{"id":2431,"date":"2010-07-09T10:10:04","date_gmt":"2010-07-09T10:10:04","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/07\/09\/lapprentissage-de-la-vie\/"},"modified":"2010-07-09T10:10:04","modified_gmt":"2010-07-09T10:10:04","slug":"lapprentissage-de-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/07\/09\/lapprentissage-de-la-vie\/","title":{"rendered":"L\u2019apprentissage de la&nbsp;vie"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2431?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2431?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>\tIl allait par les rues, l\u2019\u00e2me en peine. C\u2019\u00e9\u00adtait jour de march\u00e9.<\/p>\n<p>\tLes com\u00adm\u00e8res l\u2019in\u00adter\u00adpel\u00adlaient. Mais il filait, sans entendre\u2026 A ses oreilles r\u00e9son\u00adnaient bien des mots, gros\u00adsiers par\u00adfois, vul\u00adgaires, mais il n\u2019en avait cure. Sa pen\u00ads\u00e9e \u00e9tait loin. D\u2019autres sou\u00adcis l\u2019ac\u00adca\u00adpa\u00adraient. Seuls ses pas l\u2019a\u00advaient tra\u00ee\u00adn\u00e9 l\u00e0, conduit, tir\u00e9, au hasard, sui\u00advant d\u2019autres pas, d\u2019autres ombres, mais l\u2019es\u00adprit absent.&nbsp;<\/p>\n<p>\tN\u2019a\u00advez-vous jamais remar\u00adqu\u00e9 comme l\u2019on peut errer, sans but d\u00e9fi\u00adni, \u00e0 l\u2019a\u00adven\u00adture, enti\u00e8\u00adre\u00adment absor\u00adb\u00e9 par je ne sais quel r\u00eave int\u00e9\u00adrieur, et doci\u00adle\u00adment suivre quel\u00adqu\u2019un, hap\u00adp\u00e9 par l\u2019at\u00adti\u00adrance de la&nbsp;foule&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>\tLes petits car\u00adtons, sur les prix exor\u00adbi\u00adtants des\u00adquels les ache\u00adteurs s\u2019ex\u00adcla\u00admaient, d\u00e9fi\u00adlaient sons ses yeux \u00e9ga\u00adr\u00e9s. On cri\u00adti\u00adquait. On criait. Mais on ache\u00adtait tout de m\u00eame. Le ventre com\u00admande. C\u2019est la&nbsp;vie\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>\tIl sor\u00adtit de la&nbsp;halle.&nbsp;<\/p>\n<p>\tAutant dire, apr\u00e8s quelques pas dans cette cohue, le bruit assour\u00addis\u00adsant l\u2019a\u00adga\u00ad\u00e7ait. Plus que de l\u2019\u00e9\u00adner\u00adve\u00adment. Une sorte de souf\u00adfrance l\u2019\u00e9treignait.&nbsp;<\/p>\n<p>\tAu coin de la rue, pr\u00e8s d\u2019une bou\u00adlan\u00adge\u00adrie dans la vitrine de laquelle brillaient des pains dor\u00e9s, des pains de toutes tailles et des bocaux de cha\u00adpe\u00adlure, il s\u2019ar\u00adr\u00ea\u00adta pour fouiller dans son ves\u00adton. Et il se sou\u00advint, avec angoisse\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>\tDepuis 6 jours il \u00e9tait sans tra\u00advail, sans argents. Sans travail&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>\tOn l\u2019a\u00advait cong\u00e9\u00addi\u00e9. Il \u00e9tait le plus