{"id":1989,"date":"1948-12-01T00:23:11","date_gmt":"1948-12-01T00:23:11","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2009\/01\/19\/remembrances-du-bon-vieux-temps\/"},"modified":"2025-07-24T08:21:26","modified_gmt":"2025-07-24T08:21:26","slug":"remembrances-du-bon-vieux-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1948\/12\/01\/remembrances-du-bon-vieux-temps\/","title":{"rendered":"Remembrances du bon vieux&nbsp;temps"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1989?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1989?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p style=\"text-align: justify;\"><i> La pr\u00e9\u00adven\u00adtion du peuple en faveur des grands est si aveugle, et l\u2019en\u00adt\u00ea\u00adte\u00adment pour leurs gestes, leur visage, leur ton de voix et leurs mani\u00e8res si g\u00e9n\u00e9\u00adral, que s\u2019ils s\u2019a\u00advi\u00adsaient d\u2019\u00eatre bons, cela irait \u00e0 l\u2019idol\u00e2trie\u2026<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me rem\u00e9\u00admo\u00adrais cette affli\u00adgeante remarque de La Bruy\u00e8re en lisant dans la \u00ab&nbsp;grande presse&nbsp;\u00bb la des\u00adcrip\u00adtion des sc\u00e8nes d\u2019at\u00adten\u00addris\u00adse\u00adment qui sui\u00advirent l\u2019heu\u00adreux accou\u00adche\u00adment de la Tr\u00e8s Haute Prin\u00adcesse Eli\u00adza\u00adbeth d\u2019Angleterre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 en croire les jour\u00adnaux qui ont rap\u00adpor\u00adt\u00e9 com\u00adplai\u00adsam\u00adment les plus intimes d\u00e9tails de cet \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adment sen\u00adsa\u00adtion\u00adnel, le bon peuple de la vieille Cit\u00e9 de Londres accueillit la nou\u00advelle avec autant d\u2019en\u00adthou\u00adsiasme que s\u2019il se f\u00fbt agi de la nais\u00adsance d\u2019un nou\u00adveau Mes\u00adsie. Dans la rue, ce fut une fr\u00e9\u00adn\u00e9\u00adsie de congra\u00adtu\u00adla\u00adtions et d\u2019embrassades. Des com\u00adm\u00e8res en che\u00adveux se tapaient joyeu\u00adse\u00adment sur les cuisses et des hour\u00adras sans fin ponc\u00adtuaient l\u2019en\u00advol des coif\u00adfures lan\u00adc\u00e9es tr\u00e8s haut en signe d\u2019all\u00e9gresse\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien enten\u00addu, les pro\u00adfes\u00adsion\u00adnels de l\u2019\u00abencensoir&nbsp;\u00bb ont vu dans ces mani\u00adfes\u00adta\u00adtions cocasses le signe d\u2019une \u00ab&nbsp;renais\u00adsance spi\u00adri\u00adtuelle&nbsp;\u00bb qui jus\u00adti\u00adfie l\u2019ac\u00adcord de leur ser\u00advi\u00adli\u00adt\u00e9. Comme l\u2019in\u00adsecte ster\u00adco\u00adraire dans l\u2019\u00e9\u00adtron, ils sont par\u00adfai\u00adte\u00adment \u00e0 l\u2019aise lors\u00adqu\u2019ils peuvent plon\u00adger le nez dans le pot de chambre des puis\u00adsants. On ne sau\u00adrait donc s\u2019\u00e9\u00adton\u00adner de leurs gri\u00admaces. Mais que pen\u00adser du pauvre peuple qui paie de son labeur le velours, le satin et les bro\u00adde\u00adries d\u2019or qui d\u00e9corent les somp\u00adtueux palais de Saint-James et de Buckin\u00adgham&nbsp;? Comme le bau\u00addet de la fable qui \u00e9tait si fier de por\u00adter un beau cava\u00adlier, il admire na\u00ef\u00adve\u00adment l\u2019o\u00adpu\u00adlence de ses ma\u00eetres et s\u2019ex\u00adta\u00adsie devant ce luxe et cette lumi\u00adneuse f\u00e9e\u00adrie qui lui semblent, \u00e0 lui qui vit bien sou\u00advent dans un tau\u00addis, la r\u00e9a\u00adli\u00adsa\u00adtion d\u2019un des tableaux magiques des Mille et une Nuits. Sans doute le peuple est-il res\u00adt\u00e9 un grand enfant qui se com\u00adpla\u00eet aux charmes endor\u00admeurs de ces l\u00e9gendes d\u2019A\u00adsie qui ont fait r\u00eaver tous les