La Presse Anarchiste

Revue des livres

[|Le Social­isme et la Sci­ence sociale, par G. Richard. — vol. in-18 de 200 pages, 3 fr. 50. — Paris, Félix Alcan, éditeur.|] 

M. Gas­ton Richard, agrégé de philoso­phie, doc­teur ès-let­tres, à fait paraître sous le titre Le Social­isme et la Sci­ence sociale un vol­ume qui fait par­tie de la Bib­lio­thèque de Philoso­phie con­tem­po­raine ; il le présente au pub­lic comme une œuvre de pur exa­m­en et il assure que ce n’est point un pam­phlet dirigé con­tre le socialisme. 

Nous recon­nais­sons qu’il n’a point don­né à son livre cette allure de polémique haineuse à laque­lle la plu­part des écon­o­mistes ortho­dox­es nous ont habitués. Nous pen­sons même qu’il a voulu être impar­tial, mais il est évi­dent qu’il n’a pas réus­si, car il n’a pas su se dépouiller de ses préjugés de classe. Il est fâcheux qu’il ne se soit pas pénétré de l’e­sprit du Dis­cours de la méth­ode avant d’abor­der son sujet. 

Nous sommes bien con­va­in­cu que dans le monde de la féo­dal­ité cap­i­tal­iste, on n’a point ces préjugés-là et qu’on sait par­faite­ment à quoi s’en tenir sur les prob­lèmes soci­aux dont le social­isme con­tem­po­rain cherche la solu­tion pra­tique ; aus­si doit-on sourire dans ce milieu des naïvetés économiques de M. Richard. 

Il con­sid­ère le social­isme comme un état d’e­sprit con­fus qu’il importe d’élu­cider ; il taxe d’ex­agéra­tion les théories des Proud­hon, des Marx et des Engels ; il con­teste les âpres vérités que les penseurs social­istes met­tent au jour ; il ignore l’ex­ploita­tion de la classe laborieuse qui a changé sa con­di­tion d’esclave, puis de serve, pour celle de salariée, sans amélio­ra­tion bien sérieuse pour elle. 

Il se sert des ren­seigne­ments pub­liés par l’Of­fice du Tra­vail ; il pré­conise le mutu­al­isme, la coopéra­tion et même le groupe­ment syn­di­cal, — pourvu qu’il ne fasse pas trop de grèves — puis il con­clut en déclarant que le libéral­isme pos­sède la panacée uni­verselle qui atténuera la con­cur­rence, fondera la sol­i­dar­ité sociale tout en lais­sant aux hommes leur respon­s­abil­ité individuelle. 

Il célèbre, naturelle­ment, la grande quan­tité d’é­pargnistes qui par­ticipent à la pro­priété cap­i­tal­iste comme actionnaires. 

Il ne sem­ble pas se douter que les Sociétés de sec­ours mutuels, les coopéra­tives, les syn­di­cats ouvri­ers, les unions et les fédéra­tions de métiers sont des embryons de social­isme ; que, par suite, l’hu­man­ité s’est engagée sur la route du social­isme et que ces formes timides de garan­tisme social dis­paraîtront pour faire place à des ten­ta­tives plus hardies au fur et à mesure que se dévelop­pera le régime cap­i­tal­iste, autrement dit le col­lec­tivisme cap­i­tal­iste, con­tre lequel la classe laborieuse doit se défendre, 

M. Richard ne voit pas le pro­lé­tari­at sans feu ni lieu pour lequel les Social­istes revendiquent le droit à l’ex­is­tence ; il nous apprend que par­mi les habi­tants de la cam­pagne, 56 % sont pro­prié­taires, 30,09 % fer­miers, colons ou métay­ers, 13,91 % vignerons, bûcherons ou jar­diniers, autrement dit qu’il n’y a pas de jour­naliers ; 2° qu’il y a 5,534,145 patrons con­tre 799,647 employés et 6,935,723 ouvri­ers dans le com­merce et l’in­dus­trie ; 3° que 64 % des paysans sont pro­prié­taires de la mai­son qu’ils habitent et que d’une façon générale 56 % des français sont dans les mêmes con­di­tions. Ces chiffres extrême­ment ros­es sont offi­ciels et ne sont pas même con­testés par les Social­istes, suiv­ant lui. 