jeune\u200a\u2014\u200aet les temps \u00e9taient durs. Les affaires p\u00e9ri\u00adcli\u00adtaient. Il errait, de droite \u00e0 gauche, d\u00e9soeu\u00advr\u00e9, taci\u00adturne, comme une \u00e9pave\u2026 Mal\u00adgr\u00e9 lui, il son\u00adgeait au h\u00e9ros d\u2019Han Ryner, \u00e0 Pierre Daspres [[&nbsp;<i>Le Crime d\u2019O\u00adb\u00e9ir<\/i>, III. Le R\u00e9frac\u00adtaire, p.48]], et ses dents se ser\u00adraient de rage impuis\u00adsante\u2026 Ce soir, pour\u00adtant, on devait lui rendre r\u00e9ponse pour un emploi. ON DEVAIT. Et c\u2019\u00e9\u00adtait la troi\u00adsi\u00e8me fois\u2026 Bonne\u200a\u2014\u200aou mau\u00advaise encore, celle-ci&nbsp;? L\u2019\u00e9\u00adter\u00adnel refrain. L\u2019\u00e9\u00adpou\u00advan\u00adtable cau\u00adche\u00admar des gueux&nbsp;! Il \u00e9tait sans argent. Il vivait seul, il est vrai, et sa pen\u00adsion \u00e9tait pay\u00e9e d\u2019a\u00advance. On n\u2019a\u00advait pas eu confiance. Il lui res\u00adtait donc une qua\u00adran\u00adtaine de sous pour finir le mois en gar\u00ad\u00e7on. Sept jours. C\u2019est long. Mais il se pri\u00adve\u00adrait du petit d\u00e9jeu\u00adner. Il se pri\u00adve\u00adrait de ciga\u00adrettes. Plai\u00adsirs de riches. Et apr\u00e8s, ma foi, il deman\u00adde\u00adrait \u00e0 ses parents. Mais ceux-ci vivaient rela\u00adti\u00adve\u00adment loin et n\u2019\u00e9\u00adtaient point ais\u00e9s. Comme un bon fils, il s\u2019en vou\u00adlait d\u2019a\u00advoir recours \u00e0 eux. Et puis\u2026 il se rap\u00adpe\u00adlait qu\u2019un jour, ayant dila\u00adpi\u00add\u00e9 dans les mai\u00adsons closes de la ville voi\u00adsine, en un triste soir d\u2019or\u00adgie, son maigre p\u00e9cule si p\u00e9ni\u00adble\u00adment amas\u00ads\u00e9, il avait essuy\u00e9 un refus cat\u00e9\u00adgo\u00adrique de son p\u00e8re. Il avait encore, pr\u00e9\u00adsents \u00e0 la m\u00e9moire, les termes s\u00e9v\u00e8res dont l\u2019ou\u00advrier d\u2019u\u00adsine l\u2019a\u00advait acca\u00adbl\u00e9, an\u00e9an\u00adti. Il revi\u00advait l\u2019\u00e9\u00admou\u00advante minute o\u00f9 ses mains cris\u00adp\u00e9es de d\u00e9tresse avaient pal\u00adp\u00e9 le papier gras d\u2019une cou\u00adpure que sa m\u00e8re avait frau\u00addu\u00adleu\u00adse\u00adment glis\u00ads\u00e9e dans l\u2019en\u00adve\u00adloppe. Et cela lui bri\u00adsait le c\u0153ur, \u00e0 la pen\u00ads\u00e9e que cette pauvre femme, us\u00e9e avant l\u2019\u00e2ge, min\u00e9e de cha\u00adgrin, b\u00fbchait comme une for\u00adce\u00adn\u00e9e pour aider sa prog\u00e9niture\u2026<\/p>\n<h2>II<\/h2>\n<p>\tIndif\u00adf\u00e9\u00adrente, la petite ville s\u2019\u00e9gayait.