La Presse Anarchiste

Les démocraties face à la violence

Note du traducteur

« Ain­si l’ef­figie de chaque homme morcelée, en quelque sorte, et dis­per­sée sur la sur­face de la terre ne s’achève et ne se com­plète que par l’ob­ser­va­tion ; il voit dans les autres êtres les divers­es por­tions de son être, et ne se voit en entier que dans le tout ».
Hérault de Séchelles, Théorie de l’Ambition.

Les infor­ma­tions et les analy­ses qui suiv­ent, por­tant sur dif­férents pays, sont tirées du Bul­letin (« Mit-Teilung ») pub­lié, toutes les 2 ou 3 semaines env­i­ron, par l’In­ter­na­tion­al Archive Team de Londres[[I.A.T., 83 A Haver­stock Hill, Lon­don, N.W.3]], bul­letin qui regroupe les infor­ma­tions com­mu­niquées par ses cor­re­spon­dants à l’é­tranger. Les appré­ci­a­tions sont celles de l’I.A.T., et sont d’ailleurs le plus sou­vent signées, comme ici, par John Olday. Titres et inter­titres sont de La Lanterne Noire.

Pour que la réflex­ion, néces­saire, puisse s’en­gager sur les thès­es qui y sont avancées, il m’a paru essen­tiel de respecter la forme de ce matéri­au, tout en regroupant les pas­sages se rap­por­tant à un même thème. Si les notes sur l’Alle­magne, qui for­ment le gros de ce texte, s’ou­vrent quelque peu brusque­ment, sur le siège de Stock­holm, c’est que j’ai préféré remet­tre au prochain numéro trois arti­cles de l’I.A.T., tirés de Black Flag (l’or­gane de la Croix Noire Anar­chiste bri­tan­nique), et qui devaient servir d’in­tro­duc­tion. Ces arti­cles, qui for­ment une présen­ta­tion rapi­de du mou­ve­ment anar­chiste alle­mand actuel, de la R.A.F. et du Mou­ve­ment du 2 juin, avec des pré­ci­sions sur l’exé­cu­tion du « traître » Ulrich Schmück­er, en juin 1974, par le « Com­man­do Juin Noir », trou­veront en effet mieux leur place dans le prochain numéro, qui devrait abor­der le prob­lème de l’or­gan­i­sa­tion. Il m’a paru plus utile, en atten­dant, de présen­ter des infor­ma­tions plus com­plètes, avec les con­clu­sions de John Olday.

On peut pos­er la ques­tion de l’in­térêt d’une infor­ma­tion aus­si détail­lée, sur un tel sujet, qui a déjà fait l’ob­jet de pas mal d’études[[Sur l’Alle­magne, on pour­ra se référ­er aux ouvrages suiv­ants, parus en France depuis quelques années : La « Bande à Baad­er » ou la vio­lence révo­lu­tion­naire (textes de la R.A.F., avec une intro­duc­tion d’Émile Marenssin, Ed. Champ Libre, 1972) ; Faire de la mal­adie une arme, par le S.P.K. (Sozial­is­tich­es Patien­tenkollek­tiv, Ed. Champ Libre, 1973), ain­si que la brochure sur le Procès du S.P.K. (Cahiers de Recherch­es, sup­plé­ment à Recherch­es, 1973) ; et l’ou­vrage col­lec­tif À pro­pos du procès Baad­er-Mein­hof (Frac­tion Armée Rouge) : la tor­ture dans les pris­ons en R.F.A. (Chris­t­ian Bour­go­is éd., 1975), qui repro­duit entre autres cer­tains arti­cles parus dans Les Temps Mod­ernes, et donne un bon aperçu des tech­niques de « tor­ture silen­cieuse » (dépri­va­tion sen­sorielle) mis­es en œuvre con­tre les pris­on­niers poli­tiques.]], et pour lequel la presse gauchiste n’ob­serve pas le mutisme habituelle­ment de rigueur dès qu’il s’ag­it de vio­lence armée dans une société qui nous est proche. C’est juste­ment là une pre­mière rai­son de pub­li­er ces analy­ses — ne serait-ce que parce qu’il s’ag­it d’un son de cloche dif­férent, et parce qu’elles per­me­t­tent de se faire une image dif­férente de la réal­ité alle­mande que ne l’ad­met­tent les ver­sions maoïsantes qui ont cours par ailleurs.

C’est d’ailleurs là où John Olday rejoint l’u­na­nim­ité de gauche que je voudrais émet­tre des réserves, car ce point est d’im­por­tance. C’est repren­dre à son compte une thèse banale de nos jours que de dire : « Crois­sant est plus proche des con­cep­tions anar­chistes quand il déclare (…) : « (…) Ce n’est pas une affaire de légal­ité ou d’il­lé­gal­ité, mais de fas­cisme ou d’an­tifas­cisme. Ou bien on admet un sys­tème qui détru­it les indi­vidus, ou bien on lutte con­tre le fas­cisme. Le chemin qui mène au social­isme passe sur le cadavre du fas­cisme ». C’est là toute la rhé­torique « nou­veau fas­cisme — nou­velle démoc­ra­tie », affec­tion­née par les maoïstes, et qui prend tout son sens si l’on se rap­pelle qu’elle fut énon­cée, en France, par les débris de la Gauche Pro­lé­tari­enne, au lende­main de querelles intestines par­ti­c­ulière­ment sanglantes[[et qui per­mirent à cer­tains lead­ers — depuis recon­ver­tis dans le démoc­ra­tisme à Libéra­tion (n’est-ce pas, M. July ?), où ils acceptent de fray­er avec des lib­er­taires authen­tiques — de démon­tr­er qu’ils sauraient être, au besoin, les dignes émules de la Guépéou.]], même si elles n’at­teignirent pas (et de loin) la féroc­ité des mas­sacres au sein de l’Ar­mée Rouge japon­aise à la même époque — serait-ce que l’en­jeu y était sans com­mune mesure ?

Les infor­ma­tions sur le Japon mon­trent com­bi­en est générale cette ten­dance qui voit un État démoc­ra­tique indus­triel met­tre tout en œuvre pour écras­er la con­tes­ta­tion, en braquant les pro­jecteurs sur le com­bat sin­guli­er des forces de l’or­dre con­tre un groupe de guéril­la urbaine, qui incar­ne (et polarise) la sub­ver­sion : Armée Rouge, puis Front Armé Anti-Japon­ais au Japon ; Pan­thères Noires et Weath­er­men, suiv­is d’une myr­i­ade de groupes suc­cesseurs (dont la Sym­bionese Lib­er­a­tion Army) aux U.S.A. ; Brigades Rouges puis Noy­aux Armés Pro­lé­tariens en Ital­ie… En Grande-Bre­tagne, la Brigade de la Colère a été large­ment éclip­sée par l’I.R.A. et les groupes qui en sont issus. Et c’est tout à fait incidem­ment que l’on apprend que la Suède pos­sède un arse­nal répres­sif qui n’a rien à envi­er à celui de l’Alle­magne, que la Suisse use des mêmes méth­odes que celle-ci à l’é­gard de Petra Krause et de ses com­pagnons, soupçon­nés d’avoir aidé la R.A.F… Mal­gré le F.L B. et les Cors­es, la France sem­ble presque une oasis de calme et de tran­quil­lité. La France, mère de la démoc­ra­tie — comme l’An­gleterre est mère des par­lements — et qui se donne les mêmes moyens que ses voisins (cf. le sys­tème SAFARI, et nos pro­pres lois scélérates, qui, tout comme les lois anglais­es, sont sim­ple­ment plus vieilles que celles des autres pays). Voilà pour­tant des pays où l’on ne peut pas invo­quer un passé fas­ciste récent, qui ne deman­derait qu’à se réaf­firmer à la pre­mière défail­lance des démocrates…

L’ex­a­m­en atten­tif des sit­u­a­tions où cette ten­dance est la plus mar­quée s’im­pose, si nous voulons com­pren­dre l’évo­lu­tion de notre pro­pre société. Quand l’ex­cep­tion devient la règle, il con­vient de revoir ses bases d’in­ter­pré­ta­tion, et en par­ti­c­uli­er de se deman­der : qu’est-ce que la démoc­ra­tie ? Depuis le temps que nous savons que l’idéolo­gie dom­i­nante moule nos pro­pres pen­sées, nous avons oublié de remar­quer que, en France, l’a­n­ar­chisme lui-même est répub­li­cain, laïque et ratio­nal­iste. Il serait bon de voir que l’op­po­si­tion tri­an­gu­laire entre fas­cisme, bolchevisme et démoc­ra­tie est, avant tout, véhiculée par ces idéolo­gies elles-mêmes. Et pour­tant, il faudrait réfléchir à ce que Lénine pou­vait bien com­pren­dre par « démoc­ra­tie pro­lé­tari­enne », lui qui se revendi­quait explicite­ment du jacobin­isme français [[Cf. l’an­tholo­gie pub­liée à Moscou en 1945, en dif­férentes langues, et dont la ver­sion française a été reprise sous le titre : Marx, Engels, Lénine, Staline : La lutte des par­ti­sans selon les auteurs clas­siques du marx­isme-lénin­isme (intro­duc­tion de Patrick Kessel, U.G.E. Col­lec­tion « 10/18 », 1975).]] et com­ment un par­ti aus­si authen­tique­ment total­i­taire que le P.C.F. a pu se recon­ver­tir aus­si pleine­ment à la démoc­ra­tie et à l’héritage de la « grande Révo­lu­tion de 89 » ; à ce qu’im­plique, enfin, sa reven­di­ca­tion d’une « démoc­ra­tie avancée » comme pre­mier pas vers le social­isme [[Voir le livre de J. L. Tal­mon : Les orig­ines de la démoc­ra­tie total­i­taire (traduit de l’anglais : Cal­mann-Lévy, col­lec­tion « Lib­erté de l’E­sprit », 1966). Voir aus­si les textes repro­duits dans le N° 2 des Cahiers du Futur (sur « La Dic­tature » : Ed. Champ Libre, 1974), aux­quels j’ai con­sacré un arti­cle dans le N° 2 de La Lanterne Noire ; arti­cle auquel ces réflex­ions sont un pre­mier post-scriptum.]]

Ne serait-ce pas ces sys­tèmes ne sont que des moments his­toriques d’une même évo­lu­tion, dont nous voyons aujour­d’hui l’ac­com­plisse­ment, une révo­lu­tion bureau­cra­tique achevant la révo­lu­tion indus­trielle qui l’a fait naître ? L’in­for­ma­tique et la psy­chi­a­trie don­nent enfin aux class­es dom­i­nantes la pos­si­bil­ité de réalis­er leur rêve, néces­saire depuis que Dieu est mort : la dic­tature totale de la Rai­son sur le réel, s’é­ten­dant à tous les instants de la vie, par la répres­sion instan­ta­née de toute con­tes­ta­tion en actes, de quelque côté qu’elle vienne. À cet égard, la lutte con­tre les guéril­las, urbaines et rurales, sem­ble bien être le banc d’es­sai des sys­tèmes qui servi­ront con­tre tout groupe révo­lu­tion­naire, dans un avenir trop rap­proché pour qu’il soit con­fort­able d’y réfléchir.

C’est pour­tant ce que nous devons faire, et c’est ain­si que nous pour­rons don­ner un sens au terme de sol­i­dar­ité avec ces groupes dont nous sommes séparés par tant de points fon­da­men­taux — et d’abord par leur avant gardisme, qui les amène, qu’ils le veuil­lent ou non, à se pos­er en « inter­locu­teurs val­ables » de l’É­tat qu’ils attaque­nt. Sol­i­dar­ité qui, autrement, reste un hochet pour apais­er les consciences.

P. Lep­ein­tre

France

Un appel à la sol­i­dar­ité lancé par nos cama­rades de Toulouse

Sol­i­dar­ité avec les mem­bres et les mem­bres sup­posés des Groupes d’Ac­tion Révo­lu­tion­naire inter­na­tion­al­istes (GARI) détenus en France et en Espagne !

Sal­vador Puig Antich ayant été gar­rot­té en Espagne, et les mem­bres du Mou­ve­ment Ibérique de Libéra­tion (MIL) se trou­vant men­acés de mort, ils décidèrent avec leurs cama­rades français de repon­dre à l’a­gres­sion de l’É­tat polici­er par l’ac­tion directe. La pre­mière action eut lieu le 23 mars 1974, et pre­nait pour cible l’Es­pagne de Fran­co. Elle fut revendiquée par les Groupes Autonomes d’In­ter­ven­tion (GAI). Le 3 mai 1974, les GARI revendi­quaient l’en­lève­ment de M. Suarez, directeur de la Banque de Bil­bao. Au cours du mois de juil­let, des actions de sab­o­tage furent effec­tuées à la fron­tière fran­co-espag­nole, suiv­ies de l’at­taque de cars espag­nols à Lour­des et du sab­o­tage du Tour de France. Les objec­tifs suiv­ants furent des ban­ques espag­noles et Ibéria en Belgique.

Le gou­verne­ment français, sous la pres­sion de Fran­co, arrê­ta une ving­taine de cama­rades qui furent inculpés de recel (11 de recel et 9 d’at­ten­tats et d’at­teinte à la sûreté de l’É­tat — N.d.T.). Par­mi les 4 cama­rades des GARI arrêtés en sep­tem­bre, il y a eu plusieurs cas de tor­ture. Fin juin 75, 5 cama­rades étaient encore détenus en France et 4 en Espagne.

L’I.A.T. avait dif­fusé à l’époque une infor­ma­tion sur la col­lab­o­ra­tion des polices secrètes française, bri­tan­nique et espag­nole à l’oc­ca­sion de l’in­ter­roga­toire de cama­rades en Angleterre que l’on voulait faire « aider la police dans son enquête » (l’e­uphémisme habituel out­re-Manche, qui masque le fait que, la garde à vue n’ex­is­tant pas, un sus­pect est détenu en fait illé­gale­ment ! N.d.T.).

Cer­tains anar­chistes ont trou­vé bon de dénon­cer bruyam­ment la lutte armée et de refuser la sol­i­dar­ité avec les cama­rades des GARI. La posi­tion de l’I.A.T. a été de soutenir tous les lib­er­taires qui se révoltent, réagis­sant con­tre la vio­lence de la répres­sion éta­tique à la lumière de leur pro­pre con­science. Il est impens­able, pour tout anar­chiste sincère, que l’on puisse refuser la sol­i­dar­ité avec un révolté quel qu’il soit quand il est entre les mains de la justice.

Les Groupes de Sol­i­dar­ité essaient actuelle­ment de se coor­don­ner, pour mobilis­er une cam­pagne inter­na­tionale pour la défense des cama­rades encore détenus dans les pris­ons de France et d’Espagne.

Les pris­ons de tous les pays sont pleines à cra­quer. Les groupes révo­lu­tion­naires sont partout une minorité, et man­quent lour­de­ment de moyens pour con­tin­uer le com­bat. Nous n’avons pas de mécènes à Wash­ing­ton, à Moscou ou à Pékin, et aucun roi du Pét­role pour pom­per des sub­sides pour équili­br­er nos souscrip­tions pour frais d’im­pres­sion, ou nos frais d’or­gan­i­sa­tion. Tout ce que la Coor­di­na­tion de Toulouse des groupes de sol­i­dar­ité peut espér­er, ce sont les cen­times que les tra­vailleurs qui sont encore employés pour­ront soutir­er de leurs enveloppes de paye. Cepen­dant, il n’y a pas d’in­fla­tion en matière de sol­i­dar­ité, où il s’ag­it de venir en aide aux cama­rades empris­on­nés et à leurs familles dans l’épreuve : là, peu importe si les sommes ver­sées sont faibles — chaque cen­time a comme une puis­sance dynamique d’en­cour­ager la cama­raderie qui rompt l’isolement.

Cor­re­spon­dance : Librairie « Votre Livre », 14 rue de l’É­toile, Toulouse ou : Librairie « Jar­gon Libre » 6 rue de la Reine Blanche, Paris (13e).

Sol­i­dar­ité économique : INES, C.C.P. 558–95. Toulouse.

(Des 9 cama­rades inculpés devant la Cour de Sûreté de l’É­tat, 4 sont encore en déten­tion préven­tive un an après leur arresta­tion : Ray­mond Del­ga­do, Mario Ines-Tor­res, Michel Camil­leri et Jean-Marc Rouil­lan. Leur procès n’au­ra pas lieu avant le début de l’an­née prochaine. Quant aux 11 cama­rades arrêtés après l’en­lève­ment du ban­quier Suarez, ils ont tous été libérés. L’un d’en­tre eux, cepen­dant, n’a plus à s’in­quiéter de la lenteur des juges et des tra­casseries poli­cières : Arnaud Chas­tel est mort cet été, des suites d’un acci­dent d’avion.

Rap­pelons que nous avons pub­lié une Chronolo­gie com­plète de l’af­faire dans le N° 2 de La Lanterne Noire).