On peut se deman­der si ceux-ci ont bien les moyens d’en pro­duire de nou­veaux pour con­tester ceux du min­istère du com­merce ; ont-ils déclaré, d’ailleurs, qu’ils étaient incon­testa­bles ? Nous savons com­ment les sta­tis­tiques rel­a­tives aux syn­di­cats ouvri­ers se font et, par suite, nous ne pou­vons les con­sid­ér­er que comme des fan­taisies arrangées pour les besoins de la cause des mod­ernes Pangloss. 

M. Richard ter­mine son livre par une fan­fare en l’hon­neur du libéral­isme. Celui qu’il pré­conise est aimable, puisqu’il ne borne pas la mis­sion de l’É­tat à faire le Gen­darme ; il veut, au con­traire, que l’É­tat assure au Pro­lé­tari­at — il existe donc — non seule­ment la lib­erté, mais l’aide, le con­cours résumé dans l’idée d’é­d­u­ca­tion.

C’est fort bien ! Mais les mal­heureux pris par le chô­mage, mais les ouvri­ers qui, à par­tir de 40 ans, se voient fer­mer la porte des chantiers, des ate­liers et des usines comme trop vieux, mais les laboureurs oblig­és de quit­ter leur com­mune avec leurs familles après avoir mangé leurs derniers sous, mais les petits com­merçants ruinés, mais les jeunes gens qui ne peu­vent trou­ver un gagne-pain mal­gré leurs diplômes, mais les mil­liers de mal­heureux qui tombent en route dans les fon­drières de notre société implaca­ble ou qui assiè­gent les portes des maisons de men­dic­ité et des work­hous­es religieuses pour leur pain et leur gîte !

M. Richard veut bien dis­cuter avec le social­isme et ne pas le con­sid­ér­er comme un mon­stre altéré de sang ; il nous accorde que notre doc­trine est une erreur sincère­ment pro­fessée, mais issue fatale­ment de l’é­tat impar­fait de nos con­nais­sances soci­ologiques et qu’elle cédera à une cri­tique impar­tiale.

On n’est pas plus bien­veil­lant ! Ain­si, les écon­o­mistes et les philosophes social­istes sont des igno­rants ; quant à lui, M. Richard, il est infail­li­ble comme le Pape. Nous avions pen­sé qu’un Engels, par exem­ple, devait avoir une com­pé­tence en matière de choses indus­trielles et économiques, qu’un pro­fesseur ne pou­vait attein­dre ; nous nous étions imag­iné que le Pro­fes­so­rat était con­traire à la com­préhen­sion des choses pra­tiques ; mais, évidem­ment, nous nous étions trompés ; désor­mais les doc­teurs ès-let­tres auront, seuls, qual­ité pour tranch­er les ques­tions d’é­conomie sociale et les astro­logues ne tomberont plus dans les puits. 

M. Richard con­clut en dis­ant que le libéral­isme nous don­nera, avec la sol­i­dar­ité sociale, la respon­s­abil­ité indi­vidu­elle, tan­dis que le social­isme ne serait que l’op­pres­sion de l’É­tat et l’ir­re­spon­s­abil­ité collective. 

Nous dénions absol­u­ment que le social­isme sup­prime la respon­s­abil­ité humaine, mais ce que nous con­sta­tons dans notre société, c’est que les class­es priv­ilégiées jouis­sent de tous ces avan­tages sans assumer la moin­dre responsabilité. 

Il fau­dra bien des livres comme celui de M. Richard pour faire dis­paraître le socialisme ! 

