{"id":2382,"date":"2010-06-08T15:40:34","date_gmt":"2010-06-08T15:40:34","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/06\/08\/panait-istrati\/"},"modified":"2010-06-08T15:40:34","modified_gmt":"2010-06-08T15:40:34","slug":"panait-istrati","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/06\/08\/panait-istrati\/","title":{"rendered":"Pana\u00eft Istrati"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2382?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2382?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>\tLa pre\u00admi\u00e8re fois que j\u2019ai vu Istra\u00adti, il \u00e9tait per\u00adch\u00e9 au som\u00admet d\u2019un arbre immense. Sans se sou\u00adcier du vent qui le balan\u00ad\u00e7ait par\u00admi les feuilles, il chan\u00adtait \u00e0 plein gosier le refrain joyeux de la petite por\u00adteuse d\u2019eau de Bra\u00efla&nbsp;:<\/p>\n<p>\t<quote>Ner\u00adrant\u00adsou\u00adla foundoti&nbsp;!<br>\n<br>Ner\u00adrant\u00adsou\u00adla moucondi&nbsp;!<\/quote><\/p>\n<p>\tPour me pr\u00e9\u00adsen\u00adter \u00e0 lui on cria tr\u00e8s fort, les mains en porte-voix. Du haut de son per\u00adchoir il ne pou\u00advait rien voir d\u2019autre que le vaste mou\u00adton\u00adne\u00adment de la for\u00eat et comme je ne me sou\u00adciais pas d\u2019al\u00adler le retrou\u00adver sur sa haute branche, il lan\u00ad\u00e7a une der\u00adni\u00e8re fois son appel vers le soleil et des\u00adcen\u00addit avec l\u2019a\u00adgi\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019un singe, accom\u00adpa\u00adgn\u00e9 par un grand bruis\u00adse\u00adment de feuilles. Aus\u00adsi\u00adt\u00f4t \u00e0 terre il me ten\u00addit la main en disant&nbsp;:<\/p>\n<p>\t\u2014Salut Tex\u00adcier&nbsp;! Je suis heu\u00adreux de te&nbsp;voir.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"IMG\/gif\/istrati.gif\" alt=\"Pana\u00eft Istrati\" title=\"Pana\u00eft Istrati\" class=\"caption\" align=\"center\"><\/p>\n<p>\tJe garde un inou\u00adbliable sou\u00adve\u00adnir de cette pre\u00admi\u00e8re jour\u00adn\u00e9e pas\u00ads\u00e9e dans la for\u00eat avec l\u2019\u00e9\u00adcri\u00advain le moins homme de lettres que j\u2019aie jamais ren\u00adcon\u00adtr\u00e9. Un homme, un vrai, comme on n\u2019en voit plus. Un homme du Danube, fou\u00adgueux vaga\u00adbond au c\u0153ur pur, veillant farou\u00adche\u00adment sur son ind\u00e9\u00adpen\u00addance. De m\u00eame que son h\u00e9ros Adrien Zograf\u00adfi, il appa\u00adra\u00eet et dis\u00adpa\u00adra\u00eet comme un fan\u00adt\u00f4me. Per\u00adsonne ne peut se van\u00adter de l\u2019a\u00advoir rete\u00adnu quand il vou\u00adlait par\u00adtir. \u00c0 ce moment, Istra\u00adti m\u2019ap\u00adpa\u00adrut comme une jeune et joyeuse force sau\u00advage. \u00c0 peine d\u00e9li\u00advr\u00e9 des entraves de la mis\u00e8re il allait appor\u00adter l\u2019es\u00adp\u00e9\u00adrance aux esclaves du monde entier en racon\u00adtant aux hommes les tra\u00adgiques et mer\u00adveilleuses his\u00adtoires qui font de son \u0153uvre comme les Mille et une Nuits de la souf\u00adfrance. Nuits faites de soleils noirs, de crasse, de t\u00eates cas\u00ads\u00e9es, de so\u00fb\u00adle\u00adries, de larmes, de cris et de chan\u00adsons\u2026 Ce gar\u00ad\u00e7on au regard si net et si br\u00fb\u00adlant, au visage rava\u00adg\u00e9, aux attaches noueuses, aux mains us\u00e9es par les durs tra\u00advaux, il