La Presse Anarchiste

Notre encadré : Zollinger

Voici donc M. Zollinger en passe, en tout cas pour le temps d’une semaine, peut-être pour davan­tage, d’é­clipser à la « une », Jacques Anquetil ou Brigitte Bardot.

Des gazetiers vont même jusqu’à dire qu’il tiendrait dans ses mains le sort de l’État.

Il n’est pas le pre­mier juge d’in­struc­tion qu’on flat­te pareille­ment. Sans con­vic­tion. Unique­ment parce que les gens qu’on pense en cause ne sont pas des amis. Autrement, on ferait jouer tous les ressorts secrets qu’on a ou qu’on se chercherait dans l’État ou dans la « société » pour ralen­tir son zèle.

Ce ne serait plus un jus­tici­er, mais un petit intri­g­ant atten­tif à se pouss­er à la faveur de dis­cordes civiles.

Enfin, pour l’in­stant, il paraît tenir le bon bout, mais invit­era-t-il à com­paroir ou « décern­era-t-il » con­tre les grands de l’État, qu’il a, nous dit-on, à sa discrétion !

Rien n’est moins sûr. D’autres avant lui jurèrent quelque­fois de vider l’abcès et qui ne vidèrent finale­ment que leur « délibéré », comme on dit dans le jar­gon de la maison.

On a déjà par­lé ici de Bertu­lus, juge du temps de l’Af­faire Drey­fus et qui grim­pa au faîte de la hiérar­chie sur un coup d’au­dace : la pre­science de la cul­pa­bil­ité du colonel Hen­ry, sur quoi il pous­sa hardi­ment ses avantages.

Carte qu’il avait jouée aus­si sûre­ment qu’il eût joué la con­traire, si elle se fût offerte aus­si vraisemblable.

Pré­cisé­ment ce Bertu­lus était un joueur. Et c’est même cela que les antidrey­fusards lui reprochèrent avec le plus d’acharne­ment, cette pas­sion du tapis vert, secret prob­a­ble­ment de son attitude.

Mais voilà : il n’y a pas apparence que M. Zollinger, plutôt de mine jan­séniste, fréquente les tripots.