particulier à l’égard
de la nation arabe quand le même procédé fut
appliqué aux pays de la « Révolte du
désert » contre les Turcs par les impérialismes
franco-anglais avides de se partager le pétrole et désireux
de ne pas laisser s’établir l’État arabe unique promis
par Lawrence. Ainsi furent découpés au cordeau à
travers les vastes étendues qui séparent la
Méditerranée du golfe Persique ces territoires à
mandats abstraits à forme géométriques :
Syrie, Irak, Transjordanie, Palestine. La France poussa encore la
chose plus loin en essayant de « balkaniser » à
son tour la Syrie en 5 États autonomes (Alexandrette,
Alaouites, Liban, Djebel Druse, Damas, Alep.) « Solution »
analogue à certains projets actuels pour l’Algérie.
Même tentative de la part des Néerlandais vis-à-vis
de l’Indonésie dont l’essai de découpage en une
douzaine d’États échoua aussi.

Face
à ces essais de divisions artificielles se sont développés
les mouvements qui aboutirent au siècle dernier à
l’unité nationale de l’Italie et de l’Allemagne (1866-1871)
mais aussi à celle de la Roumanie et de la Bulgarie divisées,
l’une en Moldavie et Valachie, l’autre en Bulgarie et Roumélie
par les soins des impérialismes rivaux.

Les
années qui viennent vont nous dire si le XXe siècle
sera celui de l’unité arabe comme le XIXe fut celui
de l’unité italienne et allemande.

Partage et partition}}}

Depuis
1945 quelques nations sont restées partagées entre les
zones d’influence des deux grands impérialismes :
Allemagne, Corée, Vietnam et dans une certaine mesure Chine
sont restés divisés en deux États l’un de type
capitaliste et l’autre marxiste.

Mais
il est d’autres partages, organisés par l’impérialisme.
Par un impérialisme en retraite : le dominateur qui voit
son règne s’achever quitte difficilement le pays exploité
sans essayer de prolonger son influence en faisant la part du feu ou
en le laissant profondément divisé.

Le
meilleur moyen de trouver un prétexte pour diviser un peuple
est de faire appel à la religion. Ainsi firent les Espagnols
qui, aux Pays-Bas révoltés, tentèrent de se
concilier les catholiques contre les calvinistes et réussirent
à opposer pour longtemps ce qui allait devenir les deux États
hollandais et belge. Mais c’est l’impérialisme anglais qui fut
le maître en la matière. Il commença par
l’Irlande ou la « Partition » sépara un
fragment du Nord (découpé de façon à être
d’une étroite majorité protestante) de l’« Eire ».
Puis la même opération fut recommencée en Inde,
où, après avoir suscité un antagonisme
artificiel entre musulmans et hindous, il fut possible de créer
un « Pakistan », lui-même divisé
en deux, séparé de l’Inde indépendante :
pour faire coïncider ce partage avec la réalité
humaine, historique et économique négligée,
d’énormes échanges de population furent effectués
de part et d’autre des nouvelles frontières (10 millions
environ dans chaque sens). Néanmoins il fut impossible de
rendre homogène la population des deux États où
demeurent d’importantes minorités : 40 millions de
musulmans restèrent en Inde et 10 millions d’hindous au
Pakistan (respectivement plus de 10 % et 12 % de la
population).

Procédé
identique en Palestine où l’on parvint à élever
à son paroxysme l’hostilité entre Juifs et Arabes
(musulmans ou chrétiens) et à créer un
« Israël » séparé
rassemblant le peuplement Juif et où les Arables eurent à
choisir entre partir ou devenir des citoyens de seconde zone :
sur une population totale du nouvel État de 2 millions,
650 000 Arabes partirent et plus de 150 000 restèrent,
constituant quand même une minorité de plus de 10 %.

« Partition »
encore en Malaisie où l’Angleterre est arrivée
jusqu’ici à séparer de la péninsule en majorité
musulmane organisée en « Fédération
Malaise » l’île de Singapour à majorité
chinoise.

