{"id":1954,"date":"1948-11-01T00:30:55","date_gmt":"1948-11-01T00:30:55","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2009\/01\/03\/charles-spencer-chaplin\/"},"modified":"2025-07-21T02:03:41","modified_gmt":"2025-07-21T02:03:41","slug":"charles-spencer-chaplin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1948\/11\/01\/charles-spencer-chaplin\/","title":{"rendered":"Charles Spencer Chaplin"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1954?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1954?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 80px;\"><em>Il vient un cer\u00adtain moment o\u00f9 les mots s\u2019ar\u00adr\u00eatent de par\u00adler, de chan\u00adter, ne deviennent plus qu\u2019un pauvre et d\u00e9ri\u00adsoire assem\u00adblage de carac\u00adt\u00e8res graphiques.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 80px;\"><em>Vani\u00adt\u00e9 \u00e0 celui qui les uti\u00adlise alors\u2026 Le tumulte int\u00e9\u00adrieur d\u00e9passe l\u2019en\u00adten\u00adde\u00adment des rap\u00adports et les limites de l\u2019\u00e9\u00adcri\u00adture. La souf\u00adfrance sen\u00adti\u00admen\u00adtale n\u2019\u00e9\u00adprouve plus le besoin de s\u2019ex\u00adpri\u00admer par le style int\u00e9\u00adrieur. L\u2019in\u00adter\u00adpr\u00e9\u00adta\u00adtion des choses n\u2019est plus rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du chaos qui fait cou\u00adler les larmes invi\u00adsibles. Ici na\u00eet le nihilisme.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 80px;\"><em>Ici com\u00admence le po\u00e8te si le m\u00e9tal de l\u2019homme sait r\u00e9sis\u00adter au vacarme ext\u00e9\u00adrieur. \u00ab&nbsp;Il faut avoir en soi du chaos pour accou\u00adcher d\u2019une \u00e9toile qui danse&nbsp;\u00bb, a dit Nietzsche.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une tr\u00e8s belle histoire.<\/p>\n<p>Depuis trente ans, un grand bon\u00adhomme de petite taille par\u00adcourt le monde des hommes en dan\u00adsant avec ses larmes au rythme de son c\u0153ur. Depuis cet inou\u00adbliable <i>Char\u00adlot sol\u00addat<\/i>, Charles Spen\u00adcer Cha\u00adplin S\u2019EXPRIME. La danse est son lan\u00adgage&nbsp;; la dr\u00f4\u00adle\u00adrie path\u00e9\u00adtique fait figure de fa\u00e7ade.<\/p>\n<p>Fl\u00e2\u00adneur attar\u00add\u00e9, bous\u00adcu\u00adl\u00e9, per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adt\u00e9, tendre, anar\u00adchiste parce que humain, \u00ab&nbsp;trop humain&nbsp;\u00bb, il vibre entre les lueurs nietz\u00adsch\u00e9ennes et le monde abs\u00adtrait Kaf\u00adka\u00efen. Mais, il est po\u00e8te, rien que po\u00e8te et par cela ne res\u00adsemble qu\u2019\u00e0 lui-m\u00eame. Acteur par for\u00adma\u00adtion et par tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adment, il tra\u00adverse les fic\u00adtions qu\u2019il con\u00e7oit en ins\u00adcri\u00advant en un style d\u00e9chi\u00adrant des ara\u00adbesques \u00e9tour\u00addis\u00adsantes et ado\u00adrables dans le ciel de sa po\u00e9\u00adsie. Il est lin\u00e9aire comme la musique clas\u00adsique et son lyrisme ne sait chan\u00adter que l\u2019in\u00adno\u00adcence de l\u2019\u00e2me&nbsp;seule.