{"id":1425,"date":"2008-03-29T17:35:14","date_gmt":"2008-03-29T17:35:14","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2008\/03\/29\/un-ete-sur-le-tibre\/"},"modified":"2008-03-29T17:35:14","modified_gmt":"2008-03-29T17:35:14","slug":"un-ete-sur-le-tibre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2008\/03\/29\/un-ete-sur-le-tibre\/","title":{"rendered":"Un \u00e9t\u00e9 sur le&nbsp;Tibre"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1425?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1425?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p><i>Vrai\u00adsem\u00adbla\u00adble\u00adment \u00e9crites vers 1930, ces pages, dont ma femme de son vivant ne m\u2019avait jamais don\u00adn\u00e9 \u00e0 lire l\u2019original, ont paru ce prin\u00adtemps en une pla\u00adquette hors com\u00admerce \u00e0 tirage res\u00adtreint, ras\u00adsem\u00adblant et leur r\u00e9dac\u00adtion alle\u00admande et la pr\u00e9\u00adsente tra\u00adduc\u00adtion, impri\u00adm\u00e9e en regard. Assu\u00adr\u00e9\u00adment, nos lec\u00adteurs esti\u00adme\u00adront-ils, eux aus\u00adsi, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait que jus\u00adtice de per\u00admettre \u00e0 la rare per\u00adfec\u00adtion d\u2019un tel texte de se mani\u00adfes\u00adter aujourd\u2019hui dans cette revue qui fut \u00e0 tant d\u2019\u00e9gards \u00e9ga\u00adle\u00adment la cr\u00e9a\u00adtion de l\u2019amie dont ces radieuses images de l\u2019\u00e9t\u00e9 romain\u200a\u2014\u200alumi\u00e8re sur fond d\u2019ombre secret\u200a\u2014\u200anous rendent, en d\u00e9pit de l\u2019irr\u00e9parable, la pr\u00e9sence.&nbsp;<\/i><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019instant pr\u00e9\u00adcis o\u00f9 le coup de canon de rigueur annon\u00ad\u00e7ait \u00e0 toute la ville de Rome qu\u2019il \u00e9tait midi, je me mis \u00e0 des\u00adcendre le raide esca\u00adlier sem\u00adblable \u00e0 une \u00e9chelle dont les degr\u00e9s conduisent au petit \u00e9ta\u00adblis\u00adse\u00adment de bain qui, dis\u00adsi\u00admu\u00adl\u00e9 par des arbres, jouxte un long banc de sable en amont du Ponte Risor\u00adgi\u00admen\u00adto. Ce bain est ce qu\u2019on appelle l\u00e0-bas un \u00ab&nbsp;gal\u00adle\u00adgiante&nbsp;\u00bb, un bain flot\u00adtant&nbsp;; ga\u00ee\u00adment badi\u00adgeon\u00adn\u00e9 en bleu et en rouge, avec, au bout d\u2019une longue perche, un petit fanion agi\u00adt\u00e9 par le vent, il avait pour pro\u00adpri\u00e9\u00adtaire un cer\u00adtain Sor (signor) Nico\u00adla. Sor Nico\u00adla \u00e9tait un madr\u00e9 vieux Romain qui, ayant \u00e0 vingt ans convo\u00adl\u00e9 en justes noces avec une matrone de qua\u00adrante\u200a\u2014\u200aque ne fait-on pour l\u2019argent&nbsp;?\u200a\u2014\u200adut ensuite attendre trente ann\u00e9es bien comp\u00adt\u00e9es avant que sa conjointe e\u00fbt enfin le bon esprit de quit\u00adter ce monde&nbsp;; sur quoi il s\u2019\u00e9tait empres\u00ads\u00e9 d\u2019\u00e9pouser une jeu\u00adnesse de dix-sept prin\u00adtemps. Toutes choses qu\u2019il racon\u00adtait \u00e0 qui vou\u00adlait l\u2019entendre lorsque, \u00e0 l\u2019heure m\u00e9ri\u00addienne, il tr\u00f4\u00adnait der\u00adri\u00e8re son pupitre ser\u00advant d\u2019\u00e9ventaire \u00e0 tout ce dont on peut avoir besoin l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;: aiguilles, fil, savon, huile, pan\u00adse\u00adments, cl\u00e9s, limes, pinces, ficelle, etc. Tout en par\u00adlant, il mor\u00addait dans l\u2019esp\u00e8ce de sand\u00adwich qui lui tenait lieu de d\u00e9jeu\u00adner, un petit pain far\u00adci d\u2019un l\u00e9gume quel\u00adconque, \u00ab&nbsp;fagio\u00adli in pael\u00adla&nbsp;\u00bb, des hari\u00adcots en cas\u00adse\u00adrole, pr\u00e9\u00adci\u00adsait-il le plus sou\u00advent, d\u2019un ton cha\u00adgrin, quand on s\u2019enqu\u00e9rait de son menu, car, ajou\u00adtait-il, par les tristes temps qui courent, tout ce qu\u2019il pou\u00advait se payer, c\u2019\u00e9tait des hari\u00adcots. Jadis, il y avait bien long\u00adtemps de cela, il avait pos\u00ads\u00e9\u00add\u00e9 une drague sur le fleuve, pour l\u2019extraction du sable et du gra\u00advier, puis un remor\u00adqueur, mais il y avait d\u00e9j\u00e0 des ann\u00e9es que la navi\u00adga\u00adtion flu\u00adviale avait \u00e9t\u00e9 sup\u00adpri\u00adm\u00e9e, de sorte qu\u2019il en \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9\u00adsent r\u00e9duit \u00e0 ce \u00ab&nbsp;gal\u00adle\u00adgiante&nbsp;\u00bb ser\u00advant d\u2019\u00e9tablissement de bain aux jour\u00adna\u00adlistes de Rome. La cou\u00adtume veut en effet que les nom\u00adbreux bains jon\u00adchant les bords du fleuve soient tous pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 de tel ou tel club&nbsp;; de bain public, il n\u2019en existe aucun et qui\u00adconque veut se bai\u00adgner l\u2019\u00e9t\u00e9 doit donc n\u00e9ces\u00adsai\u00adre\u00adment \u00eatre intro\u00adduit dans l\u2019une de ces asso\u00adcia\u00adtions, affaire on ne peut plus per\u00adson\u00adnelle et qui exige que le can\u00addi\u00addat soit d\u00fbment recom\u00adman\u00add\u00e9&nbsp;; mais une fois cette for\u00adma\u00adli\u00adt\u00e9 rem\u00adplie, on est accueilli comme au sein d\u2019une grande famille, et Sor Nico\u00adla veillait pater\u00adnel\u00adle\u00adment \u00e0 ce que cha\u00adcun trou\u00adv\u00e2t toutes ses aises. Aus\u00adsi bien connais\u00adsait-il son monde \u00e0 fond et depuis des