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Les Temps Nouveaux n°2 du 11 au 17 mai 1895
Mouvement social
France
Article mis en ligne le 2 février 2007

par Girard (André)
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Paris. — Le 1er mai. La célébration du 1er mai diminue d’intérêt tous les ans. La classe bourgeoise, à qui cette manifestation de solidarité internationale causait, au début, une si grande épouvante, se traduisant les premières années, par des mesures de précautions outrées, constate avec soulagement ce relâchement, et, revenue de sa frayeur, elle en raille paternellement la classe ouvrière.

 Cependant la situation est toujours la même, et le sentiment qui inspira cette manifestation est loin de s’être éteint. La cause de cette apparente indifférence est ailleurs.

 Lorsque surgit, en 1886, cette idée, partie on ne sait d’où, d’un repos général et simultané de toute l’humanité travailleuse, elle fut acclamée universellement, parce qu’on y voyait comme l’essai d’une grève générale d’un jour. C’est ce caractère de grève générale qui causa l’enthousiasme des travailleurs. Mais depuis, les politiciens socialistes se sont emparés de ce mouvement et en ont réduit la portée à la revendication mesquine de la journée de huit heures. Comme si, parce qu’ils ne travailleraient que huit heures par jour, les ouvriers n’en continueraient pas moins d’être esclaves et exploités ! Aussi, cet idéal rétréci, ne leur parut-il pas suffisamment exaltant, et l’enthousiasme tomba peu à peu. Les pontifes du socialisme électoral, ont dû, à leur grand regret, renoncer à ces processions solennellement démocratiques de la Maison du Peuple à celle des Députés, où chamarrés de leur sacerdotale écharpe, ils officiaient, chemin faisant, le culte des Trois-Huit ; l’un, pénétré du légitime orgueil de tout représentant du peuple, irradiant au soleil printanier l’éventail capillaire d’une toison et d’une barbe galiléennes, tel autre, vivant symbole et personnification du charlatanisme politicien, laissant, sous sa blouse prolétarienne, émerger le bout d’une oreille mal dissimulée, sous la forme d’un pan de son inviolable et bourgeoise redingote.

 Les ouvriers, vite lassés de cette comédie abandonnèrent peu à peu ces pitres à leur parade qui, dès lors, cessa faute de badauds.

 Bobèche et Galimafré se consolent à la cuisine en punchant sec et ferme à la santé des meurt de-faim.

 Le peuple recueilli, lui, attend son heure.

— O —


ÉPILOGUE DE LA GRÈVE DES OMNIBUS. - Mercredi 1er mai, ont comparu devant te tribunal correctionnel plusieurs grévistes arrêtés pour « atteinte à la liberté du travail » et, avec eux, le président et le secrétaire du syndicat, Proust et Deville, inculpés d’avoir, durant la grève,. pris parti pour leurs camarades. Ce crime leur a valu à chacun six mois de prison ; c’est pour rien ! Les grévistes assagis, rentrés bien soumis au bercail Cuvinot, peuvent maintenant voir à quoi servit de lâcher ainsi leurs camarades, après seulement trois jours de chômage. La « Justice bourgeoise » n’a su aucun gré à ceux-ci du manque de solidarité de ceux-là.

 Ànoter encore, les contradictions qui se sont produites entre les réponses à l’audience, de tous les prévenus, et celles qu’ils avaient été censés faire au juge d’instruction. Tous ont protesté contre le langage qui leur a été attribué par ce dernier. Voilà, certes, un magistrat qui nous parait tout désigné pour instruire des procès d’anarchistes.

André Girard (Max Buhr)


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