{"id":1795,"date":"1985-09-01T00:03:39","date_gmt":"1985-09-01T00:03:39","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2008\/11\/18\/cuba-qui-a-peur-de-la-litterature-3\/"},"modified":"2024-05-15T08:20:46","modified_gmt":"2024-05-15T08:20:46","slug":"cuba-qui-a-peur-de-la-litterature-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1985\/09\/01\/cuba-qui-a-peur-de-la-litterature-3\/","title":{"rendered":"Cuba&nbsp;: qui a peur de la litt\u00e9rature&nbsp;?"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1795?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1795?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">Un apo\u00adlo\u00adgiste \u00e9tran\u00adger du sys\u00adt\u00e8me cubain racon\u00adta, sans vou\u00adloir intro\u00adduire de double sens dans son his\u00adtoire, que lors\u00adqu\u2019il se ren\u00addit au bureau de Nico\u00adlas Guillen (pr\u00e9\u00adsident de l\u2019U\u00adNEAC, Union natio\u00adnale des \u00e9cri\u00advains et artistes cubains) pour un entre\u00adtien, celui-ci fut fier de lui mon\u00adtrer un tank sovi\u00e9\u00adtique T\u201154 dor\u00e9, en minia\u00adture, dont Raul Cas\u00adtro, (fr\u00e8re de Fidel, chef de l\u2019ar\u00adm\u00e9e et per\u00adson\u00adnage si redou\u00adtable que l\u2019on dit que Fidel n\u2019a rien \u00e0 craindre tant que Raul reste en vie) lui avait fait cadeau \u00e0 l\u2019oc\u00adca\u00adsion de son 70<sup>e<\/sup> anni\u00adver\u00adsaire (en 72, une ann\u00e9e apr\u00e8s le I<sup>er<\/sup> Congr\u00e8s d\u2019\u00c9\u00addu\u00adca\u00adtion et Culture, qui a clos le \u00ab&nbsp;cas Padilla&nbsp;\u00bb). Sur le petit tank figu\u00adrait l\u2019ins\u00adcrip\u00adtion&nbsp;: \u00ab&nbsp;Toi et moi, nous sommes d\u00e9j\u00e0 la m\u00eame chose.&nbsp;\u00bb Et il faut dire que Nico\u00adlas Guillen et son \u00e9tat-major se sont bien d\u00e9brouill\u00e9s dans l\u2019\u00ab\u00e9tat de guerre&nbsp;\u00bb dont le pr\u00e9\u00adsident aimait rap\u00adpe\u00adler l\u2019exis\u00adtence. L\u2019his\u00adtoire de Rei\u00adnal\u00addo Are\u00adnas le montre bien.\n<p>Lorsque Rei\u00adnal\u00addo Are\u00adnas arri\u00adva \u00e0 La Havane, en 1961, (i] avait 18 ans), ce ne furent pas les lumi\u00e8res de ses nuits qui le s\u00e9dui\u00adsirent, comme Cabre\u00adra Infante. Dans un de ses romans, \u00e9crit en cachette dix ans plus tard, Are\u00adnas raconte ain\u00adsi l\u2019ar\u00adri\u00adv\u00e9e \u00e0 La Havane, qui aurait pu \u00eatre la sienne, de l\u2019un de ses per\u00adson\u00adnages&nbsp;: \u00ab[\u2026] oui, il y avait encore des caba\u00adrets, des caf\u00e9\u00adt\u00e9\u00adrias, quelques f\u00eates, il y eut m\u00eame un car\u00adna\u00adval, mais Artu\u00adro remar\u00adquait que presque tout le monde par\u00adlait au pas\u00ads\u00e9 et ce qui le sur\u00adpre\u00adnait peut-\u00eatre le plus (et m\u00eame le fas\u00adci\u00adnait) dans ce tour\u00adbillon d\u2019a\u00adven\u00adtures inache\u00adv\u00e9es, de conver\u00adsa\u00adtions, de ren\u00adcontres et de rap\u00adports inache\u00adv\u00e9s, c\u2019\u00e9\u00adtait de voir la vitesse \u00e0 laquelle tout, y com\u00adpris les rues, y com\u00adpris les visages, et m\u00eame le temps, tout se d\u00e9t\u00e9\u00adrio\u00adrait, se fen\u00addait, se bri\u00adsait, s\u2019\u00e9\u00adro\u00addait de jour en jour et de plus en plus&nbsp;; une semaine, c\u2019\u00e9\u00adtait un cin\u00e9\u00adma qui fer\u00admait, la semaine sui\u00advante, un nou\u00adveau pro\u00adduit ration\u00adn\u00e9, la sui\u00advante, un local fer\u00adm\u00e9, en une seule jour\u00adn\u00e9e, tous les arbres de la rue abat\u00adtus sans expli\u00adca\u00adtion, sans deman\u00adder l\u2019a\u00advis de per\u00adsonne, et la clar\u00adt\u00e9 qui des\u00adcen\u00addait sur la ville au fur et \u00e0 mesure que l\u2019eau venait \u00e0 man\u00adquer, et la clar\u00adt\u00e9 qui deve\u00adnait plus clar\u00adt\u00e9 chaque jour.&nbsp;\u00bb Mais le fait d\u2019\u00eatre arri\u00adv\u00e9 \u00e0 La Havane seule\u00adment apr\u00e8s la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion et \u00e0 un si jeune \u00e2ge, auquel s\u2019a\u00adjou\u00adtait le fait capi\u00adtal d\u2019\u00eatre le fils d\u2019une famille de pay\u00adsans, fai\u00adsait de lui le pur pro\u00adduit de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture cubaine d\u2019a\u00adpr\u00e8s la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion, l\u2019\u00abespoir rouge&nbsp;\u00bb de l\u2019U\u00adNEAC. Mais cette \u00e9toile avait une par\u00adti\u00adcu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9 aga\u00ad\u00e7ante&nbsp;: il \u00e9tait homo\u00adsexuel \u00ab[\u2026] et dans une forme trop voyante, presque comme une folle du vieux port de La Havane&nbsp;\u00bb, comme raconte Cabre\u00adra Infante. Mais cette \u00ab&nbsp;folle&nbsp;\u00bb avait un grand talent lit\u00adt\u00e9\u00adraire (autre par\u00adti\u00adcu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9 aga\u00ad\u00e7ante, peut-\u00eatre) qui lui a valu le second prix lit\u00adt\u00e9\u00adraire de l\u2019U\u00adNEAC en 1967 pour son pre\u00admier roman, <i>le Puits<\/i>, dont on a dit qu\u2019il \u00e9tait \u00ab&nbsp;un mael\u00adstr\u00f6m de mots&nbsp;\u00bb (il est r\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adteur que ce roman, qui raconte une enfance \u00e0 la cam\u00adpagne avant la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion, parle d\u2019un enfant un peu fou qui \u00e9crit par\u00adtout, sur n\u2019im\u00adporte quelle sur\u00adface\u200a\u2014\u200anotam\u00adment sur les branches blanches des arbres\u200a\u2014\u200aet est tou\u00adjours per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adt\u00e9 par son grand-p\u00e8re qui, une hache \u00e0 la main, abo\u00adlit tout ce que l\u2019en\u00adfant \u00e9crit&nbsp;; c\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 cause de cette his\u00adtoire ou bien \u00e0 cause de sa trop grande liber\u00adt\u00e9 d\u2019\u00e9\u00adcri\u00adture que le roman a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 seule\u00adment \u00e0 deux mille exem\u00adplaires bien qu\u2019il ait gagn\u00e9 le second prix) et sur\u00adtout la recon\u00adnais\u00adsance de Leza\u00adma Lima, l\u2019un des plus grands po\u00e8tes en langue espa\u00adgnole de ce si\u00e8cle, le seul grand \u00e0 res\u00adter \u00e0 La Havane apr\u00e8s la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion&nbsp;: il y v\u00e9cut avec une grande dis\u00adcr\u00e9\u00adtion dou\u00adbl\u00e9e d\u2019un grand cou\u00adrage. Mais Rei\u00adnal\u00addo Are\u00adnas avait aus\u00adsi ses id\u00e9es sur les r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions et les r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires et il en fera part dans son deuxi\u00e8me roman, <i>le Monde hal\u00adlu\u00adci\u00adnant<\/i>.