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La Vie Ouvrière n°4 (20 novembre 1909)
Le contrat collectif
Article mis en ligne le 22 octobre 2007

par Schmitz (A.)
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 La fin de l’article de Pierrot contenait quelques phrases qui me démangent fort.
N’était l’utilité d’ajouter quelques renseignements à
ceux que j’ai donnés précédemment et de préciser
divers points qui en ont grand besoin, je me laisserais facilement
aller à le chicaner. Lui, d’ailleurs, ne se gêne pas
pour nous attraper, et croit-il vraiment que nous avalions sans
souffrance ses critiques amères sur une prétendue
déchéance du syndicalisme.

 Ah ! il est heureux
et superbe le philosophe qui, du haut des principes, regarde la
pauvre humanité grimper la route de son affranchissement. Gare
au malheureux qui, tombant de fatigue, s’assied un moment ; gare
à celui qui, incapable de monter tout droit une partie plus
raide de la côte, fait un détour qui l’attarde
peut-être, mais qui le fatigue moins.

 — Toi, mon gaillard,
lui crie-t-on, tu nous as déçu. Nous attendions mieux
de toi. Jamais tu n’arriveras tout en haut. La Révolution
aurait tort de compter sur toi.

 Les ouvriers de la
maçonnerie, réputés révolutionnaires,
viennent de conclure un « accord » avec les
entrepreneurs ! Un « accord », c’est
entendu !

 Cet accord, comme tout
armistice, est critiquable en bien des articles. D’ailleurs, dans un
clan comme dans l’autre, on se promet bien de n’en appliquer que ce
que l’on y trouve de favorable personnellement. Telle clause qui gêne
les entrepreneurs risque fort d’être violée par eux.
Pourquoi telle autre qui gêne les ouvriers ne se
trouverait-elle pas dans la même situation ?

 Les ouvriers obtiennent
la suppression du tâcheronnat. Dans la lutte contre ce système
de travail, une connexité d’intérêts a été
reconnue par les entrepreneurs et par les ouvriers. Est-ce à
dire qu’il ne reste pas des forces et des intérêts en
antagonisme profond ?

 Des ouvriers et des
patrons sont encore mal convaincus de leur intérêt
commun à supprimer le tâcheronnat. Et encore, peut-on
croire que les patrons n’espèrent pas retrouver, par une autre
manière, les bénéfices qu’ils retiraient du
tâcheronnat ? Peut-on croire que les ouvriers n’espèrent
pas rendre cette suppression réellement profitable à
leurs intérêts ? Il est bien probable que les uns
comme les autres en dedans ou en dehors du contrat, avec ou sans
respect des formes, défendront leur espoir et leur intérêt.

 Dans le système
d’exploitation par le tâcheronnat, la production n’était
pas déterminée suivant un barème nettement
établi, mais simplement par l’habileté du tâcheron
à spéculer sur l’ignorance, la bêtise et la
misère des ouvriers.

 Pense-t-on
qu’aujourd’hui le patronat n’essaiera pas, par un pourboire à
la paye, par la promesse d’un emploi sans chômage, sans parler
de la répartition aux bénéfices régulièrement
organisée, de rétablir le système de
surproduction ? Si la mentalité des ouvriers n’est pas
assez haute, nul doute que le tâcheronnat ne sévisse
sous une autre forme.

 La suppression du
tâcheronnat est un arrêt dans la spécialisation à
outrance ; les patrons y gagnent plus de stabilité dans
le taux des salaires ; mais les ouvriers de spécialités
rapprochées y accélèrent leur marche vers
l’unification des salaires et l’atténuation du chômage.

}}}

Production équivalente au salaire

 Dans la situation
actuelle, il y a intérêt, pour les ouvriers de la
maçonnerie, à ce que la production soit déterminée.
Toute la difficulté consiste à imposer la fixation
d’une tâche raisonnable pour l’ouvrier moyen sans porter
pourtant préjudice à l’ouvrier faible.