enfants du monde. Comme il croit aux dieux qui sont par\u00adtout et qui ne se mani\u00adfestent nulle part ou aux vierges m\u00e8res, qui con\u00e7oivent sans inter\u00adven\u00adtion phy\u00adsique, il croi\u00adrait volon\u00adtiers \u00e0 ces prin\u00adcesses de l\u00e9gende qui glissent vapo\u00adreuses sur le tra\u00addi\u00adtion\u00adnel tapis enchan\u00adt\u00e9 et dont les par\u00adtu\u00adri\u00adtions \u00e9chappent aux lois ani\u00admales de la repro\u00adduc\u00adtion. Il recon\u00adna\u00eet tout au moins une \u00ab&nbsp;essence sup\u00e9\u00adrieure&nbsp;\u00bb \u00e0 ces grands per\u00adson\u00adnages qu\u2019il n\u2019en\u00adtre\u00advoit qu\u2019en des sc\u00e8nes \u00e9tu\u00addi\u00e9es, \u00e0 tra\u00advers le men\u00adsonge de l\u2019ap\u00adpa\u00adrat. Il croit \u00e0 la \u00ab&nbsp;pure\u00adt\u00e9 m\u00e9ta\u00adphy\u00adsique&nbsp;\u00bb de ces puis\u00adsants qui n\u2019\u00e9\u00adchappent pour\u00adtant point \u00e0 la v\u00e9role, aux coliques vertes, au g\u00e2tisme ou aux h\u00e9mor\u00adro\u00efdes, tout comme le der\u00adnier des vachers\u2026<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\">\u2042<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour nous expli\u00adquer les causes de la grande popu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9 de la prin\u00adcesse Eli\u00adza\u00adbeth, on nous a cont\u00e9 de bien jolies choses sur sa bon\u00adt\u00e9 et son aimable carac\u00adt\u00e8re. Compte tenu de l\u2019ar\u00adran\u00adge\u00adment publi\u00adci\u00adtaire, il faut avouer que la prin\u00adcesse a bien du m\u00e9rite d\u2019a\u00advoir conquis cette popu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 des dons paci\u00adfiques, alors que l\u2019his\u00adtoire r\u00e9cente nous d\u00e9montre qu\u2019il est bien plus facile d\u2019ob\u00adte\u00adnir le m\u00eame r\u00e9sul\u00adtat par la bas\u00adton\u00adnade en s\u00e9rie, les camps de concen\u00adtra\u00adtion ou la balle dans la nuque\u2026 Il est de fait que les plus ex\u00e9\u00adcrables tyrans ont tou\u00adjours b\u00e9n\u00e9\u00adfi\u00adci\u00e9 d\u2019une cer\u00adtaine popu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9, le plus sou\u00advent orga\u00adni\u00ads\u00e9e par des plumes v\u00e9nales habiles \u00e0 c\u00e9l\u00e9\u00adbrer leur \u00ab&nbsp;bon\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb et leurs qua\u00adli\u00adt\u00e9s d\u2019es\u00adprit. Le fameux po\u00e8te per\u00adsan Saa\u00addi, l\u2019au\u00adteur du <i>Jar\u00addin des roses<\/i>, avait rai\u00adson de dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si la peste dis\u00adtri\u00adbuait des pen\u00adsions et des places, la peste trou\u00adve\u00adrait aus\u00adsi des flat\u00adteurs et des serviteurs.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La v\u00e9na\u00adli\u00adt\u00e9 com\u00admence, l\u2019i\u00adgno\u00adrance et la stu\u00adpi\u00addi\u00adt\u00e9 embo\u00eetent le pas. Et c\u2019est bien l\u2019i\u00adgno\u00adrance qui sus\u00adci\u00adta la prose ember\u00adli\u00adfi\u00adco\u00adt\u00e9e de cer\u00adtains \u00ab&nbsp;gen\u00adde\u00adlettres&nbsp;\u00bb empres\u00ads\u00e9s \u00e0 faire des fio\u00adri\u00adtures dans un pan\u00e9\u00adgy\u00adrique qui louan\u00adgeait p\u00eale-m\u00eale la prin\u00adcesse, le reje\u00adton d\u00e9j\u00e0 g\u00e9nial, la monar\u00adchie bri\u00adtan\u00adnique au carac\u00adt\u00e8re tra\u00addi\u00adtion\u00adnel\u00adle\u00adment lib\u00e9\u00adral et la grande Eli\u00adza\u00adbeth, celle du XVIe si\u00e8cle, la fille de Hen\u00adri VIII et d\u2019Anne Boleyn, cette amie de la France qui fut la pro\u00adtec\u00adtrice des Arts, des Lettres et\u2026 de la colonisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab&nbsp;grande