<\/p>\n<h5>Le Monde hallucinant<\/h5>\n<p>Ce roman est bas\u00e9 sur la vie d\u2019un r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire mexi\u00adcain, moine domi\u00adni\u00adcain, appe\u00adl\u00e9 Ser\u00advan\u00addo Tere\u00adsa de Mier, ayant v\u00e9cu \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> et au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Are\u00adnas a pris comme point de d\u00e9part l\u2019au\u00adto\u00adbio\u00adgra\u00adphie de Ser\u00advan\u00addo, sur laquelle il a tra\u00advaill\u00e9 avec une grande liber\u00adt\u00e9, en en fai\u00adsant une esp\u00e8ce de <i>patch\u00adwork<\/i> qu\u2019il rem\u00adplit de ratures, de fl\u00e8ches, de taches, d\u2019in\u00addi\u00adca\u00adtions&nbsp;; cer\u00adtains pas\u00adsages sont racon\u00adt\u00e9s comme des bandes des\u00adsi\u00adn\u00e9es, d\u2019autres rap\u00adpellent les tableaux de Bosch, d\u2019autres encore la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture pica\u00adresque espa\u00adgnole. Il y tra\u00advaille avec une encre phos\u00adpho\u00adres\u00adcente, pleine d\u2019hu\u00admour et de ten\u00addresse. Le texte ini\u00adtial a dis\u00adpa\u00adru, mais le r\u00e9cit essen\u00adtiel de la vie de Ser\u00advan\u00addo a \u00e9t\u00e9 conser\u00adv\u00e9. Dans la d\u00e9di\u00adcace du livre, il y a une phrase reten\u00adtis\u00adsante. S\u2019a\u00addres\u00adsant \u00e0 Ser\u00advan\u00addo, Are\u00adnas \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Toi et moi, nous sommes la m\u00eame per\u00adsonne.&nbsp;\u00bb (Cha\u00adcun choi\u00adsit son camp, je pense \u00e0 la phrase du petit T\u201134.)<\/p>\n<p>Tout\u200a\u2014\u200adans la vie poli\u00adtique de Ser\u00advan\u00addo, pas dans le roman\u200a\u2014\u200acom\u00admen\u00ad\u00e7a le jour de la f\u00eate de la Vierge de Gua\u00adda\u00adlupe, lors\u00adqu\u2019en qua\u00adli\u00adt\u00e9 de meilleur pr\u00e9\u00addi\u00adca\u00adteur du pays, Ser\u00advan\u00addo affir\u00adma dans son temple que la vierge n\u2019\u00e9\u00adtait qu\u2019un masque de Quet\u00adzal\u00adcoatl, dieu azt\u00e8que, qui \u00e0 son tour est une divi\u00adni\u00adt\u00e9 essen\u00adtiel\u00adle\u00adment chr\u00e9\u00adtienne. Le chris\u00adtia\u00adnisme pr\u00e9\u00adexis\u00adtait donc \u00e0 l\u2019ar\u00adri\u00adv\u00e9e des Espa\u00adgnols. Ceci enle\u00advait toute l\u00e9gi\u00adti\u00admi\u00adt\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9\u00adsence des Espa\u00adgnols en Am\u00e9\u00adrique. (\u00c0 leurs yeux, les Espa\u00adgnols \u00e9taient l\u00e0 pour \u00e9van\u00adg\u00e9\u00adli\u00adser les Indiens.) La renom\u00adm\u00e9e de Ser\u00advan\u00addo comme pr\u00e9\u00addi\u00adca\u00adteur le sau\u00adva du b\u00fbcher&nbsp;: il fut conduit dans les pri\u00adsons d\u2019Es\u00adpagne. Il s\u2019\u00e9\u00adva\u00adda pour arri\u00adver \u00e0 Paris juste apr\u00e8s la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion. Il devint l\u2019a\u00admi de Cha\u00adteau\u00adbriand, de l\u2019ab\u00adb\u00e9 Gr\u00e9\u00adgoire, mais sur\u00adtout de Ben\u00adja\u00admin Constant, de Hum\u00adboldt, de Simon Rodri\u00adguez\u200a\u2014\u200ajuif d\u2019A\u00adm\u00e9\u00adrique, p\u00e8re spi\u00adri\u00adtuel de toute une g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion de r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires, dont Simon Boli\u00advar\u200a\u2014\u200ade Simon Boli\u00advar et de Madame de Sta\u00ebl. (Un jour celle-ci, dans l\u2019in\u00adti\u00admi\u00adt\u00e9, fumant un cigare, allon\u00adg\u00e9e sur sa chaise-longue, lui t\u00eent ses pro\u00adpos&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons man\u00adqu\u00e9 la grande occa\u00adsion. Peut-\u00eatre la seule. Une r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion ne se fait pas en dix ans ni en un si\u00e8cle. C\u2019est l\u2019ac\u00adcu\u00admu\u00adla\u00adtion des \u00e9poques et des hommes qui la pro\u00adduisent. Et puis le point culmi\u00adnant arrive enfin. Et alors nous l\u2019a\u00adb\u00ee\u00admons, nous la salis\u00adsons, nous la d\u00e9for\u00admons, ce qui est man\u00adquer de res\u00adpect \u00e0 l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 toute enti\u00e8re. [\u2026] mais alors je me dis&nbsp;: si nous avions res\u00adpec\u00adt\u00e9 nos posi\u00adtions [\u2026] si tout s\u2019\u00e9\u00adtait pas\u00ads\u00e9 comme cela aurait d\u00fb se pas\u00adser, est-ce qu\u2019on aurait donc conquis le bon\u00adheur&nbsp;?&nbsp;\u00bb) Il quit\u00adta Paris, fuyant Napo\u00adl\u00e9on, le \u00ab&nbsp;voleur de peuples&nbsp;\u00bb, selon l\u2019ex\u00adpres\u00adsion du \u00ab&nbsp;vrai&nbsp;\u00bb Ser\u00advan\u00addo. Apr\u00e8s avoir pas\u00ads\u00e9 par Rome (\u00ab&nbsp;<i>La cit\u00e0 \u00e8 sanc\u00adta ma il popo\u00adlo cor\u00adru\u00adto<\/i>&nbsp;\u00bb), par l\u2019Es\u00adpagne (o\u00f9 il fut \u00e0 nou\u00adveau empri\u00adson\u00adn\u00e9) et par Lis\u00adbonne (\u00ab&nbsp;Il n\u2019y a que silence dans toute cette ville. Silence et famine&nbsp;\u00bb), il arri\u00adva fina\u00adle\u00adment \u00e0 Londres (\u00ab&nbsp;le ren\u00addez-vous de tous les conspi\u00adra\u00adteurs r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires de l\u2019Eu\u00adrope&nbsp;\u00bb). Il y ren\u00adcon\u00adtra Jos\u00e9 Maria Blan\u00adco et Fran\u00adcis\u00adco Javier Mina, deux r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires espa\u00adgnols fan\u00adtas\u00adtiques. Il orga\u00adni\u00adsa avec eux une inva\u00adsion du Mexique (en 1810&nbsp;: la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion venait de com\u00admen\u00adcer). Ils d\u00e9bar\u00adqu\u00e8rent dans un port du nord du Mexique. Apr\u00e8s quelques batailles, ils furent vain\u00adcus par l\u2019ar\u00adm\u00e9e roya\u00adliste. Ser\u00advan\u00addo, fait pri\u00adson\u00adnier, s\u2019\u00e9\u00adchap\u00adpa \u00e0 nou\u00adveau alors qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 sur la route des pri\u00adsons d\u2019Espagne.