ann\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n<p>Le bain flot\u00adtant de Sor Nico\u00adla pr\u00e9\u00adsen\u00adtait un ines\u00adti\u00admable avan\u00adtage&nbsp;: gr\u00e2ce \u00e0 son banc de sable, il dis\u00adpo\u00adsait d\u2019une \u00ab&nbsp;spia\u00adgia&nbsp;\u00bb, d\u2019une plage. Aucun des nom\u00adbreux autres bains dis\u00adpo\u00ads\u00e9s en aval ne pou\u00advait se flat\u00adter de pos\u00ads\u00e9\u00adder sem\u00adblable pri\u00advi\u00adl\u00e8ge. Ce banc de sable \u00e9tait tout \u00e0 la fois l\u2019orgueil de Sor Nico\u00adla et le point d\u2019accostage pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adr\u00e9 de tous les rameurs \u00e9vo\u00adluant sur le fleuve entre onze heures et quatre jusqu\u2019en amont du Ponte Molle\u200a\u2014\u200anom cou\u00adrant, aujourd\u2019hui, du v\u00e9n\u00e9\u00adrable pont Mil\u00advius o\u00f9 le suc\u00adc\u00e8s des armes devait r\u00e9com\u00adpen\u00adser l\u2019empereur Constan\u00adtin d\u2019avoir pro\u00adnon\u00adc\u00e9 le v\u0153u de rendre au chris\u00adtia\u00adnisme le p\u00e9rilleux ser\u00advice de le pro\u00adcla\u00admer reli\u00adgion d\u2019\u00c9tat. <\/p>\n<p>Sor Nico\u00adla me sou\u00adhai\u00adta la bien\u00adve\u00adnue. Il me disait \u00ab&nbsp;Mada\u00adma&nbsp;\u00bb, mar\u00adquant ain\u00adsi que sans \u00eatre ita\u00adlienne je n\u2019en \u00e9tais pas moins une cr\u00e9a\u00adture f\u00e9mi\u00adnine ayant droit \u00e0 une appel\u00adla\u00adtion hono\u00adri\u00adfique. Je m\u2019\u00e9tais acquis cette bien\u00adveillance par l\u2019entremise d\u2019une ob\u00e8se fiasque de vin des Cas\u00adtel\u00adli roma\u00adni, car Sor Nico\u00adla aimait le vin, sur\u00adtout lorsqu\u2019il \u00e9tait \u00ab&nbsp;pas\u00adto\u00adso&nbsp;\u00bb (ce qui signi\u00adfie \u00e0 peu pr\u00e8s velou\u00adt\u00e9, mais \u00ab&nbsp;avec du corps&nbsp;\u00bb). Il avait un voca\u00adbu\u00adlaire d\u2019une richesse extr\u00eame et mer\u00adveilleu\u00adse\u00adment colo\u00adr\u00e9 et, pour peu qu\u2019il e\u00fbt quelque chose \u00e0 boire, il n\u2019en finis\u00adsait pas de conter les his\u00adtoires les plus cocasses agr\u00e9\u00admen\u00adt\u00e9es de beau\u00adcoup d\u2019esprit&nbsp;; les plus savou\u00adreuses il les ache\u00advait tou\u00adjours par cette m\u00eame phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;Noi, che stia\u00admo a Roma, noi stia\u00admo sempre bene, perche c\u2019e il San\u00adto Padre, non \u00e8ve\u00adro&nbsp;?&nbsp;\u00bb (Nous qui nous trou\u00advons \u00e0 Rome, nous sommes tou\u00adjours sur du velours, puisque le Saint P\u00e8re y est aus\u00adsi, n\u2019est-il pas vrai?) Et pen\u00addant l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de ce mys\u00adt\u00e9\u00adrieux apoph\u00adtegme, il cli\u00adgnait mali\u00adcieu\u00adse\u00adment de l\u2019\u0153il tout en qu\u00ea\u00adtant les signes d\u2019entente et d\u2019admiration de son auditoire.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais d\u00e9j\u00e0 Sor Nico\u00adla m\u2019apportait mon maillot, mon bon\u00adnet de caou\u00adtchouc et mon pei\u00adgnoir, puis il me condui\u00adsit jusqu\u2019\u00e0 une minus\u00adcule cabine, non sans s\u2019informer en d\u00e9tail de mon \u00e9tat de san\u00adt\u00e9 et du r\u00eave que j\u2019avais eu la nuit pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addente. Pas plus qu\u2019il se serait jamais abs\u00adte\u00adnu de me tenir au cou\u00adrant de la tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adture de l\u2019eau, ni sur\u00adtout de me rap\u00adpe\u00adler que celle du Tibre a des pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9s cura\u00adtives tout \u00e0 fait excep\u00adtion\u00adnelles, en d\u00e9pit de sa cou\u00adleur jaune sale si faus\u00adse\u00adment inter\u00adpr\u00e9\u00adt\u00e9e par tous les \u00e9tran\u00adgers&nbsp;; car elles ne sont pas moins de sept\u200a\u2014\u200asaluons au pas\u00adsage le nombre sacr\u00e9\u200a\u2014\u200ales sources, non, pas moins de sept, fer\u00adru\u00adgi\u00adneuses, radio\u00adac\u00adtives et sul\u00adfu\u00adreuses, qui ali\u00admentent le fleuve. Le Tibre, en v\u00e9ri\u00adt\u00e9, \u00e9tait un fleuve tout \u00e0 fait par\u00adti\u00adcu\u00adlier, l\u00e0-contre rien \u00e0 dire, et d\u2019un charme incom\u00adpa\u00adrable, \u00e0 tel point que les connais\u00adseurs le pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adraient m\u00eame \u00e0 la mer. Et Sor Nico\u00adla d\u2019entamer l\u2019une de ses innom\u00adbrables his\u00adtoires \u00e0 seule fin de prou\u00adver la v\u00e9ra\u00adci\u00adt\u00e9 de son&nbsp;dire.&nbsp;<\/p>\n<p>En bas sur le banc de sable, je retrou\u00advais la com\u00adpa\u00adgnie habi\u00adtuelle qui r\u00e9gu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment venait l\u00e0\u200a\u2014\u200aen \u00e9t\u00e9 la pause de midi dure jusqu\u2019\u00e0 quatre heures\u200a\u2014\u200apas\u00adser la par\u00adtie la plus tor\u00adride de la jour\u00adn\u00e9e sous les rayons, il est vrai, d\u2019un soleil impla\u00adcable, mais en se lais\u00adsant du moins aller \u00e0 vivre en sym\u00adbiose avec l\u2019eau du fleuve sous la caresse du vent frais qui, \u00e0 par\u00adtir de midi, ne manque jamais de souf\u00adfler dans la val\u00adl\u00e9e du&nbsp;Tibre.