Eli\u00adza\u00adbeth&nbsp;\u00bb, nous dit-on, fut une reine extr\u00ea\u00adme\u00adment popu\u00adlaire. On l\u2019ap\u00adpe\u00adlait la bonne reine \u00ab&nbsp;Bess\u00bb&nbsp;; dans la rue, la foule l\u2019ac\u00adcla\u00admait bruyam\u00adment et les cha\u00adpeaux vol\u00adti\u00adgeaient dru autour de son car\u00adrosse\u2026 Les modernes thu\u00adri\u00adf\u00e9\u00adraires du r\u00e8gne de la bonne reine Bess rap\u00adportent que son prin\u00adci\u00adpal titre de gloire fut l\u2019in\u00adtro\u00adduc\u00adtion \u00e0 la cour de ce lan\u00adgage pr\u00e9\u00adcieux qui fut connu sous le nom d\u2019eu\u00adphuisme et qui, pr\u00e9\u00adtendent-ils assez auda\u00adcieu\u00adse\u00adment, annon\u00ad\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 la sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 de l\u2019\u00e9\u00adpoque roman\u00adtique. Et, ces mes\u00adsieurs concluent m\u00e9lan\u00adco\u00adli\u00adque\u00adment&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9\u00adtait le bon vieux&nbsp;temps&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\">\u2042<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en ce bon vieux temps de la reine Eli\u00adza\u00adbeth que les insur\u00adrec\u00adtions irlan\u00addaises furent \u00e9touf\u00adf\u00e9es avec la plus grande vigueur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019illustre his\u00adto\u00adrien Lecky, dans son <i>His\u00adtoire d\u2019An\u00adgle\u00adterre<\/i>, d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>La sup\u00adpres\u00adsion de la race irlan\u00addaise, au cours des guerres contre Shane O\u2019Neill, Des\u00admond et Tyrone, fut op\u00e9\u00adr\u00e9e avec une cruau\u00adt\u00e9 qui d\u00e9passe celle du duc d\u2019Albe dans les Flandres et serait digne des san\u00adglantes annales des Turcs!\u2026<\/i>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres anna\u00adlistes, comme Leland, ont rap\u00adpor\u00adt\u00e9, avec des d\u00e9tails hor\u00adribles, com\u00adment les bandes de Pel\u00adham et d\u2019Or\u00admond, fid\u00e8les lieu\u00adte\u00adnants de la reine, tuent les femmes, les petites filles, les malades, les vieillards&nbsp;; com\u00adment, dans le pays de Des\u00admond, apr\u00e8s que toute r\u00e9sis\u00adtance a ces\u00ads\u00e9, les sol\u00addats forcent les habi\u00adtants \u00e0 s\u2019as\u00adsem\u00adbler dans de vieilles granges o\u00f9 l\u2019on cr\u00e9e l\u2019in\u00adcen\u00addie, pour abattre ensuite \u00e0 coups de feu ceux qui cherchent \u00e0 s\u2019en\u00adfuir&nbsp;; com\u00adment on a vu des sol\u00addats enle\u00adver des enfants \u00e0 la pointe de leur \u00e9p\u00e9e et les faire pirouet\u00adter en l\u2019air dans leur ago\u00adnie&nbsp;; com\u00adment on a trou\u00adv\u00e9 des femmes pen\u00addues aux arbres, avec des enfants sur leur sein, \u00e9tran\u00adgl\u00e9s avec les che\u00adveux de leur&nbsp;m\u00e8re\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;<i>L\u2019\u00e9\u00adp\u00e9e ne suf\u00adfi\u00adsant pas<\/i>, dit Lecky, <i>on a recours \u00e0 d\u2019autres moyens plus effi\u00adcaces. Chaque ann\u00e9e, dons la plus grande par\u00adtie de l\u2019Ir\u00adlande, on sup\u00adprime tout moyen de sub\u00adsis\u00adtance, on rase les r\u00e9coltes et m\u00e9tho\u00addi\u00adque\u00adment on fait mou\u00adrir de faim toute la popu\u00adla\u00adtion\u2026<\/i>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un haut fonc\u00adtion\u00adnaire anglais, sir Georges Carew, cal\u00adcu\u00adlait qu\u2019ain\u00adsi, en 1582, dans la pro\u00advince de Muns\u00adter, plus de trente mille indi\u00advi\u00addus \u00e9taient morts de faim, sans par\u00adler de ceux qu\u2019on avait tu\u00e9s ou pendus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;<i>La famine, dit