La Presse Anarchiste

La polygamie chez les premiers chrétiens

Que de fois, m’ap­puyant sur l’épître de Paul à Tim­o­th­ée, n’ai-je pas, con­tro­ver­sant avec des con­tra­dicteurs dog­ma­tiques, main­tenu que les pre­miers chré­tiens, à la base, pra­ti­quaient la polyg­a­mie. Et chaque fois mes con­tra­dicteurs, entêtés, se refu­saient à tenir compte de textes qu’ils tien­nent cepen­dant pour « reçus ». Je suis tombé récem­ment sur un ouvrage de Vic­tor Schœlch­er, protes­tant de vieille souche, qui fit tant pour l’af­fran­chisse­ment des noirs des colonies français­es et dut pay­er de l’ex­il sa résis­tance à l’homme, du deux-décem­bre. Ce m’est un plaisir d’ex­traire de cet ouvrage[[Le Vrai Saint Paul, p. 218 (Librairie cen­trale des pub­li­ca­tions pop­u­laires, 45 rue des Saints Pères, Paris, 1879)]] — Le Vrai Saint-Paul — la page suivante : 

« …Quoiqu’il (Saint-Paul) ne tolère le mariage que par préférence à la for­ni­ca­tion, il autorise la polyg­a­mie : « Il faut que l’Évêque et le Diacre soient maris d’une seule femme (I. Tim., III, 2 et 12 ; Tit. 1, 6 et 7). D’après les com­men­ta­teurs chré­tiens, tou­jours habiles à fauss­er les textes com­pro­met­tants, celui-ci inter­di­rait l’épis­co­pat aux prêtres qui auraient épousé suc­ces­sive­ment deux ou plusieurs femmes. Quelques-uns cepen­dant ont été plus sincères. Saint-Jérôme, entre autres, y recon­naît bien l’ex­clu­sion de ceux qui ont actuelle­ment plus d’une femme. (Dom Cal­met, Là même). Pour qui voudra le lire hon­nête­ment, l’or­dre de Paul n’au­ra jamais d’autre sens : « Ce com­man­de­ment même, dit Mil­ton, est une preuve suff­isante que la polyg­a­mie n’é­tait point inter­dite au reste des fidèles, et était com­mune à cette époque dans l’Église ». (A Trea­tise on chris­t­ian doc­trine, ch. X). En effet, dès que les Évêques et les Diacres doivent être choi­sis par­mi ceux qui n’ont qu’une seule femme, il est per­mis, cela est clair, à tous les autres « fidèles » d’en avoir plusieurs. L’Apôtre des Gen­tils n’y trou­vait point a redire seule­ment il pen­sait, sans doute, que les monogames répondaient mieux à ce qu’on doit atten­dre des prin­ci­paux prêtres d’une secte où la vir­ginité pas­sait pour une vertus… »

E. A.