{"id":2181,"date":"2009-07-11T17:58:29","date_gmt":"2009-07-11T17:58:29","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2009\/07\/11\/len-dehors-1\/"},"modified":"2009-07-11T17:58:29","modified_gmt":"2009-07-11T17:58:29","slug":"len-dehors-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2009\/07\/11\/len-dehors-1\/","title":{"rendered":"L\u2019en-dehors (1)"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2181?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2181?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>Gla\u00addine s\u2019\u00e9\u00adveillait chaque matin avec un plai\u00adsir tou\u00adjours le m\u00eame et tou\u00adjours renou\u00adve\u00adl\u00e9. On \u00e9tait en sep\u00adtembre&nbsp;; les jour\u00adn\u00e9es res\u00adtaient pures et les nuits encore fra\u00eeches&nbsp;; de temps en temps, une ond\u00e9e avant le cr\u00e9\u00adpus\u00adcule rajeu\u00adnis\u00adsait la ver\u00addure et redon\u00adnait quelque vigueur aux creeks.<\/p>\n<p>Les fen\u00eatres ouvraient lar\u00adge\u00adment sur la mer. En s\u2019en\u00addor\u00admant, la jeune femme \u00e9tait ber\u00adc\u00e9e par le glis\u00adse\u00adment doux des flots sur le sable. \u00c0 l\u2019aube, l\u2019air et l\u2019eau \u00e9taient d\u2019une trans\u00adpa\u00adrence nacr\u00e9e, froide comme la bu\u00e9e au flanc des gar\u00adgou\u00adlettes. Gla\u00addine se levait sans \u00e9veiller per\u00adsonne. Ro\u00ef lui appor\u00adtait le th\u00e9 sur la v\u00e9ran\u00adda, puis, elle par\u00adtait seule vers le pad\u00addock. L\u2019herbe haute, grise de ros\u00e9e, mouillait ses jambes et le bord de sa jupe plis\u00ads\u00e9e. Capri\u00adcieuse, la vieille Capri\u00adcieuse qui l\u2019a\u00advait tant por\u00adt\u00e9e autre\u00adfois, n\u2019\u00e9\u00adtait plus bonne \u00e0 rien. Chaque jour Gla\u00addine la trou\u00advait pr\u00e8s de la bar\u00adri\u00e8re et flat\u00adtait en pas\u00adsant sa t\u00eate osseuse. Osi\u00adris \u00e9tait plein de feu&nbsp;: quatre ans et nou\u00advel\u00adle\u00adment dres\u00ads\u00e9. Il ne se lais\u00adsait pas appro\u00adcher sans faire quelques mani\u00e8res&nbsp;; Ber\u00adnard avait obser\u00adv\u00e9 que Gla\u00addine aurait pu se mon\u00adtrer plus pru\u00addente dans son choix. La jeune femme le lais\u00adsait dire&nbsp;; Osi\u00adris \u00e9tait un mer\u00adveilleux com\u00adpa\u00adgnon de pro\u00adme\u00adnade. Elle le har\u00adna\u00adchait tou\u00adjours elle-m\u00eame, et sit\u00f4t en selle, il lui sem\u00adblait qu\u2019une esp\u00e8ce de divi\u00adna\u00adtion pos\u00ads\u00e9\u00add\u00e2t l\u2019\u00e9\u00adta\u00adlon, tant son intel\u00adli\u00adgence plas\u00adtique \u00e9pou\u00adsait les moindres inten\u00adtions du cava\u00adlier. Comme la plu\u00adpart des jeunes cal\u00e9\u00addo\u00adniennes, habi\u00adtu\u00e9e d\u00e8s l\u2019en\u00adfance \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adqui\u00adta\u00adtion, elle mon\u00adtait \u00e0 cali\u00adfour\u00adchon, por\u00adtant indif\u00adf\u00e9\u00adrem\u00adment une ample jupe de toile, ou les gu\u00eatres et la culotte du stock-man.