Allemagne

Le siège de Stockholm

Le 24 avril 1975, le « Com­man­do Hol­ger Meins » fait irrup­tion dans l’am­bas­sade d’Alle­magne et prend des otages. Il exige la libéra­tion de 26 pris­on­niers en Alle­magne. Le gou­verne­ment alle­mand met sur pied un « groupe d’ur­gence mul­ti-par­ti » (Soci­aux-Démoc­rates, Libéraux, Démoc­rates-Chré­tiens). Refus de négoci­er avec le Com­man­do Hol­ger Meins. Les pom­piers de Stock­holm aident cer­tains mem­bres du per­son­nel à s’é­vad­er à l’aide d’échelles. Plusieurs cen­taines de policiers en uni­forme et avec des gilets pare-balles pénètrent dans l’am­bas­sade. Le com­man­do men­ace d’exé­cuter les otages si la police ne se retire pas. La police ne tient pas compte de l’aver­tisse­ment. L’at­taché mil­i­taire Andreas von Mir­bach est la pre­mière vic­time, criblé de 4 balles. Les policiers, dans la ligne de tir, ne peu­vent aller jusqu’à l’escalier. Le com­man­do per­met à deux policiers en sous-vête­ments d’emporter Mir­bach. Les forces de police se retirent. Le prési­dent de la police sué­doise Gei­jel informe le com­man­do du refus du gou­verne­ment alle­mand. Il essaie la tac­tique habituelle de per­sua­sion. Le com­man­do refuse la dis­cus­sion. Heinz Hil­le­gaart, l’at­taché com­mer­cial de l’am­bas­sade, est abat­tu, le com­man­do fait sauter les étages supérieurs du bâti­ment, et prof­ite de la con­fu­sion pour s’échap­per. Brève fusil­lade. 5 mem­bres du com­man­do arrêtés. 1 mem­bre du com­man­do, masqué, se sui­cide à l’in­térieur du bâti­ment en flammes. Les mem­bres arrêtés refusent de répon­dre aux inter­roga­toires. La police sué­doise alerte les ports, les aéro­ports et les garde-fron­tières. L’am­bas­sade à Malmö reçoit une pro­tec­tion ren­for­cée. Com­mu­niqué du com­man­do dans la boite à let­tres de l’a­gence sué­doise T. T. Agen­ture. Recherch­es dans tout le pays. Des fonc­tion­naires de la Sécu­rité alle­mande arrivent par avion. Les empreintes dig­i­tales per­me­t­tent l’i­den­ti­fi­ca­tion des mem­bres du com­man­do, sauf le suicidé.

Siegfried Haus­ner fut trans­porté à l’hôpi­tal Karolin­s­ka, brûlé à 40 % et avec une frac­ture du crâne. Quand il reprit con­science au bout de 90 heures, on lui dit qu’il serait remis aux Alle­mands. Le jour­nal de Stock­holm Expres­sion a cité un médecin spé­cial­iste, qui dénonçait cette déci­sion comme étant un crime. Un spé­cial­iste des brûlures alle­mand expri­ma le même avis. Haus­ner fut trans­féré à l’hôpi­tal-prison de Stuttgart-Stammheim, où il devait suc­comber rapi­de­ment (le 4 mai). (Les autres mem­bres du C.H.M. furent remis aux autorités alle­man­des avec lui. — N.d.T.).

Siegfried Haus­ner, 23 ans : ancien mem­bre du col­lec­tif social­iste de malades (S.P.K.) à Hei­del­berg. Haus­ner y apprit la fab­ri­ca­tion d’en­gins explosifs, la tech­nique radio et la fal­si­fi­ca­tion de doc­u­ments. Il par­tic­i­pa à la pré­pa­ra­tion de l’at­ten­tat con­tre l’hôpi­tal psy­chi­a­trique de Wies­loch, près de Hei­del­berg, fut arrêté, mais relâché après 6 mois, pour lui per­me­t­tre de finir ses études à l’u­ni­ver­sité (!). Haus­ner entra dans la clan­des­tinité, devint mem­bre de la R.A.F. Réar­rêté, il fut trou­vé en pos­ses­sion d’un pis­to­let et de 100 cartouches.

Lutz Taufer, 31 ans : Ancien mem­bre de Spar­ta­cus (groupe étu­di­ant de Hei­del­berg). Entra dans la Com­mune de Mannheim. Act­if dans le sec­ours aux pris­on­niers. Entra ensuite au S.P.K.

Bern­hard Maria Rôss­ner, 28 ans : Act­if dans le mou­ve­ment de squat­ters à Hambourg.

Karl Heinz Del­low, 21 ans : Par­tic­i­pa aux mou­ve­ments de squat­ters. Dans une bagarre avec la police, se servit d’une barre de fer, et blessa un policier.

Han­na Krappe : Par­tic­i­pa aux mou­ve­ments de squat­ters. Mem­bre du Comité à Ham­bourg con­tre la tor­ture dans les pris­ons. Aida à propager la grève de la faim lancée par Ulrike Mein­hoff (le 13 sep­tem­bre 1974), et qui aboutit à la mort de Hol­ger Meins (le 9 novem­bre). Krappe servit de con­tact, en ren­dant vis­ite aux pris­on­niers, comme Jün­schke et Grashot à la prison de Zweibrück­en par exem­ple (tous deux fai­saient par­tie de la liste des pris­on­niers à libérer).

L’op­po­si­tion alle­mande a intro­duit une loi adop­tant un principe de com­pen­sa­tion pour les accusés qui coopèrent avec les autorités sur­pas­sant de loin celui en vigueur en Grande-Bre­tagne. La récom­pense pour une telle coopéra­tion com­pren­dra non seule­ment l’im­mu­nité de toute con­damna­tion, mais aus­si une belle somme d’ar­gent, ain­si que la pro­tec­tion, des doc­u­ments étab­lis­sant une nou­velle iden­tité, et, au besoin, la pos­si­bil­ité de par­tir à l’é­tranger pour s’y établir. Les Chré­tiens-Démoc­rates récla­ment que cesse rapi­de­ment la sit­u­a­tion actuelle, qui per­met aux mem­bres du groupe Baad­er-Mein­hof dans la prison de Stammheim-Stuttgart (Baad­er, Mein­hof, Ensslin et Raspe) de diriger à l’in­térieur des opéra­tions ter­ror­istes en con­nivence avec les avo­cats de la défense. Tous con­tacts avec les co-détenus doivent être pro­scrits absolument.

Pen­dant le siège de Stock­holm tous les pris­on­niers de la R.A.F. dans plusieurs pris­ons alle­man­des furent empêchés d’é­couter la radio ou de regarder la télévi­sion. Aucun « pris­on­nier anar­chiste » ne reçut de jour­naux du ven­dre­di 25. Les autres détenus — quelque 700 — autorisés à regarder la télé crièrent des injures jusqu’à minu­it con­tre les pris­on­niers du groupe Baad­er-Mein­holf : « Baad­er-Mein­hof bande d’as­sas­sins ! » pen­dant que devant les murs de la prison 500 citoyens avec femmes et enfants se régalaient du spec­ta­cle des pris­on­niers man­i­fes­tant der­rière les fenêtre, bril­lam­ment éclairées des cel­lules. Les pris­on­niers non-poli­tiques sont per­suadés que les pris­on­niers poli­tiques ont droit à des priv­ilèges spé­ci­aux. Cette illu­sion a été entretenue par les autorités qui n’ont rien fait pour met­tre un terme aux cris hos­tiles et à une qua­si-émeute, quand des mem­bres de la R.A.F. (Roll et Wein­rich) furent trans­férés pen­dant la nuit à Stuttgart-Stammheim. La plu­part des pris­on­niers ne sup­por­t­ent pas l’at­ti­tude éli­tiste de la soi-dis­ant avant-garde, qui essaie de recruter des pris­on­niers poli­tique­ment incon­scients pour grossir ses rangs. Si bien que la R.A.F. est plus isolée que jamais.

Le C.H.M. après un bref tri­om­phe pendait le suc­cès de l’en­lève­ment de Lorenz, a subi une défaite écras­ante. Leur stratégie, mal cal­culée, a don­né le résul­tat con­traire à celui espéré. Au lieu d’ac­célér­er la destruc­tion de l’É­tat, ils ont don­né aux sup­pôts de l’É­tat l’ex­cuse pour détru­ire les forces essen­tielles de la révo­lu­tion sociale. Les experts des ser­vices de sécu­rité prévoient qu’il y aura d’autres actions de la R.A.F. en rap­port avec le procès du 26 mai. Ils dis­ent que des mem­bres de la R.A.F. ont été entraînés en Suède au bom­barde­ment à par­tir d’avions de tourisme. Ils envis­agent même l’u­til­i­sa­tion pos­si­ble d’armes nucléaires. Les Israéliens ont félic­ité Bonn d’avoir adop­té des méth­odes fer­mes. La Suède s’est lais­sé forcer la main et a remis les pris­on­niers du C.H.M. aux Alle­mands, en con­tra­dic­tion formelle avec la loi sué­doise. Une répres­sion « sans recours » est pro­posée aux gou­verne­ments qui s’ac­crochent encore à des lam­beaux de pres­tige démoc­ra­tique. La voie est ouverte à une chas­se à l’échelle mon­di­ale des révo­lu­tion­naires sincères. Les Chré­tiens Démoc­rates alle­mands ont don­né le sig­nal : « Tout sym­pa­thisant avec la bande Baad­er-Mein­hof ou des groupes ter­ror­istes rivaux doit être con­sid­éré comme un com­plice, et en sup­port­er les conséquences ».

John Olday.

Procès Baad­er-Mein­hof

Les experts légistes et les juges accusent les avo­cats de la défense de sabot­er les débats en se lançant dans des arguties procé­durières sans fin et en sai­sis­sant le tri­bunal de péti­tions irrecev­ables (par exem­ple, en deman­dant que le tri­bunal se trans­porte de Stuttgart-Stammheim en d’autres locaux moins oppres­sants, ou que l’on sub­stitue les juges qui ont témoigné de par­tial­ité). Le procès s’est mué en spec­ta­cle de Guig­nol, n’of­frant guère d’in­térêt qu’aux juristes pro­fes­sion­nels qui y font assaut de vir­tu­osité. En fait, les retards ont été occa­sion­nés par l’ex­clu­sion des avo­cats Strö­bele, Crois­sant et Grönewold ; par la con­tro­verse née de l’ob­scu­rité de textes de lois pro­mul­guées depuis peu ; et par la con­fis­ca­tion des dossiers et des notes con­cer­nant le procès, sai­sis dans les bureaux des avocats.

À tout con­sid­ér­er, les tri­bunaux occu­pent main­tenant de nou­veau la place qui fut la leur sous la République de Weimar. Les nou­velles lois d’ur­gence ont redonné aux élé­ments réac­tion­naires au sein du sys­tème judi­ci­aire la force qu’il leur fal­lait pour repren­dre la vieille stratégie, de saper la démoc­ra­tie sous cou­vert de la défendre. Des juges comme Prinz­ing peu­vent déjà se per­me­t­tre de faire la sourde oreille aux cri­tiques des libéraux et de l’opin­ion publique. Il joue les Goebbels à la radio, depuis sa salle d’au­di­ences, con­seil­lant à la presse de ne pas aller à l’en­con­tre de l’im­age voulue, et n’hési­tant pas, sous les instruc­tions du Pro­cureur Général, à agir comme si les direc­tives gou­verne­men­tales étaient let­tre morte.

Le résul­tat est que la défense a apparem­ment repris le rôle d’a­vant-garde de la résis­tance, à la place des chefs du groupe B.-M., désor­mais paralysés. Apparem­ment, car ils ne vont bien sûr pas pren­dre de risques, comme l’avaient fait les avo­cats mis au ban. S’ils opposent une résis­tance au développe­ment d’un État polici­er, c’est avec la cautèle de gens lorgnant d’un œil inqui­et vers leur pro­pre avenir, se sou­venant de l’é­tat d’av­ilisse­ment auquel avait été ravalée leur pro­fes­sion sous Hitler. Le pub­lic reste apathique, tant qu’au­cun spec­ta­cle à sen­sa­tion ne s’of­fre à lui Les clowner­ies d’un Teufel, l’a­gres­sion ver­bale d’un Baad­er, ont dis­paru sous l’in­flu­ence lénifi­ante de la défense. Le mou­ve­ment de protes­ta­tion à l’ex­térieur n’est plus dirige par l’É­tat-Major B.-M. assisté de défenseurs acquis à leur cause.

Et c’est pour cela que les man­i­fes­ta­tions de protes­ta­tion font place à des actions spon­tanées d’un autre ordre, menées par de nou­veaux groupes de révoltés, sous l’in­spi­ra­tion du moment. De petites unités qui agis­sent et dis­parais­sent. Voilà une nou­velle et inquié­tante men­ace pour le sys­tème de « loi et d’or­dre ». Ils iront sabot­er une instal­la­tion nucléaire, ou met­tront le feu quelque part. La police estime avoir des raisons de croire qu’un acte de malveil­lance est à l’o­rig­ine de l’in­cendie qui rav­agea la lande de Lunebourg. La nou­velle lev­ée de révoltés agis­sent de leur pro­pre chef quand ils jouent les incen­di­aires. Et à qui la faute s’ils esti­ment qu’il y a moins de risque, qu’il revient moins cher, de mar­quer le coup de cette façon, plutôt que de se livr­er a l’achat, à la con­tre­bande et au stock­age d’armes. Con­tre les places-fortes de l’É­tat, con­tre les opu­lents comp­toirs du monde des gross­es affaires, le feu peut faire autant d’ef­fets que les explosifs. Et la respon­s­abil­ité doit en revenir à ceux qui sup­pri­ment les droits des gens à la libre expres­sion, et met­tent leurs organ­i­sa­tions hors-la-loi.

La mort de Hol­ger Meins a, sans aucun doute, don­né aux human­istes et aux réformistes le coup de fou­et cinglant dont ils avaient besoin pour mobilis­er leurs forces de protes­ta­tion. Mais la frayeur et la han­tise qu’évoque chez eux la per­spec­tive d’une nou­velle prise de la Bastille sont tout aus­si vives que chez ceux qui élèvent de nou­velles pris­ons mod­ernes, plus impéné­tra­bles encore, et met­tent leur espoir dans l’ef­fet de dis­sua­sion pro­duit par la men­ace d’une cap­tiv­ité à laque­lle on n’échappe pas, jointe à la cer­ti­tude d’un traite­ment inhu­main. Les symp­tômes d’un malaise gran­dis­sant vont en s’am­pli­fi­ant dans tous les secteurs. Les obses­sions para­noïaques des gou­ver­nants ont atteint le seuil du dérè­gle­ment men­tal. La R.A.F. es tout à son idée fixe que l’ac­tion armée d’une minorité doit emporter l’ad­hé­sion des mass­es impa­tientes. Les hommes qui ont le pou­voir, et peur de se voir ren­vers­er, parta­gent l’opin­ion selon quoi n’im­porte quelle action vio­lente, aus­si mal conçue et mal exé­cutée qu’elle soit, pour­rait con­stituer l’ét­in­celle qui leur serait fatale. Les bour­geois qui sou­ti­en­nent la R.A.F. ou les hommes de loi qui les défend­ent sont-ils de sim­ples oppor­tunistes, ou des idéal­istes con­fus ? Le groupe B.-M. a été mis hors de com­bat. La plu­part des groupes qui avaient pris la relève ont été cap­turés. L’ob­jec­tif du gou­verne­ment actuel est désor­mais d’écras­er tous les sym­pa­thisants capa­bles d’en­tretenir de nou­veaux trou­bles. Il va être intéres­sant de voir com­ment les sou­tiens libéraux vont s’y pren­dre pour éviter d’être four­rés dans le même sac que les anarchistes.

Les mécan­ismes d’une répression

Le procès Baad­er-Mein­hof, qui a débuté à Stuttgart le 21 mai, pour­rait dur­er deux ans, et coûtera quelque 15 mil­lions de D.M. Les chefs d’in­cul­pa­tion sont : assas­si­nat, ten­ta­tive d’as­sas­si­nat, vol, vol à main armée, com­plots visant à réalis­er des atten­tats à la bombe dans toute l’Alle­magne de l’Ouest, et ils por­tent entre autres sur la ten­ta­tive d’as­sas­si­nat con­tre le juge Bud­den­berg de la Haute Cour, et les atten­tats con­tre le Q.G. des forces armées améri­caines à Hei­del­berg, et con­tre les bureaux du groupe d’édi­tions Springer à Ham­bourg. La liste des chefs d’ac­cu­sa­tion rem­plit 354 pages. La prison de Stammheim à Stuttgart, con­stru­ite récem­ment, est main­tenant une forter­esse ultra-mod­erne. Les dis­posi­tifs de sécu­rité sur­passent ceux d’un com­plexe nucléaire améri­cain. Il est impos­si­ble à un héli­cop­tère de se pos­er sur le toit. Des engins téléguidés ne pour­raient attein­dre leur cible. Il y a 400 gar­di­ens spé­ci­aux. 100 gar­di­ens sup­plé­men­taires pour la durée du procès. 300 gardes du corps pour per­son­nal­ités. 800 pis­to­lets-mitrailleurs nou­veaux, 200 pis­to­lets Walther 9 mm. des fusils de pré­ci­sion, etc.

En 5 ans, les crédits pour la police des dis­tricts régionaux (Län­der) sont passés de 2,5 mil­liards de D.M. à 5,1 mil­liards. La police nationale reçoit 6 fois plus qu’en 1969. Il y a 3 semaines, elle a reçu une ral­longe de 7,2 mil­lions de DM sup­plé­men­taires. La police a reçu carte blanche pour for­mer des « T » — com­man­dos spé­ci­aux, des « Ein­satz-Ueber­fall Kom­man­dos » à la Noske et à la Himm­ler, mais équipés des moyens tech­niques les plus récents. Ger­hard Boe­den est désor­mais chef de la sec­tion « T » (T pour Ter­ror­isme) du B.K.A. (Ser­vice Crim­inel Fédéral). Il dis­pose de 180 spé­cial­istes triés sur le volet. Sa mis­sion : cap­tur­er les mem­bres de la R.A.F. et des groupes qui ont pris la relève. D’après lui, ce tra­vail va le tenir occupé pen­dant les 10 années à venir.