Leland, est consi\u00add\u00e9\u00adr\u00e9e comme le moyen le plus s\u00fbr et le plus prompt de r\u00e9duire les rebelles\u2026<\/i>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9\u00adtait aus\u00adsi l\u2019a\u00advis du po\u00e8te pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adr\u00e9 de la reine Eli\u00adza\u00adbeth, le doux id\u00e9a\u00adliste Edmond Spen\u00adser, auteur de <i>Fai\u00adrie Queen<\/i>, qui d\u00e9clare sua\u00adve\u00adment que les <i>Irlan\u00addais, affa\u00adm\u00e9s, auront vite fait de se d\u00e9vo\u00adrer les uns les autres<\/i>. (<i>A view of Ire\u00adland<\/i>, p.&nbsp;654.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voi\u00adci l\u2019\u00e9\u00adtat du peuple irlan\u00addais \u00e0 cette \u00e9poque, d\u2019a\u00adpr\u00e8s Edmond Spen\u00adser, qui \u00e9tait lui-m\u00eame b\u00e9n\u00e9\u00adfi\u00adciaire d\u2019un joli lot pro\u00adve\u00adnant des terres confis\u00adqu\u00e9es&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Du coin des bois, des glens, ils sortent, ram\u00adpant sur leurs mains, car leurs jambes ne peuvent plus les por\u00adter. Ce sont des sque\u00adlettes&nbsp;! Ils parlent tels des spectres g\u00e9mis\u00adsants hors du tom\u00adbeau. Ils mangent des car\u00adcasses pour\u00adries, heu\u00adreux quand ils en trouvent&nbsp;; ils vont d\u00e9ter\u00adrer les cadavres pour les man\u00adger. S\u2019ils ren\u00adcontrent un car\u00adr\u00e9 de tr\u00e8fle ou de cres\u00adson, ils en font leurs d\u00e9lices, mais c\u2019est chose de plus en plus rare. Bien\u00adt\u00f4t il n\u2019y aura plus d\u2019\u00eatres vivants dans ce pays nagu\u00e8re si riche et si popu\u00adleux\u2026<\/i>\u00bb (<i>Holin\u00adshed<\/i>, VI, p.&nbsp;459.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Cette ann\u00e9e-l\u00e0 (en 1582), disent les <i>Annales des quatre ma\u00eetres<\/i>, on n\u2019au\u00adrait enten\u00addu de Dingle au rocher de Cashel ni le mugis\u00adse\u00adment d\u2019une vache ni le cri d\u2019un charretier\u2026\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est encore dans Lecky que nous lisons \u00ab&nbsp;<i>Dans les fos\u00ads\u00e9s des villes, ou m\u00eame dans la cam\u00adpagne, rien n\u2019est plus fr\u00e9\u00adquent que de trou\u00adver des cadavres en mon\u00adceaux, la bouche verte d\u2019a\u00advoir man\u00adg\u00e9 de l\u2019herbe ou des orties. Un jour Chi\u00adches\u00adter, accom\u00adpa\u00adgn\u00e9 de quelques offi\u00adciers, trou\u00adva trois petits enfants occu\u00adp\u00e9s \u00e0 se repa\u00eetre de la chair de leur m\u00e8re morte. La famine autour de Newry finit par cr\u00e9er des crimes \u00e9pou\u00advan\u00adtables&nbsp;: de vieilles femmes allu\u00admaient des feux pour atti\u00adrer les enfants qu\u2019elles tuaient et man\u00adgeaient\u2026<\/i>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme il y avait une \u00ab&nbsp;fausse r\u00e9sis\u00adtance&nbsp;\u00bb et une \u00ab&nbsp;vraie r\u00e9sis\u00adtance&nbsp;\u00bb, il y eut aus\u00adsi, natu\u00adrel\u00adle\u00adment, des col\u00adla\u00adbo\u00adra\u00adteurs, comme le fameux Mac Mur\u00adrough, des \u00ab&nbsp;tra\u00eetres&nbsp;\u00bb, des agents \u00ab&nbsp;doubles&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;triples\u00bb\u2026 tout comme \u00e0 notre \u00e9poque. C\u2019est peut-\u00eatre de ce temps-l\u00e0 que date cet amer pro\u00adverbe qui cir\u00adcule encore en Erin&nbsp;: \u00ab&nbsp;Met\u00adtez un Irlan\u00addais \u00e0 la broche, vous en trou\u00adve\u00adrez tou\u00adjours un autre pour la tourner!