{"id":2486,"date":"2010-07-10T20:42:16","date_gmt":"2010-07-10T20:42:16","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/07\/10\/lange-verite\/"},"modified":"2010-07-10T20:42:16","modified_gmt":"2010-07-10T20:42:16","slug":"lange-verite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/07\/10\/lange-verite\/","title":{"rendered":"L\u2019ange v\u00e9rit\u00e9"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2486?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2486?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>\tLe ma\u00eetre du Des\u00adtin \u00e9tait assis sur le tr\u00f4ne de l\u2019U\u00adni\u00advers. Der\u00adri\u00e8re lui s\u2019\u00e9\u00adten\u00addait la vo\u00fbte d\u2019un bleu c\u00e9leste. Autour de lui un rayon\u00adne\u00adment \u00e9tin\u00adce\u00adlant jaillis\u00adsait dans l\u2019in\u00adfi\u00adni. Devant lui s\u2019a\u00adgi\u00adtaient des \u00eatres innom\u00adbrables, leurs ailes \u00e9car\u00adlates s\u2019a\u00adme\u00adnui\u00adsant dans l\u2019es\u00adpace immense jus\u00adqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles se r\u00e9solvent en pous\u00adsi\u00e8re d\u2019\u00e9toiles.<\/p>\n<p>\tVers le Tr\u00f4ne de la Gloire s\u2019ap\u00adpro\u00adcha une Chose hideuse, une chose plus hor\u00adrible encore que la mort. Ses yeux au regard sombre et \u00e9ba\u00adhi regar\u00addaient fixe\u00adment, ses l\u00e8vres enfl\u00e9es pen\u00addaient livides et ulc\u00e9\u00adr\u00e9es&nbsp;; des mouches bour\u00addon\u00adnaient, autour de sa bouche. Elle mur\u00admu\u00adra d\u2019une voix rauque&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis la Guerre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>\t\u00ab&nbsp;Prends ceci&nbsp;\u00bb, dit l\u2019\u00catre \u00c9ter\u00adnel, lui jetant une armure toute dor\u00e9e qui brillait autant que le soleil. \u00ab&nbsp;Il pas\u00adse\u00adra. encore bien des temps avant que l\u2019homme d\u00e9couvre ce qu\u2019elle contient&nbsp;\u00bb. La Chose hideuse se cou\u00advrit de l\u2019ar\u00admure dor\u00e9e et se pr\u00e9\u00adci\u00adpi\u00adta vers la terre dans une des\u00adcente effr\u00e9\u00adn\u00e9e \u00e0  tra\u00advers les ab\u00eemes \u00e9th\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>\tUn ange beau comme le matin, et pur comme une colonne de cris\u00adtal, dou\u00e9 d\u2019yeux intr\u00e9\u00adpides, grands et clairs comme le ciel, s\u2019ap\u00adpro\u00adcha du tr\u00f4ne, et avec une voix des plus har\u00admo\u00adnieuse dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis V\u00e9ri\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Rev\u00eats-toi de ceci&nbsp;\u00bb, dit le Ma\u00eetre Supr\u00eame, en lui baillant une robe d\u2019une cou\u00adleur sombre. \u00ab&nbsp;L\u2019homme ne d\u00e9cou\u00advri\u00adra pas ce qu\u2019il y a sous ton habit avant bien des temps&nbsp;\u00bb. Et V\u00e9ri\u00adt\u00e9 s\u2019en\u00advo\u00adla aus\u00adsi vers la terre dans une des\u00adcente rapide \u00e0 tra\u00advers les laby\u00adrinthes \u00e9toil\u00e9s.