- 1re tâche : l’é­tude de tous les dossiers, rap­ports secrets et pub­li­ca­tions anar­chistes. Créa­tion d’un Cen­tre de doc­u­men­ta­tion com­plet sur l’Anarchisme.
— 2e tâche : Des recherch­es effi­caces et une infor­ma­tion plus large du pub­lic à tra­vers les média, afin d’obtenir la pleine coopéra­tion des citoyens.
‑3e tâche : Être sur le qui-vive pour guet­ter les com­man­dos de la R.A.F. en déplace­ment et les mem­bres indi­vidu­els dans la clan­des­tinité ; et la détec­tion des com­plices et aux­il­i­aires «  en règle avec la loi » (qui leur ser­vent de par­avent — N.d.T.).
— 4e tâche : La coor­di­na­tion des forces de police du monde occi­den­tal dans un effort com­mun pour décou­vrir la con­spir­a­tion inter­na­tionale anarchiste.

« Les « T » men vont sur­veiller les sus­pects anar­chistes 24 heures sur 24 ».

Le chef du gou­verne­ment, Hel­mut Schmidt, a déclaré qu’il aimerait avoir un genre de F.B.I. Allemand.

Le B.K.A. (Ser­vice Crim­inel Fédéral) dis­po­sait en 1969 de 22 mil­lions et de 900 mem­bres pour son tra­vail. Aujour­d’hui, on en est à 137 mil­lions et 2 200 policiers. D’après Hel­mut Schmidt, le B.K.A. est désor­mais une des meilleure forces de lutte anti-crim­inelle du monde. Horst Herold a réal­isé cet exploit, mais déclare avec mod­estie qu’il faut en remerci­er les tueurs anar­chistes. Le cen­tre d’or­di­na­teur de Wies­baden a établi 2 000 pro­grammes. Il y a 600 ter­minaux visuels répar­tis dans le réseau de com­mis­sari­ats d’Alle­magne de l’Ouest. En quelques sec­on­des, une demande de ren­seigne­ments locale est trans­mise et reçoit une réponse. Le nom­bre d’ar­resta­tions est passé de 100 à 140 par jour. Une liste de 100 000 voitures volées, de plusieurs mil­liers de passe­ports volés ou per­dus, de 160 000 armes à feu, a été mise en mémoire par l’ordinateur.

Quand Herold devint respon­s­able du B.K.A., son ser­vice avait 1,7 mil­lions de dossiers, 3 mil­lions de fich­es, et plusieurs mil­lions de pho­togra­phies et d’empreintes dig­i­tales. Il avait été le chef de la police de Nurem­berg, dont il avait mod­ernisé le fonc­tion­nement, réus­sis­sant à faire baiss­er la crim­i­nal­ité. Le min­istre de la Jus­tice Gen­sch­er, au vu de ces résul­tats, lui four­nit crédits, per­son­nel, et son appui moral. Herold intro­duisit les méth­odes de crim­i­nolo­gie sys­té­ma­tique / géo­graphique l’étab­lisse­ment d’un dossier com­plet sur la per­son­nal­ité et les habi­tudes d’un crim­inel ; les crimes qu’il a com­mis, à quel endroit et à quelle date, les méth­odes util­isées, la façon de pren­dre le large, etc. Théorique­ment des­tinés à la préven­tion de la crim­i­nal­ité, les principes de la crim­i­nolo­gie sys­té­ma­tique furent appliqués à la grande battue organ­isée con­tre les meneurs du groupe Baad­er-Mein­hof. Herold fit preuve de prag­ma­tisme, encour­agé par Gen­sch­er, et n’hési­ta pas à agir en dehors de la légal­ité. Il étu­dia les textes de la Nou­velle Gauche sur la guéril­la urbaine, l’idéolo­gie marx­iste et le ter­ror­isme inter­na­tion­al. Il se retrou­va isolé par rap­port aux chefs des ser­vices de police des autres régions d’Alle­magne de l’Ouest, et récla­ma une lég­is­la­tion qui lui accorderait des pou­voirs élar­gis en matière de Sûreté de l’É­tat. Il l’obtint après l’as­sas­si­nat de Drenkmann.

« Nous pou­vons désor­mais déplac­er nos réserves mobiles d’in­ter­ven­tions pour des opéra­tions coor­don­nées ». Des rap­ports con­fi­den­tiels révélant des influ­ences de l’Ar­mée Rouge japon­aise en Europe et les activ­ités du groupe Baad­er-Mein­hof et du groupe du 2 juin dans le sud de la Suède indi­quaient qu’une nou­velle action se pré­parait pour obtenir la libéra­tion de détenus. En avril, Bonn mit sur pied une coor­di­na­tion nationale de toutes les forces de police d’Alle­magne, et organ­isa les échanges d’in­for­ma­tion à l’é­tranger à tra­vers Inter­pol. Après l’en­lève­ment de Lorenz et le siège de Stock­holm. Schmidt pas­sa la lég­is­la­tion entéri­nant la cen­tral­i­sa­tion du B.K.A., qui est prévue pour une durée de 25 ans.

Les moyens du cen­tre de recherch­es du B.K.A. de Herold, affirme-t-il, inter­diront tout pas­sage de ter­ror­istes au tra­vers des mailles du filet. Cepen­dant, la plu­part des arresta­tions effec­tuées jusqu’à présent ne l’ont pas été grâce à la supéri­or­ité des moyens de la police, mais soit à cause de dénon­ci­a­tions envoyées par des citoyens, soit à la suite d’ac­ci­dents. Le min­istre de l’In­térieur Mai­hofer et Herold se van­tent d’avoir réus­si à infil­tr­er leurs agents dans les milieux anar­chistes, mais en réal­ité, les agents des ser­vices de sécu­rité n’ont guère réus­si à pren­dre que quelques jeunes sans résis­tance, qui ont accep­té de jouer les indi­ca­teurs sous la men­ace alliée aux offres de récom­pense. Mai­hot­er a déclaré avec sat­is­fac­tion : « Les ter­ror­istes ont amené la sol­i­dar­ité de tous les démoc­rates du gou­verne­ment et de l’op­po­si­tion. Les agisse­ments des ter­ror­istes ont retourné les citoyens con­tre eux. » Et les porte-paroles de la loi et de l’or­dre de con­tin­uer sur le mode : il y a encore un cer­tain nom­bre de mem­bres haute­ment dan­gereux de plusieurs groupes décidés à la vio­lence qui sont en lib­erté, et qui pour­raient inspir­er l’ini­tia­tive de nou­velles actions armées. Il y a de nom­breux des­per­a­dos qui sont prêts à suiv­re leurs direc­tives. Et il y a les sym­pa­thisants, qui aident à pré­par­er de nou­velles actions. La police recherche encore 27 dan­gereux activistes con­nus. Depuis 1972, 94 per­son­nes recher­chées pour leur appar­te­nance au groupe Baad­er-Mein­hof ou au groupe du 2 juin ont été arrêtées. Le nom­bre des activistes en puis­sance est éval­ué à une cen­taine, et celui des sou­tiens entre 200 et 300. Les pépinières de ter­ror­istes ont été les organ­i­sa­tions telles que le S.P.K. (Col­lec­tif Social­iste des Malades), les groupes rad­i­caux de squat­ters, les Comités con­tre la Tor­ture et les Comités d’Aide et de Défense des Pris­on­niers. Jusqu’à présent la police avait besoin, pour agir, d’être req­uise par l’au­torité judi­ci­aire : par exem­ple, il fal­lait un arrêté d’ex­pul­sion pour faire évac­uer des squat­ters. Les autorités décidèrent : « Nous devons éviter de leur don­ner des pré­textes à agi­ta­tion. Nous y parvien­drons si nous nous can­ton­nons stricte­ment au proces­sus juridique. Nous ne devons pas tomber dans le piège de la provo­ca­tion, en réagis­sant avec une force dis­pro­por­tion­née, ce qui cor­re­spondrait pré­cisé­ment à leurs inten­tions : pouss­er notre État démoc­ra­tique, garant des droits du citoyen, au point où nous agiri­ons comme un État polici­er ». Mais l’ac­tion de notre police depuis quelque temps nous a fourni des élé­ments d’analyse pré­cieux. Nous savons main­tenant sur quelles bases logis­tiques nos adver­saires sont organ­isés. Ce qui nous donne de quoi lancer de nou­veaux coups de filet décisifs. Les arresta­tions qui ont suivi ont créé un sen­ti­ment d’insécurité ».

Après la mise hors de com­bat du noy­au dur, l’opéra­tion suiv­ante avait pour but d’empêcher les com­mu­ni­ca­tions entre les détenus du groupe B.-M. et leurs sym­pa­thisants au dehors. Au début de 1975, la lég­is­la­tion exis­tante fut mod­i­fiée. Le siège de Stock­holm avait fourni des preuves que les avo­cats de la défense avaient abusé de leurs rap­ports avec les pris­on­niers pour faire pass­er des mes­sages à des détenus dans d’autres pris­ons et à des sym­pa­thisants hors des pris­ons. L’av­o­cat de Mahler, Otto Schi­ly, bien qu’il n’ait aucune affinité avec les ter­ror­istes, fut exclu de la défense de Gudrun Ensslin, sous la fausse accu­sa­tion d’avoir favorisé des échanges d’in­for­ma­tions. L’av­o­cat Crois­sant fut exclu de la défense de Baad­er. Il réus­sit à obtenir un per­mis de vis­ite per­ma­nente pour voir Ulrike Mein­hof et dis­cuter avec elle de ques­tions liées à un pour­voi en cas­sa­tion de Gudrun Ensslin. Un arrêté du tri­bunal lui inter­dit de ren­dre vis­ite à Mahler. La C.D.U. récla­ma le vote d’une loi soumet­tant tous les con­tacts des avo­cats de la défense au con­trôle du tri­bunal. Cette propo­si­tion fut alors rejetée à cause des cri­tiques de l’ensem­ble des avo­cats et des Libéraux, mais Stock­holm vint tout chang­er. Des lois d’ur­gence, passées à la hâte, don­nèrent aux tri­bunaux le droit de réduire le nom­bre des avo­cats de la défense. La procé­dure fut mod­i­fiée, inter­dis­ant aux défenseurs de faire des déc­la­ra­tions au cours d’un procès, et per­me­t­tant d’ex­clure les inculpés des audi­ences, et de pronon­cer les con­damna­tions en leur absence. On envis­agea d’in­tro­duire l’im­mu­nité pénale pour les inculpés qui témoign­eraient pour l’ac­cu­sa­tion, et de sur­veiller les dis­cus­sions entre avo­cats et prévenus.

Les avo­cats exclus sont : l’av­o­cat Jörg Lang, de Stuttgart (soupçon­né d’ap­partenir à la R.A.F. ; entré dans la clan­des­tinité), Siegfried Haag (arrêté le 9 mai, accusé d’avoir aidé des ter­ror­istes à faire pass­er des armes par la fron­tière suisse), et Kurt Grönewold, de Ham­bourg. On accusa les avo­cats d’avoir per­mis la coor­di­na­tion de grèves de la faim dans dif­férentes pris­ons, et d’avoir encour­agé les sym­pa­thisants à de nou­velles actions vio­lentes. Les avo­cats com­mis d’of­fice en rem­place­ment, quand ils ne furent pas récusés par les accusés qui se rebel­laient, se trou­vèrent dans l’im­pos­si­bil­ité matérielle d’é­tudi­er au pied levé 50 000 pages de dossiers, et les dépo­si­tions des 996 témoins prévus (et dont aucun n’a d’ailleurs assisté à un seul des épisodes de l’af­faire). 80 experts, la plu­part cités par l’ac­cu­sa­tion, doivent faire quelque 1 000 dépo­si­tions dis­tinctes, où ils déposeront des con­clu­sions con­cer­nant une mon­tagne d’armes, de pièces saisies lors de perqui­si­tions, etc. La défense récusera cer­taine­ment les experts engagés par l’ac­cu­sa­tion, et soumis aux pres­sions de la police. On pou­vait prévoir que le tri­bunal con­duirait le procès sans les accusés, comme lors du procès du S.P.K. C’est ce qui se pro­duisit. Pen­dant le mois d’août, les débats furent con­stam­ment inter­rom­pus. Ensslin et Raspe refusèrent de par­ticiper et provo­quèrent leur exclu­sion par le juge Prinz­ing en le trai­tant de : vieux singe, porc fas­ciste et trou-du-cul.

Nous voudri­ons rap­pel­er à nos cama­rades que l’homme qui mène le procès de Stuttgart, le juge Prinz­ing, est celui-là même qui fut respon­s­able du traite­ment infligé à Hol­ger Meins [[Hol­ger Meins, détenu à la prison de Wit­tlich, dans l’Eif­fel, subis­sait l’al­i­men­ta­tion for­cée depuis le 30 sep­tem­bre. Il fut délibéré­ment sous-ali­men­té par les médecins, qui à la fin ne lui four­nis­saient que 160 calo­ries par jour ! (Min­i­mum vital : 1 600 cal.) Hol­ger Meins mou­rut le 9 novem­bre. Il pesait alors 42 kg. (N.d.T.)]] ! De la façon dont il con­duit les débats, toute demande présen­tée par la défense est du sab­o­tage, et d’après lui, ain­si que d’après ses autres col­lègues ayant voix au chapitre, il est du devoir des défenseurs d’aider à empêch­er les détenus de « faire usage de vio­lence con­tre l’É­tat » en com­met­tant une grève de la faim. Si cet homme n’é­tait pas le sin­istre crétin qu’il est — et en tant que tel il est le type même des indi­vidus dont l’É­tat a besoin pour ren­dre l’in­jus­tice sans rou­gir — l’I.A.T. lui enver­rait des morceaux choi­sis des écrits de Tuchol­s­ki sur les Cours de Jus­tice et les juges, leur hypocrisie éhon­tée et leur morgue imbécile.

Lorsque le procès reprit, l’é­tat des accusés était tel qu’on cer­ti­fia qu’ils étaient inca­pables d’as­sis­ter aux débats. L’ex­a­m­en médi­cal révéla que leur délabre­ment physique est dû à un régime de déten­tion inhu­main. Le juge Prinz­ing eut le culot de déclar­er que les détenus s’é­taient ren­dus coupables d’avoir provo­qué leur mau­vais état de san­té, en faisant la grève de la faim. Le procès suiv­ra donc son cours, que les inculpés soient présents ou non. M’est avis que le juge Prinz­ing a signé sa pro­pre con­damna­tion à mort !

Les Komi­tees gegen Folter (Comités con­tre la Tor­ture), Ham­bourg 60, Als­ter­dor­fer Str. 85, ont pub­lié des déc­la­ra­tions faites par les accusés pen­dant le procès.

En isolant les avo­cats de la défense et les prévenus, le tri­bunal s’isole de toute jus­tice et devient une par­o­die. En violant les droits démoc­ra­tiques des citoyens (même d’après les critères d’une con­sti­tu­tion moins démoc­ra­tique que celle de la République de Weimar), les autorités de Bonn, bien mal­gré elles, jus­ti­fient les rebelles du groupe B.-M. Ils ont réus­si à forcer l’É­tat à employ­er des méth­odes d’É­tat polici­er. C’est ce qu’­ex­pri­mait Gudrun Ensslin dans une cir­cu­laire de prison, inter­cep­tée par les autorités : « Il faut faire cra­quer le sys­tème en retour­nant la pointe de la lance et en forçant les flics à agir en con­tra­dic­tion avec leur idéolo­gie ». La mort du gréviste de la faim Hol­ger Meins a révélé l’in­hu­man­ité du sys­tème péni­ten­ti­aire. Résul­tat : des man­i­fes­ta­tions de masse et une répres­sion vio­lente ; créa­tion de com­man­dos Hol­ger Meins. L’ar­resta­tion de Siegfried Haag a amené l’ap­pari­tion d’un nou­veau com­man­do Haag. Bonn affirme que la nou­velle ligne dure a for­cé les com­man­dos à reporter leurs bases à l’é­tranger. Le siège de Stock­holm fut un coup man­qué, mal pré­paré, mais il a mis en évi­dence un nou­veau fait alar­mant : l’u­til­i­sa­tion d’ex­plo­sions télé­com­mandées pour faciliter la fuite. Le groupe du 2 juin a fait preuve, dans ses opéra­tions, de plus de sang-froid, de plus d’in­tel­li­gence dans la pré­pa­ra­tion, et s’est mon­tré plus impi­toy­able. L’opin­ion publique serait : l’a­n­ar­chisme vio­lent n’a aucune chance en Alle­magne, mais cela ne veut pas dire que l’a­n­ar­chisme ne trou­vera plus d’ac­tivistes à l’avenir. Mahler s’est répété à dire que la lutte vio­lente con­tre l’É­tat doit être pour­suiv­ie, même s’il n’y a aucune per­spec­tive de suc­cès. Il changea d’avis, et déclara dans une émis­sion à la télévi­sion, durant l’en­lève­ment de Lorenz, (suiv­ant en cela la ligne des com­mu­nistes aus­si bien que de Bonn) que le ter­ror­isme indi­vidu­el de petits groupes ne ser­vait à rien. Autres avis émis par des mem­bres du pub­lic : « Les groupes ter­ror­istes sont devenus trop pru­dents. Ils évi­tent les con­tacts avec d’autres groupes. La lutte isolée dans la con­spir­a­tion, c’est la nou­velle stratégie. Beau­coup de mem­bres de telles ban­des ont des emplois ordi­naires. Ils font du ter­ror­isme après les heures de tra­vail. Avec les meneurs en prison, les autres qui restent en lib­erté font penser à un boxeur en mau­vaise pos­ture : il devient plus dangereux. »

Le K.O. final peut sem­bler inéluctable, puisque le nom­bre des activistes a été réduit. Mais tant que sub­sis­tent des sym­pa­thisants, le dan­ger n’est pas écarté. C’est pourquoi la pro­haine étape va être la ten­ta­tive de la police d’écras­er les Comités exis­tant con­tre la tor­ture. et pour l’aide ou le sou­tien aux pris­on­niers — les anar­chistes véri­ta­bles. En exploitant l’hos­til­ité du pub­lic con­tre les ter­ror­istes, il sera aisé de désign­er les groupes anar­chistes comme étant des « asso­ci­a­tions de mal­fai­teurs ». Inter­pol exerce une sur­veil­lance assez étroite, par exem­ple, sur les Japon­ais qui s’ex­pa­tri­ent au-dessous de l’âge de 30 ans. Il y a quelques mois, il y eut une descente sur un apparte­ment à Lon­dres, où avaient habité des mem­bres de l’Ar­mée Rouge japon­aise qui étaient recher­chés. Après cer­taines des actions des GARI, la col­lab­o­ra­tion des ser­vices de sécu­rité espag­nols, français et bri­tan­niques se mon­tra claire­ment à Lon­dres. Et voilà que le chef du ser­vice crim­inel d’Alle­magne de l’Ouest a déclaré : « J’es­saierai d’or­gan­is­er une con­férence des min­istres à l’échelle européenne, et d’u­tilis­er cette plate-forme pour pro­mou­voir une ini­tia­tive d’en­ver­gure à l’échelle inter­na­tionale, afin de par­venir à un accord de tous les États civil­isés du monde. Quand cet objec­tif aura été atteint, le chan­tage à la ter­reur aura per­du sa rai­son d’être, et les seuls endroits où l’on pour­ra se réfugi­er seront le Pôle Nord ou le Sahara ».

