La Presse Anarchiste

Éditorial

Alors que tout — travaux et modes — se répète de plus en plus lass­able­ment autour de nous, nous sommes heureux d’an­non­cer une bonne nou­velle au lecteur d’Iztok : sa revue est en train de chang­er. Inau­guré pour la présen­ta­tion avec le numéro précé­dent, ce change­ment porte avec ce numéro 12 sur la péri­od­ic­ité édi­to­ri­ale. De toute évi­dence, le pas­sage à une paru­tion trimestrielle ne revêt pas un sim­ple aspect formel, il met en jeu de façon cru­ciale l’ex­is­tence même de la revue non seule­ment au niveau financier, mais aus­si pour tout ce qui con­cerne son sens et son fonc­tion­nement. En effet, à une charge rédac­tion­nelle accrue doit de sur­croît cor­re­spon­dre une amélio­ra­tion du con­tenu des textes et un élar­gisse­ment de nos objec­tifs cri­tiques. Quelques pas ont été faits dans ce sens les arti­cles sur l’Al­gérie et Cuba (prélude à des études à paraître sur d’autres pays irréelle­ment social­istes du « Tiers-Monde ») ne témoignent pas d’une sim­ple déci­sion d’ou­ver­ture géo­graphique, ils invi­tent, à l’aide de comptes ren­dus, de témoignages ou par le biais de l’«histoire lit­téraire », à dévoil­er les aspects les plus quo­ti­di­ens de l’op­pres­sion et de la lutte con­tre l’op­pres­sion ; et aus­si bien, un dossier comme Le Sur­réal­isme à l’Est visait à dépass­er le strict point de vue poli­tique et à faire émerg­er une cri­tique engageant la total­ité de la vie. Par­mi les thèmes à venir qui seront traités dans cette per­spec­tive, sig­nalons deux études actuelle­ment en chantier, l’une sur la destruc­tion de la ville et du paysage à l’Est et l’autre sur la liq­ui­da­tion inachevée de l’Is­lam en Union Soviétique.

D’autre part, l’abon­dance de matéri­aux nous a con­duit à met­tre sur pied une cir­cu­laire à paru­tion irrégulière, inti­t­ulée La Let­tre d’Iz­tok, que des impérat­ifs financiers ne nous per­me­t­tent d’en­voy­er que sur abon­nement. La pre­mière (octo­bre 1985) recen­sait toutes les édi­tions des oeu­vres de George Orwell cir­cu­lant en Europe de l’Est, la sec­onde (jan­vi­er 1986) était con­sti­tuée d’une inter­view de G.M. Tamás et L. Rajk faisant le point sur la pré­ten­due libéral­i­sa­tion de la loi élec­torale en Hongrie.

Vladimir Skvirski Ces six derniers mois, Iztok ne s’est pas borné à dévelop­per ses ambi­tions édi­to­ri­ales. En tant que col­lec­tif, il a pris une part active à la Journée con­tre l’En­fer­me­ment, inti­t­ulée « Défaite de l’Hu­man­ité », qui s’est tenue à Paris le 14 sep­tem­bre dernier à l’ini­tia­tive de nom­breuses organ­i­sa­tions lut­tant con­tre le total­i­tarisme à l’Est. Échanges de points de vue et con­tacts se sont ensuiv­is. Notons qu’une par­tie de l’ar­gent recueil­li à cette occa­sion per­mit aux organ­i­sa­tions par­tic­i­pantes d’en­voy­er un télé­gramme de sou­tien à notre com­pagnon Vladimir Skvirs­ki, fon­da­teur du sec­ond syn­di­cat indépen­dant d’URSS, actuelle­ment détenu au camp de Semi­palatin­sk, après cinq con­damna­tions suc­ces­sives depuis mai 1979.

