Points de repère

, par  Bernard (André) , popularité : 4%

Réconcilier
l’anarchisme avec la non-violence ou plutôt s’efforcer par
la pratique d’une méthode originale, la non-violence, de
tendre vers un but, l’anarchisme, sans pour autant s’empêtrer
dans les contradictions habituelles, tel est notre projet.

Projet
qui nécessitait un outil de travail, une plate-forme de
cristallisation, car nous nous trouvions face à des idées
éparpillées dans différentes tendances,
individualités et systèmes de pensée quelquefois
en opposition. Il est un fait que le matériel était là
avant nous. Le peu d’originalité que nous nous
reconnaissions, c’était de vouloir une synthèse
dynamique qui puisse s’insérer dans la réalité.

Aussi
paraît-il nécessaire de reconsidérer les écrits
et les actes passés et de sélectionner certaines
idées-forces. D’autre part, il convient d’examiner ce que
nous pourrions appeler des arrêts de l’histoire, des formes
de rachitisme dans la doctrine et l’action de certains courants,
quand les idées tournent sur elles-mêmes sans
efficacité.

Dans
un premier travail, nous aborderons quatre points : le pacifisme,
Gandhi et les croyants, l’individualisme anarchiste et les
révolutionnaires.

Barthélemy de Ligt, le pacifisme

Dans
le numéro 6 sur la violence et la non-violence dans la
révolution anarchiste, nous avons pu remarquer, à
travers les textes présentés, une sorte de montée
idéologique aboutissant à un rameau où la
non-violence était particulièrement mise en valeur. Le
dernier échelon : Barthélemy de Ligt : un pacifiste.
Cette évolution ne sera sans doute pas reconnue par l’ensemble
des anarchistes, il n’empêche que nous atteignons de façon
de plus en plus précise à une prise de conscience du
phénomène non-violence, et que de Ligt, par sa
compréhension, semble la personnalité libertaire la
plus proche de nous sur ce point. Aussi ne faut-il pas s’étonner
que lorsque des anarchistes veulent mettre en valeur la non-violence
on les qualifie de pacifistes.

Il
nous importe cependant d’essayer de situer la non-violence face au
pacifisme, et cela pour lever une équivoque importante qui
restreint par trop la non-violence à un seul objectif : la
paix. Il est juste de reconnaître que pacifistes et partisans
de la non-violence se sont confondus dans des actes identiques comme
par exemple l’objection de conscience ou sa défense, mais
d’autre part que les pacifistes, opposés à toute
guerre nationale, ne se déclarent pas tous contre la violence
révolutionnaire ou simplement individuelle.

Cela
dit, revenons à de Ligt. Nous n’avons pas connaissance qu’il
se soit réellement manifesté dans la pratique de la
non-violence, aussi, faute d’information à ce sujet, nous
contenterons-nous de son œuvre écrite. Un coup d’œil sur
les titres de ses ouvrages nous oblige à constater que ses
préoccupations étaient dirigées avant tout
contre la guerre :


Contre la guerre nouvelle ”, analyse de la vie politico-économique
actuelle, de la stratégie moderne et des moyens pour rendre la
guerre désormais impossible (1928).


La Paix créatrice ”, histoire des principes et des tactiques
de l’action directe contre la guerre (1934).


Mobilisation contre toute guerre ”, suivi d’un plan de campagne
contre toute guerre et toute préparation de guerre (1935).


Pour vaincre sans violence ”, réflexions sur la guerre et la
révolution (1935).


Le problème de la guerre civile ” (1937).