<\/p>\n<p>Il va vivre aux \u00c9tats-Unis. La r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion triomphe au Mexique. Il s\u2019empresse tant d\u2019y ren\u00adtrer qu\u2019il tombe \u00e0 nou\u00adveau aux mains des roya\u00adlistes. En pri\u00adson, il \u00e9tu\u00addie la nou\u00advelle consti\u00adtu\u00adtion du Mexique et se rend compte qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019\u00abun long pan\u00e9\u00adgy\u00adrique de l\u2019in\u00adtri\u00adgant Itur\u00adbide&nbsp;\u00bb (Itur\u00adbide a \u00e9t\u00e9 le prin\u00adci\u00adpal lea\u00adder poli\u00adtique de la der\u00adni\u00e8re \u00e9tape de la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion de 1810, qui finit en 1821), qui ne tarde pas \u00e0 se pro\u00adcla\u00admer empe\u00adreur. Ser\u00advan\u00addo r\u00e9dige sa <i>Lettre d\u2019a\u00addieu aux Mexi\u00adcains<\/i>. La <i>Lettre<\/i> ayant \u00e9t\u00e9 inter\u00adcep\u00adt\u00e9e, il est lib\u00e9\u00adr\u00e9 par la cou\u00adronne espa\u00adgnole qui ne savait pas pour qui il \u00e9tait plus dan\u00adge\u00adreux, pour elle ou pour Iturbide.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un entre\u00adtien irr\u00e9\u00adv\u00e9\u00adrent avec l\u2019\u00abempereur&nbsp;\u00bb, il est empri\u00adson\u00adn\u00e9 par le r\u00e9gime issu de la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion. En pri\u00adson, \u00ab&nbsp;\u00e0 la lueur d\u2019une bou\u00adgie qui filait, je me suis mis \u00e0 \u00e9crire contre lui et \u00e0 pr\u00e9\u00adpa\u00adrer la vraie r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion.&nbsp;\u00bb La foule enthou\u00adsiaste qui ren\u00adver\u00adsa Itur\u00adbide et ins\u00adtau\u00adra la R\u00e9pu\u00adblique lib\u00e9\u00adra Ser\u00advan\u00addo. Il relan\u00ad\u00e7a sur le champ le d\u00e9bat poli\u00adtique, en s\u2019op\u00adpo\u00adsant au f\u00e9d\u00e9\u00adra\u00adlisme exces\u00adsif qui ris\u00adquait de mener la R\u00e9pu\u00adblique \u00e0 la ruine devant les risques de guerre immi\u00adnente. Ser\u00advan\u00addo d\u00e9cla\u00adra&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne suis pas un franc-ma\u00e7on, parce que la franc-ma\u00e7on\u00adne\u00adrie est un par\u00adti et je d\u00e9teste ce genre de regrou\u00adpe\u00adments.&nbsp;\u00bb Gua\u00adda\u00adlupe Vic\u00adto\u00adria, le pr\u00e9\u00adsident de la R\u00e9pu\u00adblique, l\u2019a\u00adme\u00adna dans son palais pr\u00e9\u00adsi\u00adden\u00adtiel, o\u00f9 Ser\u00advan\u00addo d\u00e9sesp\u00e9rait.<\/p>\n<p>Il \u00e9crit sur ce ton \u00e0 Jos\u00e9 Maria de H\u00e9r\u00e9\u00addia, jeune po\u00e8te cubain alors exi\u00adl\u00e9 au Mexique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que sommes-nous d\u2019autre dans ce palais que des objets inutiles, des reliques pour mus\u00e9es, des pros\u00adti\u00adtu\u00e9es r\u00e9ha\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9es. Ce que nous avons fait ne sert \u00e0 rien si nous ne dan\u00adsons pas sur le der\u00adnier air de cla\u00adri\u00adnette. \u00c7a ne nous sert \u00e0 rien. Et si tu pr\u00e9\u00adtends rec\u00adti\u00adfier des erreurs, tu n\u2019es qu\u2019un tra\u00eetre, et si tu pr\u00e9\u00adtends chan\u00adger quelque chose \u00e0 la plus \u00e9norme b\u00eatise, tu n\u2019es qu\u2019un cynique r\u00e9vi\u00adsion\u00adniste, et si tu luttes pour la vraie liber\u00adt\u00e9, tu es tou\u00adjours au bord de la mort, [\u2026] et il para\u00eet que c\u2019est cela la vraie liber\u00adt\u00e9, [\u2026] de ser\u00advir cette racaille bru\u00adtale qui sch\u00e9\u00adma\u00adtise tout, ces gens qui confondent la d\u00e9mo\u00adcra\u00adtie avec l\u2019ab\u00adsence d\u2019\u00e9\u00addu\u00adca\u00adtion, qui croient que la d\u00e9mo\u00adcra\u00adtie, c\u2019est de se pro\u00adme\u00adner \u00e0 moi\u00adti\u00e9 nu en mon\u00adtrant tous ses attri\u00adbuts \u00e0 la foule ido\u00adl\u00e2tre qui est capable de les bai\u00adser. Est-ce cela tout&nbsp;? Cette hypo\u00adcri\u00adsie constante avec laquelle on n\u2019ar\u00adr\u00eate pas de r\u00e9p\u00e9\u00adter que nous sommes au para\u00addis [\u2026] et sin\u00adc\u00e8\u00adre\u00adment [\u2026] un tel para\u00addis existe-t-il&nbsp;? Et s\u2019il n\u2019existe pas, pour\u00adquoi essayer de l\u2019in\u00adven\u00adter&nbsp;? Pour\u00adquoi nous leur\u00adrer&nbsp;?&nbsp;\u00bb Ser\u00advan\u00addo meurt dans ce palais. Il para\u00eet que, dans l\u2019his\u00adtoire \u00ab&nbsp;vraie&nbsp;\u00bb, lorsque le par\u00adti lib\u00e9\u00adral triom\u00adpha au Mexique et que les \u00e9glises furent fer\u00adm\u00e9es, beau\u00adcoup de gens ouvrirent les tom\u00adbeaux des moines dans l\u2019es\u00adpoir de trou\u00adver des tr\u00e9\u00adsors. La momie de Ser\u00advan\u00addo aurait ain\u00adsi \u00e9t\u00e9 vol\u00e9e et ven\u00addue \u00e0 un cirque ita\u00adlien qui l\u2019emporta en Argen\u00adtine, puis en Europe. Ser\u00advan\u00addo aurait ain\u00adsi \u00e9t\u00e9 exhi\u00adb\u00e9 en Bel\u00adgique vers le troi\u00adsi\u00e8me quart du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en tant que \u00ab&nbsp;vic\u00adtime de l\u2019Inquisition&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Le roman est plein de mou\u00adve\u00adment (un peu comme des ch\u00e2\u00adteaux pyro\u00adtech\u00adniques dans la nuit) de part l\u2019ac\u00adtion qu\u2019il raconte et sur\u00adtout de part les mou\u00adve\u00adments de l\u2019\u00e9\u00adcri\u00adture. Are\u00adnas dit de ses romans qu\u2019ils sont \u00ab&nbsp;plu\u00adt\u00f4t comme des esquisses d\u2019autres romans&nbsp;\u00bb. Il dit aus\u00adsi que sa fa\u00e7on de nar\u00adrer \u00ab&nbsp;est bas\u00e9e sur le fait d\u2019a\u00adme\u00adner une situa\u00adtion don\u00adn\u00e9e \u00e0 son carac\u00adt\u00e8re extr\u00eame, jus\u00adqu\u2019au point o\u00f9 cet extr\u00eame-l\u00e0 devient pres\u00adqu\u2019une lib\u00e9\u00adra\u00adtion&nbsp;\u00bb. Ailleurs, il dit que ses romans \u00ab&nbsp;ne suivent en aucun moment la tra\u00addi\u00adtion du roman au sens que le dix-neu\u00advi\u00e8me si\u00e8cle a don\u00adn\u00e9 \u00e0 ce mot. Il n\u2019y a pas de n\u0153ud, il n\u2019y a pas d\u2019ar\u00adgu\u00adment, il n\u2019y a pas de d\u00e9noue\u00adment, je dirai m\u00eame qu\u2019il a pas de deve\u00adnir dans le temps. Il y a des \u00e9clats, sans cesse, comme des moments d\u2019une explo\u00adsion \u00e0 carac\u00adt\u00e8re po\u00e9\u00adtique, \u00e0 carac\u00adt\u00e8re violent.