<\/p>\n<p>\tLa place exi\u00adgu\u00eb \u00e9tait encom\u00adbr\u00e9e de baraques foraines pour la f\u00eate du len\u00adde\u00admain. Et les habi\u00adtants des rou\u00adlottes, affai\u00adr\u00e9s, met\u00adtaient la der\u00adni\u00e8re main, le der\u00adnier \u00ab&nbsp;coup de col\u00adlier&nbsp;\u00bb, l\u2019ul\u00adtime coup de pin\u00adceau, \u00e0 par\u00adache\u00adver leur ins\u00adtal\u00adla\u00adtion de glaces et de lumi\u00e8res, pour l\u2019\u00e9\u00adbau\u00addis\u00adse\u00adment d\u2019une mul\u00adti\u00adtude de mioches du vil\u00adlage, deve\u00adnus pour une fois \u00ab&nbsp;cri\u00adtiques d\u2019art&nbsp;\u00bb et com\u00admen\u00adtant entre eux l\u2019ef\u00adfet de telle ou telle confi\u00adse\u00adrie, de tel ou tel man\u00e8ge, et sup\u00adpu\u00adtant le plai\u00adsir de toute cette jour\u00adn\u00e9e domi\u00adni\u00adcale qui ver\u00adra s\u2019ou\u00advrir ces merveilles&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>\tJean Des\u00adrousses pro\u00adme\u00adnait sa m\u00e9di\u00adta\u00adtion sur la place encom\u00adbr\u00e9e. (Trac\u00adteurs. Bara\u00adque\u00adments. Mar\u00admaille). Et il pen\u00adsait que, peut-\u00eatre, il e\u00fbt pu trou\u00adver du tra\u00advail chez les forains pour les 2 ou 3 jours de leur am\u00e9\u00adna\u00adge\u00adment. Mais il \u00e9tait trop tard main\u00adte\u00adnant. Il s\u2019en vou\u00adlait de n\u2019y avoir point son\u00adg\u00e9. Aus\u00adsi bien, quelque chose lui d\u00e9plai\u00adsait dans cette cohue grouillante et sale. Il \u00e9prou\u00advait un \u00e9trange et ins\u00adtinc\u00adtif malaise \u00e0 cou\u00addoyer ces forains au verbe haut, ces hommes basa\u00adn\u00e9s, mal v\u00eatus. Il ne cher\u00adchait pas \u00e0 s\u2019a\u00advouer qu\u2019il lui r\u00e9pu\u00adgnait de se m\u00ealer \u00e0 eux, dont il igno\u00adrait com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment tout de la vie, dont il ne soup\u00ad\u00e7on\u00adnait pas m\u00eame la phi\u00adlo\u00adso\u00adphie, le non-confor\u00admisme, le charme de leur exis\u00adtence errante,\u200a\u2014\u200apeut-\u00eatre m\u00eame le tra\u00adgique. Car il en e\u00fbt rou\u00adgi de honte\u2026 Mais son orgueil seul en souf\u00adfrait. Dans sa p\u00e9nu\u00adrie, il avait vague\u00adment conscience de leur sup\u00e9\u00adrio\u00adri\u00adt\u00e9\u200a\u2014\u200aet cela lui \u00e9tait into\u00adl\u00e9\u00adrable\u2026 Il \u00e9tait \u00e0 l\u2019aube de la vie\u2026 Tous les ponts n\u2019\u00e9\u00adtaient pas rom\u00adpus avec la soci\u00e9\u00adt\u00e9 \u00e9go\u00efste et menteuse.&nbsp;<\/p>\n<p>\tIl fai\u00adsait chaud. Un temps d\u2019o\u00adrage. Ciel mar\u00adbr\u00e9, tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adture lourde. Et \u00e0 mar\u00adcher (m\u00eame sans but), l\u2019on a soif. Sans r\u00e9fl\u00e9\u00adchir, peu habi\u00adtu\u00e9 encore \u00e0 sa mis\u00e8re, il pous\u00adsa la porte d\u2019un bar modeste dont la fa\u00e7ade s\u2019\u00e9\u00adnor\u00adgueillis\u00adsait cepen\u00addant de sa pein\u00adture neuve, pro\u00advo\u00adcante, et des r\u00e9clames tapa\u00adgeuses dont s\u2019orne aujourd\u2019\u00adhui le plus minus\u00adcule temple de Bac\u00adchus. Dans l\u2019\u00e9\u00adta\u00adblis\u00adse\u00adment on chan\u00adtait. Une chan\u00adson vieillotte et d\u00e9su\u00e8te, sans doute. Mais qui, dou\u00adce\u00adment, tris\u00adte\u00adment, lan\u00adc\u00e9e par une voix de femme, pre\u00adnait \u00e9tran\u00adge\u00adment le c\u0153ur, l\u2019\u00e9\u00adtrei\u00adgnait d\u2019un indi\u00adcible&nbsp;\u00e9moi.