<\/p>\n<p>Le soleil n\u2019a\u00advait pas encore atteint la cr\u00eate des col\u00adlines lors\u00adqu\u2019elle des\u00adcen\u00addit l\u2019\u00e9\u00adtroite val\u00adl\u00e9e du cime\u00adti\u00e8re. Tout le fond \u00e9tait cou\u00advert de lan\u00adta\u00adnas or et feu&nbsp;; la piste ser\u00adpen\u00adtait \u00e0 tra\u00advers les brous\u00adsailles \u00e9pi\u00adneuses qui grif\u00adfaient au pas\u00adsage les flancs du che\u00adval, et d\u00e9bou\u00adchait sur une anse peu pro\u00adfonde enti\u00e8\u00adre\u00adment bar\u00adr\u00e9e par une ligne in\u00e9gale de coraux gri\u00ads\u00e2tres. Le ciel et l\u2019eau \u00e9taient d\u2019un bleu extr\u00ea\u00adme\u00adment p\u00e2le fon\u00addu en gris perle sur une ligne d\u2019ho\u00adri\u00adzon indis\u00adcer\u00adnable. M\u00eame \u00e0 mar\u00e9e basse, les cailloux au pied de la falaise, \u00e0 droite, \u00e9taient tou\u00adjours humides et fort glis\u00adsants, et seule une mon\u00adture cal\u00e9\u00addo\u00adnienne pou\u00advait s\u2019y main\u00adte\u00adnir de pied ferme. De longs ser\u00adpents aux cercles noirs et jaunes, encore engour\u00addis par la fra\u00ee\u00adcheur noc\u00adturne, se d\u00e9rou\u00adlaient hors de leur abri rocheux et filaient vers la&nbsp;mer.<\/p>\n<p>De nou\u00adveau une plage s\u2019ou\u00advrit, rec\u00adti\u00adligne, et Gla\u00addine lan\u00ad\u00e7a Osi\u00adris au galop sur le sable rose et ferme. Que c\u2019\u00e9\u00adtait bon de vivre, de se sen\u00adtir un corps robuste et sain&nbsp;! Gla\u00addine aimait la soli\u00adtude de cette c\u00f4te. Quand le sen\u00adtier de Ton\u00adghou\u00e9 l\u2019a quit\u00adt\u00e9e pour s\u2019en\u00adfon\u00adcer brus\u00adque\u00adment dans la brousse, elle appa\u00adra\u00eet telle que durent la conna\u00eetre de tout temps les canaques des sau\u00advages tri\u00adbus du nord\u200a\u2014\u200aet encore ne la tou\u00adchaient-ils gu\u00e8re, car elle n\u2019offre pen\u00addant des dizaines de kilo\u00adm\u00e8tres ni point d\u2019eau ni ter\u00adrain favo\u00adrable aux coco\u00adte\u00adraies. La mar\u00e9e \u00e9tait trop basse pour le bain. Gla\u00addine revint au pas sous le soleil qui mon\u00adtait, apla\u00adtis\u00adsant les reliefs, \u00e9tei\u00adgnant l\u2019\u00e9\u00adclat des cou\u00adleurs. Accro\u00adch\u00e9s \u00e0 la falaise, un trou\u00adpeau de ch\u00e8vres fami\u00adli\u00e8res la regar\u00adda pas\u00adser, \u00e9vo\u00adquant par ses b\u00eale\u00adments quelque nou\u00adveau mas\u00adsacre des innocents.<\/p>\n<p>[|<b>*   *   *   *<\/b>|]<\/p>\n<p>Mon\u00adsieur Georges pas\u00adsait la mati\u00adn\u00e9e au bureau. Ber\u00adnard et lui ren\u00adtraient presque tou\u00adjours ensemble vers onze heures. Gla\u00addine aimait les souples tuniques de soie ou de laine aux cou\u00adleurs claires&nbsp;; elle gar\u00addait pour se rendre \u00e0 la salle \u00e0 man\u00adger, celle qu\u2019elle avait rev\u00ea\u00adtu au retour de sa pro\u00adme\u00adnade mati\u00adnale. Ber\u00adnard haus\u00adsait les \u00e9paules&nbsp;: il bl\u00e2\u00admait ces mani\u00e8res ori\u00adgi\u00adnales. Sa s\u0153ur man\u00adquait de tenue&nbsp;; la mai\u00adson elle-m\u00eame avait pris depuis son arri\u00adv\u00e9e, un lais\u00adser-aller appa\u00adrent, une note fan\u00adtai\u00adsiste qui lui d\u00e9plai\u00adsait, qui cho\u00adquait son go\u00fbt du bon ton et du confor\u00admisme. Il n\u2019au\u00adrait su dire au juste en quoi consis\u00adtait la trans\u00adfor\u00adma\u00adtion, tant les d\u00e9tails en \u00e9taient peu