 Jusqu’à présent,
autant qu’il est permis de le démêler dans les
bizarreries de la série 1909, sur laquelle doit être
basée la production équivalente au salaire, celle-ci
semble assez favorable aux ouvriers. Les ouvriers éclairés
sont assurés que leur intérêt, tant que la
Révolution ne sera pas faite, leur commande d’imposer la
réglementation de la production ; ils n’ignorent pas que
trop d’ouvriers, de la maçonnerie et d’ailleurs, sont envieux
des titres : d’honnête, de consciencieux, de courageux
ouvrier, que les patrons décernent généreusement
à leurs fidèles serviteurs ; ils savent que dans
une période de chômage, le plus grand nombre, dans
l’âpre lutte pour manger, abandonne toute philosophie et se
surmène afin de ne pas perdre sa place. Si les militants
arrivaient à faire comprendre à leurs camarades, par
n’importe quels moyens, qu’ils sont les maîtres de leurs bras
et de leur cerveau, qu’ils ont le droit et le devoir d’en disposer,
qu’ils peuvent, par une production calculée, en perlant le
travail, production qui ne serait pas dépassée, agir
vigoureusement sur le patronat, que pourrait ce dernier ? Il
n’aurait qu’à capituler ou à déclarer le
lock-out.

 L’organisation capable
de manier cette arme avec assurance ne mériterait-elle pas
qu’on reconnaisse une certaine mentalité révolutionnaire
chez ses adhérents ? Constituerait-elle un élément
de conservation sociale ?

 Eh bien ! c’est
cette forme de lutte qui a contribué pour beaucoup à
faire fléchir l’intransigeance des entrepreneurs et à
hâter la disparition du tâcheronnat. M. Villemin l’avoue
dans une étude publiée dans les Études
professionnelles (nº d’octobre). Dans son ardent désir
de grouper les forces patronales autour du contrat de travail. Il
insiste sur l’avantage que vont retirer ses confrères de
l’’équivalence du rendement avec le salaire ; il
s’efforce de leur faire sentir que la restriction de production dont
ils ont tant souffert disparaît avec cet article du contrat.

 L’expérience de
la lutte a pu amener les entrepreneurs à s’assurer contre les
risqués de grève. Mais comment s’assurer contre le
coulage que peut leur infliger une corporation fortement groupée
et qui veut faire aboutir ses revendications ?

 La
réglementation de la production va obliger ceux des maçons
qui, jusqu’à présent, travaillaient comme des brutes —
malheureusement, ils sont encore nombreux — à réfléchir
et à constater qu’ils n’ont aucun bénéfice à
surproduire, et qu’en l’état actuel de la société,
c’est sur leur ardeur au travail que les frelons de cette société
comptent pour bien vivre et pour maintenir en chômage et dans
la misère la chair à travail. L’habitude de travailler
en homme va leur venir. D’ailleurs, des camarades se chargeront de
la leur faire prendre. Ce ne sera pas faire la vaine et inutile
besogne, et cela sans égratigner le contrat.

 Très
peu d’entrepreneurs, par la suite, mourront sur la paille, et les
loyers n’augmenteront pas plus rapidement qu’à l’ordinaire.

 Le
consommateur se trouvera lésé, paraît-il. Mais,
qui donc produit plus et consomme moins que l’ouvrier, surtout s’il
s’agit de logement à Paris ? L’augmentation de son
salaire est loin d’être en rapport avec le coût des
loyers. De plus, il faut chercher l’élévation de
ceux-ci directement chez les capitalistes spéculateurs de
terrain, et non pas dans les frais de construction ; ceci est un
fait indéniable.

 Il
y aurait, peut-être, un danger dans la détermination de
la production : c’est que les ouvriers les mieux doués ne
soient tentés, pour élever leur salaire, d’augmenter
leur production, et d’en réclamer le supplément de
salaire correspondant, et cela malgré la clause du contrat. On
peut être certain qu’ils y seront aidés par le patronat,
qui trouvera bien le moyen de favoriser l’égoïsme de ces
individus, sachant que ce sera la meilleure manière d’élever
le quantum de la production et d’arriver à déprécier
les salaires. Cela transparaît, d’ailleurs, de l’exposé
de M. Villemin dans les Études professionnelles.
Cet exposé est très curieux. Établi dans le but
de faire avaler au monde de l’entreprise les bienfaits du contrat du
travail, en faisant entrevoir les avantages retirés du fait de
ce contrat, son auteur morigène les « renards
patrons », c’est-à-dire les entrepreneurs de la
chambre syndicale indépendante, qui à chaque instant
dérangent ses combinaisons de meneur patronal et, l’empêchent
par leur « naïveté » de mâter
les ouvriers comme il le voudrait.

 Les
considérations dont il accompagne certains articles du contrat
sont vraiment lumineuses, et nous aurions tort de les négliger.