&nbsp;<\/p>\n<p>\tJean Des\u00adrousses pen\u00adsa qu\u2019il avait connu, un jour, une petite fille poi\u00adtri\u00adnaire qu\u2019il avait s\u00e9duite, et qui chan\u00adtait comme cela\u200a\u2014\u200ade cette m\u00eame voix plain\u00adtive et si char\u00adg\u00e9e d\u2019\u00e9\u00admo\u00adtion, de d\u00e9sirs.&nbsp;<\/p>\n<p>\tMarguerite&nbsp;!\u2026<\/p>\n<p>\tIl revoyait sou\u00addain la&nbsp;sc\u00e8ne\u2026<\/p>\n<p>\tIl lui avait dit, un soir, au cours pro\u00adpice d\u2019une pro\u00adme\u00adnade cham\u00adp\u00eatre,\u200a\u2014\u200ail lui avait dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je te veux&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Avait-elle 16 ans&nbsp;? Son corps fl\u00e9\u00adchis\u00adsait sous l\u2019\u00e9\u00adtreinte du bai\u00adser. Il lui avait dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Laisse-moi t\u2019ai\u00admer, mon petit ange blond, mon tout petit\u2026&nbsp;\u00bb Et sa voix s\u2019en\u00adrou\u00adlait avec tra\u00ee\u00adtrise au coeur de l\u2019A\u00admie. C\u2019\u00e9\u00adtait comme une ber\u00adceuse que psal\u00admo\u00addiait la voix chan\u00adtante de l\u2019Homme\u200a\u2014\u200aun appel tendre et qui l\u2019emplissait toute, anni\u00adhi\u00adlait ses forces. Il lui avait pris ses l\u00e8vres, et pla\u00adquait sur leur car\u00admin sa bouche o\u00f9 br\u00fb\u00adlait le d\u00e9sir, Mais elle com\u00adprit qu\u2019elle s\u2019a\u00adban\u00addon\u00adnait et s\u2019ar\u00adra\u00adcha la pre\u00admi\u00e8re \u00e0 l\u2019en\u00advo\u00fb\u00adte\u00adment. Il l\u2019ai\u00admait. Il la trou\u00adblait du flux de ses paroles et l\u2019at\u00adti\u00adrait per\u00adfi\u00adde\u00adment vers le dis\u00adcret refuge des arbres. Il la fit s\u2019as\u00adseoir pr\u00e8s de lui, sur l\u2019herbe. Il sen\u00adtait son corps fra\u00adgile et condam\u00adn\u00e9 se roi\u00addir entre ses bras, et les yeux de l\u2019A\u00admie scru\u00adter les siens avec angoisse\u2026 Il la ras\u00adsu\u00adra. Son c\u0153ur bat\u00adtait \u00e0 se rompre. Il en eut conscience Un ins\u00adtant, il en per\u00ad\u00e7ut les bat\u00adte\u00adments furieux, avec sa main, sous la pope\u00adline\u2026 Elle le lais\u00adsait faire, le regard ten\u00addu obs\u00adti\u00adn\u00e9\u00adment dans le vague. D\u2019une pres\u00adsion du bras, dou\u00adce\u00adment, il la cou\u00adcha sur le sol. Elle vou\u00adlut se rele\u00adver, et ses jambes heur\u00adt\u00e8rent celles de l\u2019Homme. Alors elle s\u2019a\u00adban\u00addon\u00adna et de ses yeux jaillirent des larmes\u2026<\/p>\n<p>\tAvait-elle seize&nbsp;ans&nbsp;?