&nbsp;<\/p>\n<p>Il y avait l\u00e0 le jeune Fran\u00adces\u00adco et sa m\u00e8re, ron\u00adde\u00adlette et brave per\u00adsonne sans com\u00adpli\u00adca\u00adtions&nbsp;; son mari \u00e9tait ce que l\u2019on appe\u00adlait entre ini\u00adti\u00e9s un \u00ab&nbsp;pez\u00adzo gros\u00adso&nbsp;\u00bb, une grosse l\u00e9gume, quelqu\u2019un d\u2019important, \u00e0 ce que l\u2019on pou\u00advait com\u00adprendre, dans la vaste machi\u00adne\u00adrie du minis\u00adt\u00e8re des finances. Il y avait Pavo\u00adni, le met\u00adteur en sc\u00e8ne de la vie col\u00adlec\u00adtive du club, maigre, \u00e9ner\u00adgique, de son m\u00e9tier jour\u00adna\u00adliste et \u00e9di\u00adteur, et qui, avec l\u2019inimitable gen\u00adti\u00adlez\u00adza propre aux Ita\u00adliens, accueillait les bai\u00adgneurs, les inci\u00adtait \u00e0 orga\u00adni\u00adser des par\u00adties de bateau et, d\u2019une mani\u00e8re tout \u00e0 fait g\u00e9n\u00e9\u00adrale, ne ces\u00adsait d\u2019inventer les meilleures fa\u00e7ons de faire valoir tout ce qui pou\u00advait \u00eatre \u00e0 l\u2019avantage de l\u2019\u00e9tablissement de Sor Nico\u00adla. Il y avait les fr\u00e8res Soda\u00adni, construc\u00adteurs d\u2019avions, et la quelque peu hys\u00adt\u00e9\u00adrique et gra\u00adcieuse \u00e9pouse d\u2019un second jour\u00adna\u00adliste&nbsp;; puis, cer\u00adtaine jeune fille vague\u00adment exo\u00adtique aux jambes d\u2019un brun de brou de noix et aux l\u00e8vres far\u00add\u00e9es du rouge le plus vif que l\u2019on p\u00fbt ima\u00adgi\u00adner. Elle s\u2019int\u00e9ressait sur\u00adtout au foot\u00adball et dis\u00adcu\u00adtait pas\u00adsion\u00adn\u00e9\u00adment avec Fran\u00adces\u00adco de tous les matchs de chaque dimanche sur tout le conti\u00adnent, \u00e9met\u00adtant sou\u00advent sur les joueurs les juge\u00adments cri\u00adtiques les plus acerbes, voire les plus inju\u00adrieux que peut se per\u00admettre un expert rom\u00adpu depuis des ann\u00e9es aux arcanes du bal\u00adlon rond. Il y avait Zam\u00adbet\u00adti, aus\u00adsi beau, aus\u00adsi par\u00adfait de pro\u00adpor\u00adtions qu\u2019une sta\u00adtue antique&nbsp;; il n\u2019appartenait pas au \u00ab&nbsp;gal\u00adle\u00adgiante&nbsp;\u00bb de Sor Nico\u00adla, mais venait de la rive oppo\u00ads\u00e9e, o\u00f9 son club d\u2019aviron dis\u00adpo\u00adsait d\u2019un pavillon all\u00e8\u00adgre\u00adment peint en bleu et blanc. Il connais\u00adsait les Soda\u00adni et aimait \u00e0 conver\u00adser avec eux. Il arri\u00advait dans son petit skiff aux formes \u00e9lan\u00adc\u00e9es&nbsp;; ce Zam\u00adbet\u00adti \u00e9tait le meilleur rameur du fleuve. De temps \u00e0 autre, il tenait des pro\u00adpos m\u00e9lan\u00adco\u00adliques, mais qu\u2019on ne pou\u00advait pas prendre tout \u00e0 fait au s\u00e9rieux, sur l\u2019absurdit\u00e9 de cette vie, ajou\u00adtant que son sou\u00adhait le plus ardent e\u00fbt \u00e9t\u00e9 de peindre toute la jour\u00adn\u00e9e dans la soli\u00adtude. Tous les assis\u00adtants, alors, de rire \u00e0 qui mieux mieux et de le bro\u00adcar\u00adder pour vou\u00adloir ain\u00adsi \u00e9pa\u00adter son monde avec de telles bille\u00adve\u00ads\u00e9es, mais il ne dai\u00adgnait pas r\u00e9pondre et tour\u00adnait vers le ciel bleu son brun et har\u00addi pro\u00adfil romain, ou bien, ramas\u00adsant des cailloux plats, se met\u00adtait \u00e0 faire des rico\u00adchets sur l\u2019eau du fleuve. Et \u00e0 tous les nou\u00adveaux venus au club il ne man\u00adquait pas de racon\u00adter qu\u2019incapable de r\u00e9sis\u00adter plus long\u00adtemps \u00e0 sa pas\u00adsion pour la musique, il appre\u00adnait main\u00adte\u00adnant \u00e0 jouer du tam\u00adbour. Pur men\u00adsonge, mais rien ne l\u2019amusait comme la stu\u00adpeur dont t\u00e9moi\u00adgnait \u00e0 chaque fois le visage de ses na\u00efves vic\u00adtimes. Assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, le lieu\u00adte\u00adnant avia\u00adteur Pris\u00adti\u00adni, petit de taille, souple, coquet, empres\u00ads\u00e9, se mon\u00adtrait d\u2019une cour\u00adtoi\u00adsie tou\u00adjours sur le qui-vive&nbsp;; il n\u2019allait jamais \u00e0 l\u2019eau, ne savait pas nager, bor\u00adnant son ambi\u00adtion \u00e0 se lais\u00adser bru\u00adnir par le soleil afin de mieux plaire au beau sexe, car ain\u00adsi le vou\u00adlait la mode cette sai\u00adson-l\u00e0. Son p\u00e8re pos\u00ads\u00e9\u00addait dans le Sud, pr\u00e8s de Bari, des vignes dont le rai\u00adsin d\u2019une qua\u00adli\u00adt\u00e9 toute par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re \u00e9tait, encore au cep, enclos avant matu\u00adri\u00adt\u00e9 dans des sortes de bou\u00adteilles et, expo\u00ads\u00e9 \u00e0 la cha\u00adleur constante du soleil, four\u00adnis\u00adsait des grains d\u2019une gros\u00adseur aus\u00adsi l\u00e9gen\u00addaire que leur sucr\u00e9. Les grappes \u00e9pou\u00adsaient \u00e0 tel point la forme du verre qu\u2019elles finis\u00adsaient par l\u2019emplir sans y lais\u00adser le moindre inter\u00adstice, de sorte que, l\u2019automne venu, il n\u2019y avait plus qu\u2019\u00e0 cache\u00adter avec de la cire ces esp\u00e8ces de serres por\u00adta\u00adtives pour qu\u2019il f\u00fbt pos\u00adsible de conser\u00adver en cave, pen\u00addant des ann\u00e9es, le fameux rai\u00adsin, en atten\u00addant de bri\u00adser son enve\u00adloppe pour le ser\u00advir dans les grandes occasions.