[/Ch. Brunelière./]

[|L’Homme de Génie, par Césare Lom­broso. — 2° édi­tion française. — Tra­duc­tion de MM. F. Colon­na d’Is­tria et Calderi­ni. — Pré­face de M. Ch. Richet. — vol­ume in‑8 de xxxi-582 pages. — 15 planch­es. — Paris 1896. — G. Car­ré, éditeur.|] 

Cet ouvrage fait par­tie de la bib­lio­thèque d’An­thro­polo­gie et de Soci­olo­gie qu’édite la mai­son Car­ré et Naud. Il est traduit sur la six­ième édi­tion ital­i­enne. Il présente les mêmes défauts que la pre­mière édi­tion française et que les pre­mières édi­tions ital­i­ennes. M. Lom­broso n’a pas recon­nu le bien fondé des cri­tiques faites et il main­tient ses asser­tions risquées. Qua­tre par­ties dans ce gros vol­ume : la pre­mière, phys­i­olo­gie et patholo­gie du génie ; la deux­ième, éti­olo­gie du génie ; la troisième, le génie dans les fous ; la qua­trième, syn­thèse, la psy­chose dégenéra­trice (épilep­toïde) du génie. Un index alphabé­tique assez exact, aide à con­sul­ter l’ou­vrage. Imprimé en Ital­ie, il y a de fréquentes fautes typographiques et la langue n’est pas tou­jours très pure. 

Dans ce vol­ume de Lom­broso, on retrou­ve les mêmes qual­ités et les mêmes défauts qui sont dans toutes les œuvres du Maître ital­ien, dans L”Homme crim­inel, dans Le Crime poli­tique, etc. Il sem­blerait que M. Lom­broso est dépourvu de sens critique. 

En effet, les faits qu’il cite ne sont jamais exam­inés avec soin par lui. Il ne les analyse que super­fi­cielle­ment, si tant est qu’il le fait. Il se tient aux ren­seigne­ments de deux­ième, troisième et qua­trième main ; ne va pas aux sources et accepte bénév­ole­ment quan­tités de faits qui devraient être dis­cutés tou­jours, et sou­ventes fois rejetés. Il accueille tout ce qui tend à démon­tr­er l’idée à pri­or­is­tique qu’il pos­sède. Il suf­fit que cela con­firme sa con­cep­tion hypothé­tique pour qu’il le note sans véri­fi­er son exac­ti­tude. Lom­broso est à ce sujet si sub­jec­tif, si imbu de son hypothèse, qu’il écrit : « Il est cer­tain qu’il y a eu des génies présen­tant le com­plet équili­bre des fac­ultés intel­lectuelles, mais ils offraient alors des défauts dans l’af­fec­tiv­ité, dans le sen­ti­ment ; per­son­ne ne s’en aperce­vait, ou plutôt, per­son­ne ne l’en­reg­is­traitvoilà tout. » C’est là un procédé très sim­ple, mais pas très sci­en­tifique ! On n’ob­serve pas une chose et on affirme son exis­tence ! ! Notons que même rationnelle­ment, on ne peut affirmer l’ex­is­tence de ces défauts d’af­fec­tiv­ité ou de sentiment. 