<\/p>\n<p>\tMarguerite\u2026<\/p>\n<p>\tMais il chas\u00adsa bien vite l\u2019i\u00admage de la morte. Il s\u2019en vou\u00adlait de s\u2019a\u00adban\u00addon\u00adner ain\u00adsi l\u00e2che\u00adment, aux sou\u00adve\u00adnirs mor\u00adbides qui dres\u00adsaient leur fais\u00adceau d\u00e9sor\u00addon\u00adn\u00e9 dans son c\u0153ur malade.<\/p>\n<p>\tLe remords le han\u00adtait, gla\u00adcial et tenace.<\/p>\n<p>\tIl h\u00e9sitait.<\/p>\n<p>\tO chan\u00adson&nbsp;! com\u00adplainte des c\u0153urs en d\u00e9tresses res\u00adsou\u00adve\u00adnance nos\u00adtal\u00adgique des beaux r\u00eaves enfuis, des espoirs chaque fois d\u00e9\u00e7us&nbsp;! \u00c9va\u00adsion vers les som\u00admets de lumi\u00e8re&nbsp;! Exal\u00adta\u00adtion de l\u2019\u00e2me opti\u00admiste et heu\u00adreuse, d\u00e9bor\u00addante de jeune s\u00e8ve&nbsp;! O chan\u00adson\u200a\u2014\u200apal\u00adpi\u00adta\u00adtion des \u00e2mes en mal d\u2019a\u00admour, de communion\u2026<\/p>\n<p>\tIl \u00e9tait triste main\u00adte\u00adnant. Tout triste\u2026 Mais il entra. R\u00e9so\u00adlu\u00adment. Pour\u00adtant, \u00e0 peine entr\u00e9, il eut envie de fuir\u2026 D\u00e9cep\u00adtion. Le cadre ne lui conve\u00adnait pas. Les 40 sous s\u2019en\u00adtre\u00adcho\u00adqu\u00e8rent dans sa poche. Il lui sem\u00adblait qu\u2019ils lui deman\u00addaient des comptes. Cela l\u2019\u00e9\u00adtouf\u00adfait. Litt\u00e9ralement.<\/p>\n<p>\t\u00ab&nbsp;Pour\u00adquoi les d\u00e9pen\u00adser sur le marbre&nbsp;?&nbsp;\u00bb disait la voix de sa conscience. \u00ab&nbsp;Tu as faim. Je le sais. Alors&nbsp;?\u2026&nbsp;\u00bb Il haus\u00adsa les \u00e9paules, d\u00e9cou\u00adra\u00adg\u00e9, obs\u00e9\u00add\u00e9, abat\u00adtu. Si l\u2019on r\u00e9pon\u00addait d\u2019une fa\u00e7on satis\u00adfai\u00adsante \u00e0 tous les \u00ab&nbsp;pour\u00adquoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb de 1a vie, elle serait. autre. Ce serait trop beau aus\u00adsi&nbsp;! L\u2019Homme ordi\u00adnaire n\u2019aime pas la per\u00adfec\u00adtion, puis\u00adqu\u2019il ne l\u2019a jamais ardem\u00adment voulue.<\/p>\n<p>\tLa porte se refer\u00adma sur lui. Il ne pou\u00advait pas reculer.<\/p>\n<h2>III<\/h2>\n<p>\tTout d\u2019a\u00adbord, il vit une ombre sou\u00adle\u00adver une ten\u00adture et s\u2019en\u00adfuir. Plus de chan\u00adteuse&nbsp;! Machi\u00adna\u00adle\u00adment, ses yeux l\u2019a\u00advaient cher\u00adch\u00e9e. Peut-\u00eatre m\u00eame \u00e9tait-il entr\u00e9 \u00e0 cause d\u2019elle&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u2026 Il y avait un homme ivre qui ron\u00adflait au fond de la salle, miteux, d\u00e9gue\u00adnill\u00e9, affa\u00adl\u00e9, contre un po\u00eale \u00e9teint. Lui s\u2019as\u00adsit pr\u00e8s de