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Témoins n°14 (automne 1956)
De Kronstadt à Budapest
Article mis en ligne le 20 octobre 2007

par Rudiger (Hans)
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La
Hongrie est entièrement occupée, la révolution
populaire est écrasée. Le gouvernement de Nagy,
représentatif pour toute la nation, est arrêté,
la délégation qui négociait sur le départ
des troupes russes a été emprisonnée par
celles ci, la radio de Budapest est détruite par
l’artillerie russe. Un gou­vernement Quisling sous le
communiste Janos Kadar a été nommé. Selon la
version du Kremlin, les divisions russes sont intervenues pour
écraser une conspiration réactionnaire qui, sous la
direction d’agents occidentaux et d’élé­ments
fascistes hongrois, avait profité du malaise hongrois. Le
nouveau gouver­nement a publié une déclaration
menteuse et démagogique dans ce sens.

La vraie
cause de l’intervention de l’impérialisme russe est que
tout le peuple hongrois, directement ou indirectement, par sa
participation à l’insurrec­tion ou par son appui à
celle ci, s’est prononcé nettement contre la domination
russe. La déclaration de Nagy selon laquelle la Hongrie devait
se proclamer neutre et se retirer du pacte de Varsovie, fut décisive
pour Moscou. Le S.O.S. désespéré de Budapest,
les cris de détresse adressés à Hammarskjöld
devaient être réduits au silence. Le dernier argument du
bolchevisme est toujours le même : artillerie et chars
blindés.

Ce
serait une erreur que d’expliquer cet événement
tragique uniquement par un retour aux méthodes stalinistes. Il
est vrai qu’un « assassin de masses »,
pendant presque trente ans, a exercé une brutale dictature
personnelle sur la Russie et les nations satellites. Aujourd’hui,
c’est un « collectif » qui s’est chargé
du travail, voilà tout. Mais les méthodes sont typiques
pour le communisme en général. Elles sont mêmes
antérieures à Staline, elles caractérisent
l’essence du bolchevisme. C’est Lénine lui même
qui, le 11 novembre 1920, se moquait des « préjugés
petits bourgeois et démocratiques quant à la
liberté et l’égalité ».

« Celui
qui parle de liberté et d’égalité dans le
cadre d’une démocratie ouvrière », y
ajoutait il, « est un défenseur des exploiteurs. »
C’est dans ces thèses que les successeurs de Staline ont
trouvé l’inspiration pour les déclarations par
lesquelles ils insultent la révolution hongroise.

Ce n’est
pas la première fois que des troupes russes « rouges »
écrasent une insurrection populaire défendant les mots
d’ordre de liberté qui étaient à l’origine
même de la révolution russe, et le droit du peuple à
se gouverner lui même. À l’époque de Lénine
et de Trotzki, la garnison et le peuple de Kronstadt se soulevaient
en février 1921 pour la défense de la révolution
des conseils, la vraie révolution soviétique, que les
bolcheviks étaient en train d’étouffer. Au
commencement de mars, radio Moscou adressait un appel aux habitants
de Kronstadt « trompés » par les
réactionnaires. « Vous êtes cernés
partout ! » disait on dans cet appel. « Si
vous continuez, vous serez tués comme des perdrix ».
Ce fut le commissaire à la guerre Trotzki qui se chargea de
cette mission – dix neuf ans avant d’être mis à
mort lui même comme « un chien enragé »
par un agent de Staline.

En 1928,
l’anarchiste russe Alexandre Berkman a écrit que « Kronstadt
était la première tentative populaire de libération
du joug du socialisme d’État – le premier pas de la
troisième révolution ». La Hongrie est un
nouveau Kronstadt cent fois plus grand.

L’Occident
a prononcé son jugement sur l’intervention russe.
« L’Occident doit nous aider avec des armes, autrement
tout aura été vain ! », déclaraient
des révolutionnaires hongrois à des journalistes
étrangers peu avant l’effon­drement. Les Nations unies
n’enverront pas d’armes, aucune intervention ne se fera contre
les bourreaux du peuple hongrois. Mais il est tragique que dans cette
situation unique, l’opinion mondiale soit divisée, que le
faible ordre de droit représenté par les Nations unies
soit annulé par Israël, la Grande­-Bretagne et la
France. Sans cette action, le front universel contre les
impérialistes russes serait devenu plus fort que jamais.
Peut être une grande protestation mondiale n’aurait elle
pas empêché ce qui s’est passé. Mais elle
aurait eu une importance énorme pour l’évolution
future. Dans cette situation, cependant, Moscou a été
délivré, il a reçu de nouveaux arguments bon
marché pour défendre sa propre politique coloniale.
Mais il y a une chose certaine, maintenant. Le bolchevisme est
condamné à mort. Les esclavagistes du Kremlin perdront
la dernière bataille. Le triomphe russe à Budapest est
trompeur.

Hans Rudiger (dans
Dagstidningen Arbetaren, Stockholm)


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