&nbsp;\u00bb De ce roman, qu\u2019il a publi\u00e9 \u00e0 26 ans, on a dit qu\u2019il \u00e9tait une sorte de \u00ab&nbsp;cata\u00adclysme lit\u00adt\u00e9\u00adraire&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;un vaste exer\u00adcice d\u2019a\u00adnar\u00adchie pure&nbsp;\u00bb. Le roman a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9\u00addia\u00adte\u00adment mis sur le m\u00eame plan que <i>Trois Tristes Tigres<\/i> de Cabre\u00adra Infante, <i>Para\u00addi\u00adso<\/i> de Leza\u00adma Lima, <i>le Si\u00e8cle des Lumi\u00e8res<\/i> de Car\u00adpen\u00adtier et <i>De donde son los can\u00adtantes<\/i> de Seve\u00adro Sar\u00adduy. Il a \u00e9t\u00e9 tra\u00adduit, dans les ann\u00e9es qui sui\u00advirent sa pre\u00admi\u00e8re publi\u00adca\u00adtion en espa\u00adgnol (1969), en anglais, fran\u00ad\u00e7ais, alle\u00admand, hol\u00adlan\u00addais, ita\u00adlien et en d\u2019autres langues encore, mais il n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 Cuba. Publi\u00adque\u00adment, on a dit que <i>le Monde hal\u00adlu\u00adci\u00adnant<\/i> avait \u00e9t\u00e9 inter\u00addit \u00e0 cause de cer\u00adtains pas\u00adsages \u00e9ro\u00adtiques, mais il est \u00e9vident que ce sont les id\u00e9es que ce livre exprime sur les r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions\u200a\u2014\u200aet la figure exem\u00adplaire du r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire qu\u2019il pr\u00e9\u00adsente\u200a\u2014\u200aqui ont d\u00e9ran\u00adg\u00e9 le plus les gu\u00e9\u00adrille\u00adros du pou\u00advoir. Et bien s\u00fbr, le r\u00e9gime de Cas\u00adtro n\u2019a pas vu d\u2019un bon \u0153il que ce roman, inter\u00addit \u00e0 Cuba, ait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtran\u00adger&nbsp;: Rei\u00adnal\u00addo Are\u00adnas n\u2019a plus publi\u00e9 dans l\u2019\u00eele et il fut l\u2019ob\u00adjet d\u2019une stricte vigi\u00adlance de la part des gar\u00addiens de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion. Mais il a conti\u00adnu\u00e9 \u00e0 \u00e9crire. <i>Le Monde hal\u00adlu\u00adci\u00adnant<\/i> est en fait un roman excen\u00adtrique par rap\u00adport au plan g\u00e9n\u00e9\u00adral de son \u0153uvre, qui est celui d\u2019un <i>Bil\u00addung\u00adsro\u00adman<\/i>\u200a\u2014\u200aun \u00ab&nbsp;roman d\u2019ap\u00adpren\u00adtis\u00adsage&nbsp;\u00bb\u200a\u2014\u200aen plu\u00adsieurs volumes qui raconte la for\u00adma\u00adtion et la d\u00e9for\u00adma\u00adtion du&nbsp;po\u00e8te.<\/p>\n<p>Are\u00adnas v\u00e9cut dix ans d\u2019\u00abexil int\u00e9\u00adrieur&nbsp;\u00bb \u00e0 Cuba. Ce qu\u2019il publia (m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtran\u00adger) n\u2019est qu\u2019une par\u00adtie de ce qu\u2019il a \u00e9crit. Il est remar\u00adquable, le silence que l\u2019on a gar\u00add\u00e9 pen\u00addant ces dix ann\u00e9es au sujet de la situa\u00adtion d\u2019A\u00adre\u00adnas (et de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture en g\u00e9n\u00e9\u00adral) \u00e0 Cuba. M\u00eame lors de la paru\u00adtion de ses \u0153uvres en France, par exemple, c\u2019est \u00e0 peine si l\u2019on men\u00adtion\u00adnait qu\u2019elles n\u2019a\u00advaient pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es dans l\u2019\u00eele. Extr\u00ea\u00adme\u00adment rares sont ceux qui ont par\u00adl\u00e9 des per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtions dont l\u2019\u00e9\u00adcri\u00advain fai\u00adsait l\u2019ob\u00adjet dans son&nbsp;pays.<\/p>\n<h5>Qui va payer Shakespeare&nbsp;?<\/h5>\n<p>Lorsque les Espa\u00adgnols d\u00e9bar\u00adqu\u00e8rent en Am\u00e9\u00adrique, ils se deman\u00add\u00e8rent avec \u00e9ton\u00adne\u00adment ce que pou\u00advaient bien \u00eatre les soci\u00e9\u00adt\u00e9s qui se trou\u00advaient l\u00e0, qui \u00e9taient ces hommes et com\u00adment se d\u00e9fi\u00adnir par rap\u00adport \u00e0 eux. Pour trou\u00adver une r\u00e9ponse, ils reprirent les id\u00e9es de Saint-Tho\u00admas (qui, \u00e0 son tour, repre\u00adnait, d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re, les id\u00e9es d\u2019A\u00adris\u00adtote sur la ver\u00adtu). Ils en firent une \u00e9norme construc\u00adtion concep\u00adtuelle hi\u00e9\u00adrar\u00adchi\u00ads\u00e9e. Tout en haut, se trou\u00advait l\u2019i\u00add\u00e9e de la ver\u00adtu la plus pure et tout en bas, le monde des pas\u00adsions&nbsp;: l\u2019en\u00adsemble s\u2019in\u00adt\u00e9\u00adgrait dans une pyra\u00admide rigou\u00adreuse. Or, \u00e0 chaque \u00e9tage de cette pyra\u00admide, devait cor\u00adres\u00adpondre, point par point, une figure sociale de l\u2019empire colo\u00adnial&nbsp;; tout en haut, la figure du mis\u00adsion\u00adnaire catho\u00adlique qui aban\u00addonne son si\u00e8cle pour aller pr\u00f4\u00adner la parole de Dieu dans des contr\u00e9es incon\u00adnues&nbsp;; tout en bas, les Indiens de ces contr\u00e9es incon\u00adnues, dont les \u00e2mes seraient domi\u00adn\u00e9es par les pas\u00adsions. Ce genre de pen\u00ads\u00e9e a \u00e9t\u00e9 la l\u00e9gi\u00adti\u00adma\u00adtion de l\u2019empire colo\u00adnial espa\u00adgnol (res\u00adsem\u00adblant \u00e0 une \u00e9glise baroque) pen\u00addant trois si\u00e8cles. On dirait que Fidel a repro\u00adduit le m\u00eame b\u00e2ti\u00adment concep\u00adtuel en sub\u00adsti\u00adtuant tout sim\u00adple\u00adment \u00e0 la ver\u00adtu chr\u00e9\u00adtienne la ver\u00adtu r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire et en pla\u00ad\u00e7ant tout en haut de la construc\u00adtion non pas le mis\u00adsion\u00adnaire mais le gu\u00e9\u00adrille\u00adro mar\u00adxiste-l\u00e9ni\u00adniste qui donne sa vie \u00e0 la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion. Tout en bas se trou\u00adve\u00adraient toutes les pas\u00adsions qui s\u00e9parent l\u2019in\u00addi\u00advi\u00addu de l\u2019\u00c9\u00adtat. Aux attaques id\u00e9o\u00adlo\u00adgiques s\u2019a\u00adjoutent des r\u00e9formes d\u2019ordre mat\u00e9\u00adriel qui tendent \u00e0 rendre impos\u00adsible l\u2019exis\u00adtence de l\u2019\u00e9\u00adcri\u00advain&nbsp;: les droits d\u2019au\u00adteur ont \u00e9t\u00e9 abo\u00adlis \u00e0 Cuba&nbsp;; ces droits sont per\u00ad\u00e7us par l\u2019\u00c9\u00adtat, par l\u2019in\u00adter\u00adm\u00e9\u00addiaire de son agence CENDA&nbsp;; il n\u2019y a pas de <i>copy\u00adright<\/i> (Fidel&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui va payer \u00e0 Cer\u00advan\u00adt\u00e8s ses droits de pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 intel\u00adlec\u00adtuelle&nbsp;? Qui va payer Sha\u00adkes\u00adpeare&nbsp;? Qui va payer ceux qui ont inven\u00adt\u00e9 l\u2019al\u00adpha\u00adbet&nbsp;?&nbsp;\u00bb L\u2019Ins\u00adti\u00adtut cubain du Livre cen\u00adtra\u00adlise tous les fac\u00adteurs qui inter\u00adviennent dans la pro\u00adduc\u00adtion d\u2019un livre \u00e0 Cuba (bien qu\u2019il reste encore for\u00admel\u00adle\u00adment quelques mai\u00adsons \u00ab&nbsp;auto\u00adnomes&nbsp;\u00bb comme\u2026 l\u2019U\u00adNEAC ou la Mai\u00adson des Am\u00e9riques!)