{"id":2250,"date":"2009-11-01T21:40:49","date_gmt":"2009-11-01T21:40:49","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2009\/11\/01\/la-fin-dune-mission\/"},"modified":"2009-11-01T21:40:49","modified_gmt":"2009-11-01T21:40:49","slug":"la-fin-dune-mission","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2009\/11\/01\/la-fin-dune-mission\/","title":{"rendered":"La fin d\u2019une mission"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2250?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2250?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><h2>V. Mitrovitza<\/h2>\n<p><i>Dimanche, 7 novembre, lun\u00addi, mar\u00addi.<\/i>\u200a\u2014\u200aLa grande caserne, o\u00f9 nous avons pas\u00ads\u00e9 la nuit, est occu\u00adp\u00e9e par des recrues de la classe 1916, qu\u2019on vient seule\u00adment d\u2019ap\u00adpe\u00adler et qui ne sont encore ni arm\u00e9es, ni habill\u00e9es. Beau\u00adcoup sont pieds nus, comme le sont sou\u00advent les pay\u00adsans serbes. Ils cir\u00adculent, un peu ahu\u00adris, sous les aboie\u00adments des sous-offi\u00adciers. Un de ceux-ci, mi-bel\u00adl\u00e2tre, gifle un conscrit \u00e0 tour de bras&nbsp;; l\u2019autre se laisse faire&nbsp;; les ch\u00e2\u00adti\u00adments cor\u00adpo\u00adrels sont habi\u00adtuels en Serbie.<\/p>\n<p>Je les revois dans la mati\u00adn\u00e9e, tous r\u00e9unis en car\u00adr\u00e9 par bataillons et com\u00adpa\u00adgnies, dans l\u2019im\u00admense espace qui s\u2019\u00e9\u00adtend entre l\u2019h\u00f4\u00adpi\u00adtal et la caserne&nbsp;; au centre du car\u00adr\u00e9, un pope c\u00e9l\u00e8bre la&nbsp;messe.<\/p>\n<p>[|<b>*   *   *   *<\/b>|]<\/p>\n<p>Mitro\u00advit\u00adza est une ville turque et ne rap\u00adpelle en rien les villes serbes. Le centre est occu\u00adp\u00e9 par des rues de mai\u00adsons sans \u00e9tage, simples baraques de bois, avec un auvent de tuiles qui pro\u00adt\u00e8ge un banc ou une \u00e9ta\u00adg\u00e8re de planches. Ces mai\u00adsons de bois sont des bou\u00adtiques, et sur l\u2019\u00e9\u00adta\u00adg\u00e8re du dehors se tiennent assez sou\u00advent, accrou\u00adpis en tailleur, les mar\u00adchands cos\u00adtu\u00adm\u00e9s \u00e0 la turque&nbsp;: fez rouge ou blanc, bol\u00e9\u00adro bro\u00adch\u00e9, culotte bouf\u00adfante et babouches&nbsp;; ils fument pares\u00adseu\u00adse\u00adment des ciga\u00adrettes, en buvant de petites tasses de&nbsp;caf\u00e9.<\/p>\n<p>Il y a des bou\u00adtiques d\u2019or\u00adf\u00e8\u00advre\u00adrie ou de bric-\u00e0-brac, des fer\u00adron\u00adniers, des coif\u00adfeurs, des tailleurs et des mar\u00adchands de tis\u00adsus, des arti\u00adsans en ouvrages de cuir, des \u00e9pi\u00adciers-mer\u00adciers ven\u00addant des comes\u00adtibles (olives, pommes, cha\u00adpe\u00adlets de noix enfi\u00adl\u00e9s dans une ficelle), et quelques rares pro\u00adduits indus\u00adtriels, des r\u00f4tis\u00adseurs qui offrent \u00e0 toute heure du jour des sau\u00adcisses chaudes et des grillades de viande de mou\u00adton en petites ron\u00addelles, etc.