M. Ch. Richet estime que la thèse de M. Lom­broso est tout à fait démon­trée par le détail des faits nom­breux qu’il cite. Réelle­ment, les faits sont très nom­breux. Ils se pressent, s’ac­cu­mu­lent, se suiv­ent un peu sans ordre, touf­fus, dif­fus. À une lec­ture rapi­de, ils sem­blent démon­strat­ifs. Mais si l’on réflé­chit, on con­state que tels qui parais­saient probants, ne le sont pas du tout ; que tels autres auraient besoin d’être eux-mêmes prou­vés. Le lecteur est un peu étour­di par la masse de faits entassés par Lom­broso. On suc­combe sous leur poids. On lit vite, car l’ou­vrage est entraî­nant et intéres­sant et on ne perçoit pas les erreurs d’in­ter­pré­ta­tions, la faib­lesse de cer­taines déduc­tions, le peu de solid­ité de cer­tains argu­ments, l’ab­sence d’indi­ca­tions des sources pour véri­fi­er les faits. Pour nous, l’ou­vrage de Lom­broso ne prou­ve pas la nature épilep­toïde du génie. Certes nous ne nions pas qu’il y ait eu des génies fous, des génies épilep­tiques, des génies plus ou moins aber­rants, mais nous pen­sons qu’il y a des génies sains. Lom­broso le recon­naît. Rien d’ex­péri­men­tal ou d’ob­servé ne l’au­torise à affirmer sci­em­ment que ces génies sains avaient des failles dans l’af­fec­tiv­ité, le sen­ti­ment. Il le fait gra­tu­ite­ment pour con­firmer sim­ple­ment sa manière de voir. On pour­rait aus­si reprocher à Lom­broso d’é­tay­er sa thèse sur une foule de gens qu’il classe comme génies et qui sont d’il­lus­tres incon­nus, même par­mi les éru­dits. Il est rationelle­ment cer­tain que les influ­ences cos­miques, sociales, hérédi­taires, agis­sent sur les indi­vidus et sont les fac­teurs du génie. Les cli­mats, les pays de plaines, de collines, de plateaux, de hautes mon­tagnes, de val­lées, les marécages, les com­po­si­tions du sol, la race, le sexe, l’ances­tral­ité, les mal­adies, la pro­fes­sion, l’é­d­u­ca­tion, l’in­struc­tion, les milieux politi­co-social et famil­ial, etc., sont sans nul doute des caus­es géni­tri­ces dans le génie. Lom­broso a rai­son de les rechercher, mais les déduc­tions qu’il tire déjà sont un peu aven­turées, pré­maturées. Aucunes, par exem­ple, celles rel­a­tives à la race, sont en con­tra­dic­tion avec l’opin­ion beau­coup plus forte­ment motivée de cer­tains savants, de Tylor entre autres. 

Les œuvres de Lom­broso sur la crim­i­nolo­gie, comme son livre sur l’Homme de Génie, auront eu cet inap­pré­cia­ble valeur de remuer une masse con­sid­érable d’idées, de les expos­er d’une façon intéres­sante, d’in­viter les sci­en­tistes à les étudi­er, à les élu­cider. Lom­broso est un remueur d’idées, mais sans méth­ode, sans esprit cri­tique. Il a été exces­sive­ment utile à la sci­ence, car il a appelé l’at­ten­tion de tous sur des études importantes. 

À cause de cela, on ne lui reprochera point trop sa hâte de pub­li­er des ouvrages sans bien élu­cider tous les faits qu’il apporte à l’ap­pui de sa thèse. Quoi qu’il en soit, l’Homme de Génie vaut d’être lu. Il ren­ferme tant d’idées vraies.

[|Mémoires du général comte de Saint-Chamans, 1802–1832. — Vol­ume in‑8 de 542 pages. Avec une héli­ogravure, por­trait de l’au­teur. — Paris 1896. — 7 fr. 50 Plon, Nour­rit et Cie, éditeurs.|]