me sem\u00adblait que rien ne pour\u00adrait jamais bri\u00adser son enthou\u00adsiasme et que ce don de soi, fait avec tant d\u2019\u00e9\u00adlan, allait invin\u00adci\u00adble\u00adment r\u00e9veiller toutes les ardeurs endor\u00admies. En atten\u00addant, \u00e9cri\u00advain de langue fran\u00ad\u00e7aise, il appor\u00adtait \u00e0 notre lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, assou\u00adpie dans ses salles d\u2019at\u00adtente, un fameux enri\u00adchis\u00adse\u00adment&nbsp;: le soleil de la grand\u2019\u00adroute, le vent de la plaine, les mur\u00admures de la&nbsp;for\u00eat\u2026<\/p>\n<p>\tC\u2019\u00e9\u00adtait en&nbsp;1927.<\/p>\n<p>[|<b>\u00a7 \u00a7 \u00a7<\/b>|]<\/p>\n<p>\tN\u00e9 \u00e0 Bra\u00ef\u00adla en Rou\u00admaine en 1884, il n\u2019a que neuf mois quand meurt son contre\u00adban\u00addier de p\u00e8re, poi\u00adtri\u00adnaire et \u00e9pi\u00adlep\u00adtique. D\u00e8s lors, sa m\u00e8re se met \u00e0 tra\u00advailler comme blan\u00adchis\u00adseuse, de six heures du matin \u00e0 huit heures du soir, pour trente sous par jour. D\u00e9si\u00adreux de l\u2019ai\u00adder, le petit Pana\u00eft, sans lui deman\u00adder d\u2019au\u00adto\u00adri\u00adsa\u00adtion, s\u2019embauche \u00e0 douze ans chez un caba\u00adre\u00adtier pour 60 francs par an, nour\u00adri, log\u00e9 et habill\u00e9. Mais rou\u00e9 de coups par son patron, il se sauve au bout de la pre\u00admi\u00e8re ann\u00e9e. Il est tour \u00e0 tour gar\u00ad\u00e7on \u00e9pi\u00adcier, gar\u00ad\u00e7on bou\u00adlan\u00adger, appren\u00adti ser\u00adru\u00adrier, docker et ouvrier peintre, se m\u00eale au mou\u00adve\u00adment r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, est arr\u00ea\u00adt\u00e9, bat\u00adtu, empri\u00adson\u00adn\u00e9. En 1906 il quitte pour la pre\u00admi\u00e8re fois son pays, s\u2019embarquant en cachette sur un bateau qui va en \u00c9gypte. Il visite Le Caire, Ath\u00e8nes, Naples, Alexan\u00addrie, Port-Sa\u00efd, Jaf\u00adfa, J\u00e9ru\u00adsa\u00adlem, Bey\u00adrouth, Damas, Constan\u00adti\u00adnople. Presque tous ses voyages il les effec\u00adtue sans billet, tan\u00adt\u00f4t d\u00e9bar\u00adqu\u00e9, tan\u00adt\u00f4t accep\u00adt\u00e9 \u00e0 condi\u00adtion de tra\u00advailler \u00e0 bord. Sur terre il che\u00admine \u00e0 pied ou s\u2019ac\u00adcroche aux trains qui passent. Pour vivre il accepte n\u2019im\u00adporte quel tra\u00advail&nbsp;: lave la vais\u00adselle dans les res\u00adtau\u00adrants, d\u00e9charge les navires dans les ports, fait l\u2019homme-sand\u00adwich dans les rues. \u00c0 Naples il lui arrive de ne man\u00adger que quatre fois dans une semaine et de dor\u00admir tout un mois \u00e0 la belle \u00e9toile. En cours de route, il ne cesse de d\u00e9vo\u00adrer les livres qui lui tombent sous la main, apprend l\u2019i\u00adta\u00adlien, l\u2019al\u00adle\u00admand et un peu l\u2019a\u00adrabe. De retour en Rou\u00adma\u00adnie, il essaie de faire l\u2019\u00e9\u00adle\u00advage des porcs, mais, au bout de dix mois, comme il en a assez, il s\u2019en va en Suisse. Nous sommes en 1916. Il se met \u00e0 apprendre le fran\u00ad\u00e7ais et, pour ses d\u00e9buts, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un dic\u00adtion\u00adnaire, d\u00e9chiffre mot par mot <i>T\u00e9l\u00e9\u00admaque<\/i>. Ses pro\u00adfes\u00adseurs s\u2019ap\u00adpellent alors&nbsp;: F\u00e9ne\u00adlon, J.