<\/p>\n<p>Au-des\u00adsous des auvents sont par\u00adfois sus\u00adpen\u00addus des paniers qui sont des nids \u00e0 pigeons. Dans les rues plus reti\u00adr\u00e9es sont des mai\u00adsons \u00e0 un \u00e9tage, lequel fait d\u2019or\u00addi\u00adnaire saillie au-des\u00adsus du rez-de-chaus\u00ads\u00e9e, et dont les fen\u00eatres et les bal\u00adcons sont fer\u00adm\u00e9s de grilles de bois, quel\u00adque\u00adfois de grilles en ferronnerie.<\/p>\n<p>Les habi\u00adtants sont des Bos\u00adniaques et des Arnautes, recon\u00adnais\u00adsables \u00e0 leur cos\u00adtume. \u00c0 vrai dire, cette dis\u00adtinc\u00adtion est peut-\u00eatre plus appa\u00adrente que r\u00e9elle, car j\u2019ai remar\u00adqu\u00e9 que les cita\u00addins sont habill\u00e9s \u00e0 la turque et les pay\u00adsans \u00e0 l\u2019albanaise.<\/p>\n<p>Le cos\u00adtume des uns et des autres est de cou\u00adleur voyante. Les Arnautes, autre\u00adment dit les Alba\u00adnais, ont la petite calotte de clown en feutre blanc, le bol\u00e9\u00adro court en m\u00eame tis\u00adsu avec des pas\u00adse\u00admen\u00adte\u00adries vio\u00adlettes, le pan\u00adta\u00adlon \u00e9ga\u00adle\u00adment de feutre, atta\u00adch\u00e9 au-des\u00adsous des hanches, une large cein\u00adture entre le bol\u00e9\u00adro et le pan\u00adta\u00adlon. Ce sont de grands diables d\u00e9gin\u00adgan\u00add\u00e9s, \u00e0 la d\u00e9marche souple.<\/p>\n<p>Les femmes alba\u00adnaises ont un cos\u00adtume simi\u00adlaire en trois pi\u00e8ces&nbsp;: bol\u00e9\u00adro court, jupon-tablier s\u2019at\u00adta\u00adchant tr\u00e8s bas au-des\u00adsous, des hanches, et recou\u00advert au niveau des fesses d\u2019une petite gar\u00adni\u00adture plis\u00ads\u00e9e&nbsp;; entre le bol\u00e9\u00adro et le jupon s\u2019\u00e9\u00adtale une large cein\u00adture de tis\u00adsu colo\u00adri\u00e9, de laine ou de soie, par-des\u00adsus laquelle les femmes sanglent une autre cein\u00adture, com\u00adpo\u00ads\u00e9e de pi\u00e8ces, de cuivre rec\u00adtan\u00adgu\u00adlaires, plus ou moins cise\u00adl\u00e9es, et mon\u00adt\u00e9es sur une bande de&nbsp;cuir.<\/p>\n<p>Les Bos\u00adniaques sont les Serbes musul\u00adma\u00adni\u00ads\u00e9s, non qu\u2019ils soient tous maho\u00adm\u00e9\u00adtans, et cette remarque vaut aus\u00adsi pour les Alba\u00adnais&nbsp;; mais ils ont adop\u00adt\u00e9 tout au moins les m\u0153urs et le cos\u00adtume turcs. Les femmes ont la culotte bouf\u00adfante atta\u00adch\u00e9e aux che\u00advilles, les babouches, un petit mou\u00adchoir sur la t\u00eate&nbsp;; les fillettes aus\u00adsi. Les vraies musul\u00admanes sont v\u00eatues d\u2019\u00e9\u00adtoffe de cou\u00adleur plus sombre, et stric\u00adte\u00adment voi\u00adl\u00e9es, ordi\u00adnai\u00adre\u00adment de noir. En tout cas, c\u2019est une impres\u00adsion bizarre de croi\u00adser dans les rues, ou de voir sur le pas de leur porte, de braves m\u00e9na\u00adg\u00e8res avec des ori\u00adpeaux d\u2019o\u00adp\u00e9\u00adra-comique&nbsp;: culotte gro\u00adseille, par\u00adfois avec un tablier \u00e0 fond rouge, le mou\u00adchoir rose et la cein\u00adture rose, et un bol\u00e9\u00adro vert ou&nbsp;bleu.<\/p>\n<p>On n\u2019a cer\u00adtai\u00adne\u00adment plus le sen\u00adti\u00adment d\u2019\u00eatre en Ser\u00adbie, bien que ce ter\u00adri\u00adtoire ait \u00e9t\u00e9 annex\u00e9 au royaume depuis la guerre de&nbsp;1913.