Les anar­chistes ne s’en lais­sent pas con­ter. Plus les groupes qui œuvrent pour la révo­lu­tion sociale sont traités d’« asso­ci­a­tions de mal­fai­teurs », plus les tra­vailleurs com­bat­ifs se ren­dront compte de la com­mu­nauté de leurs intérêts essen­tiels. L’ex­is­tence de petits groupes lib­er­taires est un fait uni­versel, comme l’est la men­ace qu’ils représen­tent poten­tielle­ment pour les gou­verne­ments. La manière dont le procès B.-M. sera mené peut encore amen­er un ren­verse­ment de l’hos­til­ité des tra­vailleurs con­tre les étu­di­ants, comme en France en 1968. L’idée de lib­erté ne peut être effacée par aucun État, qu’il utilise la force brute, la ruse men­songère, l’abus psy­chi­a­trique, le lavage de cerveau, ou l’anéan­tisse­ment chirur­gi­cal de la con­science. Le besoin de libéra­tion est aus­si élé­men­taire et invin­ci­ble que la nature. Toute ten­ta­tive pour l’é­touf­fer ne fait que le ren­forcer, et mon­ter la peur de ses adver­saires. Voilà pourquoi nous ne nous join­drons pas au choeur des nou­veaux Ebert et des Noske, et de leurs amis réac­tion­naires, qui croient avoir vain­cu le groupe B.-M. et le mou­ve­ment du 2 juin. Ces cama­rades ont amené leur pro­pre défaite en com­met­tant l’er­reur de croire que l’idéolo­gie du mil­i­tarisme rouge est iden­tique à la Révo­lu­tion Sociale.

Un autre Procès Baader-Meinhof

À Kaiser­slautern, l’an­cien palais des sports, le « Jah­n­platz », a été trans­for­mé en forter­esse. 8 caméras mobiles assurent une sur­veil­lance per­ma­nente. Les lieux sont entourés d’une dou­ble clô­ture de bar­belés. Les abor­ds, la forêt et l’e­space aérien sont sous con­trôle per­ma­nent. 300 policiers assurent la garde 24 heures sur 24. Les frais de con­struc­tion se mon­tent à D.M. 500 000, plus encore D.M. 500 000 pour les dis­posi­tifs tech­niques de sécu­rité. Les accusés sont : Man­fred Grashof, Klaus Jün­shke et Wolf­gang Grund­mann. Chefs d’in­cul­pa­tion : « par­tic­i­pa­tion à une asso­ci­a­tion de mal­fai­teurs », attaques de banque et assas­si­nat. L’at­taque de banque se déroula en 1971 à Kaiser­slautern avec Ulrike Mein­hof, Andreas Baad­er, Gudrun Ensslin, et Cari Raspe, et le meurtre fut celui du polici­er Her­bert Schon­er. L’at­ten­tat à la bombe con­tre le Q.G. améri­cain à Franc­fort suiv­it (1 mort, 11 blessés). Grashof est respon­s­able de la mort de l’of­fici­er de police Hans Eck­harolt à Franc­fort, ain­si que de la ten­ta­tive d’as­sas­si­nat d’un polici­er à Franc­fort. Grund­mann est respon­s­able d’une attaque de banque à Lud­wigshafen qui rap­por­ta D.M. 285 000.

L’Alle­magne judiciaire

Le 23 juil­let, la police a perqui­si­tion­né les bureaux des avo­cats Groe­newold, Köncke et Rogge. Les apparte­ments per­son­nels de toutes les per­son­nes tra­vail­lant au ser­vice de ces avo­cats, y com­pris celui de la femme de ménage, furent fouil­lés. 13 per­son­nes furent con­duites dans des com­mis­sari­ats aux fins d’in­ter­roga­toires, durant par­fois 9 heures. Les avo­cats sont soupçon­nés d’avoir porté aide et sou­tien à une organ­i­sa­tion de mal­fai­teurs (R.A F. et mou­ve­ment du 2 juin) en obtenant et en faisant pass­er du matériel d’in­for­ma­tion venant de pris­on­niers appar­tenant au groupe Baader-Meinhof.

L’opéra­tion de police fut exé­cutée par des mem­bres du B.K.A. (ser­vice de police crim­inelle d’Alle­magne de l’Ouest), ain­si que par des respon­s­ables locaux de la police poli­tique et du ser­vice « T » qui vient d’être créé. L’opéra­tion fut menée sur l’ensem­ble du ter­ri­toire (Hei­del­berg, Berlin, Stuttgart, Ham­bourg). À 7 heures de matin des cor­dons de policiers armés de pis­to­lets-mitrailleurs isolèrent les bureaux. Les perqui­si­tions durèrent de 9 h. À 22 h. Tous les dossiers ayant trait à la défense dans l’af­faire Baad­er-Mein­hof furent con­fisqués. Les fouilles domi­cil­i­aires des apparte­ments privés prirent quelque 4 heures, avec une atten­tion par­ti­c­ulière à la recherche d’empreintes. Tout doc­u­ment imprimé à car­ac­tère poli­tique, man­u­scrits, notes, tout ce qui por­tait une adresse ou un numéro de télé­phone, fut égale­ment embar­qués. Quand il y a avait des machines à écrire, on tapa des let­tres-échan­til­lons aux fins d’analyse ; et on fit des cro­quis des lieux. Deux des 13 per­son­nes emmenées pour être inter­rogées furent arrêtées en pleine rue. L’une d’en­tre elles dut se met­tre face au mur et fut fouil­lée pour voir si elle était armée.

Les bureaux de Strö­bele et de ses col­lègues Klaus Eschen et Hen­ning Span­gen­berg, ain­si que leurs apparte­ments, furent perqui­si­tion­nés. Strö­bele a été arrêté, de même que Croissant.

L’av­o­cat Crois­sant est main­tenu en déten­tion préventive.

L’av­o­cat Strö­bele a été libéré sous cau­tion. Les mag­is­trats furent sur­pris de voir que le mon­tant exces­sif (D.M. 80 000 — N.d.T.) de la cau­tion avait été réu­ni par des sym­pa­thisants, et con­sen­tirent à sa libéra­tion, étant don­né qu’il sem­blait peu prob­a­ble qu’il tente de s’échap­per en Irlande ou au Moyen Ori­ent. De plus, des cir­cu­laires d’in­for­ma­tion émanant de lui mon­traient qu’il n’in­cli­nait nulle­ment vers l’a­n­ar­chisme. Il écrivait : « (…) en tant qu’homme de loi, un défenseur ne peut pas fonc­tion­ner comme le bras agis­sant de pris­on­niers poli­tiques, pas plus que de leurs sym­pa­thisants à l’ex­térieur ». Baad­er l’avait exprimé plus bru­tale­ment : « Strö est un avo­cat libéral, qui con­sid­ère nos procès comme un moyen d’a­vancer ses pro­pres intérêts (…) il n’est pas politisé ».

Extraits des arrêtés des tribunaux

Les inculpés, Kurt Groe­newold et d’autres indi­vidus, ont — depuis 1973 — soutenu une asso­ci­a­tion de mal­fai­teurs en par­tic­i­pant à un réseau dit « info » (d’in­for­ma­tion). Ce réseau a servi, entre autres, à main­tenir sur pied le cadre organ­i­sa­tion­nel de l’as­so­ci­a­tion Baad­er-Mein­hof, en patron­nant la pré­pa­ra­tion de nou­velles actions ter­ror­istes et en ser­vant de direc­tion aux mem­bres et sym­pa­thisants non encore arrêtés, per­me­t­tant ain­si la mise en œuvre de visées crim­inelles mal­gré l’emprisonnement du « noy­au dur » (Baad­er, Mein­hof, Ensslin, Raspe et d’autres). (…) »

Signé : Kuhn, juge de la Cour Fédérale de Karlsruhe.

« (…) Le Dr. Claus Crois­sant, avo­cat, est soupçon­né d’avoir soutenu une organ­i­sa­tion et d’avoir fait de l’ag­i­ta­tion en sa faveur, organ­i­sa­tion con­sti­tuée en vue de com­met­tre des actions crim­inelles. À Stuttgart et en d’autres lieux, en rap­port étroit avec Groe­newold à Ham­bourg, et l’av­o­cat Strö­bele à Berlin, il a depuis 1973 fait cir­culer de pré­ten­dues cir­cu­laires d’in­for­ma­tion des cel­lules, sous le nom de « Vertei­di­ger-Post » (« Cour­ri­er de la Défense »), et d’autres infor­ma­tions écrites par des mem­bres de la bande Baad­er-Mein­hof et com­mu­niquées aux détenus Bern­hard Braun, Hein­rich Jansen et Rolf-Ger­hard Heissler, des mem­bres de la bande incar­cérés à la prison de Straub­ing, Munich, et à la prison de Moabit, Berlin (…). Suiv­ant les direc­tives du chef de la bande, Baad­er, il a exer­cé une forte influ­ence sur Braun et sur Man­fred Grashof, un mem­bre de la bande (oct. nov. 1974), incar­cérés à Zweibrück­en, et qui entre­prirent une grève de la faim col­lec­tive (…). Suiv­ant les direc­tives des meneurs de la bande, il organ­isa de nom­breuses réu­nions publiques et con­férences de presse en Alle­magne et à l’é­tranger, afin de faire naître un mou­ve­ment d’opin­ion inter­na­tion­al, qui s’in­téresserait aux mem­bres de l’as­so­ci­a­tion de mal­fai­teurs et à leurs des­seins soi-dis­ant poli­tiques. Ceci est une infrac­tion au § 129 du St. G.B., et par con­séquent un motif d’ar­resta­tion. Il y a lieu de croire qu’il pour­rait ten­ter de s’échap­per. L’ar­resta­tion de son com­plice, l’av­o­cat Strö­bele à Berlin, a égale­ment été ordonnée ».

Signé : Juge Hansel, Tri­bunal de Stuttgart. 

Les avo­cats mis au ban réclament :

  1. La libéra­tion des avo­cats arrêtés, Crois­sant et Ströbele.
  2. La lev­ée de l’in­ter­dic­tion faite à ces avo­cats par les tri­bunaux de pour­suiv­re leurs activ­ités professionnelles.
  3. L’abo­li­tion des lois d’ex­cep­tion qui restreignent les droits des avo­cats de la défense.
  4. Une con­duite des procès poli­tiques en Alle­magne de l’Ouest con­forme aux principes inter­na­tionaux recon­nus, garan­tis­sant la pro­tec­tion des inculpés et de leurs défenseurs.

Se sont déclarés sol­idaires de ces exigences :
— 100 avo­cats et juges à Munich et à Augsbourg
— des avo­cats de Hambourg ;
— 31 pro­fesseurs de Droit ;
— 30 avo­cats ital­iens, hol­landais et suédois ;
— 188 avo­cats américains ;
— des enseignants, étu­di­ants, des juges. des tra­vailleurs soci­aux et des avo­cats belges, ital­iens et hol­landais à Goutelas ;
— un com­mu­niqué de protes­ta­tion du Comité Inter­na­tion­al pour la défense des pris­on­niers poli­tiques en Europe ;
— un com­mu­niqué de sol­i­dar­ité de la Hal­dane Soci­ety (groupe de pres­sion libéral pour la réforme juridique — N.d.T.) de Grande-Bretagne.

Nous notons avec éton­nement qu’il n’est fait men­tion d’au­cune organ­i­sa­tion ouvrière. Nous sommes perplexes.

Les avo­cats inculpés nient s’être sub­sti­tués aux com­bat­tants de la R.A.F. Serait-ce pour cela qu’ils ont pu retrou­ver le sou­tien de mem­bres éminem­ment respecta­bles de la bour­geoisie, qui avaient aban­don­né la R.A.F. quand elle s’é­tait tournée vers l’ac­tion armée ?

La calom­nie délibérée a servi à désavouer les anar­chistes depuis le début de l’é­man­ci­pa­tion de la classe ouvrière. Maniée par des oiseaux de même espèce, ado­ra­teurs de l’É­tat et du gou­verne­ment. L’i­den­ti­fi­ca­tion des anar­chistes aux crim­inels a tou­jours été l’arme préférée de tout par­ti aspi­rant au pou­voir gou­verne­men­tal — et peu importe qu’il soit de droite, de gauche ou libéral.

Ce n’est une nou­veauté, ni pour nous, ni pour les opprimés qui ont des yeux pour voir, où qu’ils soient. Ils se ren­dent compte de ce que la lutte menée par les avo­cats en révolte ne s’i­den­ti­fie pas vrai­ment avec la lutte des opprimés con­tre leurs maîtres. Que les gens applaud­is­sent à la furie des avo­cats rebelles, et jubi­lent à chaque coup porté au pres­tige des ordon­na­teurs cor­rom­pus de la loi d’É­tat, ne les fait pas se dépar­tir d’une méfi­ance aux racines pro­fondes envers la loi et les hommes de loi. L’homme ordi­naire ne con­naît rien aux embûch­es de la loi et, quand il a un prob­lème, il doit faire appel à « son » avo­cat, mais il n’éprou­ve pas de véri­ta­ble affec­tion à son égard.

Les anar­chistes de la vieille école préféraient récuser le tri­bunal, et s’en ser­vaient comme d’une tri­bune pour atta­quer avec intran­sigeance. Après la révolte étu­di­ante de 1968, Teufel, mem­bre de la Com­mune de Berlin, reprit cette tac­tique, qui fut accueil­lie plus ou moins comme une nou­velle mode, avec, au lieu de la sincérité dra­ma­tique, l’ex­plo­sion d’ob­scénités ver­bales pour ridi­culis­er le côté théâtre des débats et la dig­nité fac­tice du tribunal.

Les tri­bunaux d’Hitler et le procès de Nurem­berg ont sus­cité en Alle­magne un cynisme qui va bien plus loin que toute la verve satirique des car­i­ca­tures de Dau­mi­er sur les gens de robe. Les avo­cats en révolte dénon­cent l’in­jus­tice qui leur est faite aux mains des grands maîtres retors et papelards qui manip­u­lent et com­bi­nent con­tre eux en haut lieu. Ils ont per­du les priv­ilèges de leur pro­fes­sion pour n’avoir pas voulu jouer le jeu. Si leurs col­lègues libéraux les sou­ti­en­nent, c’est qu’ils ont peur de voir la puis­sance de la police grandir au point où le nou­veau mon­stre pour­rait écarter totale­ment les lib­ertés con­sti­tu­tion­nelles, les dépouil­lant en même temps de leur sécu­rité. Il ne faut pas que la dénat­u­ra­tion des lib­ertés démoc­ra­tiques soit poussée trop loin. Les armes nou­velle­ment acquis­es con­tre les « ter­ror­istes » de la R.A.F. qui met­taient en péril l’or­dre et la loi pour­raient en fin de compte servir con­tre quiconque refuserait d’ac­qui­escer à un ter­ror­isme d’É­tat sans restriction.

Nous n’avons aucun désir de min­imiser le courage dont ont fait preuve le groupe B.-M. et le mou­ve­ment du 2 juin, ni les résul­tats évi­dents qu’ils ont obtenus dans leurs attaques con­tre un sys­tème légal — juridique et gou­verne­men­tal — pour­ri jusqu’à la moelle. Nous éprou­vons du respect pour leur zèle révo­lu­tion­naire dic­té par l’im­pa­tience, autant que nous appré­cions l’au­dace de l’at­ti­tude qu’ont prise les avo­cats qu’ils s’é­taient choi­sis, et qui sont main­tenant devenus les vic­times d’une loi qu’ad­min­istrent bien mal­adroite­ment ceux qui ont la charge.

Mais si nous regar­dons les défenseurs de la R.A.F. — en faisant la part de ce qui est la lutte pour leurs intérêts pro­fes­sion­nels — nous ne voyons rien d’autre qu’une avant-garde de plus, embras­sant à son tour la ban­nière de « la loi juste et l’or­dre juste », dans sa lutte con­tre un groupe de fas­cistes déguisés en démoc­rates authen­tiques, et défen­dant leur loi et leur ordre. Ce n’est pas la défaite des uns ou des autres qui fera dis­paraître les pris­ons de la sur­face du globe.

Médecine du travail[[Travail : du latin tripalium, instrument de torture – (N.d.T.)]]

Des doc­teurs de prison alle­mands parlent

« (…) l’al­i­men­ta­tion for­cée s’ef­fec­tua dans un silence presque macabre­ment irréel. L’at­mo­sphère était incroy­able­ment proche de l’ex­plo­sion. » (Directeur Médi­cal Rein­hard Meitzn­er, Berlin).

