Le happening

, par  Viaud (Marcel) , popularité : 4%

Dans la présentation de
cet essai, nous trouvons une définition qui situe bien le ton
de l’ouvrage [1] : « Le happening est par
excellence un art de participation et de révolte où
l’expérience créatrice prime le résultat,
vendable ou non. » J.- J. Lebel situe surtout son sujet
sur le plan de la création artistique, mais sans cesse, au fil
des pages, nous voyons qu’il fait appel à des valeurs qui
nous sont chères et nous comprenons que ce mode d’expression
ait pu être utilisé comme technique non violente.

Lebel considère que
« l’art, dans son cheminement, doit affronter une
réaction pareille à celle qui neutralise la réforme
des structures sociales » ; il désire donc
supprimer les barrières traditionnelles qui séparent
l’acteur du spectateur pour n’avoir que des participants qui
engagent le combat sur « le dépassement relation de
sujet à objet (regardeur/regardé – exploiteur/exploité – spectateur/acteur – colonialiste/colonisé – aliéniste/-aliéné
– légaliste/illégaliste, etc.). Essayant de dégager
les idées-forces en matière de création
artistique collective, l’auteur précise qu’il n’y a pas
de théorie du happening, chaque participant ayant la sienne.

Si les artistes associés
au « Work shop de la libre expression » ont
abordé directement des thèmes politiques ou sexuels,
d’autres ne voient dans le happening qu’une possibilité de
spectacle total et n’apprécient pas l’utilisation
révolutionnaire qui peut en être faite.

Nous trouvons une illustration de
cette différence de conception dans le numéro 2 de la
revue « Plexus » (éd. Planète) à
propos d’un reportage sur un happening animé par Sodorowski
où Lebel est pris à partie.

Il est évident que les
pseudo-non-conformistes ne peuvent l’apprécier lorsqu’il
dit : « La liberté d’esprit n’aura aucune
chance de devenir liberté d’action tant que ne sera pas
liquidé l’appareil spécial de coercition constitué
sur le plan culturel comme sur le plan social par l’État,
ses avatars, ses imitations », ou qu’il constate : « Le
réseau d’aliénations est si dense qui enchaîne
le culturel au social, qu’il est devenu impossible de créer
quoi que ce soit sans automatiquement remettre en question l’ensemble
socioculturel dans lequel nous vivons. »

Pour mieux comprendre
l’utilisation qu’ont pu faire les provos, révos et autres
anarchistes du happening, il nous faut encore citer :

« Le happening est
avant tout un moyen de communication intérieure, ensuite
incidemment un spectacle » et aussi « la
question la plus urgente de l’art contemporain est devenue la
rénovation et l’intensification de la perception. »

Pour nous qui recherchons des
techniques non violentes d’action directe et de manifestation, nous
découvrons sans cesse des parallèles existant entre nos
travaux et cet ouvrage :

Souci de communication dans
le désir de susciter des participations ;

Liberté totale
d’expression sans tabous ni complexes ;

Prise de conscience du
complexe oppresseur comme un tout qu’on ne peut dissocier.

Nous pouvons, semble-t-il,
souscrire sans réserves à cette définition du
happening que J.-J. Lebel confiait à un reporter cet été
à Saint-Tropez : « C’est la recherche d’un
moyen de lutte pour transformer la société, agir sur
les gens, les obliger à sortir de leur routine. »

Marcel Viaud

[1Ce livre comporte de
nombreuses photographies, quelques thèmes de happenings ayant
eu lieu ces dernières années et une bibliographie (15
F, Denoël).