Il
n’est pas question de faire grief à de Ligt (mort en 1938)
de cette orientation ; la priorité qu’il donne à la
lutte contre la guerre s’explique aisément par l’époque
à laquelle il vivait. Mais où nous nous étonnons
beaucoup, c’est de voir, encore maintenant, l’ascendant du
pacifisme, qui est une fin, sur la non-violence, qui est
essentiellement une méthode. Nous ne ferons que citer la
conclusion de l’article de Hem Day dans le numéro 1 de notre
revue :


Il nous restera à rechercher quelles seront les méthodes
qui pourraient remplacer avec efficacité la lutte nécessaire
et indispensable pour le renversement de l’iniquité sociale
présente, méthodes pacifistes et non violentes qui
liquideraient la guerre, toutes les guerres. ”

Et
nous préférerons ce propos de de Ligt (p. 237, “ Pour
vaincre sans violence ”) :


La lutte antiguerrière doit être une lutte non violente,
économique et sociale menée par les masses populaires
elles-mêmes – partie secondaire d’ailleurs, quelque
importante qu’elle soit, d’une lutte de beaucoup plus grande
envergure : celle pour la justice et la liberté sociales. ”

Il
convient de remettre les choses en place et de retrouver ainsi les
vraies priorités. Mais il nous faut constater que toute
l’énergie de de Ligt a été mobilisée
vers le but pacifiste, et que si la tentative a été
faite de doter le pacifisme d’un instrument efficace, c’est avec
comme contrepartie l’abandon, ou plutôt, le manque de
recherches de perspectives révolutionnaires. Il sera pourtant
nécessaire de revenir sur ce point, car les derniers écrits
de de Ligt infirment notre propos par trop catégorique.

Si
nous consultons plus particulièrement “ Pour vaincre sans
violence ”, nous constatons que lui-même a créé
une confusion dès les premières pages : après
avoir défini la violence, il en donne des exemples qui sont
essentiellement militaires. Page 22, il oppose 3 130 années de
guerres à 227 années de paix. Page 23 : “ Car pour
surmonter la violence et la guerre… ” ; plus loin : “ Ne
sont forts que ceux qui ont déjà vaincu en eux-mêmes
la violence et la guerre ”. Le chapitre II a pour titre : “ La
violence et la guerre dans l’histoire ”.

La
violence collective et la guerre seront les deux phénomènes
qu’il analysera au cours des pages en les liant toujours très
fortement et sans bien mettre en valeur que la guerre n’est qu’un
aspect de la violence, sans doute le plus spectaculairement honteux ;
il n’insistera pas sur le fait qu’arrêter la guerre, qui
n’est que la conséquence des structures sociales
nationalistes, capitalistes et étatiques, ne modifie en rien
ses causes, et que la prochaine nous retrouve tout aussi bien
conditionnés.

Il
y a donc pour le moins une faute qualitative à mettre sur un
même plan la violence et la guerre. La seconde est une
composante de la première qui par son caractère
particulièrement totalitaire tend à la dépasser,
à l’englober enfin. Sur le plan des idées, il est
aisé face à la guerre, et par une sorte de désespoir,
de vouloir la paix à tout prix. Alors que la solution doit se
chercher dans le dépassement des deux phénomènes.
À noter que la paix est toujours la paix d’un vainqueur.
Cependant l’originalité de de Ligt sera d’avoir tenté
de donner à la paix son instrument adéquat : la
non-violence.

Mais
nous sommes obligés de remarquer qu’il n’a pas été
suivi par les pacifistes : ces derniers paraissent avoir très
mal compris et vraiment négligé les possibilités
de l’action non violente pour cultiver par contre les protestations
énergiques, le moralisme antiguerrier, le verbiage, et qui en
fin de compte, parce que privés de moyens et d’habitudes
d’action, se sont laissés entraîner dans le troupeau,
dans la guerre. Rares ont été les résistants,
ceux pour qui le dernier recours était l’objection. Pendant
la guerre d’Algérie, nous avons pu voir, et aujourd’hui
encore nous le constatons, le peu d’intérêt que
témoignent les pacifistes pour la pratique de l’action non
violente. Sur un autre point, il faut signaler que la confusion créée
entre “ paix et non-violence ” opposés à “ guerre
et violence ” a contribué à frapper de stérilité,
de paralysie l’idée de non-violence, idée qui par
elle-même contient un certain potentiel et une logique qu’il
nous faudra déterminer et approfondir.