l\u2019u\u00adnique fen\u00eatre, atti\u00adr\u00e9 par l\u2019air qui fil\u00adtrait. Il se fit ser\u00advir un soda, regar\u00addant. avec m\u00e9pris la pauvre loque humaine. Pr\u00e8s du comp\u00adtoir \u00e9taient deux ouvriers. Atta\u00adbl\u00e9s devant une cho\u00adpine de blanc [[Cette his\u00adtoire \u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9crite en 1927.]], t\u00e9moin muet de leur dis\u00adcus\u00adsion ora\u00adgeuse, ils ne se retour\u00adn\u00e8rent m\u00eame pas au bruit de la porte. Ils crurent que c\u2019\u00e9\u00adtait le \u00ab&nbsp;patron&nbsp;\u00bb. L\u2019homme du bis\u00adtro, M.&nbsp;Rol\u00adland, \u00e9tait un cama\u00adrade. Ils le croyaient. Ce n\u2019\u00e9\u00adtait qu\u2019un d\u00e9brouillard&nbsp;! Il flat\u00adtait les uns et les autres. Il croyait (par exp\u00e9\u00adrience, disait-il&nbsp;!) que tous les hommes aiment l\u2019en\u00adcens et la cajo\u00adle\u00adrie. Il se trom\u00adpait lour\u00adde\u00adment. (Tous les hommes ne sont pas des chats, des girouettes, des pan\u00adtins). Il approu\u00advait s\u2019il le fal\u00adlait abso\u00adlu\u00adment (quelle que soit l\u2019o\u00adpi\u00adnion \u00e9mise), mais, lors\u00adqu\u2019un groupe \u00e9tait aux prises, il res\u00adtait pru\u00addem\u00adment dans l\u2019ex\u00adpec\u00adta\u00adtive. Com\u00admerce. Sys\u00adt\u00e8me D. Th\u00e9o\u00adrie pour Aspi\u00adrants \u00e0 la consi\u00add\u00e9\u00adra\u00adtion des gens bien-pen\u00adsants, avec pour sous-titre cette phrase de Jules Romains [[Jean de Mau\u00adfranc]]&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut savoir cir\u00adcu\u00adler dans la soci\u00e9\u00adt\u00e9 moderne&nbsp;\u00bb\u200a\u2014\u200aqu\u2019il met\u00adtait volon\u00adtiers \u00e0 profit&nbsp;!<\/p>\n<p>\tLes ouvriers, seuls occu\u00adpants en dehors de l\u2019i\u00advrogne, bais\u00ads\u00e8rent mal\u00adgr\u00e9 tout la voix, rap\u00adpe\u00adl\u00e9s \u00e0 la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 du moment. Quand le patron appa\u00adrut, ils se retour\u00adn\u00e8rent et toi\u00ads\u00e8rent l\u2019in\u00adcon\u00adnu\u200a\u2014\u200aJean Des\u00adrousses. \u00c0 ses v\u00eate\u00adments simples, tr\u00e8s simples, ils com\u00adprirent que c\u2019\u00e9\u00adtait un ouvrier comme eux. Un bleu. Alors leur conver\u00adsa\u00adtion reprit de plus belle. Ils cau\u00adsaient \u00ab&nbsp;poli\u00adtique&nbsp;\u00bb. D\u2019une salle \u00e0 c\u00f4t\u00e9 par\u00adtait une toux gr\u00eale et fati\u00adgante d\u2019en\u00adfant malade. Cela ne les arr\u00ea\u00adtait pas. Ils s\u2019\u00e9\u00adpou\u00admo\u00adnaient \u00e0 se contre\u00addire. Ils ne s\u2019en\u00adten\u00addaient pas. Et Jean Des\u00adrousses, atten\u00adtif, voyait cha\u00adcun d\u2019eux d\u00e9fendre avec \u00e2pre\u00adt\u00e9 SON PARTI, se r\u00e9cla\u00admer d\u2019une meilleure logique tout en d\u00e9ni\u00adgrant