&nbsp;<\/p>\n<p>Notre lieu\u00adte\u00adnant avia\u00adteur avait pris un plai\u00adsir mani\u00adfeste \u00e0 divul\u00adguer tous ces d\u00e9tails, puis allu\u00admant une ciga\u00adrette, se mit \u00e0 par\u00adler du saut en para\u00adchute qu\u2019il allait ten\u00adter le len\u00adde\u00admain. Oh, l\u2019on voyait bien qu\u2019il avait du cou\u00adrage, car c\u2019est avec le plus ind\u00e9\u00adfec\u00adtible sang-froid qu\u2019il \u00e9nu\u00adm\u00e9\u00adrait tous les dan\u00adgers de l\u2019entreprise&nbsp;: un para\u00adchute, n\u2019est-ce pas, \u00e7a ne s\u2019ouvre pas tou\u00adjours comme on y compte, et alors rien \u00e0 faire. Il en connais\u00adsait des exemples, plus qu\u2019on n\u2019en peut comp\u00adter sur les dix doigts. Dans de tels cas, bien chan\u00adceux qui pou\u00advait encore, cadavre conve\u00adnable, \u00eatre log\u00e9 dans un cer\u00adcueil et non point jet\u00e9 au trou \u00e0 coups de&nbsp;pelle.&nbsp;<\/p>\n<p>Il e\u00fbt volon\u00adtiers conti\u00adnu\u00e9 long\u00adtemps sur le m\u00eame sujet, mais cette fois ne devait gu\u00e8re avoir de chance avec ses his\u00adtoires macabres, car l\u2019attention g\u00e9n\u00e9\u00adrale se tour\u00adna vers Bar\u00addo\u00adni qui n\u2019avait pas un ins\u00adtant ces\u00ads\u00e9 de regar\u00adder devant soi dans le vide en mon\u00adtrant un visage indi\u00adci\u00adble\u00adment sou\u00adcieux. Fina\u00adle\u00adment, ledit Bar\u00addo\u00adni avoua en toute sin\u00adc\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 qu\u2019il venait d\u2019\u00e9crire une lettre de rup\u00adture \u00e0 une presque fian\u00adc\u00e9e de plus\u200a\u2014\u200ala troi\u00adsi\u00e8me de l\u2019\u00e9t\u00e9, affir\u00admaient les Soda\u00adni\u200a\u2014\u200aet vivait main\u00adte\u00adnant dans une peur affreuse du p\u00e8re de l\u2019offens\u00e9e, depuis qu\u2019on lui avait rap\u00adpor\u00adt\u00e9 cer\u00adtain pro\u00adpos du per\u00adson\u00adnage dont les termes obli\u00adgeaient l\u2019inconstant \u00e0 pr\u00e9\u00advoir qu\u2019il n\u2019avait rien de bon \u00e0 attendre, mais l\u00e0 rien de bon du tout, la pro\u00adchaine fois qu\u2019il le ren\u00adcon\u00adtre\u00adrait. L\u2019air acca\u00adbl\u00e9, Bar\u00addo\u00adni creu\u00adsait un trou dans le sable tout en sou\u00adpi\u00adrant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Madon\u00adna mia, che brut\u00adta vita&nbsp;!&nbsp;\u00bb\u200a\u2014\u200aah, sainte Vierge, quelle sale vie&nbsp;! \u2014, puis, tout \u00e0 trac, annon\u00ad\u00e7a sa d\u00e9ci\u00adsion de s\u2019absenter pen\u00addant une hui\u00adtaine afin d\u2019\u00e9chapper au&nbsp;p\u00e9ril.&nbsp;<\/p>\n<p>Assise sur le sable br\u00fb\u00adlant, j\u2019avais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi la m\u00e8re de Fran\u00adces\u00adco, qui n\u2019aimait rien tant que bavar\u00adder pour ne rien dire, \u00e0 moins que la curio\u00adsi\u00adt\u00e9 ne la pous\u00ads\u00e2t \u00e0 vous poser ques\u00adtion sur ques\u00adtion. Elle avait un fr\u00e8re consul quelque part en Am\u00e9\u00adrique du Sud et \u00e0 qui sa brillante car\u00adri\u00e8re valait de tou\u00adcher un trai\u00adte\u00adment sub\u00adstan\u00adtiel dont elle n\u2019\u00e9tait pas peu fi\u00e8re\u200a\u2014\u200aelle s\u2019en serait vou\u00adlu de ne pas pr\u00e9\u00adci\u00adser la somme\u200a\u2014\u200anon plus que des vastes pou\u00advoirs que lui conf\u00e9\u00adrait sa charge&nbsp;; et tous les mil\u00adliers de kilo\u00adm\u00e8tres qui la s\u00e9pa\u00adraient de ce fr\u00e8re si bien cas\u00e9 ne l\u2019emp\u00eachaient pas, cela sau\u00adtait aux yeux, de par\u00adti\u00adci\u00adper en esprit \u00e0 sa r\u00e9us\u00adsite. Par-des\u00adsus le mar\u00adch\u00e9, elle avait aus\u00adsi un oncle car\u00addi\u00adnal, fort \u00e2g\u00e9, mais \u00e0 l\u2019intacte facul\u00adt\u00e9 de juge\u00adment de qui le saint-p\u00e8re ne s\u2019en fiait pas moins dans bien des ques\u00adtions impor\u00adtantes. C\u2019est cet oncle, ne man\u00adqua-t-elle pas d\u2019ajouter, qui les avait mari\u00e9s, elle et son mari, et, lors du bap\u00adt\u00eame de Fran\u00adces\u00adco, il avait m\u00eame obte\u00adnu du pape une b\u00e9n\u00e9\u00addic\u00adtion par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re. Sur quoi elle en vint \u00e0 me deman\u00adder si j\u2019\u00e9tais catho\u00adlique et, lorsque je lui eus r\u00e9pon\u00addu n\u00e9ga\u00adti\u00adve\u00adment, elle expri\u00adma tout \u00e0 la fois sa sur\u00adprise et sa com\u00adpas\u00adsion&nbsp;; car tout ce qui se trou\u00advait en dehors de la Sainte \u00c9glise \u00e9tait pour elle, pure\u00adment et sim\u00adple\u00adment, com\u00adpo\u00ads\u00e9 de pa\u00efens et elle se sen\u00adtait p\u00e9n\u00e9\u00adtr\u00e9e pour tous ces mal\u00adheu\u00adreux d\u2019une piti\u00e9 toute chr\u00e9\u00adtienne. Elle vou\u00adlut cepen\u00addant savoir si je croyais \u00e0 l\u2019enfer et s\u2019il y avait des saints dans ma confes\u00adsion. Non, fis-je, il n\u2019y avait pas de saints et, quant \u00e0 l\u2019enfer, il m\u2019\u00e9tait abso\u00adlu\u00adment impos\u00adsible d\u2019y croire. Qu\u2019elle me plai\u00adgnait&nbsp;! Car de pareilles fa\u00e7ons de voir pou\u00advaient encore pas\u00adser chez un homme, chez un savant, mais sans le secours de l\u2019\u00c9glise une jeune fille \u00e9tait per\u00addue. La triste reli\u00adgion que celle dont je venais de par\u00adler, sans saints patrons, sans enfer, et quelle affreuse exis\u00adtence pour les \u00eatres humains qui ne connais\u00adsaient qu\u2019elle&nbsp;! Mais