« (…) cela pro­duit une ten­sion énorme, cri­tique, et induit un état durable de dépres­sion men­tale, qui va en s’ac­cen­tu­ant. » (Des mem­bres du per­son­nel médi­cal de la prison, Munich).

« (…) Cer­tains s’ef­fon­drèrent, à genoux, implo­rant les autres de les rem­plac­er pour faire entr­er la can­ule. D’autres quit­tèrent la pièce, se plaig­nant d’un choc nerveux trop fort. D’autres, qui menèrent à bout l’al­i­men­ta­tion for­cée sur des pris­on­niers qui résis­taient, san­glés à leur couche, en vin­rent au point de rup­ture, physique et psy­chique. » (Directeur Médi­cal Mendel Fried­land, Heidelberg).

La plu­part des doc­teurs de prison hésitèrent à ali­menter de force les pris­on­niers du groupe B.-M. pen­dant leur grève de la faim. Le pro­fesseur Rudolf Frey (Mayence), qui soigna les cama­rades du groupe B.-M. Grund­mann et Jün­schke après une grève de la faim pro­longée, dénonça l’al­i­men­ta­tion for­cée comme un acte de sadisme dangereux.

Dans une déc­la­ra­tion faite au con­grès par un mem­bre, plusieurs mois après la mort du gréviste de la faim Hol­ger Meins, les scènes qui se déroulèrent dans la plu­part des pris­ons étaient qual­i­fiées d’« orgies autour d’un tube ».

Le Pro­fesseur Vol­rad Deneke de l’As­so­ci­a­tion Alle­mande des Médecins, sig­nala que 90 doc­teurs avaient la charge de 50 000 pris­on­niers. Ils devaient affron­ter les men­aces d’en­lève­ment ou d’as­sas­si­nat. Ils devaient subir les pres­sions inces­santes de l’É­tat. Et en plus ils étaient con­sid­érés avec mépris, comme des « exé­cu­teurs des bass­es œuvres de la jus­tice avec un savoir médical ».

Le con­seil de la pro­fes­sion médi­cale con­damne main­tenant ouverte­ment les règle­ments péni­ten­ti­aires qui oblig­ent les doc­teurs à accom­plir des actes con­traires au code de déontologie.

Des mem­bres de la mag­i­s­tra­ture s’élèvent égale­ment con­tre l’al­i­men­ta­tion for­cée. Le pro­fesseur de Droit Lud­wig Rais­er a déclaré qu’il était de l’opin­ion que tout indi­vidu a le droit de se détru­ire. Le juriste Hoin­mar von Dit­furth demande de quel droit aucune loi peut entériner l’usage de la force pour inter­dire à un indi­vidu de met­tre sa vie en jeu dans sa lutte con­tre l’É­tat. Au con­traire, la règle de l’É­tat fait un devoir de sauver la vie d’un pris­on­nier, au besoin con­tre sa volon­té. Le refus de pra­ti­quer l’al­i­men­ta­tion for­cée sur un pris­on­nier étant assim­ilé à l’euthanasie par la loi, acte pas­si­ble d’une peine d’emprisonnement «  non inférieure à trois ans », deux doc­teurs de l’u­ni­ver­sité de Tübin­gen ont récem­ment été enjoints par un tri­bunal d’al­i­menter des pris­on­niers de force.

Mort de Katha­ri­na Hammerschmidt

Ils l’avaient arrêtée en 1972. C’é­tait une étu­di­ante, accusée d’avoir trans­porté des armes et d’avoir fourni des plan­ques aux mem­bres de la R.A.F.

Six médecins de prison furent inca­pables de diag­nos­ti­quer une tumeur can­céreuse : pour eux, c’é­tait une sim­u­la­trice et une mau­vaise tête, et ils la soignèrent comme telle. Des radios mon­traient des symp­tômes car­ac­térisés de can­cer. Le doc­teur de l’hôpi­tal de la prison de Berlin, un pro­fesseur de médecine, n’au­rait rien remar­qué d’anor­mal. Sa dis­trac­tion fut attribuée à la fatigue, due au sur­me­nage, qui aurait affec­té son acuité visuelle et mentale.

Quand des crises d’é­touf­fe­ment apparurent, au mois de sep­tem­bre 73, deux autres médecins exam­inèrent la malade. Après avoir véri­fié les radios, ils con­clurent qu’il n’y avait pas lieu de pre­scrire un traite­ment spé­cial. Ils con­seil­lèrent de procéder à de nou­veaux exa­m­ens radi­ologiques trois mois plus tard. Les autorités péni­ten­ti­aires, dont c’est le devoir de veiller à la bonne san­té des détenus, ne tin­rent aucun compte de cet avis. En octo­bre, alors que la malade était en proie à des insom­nies et à des douleurs insup­port­a­bles, elle était caté­gorisée comme « cri­ant trop ». Elle entre­prit plusieurs grèves de la faim pour obtenir un traite­ment appro­prié. Les autorités de la prison virent dans ses actions un chan­tage à mobile poli­tique. Son défenseur insista pour la faire exam­in­er par un spé­cial­iste. Main­tenant sa gorge était enflée à un point effrayant, et ses crises d’é­touf­fe­ment pre­naient un tour alar­mant, mais le médecin en poste à la prison la traitait encore comme une sim­u­la­trice, et ne lui don­nait que des cachets sans aucun pou­voir act­if. À la fin, la grav­ité de son état devenant trop man­i­feste pour qu’on la garde sous la respon­s­abil­ité de l’ad­min­is­tra­tion, le juge chargé de son affaire ordon­na sa libéra­tion pour qu’elle puisse se faire soign­er en clin­ique. Il était alors trop tard.

Bien que l’en­quête eût fait état d’une « incroy­able carence médi­cale » de la part des doc­teurs et de l’ad­min­is­tra­tion de la prison, respon­s­ables de son traite­ment, l’ex­pert com­mis tran­cha : « Il n’y a pas de coupables — pas de faute pou­vant jus­ti­fi­er de pour­suites ». Les man­i­fes­ta­tions gauchistes sur la « Jus­tice assas­sine » sont — bien enten­du — repoussées comme irre­spon­s­ables et injustifiables.

La loi et l’ordre

Fin août, 2 attaques de ban­ques furent menées à bien en l’e­space de 24 heures par deux cou­ples armés. À chaque fois, ils prirent le large avec DM 100 000. Ils lais­sèrent sur les lieux des boites de choco­lats avec un tract. Sa for­mu­la­tion ame­na le chef de la police de Berlin, Boetch­er, ain­si que d’autres experts de la police, à ren­dre l’an­cien com­mu­nard (c.à.d., ancien mem­bre du groupe « Kom­mune 1 » de Berlin — N.d.T.) Fritz Teufel respon­s­able de ces hold-ups, accom­plis au nom du Mou­ve­ment du 2 Juin. Des avis de recherche à son encon­tre sont plac­ardés partout, le désig­nant comme un des respon­s­ables de l’en­lève­ment de Lorenz.

Plusieurs autres actions moins spec­tac­u­laires, menées par divers nou­veaux groupes s’i­den­ti­fi­ant au Mou­ve­ment du 2 Juin, étaient man­i­feste­ment organ­isées dans le but de démon­tr­er au pub­lic que la résis­tance est non seule­ment encore vivace, mais en plein essor, mal­gré l’ar­resta­tion des auteurs de l’en­lève­ment de Lorenz : Ger­ald Klöp­per, Ronald Fritzsch et Ralf Rein­ders ; et mal­gré le fait que Wern­er Sauber ait été tué, et Till Mey­er blessé. Depuis la mi-juil­let, on pou­vait not­er une ner­vosité crois­sante en haut lieu, par­mi les respon­s­ables de la sécu­rité. Dans leur éval­u­a­tion de toutes les actions qui ont eu lieu après le siège de Stock­holm, les policiers esti­maient que les 2 hold-ups étaient l’indice de pré­parat­ifs pour un nou­v­el enlève­ment ou pour un atten­tat à la bombe.

Au cours d’une série de descentes éclairs pen­dant le mois de sep­tem­bre 1975, le ser­vice spé­cial « T » (pour Ter­reur) de la police a cap­turé la plu­part des mil­i­tants con­nus du Mou­ve­ment du 2 juin. 14.000 policiers ouest-alle­mands étaient engagés dans les opéra­tions, dirigées par 212 spé­cial­istes de police crim­inelle appar­tenant à la nou­velle sec­tion « T ». 7.000 élé­ments d’in­for­ma­tion sur les anar­chistes avaient été traités par ordi­na­teur. On véri­fia des mil­liers d’im­meubles, classés comme « domi­cile se prê­tant à des activ­ités de con­spir­a­tion », de garages, d’aires de sta­tion­nement. (Rap­pelons l’« Opéra­tion Win­ter­reise » qui fut engagée après la libéra­tion des 5 pris­on­niers de la R.A.F., suite à l’en­lève­ment de Lorenz : à cette occa­sion, on vit la police faire des descentes sur des secteurs entiers de Berlin, avec la par­tic­i­pa­tion des troupes d’oc­cu­pa­tion U.S. !).

Sont en état d’ar­resta­tion : Juliane Plam­beck, Ralf Rein­ders et Inge Viet. Rein­ders était dans la clan­des­tinité depuis 1969. Viet s’é­tait évadée de prison en 1973. Ils sont tous trois ren­dus respon­s­ables de l’exé­cu­tion du traître Ulrich Schmück­er (juin 1974), l’as­sas­si­nat du juge Drenkmann (novem­bre 1974), l’en­lève­ment du leader de la C.D.U. Peter Lorenz. (jan­vi­er 1975).

L’indi­ca­teur Götz Tilgen­er, qui par­tic­i­pa à la fon­da­tion du groupe du 2 juin, avait déclaré à la police que Viet et Rein­ders avaient don­né l’or­dre aux cama­rades de Wolfs­berg de tuer Schmück­er (Tilgen­er est mort mys­térieuse­ment en 1975).

Un autre fon­da­teur du groupe, Heinz Brock­mann, devint lui aus­si indi­ca­teur. Il avait été con­damné à une peine légère de prison. À sa sor­tie de prison, la Ver­fas­sungschutz (homo­logue alle­mand de notre D.S.T. — N.d.T.) le prit sous son aile. La police affirme que d’autres jeunes mem­bres du groupe par­lent sans réti­cence depuis qu’il sont en état d’arrestation.

L’ar­resta­tion des meneurs n’est pas, con­traire­ment à ce que clame le chef de la police Kit­t­laus, le résul­tat d’une recherche sys­té­ma­tique. La cen­tral­i­sa­tion des ser­vices de police, l’in­for­ma­tique et la nou­velle brigade « T » ne leur auraient été d’au­cun sec­ours, s’il n’y avait pas eu un éboueur pour trou­ver dans une poubelle des frag­ments déchirés d’ex­em­plaires ratés de tracts du 2 Juin et de faux doc­u­ments, et pour apporter sa trou­vaille à la police.

D’après les com­mu­niqués de presse émis par la police, une servi­ette appar­tenant à Lorenz fut retrou­vée dans la bou­tique de Rein­ders. Man­fred Gan­show (chef adjoint de la police de Berlin) n’a rien à dire de la pra­tique poli­cière bien con­nue, qui con­siste à intro­duire des objets com­pro­met­tants à l’oc­ca­sion d’une fouille domi­cil­i­aire. Quand de telles accu­sa­tions ont été for­mulées par nos cama­rades dans le passé, les média se sont bien gardés d’y faire écho ! [[Comme ce fut le cas pour les 10 cama­rades anglais accusés d’avoir par­ticipé aux atten­tats revendiqués par la Brigade de la Colère, et dont la moitié furent acquit­tés, à l’is­sue d’un procès reten­tis­sant, à Lon­dres (juin-déc. 71), mal­gré les « pièces à con­vic­tion » présen­tées par la police (cf. N° 110–111, 120–121, et 122). —N.d.T.)]]. « Les ter­ror­istes, déclare Gan­show, ont fait preuve d’une légèreté incroy­able en lais­sant traîn­er une telle pièce. Ils étaient devenus trop sûrs d’eux, et se croy­aient par­faite­ment en sécu­rité. » En voilà un qui, avant de faire des déc­la­ra­tions hâtives, devrait d’abord con­sul­ter — comme les autres grands patrons de la pro­tec­tion de l’É­tat — ses psy­chi­a­tres et sa clique de savants ven­dus (tels Hack­er et le behav­iouriste Skin­ner). Hack­er, soit dit en pas­sant, est con­seiller du Pen­tagone, du F.B.I. et du Ser­vice Crim­inel alle­mand pour les ques­tions de con­tre-révo­lu­tion. Que nos cama­rades aux U.S.A. en pren­nent note !

Nous l’avons déjà dit, et nous le répé­tons encore : le plus grand ter­ror­iste de tous, c’est l’É­tat ! Des savants tels que le pro­fesseur Barn­ing four­nissent le bon­i­ment qui en met­tra plein les yeux au pub­lic. Mai­hofer et Schwarz se ser­vent de ces échafaudages sci­en­tifiques pour mas­quer le fait que ce sont eux les fau­teurs intel­lectuels d’un super-terrorisme.

Nous citons Prozess Info N° 1 (pub­lié par les Komi­tees gegen Folter, Ham­bourg) « Suiv­ant la déf­i­ni­tion don­née par Schwarz (min­istre de l’In­térieur de Rhé­nanie-Palati­nat) : « La règle fon­da­men­tale du ter­ror­isme est de tuer le max­i­mum de gens pos­si­ble. Le ter­ror­iste veut créer la paralysie par l’épou­vante chez un nom­bre de plus en plus grand à tra­vers le monde ». C’est la déf­i­ni­tion exacte de la poli­tique d’Is­raël à l’en­con­tre du mou­ve­ment de libéra­tion de la Pales­tine de la poli­tique viet­nami­enne des U.S.A. ; de la poli­tique de la Junte chili­enne de la poli­tique du Min­istère Pub­lic de l’É­tat alle­mand : détru­ire autant de révoltés et de pris­on­niers poli­tiques que pos­si­ble ». (Nous ajouterons à cette liste le dis­cours de Fran­co après qu’il ait fait exé­cuter les cama­rades espagnols).

Nous avons sig­nalé le nom­bre crois­sant de « tote Trak­te » (« bras morts » : sec­tions d’isole­ment) nou­velle­ment con­stru­its. « On nous a placés, Jan et moi, dans un de ceux-ci à Stammheim. Augustin, les 4 de Stock­holm, Schiller et Eck­es sont gardés dans des « bras morts ».

Les compte-ren­dus de presse, inspirés par la police, par­lent de « légèreté incroy­able » et de gens « trop sûrs d’eux ». Si l’on relit la lit­téra­ture poli­cière de la péri­ode précé­dente, on s’aperçoit que les fins lim­iers excu­saient leurs échecs en soulig­nant l’ha­bileté des guérilleros à met­tre en œuvre la stratégie établie par les spé­cial­istes de la guerre de guéril­la ; et les pré­cau­tions qu’ils pre­naient pour assur­er leur sécu­rité. Mais à présent les média nous dis­ent : « Teufel et son amie Gabriele Roll­nick ont don­né en plein dans la souri­cière mon­tée par !a police dans l’ap­parte­ment de celui-ci. Le ser­vice « T » n’eut aucune dif­fi­culté à s’as­sur­er de lui, de son fusil à canon scié, et de $ 15.400 en devis­es étrangères (…). Ils le trou­vèrent en pos­ses­sion d’une longue liste de sym­pa­thisants du 2 Juin qui n’avaient jamais été repérés ». On n’a sig­nalé nulle part qu’un coup de filet ait suivi pour s’emparer de ces « par­ti­sans (réper­toriés) d’une asso­ci­a­tion de mal­fai­teurs. » Voilà qui devrait amen­er les citoyens à se pos­er des ques­tions. Les anar­chistes, mieux au courant des procédés employés par la police au cours de son his­toire, savent com­ment les forces de sécu­rité s’y pren­nent pour se don­ner l’ap­parence d’être absol­u­ment indis­pens­ables. Si tous les mem­bres du groupe B.-M. et du Mou­ve­ment du 2 Juin avaient été appréhendés, on pour­rait se pass­er de l’ar­mée colos­sale de spé­cial­istes des ques­tions de sécu­rité et de par­a­sites met­tant en coupe la psychiatrie.

Le gou­verne­ment alle­mand, afin de semer la con­fu­sion, a imposé aux média une ter­mi­nolo­gie fal­lac­i­euse et de la plus insigne mau­vaise foi. L’épou­van­tail rebat­tu des anar­chistes lanceurs de bombe servit, une fois de plus, à amen­er l’homme moyen, épris de démoc­ra­tie, à accepter une lég­is­la­tion fas­ciste. Puis la pro­pa­gande sor­tit une série d’his­toires d’a­troc­ités : « La bande B.-M. men­ace d’empoisonner l’eau potable de Stuttgart. » « Du gaz moutarde volé par des mem­bres de la bande doit servir con­tre la pop­u­la­tion. » C’est alors qu’une bombe explose à la gare cen­trale de Brème (6 décem­bre 1974), atten­tat dont la R.A.F. fut ren­due respon­s­able, mais qui por­tait la mar­que d’une provo­ca­tion policière.

Depuis le mois d’oc­to­bre 1974, 65 « anar­chistes » et sym­pa­thisants pré­sumés ont été arrêtés. 102 per­son­nes sont en déten­tion préven­tive pour avoir soutenu des « menées anar­chistes ». 202 enquêtes des ser­vices de police sont en cours.

Ilse Jandt et 7 mem­bres du groupe de Wolfs­burg du 2 Juin furent arrêtés après l’exé­cu­tion du rené­gat Schmück­er. Nous avons fait état de l’ar­resta­tion de Ralf Rein­dors, « chef du Mou­ve­ment du 2 Juin » et assas­sin pré­sumé du juge Denkmann. La police hol­landaise a arrêté à Ams­ter­dam l’« anar­chiste » Hel­mut Luef, mem­bre du groupe Debus, lié à la R.A.F.