<\/p>\n<p>\tElle visi\u00adta les salles de r\u00e9dac\u00adtion du Grand Quo\u00adti\u00addien \u00ab&nbsp;Luci\u00adfer&nbsp;\u00bb. Quand le r\u00e9dac\u00adteur en chef l\u2019a\u00adper\u00ad\u00e7ut, il s\u2019empressa de lui fer\u00admer la porte au nez. Le g\u00e9rant la pous\u00adsa dehors et licen\u00adcia le por\u00adtier pour l\u2019a\u00advoir lais\u00ads\u00e9e pas\u00adser. Le r\u00e9dac\u00adteur de la chro\u00adnique mon\u00addaine, celui de l\u2019\u00e9\u00addi\u00adtion du dimanche, les repor\u00adters nou\u00advel\u00adlistes, spor\u00adtifs, des infor\u00adma\u00adtions locales, tous s\u2019u\u00adnirent pour la pous\u00adser vers les esca\u00adliers en la bous\u00adcu\u00adlant gros\u00adsi\u00e8\u00adre\u00adment. Les petits scri\u00adbouillards de moindre impor\u00adtance la bom\u00adbar\u00addaient de m\u00e9gots&nbsp;; et quand, pour finir, une der\u00adni\u00e8re pous\u00ads\u00e9e la fit d\u00e9grin\u00adgo\u00adler les esca\u00adliers, il n\u2019y eut que des \u00e9clats de&nbsp;rire.<\/p>\n<p>\tElle se ren\u00addit alors dans les salles de r\u00e9dac\u00adtion d\u2019un autre Grand Quo\u00adti\u00addien, \u00ab&nbsp;L\u2019Ac\u00adtuel&nbsp;\u00bb, dont la devise, en t\u00eate du jour\u00adnal,\u200a\u2014\u200aune devise assez dif\u00adfi\u00adcile d\u00e9chif\u00adfrer tant elle \u00e9tait effa\u00adc\u00e9e,\u200a\u2014\u200a\u00e9tait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vic\u00adto\u00adrieux par la V\u00e9ri\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb. Elle entra chez le r\u00e9dac\u00adteur en chef. Il p\u00e2lit en la voyant, car il l\u2019a\u00advait jadis connue. \u00ab&nbsp;Com\u00adment \u00eates-vous par\u00adve\u00adnue jus\u00adqu\u2019i\u00adci&nbsp;?&nbsp;\u00bb lui deman\u00adda-t-il \u00e0 voix basse. \u00ab&nbsp;Com\u00adment avez-vous tra\u00adver\u00ads\u00e9 les bureaux publi\u00adci\u00adtaires&nbsp;? Ne savez-vous pas que l\u2019on vous a inter\u00addit l\u2019en\u00adtr\u00e9e de ces bureaux&nbsp;? Pour l\u2019a\u00admour de Dieu, lais\u00adsez-moi, vous allez cau\u00adser ma ruine&nbsp;\u00bb. Sa voix trem\u00adblait, il la pous\u00adsa dehors et fer\u00adma la porte au verrou.<\/p>\n<p>\tElle des\u00adcen\u00addit tris\u00adte\u00adment les esca\u00adliers et s\u2019en alla dans la rue se joi\u00adgnant \u00e0 un flot de per\u00adsonnes qui se ren\u00addaient dans une grande salle de r\u00e9union. Les gale\u00adries \u00e9taient rem\u00adplies d\u2019hommes et de femmes. Au fond de la salle il y avait une estrade sur laquelle \u00e9taient assis quelques hommes&nbsp;: l\u2019un d\u2019eux par\u00adlait d\u2019une voix reten\u00adtis\u00adsante en fai\u00adsant des efforts tels que son cou en \u00e9tait tout. enfl\u00e9 et sa face tout empour\u00adpr\u00e9e. Il disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le salut du pays est dans le Par\u00adti R\u00e9pu\u00adbli\u00adcain. La V\u00e9ri\u00adt\u00e9 est puis\u00adsante et elle pr\u00e9\u00advau\u00addra&nbsp;!&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Ma place est l\u00e0 aupr\u00e8s de mes dis\u00adciples&nbsp;\u00bb, pen\u00adsa-t-elle, elle s\u2019a\u00advan\u00ad\u00e7a sur l\u2019es\u00adtrade pour se pla\u00adcer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019o\u00adra\u00adteur. Ce der\u00adnier conti\u00adnua \u00e0 beu\u00adgler et fina\u00adle\u00adment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un gou\u00adver\u00adne\u00adment du peuple, par le peuple et pour le peuple, ne dis\u00adpa\u00adra\u00ee\u00adtra jamais de la sur\u00adface de la terre&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Mais V\u00e9ri\u00adt\u00e9, debout \u00e0 son c\u00f4t\u00e9, s\u2019\u00e9\u00adcria d\u2019une voix claire comme un son de trom\u00adpette&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un gou\u00adver\u00adne\u00adment du peuple&nbsp;? Oui, tou\u00adjours celui de la grosse pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 et de la force. Un gou\u00adver\u00adne\u00adment par le peuple&nbsp;? Jamais&nbsp;! Le peuple ne peut gou\u00adver\u00adner le peuple. Un gou\u00adver\u00adne\u00adment pour le peuple&nbsp;? L\u00e0 encore, je dis Jamais&nbsp;! Le gou\u00adver\u00adne\u00adment a tou\u00adjours \u00e9t\u00e9 et sera tou\u00adjours le gou\u00adver\u00adne\u00adment de quelques-uns. Aucun homme n\u2019a le droit, et aucun groupe d\u2019in\u00addi\u00advi\u00addus n\u2019a le droit d\u2019en gou\u00adver\u00adner d\u2019autres&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u00ab&nbsp;Qu\u2019on la jette dehors&nbsp;!