\u2026\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ain\u00adsi que, <i>broy\u00e9e comme dans un mor\u00adtier<\/i>, sui\u00advant l\u2019ex\u00adpres\u00adsion de sir John Davies, l\u2019Ir\u00adlande fut paci\u00adfi\u00e9e au bon vieux temps de la bonne reine Bess et de cette sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 roman\u00adtique tant regret\u00adt\u00e9e de cer\u00adtains esth\u00e8tes qui ali\u00admentent leur petit cer\u00adveau dans les beu\u00adve\u00adries des bras\u00adse\u00adries \u00e0 la&nbsp;mode.<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\">\u2042<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Disons, pour \u00eatre justes, que les suc\u00adces\u00adseurs de la bonne reine ne vou\u00adlurent point rompre avec d\u2019aus\u00adsi sages tra\u00addi\u00adtions. Crom\u00adwell, \u00ab&nbsp;pro\u00adtec\u00adteur&nbsp;\u00bb de la R\u00e9pu\u00adblique d\u2019An\u00adgle\u00adterre, mas\u00adsa\u00adcra, au nom de J\u00e9sus, une bonne par\u00adtie de la popu\u00adla\u00adtion irlan\u00addaise, ven\u00addit comme esclaves, \u00e0 la Jama\u00efque et aux Bar\u00adbades, des mil\u00adliers de femmes et d\u2019en\u00adfants et par\u00adqua le reste dans la zone d\u00e9ser\u00adtique du Connaught. <i>To Hell or Connaught&nbsp;!<\/i> En enfer ou en Connaught. Trois si\u00e8cles plus tard, Hit\u00adler n\u2019au\u00adra qu\u2019\u00e0 prendre exemple sur Oli\u00advier Crom\u00adwell. Hit\u00adler r\u00e9a\u00adli\u00adse\u00adra d\u2019ailleurs cette pro\u00adph\u00e9\u00adtie du fameux Burke, qui pr\u00e9\u00adten\u00addait que <i>le \u00ab&nbsp;Code p\u00e9nal&nbsp;\u00bb de l\u2019Ir\u00adlande, \u00e9dic\u00adt\u00e9 sous la reine Anne, pour\u00adrait four\u00adnir des ins\u00adtru\u00adments de tor\u00adture \u00e0 tous les per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adteurs de l\u2019a\u00adve\u00adnir, tout y \u00e9tant pr\u00e9\u00advu, cal\u00adcu\u00adl\u00e9 froi\u00adde\u00adment, ing\u00e9\u00adnieu\u00adse\u00adment, la vio\u00adlence y don\u00adnant la main \u00e0 l\u2019hy\u00adpo\u00adcri\u00adsie, la per\u00adfi\u00addie \u00e0 la cor\u00adrup\u00adtion, l\u2019a\u00adpo\u00adsta\u00adsie et la d\u00e9la\u00adtion y \u00e9tant cou\u00adron\u00adn\u00e9es<\/i>\u2026 (<i>Works<\/i>, III.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1727, Swift pou\u00advait \u00e9crire que les pay\u00adsans d\u2019Ir\u00adlande vivaient beau\u00adcoup plus mal que les men\u00addiants d\u2019An\u00adgle\u00adterre, et deux ans plus tard il pro\u00addui\u00adsait son c\u00e9l\u00e8bre pam\u00adphlet&nbsp;: <i>Modeste pro\u00adpo\u00adsi\u00adtion pour emp\u00ea\u00adcher les pauvres d\u2019\u00eatre \u00e0 la charge de leurs parents ou de leur pays<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1740, la famine fai\u00adsait p\u00e9rir 400.000 per\u00adsonnes. Et ce n\u2019\u00e9\u00adtait pas la der\u00adni\u00e8re, puis\u00adqu\u2019en 1848 un phi\u00adlan\u00adthrope nom\u00adm\u00e9 Tuke peut d\u00e9cla\u00adrer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les routes, en bien des endroits, sont des char\u00adniers, les cochers ne sortent gu\u00e8re sans ren\u00adcon\u00adtrer des cadavres et, la nuit, sans pas\u00adser des\u00adsus\u2026\u00bb Et John Mit\u00adchell assure \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que l\u2019exacte com\u00adpen\u00adsa\u00adtion d\u2019un d\u00eener de famille dans une mai\u00adson anglaise, c\u2019est en Irlande une enqu\u00eate de coro\u00adner avec ce ver\u00addict&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mort de faim.&nbsp;\u00bb Le bl\u00e9, l\u2019orge, l\u2019a\u00advoine, le b\u00e9tail quittent l\u2019\u00eele verte pour les ports anglais, ne lais\u00adsant aux Irlan\u00addais d\u2019autre choix que la mort lente ou la fuite sur des bateaux-cer\u00adcueils vers cette Am\u00e9\u00adrique qui porte leurs der\u00adniers espoirs, comme la J\u00e9ru\u00adsa\u00adlem por\u00adtait ceux des peuples s\u00e9mites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voi\u00adci donc un si\u00e8cle que John Mit\u00adchell s\u2019\u00e9\u00adcriait dou\u00adlou\u00adreu\u00adse\u00adment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mieux vaut p\u00e9rir sous les ba\u00efon\u00adnettes de l\u2019An\u00adgle\u00adterre que sous ses lois.