<\/p>\n<p>La ville est enva\u00adhie par les fugi\u00adtifs, et les rues sont pleines de monde. On cou\u00addoie inces\u00adsam\u00adment des sol\u00addats en cor\u00adv\u00e9e, en fl\u00e2\u00adne\u00adrie, ou en qu\u00eate de nour\u00adri\u00adture. Des attrou\u00adpe\u00adments se forment autour des mar\u00adchands ambu\u00adlants&nbsp;; les uns, accrou\u00adpis sur une natte, vendent de la limo\u00adnade qu\u2019ils ont appor\u00adt\u00e9e dans des sortes d\u2019ar\u00adro\u00adsoirs de bois cer\u00adcl\u00e9s de cuivre, ou bien du salep, potage chaud, qui bout dans un vase de cuivre en forme de samo\u00advar et qu\u2019on d\u00e9bite dans des tasses&nbsp;; d\u2019autres offrent des tranches de poti\u00adron cuit, dont les sol\u00addats serbes paraissent tr\u00e8s friands.<\/p>\n<p>En dehors de la cohue, les Alba\u00adnais se chauffent au soleil et sou\u00adl\u00e8vent leurs loques pour faire la chasse aux&nbsp;poux.<\/p>\n<p>La foule s\u2019\u00e9\u00adcarte len\u00adte\u00adment devant les voi\u00adtures de fugi\u00adtifs ou les cha\u00adriots alba\u00adnais aux roues non encer\u00adcl\u00e9es et que tra\u00eenent des b\u0153ufs beau\u00adcoup plus petits que ceux de Ser\u00adbie, ou bien des buffles au long poil noir et aux cornes gau\u00adfr\u00e9es, rabat\u00adtues en arri\u00e8re.<\/p>\n<p>Nous fl\u00e2\u00adnons, nous aus\u00adsi, dans la foule. Il s\u2019a\u00adgit de trou\u00adver \u00e0 man\u00adger. Pour le cou\u00adcher, il faut se conten\u00adter de ce qu\u2019on a. Les deux h\u00f4tels de la loca\u00adli\u00adt\u00e9, qui ont cha\u00adcun quatre ou cinq chambres, sont combles. Je me sou\u00adviens du nom de l\u2019un d\u2019eux\u200a\u2014\u200al\u2019h\u00f4\u00adtel Bris\u00adtol\u200a\u2014\u200adont l\u2019ap\u00adpel\u00adla\u00adtion ne r\u00e9pond gu\u00e8re au confort&nbsp;; c\u2019est une pauvre auberge de dixi\u00e8me ordre o\u00f9 actuel\u00adle\u00adment les diplo\u00admates alli\u00e9s prennent leurs&nbsp;repas.<\/p>\n<p>Pour man\u00adger, il faut donc se rabattre sur Koso\u00advo. Mais la salle est acca\u00adpa\u00adr\u00e9e par les Serbes et les Anglais. Nous r\u00e9us\u00adsis\u00adsons cepen\u00addant deux ou trois fois \u00e0 nous faire ser\u00advir, apr\u00e8s de longues dis\u00adputes&nbsp;; ensuite on nous refuse car\u00adr\u00e9\u00adment. Et puis, il y a la dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9 de la mon\u00adnaie. Les Serbes qui tiennent le res\u00adtau\u00adrant, refusent les billets serbes&nbsp;; les com\u00admer\u00ad\u00e7ants de la ville aus\u00adsi. L\u2019argent seul a cours, et l\u2019or fait prime. Mais il y a long\u00adtemps que nous n\u2019a\u00advons plus de pi\u00e8ces de mon\u00adnaie. Depuis le d\u00e9but d\u2019oc\u00adtobre, en Ser\u00adbie m\u00eame, les banks (billets de 10 dinars), n\u2019\u00e9\u00adtaient accep\u00adt\u00e9s nulle&nbsp;part.<\/p>\n<p>S\u2019il n\u2019y avait cette ques\u00adtion de mon\u00adnaie, nous pour\u00adrions faire comme quelques-uns de nos cama\u00adrades&nbsp;: ache\u00adter des grillades de mou\u00adton et des sau\u00adcisses \u00e0 un coin de rue, et man\u00adger en plein air ou dans un&nbsp;caf\u00e9.