Sont tou­jours en lib­erté : Jörg Lang (Jogi), un avo­cat « anar­chiste » ; la police affirme qu’il s’emploie à met­tre sur pied une nou­velle organ­i­sa­tion de la R.A.F., et qu’il est en train d’or­gan­is­er de nou­veaux enlève­ments. Astrid Pröll (Rosi), anci­enne maîtresse d’An­dreas Baad­er, serait, à en croire la police, gardée par les « Brigades Rouges » en Ital­ie. Cela fait 3 ans que Vera Berzel est dans la clan­des­tinité. Angela Luther et l’av­o­cat Siegfried Haag n’ont tou­jours pas été retrou­vés. Pas plus qu’An­dreas Vogel, pré­ten­du­ment respon­s­able du dernier atten­tat à la bombe à la gare cen­trale de Hambourg.

Ont été libérés (suite à l’en­lève­ment de Lorenz) : Rolf Heissler, Gabriele Kröch­er-Tiede­mann, Rodolf Pohle, Ver­e­na Beck­er, Ingrid Siep­mann. Dis­parus — et, de l’avis de la police, exé­cutés pour trahi­son : Inge­borg Barz, Michael Bau­mann, Ewald Goer­lich. Susann Her­ming­hausen, Rose­marie Keser.

Les sup­po­si­tions vont bon train pour savoir où sont passés les vieux de la vieille. Les ordi­na­teurs de la police sont sur les dents. La rumeur fait appa­raître les fugi­tifs ici, partout et nulle part : au Sud Yemen, dans des écoles de guéril­la japon­ais­es… Leurs rela­tions sont inter­na­tionales : le Front de Libéra­tion de la Pales­tine, l’Ar­mée Rouge Japon­aise, les guérilleros espag­nols, les Brigades Rouges ital­i­ennes. Lis­bonne s’est mué en cen­tre de con­ju­ra­tion. Poni­a­tows­ki pré­tend avoir les preuves de l’ex­is­tence d’« écoles de ter­ror­isme anar­chistes » en Alle­magne de l’Est. La police veut que Siegfried Haag ait été en rap­port avec le fameux ter­ror­iste « Car­los ». La fer­mette de Haag, dans le Midi de la France, appa­raît, à en croire la police, comme la base clan­des­tine d’où étaient menées des opéra­tions en Espagne et dans d’autres pays. Con­tre cette « con­spir­a­tion mon­di­ale du ter­ror­isme », Mai­hofer appelle à une action con­jointe anti-ter­ror­iste au niveau inter­na­tion­al. À dire vrai, un cer­tain degré de coor­di­na­tion a été mis en place avec les ser­vices de con­tre-espi­onnage français, sué­dois, espag­nols et anglais. En mars 1974, la police suisse arrê­tait à Zürich un groupe de la R.A.F., qui avait dérobé des mines, des grenades et des armes légères dans des arse­naux de l’Ar­mée suisse ; groupe mené par Petra Krause, accusée de l’in­cendie crim­inel d’un immeu­ble de l’I.T.T. à Milan (il s’ag­it de sa fil­iale ital­i­enne Face Stan­dart — N.d.T.). Une par­tie de ces arti­cles red­outa­bles pas­sa en Espagne. 3 pis­to­lets mitrailleurs, 3 grenades et des explosifs furent remis à Siegfried Haag et Eliz­a­beth van Dyck. La police donne à cette his­toire sans impor­tance les dimen­sions d’une affaire sen­sa­tion­nelle por­tant sur un vaste traf­ic d’armes. Des indi­ca­tions frag­men­taires, obtenues for­tu­ite­ment, sont mon­tées en épin­gle pour don­ner l’im­pres­sion d’une police qui, même si elle fait preuve de la plus grande réserve, n’en serait pas moins totale­ment au par­fum. Eu égard aux effec­tifs énormes et aux moyens tech­niques fan­tas­tiques dont elle dis­pose, son mythe de l’inéluctable omnipo­tence de l’É­tat a été bat­tu en brèche par une poignée de révoltés. Il aura fal­lu 10.000 ren­seigne­ments con­fi­den­tiels — faits rap­portés par des citoyens alar­més et déla­tions inspirées par la malveil­lance, en réponse aux SOS de la police et la faib­lesse de quelques mem­bres qui, cédant à la peur face à la bru­tal­ité et aux rus­es employées par ceux qui les avaient cap­turés, col­laborèrent avec eux. La police pré­tend désor­mais détenir une longue liste de sym­pa­thisants, qui n’avaient pas été fichés jusque là. En ver­tu de leurs droits con­sti­tu­tion­nels, ces gens étaient par­faite­ment en règle, jusqu’à ce que la nou­velle lég­is­la­tion anti-ter­ror­iste entre en vigueur. La police peut fort bien avoir des dossiers sur des gens qui soute­naient des organ­i­sa­tions qui ont été, d’un seul coup, déclarées « asso­ci­a­tions de mal­fai­teurs » des gens qui peu­vent désor­mais se retrou­ver en état d’ar­resta­tion du jour au lende­main, et dont cer­tains — nul doute — fourniront les noms d’autres sym­pa­thisants encore, jusqu’alors incon­nus. Et quiconque dira que c’est un retour aux temps de l’In­qui­si­tion et de la Gestapo sera per­son­ne mar­quée. La police et la Ver­fas­sungschutz (police de Pro­tec­tion de la Con­sti­tu­tion) peu­vent bien avoir une liste de recrues infil­trées, d’a­gents provo­ca­teurs et de rené­gats col­lab­o­rant avec elles, mais elles ne sont guère au courant de ce qu’il est advenu de cer­tains d’en­tre eux, tels ceux que nous avons cités, ou — par exem­ple — de Rolf-Jür­gen Mauer.

Ger­hard Baum, du min­istère de l’In­térieur, déclara, après l’ar­resta­tion de Teufel et de Rein­ders : Le noy­au dur a été brisé, et c’est un gros suc­cès. Mais ceci ne veut pas dire que nous puis­sions relâch­er notre vig­i­lance. Le dan­ger existe tou­jours ». Une demi-douzaine de révoltés tient occupés des cen­taines de mil­liers de policiers [[Selon des chiffres récents, les forces de l’or­dre comp­taient 168.000 hommes en France (Police Nationale et Gen­darmerie) con­tre 174.000 en R.F.A. (N.d.T.)]], et une autre cen­taine de mil­liers de col­lab­o­ra­teurs. On ne demande pas au peu­ple son aval, mais on lui fait pay­er des mil­lions pour entretenir une force poli­cière mon­strueuse, et des mil­lions pour con­stru­ire de nou­velles pris­ons forter­ess­es, alors qu’on lui dénie des con­di­tions de loge­ment sat­is­faisantes. On lui bourre le crâne de men­songes sur la puis­sance de la R.A.F., ses rela­tions inter­na­tionales, sur son habileté à la guéril­la et son arme­ment. C’est en rai­son de cela que la police n’avait pu les cap­tur­er ; et, main­tenant qu’ils ont été pris, par un coup de chance plus que par habileté, il faut bien pro­duire de nou­velles men­aces, de nou­veaux dan­gers qui jus­ti­fient l’ex­is­tence des ser­vices de police et la pro­ro­ga­tion des lois répres­sives. Avo­cats con­tes­tataires et édi­teurs d’ex­trême gauche comptent, pour la police, comme autant de maîtres-agi­ta­teurs, s’adon­nant avec bon­heur au raco­lage des jeunes attirés par le ter­ror­isme. Voilà le nou­veau dan­ger. Le nom­bre de nou­veaux sym­pa­thisants clan­des­tins, non encore repérés, serait, rien que dans les milieux ecclési­as­tiques, de l’or­dre de 1600. Un ser­vice d’in­for­ma­tion par ordi­na­teurs (« Nadis ») doit servir à sur­veiller les col­lec­tifs d’av­o­cats et les édi­teurs de gauche. Les per­son­nal­ités men­acées peu­vent être con­seil­lées et pro­tégées en per­ma­nence par la police. La pro­pa­gande active menée par les avo­cats et les édi­teurs gauchistes pour qu’on recon­naisse aux guérilleros urbains le statut de mil­i­tants poli­tiques, doit être arrêtée. On ne peut plus tolér­er que les infor­ma­tions recueil­lies auprès des pris­on­niers soient com­mu­niquées au pub­lic, en Alle­magne et à l’é­tranger, car, dit la police, ce sont des défor­ma­tions men­songères. Les organ­ismes d’aide aux pris­on­niers con­stituent un dan­ger à la sûreté publique, car ils favorisent la con­spir­a­tion et la résis­tance organ­isée dans les pris­ons. Les exé­cu­tions de traîtres au sein des groupes rad­i­caux ne sont pas de l’au­todéfense, mais des actes des­tinés à ter­roris­er des citoyens respectueux des lois qui « assis­tent la police dans son enquête ».

À en croire le tableau que nous dépeint la police, les mem­bres en cav­ale du groupe B.-M. et du Mou­ve­ment du 2 Juin sont abrités par des com­mu­nautés, des squat­ters, des groupes édi­tant des revues, des col­lec­tifs de jardins d’en­fants. Et voilà une ver­sion poli­cière. Une autre serait que les hors-la-loi les plus mar­qués dis­posent de sym­pa­thisants partout, qui les pro­tè­gent et les aident à s’établir sous des dehors respecta­bles, leur four­nissant même de quoi se mon­ter une affaire com­mer­ciale. Ils ont tous faux passe­ports, faux per­mis de con­duire et autres doc­u­ments. Ils cam­bri­o­lent les bureaux des ser­vices offi­ciels pour se pro­cur­er des papiers authen­tiques, ou dis­posent de leurs pro­pres officines de faus­saires. Ils ont de vastes dépôts d’armes… Qu’y-a-t-il, en fait, à la base de ces affir­ma­tions poli­cières ? Un ou deux vols de for­mu­laires de doc­u­ments offi­ciels en blanc, dans les mairies de quelques coins per­dus. Le vol de quelques pis­to­lets-mitrailleurs, de grenades, et d’une quan­tité dérisoire d’ex­plosifs. On fait appel au pub­lic dans son ensem­ble, et plus par­ti­c­ulière­ment aux pro­prié­taires qui ont des apparte­ments en loca­tion, pour qu’ils tien­nent les ser­vices de police au courant de tout locataire qui verserait plusieurs mois de loy­er à l’a­vance, et réglerait la suite par man­dat postal, pas par chèque ban­caire. Et de même pour les locataires qui ne reçoivent pas de cour­ri­er ; qui changent les ser­rures pour inter­dire l’ac­cès au pro­prié­taire ; qui n’ont que peu ou pas de mobili­er ; qui choi­sis­sent des apparte­ments rel­a­tive­ment à l’abri de la sur­veil­lance du voisi­nage. 40 000 pom­p­istes ont reçu de la police l’in­struc­tion de tenir à l’œil leurs clients. La police a déjà reçu 2 017 com­mu­ni­ca­tions con­fi­den­tielles. L’Alle­magne « démoc­ra­tique » en est rev­enue insen­si­ble­ment aux con­di­tions du régime hitlérien, qui fai­sait de chaque citoyen un aux­il­i­aire de la Gestapo. Une fois de plus, soci­aux-démoc­rates et libéraux mènent leur sale jeu de con­tre-révo­lu­tion­naires, sous les accla­ma­tions des réac­tion­naires déclarés.

Quel mou­ve­ment ?

Qui sont-elles donc, à l’heure actuelle, ces red­outa­bles minorités qui doivent être écrasées ? Une Armée Rouge pou­vant pré­ten­dre s’at­ta­quer, sur le plan mil­i­taire, à l’Ar­mée et à la police alle­man­des, sur un pied d’é­gal­ité, ça n’a jamais existé. Dis­ons-le tout net. Alors, pourquoi le gou­verne­ment alle­mand jouerait-il ain­si les Don Qui­chotte chargeant les moulins à vent  ? La Frac­tion Armée Rouge s’est mépris dans ses comptes, mais — même si elle n’avait aucune base, et bien qu’elle n’ait pas réus­si à s’as­sur­er l’ap­pui des tra­vailleurs — le péril men­ace tou­jours d’un soulève­ment de masse, écla­tant tout à coup. Oui, la Révo­lu­tion est en train de ger­mer dans les groupes mil­i­tant pour l’a­vorte­ment, les com­mu­nautés et les groupes de squat­ters, dans tout col­lec­tif dont la révolte est cau­tion­née par la jeunesse. Alors que le gou­verne­ment veut don­ner l’ap­parence d’être invin­ci­ble, la R.A.F. a, de fait, indis­cutable­ment mis en évi­dence la vul­néra­bil­ité du pou­voir éta­tique. Actuelle­ment, la con­duite adop­tée par les gens de la R.A.F. est effec­tive­ment en train de révéler la vraie nature homi­cide de la jus­tice alle­mande, à l’oc­ca­sion du procès B.-M. « Le mou­ve­ment a été arrêté ! » affirme Otto Wal­ter Haseloff, un psy­ch­an­a­lyste de Berlin tra­vail­lant pour la police. « Après Stock­holm », déclarait un autre respon­s­able haut-placé de la police, je m’at­tendais à une action spec­tac­u­laire, pour mon­tr­er que la bande était tou­jours forte. Le fait qu’il ne s’est rien passé prou­ve que le mou­ve­ment a été brisé. »

La R.A.F. peut-être, messieurs ! — mais on dirait qu’un autre mou­ve­ment est là, qui se met en branle.

Et ce n’est pas non plus du 2 Juin qu’il s’ag­it. Con­sul­tons donc les rap­ports de police. Karl-Heinz Bau­mann. détenu à Düs­sel­dorf : sus­pect de viol, de vol et d’in­cendie volon­taire. Il se ser­vait de caches souter­raines dans les envi­rons de Düs­sel­dorf pour entre­pos­er des effets utiles à une vie de con­spir­a­teur. Il fut don­né par l’indi­ca­teur Jür­gen Bodeux, ce même indi­ca­teur qui incrim­i­na notre cama­rade de Cologne Ralf Stein (cf. ci-dessous — N.d.T.). Les policiers qui perqui­si­tion­naient la mai­son de Bau­mann y trou­vèrent 10 dossiers de doc­u­ments sur « la lutte armée de la R.A.F. ». Il se pré­parait man­i­feste­ment à entr­er dans la clan­des­tinité. Les objets qu’il avait dis­simulés ? Des sacs de couchage, des coupures de jour­naux, des notes per­son­nelles, de car­ac­tère poli­tique, des ali­ments en con­serve, un appareil radio et des liq­uides inflam­ma­bles ! Et puis il y a la libraire Johan­na Kashke, arrêtée le 10 juil­let, con­nue pour avoir tra­vail­lé pour le « Sec­ours Rouge » et la « Croix Noire ». Son crime ? Elle fut repérée alors qu’elle rôdait près d’un dépôt d’armes. La police pense qu’elle pré­parait une attaque de banque. Ensuite, nous avons Ulrich Alt, en déten­tion préven­tive à Munich depuis le mois d’avril, présen­té comme l’in­spi­ra­teur d’un groupe d’élèves et d’ap­pren­tis. Quels crimes cette « asso­ci­a­tion de mal­fai­teurs » aurait-elle per­pétré ? Des man­i­fes­ta­tions de protes­ta­tion sur la voie publique : avoir orné des affich­es élec­torales de slo­gans anars ; avoir arraché et mutilé des avis de recherch­es plac­ardés par la police ; s’être essayés à la fab­ri­ca­tion de bombes à retarde­ment ; avoir fait des bom­bages à la pein­ture sur des mon­u­ments patriotiques.

La police affirme : l’av­o­cat pro­scrit Lang est à la tête d’une « cel­lule révo­lu­tion­naire » clan­des­tine déjà respon­s­able de douze actions ter­ror­istes. et résolue à venger la mort d’Ul­rich Wes­sel et de Siegfried Haus­ner. Haag et Lang veu­lent asseoir leur con­trôle sur un nou­veau mou­ve­ment, for­mé de petits groupes autonomes, qui agis­sent de leur pro­pre chef. Les policiers voudraient faire accroire à la pop­u­la­tion qu’ils ont affaire à un ramas­sis de goss­es paumés, dévoyés par les avo­cats Haag et Lang. Nos recherch­es nous amè­nent à une con­clu­sion dif­férente : la jeunesse d’hi­er a eu le temps de digér­er l’en­seigne­ment poli­tique qui s’est dévelop­pé depuis 1968. Ils ont eu l’oc­ca­sion de con­fron­ter l’élitisme avec l’idée lib­er­taire. Quand ils entrèrent dans le monde du tra­vail, ils firent l’ex­péri­ence des luttes ouvrières, des décep­tions que con­nais­sent les tra­vailleurs ; de leur méfi­ance à l’é­gard de la dialec­tique des intel­lectuels [[Ils ont appris que la dialec­tique peut cacher des triques ! (à défaut. de cass­er des briques). — N.d.T]] ; leur refus de suiv­re aveuglé­ment dans les pas de la R.A.F. Les jeunes durent engager une réflex­ion appro­fondie, et cette analyse fit d’eux des lib­er­taires. En tant que tra­vailleurs, ils con­stituent bien l’élé­ment qui man­quait au mou­ve­ment étu­di­ant alle­mand. Et, par leur adhé­sion au principe de la lutte armée, ils annon­cent une réori­en­ta­tion pos­si­ble des tra­vailleurs qui s’é­taient tenus à l’é­cart de l’élite B.-M. La police ne se rend que trop bien compte de ce qu’ils sont nom­breux, qu’ils ont tiré la leçon des erreurs du groupe B.-M. et du 2 Juin, et qu’ils pour­raient bien inspir­er aux tra­vailleurs la réso­lu­tion d’oc­cu­per de nou­veau l’an­ci­enne posi­tion que leurs pères avaient désertée, celle de la Révo­lu­tion Sociale.