&nbsp;\u00bb, s\u2019\u00e9\u00adcria l\u2019o\u00adra\u00adteur d\u2019une voix per\u00ad\u00e7ante. \u00ab&nbsp;\u00c0 la porte&nbsp;!&nbsp;\u00bb, s\u2019\u00e9\u00adcri\u00e8rent les audi\u00adteurs. \u00ab&nbsp;Jetons-la dehors&nbsp;!&nbsp;\u00bb, enten\u00addait-on hur\u00adler du haut des gale\u00adries. L\u2019o\u00adra\u00adteur la pous\u00adsa dans les bras d\u2019un agent de police qui la lan\u00ad\u00e7a brus\u00adque\u00adment dans la rue. La porte de la salle fut referm\u00e9e.<\/p>\n<p>\tUne. cohue de d\u00e9gue\u00adnill\u00e9s aux joues creuses et aux yeux enfon\u00adc\u00e9s, pauvres, mis\u00e9\u00adrables et igno\u00adrants, la sui\u00advirent en la raillant. D\u00e9cou\u00adra\u00adg\u00e9e, elle erra par les rues jus\u00adqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle arri\u00adv\u00e2t devant une autre grande salle de r\u00e9union d\u00e9j\u00e0 pleine de monde. En y entrant, elle enten\u00addit l\u2019o\u00adra\u00adteur dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le salut de notre pays est dans le Par\u00adti D\u00e9mo\u00adcra\u00adtique. La V\u00e9ri\u00adt\u00e9 est toute puis\u00adsante et elle pr\u00e9\u00advau\u00addra&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Oh&nbsp;\u00bb, sou\u00adpi\u00adra V\u00e9ri\u00adt\u00e9, \u00ab&nbsp;cet homme, j\u2019en suis cer\u00adtaine, va me recon\u00adna\u00eetre&nbsp;\u00bb. Elle s\u2019a\u00advan\u00ad\u00e7a vers lui et res\u00adta debout \u00e0 son, c\u00f4t\u00e9. \u00ab&nbsp;Le meilleur gou\u00adver\u00adne\u00adment est celui qui gou\u00adverne le moins&nbsp;!&nbsp;\u00bb, s\u2019\u00e9\u00adcriait l\u2019o\u00adra\u00adteur. \u00ab&nbsp;C\u2019est vrai&nbsp;!&nbsp;\u00bb,s\u2019ex\u00adcla\u00adma V\u00e9ri\u00adt\u00e9 d\u2019une voix qui r\u00e9son\u00adna d\u2019une paroi \u00e0 l\u2019autre et \u00e9bran\u00adla les poutres. \u00ab&nbsp;Le mieux c\u2019est encore la liber\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb, reprit-elle. \u00ab&nbsp;Tout gou\u00adver\u00adne\u00adment est nui\u00adsible. Toutes les lois qui enl\u00e8vent les biens de l\u2019homme contre sa volon\u00adt\u00e9, ou qui attri\u00adbuent \u00e0 quelques-uns ce qui appar\u00adtient \u00e0 tous, sont n\u00e9fastes.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Arr\u00ea\u00adtez-la&nbsp;!&nbsp;\u00bb, dit quel\u00adqu\u2019un qui se trou\u00advait sur l\u2019es\u00adtrade. \u00ab&nbsp;Si elle pro\u00adnonce quelque chose de sen\u00ads\u00e9, ce sera notre ruine&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Qu\u2019on lui impose silence&nbsp;\u00bb, dit l\u2019o\u00adra\u00adteur&nbsp;; \u00ab&nbsp;elle va nous faire perdre des \u00e9lec\u00adteurs&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Jetez-la dehors&nbsp;!&nbsp;\u00bb, hur\u00adla l\u2019as\u00adsem\u00adbl\u00e9e. \u00ab&nbsp;Jetez-la \u00e0 la porte&nbsp;\u00bb, voci\u00adf\u00e9\u00adra la gale\u00adrie. Et ain\u00adsi, hu\u00e9e et sif\u00adfl\u00e9e, elle fut pr\u00e9\u00adci\u00adpi\u00adt\u00e9e dans la rue. La s\u00e9ance conti\u00adnua dans un grand tumulte pour ne rien dire qui vaille.