<\/p>\n<p>On est ain\u00adsi arri\u00adv\u00e9 \u00e0 une situa\u00adtion qu\u2019un apo\u00adlo\u00adgiste du cas\u00adtrisme d\u00e9crit triom\u00adpha\u00adle\u00adment de la fa\u00e7on sui\u00advante&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 Cuba, il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9\u00adcri\u00advains qui se d\u00e9dient \u201cseule\u00adment\u201d \u00e0 la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture. Ils tra\u00advaillent tous dans les orga\u00adnismes du gou\u00adver\u00adne\u00adment&nbsp;; et l\u2019\u00c9\u00adtat, quand il le croit utile et conve\u00adnable, sub\u00adven\u00adtionne la publi\u00adca\u00adtion de leurs livres. Cette situa\u00adtion s\u2019est conso\u00adli\u00add\u00e9e prin\u00adci\u00adpa\u00adle\u00adment \u00e0 par\u00adtir du Congr\u00e8s cultu\u00adrel.&nbsp;\u00bb Ce Congr\u00e8s est celui de 1971, l\u2019a\u00adpo\u00adlo\u00adgiste, Fer\u00adnan\u00addo Mar\u00adti\u00adnez Lai\u00adnez. C\u2019\u00e9\u00adtait le r\u00eave de Cas\u00adtro&nbsp;: la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, ce sont les masses qui la font. L\u2019un des r\u00e9sul\u00adtats les plus visibles de cette r\u00e9orien\u00adta\u00adtion de la poli\u00adtique cultu\u00adrelle est la qua\u00adsi-dis\u00adpa\u00adri\u00adtion de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture cubaine&nbsp;: entre 1966 et 1970 ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s plus de trente romans exp\u00e9\u00adri\u00admen\u00adtaux cubains&nbsp;; en 1972 et 1973, il n\u2019y a eu aucun roman (tout court); pour les prix UNEAC 1972 et 1973, per\u00adsonne ne s\u2019est pr\u00e9\u00adsen\u00adt\u00e9, de m\u00eame que pour celui de la Mai\u00adson des Am\u00e9\u00adriques pour 1973&nbsp;; \u00e0 par\u00adtir de 1971, aucun \u00e9cri\u00advain cubain n\u2019a re\u00e7u ce der\u00adnier prix. Cette crise a \u00e9t\u00e9 si grave que pour l\u2019an\u00adn\u00e9e 1975 la Mai\u00adson des Am\u00e9\u00adriques a d\u00e9ci\u00add\u00e9 de regrou\u00adper les genres lit\u00adt\u00e9\u00adraires sus\u00adcep\u00adtibles de par\u00adti\u00adci\u00adper au prix en trois cat\u00e9\u00adgo\u00adries&nbsp;: dans une seule cat\u00e9\u00adgo\u00adrie ils regrou\u00adp\u00e8rent le roman, les nou\u00advelles, la po\u00e9\u00adsie et le th\u00e9\u00e2tre (les prix \u00e9tant d\u00e9cer\u00adn\u00e9s indis\u00adtinc\u00adte\u00adment), tan\u00addis que les deux autres cat\u00e9\u00adgo\u00adries regrou\u00adpaient l\u2019une les essais et les t\u00e9moi\u00adgnages, l\u2019autre la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture enfan\u00adtine (ce qui pou\u00advait inclure les livres didac\u00adtiques). On publie \u00e0 Cuba davan\u00adtage de t\u00e9moi\u00adgnages que d\u2019\u0153uvres de cr\u00e9a\u00adtion pro\u00adpre\u00adment dites. Actuel\u00adle\u00adment, tout le sou\u00adtien de l\u2019\u00c9\u00adtat \u00e0 la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture va au roman poli\u00adcier (ce qu\u2019on nomme \u00e0 Cuba \u00ab&nbsp;petits romans&nbsp;\u00bb).<\/p>\n<p>Au milieu de ce cata\u00adclysme non lit\u00adt\u00e9\u00adraire, Rei\u00adnal\u00addo Are\u00adnas conti\u00adnua \u00e0 \u00e9crire son <i>Bil\u00addung\u00adsro\u00adman<\/i> sur la for\u00adma\u00adtion du po\u00e8te. A la suite de la publi\u00adca\u00adtion du <i>Monde hal\u00adlu\u00adci\u00adnant<\/i> \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtran\u00adger, il avait per\u00addu son emploi \u00e0 la Biblio\u00adth\u00e8que natio\u00adnale et il avait \u00e9t\u00e9 emp\u00ea\u00adch\u00e9 de rece\u00advoir les visites de l\u2019\u00e9\u00adtran\u00adger. A la fin de 1974, il fut arr\u00ea\u00adt\u00e9 pour \u00ab&nbsp;d\u00e9lit de m\u0153urs&nbsp;\u00bb (homo\u00adsexua\u00adli\u00adt\u00e9); on l\u2019ac\u00adcu\u00adsait d\u2019a\u00advoir \u00ab&nbsp;cor\u00adrom\u00adpu&nbsp;\u00bb un mineur (il para\u00eet que le \u00ab&nbsp;mineur&nbsp;\u00bb en ques\u00adtion \u00e9tait un gros gars de 35 ans avec une barbe impor\u00adtante et, qui plus est, Are\u00adnas a \u00e9t\u00e9 sur\u00adpris en d\u00e9cou\u00advrant au tri\u00adbu\u00adnal l\u2019ex\u00adtra\u00ador\u00addi\u00adnaire res\u00adsem\u00adblance de ce gar\u00ad\u00e7on, qu\u2019il n\u2019a\u00advait jamais vu aupa\u00adra\u00advant, avec Fidel Cas\u00adtro). Il fut condam\u00adn\u00e9 \u00e0 quatre ans de pri\u00adson. En jan\u00advier 1975, il fut inter\u00adn\u00e9 dans un camp de tra\u00advail. En ao\u00fbt 1975, on ne savait pas encore o\u00f9 il \u00e9tait. On dit qu\u2019il \u00e9tait auto\u00adri\u00ads\u00e9 \u00e0 ren\u00adtrer chez lui \u00ab&nbsp;tous les week-ends&nbsp;\u00bb. De sa peine, fina\u00adle\u00adment, il n\u2019ac\u00adcom\u00adpl\u00eet qu\u2019une ann\u00e9e. Peu de temps apr\u00e8s \u00eatre sor\u00adti de pri\u00adson, un ami de Paris lui envoya par l\u2019in\u00adter\u00adm\u00e9\u00addiaire d\u2019un diplo\u00admate un bateau gon\u00adflable pour qu\u2019il puisse quit\u00adter l\u2019\u00eele. Un soir, il s\u2019a\u00adven\u00adtu\u00adra dans les eaux du Golfe du Mexique, esp\u00e9\u00adrant trou\u00adver un peu plus de liber\u00adt\u00e9 ailleurs, mais le caou\u00adtchouc du bateau, des\u00adti\u00adn\u00e9 aux calmes ondes m\u00e9di\u00adter\u00adra\u00adn\u00e9ennes, ne t\u00eent pas dans le Gulf Stream. Are\u00adnas fut ain\u00adsi obli\u00adg\u00e9 de ren\u00adtrer \u00e0 la nage. Un autre jour (ou un autre soir?) il essaya de fran\u00adchir le bras de mer qui s\u00e9pare le ter\u00adri\u00adtoire cubain de la base mili\u00adtaire am\u00e9\u00adri\u00adcaine de Guan\u00adta\u00adna\u00admo (c\u2019est comme si on essayait de fran\u00adchir la bande de terre qui longe le mur de Ber\u00adlin). Il \u00e9choua encore, mais ne per\u00addit pas la vie dans ce nid de mitrailleuses auto\u00adma\u00adtiques, de mines et autres engins. Il eut peur de ren\u00adtrer direc\u00adte\u00adment chez lui et se cacha pen\u00addant des semaines dans un bois pr\u00e8s de la ville de La Havane (qui s\u2019ap\u00adpelle Parque Lenin).