<\/p>\n<p>Cepen\u00addant, j\u2019ai chan\u00adg\u00e9 de dor\u00adtoir. Des cama\u00adrades arri\u00adv\u00e9s avant nous couchent \u00e0 l\u2019h\u00f4\u00adpi\u00adtal, dans un cou\u00adloir du pre\u00admier \u00e9tage, qui sert de r\u00e9fec\u00adtoire aux m\u00e9de\u00adcins serbes et au per\u00adson\u00adnel admi\u00adnis\u00adtra\u00adtif. J\u2019ai trou\u00adv\u00e9 un lit avec un seul drap, et ce drap de des\u00adsous est dou\u00adteux&nbsp;; j\u2019en suis quitte pour cou\u00adcher \u00e0 peu pr\u00e8s tout habill\u00e9. Mais le len\u00adde\u00admain, lun\u00addi, j\u2019ai des d\u00e9man\u00adgeai\u00adsons&nbsp;; je ne m\u2019a\u00adper\u00ad\u00e7ois pas tout de suite que j\u2019ai des poux. Les ai-je attra\u00adp\u00e9s dans la rue en fr\u00f4\u00adlant les Alba\u00adnais, ou bien viennent-ils de la cou\u00adver\u00adture de mon lit d\u2019h\u00f4\u00adpi\u00adtal&nbsp;? Or, je n\u2019ai pas de linge pour chan\u00adger&nbsp;; il fau\u00addra les garder.<\/p>\n<p>La ques\u00adtion prin\u00adci\u00adpale, la seule ques\u00adtion impor\u00adtante, est d\u2019a\u00advoir \u00e0 man\u00adger. La vue des Serbes qui se calent les joues devant nous, quand nous ren\u00adtrons le soir nous cou\u00adcher, nous sug\u00adg\u00e8re l\u2019i\u00add\u00e9e d\u2019or\u00adga\u00adni\u00adser nos repas \u00e0 l\u2019h\u00f4\u00adpi\u00adtal. Mais nous nous heur\u00adtons \u00e0 l\u2019a\u00adpa\u00adthie et au mau\u00advais vou\u00adloir des auto\u00adri\u00adt\u00e9s. Nos d\u00e9marches et notre insis\u00adtance finissent par triom\u00adpher. Nous y man\u00adgeons ce soir&nbsp;mardi.<\/p>\n<p>Il me reste du temps pour aller aux bains turcs, car il y a des bains turcs \u00e0 Mitro\u00advit\u00adza. J\u2019y vais avec un cama\u00adrade qui parle turc&nbsp;; on nous intro\u00adduit dans le salon de d\u00e9sha\u00adbillage r\u00e9ser\u00adv\u00e9 aux gens cos\u00adsus&nbsp;; il est extr\u00ea\u00adme\u00adment tapis\u00ads\u00e9, et les sofas sont gar\u00adnis de cous\u00adsins de soie. Je me d\u00e9v\u00eats sans ver\u00adgogne de mon linge pouilleux que je laisse sur une cou\u00adchette&nbsp;; mais j\u2019ai quelque honte \u00e0 tra\u00adver\u00adser la grande salle. Mes pieds et mes jambes sont enduits de la boue jau\u00adn\u00e2tre des gorges de l\u2019l\u00adbar. Il y a douze jours que je ne me suis lav\u00e9 et que je n\u2019ai chan\u00adg\u00e9 de&nbsp;linge.<\/p>\n<p>Les salles de tepi\u00adda\u00adrium sont dal\u00adl\u00e9es de marbre blanc, leurs vo\u00fbtes sont en rotonde. L\u2019eau est br\u00fb\u00adlante. Il est agr\u00e9able de se d\u00e9cras\u00adser, agr\u00e9able aus\u00adsi d\u2019\u00eatre mas\u00ads\u00e9. Si je pou\u00advais chan\u00adger de che\u00admise, mon bon\u00adheur serait par\u00adfait. Mais il faut que je remette sur mon corps celle que j\u2019ai quit\u00adt\u00e9e&nbsp;; le peu de linge que j\u2019ai sau\u00adv\u00e9, est res\u00adt\u00e9 dans un sac que j\u2019ai lais\u00ads\u00e9 dans les cha\u00adriots avant d\u2019ar\u00adri\u00adver \u00e0 Rach\u00adka, et ces cha\u00adriots ne nous ont pas encore rejoints.<\/p>\n<p><i>Mer\u00adcre\u00addi.<\/i>\u200a\u2014\u200aNous nous lavons le matin en plein air dans la grande cour de l\u2019h\u00f4\u00adpi\u00adtal, \u00e0 une fon\u00adtaine de marbre blanc, b\u00e2tie par les Turcs. II fait froid&nbsp;; on se d\u00e9bar\u00adbouille \u00e0 la&nbsp;h\u00e2te.