sen\u00adsibles&nbsp;: livres oubli\u00e9s sur les meubles, por\u00adti\u00e8res autre\u00adment dra\u00adp\u00e9es. Non, c\u2019\u00e9\u00adtait la pr\u00e9\u00adsence m\u00eame de Gla\u00addine qui chan\u00adgeait l\u2019at\u00admo\u00adsph\u00e8re. Il en serait autre\u00adment dans son logis quand il serait mari\u00e9&nbsp;! Il esti\u00admait en May, sa fian\u00adc\u00e9e, l\u2019ad\u00admi\u00adra\u00adtion qu\u2019il lui ins\u00adpi\u00adrait, et une grande doci\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;; il n\u2019i\u00adma\u00adgi\u00adnait pas qu\u2019elle p\u00fbt avoir d\u2019autres d\u00e9si\u00adrs que les siens, ni un autre id\u00e9al. De nou\u00adveau, il haus\u00adsa les \u00e9paules&nbsp;; Gla\u00addine pou\u00advait-elle esp\u00e9\u00adrer faire un bon mariage&nbsp;? Enfin, cela la regar\u00addait seule, et il s\u2019en lavait les&nbsp;mains&nbsp;!<\/p>\n<p>La conver\u00adsa\u00adtion au repas de midi rou\u00adlait par\u00adfois sur la mine et les ate\u00adliers. La Kat\u00e9\u00adpa\u00adhi\u00e9 \u00e9tait en plein essor. On avait cru, en com\u00admen\u00ad\u00e7ant l\u2019ex\u00adploi\u00adta\u00adtion, qu\u2019en dix ans le mine\u00adrai de chrome serait \u00e9pui\u00ads\u00e9. Et voi\u00adl\u00e0 qu\u2019on en ren\u00adcon\u00adtrait tou\u00adjours de nou\u00adveaux filons d\u2019ex\u00adcel\u00adlente qua\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;: dans vingt ans, on en trou\u00adve\u00adrait encore. Il avait fal\u00adlu aug\u00admen\u00adter consi\u00add\u00e9\u00adra\u00adble\u00adment le nombre des coo\u00adlies occu\u00adp\u00e9s \u00e0 la mine, et des java\u00adnais employ\u00e9s en bas au char\u00adge\u00adment. Les contre-ma\u00eetres \u00e9taient des euro\u00adp\u00e9ens ou des japo\u00adnais. Au vil\u00adlage, on ne comp\u00adtait qu\u2019une dizaine de familles de blancs ou de m\u00e9tis, for\u00admant le per\u00adson\u00adnel du bureau et du maga\u00adsin, et quelques ouvriers sp\u00e9\u00adcia\u00adli\u00ads\u00e9s. Mon\u00adsieur Georges avait accou\u00adtu\u00adm\u00e9 de les trai\u00adter en cama\u00adrades, s\u2019ar\u00adr\u00ea\u00adtant volon\u00adtiers au pas\u00adsage pour bavar\u00adder et plai\u00adsan\u00adter avec eux, qui lui gar\u00addaient leur franc-par\u00adler. Entr\u2019eux, ils le nom\u00admaient sou\u00advent&nbsp;: Georges ou&nbsp;: ce vieux Georges, avec une nuance d\u2019af\u00adfec\u00adtion fami\u00adli\u00e8re et moqueuse, car on le jugeait un peu \u00ab&nbsp;braque&nbsp;\u00bb. Ber\u00adnard par contre res\u00adtait tout uni\u00adment&nbsp;: le patron, le direc\u00adteur, ne par\u00adlant que pour les ques\u00adtions de service.<\/p>\n<p>La Com\u00adpa\u00adgnie, depuis quelque temps, et sui\u00advant le cou\u00adrant g\u00e9n\u00e9\u00adral, pous\u00adsait \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adco\u00adno\u00admie et \u00e0 la ratio\u00adna\u00adli\u00adsa\u00adtion. Ber\u00adnard vou\u00adlait r\u00e9duire les pertes de temps au mini\u00admum. T\u00e2che impos\u00adsible. Ni le cli\u00admat, ni les ten\u00addances natu\u00adrelles des races four\u00adnis\u00adsant la main-d\u2019\u0153uvre, ni les ins\u00adtal\u00adla\u00adtions sou\u00advent d\u00e9fec\u00adtueuses, ne s\u2019y pr\u00ea\u00adtaient. Le mot d\u2019ordre fut don\u00adn\u00e9 \u00e0 tous les