« Partition »
enfin pour prolonger l’occupation anglaise à Chypre que le
projet de Radcliffe voulant découper de l’île grecque
les quelques districts de population musulmane turque.

La
France, elle aussi, a réussi sa petite « partition »
en séparant de la Syrie à majorité musulmane
le Liban côtier en partie chrétien. Il est douteux
qu’elle réussisse le même coup en retranchant de
l’Algérie, les zones côtières oranaise ou
algéroise à peuplement européen.

Dans
chaque cas, le partage ou « Partition » tend
par l’existence de deux États à provoquer l’apparition
de deux « nations » distinctes et si possible
ennemies. La fausseté de telles solutions est patente
puisqu’elles ne font appel qu’à la haine et qu’elles
n’instaurent en principe fondamental que l’intolérance.

Irrédentisme et plus grande nation}}}


s’arrête la légitime unité nationale et où
commence l’impérialisme aux dépens des peuples voisins
cela est souvent fort difficile à dire, tant il est vrai qu’il
n’y a pas de limites naturelles aux peuples et que des phénomènes
permanents d’osmose devraient unir les populations diverses plutôt
que les séparer. Il n’est pratiquement pas un seul État
qui estime sincèrement et durablement avoir fait le plein de
ses nationaux possibles et n’avoir plus de revendications contre ses
voisins. Défendre une minorité opprimée à
l’étranger serait sans doute louable si les desseins de l’État
ne visaient invariablement à en profiter pour d’éternels
agrandissements. L’Italie unifiée ayant été
réalisée (1870) l’État considéra certains
territoires encore étrangers comme « l’Italie non
rendue », l’« Italia irredenta » et
en 1915 entra en guerre pour les obtenir, après avoir créé,
avec le socialiste Mussolini, un courant « interventionniste »
dans le mouvement ouvrier jusque-là hostile à toute
guerre. Mais l’État italien foulant aux pieds le principe des
nationalités qu’il ait invoqué utilisa le retour du
Trentin pour annexer le Tyrol méridional allemand, et celui de
Trieste et de quelques petits ports partiellement italiens pour
annexer l’Istrie yougoslave et tenter d’en faire autant avec la
Dalmatie.

Chaque
nation ne se considère généralement qu’en partie
réalisée et idéalement tente à devenir
une sorte de nation totale aux dépens des autres.

Il
y a d’abord les provinces encore séparées qu’il faut
racheter, réunir : réunion se dit « Anschluss »
en allemand, « Enossis » en grec, évoquant
ici l’union de l’’Autriche et là celle de Chypre.

Puis
il y a tous les territoires où vivent ou ont vécu des
populations semblables, ou bien qui ont été reliés
à un moment donné, ou qui devraient l’être, c’est
la plus grande France, la grande Allemagne, le grand Hanisme en
Chine. Le Pangermanisme opposé au panslavisme. Le
panhellénisme qui, à cause du littoral grec a voulu
annexer la moitié de l’Asie mineure (1920), le pantouranisme
qui veut unir les populations turques jusqu’en Asie centrale, le
panarabisme, le panisislamisme beaucoup plus vaste et aussi fumeux
que l’idée d’une civilisation chrétienne.

Hors
de la nation réelle ou idéale il y a enfin la
collectivité de tous les émigrants et descendants
d’émigrants : « Romanistas » pour
les Italiens, « Hispanidad » pour les
Espagnols, « Deutschum » pour les Allemands.

Au
bout du compte le monde entier appartient à chaque nation.

Sitôt
unie ou indépendante chaque nation n’a rien de plus pressé
que de se donner une armée et d’émettre des prétentions
sur les territoires voisins. Pour masquer la non-solution des
problèmes internes l’État relance vers l’extérieur
un nationalisme que l’on pourrait croire assouvi. C’est un dérivatif
tout trouvé au mécontentement populaire
des partis peuvent être créés à cet effet,
partis « annexionnistes », « impérialistes »,
« irréductistes », et les partis
existants enfourchent à leur tour ce cheval de bataille.