* *

En
considérant l’héritage laissé par nos
prédécesseurs, surtout pour la première moitié
de ce siècle, il nous est difficile de renier certaines
filiations, mais notre dette reconnue, nous disons qu’il y a une
lacune, et même une négligence, dans la recherche d’une
solution cohérente et positive au problème de la
violence anarchiste. Ainsi notre revue est-elle synthétique et
faisons-nous œuvre de révisionnisme.

Quoi
qu’on dise, il nous semble que la prise de conscience, de façon
absolument claire, des possibilités d’action sociale non
violente soit vraiment nouvelle et accompagne le début du
siècle. En ce sens, Gandhi doit être regardé
comme un précurseur. Et ce n’est que depuis peu que des
militants (athées et croyants) se sont attachés à
débarrasser la non-violence de son cadre religieux, et qu’ils
tentent de l’introduire dans les contestations du monde du travail.
Jusqu’alors les révolutions sociales avaient marqué
le triomphe de la violence et de l’autoritarisme.

Si,
en épousant les révoltes, les luttes populaires, en
participant aux révolutions socialistes qui ont véritablement,
et à juste raison, braqué les attentions sur elles, les
anarchistes ont accepté les méthodes traditionnelles,
employant la violence et se laissant aussi entraîner vers le
pouvoir, il nous faut reconnaître que depuis toujours les
écrits anarchistes témoignent d’une suspicion, d’une
opposition plus ou moins refoulée envers la violence
systématique et la violence tout court. Que cette tendance se
soit confondue avec un certain réformisme anarchiste, nous le
pensons ; par-là elle se condamnait ! Que cette volonté
pacifique, inefficace ait été bafouée, la
patience lassée, tournée en révolte, exprimée
en terreur, c’est un fait ! Qu’en dehors de l’anarchisme
certaines formes de non-violence aient par trop coïncidé
avec des systèmes religieux prêchant la passivité,
la résignation, la soumission, cela a été mille
fois dénoncé ! Mais les actes spectaculaires et
momentanés des terroristes, les nécessités, les
opportunismes révolutionnaires ne doivent pas pour autant
étouffer tout un domaine de l’anarchisme : celui que nous
voulons remettre en valeur.

Une
cassure a été faite par les hommes et l’histoire
jetant dans la réaction pour incompatibilité
révolutionnaire les partisans de la non-violence. Le temps est
venu pour nous, maintenant que la violence et l’autorité ont
fait amplement leurs preuves, de tenter autre chose. Ce qui nous
amène à regarder d’un œil critique le passé
anarchiste. Sans pour cela ne pas reconnaître comme bien à
nous les expériences accumulées, il est clair que nous
nous refusons à les refaire toutes. Les temps ont changé.

Dans
cette première approche sans doute allons-nous négliger
des données importantes et insister sur d’autres qui le
paraissent moins. Nous le reconnaissons au départ et nous
essayerons d’y revenir. Disons aussi que nous accepterons des
leçons venant d’ailleurs que de l’anarchisme et que nous
reconnaîtrons nos dettes envers certains mouvements plus
spécialement religieux.

Gandhi et les croyants

Puisque
la “ non-violence ” est le terme que nous plaçons à
la suite de celui qui nous est plus habituel, l’“ anarchisme
”, disons maintenant qu’il faut reconnaître en Gandhi sinon
le précurseur du moins celui qui a cristallisé la
non-violence par l’action. S’il n’a rien inventé
lui-même, s’il est le rameau extrême d’une longue
tradition mystique particulièrement florissante en Inde, s’il
a su prendre quelques notions à l’Occident chez Thoreau, La
Boétie, Tolstoï et d’autres, il fut le premier a en
dégager les lignes de forces pour une théorie et une
pratique de l’action. Sa personnalité, son engagement total
et d’un loyalisme particulier dans l’expérimentation de la
non-violence, l’importance des masses humaines déployées
par son action, l’image qui reste dans les mémoires de ce
phénomène historique, tout cela a marqué d’une
manière qui semble ineffaçable ce nouveau type
d’action. Aussi nous faut-il lutter pour nous en dégager
nous-mêmes pour sortir du cadre dans lequel on veut nous
enfermer ; de la même manière, d’un autre côté,
on nous veut violents et pagailleurs parce que anarchistes. Nous
serons amenés à souligner son particularisme indien,
ses attaches à la bourgeoisie marchande, un loyalisme
progouvernemental excessif, un certain nombre “ d’originalités
” quant à la nourriture, la sexualité. Il faudra dire
aussi que son successeur désigné, Vinoba, donnera à
la non-violence un caractère plus social, moins politique,
plus libertaire.