Fran\u00adces\u00adco, tout frais \u00e9mou\u00adlu des \u00e9preuves du bachot\u200a\u2014\u200ail devait com\u00admen\u00adcer sa m\u00e9de\u00adcine en automne\u200a\u2014\u200an\u2019avait pas encore oubli\u00e9 ce qu\u2019on lui avait appris&nbsp;: la R\u00e9forme et Luther, et la m\u00e8re se sou\u00advint aus\u00adsi, bien s\u00fbr, que cela, en effet, exis\u00adtait. Et cepen\u00addant elle s\u2019empressa de me dire avec la convic\u00adtion la plus sin\u00adc\u00e8re, m\u00eame la plus tou\u00adchante, qu\u2019il lui \u00e9tait impos\u00adsible de se repr\u00e9\u00adsen\u00adter que l\u2019on p\u00fbt \u00eatre heu\u00adreux dans de telles condi\u00adtions&nbsp;; ah que sa vie et sa foi valaient donc mieux&nbsp;! Les jeunes autour de nous, par poli\u00adtesse, se tai\u00adsaient,\u200a\u2014\u200apeut-\u00eatre pen\u00adsaient-ils un peu dif\u00adf\u00e9\u00adrem\u00adment, pas tr\u00e8s dif\u00adf\u00e9\u00adrem\u00adment, mais un peu. Entre temps, le soleil nous avait s\u00e9rieu\u00adse\u00adment r\u00f4tis et l\u2019on d\u00e9ci\u00adda de faire un plon\u00adgeon. Nous remon\u00adt\u00e2mes alors le cou\u00adrant \u00e0 la nage le long du banc de sable tout en nous frayant un che\u00admin entre des th\u00e9o\u00adries de pois\u00adsons minus\u00adcules. Le vent \u00e9tait un pur d\u00e9lice, le ciel bleu et infi\u00adni. L\u00e0 o\u00f9, sur l\u2019autre rive, ces\u00adsait le sable s\u2019\u00e9levait un nou\u00advel \u00e9ta\u00adblis\u00adse\u00adment de bain appar\u00adte\u00adnant \u00e0 l\u2019<i>Ope\u00adra Nazio\u00adnale Bal\u00adli\u00adla, <\/i>l\u2019organisation des jeu\u00adnesses fas\u00adcistes. Cela four\u00admillait d\u2019une foule atti\u00adr\u00e9e par quelque match ou quelque r\u00e9cep\u00adtion offi\u00adcielle. On enten\u00addait des d\u00e9to\u00adna\u00adtions d\u2019armes \u00e0 feu, des rou\u00adle\u00adments de tam\u00adbour&nbsp;; quelques canots auto\u00admo\u00adbiles, apr\u00e8s avoir remon\u00adt\u00e9 le fleuve dans un fra\u00adcas \u00e0 tout rompre, accos\u00adt\u00e8rent pour que pussent en des\u00adcendre les repr\u00e9\u00adsen\u00adtants de la ville et du par\u00adti, accueillis par la jeu\u00adnesse en uni\u00adforme mili\u00adtai\u00adre\u00adment ran\u00adg\u00e9e autour du d\u00e9bar\u00adca\u00add\u00e8re, tous le bras lev\u00e9 pour le salut \u00e0 la romaine, cepen\u00addant que reten\u00adtis\u00adsaient les accents de \u00ab&nbsp;Gio\u00advi\u00adnez\u00adza&nbsp;\u00bb. Puis se firent confu\u00ads\u00e9\u00adment entendre les \u00e9chos indis\u00adtincts d\u2019une allo\u00adcu\u00adtion indu\u00adbi\u00adta\u00adble\u00adment martiale.<\/p>\n<p>Nous nous jet\u00e2mes tous d\u2019un seul \u00e9lan dans le fleuve, dont la fra\u00ee\u00adcheur nous fut \u00e0 la fois d\u00e9tente et refuge. Un peu plus tard, dans un bateau de course, les fr\u00e8res Soda\u00adni m\u2019emmenaient \u00e0 grands coups de rames encore plus en amont, moi-m\u00eame \u00e9tant char\u00adg\u00e9e de tenir la barre. C\u2019\u00e9tait notre exer\u00adcice \u00e0 peu pr\u00e8s quo\u00adti\u00addien, en guise d\u2019entra\u00eenement. Jusqu\u2019au Ponte Molle, il y avait bien deux kilo\u00adm\u00e8tres&nbsp;; on ser\u00adrait la rive de pr\u00e8s, le cou\u00adrant sur les bords \u00e9tant moins sen\u00adsible. Sous le pont venait le moment cri\u00adtique. L\u00e0, les eaux avaient toute la vio\u00adlence d\u2019un rapide, tour\u00adbillons et rochers com\u00adpli\u00adquant encore le pas\u00adsage. Sur le pont m\u00eame, les badauds guet\u00adtaient, criant \u00e0 pleine gorge \u00ab&nbsp;avan\u00adti&nbsp;!&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;for\u00adza&nbsp;!&nbsp;\u00bb, et applau\u00addis\u00adsaient \u00e0 tout rompre lorsque, fran\u00adchies les t\u00e9n\u00e8bres de l\u2019arche, on retrou\u00advait au-del\u00e0, encore tout essouf\u00adfl\u00e9s, soleil et clar\u00adt\u00e9 du jour. Mais pour peu que l\u2019on e\u00fbt man\u00adqu\u00e9 le bon moment, failli \u00e0 tour\u00adner la barre \u00e0 l\u2019instant vou\u00adlu ou recom\u00admen\u00adc\u00e9 de ramer avec l\u2019aviron qu\u2019il ne fal\u00adlait pas, le cou\u00adrant obli\u00adgeait aus\u00adsi\u00adt\u00f4t l\u2019embarcation \u00e0 faire demi-tour et l\u2019on d\u00e9va\u00adlait \u00e0 la d\u00e9rive entre les tour\u00adbillons. Alors, sur le pont, la foule sif\u00adflait, voci\u00adf\u00e9\u00adrait, hur\u00adlait ses invec\u00adtives, aus\u00adsi peu sou\u00adcieuse d\u2019en limi\u00adter le nombre que d\u2019en ch\u00e2\u00adtier les termes. Sans se d\u00e9cou\u00adra\u00adger pour autant, on remon\u00adtait tant bien que mal \u00e0 l\u2019assaut et, le pas\u00adsage fina\u00adle\u00adment for\u00adc\u00e9, le Tibre, en amont du pont, nous accueillait large et calme, jon\u00adch\u00e9 \u00e7\u00e0 et l\u00e0 de petites dragues fai\u00adsant tour\u00adner leurs bras gr\u00eales avant de les plon\u00adger len\u00adte\u00adment dans l\u2019eau. Les rives n\u2019\u00e9taient plus si hautes ni si escar\u00adp\u00e9es&nbsp;; plane, brune et br\u00fb\u00adl\u00e9e, la cam\u00adpagne romaine r\u00e9gnait jusqu\u2019au fleuve. Bleus et comme trans\u00adpa\u00adrents, les monts Sabins, tout au fond, d\u00e9ployaient leur admi\u00adrable struc\u00adture. Conti\u00adnuant sur notre lan\u00adc\u00e9e, nous voguions jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00abAcqua ace\u00adto\u00adsa&nbsp;\u00bb, c\u00e9l\u00e8bre