{"id":1019,"date":"2007-11-16T17:56:33","date_gmt":"2007-11-16T17:56:33","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/11\/16\/la-poesie-9\/"},"modified":"2007-11-16T17:56:33","modified_gmt":"2007-11-16T17:56:33","slug":"la-poesie-9","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/11\/16\/la-poesie-9\/","title":{"rendered":"La po\u00e9sie"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1019?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1019?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>L\u00e9o\u00adpold S\u00e9dar Sen\u00adghor est n\u00e9 le 9 octobre 1906 au S\u00e9n\u00e9\u00adgal. Agr\u00e9\u00adg\u00e9 de l\u2019universit\u00e9, il est depuis 1945 pro\u00adfes\u00adseur \u00e0 l\u2019Ecole natio\u00adnale de la France d\u2019outre\u2011mer (langues et civi\u00adli\u00adsa\u00adtions n\u00e9gro\u2011africaines).<\/p>\n<poesie>\u00ab&nbsp;Voi\u00adci que je suis devant M\u00e8re, sol\u00addat aux manches nues<br>\nEt je suis v\u00eatu de mots \u00e9tran\u00adgers, o\u00f9 tes yeux ne voient qu\u2019un assem\u00adblage de b\u00e2tons et de haillons&nbsp;\u00bb.<\/poesie>\n<p>Le fran\u00ad\u00e7ais n\u2019est pas pour Sen\u00adghor une langue \u00e9tran\u00adg\u00e8re, puisqu\u2019on le lui a ensei\u00adgn\u00e9 d\u00e8s l\u2019enfance. Il lui semble seule\u00adment qu\u2019il y ait un l\u00e9ger d\u00e9ca\u00adlage entre ce qu\u2019il vou\u00addrait dire et ce qu\u2019il dit. Mais les mots retrouvent sou\u00advent une pure\u00adt\u00e9 ori\u00adgi\u00adnelle, ils se \u00ab&nbsp;d\u00e9blan\u00adchissent&nbsp;\u00bb, r\u00e9v\u00e8lent des ar\u00eates oubli\u00e9es et, lan\u00adc\u00e9s par le po\u00e8te noir, ils se cognent, dansent. On assiste \u00e0 une des\u00adtruc\u00adtion du lan\u00adgage et \u00e0 une r\u00e9cr\u00e9a\u00adtion en pro\u00adfon\u00addeur d\u2019une langue sur\u00adr\u00e9a\u00adliste. Ceci est encore plus remar\u00adquable chez C\u00e9saire o\u00f9 sous un soleil guer\u00adrier tout \u00e9clate&nbsp;: les mots, les id\u00e9es et les hommes\u200a\u2014\u200ao\u00f9 une po\u00e9\u00adsie san\u00adglante et dor\u00e9e ruis\u00adselle. Echo des cris de Rim\u00adbaud. Il y a d\u00e9ra\u00adci\u00adne\u00adment. Puisque ses \u00e9tudes ont \u00e9t\u00e9 faites en France, comme tous ses fr\u00e8res noirs Sen\u00adghor est un \u00eatre d\u00e9dou\u00adbl\u00e9, mais il y a la marche lente et s\u00fbre vers la \u00ab&nbsp;n\u00e9gri\u00adtude retrou\u00adv\u00e9e&nbsp;\u00bb, une Afrique r\u00e9ap\u00adprise de l\u2019int\u00e9rieur au \u00ab&nbsp;temps des signes et des comptes&nbsp;\u00bb, une Afrique redon\u00adn\u00e9e \u00e0 voir aux peuples noirs et par acci\u00addent aux Blancs.<\/p>\n<poesie>\u00ab&nbsp;\u2026 Ecou\u00adtons battre notre sang sombre, \u00e9coutons<br>\nBattre le pouls pro\u00adfond de  l\u2019Afrique dans la brume des vil\u00adlages perdus.&nbsp;\u00bb<\/poesie>\n<p>Prise de conscience. Po\u00e9\u00adsie fonctionnelle.<\/p>\n<poesie>\u00ab&nbsp;Ecoutez\u2011moi, tirailleurs \u00e0 la peau noire, bien que sans oreilles et sans yeux dans votre triple enceinte de&nbsp;nuit.