-J. Rous\u00adseau, Vol\u00adtaire, Mon\u00adtes\u00adquieu, Pas\u00adcal, Mon\u00adtaigne, La Roche\u00adfou\u00adcauld, Mmede S\u00e9vi\u00adgn\u00e9, Saint-Augus\u00adtin et Male\u00adbranche. Pen\u00addant quatre mois, \u00e0 Ley\u00adsin, Istra\u00adti conna\u00eet, gr\u00e2ce \u00e0 ce labeur, la plus grande joie intel\u00adlec\u00adtuelle de sa vie. Mais, h\u00e9las&nbsp;! le pro\u00adduit de la vente des porcs\u200a\u2014\u200aquinze cents francs\u200a\u2014\u200aest vola\u00adti\u00adli\u00ads\u00e9. Une nou\u00advelle p\u00e9riode de d\u00e9tresse sur\u00advient. Il plante des poteaux de t\u00e9l\u00e9\u00adgraphe dans la val\u00adl\u00e9e de l\u2019Orb, il attaque avec la pioche les routes o\u00f9 il fl\u00e2\u00adnait quelques semaines aupa\u00adra\u00advant en lisant Rous\u00adseau. Il balaie la neige sur les pati\u00adnoires, il est ter\u00adras\u00adsier \u00e0 Lau\u00adsanne et \u00e0 Fri\u00adbourg, conduit des trac\u00adteurs dans le can\u00adton de Valais. Malade, il est hos\u00adpi\u00adta\u00adli\u00ads\u00e9 dans un sana\u00adto\u00adrium. \u00c0 ce moment un cama\u00adrade lui pr\u00eate le Jean Chris\u00adtophe de Romain Rol\u00adland. Pour la pre\u00admi\u00e8re fois lisant un livre, il d\u00e9couvre un homme. Son c\u0153ur bat \u00e0 rompre sa poi\u00adtrine. Il quitte la mai\u00adson de san\u00adt\u00e9, s\u2019embauche comme peintre au garage Peu\u00adgeot \u00e0 Gen\u00e8ve et ach\u00e8ve de lire l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re de son nou\u00advel ami. Mais la mala\u00addie de nou\u00adveau le ter\u00adrasse. Se croyant pr\u00eat de mou\u00adrir, une id\u00e9e de gosse lui passe par la t\u00eate. Il \u00e9crit \u00e0 Romain Rol\u00adland et, tout en pleu\u00adrant, lui raconte sa vie\u2026 La lettre revient au bout de quatre jours sans avoir r\u00e9us\u00adsi \u00e0 tou\u00adcher son des\u00adti\u00adna\u00adtaire. Dans l\u2019im\u00adpos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 abso\u00adlue de trou\u00adver un emploi quel\u00adconque, Istra\u00adti s\u2019ouvre la gorge.\u2026 Six mois apr\u00e8s sa sor\u00adtie d\u2019h\u00f4\u00adpi\u00adtal, il re\u00e7oit la r\u00e9ponse de Romain Roland, qui a fini par rece\u00advoir la lettre du d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas seule\u00adment parce que vous souf\u00adfrez que votre lettre m\u2019a \u00e9mu. Non, c\u2019est parce que j\u2019y vois luire par \u00e9clairs, le jeu divin de l\u2019\u00e2me\u2026 Mais je n\u2019at\u00adtends pas de vous des lettres exal\u00adt\u00e9es, j\u2019at\u00adtends de vous une \u0153uvre\u2026\u00bb Istra\u00adti se sent sau\u00adv\u00e9. Pour vivre, il se fait pho\u00adto\u00adgraphe ambu\u00adlant \u00e0 Nice. En mai 1922 son grand ami Iones\u00adco, le bot\u00adtier rou\u00admain, en l\u2019h\u00e9\u00adber\u00adgeant chez lui, lui four\u00adnit le moyen d\u2019\u00e9\u00adcrire pen\u00addant six mois sans sou\u00adcis mat\u00e9\u00adriels. C\u2019est ain\u00adsi que le vaga\u00adbond \u00e9crit, \u00e0 Hau\u00adtil-sur-Triel d\u2019a\u00adbord et ensuite dans un sous-sol de la rue du Coli\u00ads\u00e9e&nbsp;: <i>Oncle Anghel<\/i> et <i>Kyra Kyra\u00adli\u00adna<\/i>. Les deux livres sont, sur le conseil de Romain Rol\u00adland, confi\u00e9s \u00e0 Jean-Richard Bloch et \u00e0 L\u00e9on Bazal\u00adgette et Istra\u00adti repart avec son appa\u00adreil \u00e0 Bagnolles de<br>\nl\u2019Orne et au Mont Saint-Michel. Il \u00e9choue \u00e0 Para\u00adm\u00e9. Il pleut, il fait froid&nbsp;; c\u2019est la mis\u00e8re encore une fois. Il couche dans un tau\u00addis sans nom o\u00f9 l\u2019on ne peut entrer que par la fen\u00eatre. Que va-t-il deve\u00adnir&nbsp;? Errant un jour dans la rue il s\u2019ar\u00adr\u00eate devant la vitrine d\u2019un libraire et il aper\u00ad\u00e7oit la revue Europe entou\u00adr\u00e9e d\u2019une bande por\u00adtant en gros carac\u00adt\u00e8res&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Romain Rol\u00adland&nbsp;: Un Gor\u00adki bal\u00adka\u00adnique<\/i>&nbsp;\u00bb et en des\u00adsous \u00ab&nbsp;<i>Pana\u00eft Istra\u00adti&nbsp;: Kyra Kyra\u00adli\u00adna<\/i>&nbsp;\u00bb. Il court au bureau de poste t\u00e9l\u00e9\u00adgra\u00adphier \u00e0 son \u00e9di\u00adteur et, quelques heures apr\u00e8s, ses pre\u00admiers droits d\u2019au\u00adteur lui par\u00adviennent&nbsp;: quatre cent cin\u00adquante francs. Il prend le train pour Paris et va aus\u00adsi\u00adt\u00f4t embras\u00adser Iones\u00adco qui danse de&nbsp;joie.&nbsp;<\/p>\n<p>\tC\u2019est la fin de la mis\u00e8re. Il leur semble \u00e0 tous deux que quelque chose de grand va commencer.<\/p>\n<p>[|<b>\u00a7 \u00a7 \u00a7<\/b>|]<\/p>\n<p>\tQui a lu les livres d\u2019Is\u00adtra\u00adti ne peut les oublier. La force des sen\u00adti\u00adments agit ici avec une vio\u00adlence sin\u00adgu\u00adli\u00e8re, de m\u00eame que le path\u00e9\u00adtique des situa\u00adtions. On est peut-\u00eatre moins sai\u00adsi par le pit\u00adto\u00adresque des per\u00adson\u00adnages que par leur nature m\u00eame qui bru\u00adta\u00adle\u00adment vous \u00e9treint et vous oppresse. Ces per\u00adson\u00adnages ne res\u00adsemblent gu\u00e8re \u00e0 ceux de Gor\u00adki ou du moins ils s\u2019ap\u00adprochent de nous avec des mani\u00e8res assez dif\u00adf\u00e9\u00adrentes. Ceux de Gor\u00adki font notre si\u00e8ge avec ruse et il y a chez eux un cer\u00adtain halo d\u2019in\u00adqui\u00e9\u00adtude qui les estompe \u00e0 nos yeux. Ceux d\u2019Is\u00adtra\u00adti ont des ar\u00eates vives et ils sont imm\u00e9\u00addia\u00adte\u00adment sur nous sans crier&nbsp;: gare&nbsp;! Com\u00adment oublier Codine, Oncle Anghel, Ner\u00adrant\u00adsou\u00adla, Epa\u00admi\u00adnon\u00adda, Dra\u00adgo\u00admir, Cos\u00adma et tant d\u2019autres&nbsp;? Les \u0153uvres elles-m\u00eames ont une d\u00e9marche si natu\u00adrelle, un son \u00e0 la fois si humain et si l\u00e9gen\u00addaire qu\u2019il n\u2019y a gu\u00e8re de lec\u00adture plus atta\u00adchante. Par-des\u00adsus tout, Istra\u00adti est ma\u00eetre dans l\u2019art du r\u00e9cit, mais vous pen\u00adsez bien qu\u2019il ne raconte pas comme Mau\u00adpas\u00adsant ou comme M\u00e9ri\u00adm\u00e9e et que s\u2019il y a pr\u00e9\u00adm\u00e9\u00addi\u00adta\u00adtion cela n\u2019ap\u00adpa\u00adra\u00eet gu\u00e8re. Il semble revivre des sou\u00adve\u00adnirs et vous les racon\u00adter de vive voix avec des arr\u00eats, des retours sur soi-m\u00eame, des r\u00eave\u00adries et des galops. Il semble qu\u2019on l\u2019en\u00adtende par\u00adler. M\u00eal\u00e9e d\u2019ar\u00adgot popu\u00adlaire, la langue dont il se sert est d\u2019une \u00e9trange po\u00e9\u00adsie. Par\u00adfois rude comme dans <i>Kyra<\/i> ou <i>Oncle Anghel<\/i>, par\u00adfois d\u2019une infi\u00adnie d\u00e9li\u00adca\u00adtesse comme dans les <i>Char\u00addons du Bara\u00adgan<\/i>. Mais Istra\u00adti ne s\u2019embarrasse gu\u00e8re des lois. Il fait sa loi et dans le m\u00eame r\u00e9cit il lui arrive de chan\u00adger de ton avec d\u00e9sin\u00advol\u00adture. L\u2019ef\u00adfet est admi\u00adrable. Dans la nar\u00adra\u00adtion c\u2019est le mou\u00adve\u00adment qui commande.