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Le trem\u00adble\u00adment est le meilleur de l\u2019Homme&nbsp;\u00bb, disait splen\u00addi\u00adde\u00adment Goethe. Silence et res\u00adpect&nbsp;! Cha\u00adplin tremble, sa voix sur\u00adgit des pro\u00adfon\u00addeurs de l\u2019In\u00adso\u00adlite. La musique n\u2019est audible que pour qui la&nbsp;VOIT.<\/p>\n<p>Le plus grand mime que le monde ait connu sau\u00adtille avec gr\u00e2ce dans les all\u00e9es de la haine et du d\u00e9ses\u00adpoir, dans les rues de la mis\u00e8re. Entre deux comiques virages en \u00ab&nbsp;feuilles mortes&nbsp;\u00bb, pour\u00adsui\u00advi par les flics, par la faim, par la science, par la robo\u00adti\u00adni\u00adsa\u00adtion du cr\u00e9\u00adti\u00adnisme et de l\u2019a\u00adbru\u00adtis\u00adse\u00adment sys\u00adt\u00e9\u00adma\u00adtique, per\u00adp\u00e9\u00adtuelle vic\u00adtime de la Soci\u00e9\u00adt\u00e9, il incarne de fa\u00e7on ang\u00e9\u00adlique la fr\u00e9\u00admis\u00adsante vie avec toutes les dimen\u00adsions du r\u00e9el de la \u00ab&nbsp;goutte de can\u00addeur qui luit apr\u00e8s les larmes&nbsp;\u00bb, ren\u00adcon\u00adtr\u00e9es au hasard de Paul Eluard.<\/p>\n<p>Un homme d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9\u00adment soli\u00adtaire fait des filins dans les\u00adquels il met la richesse de son regard char\u00adg\u00e9 d\u2019a\u00admour et de g\u00e9nie. Un homme OSE par\u00adler de bon\u00adt\u00e9 et de conscience \u00e0 l\u2019aube du coup de canon guer\u00adrier et de la gerbe de feu exter\u00admi\u00adna\u00adtrice annon\u00ad\u00e7ant la fin de la pre\u00admi\u00e8re moi\u00adti\u00e9 du si\u00e8cle de Buchenwald.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c0 force d\u2019ou\u00advrir les bras pour embras\u00adser les hommes, on finit par res\u00adsem\u00adbler \u00e0 une croix&nbsp;\u00bb, me disait Abel Gance, tout r\u00e9cemment.<\/p>\n<p>Un homme est assez grand pour faire de ses refou\u00adle\u00adments des po\u00e8mes tr\u00e8s dr\u00f4les, tr\u00e8s tristes et tr\u00e8s&nbsp;beaux.<\/p>\n<p>Le monde peut cre\u00adver, Cha\u00adplin tou\u00adjours seul, lunaire et sim\u00adple\u00adment grand, pro\u00adje\u00adtant les accents de sa silen\u00adcieuse musique, de ses yeux de r\u00eaveur funam\u00adbu\u00adlesque, de la syn\u00adtaxe de ses gestes et du flot\u00adte\u00adment de son sou\u00adrire d\u2019ange.<\/p>\n<p>Mozart res\u00adpire l\u2019ex\u00adquis dans l\u2019in\u00adfi\u00adni et le ravis\u00adse\u00adment pro\u00addi\u00adgieux d\u2019un charme fra\u00adgile. Bee\u00adtho\u00adven com\u00adpose un monde de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du monde, dans l\u2019im\u00admen\u00adsi\u00adt\u00e9 ter\u00adri\u00adfiante du plus pro\u00adfond g\u00e9nie. L\u2019or\u00adchestre imma\u00adt\u00e9\u00adriel joue l\u2019hymne du grand silence et de la tr\u00e8s haute fer\u00adveur. Mais quel est donc cet \u00eatre \u00e9trange, ce per\u00adson\u00adnage ail\u00e9 qui patine sur des airs de fl\u00fbte et de pas\u00adto\u00adrale dans la rue m\u00e9chante de ce m\u00e9chant quar\u00adtier du monde o\u00f9 de m\u00e9chants flics viennent inter\u00adrompre le songe gre\u00adlot\u00adtant qu\u2019une incons\u00adciente pas\u00adsante a ins\u00adpi\u00adr\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019une fi\u00e9\u00advreuse vision&nbsp;?<\/p>\n<p>Toute cette vie sac\u00adca\u00add\u00e9e mur\u00admure les mer\u00adveilleux secrets d\u2019une \u00e2me trem\u00adblante et g\u00e9n\u00e9reuse.