l\u2019ef\u00adfort du voi\u00adsin\u200a\u2014\u200alui repro\u00adchant tels actes en telles occa\u00adsions, telles inter\u00adven\u00adtions mal\u00adadroites, telles b\u00e9vues impar\u00addon\u00adnables. Des\u00adrousses \u00e9cou\u00adtait. Il lui sem\u00adblait vivre \u00e0 nou\u00adveau ces soirs o\u00f9, gosse encore, il allait cher\u00adcher son p\u00e8re \u00e0 la sor\u00adtie de l\u2019u\u00adsine et l\u2019at\u00adten\u00addait, par\u00admi la fer\u00adraille et les wagon\u00adnets gar\u00adnis de char\u00adbon\u2026 Il y avait une affreuse bande de dr\u00f4les mal\u00adpropres, pouilleux, qui gla\u00adnaient on ne savait quoi et l\u2019en\u00adfouis\u00adsaient dans de vieux sacs lamen\u00adtables en pous\u00adsant d\u2019\u00e9\u00adnormes jurons. Et lui se cachait contre une vieille gu\u00e9\u00adrite aban\u00addon\u00adn\u00e9e pour fuir leur pr\u00e9\u00adsences. Alors son p\u00e8re venait enfin, ges\u00adti\u00adcu\u00adlant, au milieu d\u2019hommes bri\u00ads\u00e9s de fatigue et tach\u00e9s de cam\u00adbouis, et le d\u00e9cou\u00advrait \u00e0 demi-mort de peur. Comme c\u2019\u00e9\u00adtait&nbsp;loin&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>\tAyant bu son soda, il son\u00adgeait \u00e0 par\u00adtir. Remords&nbsp;? Ennui, plu\u00adt\u00f4t. Vague \u00e0  l\u2019\u00e2me. Ces gens l\u2019a\u00adga\u00ad\u00e7aient, avec leurs j\u00e9r\u00e9\u00admiades stu\u00adpides. Mais il se sen\u00adtait atti\u00adr\u00e9 vers eux. Il se sen\u00adtait de leur famille. Et Jean souf\u00adfrait\u2026 Quelque chose nais\u00adsait en lui, d\u2019en\u00adcore impr\u00e9\u00adcis\u200a\u2014\u200aquelque chose qui le bou\u00adle\u00adver\u00adsait\u2026 Il aurait vou\u00adlu appro\u00adcher sa chaise, et leur dire QUE LUI AUSSI ASPIRAIT A UNE MEILLEURE HUMANIT\u00c9. Il aurait vou\u00adlu leur faire entre\u00advoir QU\u2019AU-DESSUS DES PARTIS il y avait l\u2019im\u00admense et ano\u00adnyme foule qui souf\u00adfrait,\u200a\u2014\u200aDONT IL \u00c9TAIT, DONT ILS \u00c9TAIENT, et que la cabo\u00adtine Poli\u00adtique DIVISAIT en camps in\u00e9gaux de fr\u00e8res enne\u00admis, de fr\u00e8res RIVAUX. Poli\u00adtique&nbsp;? Exploi\u00adta\u00adtion de la cr\u00e9\u00addu\u00adli\u00adt\u00e9 de la masse&nbsp;! Il aurait vou\u00adlu leur faire par\u00adta\u00adger son immense espoir en une soci\u00e9\u00adt\u00e9 \u00e9qui\u00adtable d\u2019o\u00f9 serait. ban\u00adnie la tyran\u00adnie, l\u2019in\u00adjus\u00adtice des par\u00adtis. Il aurait voulu\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>\tIl se leva, sou\u00addain. Le sang lui mon\u00adtait aux oreilles. Il s\u2019a\u00advan\u00ad\u00e7a, subi\u00adte\u00adment rouge, inti\u00admi\u00add\u00e9. Et l\u2019un des hommes posa sa pipe sur le marbre, cra\u00adcha, puis tour\u00adna vers lui son visage aux traits rudes. Jean vou\u00adlut par\u00adler. Un relent