source d\u2019eau min\u00e9\u00adrale [[Don\u00adnons tout de suite le pas\u00adsage de Goethe auquel fait aus\u00adsi\u00adt\u00f4t \u00e9cho, un peu plus loin, le texte de la narratrice&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Rome, le 5 juillet 1787<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Ma vie actuelle res\u00adsemble tout \u00e0 fait \u00e0 un r\u00eave de jeu\u00adnesse&nbsp;; nous ver\u00adrons si je suis des\u00adti\u00adn\u00e9 \u00e0 en go\u00fb\u00adter toute la joie ou au contraire \u00e0 devoir consta\u00adter que cela aus\u00adsi n\u2019est que vani\u00adt\u00e9\u2026 La cha\u00adleur est \u00e9cra\u00adsante. Le matin, je me l\u00e8ve avec le soleil et marche jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Acqua Ace\u00adto\u00adsa, source d\u2019eau min\u00e9\u00adrale \u00e0 envi\u00adron une demi-heure de la porte pr\u00e8s de laquelle j\u2019habite (*), j\u2019en bois l\u2019eau, qui a le go\u00fbt de celle de Schwal\u00adbach (**) en plus faible\u2026\u00bb <i>(Second s\u00e9jour \u00e0 Rome). <\/i>\u2014 H\u00e9las, la source est aujourd\u2019hui tarie&nbsp;; il ne reste plus que le joli monu\u00adment papal, et l\u2019acc\u00e8s au fleuve est d\u00e9sor\u00admais bar\u00adr\u00e9 par d\u2019affreux camps spor\u00adtifs ins\u00adtal\u00adl\u00e9s l\u00e0 sous pr\u00e9\u00adtexte de je ne sais quelle olympiade.<\/p>\n<p>(*) Por\u00adta del Popo\u00adlo.\u200a\u2014\u200a (**) Les eaux de Schwal\u00adbach, pr\u00e8s de Wies\u00adba\u00adden, \u00e9taient, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pu\u00adt\u00e9es pour leurs ver\u00adtus cura\u00adtives.]], et tan\u00addis que mes deux com\u00adpa\u00adgnons dis\u00adcu\u00adtaient nou\u00advelles construc\u00adtions d\u2019avions et que nous conve\u00adnions de voler un peu, l\u2019un des pro\u00adchains soirs, au-des\u00adsus de Rome avec un pilote de connais\u00adsance, le sou\u00adve\u00adnir en moi, sou\u00addain, p\u00e2le et comme en r\u00eave, me revint que Goethe, sou\u00advent, d\u00e8s l\u2019aurore, quit\u00adtait sa petite mai\u00adson sise au bas du Cor\u00adso, puis, apr\u00e8s avoir tra\u00adver\u00ads\u00e9 la Piaz\u00adza del Popo\u00adlo et fran\u00adchi la porte du m\u00eame nom, venait, par des che\u00admins qu\u2019il avait appris \u00e0 aimer, jusqu\u2019au but de notre propre pro\u00adme\u00adnade, afin d\u2019y boire de cette eau \u00ab&nbsp;qui a le go\u00fbt de celle de Schwal\u00adbach, en plus faible&nbsp;\u00bb. Qu\u2019il avait \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9crit <i>Iphi\u00adg\u00e9\u00adnie et Egmont<\/i> et, las de tant d\u2019\u00e9garements et du n\u00e9ant des jours, cher\u00adch\u00e9 et trou\u00adv\u00e9 un divin \u00e9qui\u00adlibre \u00e0 Rome, la ville devant les portes de laquelle, \u00e0 son arri\u00adv\u00e9e, il avait dit&nbsp;: \u00ab\u2026 Si ce v\u0153u m\u2019est accor\u00add\u00e9, que pour\u00adrais-je de plus me sou\u00adhai\u00adter encore&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Donc l\u2019Acqua ace\u00adto\u00adsa \u00e9tait le but de notre ran\u00addon\u00adn\u00e9e&nbsp;; arri\u00adv\u00e9s l\u00e0, nous rebrous\u00adsions che\u00admin et, dans le soleil et le vent, nous lais\u00adsions des\u00adcendre en regar\u00addant les dragues tou\u00adjours pro\u00addigues de leur bruit m\u00e9ca\u00adnique, puis, refran\u00adchi le Ponte Molle, pas\u00adsions au large du gigan\u00adtesque mono\u00adlithe de marbre blanc qui, cou\u00adch\u00e9 sur la rive, atten\u00addait d\u2019\u00eatre dres\u00ads\u00e9, en l\u2019honneur du dic\u00adta\u00adteur alors tout-puis\u00adsant, sur le stade \u00e0 l\u2019\u00e9poque en voie d\u2019\u00eatre ache\u00adv\u00e9. Entre les arbres, on aper\u00adce\u00advait le haut des tentes et les fanions du vaste cam\u00adping ins\u00adtal\u00adl\u00e9 sur les prai\u00adries qui s\u2019\u00e9tendent entre le Monte Mario et le fleuve. L\u00e0 vivaient pour quelques semaines cin\u00adquante mille \u00ab&nbsp;avant-gar\u00addistes&nbsp;\u00bb, jeunes recrues du fas\u00adcisme entre quinze et vingt ans, venues de toutes les pro\u00advinces et des colo\u00adnies pour rece\u00advoir une sorte de pr\u00e9\u00adpa\u00adra\u00adtion mili\u00adtaire et apprendre \u00e0 conna\u00eetre et \u00e0 aimer \u00ab&nbsp;leur&nbsp;\u00bb Rome. A de cer\u00adtains jours, on les voyait d\u00e9fi\u00adler dans les rues de la capi\u00adtale et sur la Piaz\u00adza Vene\u00adzia, allant rendre leur hom\u00admage au Sol\u00addat incon\u00adnu qui a trou\u00adv\u00e9, le mal\u00adheu\u00adreux, sa tombe au pied de l\u2019horrible et colos\u00adsal monu\u00adment de Vic\u00adtor-Emma\u00adnuel II. En plus de la che\u00admise noire, ils por\u00adtaient autour du cou des mou\u00adchoirs mi-par\u00adtie jaunes et mi-par\u00adtie vio\u00adlets, se res\u00adsem\u00adblaient tous par le brun de la peau et leurs yeux noirs, infor\u00adtu\u00adn\u00e9e jeu\u00adnesse si s\u00fbre d\u2019elle-m\u00eame, bruyante, insou\u00adciante, vigou\u00adreuse et avide. Le vent incli\u00adnait d\u2019un m\u00eame c\u00f4t\u00e9, comme une seule vague gris vert, les fron\u00addai\u00adsons des saules, et sou\u00addain sur\u00adgis\u00adsait, soli\u00adtaire et loin\u00adtaine, la cou\u00adpole de Saint-Pierre, pas\u00adsant len\u00adte\u00adment, sur un fond d\u2019azur tou\u00adjours aus\u00adsi imma\u00adcu\u00adl\u00e9, de la rive gauche, d\u2019abord, \u00e0 la rive droite ensuite, avant d\u2019y \u00eatre bru\u00adta\u00adle\u00adment offus\u00adqu\u00e9e par une inf\u00e2me construc\u00adtion moderne. C\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s arri\u00adv\u00e9s l\u00e0 que nous nous reje\u00adtions \u00e0 l\u2019eau, tirant der\u00adri\u00e8re nous notre canot au bout d\u2019un c\u00e2ble. On riait, on fai\u00adsait gicler l\u2019eau, tout en se frayant sa route entre les bateaux d\u2019entra\u00eenement, barques pour quatre ou huit rameurs, avec, \u00e0 la barre, leur entra\u00ee\u00adneur aboyant comme un chien pour scan\u00adder le rythme \u00e0 tenir. Un quart d\u2019heure plus tard, nous abor\u00addions notre banc de sable, accueillis par les mille et mille d\u00e9mons\u00adtra\u00adtions ver\u00adbales de ceux qui n\u2019avaient pas&nbsp;boug\u00e9.