<\/p>\n<p>Sou\u00adve\u00adnez-vous de la danse des petits pains&nbsp;! Pro\u00adje\u00adtez \u00e0 nou\u00adveau, inlas\u00adsa\u00adble\u00adment, sur l\u2019\u00e9\u00adcran de votre m\u00e9moire que doit \u00e9mou\u00advoir encore et tou\u00adjours le nerf affec\u00adtif de votre sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 r\u00e9cep\u00adtive, telle sc\u00e8ne des <i>Lumi\u00e8res de la ville<\/i>, tel pas\u00adsage du <i>Kid<\/i>, du <i>P\u00e8le\u00adrin<\/i>, du <i>Cirque<\/i>, de la clas\u00adsique <i>Ru\u00e9e vers l\u2019or<\/i>. Vous y d\u00e9cou\u00advri\u00adrez peut-\u00eatre l\u2019im\u00adpres\u00adsion d\u2019une beau\u00adt\u00e9 d\u2019\u00eatre, d\u2019une joie d\u2019ai\u00admer, d\u2019un ins\u00adtant d\u2019\u00e9\u00admo\u00adtion conte\u00adnu dans la cou\u00adleur d\u2019un sou\u00adrire ou l\u2019in\u00adfi\u00adnie et d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9e tris\u00adtesse d\u2019un pauvre regard d\u2019a\u00addieu. L\u2019im\u00admonde asile ter\u00adrestre des idiots simples et des idiots com\u00adpo\u00ads\u00e9s aura dis\u00adpa\u00adru de votre horizon.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Ce si\u00e8cle a de la boue sur les yeux&nbsp;\u00bb, me disait encore Gance entre deux sou\u00adrires. Cha\u00adplin puise sa gran\u00addeur dans un d\u00e9sac\u00adcord avec ce si\u00e8cle de la boue qui ignore la&nbsp;honte.<\/p>\n<p>Et cela nous conduit \u00e0 <i>Mon\u00adsieur Ver\u00addoux<\/i>.<\/p>\n<p>En jetant au monde son <i>Mon\u00adsieur Ver\u00addoux<\/i>, Cha\u00adplin livre un \u00e9touf\u00adfant cau\u00adche\u00admar, un obs\u00e9\u00addant d\u00e9lire, l\u2019\u0153uvre annon\u00adcia\u00adtrice du d\u00e9ses\u00adpoir, le fruit amer d\u2019une vie tour\u00admen\u00adt\u00e9e, le d\u00e9chi\u00adre\u00adment id\u00e9o\u00adlo\u00adgique r\u00e9sul\u00adtant d\u2019un paroxysme de l\u2019i\u00adnin\u00adtel\u00adli\u00adgence et du savoir exp\u00e9\u00adri\u00admen\u00adt\u00e9 noy\u00e9s dans les flots d\u2019une sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 de grande classe et de l\u2019\u00e9\u00adtat d\u2019\u00e2me du Sin\u00adgu\u00adlier face au Plu\u00adriel enva\u00adhis\u00adsant. En fai\u00adsant ce film, Cha\u00adplin subli\u00admise som\u00adbre\u00adment Char\u00adlot aux portes de l\u2019en\u00adfer. Le petit vaga\u00adbond s\u2019est mis \u00e0 tuer les ren\u00adti\u00e8res. Cha\u00adcun fait ce qu\u2019il peut. Il les tue par mora\u00adli\u00adt\u00e9 et par phi\u00adlo\u00adso\u00adphie autant que par n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 mat\u00e9\u00adrielle. Dans la jungle sociale, il est le petit fai\u00adseur qui assas\u00adsine pro\u00adpre\u00adment, d\u00e9li\u00adca\u00adte\u00adment, avec esprit, convic\u00adtion et r\u00e9si\u00adgna\u00adtion. Il glo\u00adri\u00adfie tout natu\u00adrel\u00adle\u00adment ses meurtres. Il est un pro\u00adduit social. Il est sin\u00adgu\u00adla\u00adri\u00ads\u00e9, certes, mais il n\u2019est pas roman\u00adtique, ni sur\u00adr\u00e9a\u00adliste (il ne des\u00adcend pas dans la rue, l\u2019arme au poing, pour tirer sur la foule). Il est un anar\u00adchiste <i>adap\u00adt\u00e9<\/i>. Nuance capi\u00adtale qui cesse d\u2019\u00eatre d\u00e8s que la mort