<\/p>\n<p>[|<b>\u00a7 \u00a7 \u00a7<\/b>|]<\/p>\n<p>\tCette \u0153uvre bru\u00adtale et pas\u00adsion\u00adn\u00e9e o\u00f9 se trouve le r\u00e9cit de tant de crimes et de tant d\u2019hor\u00adreurs est une \u0153uvre d\u2019a\u00admour et de piti\u00e9. Son pre\u00admier livre \u00e9crit, Istra\u00adti a sen\u00adti peser sur lui une \u00e9norme res\u00adpon\u00adsa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9, car en Orient on ne badine pas avec les hommes qui inau\u00adgurent leur vie publique par des enga\u00adge\u00adments de conscience. Son pre\u00admier article fut un article de com\u00adbat. L\u00e0 est sa destin\u00e9e.<\/p>\n<p>\tDeux ans sont pas\u00ads\u00e9s depuis cette pre\u00admi\u00e8re ren\u00adcontre. Apr\u00e8s un pre\u00admier voyage en Rou\u00adma\u00adnie dont on trouve l\u2019\u00e9\u00adcho tr\u00e8s amer au seuil de <i>Dom\u00adnit\u00adza de Sna\u00adgov<\/i>, Istra\u00adti est all\u00e9 faire un long s\u00e9jour en Russie.<\/p>\n<p>\tJe l\u2019ai revu \u00e0 son retour. Je l\u2019ai revu dans le m\u00eame sous-sol de Iones\u00adco o\u00f9 il \u00e9cri\u00advit avec tant d\u2019en\u00adthou\u00adsiasme <i>Kyra Kyra\u00adli\u00adna<\/i>. Je l\u2019ai revu, mais je ne l\u2019ai pas retrou\u00adv\u00e9. O\u00f9 \u00eates-vous, Istra\u00adti qui, tout au haut du H\u00eatre Rouge, chan\u00adtiez le refrain de Ner\u00adrant\u00adsou\u00adla, por\u00adteuse de soleil&nbsp;? O\u00f9 \u00eates-vous, Istra\u00adti, joyeux com\u00adpa\u00adgnon qui sau\u00adtiez comme un jeune ani\u00admal sau\u00advage par des\u00adsus les buis\u00adsons et les rivi\u00e8res&nbsp;? O\u00f9 \u00eates-vous jeune pro\u00adph\u00e8te au c\u0153ur bat\u00adtant, h\u00e9ros impatient&nbsp;?<\/p>\n<p>\tJ\u2019ai vu un Istra\u00adti sans joie, dont le visage dur\u00adci para\u00eet gar\u00adder ran\u00adcune \u00e0 l\u2019u\u00adni\u00advers. La bouche am\u00e8re, le regard loin\u00adtain, je l\u2019ai trou\u00adv\u00e9 accou\u00add\u00e9 sur la petite table o\u00f9, jadis, il \u00e9cri\u00advit fi\u00e9\u00advreu\u00adse\u00adment tant de r\u00e9cits br\u00fb\u00adlants. Immo\u00adbile, il buvait \u00e0 grandes gor\u00adg\u00e9es les bols de caf\u00e9 qui sou\u00adtiennent sans cesse un corps amai\u00adgri. J\u2019ai vu un Istra\u00adti dont tous les res\u00adsorts m\u2019ont paru bri\u00ads\u00e9s. Avec un pauvre sou\u00adrire bles\u00ads\u00e9, par\u00admi les mules d\u2019or et les peaux de ser\u00adpents que le doux Iones\u00adco, tout habill\u00e9 de blanc, polit avec amour, un nou\u00advel Istra\u00adti m\u2019a&nbsp;parl\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u2014Tex\u00adcier, si tu \u00e9cris quelque chose \u00e0 pro\u00adpos de moi, dis bien que je n\u2019ai jamais vou\u00adlu faire de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture. Qui donc a racon\u00adt\u00e9 que j\u2019a\u00advais jadis envoy\u00e9 des manus\u00adcrits \u00e0 Romain Rol\u00adland&nbsp;? Je ne lui ai envoy\u00e9 qu\u2019une lettre de quelques