<\/p>\n<p>Puis on s\u2019\u00e9tendait \u00e0 nou\u00adveau \u00e0 m\u00eame le sable, \u00e9cou\u00adtant le caquet des autres ou, les yeux mi-clos, regar\u00addant pas\u00adser, ramant dans sa barque en com\u00adpa\u00adgnie de deux amis, le fils du grand po\u00e8te, qui, comme presque tous les fils d\u2019hommes illustres, avait la r\u00e9pu\u00adta\u00adtion d\u2019\u00eatre insi\u00adgni\u00adfiant, peut-\u00eatre parce qu\u2019on le jugeait selon des cri\u00adt\u00e8res qui n\u2019\u00e9taient pas faits pour lui, et qui d\u2019ailleurs, vrai\u00adsem\u00adbla\u00adble\u00adment \u00e9cra\u00ads\u00e9, irri\u00adt\u00e9 par la gloire pater\u00adnelle, menait effec\u00adti\u00adve\u00adment la vie la plus&nbsp;plate.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pris cong\u00e9 de cha\u00adcun, le lieu\u00adte\u00adnant avia\u00adteur par\u00adtit, cepen\u00addant que Zam\u00adbet\u00adti rega\u00adgnait l\u2019autre rive dans son esquif et que Fran\u00adces\u00adco et sa m\u00e8re, non sans sou\u00adpi\u00adrer, s\u2019exilaient \u00e0 leur tour de l\u2019eau et du soleil afin d\u2019\u00eatre ren\u00adtr\u00e9s \u00e0 deux heures et demie pour le d\u00e9jeu\u00adner. Sur le fleuve parut alors le vieux mon\u00adsieur de soixante ans qui avait l\u2019air de n\u2019en avoir que vingt, sauf que ses che\u00adveux \u00e9taient tout blancs. Il remon\u00adtait le cou\u00adrant avec un ami, ramant \u00e0 la v\u00e9ni\u00adtienne, \u00e9l\u00e9\u00adgant, se balan\u00ad\u00e7ant comme un gon\u00addo\u00adlier et plon\u00adgeant dans le Tibre, d\u2019un mou\u00adve\u00adment s\u00fbr et ryth\u00adm\u00e9, la longue tige de son avi\u00adron. Tous deux vinrent s\u2019asseoir aupr\u00e8s de moi pour se repo\u00adser tout en bavar\u00addant&nbsp;; le vieux mon\u00adsieur enta\u00adma tout de suite une conver\u00adsa\u00adtion sur l\u2019art, car il n\u2019aimait rien tant que ce genre d\u2019entretien, non seule\u00adment parce que j\u2019\u00e9tais \u00e9tran\u00adg\u00e8re et donc, pro\u00adba\u00adble\u00adment, \u00e0 Rome pour en admi\u00adrer les tr\u00e9\u00adsors artis\u00adtiques, mais encore parce que l\u2019art \u00e9tait pour lui un domaine qua\u00adsi per\u00adson\u00adnel, lui-m\u00eame ayant jadis peint et copi\u00e9, en simple dilet\u00adtante, certes, et quand il \u00e9tait encore jeune, il y avait donc bien long\u00adtemps de cela. Mais il en avait gar\u00add\u00e9 un culte fana\u00adtique de tout art ancien. Quand aux modernes, ah&nbsp;! dieux, quels gens&nbsp;! Avaient-ils seule\u00adment la moindre notion de l\u2019accord entre les cou\u00adleurs, de l\u2019harmonieuse r\u00e9par\u00adti\u00adtion des figures sur une sur\u00adface don\u00adn\u00e9e,\u200a\u2014\u200ade la beau\u00adt\u00e9, en un mot&nbsp;? Il \u00e9tait lan\u00adc\u00e9\u200a\u2014\u200aet moi je res\u00adtais muette comme un pois\u00adson, sachant trop bien que l\u2019on ne sau\u00adrait \u00e0 Rome dis\u00adcu\u00adter d\u2019art moderne avec les sexa\u00adg\u00e9\u00adnaires\u200a\u2014\u200aoui, quelle bru\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9 de sen\u00adti\u00adment, quelles cou\u00adleurs impures ou criardes, quels sujets&nbsp;! O, che scioc\u00adchez\u00adza&nbsp;!\u200a\u2014\u200aquelle sot\u00adtise&nbsp;! Puis, sans tran\u00adsi\u00adtion aucune, il se mit \u00e0 par\u00adler de l\u2019Am\u00e9rique&nbsp;; c\u2019est d\u2019outre-Atlantique que venait tout le mal et les gens com\u00admen\u00ad\u00e7aient, jusque dans son Ita\u00adlie, \u00e0 imi\u00adter les m\u00e9thodes am\u00e9\u00adri\u00adcaines, s\u2019imaginant que le salut venait de l\u00e0-bas et s\u2019en lais\u00adsant impo\u00adser par le bat\u00adtage de la r\u00e9clame, les suc\u00adc\u00e8s ver\u00adti\u00adgi\u00adneux, l\u2019inhumaine agi\u00adta\u00adtion au nom sacro-saint des affaires. L\u2019ami sou\u00adriait avec indul\u00adgence, gagn\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait par le doute et en proie \u00e0 une admi\u00adrable et m\u00e9lan\u00adco\u00adlique facul\u00adt\u00e9 de tout com\u00adprendre. \u00ab&nbsp;Calme-toi, Gino, dit-il, il ne faut pas se cou\u00adper de tout, si l\u2019on veut sur\u00advivre&nbsp;; aucune chose, per for\u00adza&nbsp;! qui ne soit condam\u00adn\u00e9e \u00e0 ne plus res\u00adsem\u00adbler \u00e0 ce qu\u2019elle \u00e9tait au bon vieux temps&nbsp;; ce n\u2019est pas si ter\u00adrible et a m\u00eame ses rai\u00adsons pro\u00adfondes.