de sa femme et de son enfant lui ayant sup\u00adpri\u00adm\u00e9 son unique rai\u00adson de vivre il rede\u00advient lui-m\u00eame, perd le go\u00fbt du jeu de ces \u00ab&nbsp;cadavres exquis&nbsp;\u00bb d\u2019un genre sp\u00e9\u00adcial et dirige ses pas vers la lib\u00e9\u00adra\u00adtion par la voie de l\u2019h\u00e9\u00adro\u00efque r\u00e9qui\u00adsi\u00adtoire conte\u00adnu dans un acte d\u2019ab\u00addi\u00adca\u00adtion qui se tra\u00adduit ain\u00adsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je meurs volon\u00adtai\u00adre\u00adment sous l\u2019\u00e9\u00adcha\u00adfaud des assas\u00adsins parce que je vaux mieux que vous tous.&nbsp;\u00bb Il n\u2019est pas non plus exis\u00adten\u00adtia\u00adliste dans le sens phi\u00adlo\u00adso\u00adphique, car il ne construit pas une \u00e9thique&nbsp;; mais son <i>Mon\u00adsieur Ver\u00addoux<\/i> est fait n\u00e9an\u00admoins de fibres appar\u00adte\u00adnant \u00e0 l\u2019exis\u00adten\u00adtia\u00adlisme par la nau\u00ads\u00e9e qu\u2019il \u00e9prouve d\u00e8s qu\u2019il contemple. Dans ses affaires, il appa\u00adra\u00eet math\u00e9\u00adma\u00adtique. D\u00e8s qu\u2019un sou\u00adrire se trouve sur sa route et l\u2019\u00e9\u00admeut, tremble de&nbsp;bont\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le plan cha\u00adpli\u00adnesque, sa rai\u00adson d\u2019\u00eatre se r\u00e9v\u00e8le en pleine lumi\u00e8re non pas dans l\u2019exer\u00adcice de ses res\u00adpon\u00adsa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9s fami\u00adliales (de m\u00eame que l\u2019hon\u00adn\u00ea\u00adte\u00adt\u00e9 du d\u00e9part, la fonc\u00adtion hono\u00adrable dans la banque durant vingt-cinq ou trente ans, tout cela n\u2019est que l\u2019ar\u00adgu\u00adment n\u00e9ces\u00adsaire dans le cadre de la \u00ab&nbsp;com\u00e9\u00addie de meurtres&nbsp;\u00bb de M.&nbsp;Ver\u00addoux), mais \u00e0 un niveau infi\u00adni\u00adment sup\u00e9\u00adrieur, seul valable du double point de vue de la phi\u00adlo\u00adso\u00adphie anar\u00adchiste et de la morale consi\u00add\u00e9\u00adr\u00e9e en tant qu\u2019a\u00adven\u00adture humaine, celui du don de la per\u00adsonne du h\u00e9ros par lui-m\u00eame \u00e0 une soci\u00e9\u00adt\u00e9 qu\u2019il n\u2019a m\u00eame plus la force de m\u00e9pri\u00adser furieu\u00adse\u00adment \u00e0 des fins, ins\u00adtan\u00adta\u00adn\u00e9\u00adment r\u00e9a\u00adli\u00ads\u00e9es, de jus\u00adti\u00adfi\u00adca\u00adtion. Retour esth\u00e9\u00adtique \u00e0 la condi\u00adtion fon\u00adda\u00admen\u00adtale de l\u2019i\u00adna\u00addap\u00adt\u00e9. Ici, le vaga\u00adbond ves\u00adti\u00admen\u00adtai\u00adre\u00adment d\u00e9gui\u00ads\u00e9 de Cha\u00adplin vit inten\u00ads\u00e9\u00adment cette id\u00e9e de Mar\u00adcel\u00adlo&nbsp;Fabri&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Une atti\u00adtude po\u00e9\u00adtique peut se confondre avec une atti\u00adtude r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire. Elle est alors com\u00adman\u00add\u00e9e par cette tris\u00adtesse m\u00e9ta\u00adphy\u00adsique com\u00admune \u00e0 tous les mal-adap\u00adt\u00e9s. Rien n\u2019est plus natu\u00adrel, fr\u00e9\u00adquent, res\u00adpec\u00adtable. Mais \u00e0 la condi\u00adtion de ne pas accep\u00adter de cre\u00addo politique.