Le
ressentiment canalisé vers l’extérieur rend moins
exigeant à l’intérieur, et fait taire toute
revendication sociale comme reflétant un manque de
patriotisme. Ainsi fut utilisée la question d’Alsace-Lorraine
par la IIIe république, comme celle des territoires
de l’Est par l’Allemagne de Bonn. Il y a quelques années toute
l’activité verbale des partis italiens mêmes de gauche
et d’extrême gauche aboutissait à un même point :
Trieste.

Ce
transfert de toute l’activité politique apparente et de toute
l’affectivité publique vers des buts extérieurs est
particulièrement frappant chez les jeunes nations.

Sitôt
la Bulgarie unifiée la bourgeoisie de ce pays lance le peuple
dans la poursuite idéale de la « Grande Bulgarie »
et de l’annexion de la Macédoine provoquant des guerres
fratricides entre peuples balkaniques.

Sitôt
que l’Égypte se débarrasse des Anglais elle tente
d’annexer le Soudan.

Sitôt
le Maroc indépendant il veut englober la Mauritanie.

Dès
qu’ils sont munis du pouvoir les chefs nationaux n’ont qu’un désir :
justifier leur domination sur la plus vaste surface.

Le
jour même de l’indépendance du Ghana son premier
ministre sanctionna l’annexion définitive de la moitié
du Togo par ces mots qu’il déclara empruntés à
Churchill : « Ce que nous avons nous le gardons. »
« Nous » se sont les hommes politiques qui
cessant d’être dominés se mettent en posture de
dominateurs. Soyons sûrs que ces nouveaux maîtres feront
preuve d’autant de mauvaise volonté et d’incompréhension
vis-à-vis des peuples qu’ils prennent en tutelle, qu’ils en
ont rencontré de la part de leurs anciens tuteurs.

Assimilation}}}

Les
frontières des États ne coïncident
qu’exceptionnellement avec les limites linguistiques ou ethniques des
peuples. Ce fait était à peine remarqué et
gênait peu dans les États de type ancien théocratique
ou dynastique. Avec l’apparition de l’État-nation tout change.
Chaque État va englober une nation et une seule. Tout ce qui
ne cadre pas avec la langue, la culture, la nation prédominantes
sera une tache à l’unité nationale qu’il faudra
effacer. Devront être effacés les droits particuliers,
les privilèges locaux, les coutumes originales, les
appellations spéciales, tout ce qui dénote une
organisation sociale antérieure ou distincte de l’État
central. Ainsi seront balayés peu à peu tous les
vestiges de « libertés », de
« franchises », de « fueros »
comme disent les Espagnols arrachés par des siècles de
vie « régionale », « communale »
ou même « féodale ». Peu à
peu toutes les provinces seront fondues dans un même moule.

Seules
demeureront visibles malgré tout les différences dues à
la langue. C’est le problème des peuples allogènes, des
minorités nationales dans l’État-nation.

Historiquement
il y eut cinq manières de le résoudre :

l’assimilation
forcée : nier la minorité, la forcer à
s’identifier à la majorité.

le
génocide : exterminer le peuple minoritaire.

le
plébiscite : consulter la minorité sur le sort
qu’elle désire, l’État auquel elle veut appartenir.

le
« déplacement » : expulser les
minoritaires ou les changer.

la
tolérance : laisser aux minorités la liberté
qu’elles désirent, l’autonomie, voire l’indépendance.

L’assimilation
est la règle générale, il y a peu d’exemples de
génocide et de plébiscite mais de plus en plus de
« déplacement » et d’échanges.
Quant à la tolérance elle appartient plus à
l’avenir qu’au passé.

L’assimilation
consiste d’abord à nier la minorité en tant que telle.
Il n’y a théoriquement qu’une seule collectivité
nationale avec des individus plus ou moins évolués.
Évolution et assimilation sont alors synonymes : le
non-assimilé est un retardé involontaire ou un traître
systématique, il doit s’amender ou être poursuivi. Les
procédés de l’assimilation forcée sont partout
les mêmes :

Proscription
de la langue minoritaire
considérée comme patois ou comme instrument de
l’étranger dans
l’enseignement, dans l’administration, dans la vie publique ou même
interdiction de son emploi en privé.