<\/p>\n<p>On d\u00e9am\u00adbule ensuite par les rues \u00e0 la recherche des nou\u00advelles. Nous avons pris l\u2019ha\u00adbi\u00adtude d\u2019al\u00adler \u00e0 un petit caf\u00e9 turc au del\u00e0 du pont de bois qui tra\u00adverse l\u2019I\u00adbar. Les maho\u00adm\u00e9\u00adtans qui y fr\u00e9\u00adquentent nous accueillent avec poli\u00adtesse&nbsp;; le caf\u00e9 est bon. La petite salle, toute vitr\u00e9e, fait l\u2019angle entre la route de Novi-Bazar et une ruelle&nbsp;; par sa dis\u00adpo\u00adsi\u00adtion elle res\u00adsemble \u00e0 la salle \u00e0 man\u00adger de l\u2019a\u00advant d\u2019un paque\u00adbot&nbsp;; de l\u00e0 on voit admi\u00adra\u00adble\u00adment les pas\u00adsants et la vie de la&nbsp;rue.<\/p>\n<p>Ce matin, nous n\u2019y s\u00e9jour\u00adnons pas, nous nous diri\u00adgeons vers le piton qui, au nord, domine Mitro\u00advit\u00adza et est sur\u00admon\u00adt\u00e9 des ruines d\u2019un ch\u00e2\u00adteau fort. Nous grim\u00adpons len\u00adte\u00adment par des sen\u00adtiers de ch\u00e8vre au milieu des brous\u00adsailles&nbsp;: ronces, ch\u00eanes nains, gen\u00e9\u00advriers, etc.; cer\u00adtains arbres sont tour\u00admen\u00adt\u00e9s et rabou\u00adgris comme les petits arbres japo\u00adnais. Le niveau de l\u2019I\u00adbar est \u00e0 cet endroit de 499 m\u00e8tres au-des\u00adsus de la mer, le som\u00admet de la mon\u00adtagne est \u00e0 797 m\u00e8tres, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle s\u2019\u00e9\u00adl\u00e8ve de 300 m\u00e8tres envi\u00adron au-des\u00adsus de la rivi\u00e8re. Le ch\u00e2\u00adteau fort qui cou\u00adronne le haut et dont il reste en grande par\u00adtie le mur d\u2019en\u00adceinte et des sub\u00adstruc\u00adtions int\u00e9\u00adrieures, a \u00e9t\u00e9 construit par le p\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre Dou\u00adchan, celui qui avait r\u00e9us\u00adsi \u00e0 \u00e9tendre la domi\u00adna\u00adtion serbe sur presque tous les Balkans.<\/p>\n<p>Au Nord, \u00e0 l\u2019Est et \u00e0 l\u2019Ouest, la vue s\u2019\u00e9\u00adtend au loin sur des mon\u00adtagnes pier\u00adreuses et d\u00e9nu\u00add\u00e9es ou recou\u00advertes de brous\u00adsailles de ch\u00eanes. C\u2019est un pay\u00adsage d\u00e9so\u00adl\u00e9, expres\u00adsion qui revien\u00addra sou\u00advent dans ce jour\u00adnal de route. \u00c0 nos pieds, du c\u00f4t\u00e9 orien\u00adtal, coule l\u2019l\u00adbar, du Sud au Nord. Deux routes longent ses bords&nbsp;: celle qui est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019eau, sur la rive droite, vient de Rach\u00adka&nbsp;; nous l\u2019a\u00advons sui\u00advie same\u00addi der\u00adnier dans la nuit, et le piton que j\u2019a\u00advais vu si long\u00adtemps \u00e0 ma droite, est la mon\u00adtagne sur laquelle je suis en ce moment&nbsp;; l\u2019autre route, celle de la rive gauche, qui passe au pied m\u00eame du piton, se dirige vers Novi-Bazar&nbsp;; je la suis jusque dans le loin\u00adtain du Nord-Ouest, o\u00f9 elle quitte l\u2019I\u00adbar pour s\u2019en\u00adga\u00adger dans la montagne.