<\/p>\n<h5>Arturo, l\u2019\u00e9toile la plus brillante<\/h5>\n<p>Are\u00adnas et les per\u00adson\u00adnages de ses romans, obs\u00e9\u00add\u00e9s par l\u2019\u00e9\u00adcri\u00adture, avec un besoin presque bes\u00adtial de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, vivent cette situa\u00adtion comme une nuit sans issue. On les ima\u00adgine comme les moines apr\u00e8s la chute de l\u2019Em\u00adpire romain, qui, dans des abbayes per\u00addues au milieu de for\u00eats sombres, essayaient de pr\u00e9\u00adser\u00adver et de sau\u00adver la civi\u00adli\u00adsa\u00adtion. Ils sou\u00adtiennent de leurs \u00e9paules une tra\u00addi\u00adtion s\u00e9cu\u00adlaire. Mais ce qu\u2019une telle image ne peut rendre, c\u2019est la r\u00e9volte d\u2019A\u00adre\u00adnas et de ses per\u00adson\u00adnages contre la bar\u00adba\u00adrie impo\u00ads\u00e9e d\u2019en haut. Le texte o\u00f9 ces ten\u00adsions s\u2019ex\u00adpriment avec peut-\u00eatre le plus de den\u00adsi\u00adt\u00e9, c\u2019est son <i>Artu\u00adro, l\u2019\u00e9\u00adtoile la plus brillante<\/i>. Ce livre est une seule phrase de 80 pages. Il parle d\u2019un \u00e9cri\u00advain dans un camp de concen\u00adtra\u00adtion pour homo\u00adsexuels. Il s\u2019at\u00adtarde moins sur les gar\u00addiens (bru\u00adtaux) que sur la sou\u00admis\u00adsion des autres d\u00e9te\u00adnus et leur totale iden\u00adti\u00adfi\u00adca\u00adtion au r\u00f4le de \u00ab&nbsp;folles&nbsp;\u00bb qui leur est attribu\u00e9.<\/p>\n<p>Ce livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit entre 1970 et 1971, \u00e0 La Havane. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit \u00e0 la m\u00e9moire de Nel\u00adson Rodri\u00adguez, jeune \u00e9cri\u00advain cubain qui, au milieu des ann\u00e9es soixante, fut inter\u00adn\u00e9 dans un camp de concen\u00adtra\u00adtion pour homo\u00adsexuels. En 1971, il essaya de d\u00e9tour\u00adner un avion de la ligne cubaine d\u2019a\u00advia\u00adtion vers la Flo\u00adride. Il avait une gre\u00adnade \u00e0 la main. Il fut ma\u00ee\u00adtri\u00ads\u00e9 et l\u2019a\u00advion atter\u00adr\u00eet \u00e0 La Havane. Il fut fusill\u00e9. Rodri\u00adguez Ley\u00adva avait \u00e9crit un livre de r\u00e9cits sur son exp\u00e9\u00adrience du camp de concen\u00adtra\u00adtion. Le livre fut sai\u00adsi par la police. Dans <i>Artu\u00adro, l\u2019\u00e9\u00adtoile la plus brillante<\/i>, ce n\u2019est pas la d\u00e9non\u00adcia\u00adtion qui compte&nbsp;; il y a m\u00eame tr\u00e8s peu de des\u00adcrip\u00adtions de ce que peut \u00eatre la vie dans un tel camp. C\u2019est plu\u00adt\u00f4t le r\u00e9cit de la ten\u00adta\u00adtive de lib\u00e9\u00adra\u00adtion d\u2019Ar\u00adtu\u00adro par la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture. Les mots peuvent sau\u00adver, mais il y a tou\u00adjours le&nbsp;doute.<\/p>\n<p>Artu\u00adro se dit (ou \u00ab&nbsp;devine&nbsp;\u00bb): \u00ab&nbsp;Le r\u00e9el n\u2019est pas dans la ter\u00adreur dont on souffre, mais dans les inven\u00adtions qui l\u2019ef\u00adfacent.&nbsp;\u00bb Il se met \u00e0 \u00e9crire \u00e9nor\u00adm\u00e9\u00adment, sur des bouts de papier, tou\u00adjours dans la clan\u00addes\u00adti\u00adni\u00adt\u00e9&nbsp;; il feint m\u00eame de se sou\u00admettre afin de mieux pr\u00e9\u00adser\u00adver son \u0153uvre. Il est le d\u00e9miurge d\u2019un autre monde. Il se dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;cr\u00e9er un nou\u00adveau pr\u00e9\u00adsent, \u00e7a ne peut pas se faire avec des r\u00e9cits, avec des inven\u00adtaires, ni en ana\u00adly\u00adsant minu\u00adtieu\u00adse\u00adment ou brillam\u00adment ce qui s\u2019est pas\u00ads\u00e9 et ce qui arrive, toutes ces choses, en fait, n\u2019ont d\u2019autre effet que d\u2019af\u00adfer\u00admir, de situer, de jus\u00adti\u00adfier, de mettre en \u00e9vi\u00addence, enfin, de don\u00adner plus de r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 \u00e0 la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 subie, ce ne sont que des varia\u00adtions sur la m\u00eame ter\u00adreur et toute varia\u00adtion gran\u00addit l\u2019ob\u00adjet dont elle est issue. [\u2026] \u00e0 l\u2019i\u00admage que l\u2019on subit, il faut sub\u00adsti\u00adtuer, r\u00e9elle, l\u2019i\u00admage que l\u2019on d\u00e9sire, non en tant qu\u2019i\u00admage, mais en tant que quelque chose de vrai dont on puisse jouir.&nbsp;\u00bb Mais la mort d\u2019un des inter\u00adn\u00e9s (qui s\u2019ap\u00adpelle Celes\u00adti\u00adno, comme l\u2019en\u00adfant pour\u00adsui\u00advi par son grand-p\u00e8re \u00e0 la hache dans le pre\u00admier roman d\u2019A\u00adre\u00adnas) am\u00e8ne Artu\u00adro \u00e0 se poser des inter\u00adro\u00adga\u00adtions sur cet \u00e9lan d\u2019\u00e9\u00adcri\u00adture. \u00ab[\u2026] il s\u2019a\u00adper\u00ad\u00e7ut avec \u00e9pou\u00advante qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019is\u00adsue, que tous ses efforts avaient \u00e9t\u00e9 vains, et que les choses \u00e9taient l\u00e0, agres\u00adsives, fixes, into\u00adl\u00e9\u00adrables, mais r\u00e9elles, que le temps \u00e9tait l\u00e0, son temps, sa g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion bafou\u00e9e et abru\u00adtie, [\u2026] et il se dit en cet ins\u00adtant que les courtes tr\u00eaves dont on b\u00e9n\u00e9\u00adfi\u00adcie par moment, o\u00f9 que ce soit ou presque (l\u2019ombre d\u2019un arbre, la vision d\u2019un corps splen\u00addide, la fra\u00ee\u00adcheur de l\u2019eau qui passe sur la gorge assoif\u00adf\u00e9e), n\u2019\u00e9\u00adtaient pas vrai\u00adment des tr\u00eaves, mais une condi\u00adtion n\u00e9ces\u00adsaire que doit res\u00adpec\u00adter toute cala\u00admi\u00adt\u00e9, tout mal\u00adheur, pour que sa vic\u00adtime puisse faire la dif\u00adf\u00e9\u00adrence et subir plei\u00adne\u00adment, consciem\u00adment, l\u2019a\u00adtro\u00adci\u00adt\u00e9.&nbsp;\u00bb Mais alors, il d\u00e9couvre un autre sens \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adcri\u00adture, celui de construire un lieu o\u00f9 la beau\u00adt\u00e9 puisse venir habi\u00adter&nbsp;: le lieu o\u00f9 un jeune gar\u00ad\u00e7on id\u00e9al et rieur, qu\u2019il ne conna\u00eet pas et qui vient par\u00adfois les nuits \u00e0 la cour du camp, lorsque tous les autres dorment, puisse venir habi\u00adter. Artu\u00adro s\u2019a\u00addonne pas\u00adsion\u00adn\u00e9\u00adment \u00e0 la construc\u00adtion de ce lieu. Pour lui, c\u2019est une ques\u00adtion de vie ou de mort. Par\u00adfois il voit le jeune gar\u00ad\u00e7on, par\u00adfois il ne le voit pas. Lorsque l\u2019\u0153uvre est ache\u00adv\u00e9e et qu\u2019il attend que le jeune gar\u00ad\u00e7on vienne y habi\u00adter d\u00e9fi\u00adni\u00adti\u00adve\u00adment, il est d\u00e9cou\u00advert par la police, qui tire sur lui, mais avant de mou\u00adrir, Artu\u00adro voit que le beau gar\u00ad\u00e7on est par\u00admi les poli\u00adciers et en uniforme\u2026<\/p>\n<p>Les romans d\u2019A\u00adre\u00adnas sont des romans d\u2019un noir trans\u00adlu\u00adcide. La d\u00e9ser\u00adti\u00adfi\u00adca\u00adtion appa\u00adrem\u00adment totale pres\u00adsen\u00adtie par Are\u00adnas \u00e0 la fin de ce roman, on la voit venir en 1977, offi\u00adciel\u00adle\u00adment \u00ab&nbsp;Ann\u00e9e de l\u2019Ins\u00adti\u00adtu\u00adtion\u00adna\u00adli\u00adsa\u00adtion&nbsp;\u00bb. Son h\u00e9raut ne fut pas un beau gar\u00ad\u00e7on mais Hart, le ministre de la Culture, dont Cabre\u00adra Infante a \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il existe parce que je l\u2019ai vu sur les pho\u00adtos, tr\u00e8s visible dans son cos\u00adtume sombre \u00e0 rayures blanches ver\u00adti\u00adcales&nbsp;: rien, m\u00eame pas le gilet, ne le dis\u00adtingue d\u2019un <i>capo<\/i> secon\u00addaire du <i>Par\u00adrain<\/i>.