Interdiction
des organes en cette langue : journaux, publications diverses,
des associations culturelles ou folkloriques la défendant.

Changement
des noms de lieux et de personnes, de toutes inscriptions rappelant
l’« ancienne » langue sur les enseignes, les
monuments, les tombes.

Ainsi
procédèrent à des degrés divers selon les
époques :

La
germanisation des Danois du Slesvig, des Alsaciens-Lorrains de langue
française et de tous les Slaves des empires d’Allemagne et
d’Autriche : Polonais, Tchèques, Slovènes…

La
russification des Polonais, Baltes, Caucasiens, Touraniens.

La
magyarisation des Croates, Roumains, Slovaques…

L’italianisation
des Slaves de la Vénétie Julienne, des Tyroliens du
Sud, des vallées alpines de langue française.

La
sinisation des montagnards de Chine.

Mais
aussi la francisation des populations habitant la périphérie
de la métropole ou des colonies.

Prenons
un petit exemple : la méthode de « l’objet »
employé dans les écoles communales de Bretagne
bretonnante, de Flandre maritime et de toutes les régions de
dialecte non français. Les élèves viennent de
chez eux où ils parlent leur langue ce qu’on appelle
faussement leur « patois ». Sitôt arrivés
à l’école interdiction de parler autre chose que le
français langue de l’État. Dès qu’un enfant est
pris à dire un mot de dialecte, on lui donne l’« objet »
(n’importe quoi : encrier, chiffon, morceau de craie…). il
devra pour s’en débarrasser prendre sur le fait un autre
enfant ayant laissé échapper un mot dialectal, et,
celui-ci à son tour prendra l’objet et essayera de l’attribuer
à un autre. Ainsi de suite… Celui qui aura l’objet à
la fin de la journée devra faire toutes les corvées
balayage, rangement… On imagine ce qu’une telle méthode
« éducative » fondée sur la
crainte, l’espionnage, la délation peut avoir comme
répercussion psychologique et sociale sur des populations
ouvertement méprisées parce qu’elles parlent une langue
qui en d’autres pays est officielle.

L’assimilation
forcée finit-elle par avoir raison des minorités ?
pour ainsi dire jamais.

Une
fraction variable des minorités s’assimilent plus ou moins
volontairement pour mieux gravir l’échelle sociale et
s’amalgamer à la bourgeoisie ou à l’État. Tels
jadis, les « fransquillons » des villes
flamandes de Belgique. Tels les paysans slaves (Wendes, Kachombes,
Mazuries) en Prusse. Le passage à la nation dominante est
signe de promotion sociale et d’ascension vers les classes
dirigeantes.

Mais
une telle mue à besoin de siècles pour modifier le
visage des masses paysannes. Et celle des villes est souvent plus
apparente que réelle tant reste forte la solidarité
culturelle d’un peuple opprimé dans sa langue et dans son
existence même.

Les
nombreuses révoltes des Polonais font la liaison entre la
Pologne partagée, détruite, rayée de la carte et
la Pologne ressuscitée. 1768 Confédération de
Ber 1791 République
constitutionnelle 1795
Révolution de Kosciusko
Légion polonaise en France et création du Grand Duché
de Varsovie 1807-1815 
1830 Révolution écrasée malgré la
proclamation d’indépendance
1844-1846 révoltes de Silésie, de Cracovie
1863 Insurrection générale
1918 Soulèvement victorieux
1944 Commune insurectionnelle de Varsovie
1956 Révolte de Poznan et Printemps d’octobre…

Plus
près de nous la Catalogne offre un exemple identique
d’alternative de persécutions et d’auto-organisation :

1412
fin de l’indépendance catalane.

1461-1472
la « généralité » de
Catalogne s’est soulevée contre le Roi d’Aragon.

1640-1652
deuxième soulèvement des Catalans qui proclament la
République contre le roi d’Espagne.

1705-1714
nouveau soulèvement contre la monarchie espagnole qui ne se
termine que par le siège de Barcelone.