Ces mémoires, comme Une famille vendéenne pen­dant la Grande Guerre, dont nous avons par­lé dans l’Human­ité Nou­velle, font par­tie de la mag­nifique col­lec­tion des mémoires his­toriques que pub­lie la mai­son Pion. Le comte de Saint-Chamans fut aide de camp du Maréchal Soult, Il fut mêlé au monde mil­i­taire de l’Em­pire, de la Restau­ra­tion, des Cent jours et de la sec­onde Restau­ra­tion. Il fut spec­ta­teur et acteur. Il sut voir, il sut not­er. Il fut sol­dat de 1801 à 1831, et parvint au grade de général, et il com­man­da devant l’en­ne­mi. Il con­naît très bien l’é­tat mil­i­taire, aus­si son opin­ion vaut-elle qu’on la relate ici : « l’é­tat mil­i­taire est le plus mal­heureux que puisse choisir un homme, par les dégoûts, les injus­tices, les souf­frances, les pri­va­tions et les dan­gers dont on y est jour­nelle­ment acca­blé » (p. 17). Il y a des nota­tions bien sug­ges­tives. Ain­si M. de Saint-Chamans nous apprend que Soult aimait beau­coup être à l’abri du dan­ger et que ce défaut était com­mun à beau­coup d’of­ficiers généraux qui dans les grades inférieurs n’avaient pas regardé à se faire tuer. La for­tune est la cause de cela, selon notre auteur (p. 35). Les effets de la guerre ne sont pas celés. On voit les sol­dats vail­lants lutin­er vio­lem­ment les jeunes femmes dans les villes pris­es d’as­saut (p. 44 et 171). Les sol­dats, les officiers, les four­nisseurs vol­er à qui mieux mieux (p. 149, 213, 437, etc.). Ailleurs (p. 65), le général auteur nous apprend que les par­lemen­taires sont tou­jours des espi­ons à l’abri des lois, comme les ambas­sadeurs. Et cette obser­va­tion prou­ve que notre auteur n’est pas dépourvu d’e­sprit philosophique. Ne cite-t-il pas aus­si divers­es anec­dotes qui indiquent pour les hommes poli­tiques une moral­ité très fruste (p. 87) ? Des pas­sages fort intéres­sants sont ceux relat­ifs à l’in­sur­rec­tion de 1830. Il y a là des pages sèch­es, véri­ta­bles rap­ports, qui méri­tent d’être méditées. M. de Saint-Chamans com­mandait une colonne qui eut ordre de se promen­er dans tout Paris lors des fameuses journées. L’au­teur narre une anec­dote mon­trant que la mis­ère fut la cause prin­ci­pale du soulève­ment du peu­ple et il estime que s’il avait eu de l’ar­gent à dis­tribuer au peu­ple, il n’y aurait pas eu de révo­lu­tion. Il con­state aus­si que l’in­fan­terie refusa de tir­er sur le peu­ple révolté. 

On lira cer­taine­ment avec grand plaisir les ren­seigne­ments, anec­dotes, détails intimes et nou­veaux, sou­venirs inédits que les Mémoires de M. de Saint-Chamans nous don­nent sur la Cour, la ville, l’ar­mée, la guerre, les sou­verains français et étrangers, etc., pen­dant les trente pre­mières années du siè­cle. Nous devons sig­naler aux édi­teurs divers­es notes mal mis­es, notam­ment page 7. 

L’ou­vrage se ter­mine par une bonne table alphabé­tique des noms cités. 

[|L’an­née sci­en­tifique et indus­trielle (1896) par Émile Gau­ti­er. — Vol­ume in-18 de xi-531 pages. — 75 fig­ures et por­traits. — Paris, 1897. — 3fr. 50. — Hachette, éditeur.|] 