<\/p>\n<p>\u00c0 ce moment, notre atten\u00adtion est atti\u00adr\u00e9e par le ron\u00adfle\u00adment d\u2019un moteur. C\u2019est un avion fran\u00ad\u00e7ais qui appa\u00adra\u00eet au-des\u00adsus de la mon\u00adtagne, venant du Nord, c\u2019est-\u00e0-dire de Rach\u00adka. Une deuxi\u00e8me se montre, puis un troi\u00adsi\u00e8me, puis un qua\u00adtri\u00e8me. Ils vont \u00e0 Mitro\u00advit\u00adza \u2013 mau\u00advais signe, car l\u2019ar\u00adri\u00adv\u00e9e l\u2019es\u00adca\u00addrille indique pro\u00adba\u00adble\u00adment que l\u2019ar\u00adm\u00e9e serbe se replie encore.<\/p>\n<p>Notre vue au Sud sur Mitro\u00advit\u00adza est mas\u00adqu\u00e9e en par\u00adtie par un mame\u00adlon inter\u00adm\u00e9\u00addiaire. Pour nous rendre compte de la situa\u00adtion de la ville, il vaut mieux, dans une autre pro\u00adme\u00adnade, mon\u00adter sur le pla\u00adteau qui la domine au Sud et sur le bord duquel est construit l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>J\u2019y vais l\u2019a\u00adpr\u00e8s-midi. La ville s\u2019\u00e9\u00adtale devant moi avec ses toits rouges et ses mina\u00adrets blancs. Elle est b\u00e2tie en contre-bas, au confluent de l\u2019I\u00adbar et de la Sit\u00adnit\u00adza. L\u2019I\u00adbar sup\u00e9\u00adrieur vient de l\u2019Ouest, et c\u2019est \u00e0 Mitro\u00advit\u00adza qu\u2019il fait un coude brusque et prend d\u00e9fi\u00adni\u00adti\u00adve\u00adment la direc\u00adtion du Nord. La Sinit\u00adza vient du Sud-Ouest, elle par\u00adcourt la longue et large val\u00adl\u00e9e de Koso\u00advo, c\u00e9l\u00e8bre par la bataille du Champ des Merles, o\u00f9, au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les Serbes per\u00addirent leur ind\u00e9\u00adpen\u00addance. Cette plaine vient se ter\u00admi\u00adner \u00e0 Mitro\u00advit\u00adza. Je contemple un moment sa mono\u00adto\u00adnie sans arbres jus\u00adqu\u2019aux loin\u00adtains de l\u2019horizon.<\/p>\n<p>Au nord, au contraire, ce sont les mon\u00adtagnes du sand\u00adjak&nbsp;; le ch\u00e2\u00adteau fort domine le fau\u00adbourg qui conti\u00adnue Mitro\u00advit\u00adza sur la rive gauche de l\u2019I\u00adbar, car Mitro\u00advit\u00adza est sur la rive droite&nbsp;; le pont de bois que nous avons tra\u00adver\u00ads\u00e9 same\u00addi der\u00adnier dans la nuit, croyant pas\u00adser au-des\u00adsus de l\u2019I\u00adbar, est, en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, sur la Sitnitza.<\/p>\n<p>M.&nbsp;Pier\u00adrot<\/p>\n<p>(\u00e0 suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>V. Mitro\u00advit\u00adza Dimanche, 7 novembre, lun\u00addi, mar\u00addi.\u200a\u2014\u200aLa grande caserne, o\u00f9 nous avons pas\u00ads\u00e9 la nuit, est occu\u00adp\u00e9e par des recrues de la classe 1916, qu\u2019on vient seule\u00adment d\u2019ap\u00adpe\u00adler et qui ne sont encore ni arm\u00e9es, ni habill\u00e9es. Beau\u00adcoup sont pieds nus, comme le sont sou\u00advent les pay\u00adsans serbes. Ils cir\u00adculent, un peu ahu\u00adris, sous&nbsp;les&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[284],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2250","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-temps-nouveaux-na3-15-septembre-1919"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2250","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2250"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2250\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2250"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}