Sans
Gandhi y aurait-il eu en Angleterre les marches de la paix que l’on
sait, y aurait-il eu en France Lanza del Vasto, fondateur de la
communauté de l’Arche, source de l’Action civique non
violente ? Serions-nous là nous-mêmes ? La filiation qui
aurait pu naître d’un Tolstoï a fait long feu :
l’absence d’action directe sociale, la préférence
donnée à l’écrit, la pratique de la charité
en pleine situation révolutionnaire en sont la cause.

Ainsi
sommes-nous tributaires de religions différentes de
l’hindouisme au christianisme, sujet qui sera plus particulièrement
traité dans un numéro en préparation.

Individualisme anarchiste

Il
est caractéristique qu’en France les deux personnalités
anarchistes qui firent la part belle à la pensée non
violente furent anarchistes individualistes. Le premier, E. Armand,
en publiant de nombreuses études sur les sectes religieuses
non violentes comme les doukhobors, sur le tolstoïsme et en
mettant en valeur les écrits de Thoreau. Le second, Han Ryner,
dans des contes et des romans, imagina différentes démarches
non violentes : l’objection de conscience dans “ le Crime d’obéir
”, une société future non violente agressée
dans “ les Pacifiques ”, la violence engendrant la violence
dans “ le Sphinx rouge ”, etc.

Si
dans leur vie ils eurent à accomplir certains actes non
violents, jamais leur action ne se situa au-delà de l’individu
et du petit groupe ; cependant leurs pensées se rejoignent
pour éclairer fortement tous les dangers de la violence
révolutionnaire organisée ; mais, de par leur
individualisme, ils se tiennent à l’écart des grandes
bagarres sociales, évitant ainsi volontairement l’affrontement
de la violence. Résistance passive individuelle serait le
terme plus propre à ce genre de non-violence.

Actuellement,
par le travail d’un C.-A. Bontemps se dessine une tendance “
individualiste sociale ” qui pourrait être une corrective à
l’œuvre des prédécesseurs, un peu trop repliés
sur les problèmes de l’individu opposé
irréductiblement, absolument, à la société.

Nous
voulons également citer les multiples tentatives faites pour
mettre en place des “ colonies ”, autrement dit des communautés.
Ne croyant pas ou plus à la Révolution, voulant
pourtant vivre à leur manière, des individualistes
s’essayèrent à vivre ensemble, sur eux-mêmes,
avec le moins de rapports possibles avec la société
qu’ils ne pouvaient transformer. Si maintenant, il nous faut mettre
en avant le besoin communautaire, ce sera en tenant compte des
échecs, en tendant à des structures plus souples d’où
ne seront pas exclues les possibilités urbaines, et avec une
double perspective : la solidarité pour le bien-être,
une plate-forme d’appui pour l’action extérieure.

Accentuant
l’importance de la révolution individuelle d’abord,
favorisant l’éducation du “ moi ”, donnant la priorité
au problème moral avant toutes les questions économiques,
les individualistes peuvent se situer en parallèle à
certaines écoles spiritualistes elles aussi réticentes,
sinon opposées à tout branle-bas révolutionnaire.

Révolutionnaires

Pour
les révolutionnaires, la violence est la grande accoucheuse de
la société meilleure ; ; ils ne manquent jamais de se
justifier en arguant de la violence adverse et de la nécessité
d’y répondre. Et d’ajouter que si la philosophie
anarchiste est non violente par essence, la réalité se
moque de l’idéal et impose sa loi. Ainsi constatons-nous que
les révolutionnaires anarchistes se sont pliés à
la “ nécessité historique ” de la violence alors
qu’ils en ont repoussé une autre : la prise du pouvoir
politique, de l’État, comme instrument de révolution
sociale.

