Présentation

, par  Bernard (André) , popularité : 4%

Dans le numéro 6 de notre revue, traitant plus précisément
de la violence et de la non-violence chez les anarchistes au travers
de leurs écrits et de leurs actes, il nous a paru, à
tort ou à raison, qu’une sorte de progression chronologique
se faisait vers une prise de conscience du phénomène de
non-violence, et que, comme à partir de 1890 les anarchistes
entrèrent dans les syndicats, actuellement, une tendance
s’esquisse vers l’utilisation de la non-violence comme moyen.
Nous ne nions en aucune façon la persistance de mouvements
anarchistes violents et ne prétendons pas qu’ils sont
périmés. Si maintenant nous nous tournons vers une
réalité précise, l’Afrique du Sud, et si nous
analysons rapidement son évolution depuis un peu moins d’un
siècle, nous sommes amenés à déclarer
avec tout le monde : “ L’Afrique du Sud est l’exemple précis
de l’échec flagrant des techniques non violentes. ”

Si nous partons de la première expérience non violente
de Gandhi, prolongée par l’African National Congress avec un
caractère différent, plus modéré, qui se
termine avec l’emploi du sabotage restreint puis la préparation
à la guérilla, nous dirons que la réalité
de ce processus historique contredit notre conclusion quant au
mouvement anarchiste. Dans quelle mesure cependant pouvons-nous
tracer ce parallélisme ? Qu’en est-il exactement ? Il n’est
sans doute pas possible de répondre totalement. Cependant nous
tentons aujourd’hui une approche en ouvrant ce dossier et nous
esquissons quelques réflexions vers ce qui serait notre
solution.

Quelques textes d’Albert Luthuli et de Nelson Mandela, une double
étude sur le boycottage et le sabotage, une analyse un peu
plus précise d’une expérience de boycottage, d’autre
part un document sur l’échec de la non-violence en Afrique
du Sud sont les éléments qui composent ce numéro.
Nous voudrions que ce travail préliminaire devienne le début
d’une réflexion plus étendue et plus profonde avec la
collaboration de nos lecteurs. L’expérience sud-africaine
doit servir de leçon pour toute action future en France ou
ailleurs. Toute conclusion, si peu formulée soit-elle,
implique un engagement dans un sens ou un autre. On pourra nous dire
qu’un problème plus important devrait nous occuper, le
Vietnam, mais nous verrons que toute conclusion sur le boycottage à
propos de l’Afrique du Sud ouvre des possibilités
d’application au problème vietnamien.

Quelques dates

La non-violence de Gandhi :

  • 1893. Gandhi a 24 ans, il part pour l’Afrique du Sud.
  • 1896. Fondation de la communauté de Phœnix d’où il
    se prépare à l’action future.
  • 1898. Naissance de Luthuli, 30 ans de différence d’âge
    avec Gandhi.
  • 1906-1913. Premier satyagraha indien dirigé par Gandhi pour
    lutter contre la restriction des droits et des libertés des
    colons indiens (plusieurs milliers de combattants).

    La non-violence modérée dans la légalité
     :

  • 1912 Création du Congrès national indigène de
    l’Afrique du Sud qui décide d’utiliser les voies légales
    en faveur du peuple africain opprimé, il réclame la
    disparition de la barrière de couleur au parlement, à
    l’école, dans l’industrie et dans l’administration. En
    1925, le CNIAS prend le nom d’ANC : African National Congress.
    Pendant trente-sept ans, l’ANC s’en tient strictement à
    une lutte dans le respect de la Constitution.
  • 1918. Naissance de Nelson Mandela, 20 ans de différence d’âge
    avec Luthuli.

La non-violence par l’action directe :

  • 1949. Les membres de l’ANC se rencontrent pour élaborer un
    programme d’action qui représente un changement fondamental
    des méthodes de l’ANC. Tout en restant pacifiques, ils
    choisissent l’illégalité.
  • 1952. La Campagne de défi.
  • 1960. Fusillade de Sharpeville : l’ANC, hors la loi, entre dans la
    clandestinité.

Le sabotage :

  • 1962. Procès de Mandela.