La Presse Anarchiste

Causeries (suite)

Il est hors de doute que les iné­gal­ités, les mon­stru­osités sociales ne peu­vent être attribuées
à la nature et qu’elles tien­nent unique­ment aux vices de notre état social. Ce n’est dont pas d’une
sélec­tion naturelle, mais d’une sélec­tion arti­fi­cielle que les faibles sont vic­times, et si ces
faibles voulaient seule­ment réa­gir, crisper les poings et mon­tr­er les dents, ils ne tarderaient pas
à dépouiller les forts, à leur faire ren­dre gorge de leurs vols accumulés.

— O —

Mais les faibles réagis­sent, les opprimés sont las de souf­frir et pré­par­ent silen­cieuse­ment le
grand coup qui fera éclater le vieux monde comme une vieille noix sèche. Et de ce cham­barde­ment que
sortira-t-il ?

Un pre­mier point hors et au-dessus de tout con­teste c’est évidem­ment que tous les moyens de
pro­duc­tions devront être mis à la dis­po­si­tion de tous et cess­er d’être le mono­pole de quelques-uns.
Il ne devra plus y avoir au développe­ment inté­gral des fac­ultés et à la sat­is­fac­tion com­plète des
besoins de cha­cun, d’autres obsta­cles que les impos­si­bil­ités naturelles, c’est-à-dire que l’humanité
n’aura pas su vaincre.

D’où cette con­séquence que tous les moyens de pro­duc­tion — édu­ca­tion, sci­ence, art, procédés
indus­triels, instru­ments de tra­vail, etc. — doivent être mis à la dis­po­si­tion de tous de telle sorte
que, cha­cun en ayant pris suiv­ant ses goûts, ses apti­tudes, ses besoins et sa puissance
d’assimilation, soit à même de vivre aus­si inten­sive­ment que pos­si­ble sans devoir d’hommage ni de
rede­vance à per­son­ne en par­ti­c­uli­er mais seule­ment à la col­lec­tiv­ité tout entière dont il est partie
inté­grante et active.

— O —

En résumé, il est prou­vé que ce sont moins des fatal­ités naturelles que des fatalités
sociales qui s’opposent à l’essor de l’humanité ; il faut donc déclar­er la guerre, et la mener
rude­ment, à ces fatal­ités conventionnelles.

Il nous reste main­tenant à dire à la foule des déshérités com­ment elle doit opér­er pour
assur­er l’avènement de la jus­tice sociale c’est ce que nous fer­ons en plusieurs autres
causeries.