Les camps ont beau fonc­tion­ner à plein et s’é­ten­dre, la révolte trou­ve tou­jours le moyen d’ex­primer ses défis. Ain­si nous venons d’ap­pren­dre l’ex­is­tence à Gdan­sk de Homek, « revue lib­er­taire pour la jeunesse », qui a plusieurs années d’ex­is­tence et qui en serait à son tren­tième numéro. Nous don­nons de larges extraits des textes qui ont pu nous par­venir à titre de doc­u­ments. Cette infor­ma­tion, con­fir­mant d’autres indices, mon­tre que les ten­dances lib­er­taires qu’août 80 avait dévoilées ren­con­trent un écho élar­gi. Il ne peut en être autrement dans un pays où la sub­ver­sion ouvrière a déjà poussé si loin ses attaques que l’ex­péri­ence de la défaite con­duira de plus en plus à une rad­i­cal­i­sa­tion des con­sciences, notam­ment con­tre l’al­ié­na­tion religieuse.

Iztok

NOTA BENE
Comme annon­cé dans l’édi­to­r­i­al du numéro 11, le numéro de juin se présen­tera sous la forme d’une brochure pou­vant être dif­fusée toute l’an­née, ceci pour pal­li­er les dif­fi­cultés de dif­fu­sion tra­di­tion­nelles à la veille des vacances d’été. Il sera con­sti­tué essen­tielle­ment d’un dossier sur Cuba, com­por­tant un arti­cle his­torique sur l’a­n­ar­chisme cubain provenant de matéri­aux inédits traduits de l’es­pag­nol et le dernier volet de l’é­tude de C. Tosta­do sur la lit­téra­ture à Cuba.

Chronique d’une société clandestine

« L’En­tente Sol­i­dar­ité Com­bat­tante est un mou­ve­ment poli­tique ouvert. Son but est de con­stru­ire une République Sol­idaire. Nous voulons un gou­verne­ment démoc­ra­tique, une économie auto­gérée et des rela­tions sociales qui pro­tè­gent l’in­di­vidu de l’ex­ploita­tion économique et de l’im­puis­sance poli­tique. […] Le principe du rôle dirigeant du POUP con­siste en fait en une dic­tature des laquais de Moscou et n’a rien à voir avec la démoc­ra­tie socialiste. […]

Trompés depuis trente-huit ans, nous ne croyons plus à l’en­tente avec ce pou­voir, ni à la pos­si­bil­ité de réformer ce sys­tème. Nous voulons en chang­er et priv­er ce pou­voir de pou­voir. […] Nous esti­mons que la guerre d’escar­mouch­es doit être menée à tous les niveaux et par tous les moyens. […] « Les seize mois de Sol­i­daność après la révo­lu­tion paci­fique d’Août furent une ten­ta­tive de con­struc­tion d’un nou­v­el ordre social. Le 13 décem­bre n’a pas anéan­ti cette ten­ta­tive, mais a seule­ment démon­tré que cela ne serait pas facile. […]

Nous ne lut­tons pas unique­ment pour l’indépen­dance des syn­di­cats, ni même pour l’indépen­dance de la Pologne, nous lut­tons pour la sol­i­dar­ité des hommes et des nations. Le monde nous regarde. La sol­i­dar­ité est notre rai­son d’être et la vic­toire sera à nous.

Sol­i­dar­ité Com­bat­tante a été créée en juin 1982. Sa presse, dif­fusée à plusieurs dizaines de mil­liers d’ex­em­plaires, se fait l’é­cho des gestes du refus man­i­fes­ta­tions et com­bats de rue, grèves, témoignages sur la vie quo­ti­di­enne, dis­cus­sions sur le passé et l’avenir, blagues poli­tiques. Elle mon­tre la richesse sub­ver­sive d’une société clan­des­tine que la répres­sion et l’isole­ment n’ont pu « nor­malis­er » et qui ne se laisse pas réduire, comme on l’a fait trop sou­vent ici, à un sim­ple phénomène anti­to­tal­i­taire, nation­al ou religieux.

Ces doc­u­ments, pour la plu­part inédits en français, sont précédés d’un entre­tien avec plusieurs mem­bres de Sol­i­dar­ité Combattante.