 En
voici une :

 Il
ne saurait, d’ailleurs, faire doute que la jurisprudence qui s’est
formée relativement aux règlements d’atelier, ne soit
pas, par analogie au contrat collectif, régulièrement
portée à la connaissance des ouvriers. Comme
conséquence, si le rendement déterminé par le
tableau d’équivalence du travail au salaire n’est pas atteint,
il va de soi que le salaire qui n’a été promis qu’en
vue de ce rendement, n’est pas entièrement dû et qu’il
doit subir une réduction proportionnelle à la
diminution du rendement.

 Ainsi,
le défaut de responsabilité, qu’on impute au contrat
collectif, se trouve pallié, parce qu’à
l’irresponsabilité des syndicats qui n’ont pas le droit de
posséder, se trouve substituée la responsabilité
personnelle de chacun des ouvriers.

 En
voici une autre, relative, celle-là, à la liberté
du travail :

 Nous
avons obtenu que la liberté du travail soit sauvegardée
par le paragraphe « in fine » de l’art. 4 :
« Des incidents, y est-il dit, ne peuvent être
soulevés du fait de l’emploi simultané d’ouvriers
syndiqués et non syndiqués : aucune mesure
concernant l’affiliation au syndicat ne peut être prise contre
les ouvriers. »

 Ce
paragraphe, comme le précédent, peut donner lieu à
recours contre les ouvriers défaillants, chaque patron pouvant
poursuivre l’ouvrier pour troubles apportés sur ses chantiers,
et la chambre syndicale pouvant se porter partie civile pour la
collectivité, partie au contrat, et obtenir une sanction tout
au moins morale, extrêmement intéressante.

 Il
est fort probable que les travailleurs de la maçonnerie ne
craindront pas énormément, « la sanction
morale ». Ils craindront plutôt le renvoi :
parce que la tête ne convient pas, parce que l’on aura la
dignité de faire respecter les décisions syndicales, ou
parce que les fiches contre les militants ne sont pas égarées,
au contraire !

 Mais,
dans ce cas, les ouvriers du chantier, et même tous les
ouvriers au compte de l’entrepreneur, ont toujours, individuellement,
le droit — qu’ils prendront — de ne pas travailler pour un patron
qui ne leur plaît pas. Si c’est en période de chômage,
à un moment où les récalcitrants à un
mouvement de solidarité sont plus nombreux, ils
auront encore le droit d’agir selon leur tempérament, sans
attendre la commission mixte. Ils le feront sous leur responsabilité
personnelle, s’inspirant du souci d’être utiles à la
collectivité à laquelle ils appartiennent, c’est-à-dire
au syndicat.

 Il est fort probable,
aussi, que les militants, dans leur raisonnement « simpliste »,
s’arrangeront de manière à faire syndiquer leurs
camarades de travail, même au besoin par la machine à
bosseler. L’expérience leur a appris que la liberté du
travail pour le « renard » est un luxe
« d’humanité » qu’ils ne peuvent pas se
permettre. Il serait vraiment trop facile aux pleutres de bénéficier
d’avantages sans rien faire pour les obtenir. C’est curieux,
d’ailleurs, comme la violence active leurs facultés de
raisonnement ; les résultats sont tels que, neuf fois sur
dix, le camarade violenté, après une rébellion
de son individualité au moment de la violence, reconnaît
assez facilement ensuite qu’il était traître à
sa cause et à son intérêt.

 Les militants se
rappelleront les manoeuvres des patrons attirant à Paris la
main-d’oeuvre provinciale pour en faire des instruments dociles
d’exploitation, qui leur permettaient de laisser sur le pavé
les éléments les plus actifs du syndicat et d’affaiblir
l’organisation. Ils se rappelleront les jaunes de la rue Saint-Paul
occupant les chantiers et acceptant, sans protestations, les
conditions de travail et les salaires imposés par le patronat,
alors qu’eux-mêmes se serraient la ceinture, pour tenir leurs
engagements.

 Ceux qui se rappellent,
se serviront peut-être encore de la chaussette à clous
pour faire comprendre à ceux qui ne voient que leur intérêt
individuel et immédiat qu’il y a un intérêt
collectif devant lequel l’intérêt individuel doit
quelquefois s’effacer. Tant pis si ces moyens ne sont pas jugés
pratiques par de bonnes âmes.