Il
faut cependant dire, si l’on veut bien excepter Netchaïev, que
la violence pour les anarchistes n’a jamais été une
fin en soi, et que toute révolution libertaire ne se conçoit
qu’avec le minimum nécessaire de violence, que la majorité
des anarchistes a toujours été opposée à
toute forme d’organisation militarisée institutionnalisée,
que leur préférence s’est faite en faveur des milices
populaires, volontaires, responsables et décentralisées.
Quant aux terroristes, par le sacrifice de leur vie, ils semblent
inconsciemment avoir voulu compenser l’aspect négatif de
leur acte de révolte.

Nous
pouvons dire que la violence conserve un caractère libertaire
dans la mesure où elle s’exerce spontanément, dans la
mesure où elle reste d’émanation populaire et
individuelle, quand elle est légitime défense au sens
large du mot.

Mais
force est de constater que lorsque la violence se veut créatrice,
constructive, révolutionnaire, elle change de caractère,
qu’elle possède, comme tout phénomène, sa
logique propre. De même, l’exercice du pouvoir, l’étatisme,
même révolutionnaire, a démontré qu’il
était facteur de certaines conséquences inéluctables
et antirévolutionnaires. En opposition à ce mouvement,
nous avons cru discerner que les expériences non violentes
tendaient à dégager, d’une part, l’affirmation de
la conscience individuelle et de la responsabilité, d’autre
part, sur le plan social, la négation affirmée de
l’État. Faut-il citer Thoreau et Tolstoï, Dolci et
Vinoba ? Nous ne pensons pas que les campagnes pour l’inscription
électorale d’un Luther King, que les propos du “ chef ”
de tribu Luthuli contredisent absolument ces tendances. Il importe
d’analyser de près tous ces phénomènes. Aussi
faudrait-il, dans un premier stade, moins chercher à condamner
absolument la violence et ériger la non-violence en panacée
que de découvrir les implications et potentialités de
l’une et de l’autre.

D’autre
part, il convient de déterminer ce que nous voulons conserver,
sans restriction aucune, du phénomène révolutionnaire.
En premier lieu mettre l’accent sur le retour des moyens de
production aux mains des travailleurs par l’autogestion, et
signaler que tout phénomène révolutionnaire se
distingue essentiellement par la création d’un pouvoir
économique décentralisé tendant à rendre
inutile tout pouvoir étatique. Ainsi devrions-nous arriver à
dégager tous les aspects révolutionnaires de la
non-violence et les favoriser, Sur le plan plus particulier du
syndicalisme et de la grève, une étude sera nécessaire
pour envisager les moyens pratiques de dépasser le moment où
une grève (qui n’est en soi qu’un refus de travail ni
violent ni non violent) devient insurrectionnelle pour découvrir
une issue non violente positive.

Nous
nous refusons enfin à opposer systématiquement
l’individualiste au révolutionnaire, reconnaissant dans l’un
le complément nécessaire de l’autre, et nous
reprenons à notre compte les exigences fondamentales de
chacun.

* *

Il
ne faut pas conclure trop rapidement ni tirer un trait définitif
 ; il ne faut pas tout rejeter en bloc ni condamner sans recours. Il
convient de rester ouvert aux esprits religieux proches de nous qui
valent bien certains camarades anarchistes allant au groupe comme on
va au culte le dimanche. Il est entendu qu’il n’y a pas
d’anarchisme sans individualisme, et que la paix qui est maintenant
synonyme de survie doit nous préoccuper. Révolutionnaires,
nous voulons l’être, mais en tirant des leçons de
l’Histoire, en définissant les conditions où
l’exercice de la non-violence lié à l’anarchisme
s’intégrera dans les habitudes sociales à venir.

André
Bernard