La Presse Anarchiste

À la beauté

La rose de l’aurore,
Le midi éclatant,
Le ciel bleu que décore
Et l’oiseau et ses chants
Ont moins de nuances ten­dres que ton corps plein de sève
Ni de chan­sons pareilles au mur­mure de tes lèvres.

La grâce sou­ple et féline,
Qui orne tes mouvements,
Souligne ta taille si fine
Et si légère au vent !
Car ta marche, ô ma mie, est la divine cadence
D’un ser­pent sacré qui se roule et se balance.

Le soleil croit revivre
En tes blonds cheveux d’or
Dont le par­fum enivre
Ain­si qu’un vin trop fort,
Et tes grands yeux pro­fonds où l’âme met sa clarté
Sont les fleurs épanouies de ton cœur adoré.

Abri doux et paisible
Qui con­sole et repose
Du vaste monde hostile
Et du néant des choses
Sur tes genoux, veux-tu, laisse ma tête se poser
Et que tes pieds dans mes mains puis­sent demeurer.

Ain­si je veux, chérie
Avant que vienne le soir
Sus­pendre ici ma vie
Et me bercer d’espoir !

René Guil­lot (En cap­tiv­ité, févri­er 1945)