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ce qui impor\u00adtait par-del\u00e0 un sc\u00e9\u00adna\u00adrio tis\u00ads\u00e9 de gags comiques, cyniques et bai\u00adgnant par\u00adfois dans l\u2019hu\u00admour noir, c\u2019\u00e9\u00adtait d\u2019at\u00adteindre l\u2019u\u00adni\u00adver\u00adsel \u00e0 tra\u00advers la sty\u00adli\u00adsa\u00adtion dure\u00adment expres\u00adsion\u00adniste d\u2019une \u00ab&nbsp;vision du monde&nbsp;\u00bb sati\u00adri\u00adco-po\u00e9\u00adtique et du social criminel.<\/p>\n<p>Si M.&nbsp;Ver\u00addoux est un sp\u00e9\u00adcia\u00adliste du crime, il n\u2019en est pas moins tr\u00e8s \u00e9loi\u00adgn\u00e9 de Lan\u00addru. On peut aller jus\u00adqu\u2019\u00e0 dire plus exac\u00adte\u00adment qu\u2019il se situe \u00e0 l\u2019an\u00adti\u00adth\u00e8se. M.&nbsp;Ver\u00addoux est un pr\u00e9\u00adtexte, un porte-parole. De tous ces noms, seul le soli\u00adtaire Charles Cha\u00adplin \u00e9crit la page qui \u00ab&nbsp;semble&nbsp;\u00bb \u00eatre la der\u00adni\u00e8re de son jour\u00adnal artis\u00adtique. Il rejoint Moli\u00e8re \u00e9cri\u00advant <i>Tar\u00adtuffe<\/i> et fait pen\u00adser \u00e0 l\u2019en\u00advo\u00fb\u00adtant Kaf\u00adka, le \u00ab&nbsp;pro\u00adph\u00e8te de l\u2019ab\u00adsurde tou\u00adch\u00e9 par la gr\u00e2ce&nbsp;\u00bb. Et Rals\u00adkol\u00adni\u00adkov le dos\u00adto\u00efevs\u00adkien s\u2019a\u00adgite dans un malaise intel\u00adlec\u00adtuel situ\u00e9 non loin de M.&nbsp;Ver\u00addoux. L\u2019\u0153uvre de Cha\u00adplin et <i>Crime et Ch\u00e2\u00adti\u00adment<\/i> sont du m\u00eame uni\u00advers de l\u2019ombre et de l\u2019an\u00adgoisse et des t\u00e9n\u00e9\u00adbreuses lueurs du d\u00e9ses\u00adpoir, impen\u00adsables pour les cer\u00adveaux de for\u00adma\u00adtion mar\u00adxiste. Devant les crises, les guerres, Ver\u00addoux-Char\u00adlot aborde la r\u00e9gion psy\u00adcho\u00adlo\u00adgique de la mort. Il monte les marches du tra\u00adgique. Son pas\u00adsage invo\u00adlon\u00adtaire par\u00admi les faux vivants va prendre fin. Il dit tr\u00e8s sobre\u00adment le peu qu\u2019il a \u00e0 dire, puis se dirige, cour\u00adb\u00e9 sous le poids de l\u2019ab\u00adsur\u00addi\u00adt\u00e9, vers la guillo\u00adtine. Char\u00adlot a quit\u00adt\u00e9 le d\u00e9gui\u00adse\u00adment de M.&nbsp;Ver\u00addoux. La com\u00e9\u00addie sinistre va finir. La gran\u00addeur est atteinte. Par une \u0153uvre aux lignes simples et pures qui est sans doute la moins po\u00e9\u00adtique en appa\u00adrence (par rap\u00adport \u00e0 <i>La Ru\u00e9e vers l\u2019or<\/i>) et qui n\u2019est pas non plus la meilleure mal\u00adgr\u00e9 une admi\u00adrable tona\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019en\u00adsemble, mais qui, \u00e0 coup s\u00fbr, est la plus signi\u00adfi\u00adca\u00adtive de d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adrance et la plus proche de toute th\u00e8se phi\u00adlo\u00adso\u00adphique qui en d\u00e9cou\u00adle\u00adrait logi\u00adque\u00adment si l\u2019au\u00adteur n\u2019\u00e9\u00adtait pas aus\u00adsi sim\u00adple\u00adment po\u00e8te, Charles Spen\u00adcer Cha\u00adplin s\u2019est his\u00ads\u00e9 sur l\u2019un des som\u00admets o\u00f9 souffle l\u2019Es\u00adprit, sur ces ter\u00adrasses du haut des\u00adquelles, selon Girau\u00addoux, les grands ont le pri\u00advi\u00adl\u00e8ge de contem\u00adpler les catastrophes.