Ils approu­vent — comme nous-mêmes — les déc­la­ra­tions de la R.A.F., repro­duites dans Prozess Info N° 1 : « L’opin­ion publique ne con­trôle pas l’É­tat ; c’est le con­traire qui se passe : l’É­tat con­trôle l’opin­ion publique. L’ob­jec­tif de l’É­tat est de bris­er toute expres­sion sub­jec­tive de l’in­di­vidu, et d’en démon­tr­er la futil­ité. L’É­tat se sert de sa pro­pa­gande pour nous enlever tout crédit, pour nous enlever toute lib­erté d’ex­pres­sion, et nous réduire à l’impuissance. »

« Quand nous par­lons de pris­on­niers poli­tiques, nous n’u­sons pas du con­cept bour­geois. Tout tra­vailleur empris­on­né est un pris­on­nier poli­tique ; un pris­on­nier de la poli­tique impéri­al­iste, et par­tant un pris­on­nier de l’É­tat impéri­al­iste. Tout pris­on­nier, peu importe le motif pour lequel il a été crim­i­nal­isé tout pris­on­nier qui com­prend la nature poli­tique de son état de sujé­tion ; tout pris­on­nier qui résiste ; qui organ­ise la résis­tance au sein de la prison — celui-là est l’un de nous. »

Les anar­chistes ont mar­qué leur dés­ap­pro­ba­tion d’ac­tions ter­ror­istes coupées du plein appui des mass­es. Nous ne sommes qu’en par­tie d’ac­cord avec Klaus Crois­sant. Nous soulignons sa déc­la­ra­tion où il affirme que la jus­tice éta­tique équiv­aut à la con­tre-révo­lu­tion. Nous allons plus loin, et déclarons que la révo­lu­tion bour­geoise est con­tre-révo­lu­tion­naire, et qu’en con­séquence aucun mou­ve­ment lié à !a tra­di­tion autori­taire, doc­tri­naire et mil­i­taire ne peut pré­ten­dre représen­ter la Révo­lu­tion Sociale. Crois­sant est plus proche des con­cep­tions anar­chistes quand il déclare que, si la défense des révo­lu­tion­naires est assurée par des indi­vidus bour­geois, elle est lim­itée par les restric­tions qu’im­pose la jus­tice éta­tique bour­geoise : « Le com­bat con­tre la tor­ture infligée aux vic­times de l’ap­pareil judi­ci­aire ne peut être mené que par le peu­ple lui-même, auquel les révo­lu­tion­naires appar­ti­en­nent. Ce n’est pas une affaire de légal­ité ou d’il­lé­gal­ité, mais de fas­cisme ou d’an­ti-fas­cisme. Ou bien on admet un sys­tème qui détru­it les indi­vidus, ou bien on lutte con­tre le fas­cisme. Le chemin qui mène au social­isme passe sur le cadavre du fascisme. »

Notre posi­tion est con­forme à celle du Comité de Ham­bourg, qui déclare : « L’É­tat vise à se déblay­er une zone de tir qui lui don­nerait la pos­si­bil­ité de liq­uider les avo­cats qui se sont iden­ti­fiés aux groupes anti-impéri­al­istes. En tant qu’a­n­ar­chistes, nous esti­mons que ce dont l’É­tat a peur, c’est moins d’une bande de guérilleros urbains que d’une nou­velle généra­tion de révo­lu­tion­naires en puis­sance, obser­vant ce jeu dont la règle est le pou­voir, dans tous les pays, sous tous les régimes. Plus les politi­ciens font preuve de ruse et d’ef­fi­cac­ité pour atten­ter à la lib­erté, plus vite risque de sauter le cou­ver­cle de la mar­mite. Il est vrai que les cri­tiques qu’­ex­prime actuelle­ment l’in­tel­li­gentsia alle­mande visent à obtenir des réformes — mais il est non moins vrai que pra­tique­ment tout le monde a con­science des aspects négat­ifs de tous les sys­tèmes soci­aux essayés jusqu’à présent. Les gens ont été attirés au libéral­isme, au social­isme et au com­mu­nisme en rai­son des élé­ments anar­chistes que con­ti­en­nent ces idéolo­gies, bien qu’ils y fussent com­plète­ment recou­verts par la mau­vaise herbe bour­geoise. En d’autres ter­mes, des mil­lions de per­son­nes dans le monde entier ten­dent — sans s’en ren­dre compte — vers l’a­n­ar­chisme. Ils ont hor­reur des con­trôles, se méfient des politi­ciens, exècrent la guerre et tien­nent les États pour sus­pects. Les gou­verne­ments, de par leur nature con­tra­dic­toire et cor­rompue, et par leurs actes inac­cept­a­bles, en vien­nent en fin de compte à fournir de meilleures pub­lic­ités con­tre les gou­verne­ments que n’im­porte quel agi­ta­teur anarchiste. »

Si les anar­chistes pou­vaient présen­ter, ici et main­tenant, l’ex­em­ple vivant d’une com­mu­nauté anar­chiste viable, des mil­lions de per­son­nes qui, à l’heure actuelle, se can­ton­nent dans le réformisme, parce qu’ils ne voient rien de mieux, se joindraient plus volon­tiers à l’en­tre­prise de liq­ui­da­tion des gou­verne­ments, d’abo­li­tion des lois et d’atomi­sa­tion des prisons.

Tous les indices por­tent à croire que c’est main­tenant au tour du mou­ve­ment anar­chiste alle­mand — aus­si faible et insignifi­ant qu’il soit — de faire face aux per­sé­cu­tions ; mais dis­ons-le tout de suite : les chas­seurs de sor­cières peu­vent allonger encore la longue liste des vic­times tuées ou empris­on­nées de bien d’autres rebelles ; mais en ce faisant ils mon­treront au monde entier aujour­d’hui, et à la postérité, que leur État est une super-asso­ci­a­tion de malfaiteurs.

Jadis, les Alle­mands avaient une chan­son, où l’empereur Bar­ber­ousse de la légende dis­ait : « Je sais pour sûr, que je puis repos­er ma tète sur les genoux de cha­cun de mes sujets ». Nous dou­tons fort qu’au­cun des dirigeants « démoc­ra­tiques » actuels de l’Alle­magne ose en faire autant. Tan­dis que les Alle­mands et les Japon­ais qu’ils pour­suiv­ent savent qu’ils peu­vent compter sur la sol­i­dar­ité des anar­chistes où qu’ils soient ; mal­gré les diver­gences quant aux méth­odes à employ­er dans la lutte pour la lib­erté, et en dépit des édits de jus­tice inter­dis­ant de les héberger.

John Olday.

Camarades

la police ouest-alle­mande veut crim­i­nalis­er notre cama­rade Ralf Stein

Ralf Stein, qui fait par­tie de la rédac­tion col­lec­tive du jour­nal anar­cho-syn­di­cal­iste Befreiung, fut arrêté le 14 avril. Il est détenu à la prison d’Ossendorf.

L’ac­cu­sa­tion se sert du para­graphe 129 de sin­istre mémoire, et affirme que Ralf a soutenu une « asso­ci­a­tion de mal­fai­teurs ». Ce para­graphe. intro­duit en 1969, est devenu une arme qui peut servir à trans­former en crim­inel et à met­tre hors-la-loi quiconque résiste à l’in­jus­tice. La loi d’ur­gence, qui représente une vio­la­tion fla­grante des droits con­sti­tu­tion­nels (Grun­drechte), est une lég­is­la­tion pré­cip­itée, votée avec le sou­tien des Soci­aux-Démoc­rates, des Libéraux et des par­tis réactionnaires.

Le par­quet base ses accu­sa­tions sur des déc­la­ra­tions faites à la police par Kat­ja May et Nor­bert Hof­mann, de Cologne, qui propageaient « l’in­sur­rec­tion armée » (de manière d’ailleurs bien digne d’a­ma­teurs). Ils n’avaient aucun con­tact direct avec les cama­rades du « groupe Befreiung », qui étaient prin­ci­pale­ment act­ifs dans la lutte par les moyens légaux dans l’in­dus­trie. Befreiung a, par le passé, con­damné ouverte­ment, et à plusieurs repris­es, les méth­odes de la R.A.F. et le Mou­ve­ment du 2 Juin. Le fait que le groupe « Befreiung » soute­nait la Schwarzkreuz (la Croix Noire) — qui aide à défendre les pris­on­niers vic­times de l’in­jus­tice, y com­pris les pris­on­niers poli­tiques — a fourni le pré­texte à l’ap­pareil judi­ci­aire pour décider que Ralf, et tous ceux qui sou­tiendraient des organ­i­sa­tions de sec­ours étaient des
« sym­pa­thisants » des terroristes.

Jür­gen Bodeux, dont nous avons évo­qué le rôle trou­ble dans l’af­faire d’Ilse-la-rouge (Ilse Jandt. inculpée de l’as­sas­si­nat du « traître » Schmück­er — N.d.T.), avait égale­ment ten­té de s’in­fil­tr­er dans le col­lec­tif « Befreiung », mais il fut écarté par les cama­rades, pour n’avoir man­i­festé aucun désir d’ap­porter une par­tic­i­pa­tion respon­s­able au tra­vail con­struc­tif. Main­tenant, ani­mé par la ran­cune et la malveil­lance, il a déclaré à la police que Ralf était respon­s­able à l’ap­pro­vi­sion­nement de l’« Armée Rouge de la Ruhr » [[Il s’ag­it d’un groupe lib­er­taire de lutte armée, act­if dans les années vingt, dont le nom sem­ble avoir été exhumé pour les besoins de la cause (N.d.T.).]] Tout porte à croire que Bodeux est devenu un pro­tégé de la Verfassungschutz.

Après son arresta­tion, le compte en banque per­son­nel de Ralf fut saisi par la police, dans l’idée que c’é­tait un compte util­isé par le Sec­ours Rouge. Son domi­cile fut perqui­si­tion­né, et d’autres perqui­si­tions, et des arresta­tions de courte durée, furent effec­tuées à Essen, et dans d’autres local­ités. Par con­tre, de manière assez sur­prenante, il n’y eut pas d’autres descentes ou d’ar­resta­tions chez les cama­rades de « Befreiung » à Cologne, ce qui ne peut sig­ni­fi­er qu’une seule chose : que ces cama­rades sont étroite­ment surveillés.

Mes­sages de sol­i­dar­ité, livres et jour­naux peu­vent être envoyés à l’adresse suiv­ante : Sol­i­dar­ität­skomi­tee « Ralf Stein » c/o Ralf Aurand, 5 Köln 30, Tiek­str. 49, R.F.A. ou à J.V.A., 5 Köhl 30 Rach­manstr. 30, R.F.A.

Japon

Appel du Comité de Défense du Front Armé Anti-Japon­ais d’Asie Orientale

Le gou­verne­ment japon­ais a assim­ilé l’art du tour de passe-passe employé par ses homo­logues occi­den­taux, et qui con­siste à ren­dre sa pro­pa­gande si adroite qu’elle sem­ble inex­is­tante. Résul­tat : encore une vic­toire de la démoc­ra­tie ? La réal­ité est tout autre.

Le 19 mai dernier, huit jeunes mil­i­tants furent appréhendés au même moment, au petit matin. L’un d’en­tre eux se sui­ci­da aus­sitôt en absorbant une cap­sule de poi­son. Les autres furent inculpés dans le cadre de l’en­quête sur la série d’at­ten­tats à la bombe qu’a con­nue le Japon depuis le mois d’août 1974 (voir la chronolo­gie détail­lée ci-dessous). Ils furent d’abord décrits comme étant « des anar­chistes ». Il y avait à cela deux raisons : d’abord, il s’agis­sait de réveiller dans le pub­lic le réflexe atavique d’as­so­ci­a­tion entre bombes et absence de gou­verne­ment ; ensuite venait une manœu­vre cal­culée par l’É­tat pour se créer un pré­texte de répres­sion con­tre le mou­ve­ment anar­chiste japon­ais, après la désagré­ga­tion de la « Nou­velle Gauche » marx­iste. Quand on lais­sa fil­tr­er dans la presse l’in­for­ma­tion que les 7 de Tokyo n’avaient aucune con­nais­sance pré­cise de l’a­n­ar­chisme, le mal était déjà fait. Dans la chas­se aux « indices », les domi­ciles des anar­chistes sus­pects, à tra­vers le pays, furent l’ob­jet de descentes de police, de pos­es de micros clan­des­tins, et de sur­veil­lance directe. Dans ces cir­con­stances, les anar­chistes japon­ais ont besoin d’une sol­i­dar­ité renou­velée pour faire face aux attaques qui vont suiv­re. En atten­dant, le gou­verne­ment est en train de met­tre sur pied un pro­jet de loi anti-ter­ror­iste qui va rep­longer le pays dans l’at­mo­sphère des années trente[[La mon­tée du mil­i­tarisme japon­ais au début des années trente fut mar­quée par une série de ten­ta­tives de coups d’É­tat et une vague de ter­ror­isme mil­i­tariste, cul­mi­nant avec l’as­sas­si­nat du Pre­mier Min­istre Tsuyo­ki Inokai le 15 mai 1932, par un groupe d’of­ficiers. Ceci fut le sig­nal de la fin du régime des par­tis, déjà en dif­fi­culté face aux mil­i­taires depuis l’in­ci­dent de Mouk­den (18 sep­tem­bre 1931), qui entraî­na la guerre sino-japon­aise et l’oc­cu­pa­tion de la Mand­chourie. À par­tir de 1932, une série de gou­verne­ments mil­i­taires inten­si­fièrent la répres­sion con­tre le mou­ve­ment révo­lu­tion­naire, pra­tique­ment écrasé dès 1935. (N.d.T.)]].

Dans tout le Japon, à l’heure où vous lisez cet appel, la police exploite la sit­u­a­tion actuelle pour inten­si­fi­er, au mépris des lois, son action de main­tien de la « sécu­rité publique », sous pré­texte de réprimer des « élé­ments extrémistes ». D’abord, les apparte­ments privés sont soumis à une « stratégie du rouleau com­presseur ». Les domi­ciles sus­pects sont mis à sac pour trou­ver des preuves. Beau­coup de perqui­si­tions ont été amenées par des indi­ca­tions fournies par de sim­ples citoyens, style 1934. Ensuite, les sus­pects sont embar­qués, générale­ment de nuit, et leurs effets sont épluchés en leur absence. En troisième lieu, les mil­i­tants poli­tiques, y com­pris les lead­ers de mou­ve­ments locaux de citoyens ou de rési­dents, sont suiv­is, soumis à une sur­veil­lance con­stante, et sou­vent appréhendés sous des incul­pa­tions mineures de droit com­mun. Les endroits où se ren­con­trent des « élé­ments extrémistes » sont truf­fés de micros, et soumis à écoute télé­phonique. Enfin, édi­teurs et imprimeurs ont été perqui­si­tion­nés illé­gale­ment, avec saisie de man­u­scrits ou d’imprimés.

Voilà pour notre droit, inscrit dans la Con­sti­tu­tion, d’im­primer, de pub­li­er, de dif­fuser et de lire ce que nous voulons ! Loin de rester insen­si­bles à une cam­pagne de répres­sion digne de la Tche­ka, les mass-média ont lancé leur pro­pre chas­se aux sor­ciers con­tre les élé­ments rad­i­caux. Leurs vocif­éra­tions mar­quèrent un max­i­mum après l’ar­resta­tion, au mois de mai, de 8 mil­i­tants appar­tenant aux trois groupes con­sti­tu­ant le « Front Armé Anti-Japon­ais d’Asie Ori­en­tale » : « Wolf » (« Loup »), « Fang of the Earth » (« Croc de la Terre »), et « Scor­pi­on » — que l’on appelle main­tenant le plus sou­vent « les Loups ». Dans l’ensem­ble de la presse bour­geoise japon­aise, ce fut l’oc­ca­sion d’une débauche d’ar­ti­cles fielleux et calom­ni­a­teurs sur cette organ­i­sa­tion. Le point com­mun à tous ces arti­cles est de pass­er virtuelle­ment sous silence le con­tenu des procla­ma­tions clan­des­tines émis­es par le groupe, et les risques qu’ils avait pris pour faire con­naître son inten­tion poli­tique : de don­ner un aver­tisse­ment, par l’ac­tion directe, aux com­pag­nies japon­ais­es qui exploitent actuelle­ment les peu­ples de l’Asie, et, par là même, de s’at­ta­quer aux pro­jets colo­ni­aux du gou­verne­ment pour cette région du monde. Au lieu de cela, en occul­tant la nature poli­tique des atten­tats, la presse a aidé, par tous les moyens, à réveiller et à faire jouer con­tre les 7 sus­pects l’hor­reur pro­fonde du pub­lic pour les bombes. Ain­si le jour­nal Asahi Shim­bun, dont l’édi­tion du 29 juin les traitait de « bande de dingues non-poli­tiques », et rien n’a été nég­ligé pour que s’im­pose l’im­age de dan­gereux fana­tiques, d’ob­sédés de la bombe.

Sans aucun doute, le gom­mage délibéré, par la presse, des objec­tifs réels des « Loups » — provo­quant ain­si une hys­térie de l’at­ten­tat par­mi le pub­lic, et procé­dant pra­tique­ment au lyn­chage moral des 7 de Tokyo, avant même leur procès — entre dans la stratégie du gou­verne­ment japon­ais : l’ex­ten­sion de la répres­sion et de la sur­veil­lance au nom de « la loi et l’or­dre », avec l’ad­hé­sion du pub­lic japonais.