&nbsp;\u00bb Cabre\u00adra Infante nous d\u00e9crit ain\u00adsi le Hart des pre\u00admi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019a\u00adpr\u00e8s la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion&nbsp;: \u00ab&nbsp;tr\u00e8s jeune, tr\u00e8s inex\u00adpert et tr\u00e8s inculte, Arman\u00addo Hart, c\u00e9l\u00e8bre aux temps de la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion pour son \u00e9va\u00adsion de pri\u00adson, qui a \u00e9t\u00e9 sen\u00adsa\u00adtion\u00adnelle, est main\u00adte\u00adnant, pour moi qui le conna\u00eet depuis de longues ann\u00e9es, un m\u00e9diocre z\u00e9zayant qui disait inti\u00admi\u00adder pour inti\u00admer et d\u2019autres bar\u00adba\u00adrismes que le temps, mis\u00e9\u00adri\u00adcor\u00addieux, m\u2019a fait oublier.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h5>Fortifier l\u2019autorit\u00e9 \u00e9tatique<\/h5>\n<p>Cette ann\u00e9e-l\u00e0, il y a eu le deuxi\u00e8me Congr\u00e8s de l\u2019U\u00adNEAC qui, selon Hart, r\u00e9v\u00e9\u00adla \u00ab&nbsp;la grande uni\u00adt\u00e9 id\u00e9o\u00adlo\u00adgique qui existe entre nos artistes et \u00e9cri\u00advains [\u2026] c\u2019est une uni\u00adt\u00e9 sur les fon\u00adde\u00adments de la poli\u00adtique mar\u00adxiste-l\u00e9ni\u00adniste dans le champ cultu\u00adrel.&nbsp;\u00bb On n\u2019a peut-\u00eatre pas besoin d\u2019al\u00adler plus loin pour pr\u00e9\u00adci\u00adser le sens de cette r\u00e9union. Hart a dit aus\u00adsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les s\u00e9ances ont \u00e9t\u00e9 carac\u00adt\u00e9\u00adri\u00ads\u00e9es autant par la dis\u00adci\u00adpline que par l\u2019ordre et la mesure dans les\u00adquels elles ont \u00e9t\u00e9 conduites.&nbsp;\u00bb Ce dis\u00adcours, (o\u00f9 il a dit aus\u00adsi que \u00ab&nbsp;l\u2019U\u00adnion Sovi\u00e9\u00adtique est aujourd\u2019\u00adhui le pays le plus culti\u00adv\u00e9 de la terre et l\u2019a\u00advant-garde du mou\u00adve\u00adment cultu\u00adrel dans le monde&nbsp;\u00bb) \u00e9tait en fait la c\u00e9l\u00e9\u00adbra\u00adtion d\u2019un triomphe. On y enten\u00addait des airs de gloire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour tous les tra\u00advailleurs de l\u2019art et de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture qui ont tenu de pied ferme aux c\u00f4t\u00e9s de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion, du Par\u00adti et de Fidel, pour eux, dans cette heure d\u2019exa\u00admen, de jubi\u00adla\u00adtion et de r\u00e9af\u00adfir\u00adma\u00adtion r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, nos dou\u00adlou\u00adreuses salu\u00adta\u00adtions de cama\u00adrades.&nbsp;\u00bb (Hart.) Ce sont des paroles d\u2019enterrement.<\/p>\n<p>On se trom\u00adpe\u00adrait si on vou\u00adlait voir dans Hart un des\u00adtruc\u00adteur bilieux et rin\u00adgard. Il aspire aus\u00adsi \u00e0 atteindre une cer\u00adtaine froi\u00addeur scien\u00adti\u00adfique dans sa t\u00e2che. Dans son dis\u00adcours au deuxi\u00e8me Congr\u00e8s de l\u2019U\u00adNEAC, il disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y avait pas assez de tra\u00addi\u00adtion orga\u00adni\u00adsa\u00adtion\u00adnelle dans le ter\u00adrain de l\u2019art. His\u00adto\u00adri\u00adque\u00adment, d\u2019autres sec\u00adteurs pro\u00adfes\u00adsion\u00adnels, tels que la m\u00e9de\u00adcine, l\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adment et cer\u00adtaines branches de l\u2019in\u00addus\u00adtrie par exemple, ont une plus grande tra\u00addi\u00adtion orga\u00adni\u00adsa\u00adtion\u00adnelle et une s\u00e9di\u00admen\u00adta\u00adtion plus large de cri\u00adt\u00e8res sur la fa\u00e7on d\u2019a\u00adbor\u00adder les pro\u00adbl\u00e8mes orga\u00adni\u00adsa\u00adtion\u00adnels et l\u2019ap\u00adpli\u00adca\u00adtion d\u2019une poli\u00adtique scien\u00adti\u00adfi\u00adque\u00adment con\u00e7ue.&nbsp;\u00bb Il r\u00eave donc d\u2019or\u00adga\u00adni\u00adser l\u2019art comme un h\u00f4pi\u00adtal, comme une usine ou comme une \u00e9cole&nbsp;! Apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de d\u00e9fi\u00adnir la \u00ab&nbsp;fonc\u00adtion&nbsp;\u00bb et la \u00ab&nbsp;tech\u00adnique&nbsp;\u00bb de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, il fal\u00adlait, peut-\u00eatre, s\u2019at\u00adtendre \u00e0 ce r\u00eave. Il pr\u00e9\u00adci\u00adsa cer\u00adtains points pro\u00adgram\u00adma\u00adtiques pour arri\u00adver \u00e0 la consti\u00adtu\u00adtion d\u2019un r\u00e9seau inter\u00addis\u00adci\u00adpli\u00adnaire hau\u00adte\u00adment tech\u00adni\u00adci\u00ads\u00e9, \u00e0 \u00ab&nbsp;un vaste sys\u00adt\u00e8me d\u2019or\u00adga\u00adni\u00adsa\u00adtion et de direc\u00adtion d\u2019ins\u00adti\u00adtu\u00adtions, entre\u00adprises et orga\u00adnismes r\u00e9gis par des prin\u00adcipes d\u00e9ter\u00admi\u00adn\u00e9s.&nbsp;\u00bb Il avance huit objec\u00adtifs de ce r\u00e9seau, dont le pre\u00admier est de \u00ab&nbsp;for\u00adti\u00adfier l\u2019au\u00adto\u00adri\u00adt\u00e9 \u00e9ta\u00adtique sur le ter\u00adrain de la culture\u00bb&nbsp;; le troi\u00adsi\u00e8me d\u2019\u00ab\u00e9laborer la poli\u00adtique \u00e0 suivre dans chaque branche sp\u00e9\u00adci\u00adfique de l\u2019art et de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture sur la base de la par\u00adti\u00adci\u00adpa\u00adtion des sp\u00e9\u00adcia\u00adlistes du plus haut niveau pro\u00adfes\u00adsion\u00adnel et id\u00e9o\u00adlo\u00adgique\u00bb&nbsp;; et le sixi\u00e8me d\u2019\u00abatteindre une direc\u00adtion et un contr\u00f4le effi\u00adcace dans l\u2019ex\u00e9\u00adcu\u00adtion de la poli\u00adtique orien\u00adt\u00e9e, moyen\u00adnant une juste ins\u00adtru\u00admen\u00adta\u00adtion tech\u00adnique et m\u00e9thodologique.