&nbsp;\u00bb Depuis, les cha\u00eenes sont tom\u00adb\u00e9es, mais, dit un auteur contem\u00adpo\u00adrain, si les cha\u00eenes sont tom\u00adb\u00e9es, les dos res\u00adtent vo\u00fb\u00adt\u00e9s \u00e0 force d\u2019a\u00advoir \u00e9t\u00e9 courb\u00e9s!\u2026<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\">\u2042<\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces simples extraits des annales de la cruau\u00adt\u00e9 uni\u00adver\u00adselle pour d\u00e9mon\u00adtrer aux hommes d\u2019au\u00adjourd\u2019\u00adhui qu\u2019il est vain de se fier aux all\u00e9\u00adga\u00adtions super\u00adfi\u00adcielles des explo\u00adra\u00adteurs de para\u00addis per\u00addus. Si notre \u00e9poque les \u00e9pou\u00advante avec son chaos et ses menaces effa\u00adrantes, ce n\u2019est pas en remuant la boue des si\u00e8cles qu\u2019ils pour\u00adront retrou\u00adver les traces d\u2019un \u00ab&nbsp;huma\u00adnisme&nbsp;\u00bb qui n\u2019a jamais eu sa place dans les plans des ambi\u00adtieux qui ont tou\u00adjours gou\u00adver\u00adn\u00e9 le monde. N\u2019ayons donc pas le regret des bons vieux temps qui n\u2019ont jamais exis\u00adt\u00e9. Il n\u2019y a pas de choix \u00e0 faire entre les sys\u00adt\u00e8mes d\u2019op\u00adpres\u00adsion d\u2019hier et ceux d\u2019au\u00adjourd\u2019\u00adhui. Il faut se sou\u00adve\u00adnir que, selon la forte parole de Louise Michel, le pou\u00advoir est mau\u00addit et qu\u2019il ne peut appor\u00adter autre chose que faillite et d\u00e9sesp\u00e9rance.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">S. Ver\u00adgine<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pr\u00e9\u00adven\u00adtion du peuple en faveur des grands est si aveugle, et l\u2019en\u00adt\u00ea\u00adte\u00adment pour leurs gestes, leur visage, leur ton de voix et leurs mani\u00e8res si g\u00e9n\u00e9\u00adral, que s\u2019ils s\u2019a\u00advi\u00adsaient d\u2019\u00eatre bons, cela irait \u00e0 l\u2019idol\u00e2trie\u2026 Je me rem\u00e9\u00admo\u00adrais cette affli\u00adgeante remarque de La Bruy\u00e8re en lisant dans la \u00ab&nbsp;grande presse&nbsp;\u00bb la des\u00adcrip\u00adtion des sc\u00e8nes&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":4535,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[255],"tags":[885],"ppma_author":[544],"class_list":["post-1989","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-defense-de-lhomme-n3-decembre-1948","tag-histoire"],"authors":[{"term_id":544,"user_id":11,"is_guest":0,"slug":"s-vergine","display_name":"Samuel Vergine","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cb7254171b4953fbdb8645b5b6c0cfcd7fc22f80d07b81d71ff898b6012209a5?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"Vergine","first_name":"Samuel","job_title":"","description":"Pseudonyme de Louis Dorlet"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1989","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1989"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1989\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9438,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1989\/revisions\/9438"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4535"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1989"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1989"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1989"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=1989"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}