<\/p>\n<p>Si Cha\u00adplin avait fait son film dans un genre r\u00e9so\u00adlu\u00adment dra\u00adma\u00adtique, le plan de pen\u00ads\u00e9e de la r\u00e9cep\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9 en serait d\u00e9pla\u00adc\u00e9, les traits dif\u00adf\u00e9\u00adre\u00adraient selon une juste \u00e9vi\u00addence et l\u2019al\u00adlure g\u00e9n\u00e9\u00adrale de l\u2019\u0153uvre serait autre. Cet ouvrage res\u00adsemble davan\u00adtage \u00e0 une satire qu\u2019\u00e0 un pam\u00adphlet. Il est construit sur les effets d\u2019un comique sys\u00adt\u00e9\u00adma\u00adti\u00adque\u00adment cor\u00adro\u00adsif avant d\u2019\u00eatre pro\u00adpre\u00adment tra\u00adgique durant les der\u00adni\u00e8res s\u00e9quences. Les lignes de l\u2019\u0153uvre passent, super\u00adfi\u00adciel\u00adle\u00adment, par le relais de l\u2019Art spec\u00adta\u00adcu\u00adlaire. Cha\u00adplin n\u2019a pas oubli\u00e9 qu\u2019il est amu\u00adseur de foules de par sa fonc\u00adtion. De la cause na\u00eet l\u2019ef\u00adfet&nbsp;: il y a trans\u00adfi\u00adgu\u00adra\u00adtion. Et, signe extra\u00ador\u00addi\u00adnaire, preuve de la mise en sc\u00e8ne cha\u00adpli\u00adnesque de l\u2019i\u00add\u00e9e de Mar\u00adcel\u00adlo-Fabri cit\u00e9e ci-des\u00adsus, la po\u00e9\u00adsie ne se mani\u00adfeste, ne sur\u00adgit, que dans les moments les plus lyriques et les plus noirs du mal\u00adheur.. Tant que M.&nbsp;Ver\u00addoux tue, \u00ab&nbsp;gagne sa vie&nbsp;\u00bb, tant que la com\u00e9\u00addie de meurtres se d\u00e9roule, il n\u2019y a pas de po\u00e9\u00adsie. Celle-ci ne pro\u00adm\u00e8ne son souffle sur l\u2019\u00e9\u00adcran qu\u2019\u00e0 par\u00adtir du moment o\u00f9 M.&nbsp;Ver\u00addoux aban\u00addonne son iden\u00adti\u00adt\u00e9 de th\u00e9\u00e2tre et rede\u00advient Cha\u00adplin-Char\u00adlot. L\u2019in\u00adtel\u00adlect s\u00e8me quelques notes de musique avant de cha\u00advi\u00adrer dans une ambiance choi\u00adsie pour trou\u00adver dans la folie ou la mort la Paix, enfin&nbsp;! Fata\u00adli\u00adt\u00e9 \u00e0 celui qui reste&nbsp;: il devra subir jus\u00adqu\u2019au bout le bon\u00adheur des autres. La hou\u00adleuse et inson\u00addable mul\u00adti\u00adtude humaine assas\u00adsine ce qu\u2019elle ne peut tuer. Tr\u00e8s au-des\u00adsus, sur la mon\u00adtagne, l\u00e0 o\u00f9 Nietzsche invente des valeurs fan\u00adtas\u00adtiques et bou\u00adle\u00adverse le monde des id\u00e9es de ses beaux yeux fous, r\u00e8gne et plane le grand silence, pareil \u00e0 un grand oiseau royal aur\u00e9o\u00adl\u00e9 de toutes les divinit\u00e9s.<\/p>\n<p>Tout se paye, m\u00eame le gra\u00adtuit, sur\u00adtout le gra\u00adtuit. Et Cha\u00adplin a d\u00fb payer tr\u00e8s cher les id\u00e9es qu\u2019il \u00e9tale dans ce film. Les hommes de ce temps de la lai\u00addeur feront-ils explo\u00adser du fond de leur \u00eatre ab\u00ee\u00adm\u00e9 ce \u00ab&nbsp;sup\u00adpl\u00e9\u00adment d\u2019\u00e2me&nbsp;\u00bb que r\u00e9cla\u00admait Berg\u00adson ou bien vont-ils pour\u00adsuivre leur odieux sui\u00adcide dans une innom\u00admable bas\u00adsesse en pre\u00adnant pour atti\u00adtude l\u2019in\u00addif\u00adf\u00e9\u00adrence condes\u00adcen\u00addante face \u00e0 ce miroir ampli\u00adfi\u00adca\u00adteur et cette esquisse sati\u00adrique du pro\u00adc\u00e8s phi\u00adlo\u00adso\u00adphi\u00adque\u00adment moral d\u2019une soci\u00e9\u00adt\u00e9 pour\u00adrie qu\u2019est en fin de compte Mon\u00adsieur Verdoux&nbsp;?