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Dans la d\u00e9cla\u00adra\u00adtion finale de ce Congr\u00e8s, il n\u2019y a pas une seule r\u00e9f\u00e9\u00adrence \u00e0 l\u2019art ou \u00e0 la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, mais il est ques\u00adtion \u00e0 plu\u00adsieurs reprises du blo\u00adcus am\u00e9\u00adri\u00adcain et de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion d\u2019Oc\u00adtobre. Et voi\u00adci sa conclu\u00adsion&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous, \u00e9cri\u00advains et artistes cubains, au moment de mettre fin \u00e0 notre Congr\u00e8s, nous vou\u00adlons lais\u00adser clai\u00adre\u00adment constance, encore une fois, de notre adh\u00e9\u00adsion, ferme et totale, au peuple dont nous sommes issus, \u00e0 son Par\u00adti et \u00e0 son gou\u00adver\u00adne\u00adment, \u00e0 l\u2019in\u00adter\u00adna\u00adtio\u00adna\u00adlisme pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adrien, au socia\u00adlisme et \u00e0 notre h\u00e9ro\u00efque et bien-aim\u00e9 Fidel. Dans aucune situa\u00adtion il ne man\u00adque\u00adra de notre pr\u00e9\u00adsence, les armes \u00e0 la main, chaque fois que cela sera n\u00e9ces\u00adsaire, et tou\u00adjours avec les ins\u00adtru\u00adments de l\u2019art et de la culture, au ser\u00advice d\u2019une cause d\u2019une digni\u00adt\u00e9 supr\u00eame.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h5>Singing in the&nbsp;rain<\/h5>\n<p>Un jour de 1980, quelques Cubains esca\u00adla\u00add\u00e8rent les grilles de l\u2019am\u00adbas\u00adsade p\u00e9ru\u00advienne \u00e0 La Havane, o\u00f9 ils trou\u00adv\u00e8rent asile. Trois jours plus tard, ils \u00e9taient onze mille r\u00e9fu\u00adgi\u00e9s dans cette mai\u00adson et les condi\u00adtions dans les\u00adquelles ils se trou\u00advaient allaient en s\u2019ag\u00adgra\u00advant. Il y eut des n\u00e9go\u00adcia\u00adtions diplo\u00adma\u00adtiques assez intenses et, dans une pan\u00adta\u00adlon\u00adnade, Fidel Cas\u00adtro dit que tous ceux qui vou\u00adlaient quit\u00adter l\u2019\u00eele se ren\u00addissent au port de Mariel&nbsp;; les \u00c9tats-Unis \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 les accueillir. Ils furent plus de cent mille. Fidel Cas\u00adtro les appe\u00adla \u00ab&nbsp;les sco\u00adries de la soci\u00e9\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb et, pour aller dans le sens de ces mots et essayer de dis\u00adcr\u00e9\u00addi\u00adter ce mou\u00adve\u00adment de masse, il vida une par\u00adtie de ses pri\u00adsons et char\u00adgea les Comi\u00adt\u00e9s de d\u00e9fense de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion (un par p\u00e2t\u00e9 de mai\u00adsons) de contac\u00adter tous les \u00ab&nbsp;ind\u00e9\u00adsi\u00adrables&nbsp;\u00bb et de les ame\u00adner \u00e0 Mariel. L\u2019heure avait son\u00adn\u00e9 pour Rei\u00adnal\u00addo Are\u00adnas. \u00ab&nbsp;J\u2019\u00e9\u00adtais dans mon appar\u00adte\u00adment de La Havane lorsque, \u00e0 quatre heures du matin, on a frap\u00adp\u00e9 \u00e0 ma porte et ils m\u2019ont dit&nbsp;: \u201chabille-toi et tire-toi\u201d. Je leur ai dit que je n\u2019a\u00advais pas deman\u00add\u00e9 \u00e0 sor\u00adtir, que je pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrais res\u00adter \u00e0 Cuba, mais ils m\u2019ont dit&nbsp;: \u201cNe dis\u00adcute pas et file \u00e0 Mariel&nbsp;\u00bb, raconte Rei\u00adnal\u00addo Are\u00adnas. Quel\u00adqu\u2019un (il para\u00eet que c\u2019\u00e9\u00adtait un oncle) l\u2019a recon\u00adnu au milieu de la foule qui d\u00e9bar\u00adquait \u00e0 Key-West. Il a \u00e9t\u00e9 ain\u00adsi sau\u00adv\u00e9 des d\u00e9p\u00f4ts de l\u2019Ar\u00adkan\u00adsas ou de Penn\u00adsyl\u00adva\u00adnie, o\u00f9 ces Cubains furent entas\u00ads\u00e9s. Seule\u00adment deux jours apr\u00e8s, le gou\u00adver\u00adne\u00adment cubain re\u00e7ut par t\u00e9l\u00e9\u00adgraphe la nou\u00advelle que Rei\u00adnal\u00addo Are\u00adnas \u00e9tait par\u00adti avec la foule de Mariel, saqu\u00e9 par ses propres Comi\u00adt\u00e9s de d\u00e9fense de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion. Tr\u00e8s ner\u00adveux, Hart s\u2019empressa de d\u00e9cla\u00adrer aux cor\u00adres\u00adpon\u00addants \u00e9tran\u00adgers qu\u2019A\u00adre\u00adnas aurait pu quit\u00adter le pays \u00ab&nbsp;nor\u00adma\u00adle\u00adment&nbsp;\u00bb, avec un pas\u00adse\u00adport, s\u2019il l\u2019a\u00advait demand\u00e9\u2026<\/p>\n<p>En jan\u00advier 1981, Cabre\u00adra Infante ren\u00adcon\u00adtra Are\u00adnas \u00e0 New-York. \u00ab&nbsp;Il avait l\u2019air de l\u2019homme le plus heu\u00adreux de la pla\u00adn\u00e8te, il dan\u00adsait pieds nus dans les rues de New York&nbsp;: \u201cRegarde!\u201d me criait-il, \u201ccomme Gene Kel\u00adly quand il chan\u00adtait <i>Sin\u00adging in the rain<\/i>!\u201d\u200a\u2014\u200asous la neige et non pas sous la&nbsp;pluie.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Conra\u00addo Tostado<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un apo\u00adlo\u00adgiste \u00e9tran\u00adger du sys\u00adt\u00e8me cubain racon\u00adta, sans vou\u00adloir intro\u00adduire de double sens dans son his\u00adtoire, que lors\u00adqu\u2019il se ren\u00addit au bureau de Nico\u00adlas Guillen (pr\u00e9\u00adsident de l\u2019U\u00adNEAC, Union natio\u00adnale des \u00e9cri\u00advains et artistes cubains) pour un entre\u00adtien, celui-ci fut fier de lui mon\u00adtrer un tank sovi\u00e9\u00adtique T\u201154 dor\u00e9, en minia\u00adture, dont Raul Cas\u00adtro, (fr\u00e8re [\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":242,"featured_media":5945,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[207],"tags":[601,660],"ppma_author":[1004],"class_list":["post-1795","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-iztok-na11-septembre-1985","tag-cuba","tag-litterature"],"authors":[{"term_id":1004,"user_id":242,"is_guest":0,"slug":"conrado-tostado","display_name":"Conrado Tostado","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/3bd14a59b19fddbbcf7b03b28b16535a2235a19c2adf89a618ecdd9f0f8e5e66?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"Tostado","first_name":"Conrado","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1795","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/242"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1795"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1795\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7761,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1795\/revisions\/7761"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5945"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1795"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1795"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1795"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=1795"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}