&nbsp;\u00bb<\/poesie>\n<p>Col\u00adl\u00e9e \u00e0 la vie de tous les jours cette po\u00e9\u00adsie engage tout natu\u00adrel\u00adle\u00adment l\u2019homme qui l\u2019a faite sur le che\u00admin de la poli\u00adtique. Le Noir ne peut dis\u00adso\u00adcier la pen\u00ads\u00e9e du geste. Si le chant appelle la danse, le mot appelle l\u2019acte. L\u00e9o\u00adpold S\u00e9dar Sen\u00adghor comme son ami C\u00e9saire d\u00e9fend au par\u00adle\u00adment les aspi\u00adra\u00adtions de ses fr\u00e8res de race. Le Noir, race tra\u00adqu\u00e9e, race \u00e9lue, image de la souf\u00adfrance uni\u00adver\u00adselle, \u00ab&nbsp;les vic\u00adtimes noires para\u00adton\u00adnerres&nbsp;\u00bb. Chez Sen\u00adghor cette pen\u00ads\u00e9e est ren\u00adfor\u00adc\u00e9e par la pr\u00e9\u00adsence du catho\u00adli\u00adcisme. La liber\u00adt\u00e9 a la m\u00eame cou\u00adleur que la souf\u00adfrance. Et pour entendre le chant de l\u2019Afrique future il faut mou\u00adrir \u00e0 la culture blanche\u2026 \u00ab&nbsp;Mais je d\u00e9chi\u00adre\u00adrai les rires bana\u00adnia sur tous les murs de France.&nbsp;\u00bb\u200a\u2014\u200aet \u00ab&nbsp;je n\u2019am\u00e8ne d\u2019Europe que cette enfant amie, la Clar\u00adt\u00e9 de ses yeux par\u00admi les brumes bre\u00adtonnes&nbsp;\u00bb. Tout natu\u00adrel\u00adle\u00adment Sen\u00adghor se penche sur son enfance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qu\u2019il est radieux le royaume d\u2019enfance&nbsp;\u00bb, sym\u00adbo\u00adlisme magique, \u00ab&nbsp;temps d\u2019avant l\u2019emprise blanche&nbsp;\u00bb\u200a\u2014\u200a\u00ab&nbsp;Mon enfance, mes agneaux, est vieille comme le monde et je suis jeune comme l\u2019aurore \u00e9ter\u00adnel\u00adle\u00adment jeune du&nbsp;monde.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Acte magique aus\u00adsi l\u2019emploi du rythme pri\u00admi\u00adtif,\u200a\u2014\u200atr\u00e8s sou\u00advent les po\u00e8mes portent en sous\u2011titre le nom d\u2019un ins\u00adtru\u00adment de musique. Tam\u2011Tam, etc., \u00e9chos anciens des tam\u00adbou\u00adri\u00adnaires afri\u00adcains. Mais si chez quelques Noirs, ceux arra\u00adch\u00e9s par l\u2019esclavage \u00e0 la terre pre\u00admi\u00e8re, on note une recherche cris\u00adp\u00e9e de l\u2019\u00e2me folk\u00adlo\u00adrique afri\u00adcaine, chez Sen\u00adghor, S\u00e9n\u00e9\u00adga\u00adlais, le temps des anciens s\u2019installe en lui.\u200a\u2014\u200aLa po\u00e9\u00adsie rede\u00advient magie. \u00ab&nbsp;Tam\u2011Tam voi\u00adl\u00e9&nbsp;\u00bb, dou\u00adceur de la nuit, des choses pre\u00admi\u00e8res, rythmes natu\u00adrels, Sen\u00adghor est un pay\u00adsan. Il en a la patience, la m\u00eame croyance en la vie, \u00e2me v\u00e9g\u00e9\u00adtale \u00e0 la m\u00eame r\u00e9sis\u00adtance que la nature. Opti\u00admiste mal\u00adgr\u00e9 que l\u2019Europe l\u2019ait broy\u00e9 comme le \u00ab&nbsp;plat guer\u00adrier sous les pattes pachy\u00addermes des tank&nbsp;\u00bb, mal\u00adgr\u00e9 \u00ab&nbsp;la meule \u00e0 broyer la farine si blanche des ten\u00addresses noires&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>A chaque page de \u00ab&nbsp;Chants d\u2019ombre&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;d\u2019Hostie noire&nbsp;\u00bb \u00e9clate l\u2019amour de la vie, et le m\u00e9lange des danses et des rites phal\u00adliques est rejoint&nbsp;:<\/p>\n<poesie>\u00ab&nbsp;Oho. Congo cou\u00adch\u00e9e dans ton lit de for\u00eats, reine sur l\u2019Afrique dompt\u00e9e<br>\nQue les phal\u00adlus des monts portent haut ton pavillon<br>\nCar tu es femme, par ma t\u00eate, par ma langue, car tu es femme par mon ventre.