On aime naturelle­ment à se tenir au courant des pro­grès réal­isés chaque année dans les sci­ences et dans l’in­dus­trie. M. Louis Figu­ier avait com­pris ce désir, ce besoin même, et en 1856, il fondait l’Année sci­en­tifique qu’il con­tin­ua jusqu’à sa mort. M. Émile Gau­ti­er lui a suc­cédé. Le vol­ume qu’il con­sacre à l’an­née 1896 est bien. Il est suff­isam­ment com­plet et sa lec­ture est aisée. Le recueil com­mence par la Cos­molo­gie (Astronomie et Météorolo­gie) ; puis c’est la physique avec de nom­breuses pages con­sacrées aux rayons X ; ensuite la chimie, l’his­toire naturelle, les sci­ences biologiques (phys­i­olo­gie, médecine, hygiène), l’a­gri­cul­ture, les arts indus­triels, les travaux publics, la marine, la géo­gra­phie. Une cinquan­taine de pages sont con­sacrées aux Académies et Sociétés savantes de France, et cela nous sem­ble inutile, car la matière dont il y est par­lé peut ren­tr­er sous d’autres rubriques. Il n’est nulle­ment intéres­sant de savoir les noms des lau­réats des Académies. Sous le titre de « var­iétés », env­i­ron vingt pages sont con­sacrées à des choses intéres­santes et qui ne pou­vaient se class­er. Une nécrolo­gie inter­na­tionale ter­mine le livre de M. Gau­ti­er. Peut-être cette nécrolo­gie n’est-elle pas assez com­plète. En somme, un bon livre, utile et qu’on lira. 

[|De l’o­nanisme chez la femme, par le Dr Pouil­let. — vol­ume in-18 de 216 pages. — 3 fr. 50. — Paris 1897. — Vig­ot, éditeur.|] 

Il existe un très grand nom­bre de traités sur l’o­nanisme chez l’homme, mais il n’ex­iste que fort peu d’ou­vrages sur l’o­nanisme féminin. Le sujet valait qu’on le traitât sci­en­tifique­ment. C’est ce qu’a fait avec la plus grande com­pé­tence le doc­teur Pouil­let. Voici le plan qu’il a suivi au cours de son étude : Déf­i­ni­tion de l’o­nanisme, orig­ine, his­torique som­maire ; formes ; caus­es ; signes ; con­séquences locales et générales ; traite­ment ; conclusion. 

Nous n’avons aucune cri­tique à faire à ce petit manuel que les mères devraient lire pour savoir veiller sur leurs filles, que les maris et les amants devraient méditer pour ne pas met­tre en dan­ger la san­té et même la vie de leurs com­pagnes ; que les femmes qui se mas­turbent devraient étudi­er pour échap­per aux acci­dents locaux et généraux qui sont la con­séquence fatale de l’onanisme. 

[|Hyp­no­tisme, Reli­gions, par le Dr Félix Reg­nault. — Vol­ume in-18 de viii-317 pages, avec 53 dessins de A. Col­lom­bar. — 3 fr. 50. — Paris 1897. — Schle­ich­er frères, éditeurs.|] 

L’ou­vrage du Dr Reg­nault est précédé d’une courte mais sub­stantielle pré­face de M. Camille Saint-Saëns. Le livre a 21 chapitres et un appen­dice con­sacré aux Béguins de la val­lée du Gier et aux masques. 

Les reli­gions ont eu pour pre­mier mobile la recherche de la vérité, le désir de savoir, de con­naître et l’im­puis­sance d’ex­pli­quer. L’homme a imag­iné les Dieux plus ou moins à son image. Car nous ne pou­vons pas imag­in­er ce que nos sens ne nous ont pas appris. L’imag­i­na­tion n’est qu’une série d’as­so­ci­a­tions de sou­venirs. La sor­cel­lerie naquit pour se défendre des mau­vais esprits, et le culte fut calqué sur la vie pop­u­laire. Le doc­teur Reguault trou­ve que la prière et le culte ont sociale­ment une action sug­ges­tive utile. 

