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Témoins n°15/16 (hiver/automne 1956)
Lectures
Blaise Cendrars sociologue
Article mis en ligne le 31 octobre 2007

par Proix (Robert)
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Depuis
une quarantaine d’années, tout le monde s’accorde pour
reconnaître à M. Blaise Cendrars une exubérance
d’écriture, une puissance verbale, un sens de l’anecdote
incomparables. Son œuvre à peu près uniquement
autobiogra­phique, fourmille de récits où le
pittoresque le dispute à la fantaisie la plus débridée,
s’agrémente de détails où l’incident le plus
modeste prend figure de catastrophe, s’enrichit d’approximations
où la vérité a quelque peine à s’y
retrouver ; mais qu’à cela ne tienne puisque le
pittoresque est la note dominante à quoi s’évertue
l’écrivain. Tout cela autorise M. Blaise Cendrars à
se livrer aux considérations les plus désinvoltes sur
n’importe qui et sur n’importe quoi, sur ce qu’il connaît
bien comme sur ce qu’il ignore. Reconnaissons qu’il le fait avec
un art tellement consommé que le lecteur n’y voit
qu’étincelles et, tout ébloui, proclame (tel Henry
Miller dans son dernier bouquin) M. Blaise Cendrars le plus étonnant
écrivain du siècle.

Notre
intention n’est pas de nous inscrire en faux contre une opinion si
parfaitement universelle ni de mettre en doute l’immense érudition
que possède l’auteur de tant d’œuvres notoires, dont la
toute dernière en date s’intitule Trop, c’est trop !

Mais,
trop, c’est trop, tout de même, et nous nous permettrons de
faire observer à M. Blaise Cendrars que, puisqu’il est en
possession d’un registre aux ressources illimitées il
pourrait à loisir y puiser sans prétendre s’aventurer
dans des chemins qui lui sont interdits, tant par sa formation
d’esprit que par les milieux qu’il s’est appliqué à
hanter toute sa vie.

Car
nous relevons dans Bourlinguer  [1] les lignes que voici :
« — Ce n’est pas un Godin… Depuis que j’ai
entretenu le calorifère de l’hôtel des Wagons Lits
à Pékin, j’ai l’habitude de repérer les
marques de fabrique des appareils de chauffage… Celui dont parle
Descartes devait être un poêle de faïence, à
l’alle­mande, grand comme la chambre, et consommant du bois et
de la tourbe ; et celui de Chadenat n’est pas un Godin mais
un Guise, ce premier type de poêle économique qui
consomme tout et qui était fabriqué en série
dans les ateliers du comte de Saint Simon, pas le mémorialiste,
mais l’autre, le fourié­riste, qui avait monté
deux trois phalanstères d’ouvriers dans la région de
l’Aisne, si bien que le poêle de Chadenat est un des premiers
produits de l’industrie des ouvriers communistes en France et, à
ce titre, c’est un meuble historique… »

 * *

Personne
n’a jamais lu, dans aucune langue, une telle somme d’énormités
en si peu de lignes. Saint Simon fouriériste !
Saint Simon « monteur » de pha­lanstères
dans le département de l’Aisne ! Saint Simon
confiant à des ouvriers « communistes »
le soin de fabriquer des poêles marqués Guise !…

Rétablissons
les faits : Saint Simon et Fourier, certes contemporains,
ont préconisé des systèmes absolument
différents. Saint Simon, étatiste, envisageait la
prise de possession par l’État (nationalisation avant
la lettre) de tout l’appareil producteur et distributeur. Foncier,
au contraire, proposait l’Association du capital et du travail à
l’échelle de l’entreprise. C’est assez dire que
Saint Simon ne pouvait être fouriériste. D’autre
part, Saint Simon, décédé en 1825 n’est
pour rien dans la constitution de l’association phalanstérienne
de Guise (Aisne) fondée par Godin en 1859. Et il n’y a pas
d’autre entreprise fouriériste dans le département.
Quant à dire que les petits-bourgeois de la société
du familistère de Guise, qui fabriquent les poêles
Godin, sont des communistes il faut être un analphabète
social de la force de M. Blaise Cendrars pour le prétendre.

De
grâce, que M. Blaise Cendrars se borne à ses rixes de
matelots, à ses coups de roulis, à ses histoires de
légionnaire mythomane, et qu’il laisse à d’autres
le domaine sociologique où il n’a que faire. Et tout le
monde y trouvera son compte.

R.
Proix

Notes :

[1Édition
du Club français du Livre.


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