contre-ma\u00eetres de har\u00adce\u00adler les coo\u00adlies, d\u2019\u00eatre impi\u00adtoyables pour les retards ou la mau\u00advaise volon\u00adt\u00e9 au tra\u00advail. Jus\u00adqu\u2019i\u00adci, la dis\u00adci\u00adpline avait \u00e9t\u00e9 assez douce. Mais Georges Oxford aban\u00addon\u00adnait de plus en plus l\u2019au\u00adto\u00adri\u00adt\u00e9 aux mains de son fils&nbsp;: il e\u00fbt fal\u00adlu une lutte conti\u00adnuelle&nbsp;; il ne s\u2019en sen\u00adtait pas la force, et s\u2019\u00e9\u00adtait lais\u00ads\u00e9 pra\u00adti\u00adque\u00adment r\u00e9duire au r\u00f4le pas\u00adsif de don\u00adneur de signa\u00adtures. D\u00e9fense fut faite de s\u2019ab\u00adsen\u00adter du chan\u00adtier, de fumer, de cau\u00adser entre cama\u00adrades. Cer\u00adtains sur\u00adveillants pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adraient la nou\u00advelle m\u00e9thode, et ne d\u00e9dai\u00adgnaient pas de faire usage du gourdin.<\/p>\n<p>Il y eut cepen\u00addant des m\u00e9comptes. Mal\u00adgr\u00e9 l\u2019ab\u00adsence totale de pr\u00e9\u00adpa\u00adra\u00adtion, on n\u2019a\u00advait eu jus\u00adqu\u2019i\u00adci, gr\u00e2ce \u00e0 la sage allure du tra\u00advail, que de rares acci\u00addents \u00e0 d\u00e9plo\u00adrer. Main\u00adte\u00adnant, ils se mul\u00adti\u00adpliaient. En l\u2019es\u00adpace de trois mois, deux chi\u00adnois avaient glis\u00ads\u00e9 sur un \u00e9troit pas\u00adsage au flanc de la car\u00adri\u00e8re&nbsp;; l\u2019un s\u2019\u00e9\u00adtait tu\u00e9 sur le coup en tom\u00adbant \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtage inf\u00e9\u00adrieur&nbsp;; l\u2019autre, bles\u00ads\u00e9 gra\u00adve\u00adment, \u00e9tait mort quelques heures plus tard. Un java\u00adnais avait eu une \u00e9paule bri\u00ads\u00e9e par un bloc de mine\u00adrai pro\u00adje\u00adt\u00e9 hors de la cour\u00adroie sans fin du char\u00adgeur. Un autre enfin, deux semaines aupa\u00adra\u00advant, en contour\u00adnant le shaft d\u2019a\u00e9\u00adra\u00adtion creu\u00ads\u00e9 dans le roc, avait \u00e9t\u00e9 entra\u00ee\u00adn\u00e9 sans pou\u00advoir se rete\u00adnir sur les parois humides jus\u00adqu\u2019au bas, o\u00f9 on l\u2019a\u00advait ramas\u00ads\u00e9 hor\u00adri\u00adble\u00adment d\u00e9chiquet\u00e9.<br>\n<br>\u2014\tSans doute \u00e9tait-il sous l\u2019in\u00adfluence de l\u2019o\u00adpium, conclut Ber\u00adnard, ils pren\u00addront l\u2019ha\u00adbi\u00adtude de faire atten\u00adtion, sinon per\u00adsonne n\u2019y peut&nbsp;rien&nbsp;!<br>\n<br>\u2014\tNe crains-tu pas d\u2019a\u00advoir, au moins, quelques ennuis&nbsp;? deman\u00adda sa&nbsp;s\u0153ur.<br>\n<br>\u2014\tLa loi sur les acci\u00addents du tra\u00advail n\u2019est pas pro\u00admul\u00adgu\u00e9e en Cal\u00e9\u00addo\u00adnie, r\u00e9pon\u00addit-il dure\u00adment. Et ce ne sont apr\u00e8s tout que des jaunes&nbsp;!