Cela est vrai, mais il est aus­si vrai que sociale­ment ces prières et ce culte ont eu aus­si une action nuis­i­ble. M. Reg­nault ne le dit point ; peut-être ne l’a-t-il pas vu. Certes la société peut tir­er prof­it de croy­ances erronées et c’est le cas pour la reli­gion, mais la société aurait peut-être eu plus de prof­it si ces croy­ances erronées n’avaient pas eu cours. Quoiqu’il en soit, il faut avec l’au­teur recon­naître que les croy­ances et les pra­tiques religieuses ont joué dans la société un rôle immense. L’hys­térie religieuse est de toutes les reli­gions et de tous les temps ; on le voit à la lec­ture de l’ou­vrage du doc­teur Reg­nault ; on en a des preuves nom­breuses dans l’Écho du Mer­veilleux que pub­lie M. Gas­ton Méry et dans les inci­dents fréquents exta­tiques de Tilly-sur-Œuvres, qui se passent actuelle­ment. Divers chapitres sont con­sacrés au juif erran­tisme, à la léthargie, à la vénéra­tion des fous et des per­son­nages hys­tériques, aux sor­ciers, à la pos­ses­sion démo­ni­aque, aux incubes, aux hys­tériques, fon­da­teurs de reli­gions, aux mar­tyrs anesthésiés, à la sug­ges­tion réal­isant les prophéties, à l’hyp­no­tisme et aux mir­a­cles anciens qui sont vrais, aux mir­a­cles con­tem­po­rains et aux pèleri­nages, etc. Le doc­teur Reg­nault étudie le rôle de la sug­ges­tion religieuse dans la guerre et il le juge exces­sive­ment impor­tant, plus même qu’il ne nous paraît l’être en réal­ité. La sug­ges­tion selon lui l’emporte sur la qual­ité des armes, sur le nom­bre, sur l’ha­bileté stratégique. Le fac­teur moral est tout (p. 216) ! Et l’au­teur, aban­don­nant la sci­ence abstraite pour la sci­ence appliquée, réclame des officiers vigoureux, rom­pus aux exer­ci­ces physiques, à la parole hardie, au geste décidé ; de belles brutes en un mot pour la guerre, l’u­tile guerre, car c’est là un idéal pour l’au­teur. Il écrit : « De nos jours, la foi religieuse s’est en par­tie per­due chez nous. Mais beau­coup croient encore et fer­me­ment. Il appar­tient aux dirigeants de ne pas laiss­er per­dre ce fac­teur pré­cieux du courage. Ne mêlez pas les provin­ci­aux cré­d­ules avec les scep­tiques des villes. Ces dernier fer­ont grand mal en riant de l’a­mulette que porte le paysan et qu’il croit pro­tec­trice. Aux croy­ants, il faut des aumôniers pleins de zèle, des pra­tiques religieuses fréquentes et hon­orées par tous les chefs. » (p.190,191). M. le doc­teur, Reg­nault aurait dû ajouter : il faut per­pétuer les erreurs, entretenir des con­cep­tions fauss­es dans l’e­sprit de la masse pour que cette masse tra­vaille et meure pour les dirigeants. Cette con­clu­sion inévitable de l’opin­ion de l’au­teur est bru­tale, mais elle est lumineuse et M. Reg­nault aurait eu rai­son de l’écrire. On eût été au moins aver­ti que la fin de ses études était non pas le mieux-être des humains en général et l’ex­pan­sion de la vérité, mais la con­tin­u­a­tion de l’er­reur pour le bien-être d’une minorité. 

L’au­teur affirme que « croire est une néces­sité sociale : une foi com­mune peut seule unir les hommes en société. » Il faut donc une reli­gion, non pas celle d’au­jour­d’hui, car l’an­tin­o­mie entre la sci­ence et elle est com­plète. Quelle sera cette reli­gion ? L’au­teur le laisse entrevoir en dis­ant « qu’au lieu de com­bat­tre la vérité, la foi doit s’éd­i­fi­er avec ses matéri­aux. » Cette reli­gion là, nous en voulons bien, mais sous son cou­vert nous ne voulons pas qu’on con­tin­ue l’er­reur en per­pé­tu­ant des con­cep­tions fauss­es chez cer­tains, sous pré­texte que la vérité leur serait nuis­i­ble. Oui, les reli­gions ont eu leur util­ité, mais elles ont eu leur nui­sance et il serait peut-être dif­fi­cile d’établir un exact bilan et de prou­ver qu’elles furent plus utiles que nuis­i­bles. On peut s’élever con­tre l’idée de l’au­teur qui affirme que l’homme a besoin d’autre chose que la vérité : l’en­t­hou­si­asme. Mais l’en­t­hou­si­asme peut très bien exis­ter con­join­te­ment avec la seule recherche de la vérité. On peut fort bien se sac­ri­fi­er pour la vérité. Elle peut dévelop­per l’e­sprit de sol­i­dar­ité. Tout cela dépend de l’é­d­u­ca­tion, des mœurs, et la foi irraison­née, absurde, n’est pas néces­saire pour avoir des sociétés solides, puis­santes, robustes et vivaces. 