 De même, ils
s’efforceront d’empêcher, dans la mesure de leurs moyens,
l’envahissement de la corporation par les gens uniquement attirés
par l’appât des salaires relevés, les gens toujours
prêts à se mettre à table quand elle est servie
et à la quitter sans s’occuper s’il restera quelque chose pour
ceux qui l’ont garnie. C’est là, peut-être, du
corporatisme étroit, arriéré, peu idéaliste.
Hélas ! c’est tout simplement humain, c’est une
conséquence de la lutte pour la vie, dont la société
est responsable. Mais cela ne veut pas dire qu’un camarade, d’où
qu’il vienne, dont on connaîtra la volonté
d’organisation, ne sera pas admis. Les militants savent trop ce
qu’est la lutte pour ne pas comprendre et remplir ce simple devoir de
solidarité.

 Les vrais responsables
ne sont pas les « renards », c’est entendu.
Mais est-on jamais arrivé à changer un état de
choses rien que par la douceur et le raisonnement ? Aux
révolutionnaires de répondre.

}}}

L’autorité sur le chantier

 À
propos des articles 2 et 3 : « L’embauchage et le
congé dépendent de la libre disposition de
l’employeur » et « L’entrée des
chantiers est défendue, sauf autorisation du patron à
toute personne non employée aux travaux », Villemin
écrit :

 Par ces paragraphes,
l’autorité du patron sur ses chantiers est affirmée,
reconnue, alors qu’on cherchait depuis quelques années à
la nier et tout au moins à la rendre à peu près
inexistante.

 Le patron reste seul
maître de l’embauchage et du débauchage et il reste
libre d’empêcher l’accès des chantiers à toute
personne étrangère au travail.

 M. Villemin se paye de
mots. Plus justement, il veut payer ses confrères de mots. Il
n’y a rien de changé sur ce point à ce qui existait
avant le contrat. N’y a-t-il pas quelque part un paragraphe qui
stipule que les us et coutumes sont conservés ? Or, le
fait de passer sur le chantier demander de l’embauche ou d’aller voir
un copain pour l’emmener prendre un verre rentre toujours dans les us
et coutumes.

 Évidemment, en
temps de grève, et même en temps ordinaire, la
réquisition des flics peut être opérée sur
la demande du patron ou du maître compagnon et l’expulsion des
ouvriers en être le résultat. Est-ce un droit nouveau ?
Nul n’ignore que la police est instituée pour la protection du
capital contre le travail. Et ce n’est pas une clause de contrat qui
changera cet état de choses. Seule l’énergie des
camarades se charge quelquefois de mettre la justice à sa
place.

 Dernièrement, M.
Villemin lançait une circulaire à tous les
entrepreneurs du bâtiment pour les inviter à faire
arrêter immédiatement, tous les perturbateurs de
chantiers. S’il réussit assez bien en certains endroits, dans
d’autres,… les flics ne purent pénétrer, et les
renards furent chassés. Le succès de l’opération
de police dépend un peu des camarades qui occupent le
chantier, maîtres et responsables de leurs actes, et que la
collectivité syndicale ne peut qu’approuver, parce que ces
camarades agissent dans l’intérêt de la collectivité
de laquelle ils dépendent.

}}}

Les commissions mixtes

 Voici un gros morceau.
M. Villemin le soigne et le pare ! L’article 8 institue une
commission arbitrale mixte permanente qui connaîtra de toutes
les difficultés relatives à l’exécution du
contrat, ainsi que les différends survenus entre employeurs et
employés.

 Grâce à
cette commission, nous allons pouvoir rester en contact permanent
avec les délégations ouvrières, ce qui nous
permettra d’étudier en commun toutes les questions d’un
intérêt capital pour notre profession, telles que
l’apprentissage et le chômage.

 Elle permettra également
l’étude des œuvres de prévoyance et d’assurance
sociales, dont tous les congrès d’entrepreneurs se sont montré
les partisans déterminés.

 Quel beau programme !
C’est vraiment dommage que beaucoup d’entrepreneurs ne le comprennent
pas et que les militants ouvriers le comprennent moins encore.

 Avec quelle chaleur nos
patrons préconisent l’entente cordiale ! Chômage,
prévoyance, assurance : ils en ont plein la bouche.
Pourtant, quand les ouvriers leur disent : Nous allons faire
huit heures ou neuf heures toute l’année pour remédier
au chômage, ces mêmes patrons ne comprennent plus !