d\u2019al\u00adcool le p\u00e9n\u00e9\u00adtrait jus\u00adqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9\u00adc\u0153u\u00adre\u00adment. Mais de quel droit inter\u00adve\u00adnait-il&nbsp;? Connais\u00adsait-il ces hommes&nbsp;? Allait-il, tel Don Qui\u00adchotte, par\u00adtir en lutte contre l\u2019er\u00adreur qui four\u00admille, l\u2019\u00e9\u00adgo\u00efsme, la cupi\u00addi\u00adt\u00e9, Le men\u00adsonge, l\u2019hy\u00adpo\u00adcri\u00adsie aux mille visages&nbsp;? Il tous\u00adso\u00adta pour se don\u00adner du cou\u00adrage. Mais il avait trop atten\u00addu, inex\u00adpert. Et, d\u00e9j\u00e0, le mas\u00adtro\u00adquet impo\u00adsant \u00e9tait sur lui, ten\u00addant sa targe main&nbsp;velue\u2026<\/p>\n<p>\tForce fut de r\u00e9gler le soda. Sou\u00addain, d\u2019une porte entre\u00adb\u00e2ill\u00e9e, un rire idiot fusa. Un visage parut un ins\u00adtant, pauvre t\u00eate \u00e9che\u00adve\u00adl\u00e9e de folle, o\u00f9 deux yeux fi\u00e9\u00advreux brillaient, dis\u00adtil\u00adlant des lueurs fauves. Puis, plus rien\u2026 Sinon, d\u2019une pi\u00e8ce voi\u00adsine, la toux s\u00e8che et per\u00adsis\u00adtante d\u2019un gosse malade\u2026 Mais l\u2019en\u00adchan\u00adte\u00adment \u00e9tait, rom\u00adpu. Les hommes buvaient. L\u2019i\u00advrogne s\u2019\u00e9\u00adtait agi\u00adt\u00e9 dans son coin. Et Jean Des\u00adrousses par\u00adtit, las, sous le regard soup\u00ad\u00e7on\u00adneux des trois hommes\u2026<\/p>\n<p>\tDehors, il comp\u00adta sa maigre for\u00adtune\u2026 Et son coeur se ser\u00adra\u2026 Quatre-vingt-dix centimes&nbsp;!\u2026<\/p>\n<p>Ras\u00adco Duanyer&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il allait par les rues, l\u2019\u00e2me en peine. C\u2019\u00e9\u00adtait jour de mar\u00adch\u00e9. Les com\u00adm\u00e8res l\u2019in\u00adter\u00adpel\u00adlaient. Mais il filait, sans entendre\u2026 A ses oreilles r\u00e9son\u00adnaient bien des mots, gros\u00adsiers par\u00adfois, vul\u00adgaires, mais il n\u2019en avait cure. Sa pen\u00ads\u00e9e \u00e9tait loin. D\u2019autres sou\u00adcis l\u2019ac\u00adca\u00adpa\u00adraient. Seuls ses pas l\u2019a\u00advaient tra\u00ee\u00adn\u00e9 l\u00e0, conduit, tir\u00e9, au hasard, sui\u00advant d\u2019autres pas,&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[107],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2431","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lunique-na10-mai-1946"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2431","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2431"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2431\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2431"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2431"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2431"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2431"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}