Mouvement anti-atomique anglais

mardi 30 octobre 2007


La Campagne
pour le Désarmement Nucléaire (CND) fut lancée
vers 1958, avec des personnalités comme le
philosophe-mathématicien Bertrand Russell, l’écrivain
J.B. Priestley, le dessinateur Vicky, le chanoine de l’église
Saint-Paul, John Collins, entre autres. Le thème de cette
campagne fut quasiment unique et se trouve proche parent de celui du
MCAA : condamnation de la bombe atomique, renoncement unilatéral
de la Grande-Bretagne à son armement nucléaire de façon
à promouvoir d’éventuelles négociations [1].
Cette campagne paraît avoir été une affirmation
spontanée de convictions profondes. De nombreuses
personnalités s’y sont mouillées ; une actrice de
cinéma, Vanessa Redgrave, se présenta un peu comme une
Joan Baez anglaise. Pendant cette période eut lieu l’éclosion
de recherches théoriques de la part d’universitaires et même
de militaires sur une défense civile non violente [2]. Les
concours à cette campagne furent les plus divers et très
nombreux. Les marches de Pâques, les plus imposantes, réunirent
jusqu’à 30 000 personnes. Le parti travailliste, alors dans
l’opposition, prit position pour le désarmement nucléaire
unilatéral en 1960 sous l’impulsion de Frank Cousins. L’âge
d’or semble avoir été les années 60-61.


Si
l’objectif unique de la CND a rassemblé une masse importante
de personnes dans une même réprobation morale de
l’armement nucléaire, il n’empêche que :


Cet
objectif unique a fait de la CND une composition hétéroclite
de personnes venues d’horizons extrêmement divers et a
empêché la CND de tabler sur la cohérence de ses
propositions et d’exploiter son succès ;


Cet
objectif unique était, pour beaucoup de personnes et en
particulier chez les jeunes, dépassé, la protestation
s’étendant à une contestation de toute la société
britannique (le phénomène bombe étant la
conséquence d’un certain comportement social ainsi que d’un
certain comportement individuel).


Il
semblerait que la dislocation de la CND vienne en conséquence
de cela, et probablement d’autres choses qu’il ne serait pas
négligeable de rechercher. Le succès des marches de
Pâques ne déclina pas rapidement, mais le fait est qu’il
va décroissant ; elles sont devenues traditionnelles – et
cette expression est caractéristique. En 1961, le leader du
parti travailliste, Hugh Gaitskell, réussit à faire
revenir celui-là sur ses positions antérieures. C’est
également en 1961 que s’est formé le Comité
des 100 avec Bertrand Russell, Michael Scott, Michael Randle. Les
promoteurs de cette nouvelle organisation directe demandaient de
passer à la désobéissance civile [3].


La CND,
après un succès foudroyant, s’est trouvée
brutalement devant un mur. Son existence se poursuit, cloisonnée
dans la tradition, récupérée par les belles âmes
pacifistes.


L’originalité
(par rapport à la tradition), le dynamisme se situent
principalement dans la section jeune du CND (YCND) et au Comité
des 100. Ici la pratique de la désobéissance civile par
de petits groupes et la recherche du choc émotionnel dans
l’action remplacent la participation massive aux manifestations.
Ceci se retrouve en Amérique avec les Comités d’action
non violente (CNVA) en particulier, et mériterait une
attention scrupuleuse.


Cependant,
si l’on en revient à l’Angleterre, j’aurais l’impression
d’un malaise actuel. La pratique de la désobéissance
civile, qui dure depuis plusieurs années, et qui ne perce pas,
engendrerait-elle un malaise de la tradition ? La marche de la Honte
illustre, entre autres exemples, un certain tournant dans ce courant
britannique ; mais la recherche de la nouveauté dans l’arsenal
pacifiste se présente-t-elle comme telle ou bien comme
conséquence de « ce » malaise ? Comment
interpréter ce qu’écrivait Dick Wilcocks : « Que
pensez-vous de faits de petite envergure avec un impact émotionnel
et visuel direct ? Ceci serait facile à faire et ne
nécessiterait pas forcément un engagement à la
désobéissance civile ? » Comment interpréter
l’extrait déjà cité de l’éditorial de
« Peace News » : « La Paix est
belle, vivez-la ! »


Mes
connaissances limitées ne me permettent pas de répondre
à ces questions que je me sens en droit de me poser. Et cela
d’autant plus si par la suite je me réfère à
ce qui se passe en France où le MCAA est une pâle
imitation de la CND et le restera probablement, car il me semble
difficile de réunir toutes les heureuses circonstances qui
tracèrent le succès éphémère de la
CND.


[1Voir le
chapitre consacré au mouvement antiatomique anglais dans « Une
nouvelle force de frappe : l’action non-violente » de
Joseph Pyronnet (Ed. Témoignage chrétien).

[2« Civilian
Defence », brochure comprenant 4 essais (« Plaidoyer
pour une défense civile », par Adam Roberts ; « Les
problèmes psychologiques dans l’élimination de la
guerre », par Jérôme Frank ; « Défense
non militaire et politique étrangère », par
Arne Naess ; « Dissuasion et libération par la
défense civile », par Gene Sharp), a été
traduit en français. Récemment a été
publié le livre « Strategy of Civilian Defence »,
composé par Adam Roberts et qui aborde en particulier la
pratique de la guérilla.