&nbsp;\u00bb Sur quoi, gar\u00addant la parole, l\u2019ami, heu\u00adreux de pui\u00adser dans ses sou\u00adve\u00adnirs, se mit \u00e0 pro\u00adnon\u00adcer l\u2019\u00e9loge de ma Suisse natale. Ces pr\u00e9s si verts, ces cha\u00adlets, et la pro\u00adpre\u00adt\u00e9&nbsp;! \u00ab&nbsp;Et puis, Gino, le beurre que tu peux man\u00adger n\u2019importe o\u00f9, car il est tou\u00adjours frais, et dans le moindre des vil\u00adlages tu peux te cou\u00adcher sans crainte dans le pre\u00admier lit venu.&nbsp;\u00bb Un beau pays, un pays heu\u00adreux, un pays rai\u00adson\u00adnable. M\u00e9di\u00adta\u00adti\u00adve\u00adment, tous deux lais\u00adsaient le sable s\u2019\u00e9couler entre leurs doigts. De l\u2019autre rive arri\u00advait un bruit de caval\u00adcade&nbsp;: un d\u00e9ta\u00adche\u00adment de cara\u00adbi\u00adniers qui d\u00e9fi\u00adlait&nbsp;; au-des\u00adsus des hommes \u00e0 che\u00adval, on aper\u00adce\u00advait les cypr\u00e8s d\u2019un parc sur\u00ad\u00e9le\u00adv\u00e9, cepen\u00addant que, tr\u00e8s haut dans le ciel, tour\u00adnait en cercle, avec un sourd bour\u00addon\u00adne\u00adment, une escadrille.<\/p>\n<p>Les deux vieux mes\u00adsieurs, alors se lev\u00e8rent et apr\u00e8s mille for\u00admules empreintes de la poli\u00adtesse la plus exquise, ils me ser\u00adr\u00e8rent la main, non sans me mettre en garde contre l\u2019excessive ardeur du soleil et tout en expri\u00admant l\u2019espoir de me retrou\u00adver le len\u00adde\u00admain et encore de tr\u00e8s nom\u00adbreux jours. Puis, se lais\u00adsant por\u00adter en aval par le cou\u00adrant, leur svelte et s\u00fbre sil\u00adhouette dres\u00ads\u00e9e sur le bord, ils lev\u00e8rent encore une fois leurs mains brunes en guise de salut tout en incli\u00adnant cour\u00adtoi\u00adse\u00adment la t\u00eate&nbsp;; le vent emm\u00ea\u00adlait leurs che\u00adveux blancs et, sans une lacune, leur den\u00adture \u00e9tin\u00adce\u00adla dans leurs visages basan\u00e9s.<\/p>\n<p>Je res\u00adtai seule, cou\u00adch\u00e9e sur le sable. Le soleil, avec mon sang, cir\u00adcu\u00adlait dans tout mon corps, le sable br\u00fb\u00adlait et, \u00e0 tra\u00advers mes pau\u00adpi\u00e8res closes, je per\u00adce\u00advais l\u2019invraisemblable azur du ciel&nbsp;; tout pr\u00e8s s\u2019ent\u00eatait le grin\u00adce\u00adment d\u2019une drague. Sans pen\u00ads\u00e9e, sans d\u00e9sir, je n\u2019\u00e9tais plus que soleil, sable, vent. Un peu plus tard, je tra\u00adver\u00adse\u00adrais encore le Tibre \u00e0 la nage, puis me dou\u00adche\u00adrais sous l\u2019eau gla\u00adc\u00e9e venue des Marches et, pen\u00addant que je m\u2019habillerais, Sor Nico\u00adla me racon\u00adte\u00adrait encore quelques-unes de ses impayables anec\u00addotes, dans son dia\u00adlecte romain si haut en cou\u00adleur. Les mots dif\u00adfi\u00adciles, il me les expli\u00adque\u00adrait par une expres\u00adsive pan\u00adto\u00admime inter\u00adrom\u00adpue d\u2019innombrables \u00ab&nbsp;ha capi\u00adto&nbsp;?&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;non \u00e8 vero&nbsp;?&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Madon\u00adna mia&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Apr\u00e8s quoi je gra\u00advi\u00adrais le ter\u00adri\u00adble\u00adment raide esca\u00adlier de pierre en effrayant, sou\u00addain sor\u00adtis de leurs invi\u00adsibles cachettes ou des buis\u00adsons pous\u00adsi\u00e9\u00adreux, les l\u00e9zards sur\u00adpris dans leur sieste&nbsp;; alors, quelques ins\u00adtants, je m\u2019immobiliserais, sif\u00adfle\u00adrais en sour\u00addine et, me fixant de leurs petits yeux brillants, comme arr\u00ea\u00adt\u00e9s par un charme ils m\u2019\u00e9couteraient. Plus haut&nbsp;: sur la chaus\u00ads\u00e9e pou\u00addreuse domi\u00adnant la rive, la cha\u00adleur, aus\u00adsi vio\u00adlente qu\u2019au sor\u00adtir de la bouche d\u2019un four, m\u2019assaillirait. Dans tous mes membres, je sen\u00adti\u00adrais encore la fra\u00ee\u00adcheur de l\u2019eau, jusque tard dans la soi\u00adr\u00e9e lorsque, de ma fen\u00eatre, au-des\u00adsus du jar\u00addin Borg\u00adh\u00e8se et du faible oscil\u00adle\u00adment des pins, je ver\u00adrais la lune pro\u00adfi\u00adler sa corne de cuivre sur le ciel nocturne.<\/p>\n<p>[\/\u200bGritta <sc>Sam\u00adson-Baer\u00adlo\u00adcher<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vrai\u00adsem\u00adbla\u00adble\u00adment \u00e9crites vers 1930, ces pages, dont ma femme de son vivant ne m\u2019avait jamais don\u00adn\u00e9 \u00e0 lire l\u2019original, ont paru ce prin\u00adtemps en une pla\u00adquette hors com\u00admerce \u00e0 tirage res\u00adtreint, ras\u00adsem\u00adblant et leur r\u00e9dac\u00adtion alle\u00admande et la pr\u00e9\u00adsente tra\u00adduc\u00adtion, impri\u00adm\u00e9e en regard. Assu\u00adr\u00e9\u00adment, nos lec\u00adteurs esti\u00ad\u00adme\u00ad\u00adront-ils, eux aus\u00adsi, qu\u2019il n\u2019\u00e9tait que jus\u00adtice de permettre&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[157],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-1425","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-temoins-n33-ete-1963"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1425","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1425"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1425\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1425"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1425"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1425"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=1425"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}