XVIIIe
siècle prohibition de la langue catalane devant les tribunaux
suppression des universités
catalanes introduction du
fisc espagnol.

XIXe
siècle remplacement du Droit civil et pénal catalan par
l’espagnol (1822-1829), interdiction d’enseigner la langue catalane
(1825), suppression du système monétaire catalan
(1837), participation des Catalans à la première guerre
carliste (1827, 1848), soulèvement républicain à
Barcelone pendant la 2e guerre carliste (1868), création
de la « Mancommunauté » de Catalogne
semi-autonome en matière d’enseignement et de travaux publics
dissoute par Primo de Rivera qui va jusqu’à supprimer les Jeux
Floraux et interdire l’usage du catalan au clergé (19I4,
1924).

14
avril 1931, proclamation simultanément à la République
espagnole de la « république catalane »
qui devient 3 jours plus tard la « généralité »
de Catalogne complètement autonome jusqu’au putsch stalinien
de 1937 et l’arrivée des fascistes en 1938
Franco interdira l’enseignement et les publications catalanes et un
moment même la danse nationale : la sardane.

Le génocide}}}

Rares
sont les États qui eurent le cynisme de décider
l’extermination de ceux qui étaient considérés
comme réfractaires à l’assimilation.

Le
colonialisme anglo-saxon a un moment appliqué cette volonté
face aux Indiens des États-Unis, aux aborigènes
d’Australie et surtout à ceux de Tasmanie détruits
jusqu’aux derniers par une chasse à l’homme systématique.

L’impérialisme
turc, chassé des Balkans, ayant à faire face aux
attentats, organisa plusieurs massacres sur une vaste échelle
des populations arméniennes à partir de 1894-1896.

Mais
c’est certainement le régime nazi qui entreprit avec le plus
de persévérance l’extermination de peuples entiers.
Celle des 4 millions de Juifs européens a été en
grande partie achevée. Celle des Slaves polonais, tchèques,
slovènes ne faisait que commencer. Notons qu’il avait en cette
tâche des alliés comme les Oustachis croates massacreurs
de Serbes.

Enfin
le régime russe stalinien a sa part à ce sombre
palmarès avec la suppression de 6 républiques du Sud de
la Russie dont personne ne peut dire ce que les « nationaux »
sont devenus et dont le nom même avait disparu jusqu’au XXe
congrès et au rapport Krouchtchev
Rapport d’ailleurs déclarant que si les Ukrainiens n’avaient
pas disparu eux aussi c’est parce qu’ils étaient trop nombreux
Humour stalinien !

La
solution radicale du génocide est celle que certains Français
responsables ont pensé appliquer au moment de la conquête
de l’Algérie. Ce que certains contemporains regrettent
ouvertement aujourd’hui.

Plébiscites}}}

L’application
du principe des nationalités prôné par Napoléon
III ou Wilson a entraîné en quelques cas précis
la consultation des populations contestées entre deux États.
Fait exceptionnellement rare dans toute l’histoire diplomatique !
J

En
1860 c’est après un plébiscite (référendum)
que la Savoie et Nice sont rattachées à la France
et depuis la dernière guerre c’est après un nouveau
plébiscite que les deux communes de Tende et Brigue ont été
réunies à Nice.

C’est
la Conférence de la Paix en 1919 qui décida de procéder
à toute une série de plébiscites aux frontières
allemandes et autrichiennes :

Mazurie
et Haute Silésie avec la Pologne

Région
de Sopron (Burgenland) avec la Hongrie

Carinthie
slovène arec la Yougoslavie

Et
enfin le plébiscite de 1936 par lequel la Sarre demanda son
retour à l’Allemagne comme elle le demanda à nouveau
par celui de 1956.

Mais
aucune autre province détachée des vaincus ne fut
jamais sollicitée de donner son avis quand elle fut attribuée
à la France ou à l’Italie (Tyrol du Sud, Vénétie
Julienne). La France de 1919 refusa avec autant de fermeté
tout plébiscite en Alsace-Lorraine que l’Allemagne en 1871. Ni
l’une ni l’autre ne tenait à mesurer au moment de l’annexer
l’inclination véritable des populations pour l’un ou
l’autre… ou peut-être pour l’auto-détermination.