Les objec­tifs pra­tiques des trois groupes sont suff­isam­ment explic­ités par le titre col­lec­tif même qu’ils avaient choisi pour leur mou­ve­ment : Front Armé Anti-Japon­ais d’Asie Ori­en­tale. Plus explicites encore sont les pal­marès passés et les activ­ités actuelles des com­pag­nies visées par la cam­pagne d’at­ten­tats : Mit­subishi Heavy Indus­tries (30 août 1974) et Mit­sui Prod­ucts (14 octo­bre) sont les prin­ci­paux marchands de mort du Japon, avec comme tâche poli­tique de servir de par­avent à l’ex­pan­sion colo­niale du Japon en Asie ; Tei­jin (25 novem­bre) Tai­sei Con­struc­tion (10 décem­bre), Kaji­ma Con­struc­tion (23 décem­bre), Haza­ma Gumi (28 févri­er, 4 mai), Ori­en­tal Met­als (19 avril) et l’In­sti­tut de Recherche Indus­trielle Sud-Coréen (19 avril) se sont tous ren­dus coupables, dans le passé. d’avoir arraché à leurs ter­res natales des pop­u­la­tions locales, comme les Coréens ou les Aïnous japon­ais. Leur fonc­tion actuelle est de for­mer la tête de pont, de mèche avec les gou­verne­ments com­pradores indigènes, de l’in­va­sion économique de l’Asie par le Japon.

Dans de telles cir­con­stances, peu importe si l’é­ti­quette « anar­chiste » col­lée aux accusés par le gou­verne­ment et par la presse est la bonne. Quelle que soit leur ori­en­ta­tion poli­tique, notre tâche, à l’ex­térieur, est claire. D’abord, il faut con­tr­er la réac­tion gou­verne­men­tale en lançant notre pro­pre cam­pagne — une cam­pagne pop­u­laire con­tre les actes illé­gaux de répres­sion poli­cière. Nous ne pou­vions pas laiss­er notre instinct de con­ser­va­tion ni notre manque d’au­dace naturelle nous impos­er le silence. Pas plus que nous ne pou­vons laiss­er l’opin­ion publique pris­on­nière des ver­sions offi­cielles, ou défor­mée par le sen­sa­tion­nal­isme des mass-media. Ensuite, il faut men­er une action de sou­tien pour faire con­naître les inten­tions réelles des 7 de Tokyo, avant qu’elles ne soient com­plète­ment noyées dans l’hys­térie induite par le gou­verne­ment et les média. Nous recon­nais­sons que les 8 morts de l’at­ten­tat con­tre Mit­subishi furent une tragédie, mais nous insis­tons sur le fait que le groupe n’avait pas l’in­ten­tion de tuer. Dans tous les atten­tats qui suivirent, la taille de l’en­gin avait été réduite, l’heure de l’ex­plo­sion avait été soigneuse­ment cal­culée de manière à éviter de faire des vic­times, et tous les aver­tisse­ments néces­saires avaient été faits par téléphone.

De toute façon, en regard des mas­sacres passés d’Aï­nous, de Chi­nois et de Coréens dont les marchands de mort se sont ren­dus et sont tou­jours respon­s­ables, le nom­bre des vic­times est nég­lige­able. Con­damn­er la vio­lence en cau­tion­nant ceux qui utilisent la vio­lence « respectable », c’est tomber dans le pan­neau de l’É­tat. Nous sommes en train de lancer un mou­ve­ment pour soutenir la défense des 7 de Tokyo. Vos encour­age­ments de l’é­tranger nous don­neront du courage et des forces pour notre cam­pagne. Nous espérons aus­si que vous fer­ez con­naître aux cama­rades de votre pays ce que nous faisons.

Sol­i­dar­ité Inter­na­tionale pour les « Loups » et pour notre cam­pagne en leur faveur !

Écrire à Mukui Ko (Salu­tion, Izu­mi­hara Bun­ka, 2–12‑2 Asahi-cho, Abeno-Ku, Osa­ka, Japon) ou à East Asia Anti-Japan Armed Front Defence Com­mit­tee (Tokyo, Mina­toku, Shin­bashi 2–8‑16, Ishi­da Build­ings 4 F c/o Kyuen Renonku-Cente)

Pour plus d’in­for­ma­tions, con­tac­ter L.I. Cen­tre, c/o C.I.R.A. — Nip­pon S.I.C.. Kobe G.P.O. Box 1 065.650–91, Japon.

Chronolo­gie

- Août 1974 : après trois aver­tisse­ments préal­ables dont il ne fut pas tenu compte, une bombe puis­sante explosa dans le hall d’en­trée de Mit­subishi Heavy Indus­try, au cœur du quarti­er des affaires de Tokyo. M.H.I. Est prob­a­ble­ment la plus grosse entre­prise indus­trielle établie en Corée du Sud par le cap­i­tal japon­ais. 8 morts et 380 blessés. Revendiqué par « Wolf » (« Loup ») du Front Armé Anti-japon­ais d’Asie Orientale.
— 14 octo­bre 1974 : Une autre bombe con­tre Mit­sui & Co., une des société com­mer­ciales les plus « dynamique » du Japon, jouant un rôle de pre­mier plan en Corée du Sud et dans le Sud-Est asi­a­tique, et faisant par­tie du com­bi­nat géant Mit­sui, qui par­tic­i­pait de plain-pied à la direc­tion du Japon avant la guerre. 19 blessés, dont les policiers qui fouil­laient le bâti­ment à la suite des aver­tisse­ments reçus. Revendiqué par « Fang of the Earth » (« Croc de la Terre ») du Front Armé Anti-Japon­ais d’Asie Orientale.
— 25 novem­bre 1974 : Une bombe à retarde­ment explose à l’In­sti­tut cen­tral de recherch­es de Tei­jin Lim, dans l’ouest de Tokyo. Tei­jin est un gros con­glomérat de l’in­dus­trie tex­tile. Une note exigeait l’a­ban­don de ses pro­jets de con­struc­tion d’une nou­velle raf­finer­ie de pét­role en Corée du Sud, et l’ar­rêt de l’emploi de main-d’œu­vre fémi­nine coréenne au rabais dans son usine de Nagoya. Pas de blessés. Revendiqué par « Loup ».
— 10 décem­bre 1974 : 9 per­son­nes sont blessées par une autre bombe au siège de la Tai­sei Con­struc­tion Co. à Tokyo. La com­pag­nie était accusée d’être liée avec un des « zaibat­su » (gros com­bi­nats) d’a­vant-guerre, qui avait exploité la main-d’oeu­vre coréenne. Revendiqué par « Fang of the Ori­ent » (« Croc de l’Orient »).
— 23 décem­bre 1974 : Une usine de la Kaji­ma Cor­po­ra­tion dans l’est de Tokyo saute au milieu de la nuit. L’ex­plo­sion n’est revendiquée par per­son­ne, et aucun aver­tisse­ment n’avait été don­né, quoique Kaji­ma soit en pleine expan­sion dans toute l’Asie.
— 28 févri­er 1975 : Une autre grosse société de con­struc­tion, Haza­m­agu­mi, est touchée, par deux bombes à retarde­ment dans ses bureaux de Tokyo. Encore une fois, de gross­es respon­s­abil­ités dans l’ex­pan­sion japon­aise en Corée du Sud. Revendiqué par « Scor­pi­on » du Front Armé Anti-Japon­ais d’Asie Ori­en­tale. Cinq min­utes plus tard, une autre bombe explose dans d’autres bâti­ments de la com­pag­nie. Revendiquée par le Comité Uni de Lutte Kei­han­shin (Kyoto-Osa­ka-Kobe).
— 19 avril 1975 : L’In­sti­tut de Recherch­es Indus­trielles et Économiques de Corée du Sud à Tokyo et Arna­gasa­ki Ori­en­tal Met­als dans la région d’Osa­ka sont visés par des atten­tats simul­tanés. L’In­sti­tut sert à plan­i­fi­er l’ex­pan­sion japon­aise en Corée du Sud, et la deux­ième société y joue un rôle impor­tant. Les deux atten­tats sont revendiqués par le Front Armé Anti-Japon­ais d’Asie Orientale.
— 27 avril 1975 : Encore un atten­tat con­tre Haza­m­agu­mi, dans un chantier près de Tokyo. L’at­ten­tat n’est revendiqué par personne.
— 4 mai 1975 : Petite explo­sion con­tre un pont en cours de con­struc­tion par une fil­iale de Haza­m­agu­mi. L’ex­plo­sion n’est revendiquée par personne.

La sit­u­a­tion est très ten­due à la suite d’ar­resta­tions à Tokyo, le 18 mai. 30 anar­chistes sont détenus, rien que dans la région Osa­ka-Kyoto-Kobe ; 20 à Tokyo. La police avait établi ses listes dès le début du mois de mai, mais avait retardé l’opéra­tion, craig­nant des repré­sailles con­tre la reine Elis­a­beth d’An­gleterre, alors en vis­ite au Japon. La veille de l’an­nonce des arresta­tions, la Fédéra­tion Anar­chiste apprit que la police pré­parait une purge des anar­chistes au Japon. Le raison­nement sous-ten­dant l’opéra­tion était que, avec le déclin de la « Nou­velle Gauche » néo-trot­skyste, le fait que l’Ar­mée Rouge avait dû se réfugi­er à l’é­tranger, que les prin­ci­pales ten­dances avaient som­bré dans les luttes frac­tion­nelles, et que le mou­ve­ment con­tre la guerre avait per­du son élan avec la fin des com­bats au Viet-Nam et le (pré­ten­du) retour d’Ok­i­nawa sous con­trôle japon­ais – les seuls élé­ments gênants étaient les anar­chistes. La répres­sion commença.

30 anar­chistes sont détenus dans la région de Kan­sai, et 20 à Tokyo. La plu­part étaient étu­di­ants. Pour leur venir en aide, un Comité de Sec­ours Noir allait être con­sti­tué, et on se pro­po­sait de remet­tre sur pied la fédéra­tion nationale. Alors que ces cama­rades prévoy­aient l’im­mi­nence de la con­fronta­tion, ils ne se doutaient pas que les arresta­tions allaient avoir lieu le lende­main. Les poseurs de bombes de Tokyo étaient un groupe séparé, sans aucun rap­port avec ceux qui ten­tent de réor­gan­is­er le mou­ve­ment nation­al. Les arresta­tions don­nent aux Comités de Sec­ours Noir une soudaine impor­tance, de pre­mier plan. Jusqu’alors, le seul organ­isme de sec­ours exis­tant était un comité con­sti­tué pour venir en aide à un cama­rade arrêté en 1972 pour une attaque con­tre l’u­ni­ver­sité de Sap­poro. La peine de mort sera sans doute req­uise con­tre les inculpés. La peine cap­i­tale est tou­jours en vigueur au Japon, quoique rarement exé­cutée. Cepen­dant, leur assas­si­nat par l’É­tat, s’il a effec­tive­ment lieu, ne sera pas une affaire expédi­tive, comme en Corée du Sud. Les procès seront tirés en longueur jusqu’à ce que le pub­lic ne s’en sou­vi­enne plus, et les exé­cu­tions se fer­ont dis­crète­ment. C’est, du moins, ce qu’e­spère le gouvernement. 

L’en­ter­re­ment de Saito Kazu, le cama­rade qui s’é­tait sui­cidé après son arresta­tion, en mai, sous l’in­cul­pa­tion d’at­ten­tats à la bombe, se trans­for­ma en fête qui aboutit à une man­i­fes­ta­tion devant le Q.G. de la Police Nationale. Comme c’é­tait là que Saito était mort, des cama­rades ten­tèrent d’y dépos­er des fleurs. La police s’y opposa, et une bagarre suiv­it, au cours de laque­lle plusieurs cama­rades furent arrêtés (et relâchés par la suite). Un comité fut for­mé pour éla­bor­er la stratégie de la cam­pagne de sou­tien. Un jour­nal men­su­el, Kyüen (« Sec­ours ») a pub­lié les détails des affaires, des con­di­tions de déten­tion, et des révéla­tions sur les menées con­tre-révo­lu­tion­naires. Il veut aider les détenus qui for­ment des unions de pris­on­niers, pour la plu­part des gens inculpés dans des affaires con­cer­nant l’Ar­mée Rouge, quoique de nom­breux « non-poli­tiques » (une fausse dis­tinc­tion) soient en train d’y adhér­er. Le Comité de Sou­tien aux 7 de Tokyo veut s’af­fil­i­er à la Croix Noire Anar­chiste. La Croix Noire Anar­chiste japon­aise est un élé­ment de la lutte. Le con­grès con­sti­tu­tif de la Fédéra­tion Anar­chiste du Japon est prévu pour le mois de septembre.

Une nou­velle vague de répres­sion est à prévoir après la libéra­tion des 5 cama­rades par l’Ar­mée Rouge[[Le 4 août 1975, 5 mem­bres de l’Ar­mée Rouge fai­saient 53 otages au con­sulat des U.S.A. à Kuala-Lumpur (cap­i­tale de la Malaysia), dont le con­sul améri­cain et le chargé d’af­faires sué­dois ; en échange, ils obt­in­rent la libéra­tion de 5 pris­on­niers au Japon, 2 autres ayant refusé de par­tir. (N.d.T.)]]. On pense que Sasa­ki n’avait jamais été mêlé à l’Ar­mée Rouge jusqu’à présent. Il a prob­a­ble­ment été libéré pour son savoir-faire en matière d’explosifs.Puisqu’il risquait la peine de mort, il n’y a rien d’é­ton­nant à ce qu’il ne se soit pas fait prier pour par­tir. Les 4 autres risquent la peine de mort, si les tri­bunaux con­fir­ment leurs peines.

Let­tre du Japon

(…) Le « Front Anti-Japon­ais d’Asie Ori­en­tale » n’a rien à voir avec l’Ar­mée Rouge, sinon d’avoir adop­té cer­taines de ses méth­odes. Le FAJAO est une organ­i­sa­tion dis­tincte, visant à dénon­cer le passé anti-pop­u­laire et les activ­ités présentes du monde des affaires japonais.

(…) Un des cama­rades de notre groupe est un ancien mem­bre de l’Ar­mée Rouge qui en sor­tit quand il ne put plus sup­port­er son autori­tarisme. L’Ar­mée Rouge a per­du plus de mem­bres à tra­vers les mas­sacres internes (les suites de l’in­ci­dent de Karviza­wa, début 1971) et les défec­tions qu’à tra­vers la répres­sion poli­cière. Un des pris­on­niers libérés après l’in­ci­dent de Kuala Lumpur était un anar­chiste, un mem­bre des 7 de Tokyo ; il a prob­a­ble­ment été libéré pour ses con­nais­sances en matière d’en­gins explosifs, pas à cause d’un côté cos­mopo­lite de l’Ar­mée Rouge. D’après mes infor­ma­tions il n’avait eu aucun rap­port avec eux jusqu’alors, et je pense qu’il a accep­té d’être libéré parce qu’il était men­acé d’as­sas­si­nat offi­ciel par le gou­verne­ment japon­ais. Deux cama­rades qui avaient fait par­tie de l’Ar­mée Rouge refusèrent, l’un d’en­tre eux déclarant qu’il reje­tait la façon éli­tiste de faire la révo­lu­tion de l’Ar­mée Rouge.

(…) Pour ce qui est de l’at­ti­tude des anar­chistes d’i­ci vis-à-vis de l’Ar­mée Rouge en général, on pour­rait dire qu’ils en font l’éloge pour avoir mon­tré les faib­less­es du gou­verne­ment japon­ais, et pour avoir « inter­na­tion­al­isé » les per­spec­tives révo­lu­tion­naires japon­ais­es. Quelles que soient leurs opin­ions sur la vio­lence, les anar­chistes du Japon ont for­mé un Comité de Sou­tien pour venir en aide à tous les pris­on­niers politiques.

Le procès des 7 de Tokyo est prévu pour le mois d’oc­to­bre. Il y a 4 nou­veaux chefs d’in­cul­pa­tion, ce qui en fait 16 en tout. Le pre­mier numéro pub­lié par le Comité de Sou­tien est paru. Il con­tient l’his­toire des agisse­ments passés des com­pag­nies visées par les bombes ; une chronolo­gie du mono­pole de la vio­lence anti-pop­u­laire aux mains du gou­verne­ment japon­ais, etc.

Portugal

« Le matin du 2 sep­tem­bre 1975, à 10 h 43, le con­sulat de l’É­tat Espag­nol à Por­to a été en par­tie détru­it par une charge explo­sive. Nous avons accom­pli cette action pour exprimer notre sol­i­dar­ité inter­na­tionale avec le peu­ple basque, et avec sa lutte pour la libéra­tion des cama­rades Gar­men­dia et Otaegui, con­damnés à mourir par le gar­rot. Tant que la lutte con­tre les fas­cistes en restera au niveau des mots, rien ne sera obtenu, et les révo­lu­tion­naires con­tin­ueront à être empris­on­nés et assassinés.

Cette action est notre pre­mier aver­tisse­ment ! Si nos cama­rades ne sont pas libérés, d’autres actions suiv­ront, et elles seront sans pitié. La police a été aver­tie 10 min­utes à l’a­vance, et le con­sulat 9 min­utes à l’a­vance. Les uns et les autres furent priés de faire évac­uer les bâti­ments et leurs envi­rons. Les jour­naux furent aver­tis 5 min­utes à l’a­vance. Le con­sulat porte la respon­s­abil­ité exclu­sive du fait que 4 per­son­nes ont été blessées. Ils avaient 9 min­utes pour évac­uer. Cette façon de procéder est car­ac­téris­tique de régimes dis­posés à laiss­er des gens aller à la mort, s’ils peu­vent s’en servir pour retourn­er l’opin­ion publique con­tre les révolutionnaires ».

Les Inter­na­tion­al­istes de Sol­i­dar­ité Révolutionnaire.