La Presse Anarchiste

Les communes enrichies

Les con­séquences de la guerre pèsent lour­de­ment sur le bud­get de la plu­part des com­munes de France. Paris en sait quelque chose, puisque le rap­por­teur général de ses finances éval­u­ait, dès le lende­main de l’armistice, le déficit annuel à 200 mil­lions en bloc.

Cepen­dant, il est des com­munes qui ont con­nu cette chance para­doxale de béné­fici­er de la guerre. Ce sont celles qui jouis­saient d’un domaine foresti­er impor­tant, issu du partage, assez iné­gal, des biens nationaux.

Le bois, en effet, est un des pro­duits agri­coles qui ont subi, depuis 1914, les majo­ra­tions les plus con­sid­érables. N’a‑t-on pas ven­du, dernière­ment, une sim­ple bille de bois 9.000 francs ?

À Nan­cy, on cote les feuil­lets de sapin de 14 à 18 mil­limètres 3 fr. 50 à 5 fr. 50 le mètre car­ré, la char­p­ente sur com­mande de 230 à 275 francs le mètre cube. Les planch­es de chêne valent de 250 à 450 francs le mètre cube dans les dimen­sions 27, 34, 41 et 54 mil­limètres. Les madri­ers d’Alsace, réduits de 8/23, sont à 1.850, 1.600 et 1.450 francs le cent. Ain­si du reste.

Il s’ensuit que les com­munes forestières ont vu s’accroître leur revenu dans des pro­por­tions inouïes. On cite telles munic­i­pal­ités du Bugey et de la Comté qui, après avoir acquit­té en bloc la part con­tribu­tive des habi­tants, dis­tribué un affouage de plus de 20 stères par foy­er et con­sti­tué des réserves de 100.000 francs, ont pu met­tre à la dis­po­si­tion de leurs ressor­tis­sants une quan­tité de bois d’œuvre valant, avant la guerre, 200 francs, et aujourd’hui plus de 1.000 francs. Heureux vil­lages, où tout le monde est ren­tier ! Lénine n’aurait pas imag­iné cela !

Le Pro­grès de Lyon a même cité une com­mune des hautes mon­tagnes de l’Ain où l’affouage rap­porte près de 1.800 francs à chaque famille. Inutile de dire que, dans ce coin arca­di­en, vous ne trou­ver­iez pas une mai­son à acheter ou à louer et que la moin­dre par­celle de ter­rain est jalouse­ment con­servée par les propriétaires.

(L’Infor­ma­tion du 9 décembre.)