L’Allemagne
hitlérienne ayant bénéficié du plébiscite
sarrois de 1936 organisa elle-même celui qui, en Autriche,
sanctionna l’Anschluss en 1938, et en commun avec l’Italie
mussolinienne celui du Tyrol du Sud en 1938 l’un et l’autre à
son très net avantage.

Pourtant
le Tyrol du Sud fut laissé à Mussolini et les
populations qui le voulaient passèrent seules à
l’Allemagne sans le territoire.

Déplacement de population}}}

C’est
qu’entre temps la politique et la diplomatie s’étaient
orientées vers une nouvelle solution du problème des
minorités nationales.

Au
lieu d’essayer de mouvoir les frontières pour les faire
coïncider avec les peuples on va faire mouvoir les populations
pour les faire coïncider avec les frontières.

S’il
y a des minorités de part et d’autre on les échangera
et sinon on les expulsera simplement.

Certes
la tradition des expulsions massives est ancienne : Juifs (1492)
et Maures (1609) d’Espagne, Huguenots de France (1685), Luthériens
d’Autriche (1620) et de Salzburg (1732) etc. mais il s’agissait de
persécutions religieuses non nationales.

La
politique des déplacements et échanges systématiques
fut inaugurée à partir de 1923 entre la Grèce et
la Turquie qui reçurent respectivement 1 200 000 et
400 000 de leurs nationaux, la Bulgarie s’étant jointe à
l’opération récupéra 250 000 personnes,
tandis que 125 000 Arméniens quittaient la Turquie.

L’Allemagne
hitlérienne reprit sur une grande échelle la
réintégration des minorités allemandes éparses
dans toute l’Europe de l’Est.

Un
million environ vint dans le Reich (dont 80 000 du Tyrol du
Sud). Dans l’Europe hitléro-stalinienne du pacte
germano-soviétique ces mouvements se multiplièrent
suivant un vaste programme. Populations inassimilables expulsées
(100 000 Lorrains, 1 500 000 Polonais du Reich,
2 000 000 en Russie). Échanges entre pays vassaux
(320 000 Roumains, 300 000 Serbes, 200 000 Hongrois,
etc.).

À
la fin de la guerre le gouvernement allemand récoltait ce
qu’il avait semé : ses ressortissants fuyaient par
millions les pays qu’ils avaient cru conquis : 2 500 000
quittaient la Pologne, 8 millions et demi les anciennes provinces à
l’Est de l’Oder-Neisse, 3 500 000 la Tchécoslovaquie
(Sudètes) et 1 500 000 les pays danubiens
(Volkdentsche). Les alliés de l’Allemagne partageaient son
sort : 400 000 Finnois quittèrent la Carelie prise
par la Russie et 140 000 Italiens les territoires maintenant
Yougoslaves.

Les
échanges se poursuivaient autour de la Hongrie de part et
d’autre : 100 000 Slovaques et 40 000 Serbes contre
140 000 Hongrois.

Des
pays annexés ou occupés par les Russes affluaient les
« personnes déplacées » parquées
dans les camps d’Allemagne, d’Autriche, d’Italie, de Trieste (en
majorité Slaves ou Baltes). Ils seront distribués dans
le monde entier par l’ONU (O.I.R.)

Et
puis, de tous les pays d’Europe et du Moyen-Orient, partiront plus
d’un demi-million de Juifs vers Israël.

Un
beau jour la Bulgarie s’avise qu’elle possède 100 000
Turcs et aussitôt les expulse !

Le
résultat froid de tous ces mouvements de population a été
de créer finalement des États nationaux à
peuples homogènes. La plupart des minorités ont été
supprimées. Plus de Prusse, plus de Sudètes, plus de
Saxons de Transylvaniens, presque plus de nationalités
débordant les frontières en minorités gênantes.
La carte politique coïncide maintenant beaucoup plus avec la
carte linguistique. mais quel prix humain poux satisfaire les États !