<br>\nRythme roi, sym\u00adboles v\u00e9g\u00e9\u00adtaux et sexuels \u00e9troi\u00adte\u00adment m\u00eal\u00e9s, c\u2019est la langue de l\u2019amour retrouv\u00e9.<br>\nFemme nue, femme&nbsp;noire<br>\nV\u00eatue de ta cou\u00adleur qui est vie, de ta forme qui est beaut\u00e9\u2026<br>\nFemme nue, femme obscure<br>\nFruit m\u00fbr \u00e0 la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fait lyrique ma bouche.&nbsp;\u00bb<\/poesie>\n<p>On a rap\u00adpro\u00adch\u00e9 du lyrisme de Sen\u00adghor celui de Clau\u00addel, mais la longue phrase du po\u00e8te noir n\u2019est jamais bour\u00adsou\u00adfl\u00e9e, nour\u00adrie de tics, comme celle de l\u2019auteur de \u00ab&nbsp;La Ville&nbsp;\u00bb&nbsp;; seules ici quelques maladresses.<\/p>\n<p>Et leur ins\u00adtinc\u00adtive d\u00e9fense devant notre tech\u00adni\u00adci\u00adt\u00e9 a \u00e9t\u00e9 ren\u00adfor\u00adc\u00e9e par la connais\u00adsance qu\u2019ils ont acquise des Blancs. Ils nous regardent, ces peuples \u00ab&nbsp;qui entassent des mon\u00adtagnes d\u2019or noir, d\u2019or rouge et qui cr\u00e8vent de faim&nbsp;\u00bb. Per\u00addu dans New York, Sen\u00adghor a le m\u00eame cri que Lor\u00adca contre cet&nbsp;enfer&nbsp;:<\/p>\n<poesie>\u00ab&nbsp;Pas un sein mater\u00adnel, des jambes de nylon. Des jambes et des seins sans sueur ni&nbsp;odeur.&nbsp;\u00bb<br>\n\u00ab&nbsp;Et j\u2019ai vu le long des trot\u00adtoirs des ruis\u00adseaux de rhum blanc, des ruis\u00adseaux de lait noir dans le brouillard bleu des cigares.&nbsp;\u00bb<\/poesie>\n<p>Et puis son his\u00adtoire se confond avec la n\u00f4tre. Il ne hait, ne peut ha\u00efr \u00ab&nbsp;les roses\u2011d\u2019oreilles&nbsp;\u00bb, il y a eu les m\u00eames com\u00adbats, les m\u00eames bar\u00adbe\u00adl\u00e9s, les m\u00eames sol\u00addats d\u00e9sar\u00adm\u00e9s, les m\u00eames hommes nus. La souf\u00adfrance \u00e0 fen\u00eatre ouverte sur la r\u00e9volte et la libert\u00e9.<\/p>\n<poesie>\u00ab&nbsp;\u2026 Oui Sei\u00adgneur par\u00addonne \u00e0 la France qui dit bien la voie et che\u00admine par les sen\u00adtiers obliques<br>\nOui Sei\u00adgneur par\u00addonne \u00e0 la France qui hait les occu\u00adpants et m\u2019impose l\u2019occupation si gravement.&nbsp;\u00bb<\/poesie>\n<p>Pleine de la \u00ab&nbsp;loi du c\u0153ur&nbsp;\u00bb la po\u00e9\u00adsie de Sen\u00adghor accepte de perdre, et avec elle la n\u00e9gri\u00adtude. Et l\u00e0 elle gagne s\u00fbrement&nbsp;:<\/p>\n<poesie>\u00ab&nbsp;Vous savez que j\u2019ai li\u00e9 ami\u00adti\u00e9 avec les princes pros\u00adcrits de l\u2019esprit, avec les princes de la&nbsp;forme<br>\nQue j\u2019ai man\u00adg\u00e9 le pain qui donne faim de l\u2019innombrable des tra\u00advailleurs et des sans travail<br>\nQue j\u2019ai r\u00eav\u00e9 d\u2019un monde de soleil dans la fra\u00adter\u00adni\u00adt\u00e9 de mes fr\u00e8res aux yeux&nbsp;bleus.&nbsp;\u00bb<\/poesie>\n<p>Jean-Jacques Mor\u00advan<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u00e9o\u00adpold S\u00e9dar Sen\u00adghor est n\u00e9 le 9 octobre 1906 au S\u00e9n\u00e9\u00adgal. 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