[|Index bib­li­ographique|]

Le Monde où l’on imprime, par L. Muhlfeld, vol­ume de cri­tique lit­téraire, « regards sur quelques let­trés et divers illet­trés con­tem­po­rains » ; in-18 ; 3 f r. 50 ; Per­rin, édi­teur. — Un pays de céli­bataires et de fils uniques, par Roger Debury, vol­ume con­tre la dépop­u­la­tion, beau­coup d’emphase et rien de pro­fond ; in-18 ; 3 fr. 50 ; Den­tu, édi­teur. — Con­tre et pour le néo malthu­sian­isme, par P. Robin, brochure intéres­sante, sérieuse ; in‑8°; Stock, édi­teur. — Phy­s­ionomie de saints, par Ernest Hel­lo, vol­ume remar­quable par la beauté du style et le vide du fond ; in-18 ; 3 fr. 50 ; Per­rin, édi­teur. — L’in­di­vidu et le com­mu­nisme, bonne brochure de pro­pa­gande com­mu­niste ; in-18 ; 0 fr. 15 ; Temps Nou­veaux, édi­teur. — L’Art et la Société, par Charles-Albert, brochure de pro­pa­gande ; in-18 ; 0 f r. 16 ; Art social, édi­teur ; — L’En-Dehors, par Zo d’Axa, recueil d’ar­ti­cles pub­liés en 1892 dans son jour­nal L’En-Dehors ; cela n’a pas vieil­li et se lit avec joie ; vol­ume in-18 ; 1 fr’. ; Chamuel, édi­teur. — Le prob­lème social, par Louis Ulbi­no, vol­ume sans valeur his­torique et cri­tique ; in 18 ; 3 fr. ; F. Alcan, édi­teur ; — Béranger et la légende napoléoni­enne, par Jules Gar­sou, brochure in‑8 de 47 pages ; étude un peu sèche, pas assez cri­tique, qui fera par­tie d’un ensem­ble de travaux sur l’in­flu­ence de la lit­téra­ture sur la légende Napoléoni­enne ; 1 fr. ; P. Weis­senbruch, édi­teur. Brux­elles. — Affaire de la rue Tav­ernier, stran­gu­la­tion par les mains ou suf­fo­ca­tion, par A. Lacas­sagne ; brochure in‑8 de 34 pages ; rap­port médi­co-légal très pré­cis et intéres­sant spé­ciale­ment les légistes ; Stor­ck, édi­teur, à Lyon ; Mas­son, édi­teur, à Paris. — Loisirs for­cés, Aven­tures et pen­sées d’un pris­on­nier, par Fritz Fried­mann ; vol­ume in-18 ; pas bien intéres­sant cet ouvrage, mais il faut toute­fois sig­naler quelques pages épars­es où l’on peut puis­er des notes sur les pris­ons, les policiers, les mag­is­trats ; 3fr. 50 ; P. Ollen­dorf, édi­teur. — Doc­trine de l’Hu­man­ité, Pierre Ler­oux, brochure in‑8, pub­liée par le fils de de ce penseur, recueil d’opin­ions récentes sur ce génie, auquel on va élever une statue. 

[/A. Hamon./]