pages. \u00c9crite l\u2019\u00e9\u00adt\u00e9 1919, elle ne lui est par\u00adve\u00adnue qu\u2019en 1921. Pen\u00addant un an et demi, il a insis\u00adt\u00e9 aupr\u00e8s de moi pour que j\u2019\u00e9\u00adcrive. Ce m\u2019est qu\u2019en mai 1922 que j\u2019ai com\u00admen\u00adc\u00e9 \u00e0 cou\u00advrir d\u2019\u00e9\u00adcri\u00adture des feuilles de papier et c\u2019est en sep\u00adtembre 1924 que para\u00eet Kyra\u2026 Non, bien s\u00fbr, mon inten\u00adtion n\u2019\u00e9\u00adtait pas de deve\u00adnir un homme de lettres. Le suis-je deve\u00adnu parce que j\u2019ai \u00e9crit quelques livres&nbsp;? Si je croyais ce mal\u00adheur arri\u00adv\u00e9, je me m\u00e9pri\u00adse\u00adrais tel\u00adle\u00adment que, cette fois-ci, je r\u00e9us\u00adsi\u00adrais bien \u00e0 me sup\u00adpri\u00admer\u2026 J\u2019ai tou\u00adjours sen\u00adti que le monde n\u2019a pas tant besoin d\u2019ar\u00adtistes que d\u2019<i>hommes<\/i>. L\u2019homme v\u00e9ri\u00adtable, pour moi, c\u2019est le r\u00e9vol\u00adt\u00e9 qui ne se contente pas de triom\u00adpher seul dans la vie\u2026 Qu\u2019im\u00adporte, d\u00e8s lors, un suc\u00adc\u00e8s lit\u00adt\u00e9\u00adraire&nbsp;? Le mien ne m\u2019a pas \u00e9bloui. Il n\u2019a chan\u00adg\u00e9 ni ma men\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9, ni ma fa\u00e7on de&nbsp;vivre\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u00ab&nbsp;Mon erreur ce fut de croire qu\u2019en deve\u00adnant un homme connu, je pour\u00adrais \u00eatre utile aux hommes qui souffrent mat\u00e9\u00adriel\u00adle\u00adment. J\u2019ai cru que je pour\u00adrais appor\u00adter un sou\u00adla\u00adge\u00adment \u00e0 la mis\u00e8re humaine. Vois ma d\u00e9tresse&nbsp;! <i>Je ne le crois plus<\/i>\u2026 Et ce n\u2019est pas une simple impres\u00adsion, c\u2019est une convic\u00adtion pro\u00adfonde. J\u2019ai vu se d\u00e9ve\u00adlop\u00adper depuis douze ans une exp\u00e9\u00adrience sociale qui s\u2019\u00e9\u00adtend sur vingt et un mil\u00adlions de kilo\u00adm\u00e8tres car\u00adr\u00e9s et qui int\u00e9\u00adresse cent cin\u00adquante mil\u00adlions d\u2019\u00eatres humains. L\u2019\u0153uvre accom\u00adplie, je l\u2019ai vue \u00e0 fond, avec mon sang\u2026 Je n\u2019ai pas le droit de dire que c\u2019est la faillite de tout espoir humain, mais \u00e0 mes yeux qui ont encore quelques ann\u00e9es \u00e0 voir la lumi\u00e8re, c\u2019est r\u00e9el\u00adle\u00adment <i>une faillite<\/i>. Entends-moi, Tex\u00adcier, et com\u00adprends bien que tu n\u2019as plus devant toi l\u2019homme que, il y a deux ans, tu as enten\u00addu chan\u00adter des chan\u00adsons ha\u00ef\u00addouks, et jouer comme un enfant. Je ne savais pas \u00e0 ce moment ce que je sais aujourd\u2019hui\u2026\u00bb<\/p>\n<p>\tIstra\u00adti res\u00adta un moment silen\u00adcieux. Puis il reprit sa confes\u00adsion, len\u00adte\u00adment, douloureusement&nbsp;:<\/p>\n<p>\t\u2014Mon fr\u00e8re que je connais\u00adsais par vingt-cinq ans d\u2019ex\u00adp\u00e9\u00adrience, arri\u00adv\u00e9 au pou\u00advoir, est deve\u00adnu un tyran bour\u00adr\u00e9 de doc\u00adtrine et il \u00e9crase \u00ab&nbsp;les siens&nbsp;\u00bb pour don\u00adner satis\u00adfac\u00adtion \u00e0 la doc\u00adtrine. Pour moi ce fait est plus dou\u00adlou\u00adreux que si j\u2019a\u00advais per\u00addu mes yeux dans la bataille. Je sais donc aujourd\u2019\u00adhui que <i>l\u2019homme<\/i> tel que je le con\u00e7ois, n\u2019est pas de mon temps et qu\u2019il n\u2019ar\u00adri\u00adve\u00adra pas, de mon temps, \u00e0 r\u00e9a\u00adli\u00adser cette jus\u00adtice qu\u2019il m\u2019a\u00advait pro\u00admise, et dont j\u2019at\u00adten\u00addais le r\u00e8gne glo\u00adrieux\u2026 Voi\u00adl\u00e0 d\u2019o\u00f9 je pars pour r\u00e9vi\u00adser toutes les valeurs morales et artis\u00adtiques. Que veux-tu que cela me fasse main\u00adte\u00adnant d\u2019\u00eatre un \u00e9cri\u00advain connu au lieu d\u2019\u00eatre le va-nu-pieds d\u2019hier&nbsp;? Il ne s\u2019a\u00adgit pas de mon bon\u00adheur per\u00adson\u00adnel. Crois-moi, d\u00e8s mon ado\u00adles\u00adcence j\u2019au\u00adrais pu par\u00adve\u00adnir \u00e0 \u00eatre un petit per\u00adson\u00adnage dans le monde&nbsp;: r\u00e9dac\u00adteur de jour\u00adnal et maire de ma com\u00admune natale. N\u2019est-ce pas joli, pour un fils de blan\u00adchis\u00adseuse&nbsp;? Mais j\u2019a\u00advais une autre ambi\u00adtion. J\u2019ai aujourd\u2019\u00adhui une force en main. Je veux la mettre au ser\u00advice du bien. Per\u00adsonne n\u2019en veut&nbsp;! Voi\u00adl\u00e0 pour\u00adquoi je n\u2019ai aucun res\u00adpect pour les arts et pour les artistes qui triomphent. Dou\u00adlou\u00adreuse exp\u00e9\u00adrience, mon ami&nbsp;! Je ne sais que faire de mon oeuvre de demain ni de ma vie d\u2019aujourd\u2019hui\u2026<\/p>\n<p>\tJ\u2019\u00e9\u00adcou\u00adtais par\u00adler Istra\u00adti. Sa voix trem\u00adblait d\u2019\u00e9\u00admo\u00adtion, mais ses yeux tout \u00e0 l\u2019heure si loin\u00adtains s\u2019\u00e9\u00adtaient faits plus brillants.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u2014Istra\u00adti, serait-ce donc vrai que l\u2019\u00e9\u00adtoile de ton ha\u00ef\u00addou\u00adcie se couche ce soir pour tou\u00adjours et que tu vas par\u00adtir comme Adrien Zograf\u00adfi pour te faire berger&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u2014Oui, Tex\u00adcier, je vais par\u00adtir. Une force invin\u00adcible me pousse vers l\u2019o\u00adri\u00adgine, vers mon vil\u00adlage, mes marais, mon Bara\u00adgan et les hommes simples qui souffrent depuis des si\u00e8cles et souf\u00adfri\u00adront sans doute des si\u00e8cles durant\u2026 Rede\u00adve\u00adnir un des leurs, les com\u00adprendre, les aider si je puis, me semble une plus grande \u0153uvre que d\u2019ha\u00adbi\u00adter Paris et de conti\u00adnuer \u00e0 pondre des livres qui n\u2019ont aucun sens puis\u00adqu\u2019ils ne me per\u00admettent pas de sou\u00adla\u00adger un peu la souf\u00adfrance des hommes d\u2019au\u00adjourd\u2019\u00adhui. J\u2019ai fait fausse route en croyant pou\u00advoir agir sur l\u2019O\u00adpi\u00adnion par l\u2019in\u00adter\u00adm\u00e9\u00addiaire de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture. J\u2019ai honte de mon impuis\u00adsance. Puis-je me r\u00e9si\u00adgner \u00e0 n\u2019\u00eatre que le conteur qui r\u00e9us\u00adsit \u00e0 dis\u00adtraire le public&nbsp;? Est-ce que vrai\u00adment tout dans ce monde doit finir par des chan\u00adsons ha\u00efdouk&nbsp;?<\/p>\n<p>\t\u2014Dom\u00adnit\u00adza le croyait, Istra\u00adti, mais, rap\u00adpelle-toi qu\u2019A\u00addrien sur la tombe de celle qui avait d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9 criait encore apr\u00e8s la d\u00e9faite&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui, tout finit, mais aus\u00adsi tout com\u00admence par une chan\u00adson ha\u00ef\u00addouk, et c\u2019est cela la vie&nbsp;!