<\/p>\n<p>Cela, c\u2019est \u00e0 l\u2019Hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 de le dire. Et, si les pires choses sont pos\u00adsibles dans un monde o\u00f9 l\u2019on assas\u00adsine les po\u00e8tes, m\u00e9di\u00adtons cette note de Gide&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne compte plus que sur les d\u00e9serteurs.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Cha\u00adplin est all\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fron\u00adti\u00e8re. Sa d\u00e9ser\u00adtion est un acte de po\u00e9\u00adsie et seuls les po\u00e8tes d\u00e9tiennent la v\u00e9ri\u00adt\u00e9, la plus secr\u00e8te parce qu\u2019ils sont les sp\u00e9\u00adcia\u00adlistes de l\u2019im\u00adpon\u00add\u00e9\u00adrable, et sont dot\u00e9s du sens sur\u00adhu\u00admain de l\u2019in\u00adfi\u00adni et de l\u2019Espace.<\/p>\n<p>La musique continue.<\/p>\n<p>Regar\u00addez la danse de l\u2019\u00e9\u00adter\u00adnel vaga\u00adbond. Mais ne l\u2019ad\u00admi\u00adrez&nbsp;pas\u2026<\/p>\n<p>Car, dirait Gide, pour le com\u00adprendre, il faut l\u2019aimer.<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: right;\">Roger Tous\u00adse\u00adnot<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il vient un cer\u00adtain moment o\u00f9 les mots s\u2019ar\u00adr\u00eatent de par\u00adler, de chan\u00adter, ne deviennent plus qu\u2019un pauvre et d\u00e9ri\u00adsoire assem\u00adblage de carac\u00adt\u00e8res gra\u00adphiques. Vani\u00adt\u00e9 \u00e0 celui qui les uti\u00adlise alors\u2026 Le tumulte int\u00e9\u00adrieur d\u00e9passe l\u2019en\u00adten\u00adde\u00adment des rap\u00adports et les limites de l\u2019\u00e9\u00adcri\u00adture. La souf\u00adfrance sen\u00adti\u00admen\u00adtale n\u2019\u00e9\u00adprouve plus le besoin de s\u2019ex\u00adpri\u00admer par le&nbsp;style&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":156,"featured_media":4535,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[254],"tags":[636],"ppma_author":[820],"class_list":["post-1954","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-defense-de-lhomme-n2-novembre-1948","tag-cinema"],"authors":[{"term_id":820,"user_id":156,"is_guest":0,"slug":"roger-toussenot","display_name":"Roger Toussenot","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/82d360caee09f51a05688430f50896302cd425e136887d9118788b9fab3d7807?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"Toussenot","first_name":"Roger","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1954","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/156"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1954"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1954\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9197,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1954\/revisions\/9197"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4535"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1954"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1954"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1954"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=1954"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}