<\/p>\n<p>[|<b>*   *   *   *<\/b>|]<\/p>\n<p>L\u2019heure de la sieste s\u2019ap\u00adpe\u00adsan\u00adtis\u00adsait sur la mai\u00adson. Une l\u00e9g\u00e8re brise venue de la mer ne ces\u00adsait cepen\u00addant jamais de s\u2019in\u00adsi\u00adnuer aux fentes des per\u00adsiennes&nbsp;; les mous\u00adtiques ne menaient pas encore leurs danses guer\u00adri\u00e8res. Gla\u00addine allait et venait un ins\u00adtant \u00e0 tra\u00advers la chambre demi-obs\u00adcure, dont la psy\u00adch\u00e9 refl\u00e9\u00adtait vague\u00adment son beau corps har\u00admo\u00adnieux et nu, sa jeu\u00adnesse \u00e9pa\u00adnouie. Allon\u00adg\u00e9e sur le lit frais, elle diri\u00adgeait de moins en moins de flot\u00adtantes r\u00eave\u00adries, jus\u00adqu\u2019\u00e0 ce que le som\u00admeil la pr\u00eet. Plus tard, elle retrou\u00advait son p\u00e8re sur la v\u00e9ran\u00adda. Lui ne se plai\u00adgnait ni de ses pieds nus ni de sa gan\u00addou\u00adrah. Sous la cou\u00adronne dor\u00e9e de ses tresses, il lui disait qu\u2019elle res\u00adsem\u00adblait \u00e0 Art\u00e9mis.<\/p>\n<p>Cette heure leur appar\u00adte\u00adnait en propre. Ils s\u2019ins\u00adtal\u00adlaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te pour lire les jour\u00adnaux de France, ou bien ils cau\u00adsaient \u00e0 mi-voix ami\u00adca\u00adle\u00adment. Petite fille, Gla\u00addine avait \u00e9t\u00e9 un peu amou\u00adreuse de son p\u00e8re&nbsp;; aujourd\u2019\u00adhui, elle se sen\u00adtait presque mater\u00adnelle&nbsp;; il y avait de l\u2019in\u00adqui\u00e9\u00adtude et de la piti\u00e9 dans son affection.<\/p>\n<p>\u2014\tComme je suis heu\u00adreux, dit M.&nbsp;Georges en sou\u00adriant&nbsp;; Ber\u00adnard me g\u00e2te, il ne me laisse presque plus rien \u00e0 faire. Cela me per\u00admet d\u2019\u00eatre davan\u00adtage avec toi, ma petite fille.<\/p>\n<p>Il n\u2019y avait m\u00eame pas d\u2019a\u00admer\u00adtume dans sa voix. Et c\u2019\u00e9\u00adtait vrai qu\u2019a\u00advec le sou\u00adci de sa san\u00adt\u00e9, une sorte d\u2019in\u00addif\u00adf\u00e9\u00adrence lui venait pour la marche de l\u2019entreprise.<\/p>\n<p>\u00c0 quatre heures, Ti-Nam ser\u00advit le th\u00e9 sur la v\u00e9ran\u00adda. Les deux chi\u00adnoises \u00e9taient si bien sty\u00adl\u00e9es que Gla\u00addine ne s\u2019oc\u00adcu\u00adpait presque pas de la mai\u00adson, qui avait d\u2019ailleurs tenu si long\u00adtemps sans elle&nbsp;! Elle d\u00e9tes\u00adtait les com\u00adpli\u00adca\u00adtions d\u2019une vie trop \u00ab&nbsp;confor\u00adtable&nbsp;\u00bb. \u00c0 Paris elle fai\u00adsait elle-m\u00eame sa chambre, d\u00e9jeu\u00adnait au res\u00adtau\u00adrant, et d\u00eenait de fruits et d\u2019une tasse de th\u00e9. \u00c0 Hieng\u00adh\u00e8ne, elle trou\u00advait que les choses pou\u00advaient tr\u00e8s bien se pas\u00adser de son inter\u00adven\u00adtion, et ne chan\u00adgeait rien \u00e0 l\u2019ar\u00adran\u00adge\u00adment du logis, ajou\u00adtant seule\u00adment quelque d\u00e9sordre. Ber\u00adnard nom\u00admait cela \u00ab&nbsp;son incor\u00adri\u00adgible boh\u00e8me&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>(\u00e0 suivre)<\/p>\n<p>P. Madel<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gla\u00addine s\u2019\u00e9\u00adveillait chaque matin avec un plai\u00adsir tou\u00adjours le m\u00eame et tou\u00adjours renou\u00adve\u00adl\u00e9. On \u00e9tait en sep\u00adtembre&nbsp;; les jour\u00adn\u00e9es res\u00adtaient pures et les nuits encore fra\u00eeches&nbsp;; de temps en temps, une ond\u00e9e avant le cr\u00e9\u00adpus\u00adcule rajeu\u00adnis\u00adsait la ver\u00addure et redon\u00adnait quelque vigueur aux creeks. Les fen\u00eatres ouvraient lar\u00adge\u00adment sur la mer. 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