&nbsp;\u00bb Il repar\u00adtit alors, au gr\u00e9 du des\u00adtin, r\u00e9pandre le meilleur de sa jeu\u00adnesse et de sa&nbsp;bont\u00e9.<\/p>\n<p>\t\u2014Mais j\u2019ai tout don\u00adn\u00e9. Je suis hideu\u00adse\u00adment pauvre. L\u00e0-bas seule\u00adment je rede\u00advien\u00addrai un&nbsp;homme.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u2014Alors, pars, Istra\u00adti, nous avons confiance en toi. Mais renon\u00adce\u00adrais-tu \u00e0 \u00e9crire&nbsp;?<\/p>\n<p>\t\u2014Com\u00adment le pour\u00adrais-je sans mou\u00adrir&nbsp;? Je me sens plein de tant de visions, de tant d\u2019ex\u00adp\u00e9\u00adriences nou\u00advelles que sans le secours de l\u2019art, je crois vrai\u00adment que j\u2019\u00e9\u00adcla\u00adte\u00adrais. C\u2019est donc encore \u00e0 lui qu\u2019il faut reve\u00adnir et deman\u00adder l\u2019a\u00adpai\u00adse\u00adment. Com\u00adment renon\u00adcer \u00e0 \u00e9crire avec la t\u00eate que j\u2019ai aujourd\u2019\u00adhui&nbsp;? On m\u2019a chauf\u00adf\u00e9 \u00e0 blanc le c\u0153ur et le cer\u00adveau. Tout chez moi fonc\u00adtionne autre\u00adment qu\u2019a\u00advant. Des \u00e9cluses ont \u00e9t\u00e9 ouvertes, com\u00adment les fer\u00admer&nbsp;? Tout ce que je res\u00adsens actuel\u00adle\u00adment trou\u00adve\u00adra son \u00e9cho dans les trois volumes que j\u2019\u00e9\u00adcri\u00adrai un&nbsp;jour.<\/p>\n<p>\t\u2014Et com\u00adment s\u2019ap\u00adpel\u00adle\u00adra cette \u0153uvre nou\u00advelle, Istrati&nbsp;?<\/p>\n<p>\t\u2014<i>Vers l\u2019Autre Flamme<\/i>.<\/p>\n<p>[|<b>\u00a7 \u00a7 \u00a7<\/b>|]<\/p>\n<p>\tDepuis cet entre\u00adtien, qui date de mai 1929, les deux pre\u00admiers volumes de <i>Vers l\u2019Autre Flamme<\/i> ont paru chez Rie\u00adder, et Istra\u00adti est tra\u00ee\u00adn\u00e9 dans la boue par la presse communiste.<\/p>\n<p>\tIl s\u2019y atten\u00addait et c\u2019est volon\u00adtai\u00adre\u00adment qu\u2019il s\u2019est expo\u00ads\u00e9 \u00e0 la fureur des partisans.<\/p>\n<p>Jean Tex\u00adcier<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pre\u00admi\u00e8re fois que j\u2019ai vu Istra\u00adti, il \u00e9tait per\u00adch\u00e9 au som\u00admet d\u2019un arbre immense. Sans se sou\u00adcier du vent qui le balan\u00ad\u00e7ait par\u00admi les feuilles, il chan\u00adtait \u00e0 plein gosier le refrain joyeux de la petite por\u00adteuse d\u2019eau de Bra\u00ef\u00adla&nbsp;: Ner\u00adrant\u00adsou\u00adla foun\u00addo\u00adti&nbsp;! Ner\u00adrant\u00adsou\u00adla mou\u00adcon\u00addi&nbsp;! Pour me pr\u00e9\u00adsen\u00adter \u00e0 lui on cria tr\u00e8s fort,&nbsp;les&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[302],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2382","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-n3-fevrier-1930"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2382","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2382"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2382\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2382"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2382"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2382"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2382"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}