 Quant à
l’apprentissage, on sait ce que deviennent la plupart des jeunes gens
qui sortent des écoles d’apprentissage. Ils sont de parfaits
jaunes.

 Et la mutualité ?
Parlons-en. Nous savons avec quel soin le syndicat de garantie que
préside M. Villemin défend les rentes à accorder
aux ouvriers blessés du travail. Cela suffit à nous
donner un avant-goût de ce que pourraient être les autres
oeuvres de protection et d’assurance.

 Les ouvriers ont
combattu l’Union de MM. Villemin et Cie quand elle était
indépendante. Ce n’est pas pour la créer au milieu de
leur organisation.

 Et la commission mixte
jugeant, sous le chêne de Saint-Louis, les différends
entre employeurs et employés ? Le tableau serait
touchant. Cependant, les ouvriers savent déjà, par la
valeur des recours au Conseil de prud’hommes, ce que peut être
la justice des commissions mixtes. Devant les prud’hommes, le patron
malin qui veut se défiler ne perd que rarement son procès ;
il a toujours la tangente de la demande reconventionnelle et à
son appui les ressources de la magistrature bourgeoise.

 Devant la commission
mixte, les ouvriers se croyant lésés — ne le sont-ils
pas toujours — pourraient attendre longtemps une réparation.
Peut-être, au début, le patronat voudrait-il donner
confiance dans le système. Mais si, malheureusement, les
ouvriers se reposaient sur elle pour connaître s’ils ont tort
ou raison, s’ils abdiquaient toute initiative et toute responsabilité
personnelles, il est bien certain que l’on courrait au-devant d’un
grand danger. Mais la maçonnerie n’en est pas là.

 Est-ce à dire que
la commission mixte soit inutile ? J’attends de l’expérience
personnelle une opinion ferme. Nous ne l’avons pas demandée.
En échange de la suppression du tâcheronnat, on nous l’a
imposée ? Que vaut le cadeau ? À
l’usage nous le verrons. En tout cas, les ouvriers en contact avec
leurs patrons, au sein d’une commission mixte ne seront pas
« déshonorés », pas plus qu’ils
ne seront inévitablement « englués »
par de vils marchandages ; la science des patrons ne les
influencera pas énormément, je crois. S’ils faisaient
un faux pas, on peut être sans crainte : ils seraient vite
rappelés à la raison par les militants qui les
entourent ou bien ces militants seraient des imbéciles.

 * *

 Hélas ! tant
que les ouvriers n’auront pas exproprié les moyens de
production, ils seront obligés de conclure des contrats
collectifs, tacites ou écrits, dont les seules forces en
présence feront « le droit ».

 Plus la conscience des
syndiqués s’élèvera, plus les travailleurs
auront le sentiment de classe et plus les contrats auront de chances
d’être respectés et… violés. Plus il y aura
d’individualités parmi les camarades et plus la collectivité
syndicale aura de chances d’imposer ses « droits »
en dehors de toute légalité patronale et bourgeoise.

 Aussi, le contrat
collectif de travail de la maçonnerie ne doit être
envisagé par les militants que comme un pis aller, pour sortir
d’une situation ; il ne doit être considéré.
comme toutes les lois dites ouvrières, qu’avec les dérogations
imposées par l’une ou l’autre des forces en présence.

 Si la mentalité
des syndiqués n’est pas prête pour une revendication,
s’ils ne sont pas prêts à agir pour l’obtenir, une
délégation, fut-elle composée d’ouvriers habiles
à argumenter, ne convaincra point les patrons. Nous ne sommes
pas assez naïfs pour croire que la discussion pourrait amener
les patrons à composition sur une revendication de quelque
importance. Quant à l’interprétation juridique du
contrat collectif de travail, les ouvriers peuvent en connaître ;
mais ils ne s’en serviront que quand ils ne pourront pas faire
autrement.

 Et s’ils le font, c’est
parce que, chez eux, à côté d’eux, il n’y a pas
encore assez de clairvoyance, d’esprit de révolte pour faire
la grève générale expropriatrice.

 Nous ne sommes pas
parfaits, mon cher Pierrot. Si nous avions toutes les qualités
que vous nous souhaitez, et que nous nous attachons à
posséder, ce n’est pas le contrat collectif que nous aurions
signé, c’est la Révolution que nous aurions faite.

A. Schmitz


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