<\/p>\n<p>\tAlors, V\u00e9ri\u00adt\u00e9 alla s\u2019as\u00adseoir sous les \u00e9toiles, admi\u00adra leur glo\u00adrieuse marche, et navr\u00e9e, tout \u00e9mue, r\u00eava des sen\u00adtiers c\u00e9lestes.<\/p>\n<p>\tQuand de nou\u00adveau le soleil inon\u00adda la terre de ses rayons, elle enten\u00addit les cloches et se remit \u00e0 errer par la ville. Des hommes et des femmes se pres\u00adsaient vers Temple. \u00ab&nbsp;O\u00f9 allez-vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb, leur deman\u00adda-t-elle. Ils r\u00e9pon\u00addirent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bous allons entendre la v\u00e9ri\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;S\u2019il en est ain\u00adsi, je vous accom\u00adpagne&nbsp;\u00bb, dit-elle&nbsp;; et elle les sui\u00advit dans le Temple aux parois nues o\u00f9 des gens \u00e9taient assis en silence. Mais bien\u00adt\u00f4t ils se mirent \u00e0 chan\u00adter des hymnes sur un ton bien m\u00e9lan\u00adco\u00adlique. Apr\u00e8s cela, un homme bien b\u00e2ti, de noir habill\u00e9, dit d\u2019un ton abat\u00adtu que le plai\u00adsir \u00e9tait un p\u00e9ch\u00e9 et que le dimanche, jour sp\u00e9\u00adcial pour prier Dieu, c\u2019\u00e9\u00adtait une per\u00adver\u00adsion abo\u00admi\u00adnable que d\u2019\u00eatre gai et d\u2019\u00e9\u00adprou\u00adver de la joie. Alors tous remer\u00adci\u00e8rent Dieu de n\u2019\u00eatre pas comme les autres et le pri\u00e8rent d\u2019ou\u00advrir les yeux de ces der\u00adniers afin qu\u2019eux aus\u00adsi aient l\u2019air triste. Ensuite ils tinrent conseil entre eux et il fut d\u00e9ci\u00add\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous nous effor\u00adce\u00adrons de faire voter une loi pour obli\u00adger les autres \u00e0 \u00eatre bons comme nous le sommes&nbsp;\u00bb. \u00c0 ce moment V\u00e9ri\u00adt\u00e9 se leva et s\u2019\u00e9\u00adcria&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh&nbsp;! que vous \u00eates aveugles et niais&nbsp;! Je suis V\u00e9ri\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb. Tous la regar\u00add\u00e8rent avec \u00e9ton\u00adne\u00adment dans la crainte de l\u2019en\u00adtendre par\u00adler davan\u00adtage. Un homme res\u00adpec\u00adtable lui chu\u00adcho\u00adta \u00e0 l\u2019o\u00adreille qu\u2019elle ne devait pas par\u00adler dans le Temple et il la condui\u00adsit dehors.<\/p>\n<p>\tElle se ren\u00addit alors dans une Cath\u00e9\u00addrale o\u00f9 il y avait de la musique, des chan\u00addelles allu\u00adm\u00e9es, beau\u00adcoup d\u2019\u00e9\u00adclat avec l\u2019o\u00addeur de l\u2019en\u00adcens. Le pr\u00eatre, enro\u00adb\u00e9, mon\u00adta en chaire et d\u2019une voix criarde s\u2019ex\u00adcla\u00adma&nbsp;: \u00ab&nbsp;La V\u00e9ri\u00adt\u00e9 n\u2019est d\u00e9te\u00adnue que par la Sainte-\u00c9glise. Toutes les autres \u00e9glises sont dans les t\u00e9n\u00e8bres&nbsp;\u00bb. Ici encore, V\u00e9ri\u00adt\u00e9 debout r\u00e9pon\u00addit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019en est pas ain\u00adsi, car je suis V\u00e9ri\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb. Elle avait. \u00e0 peine ouvert la bouche que les assis\u00adtants l\u2019a\u00advaient d\u00e9j\u00e0 empoi\u00adgn\u00e9e pour la jeter dehors. \u00ab&nbsp;Ne la tou\u00adchez pas&nbsp;\u00bb, dit le pr\u00eatre, \u00ab&nbsp;la pau\u00advrette est folle&nbsp;; sur\u00adtout ne la croyez pas. La V\u00e9ri\u00adt\u00e9 n\u2019est qu\u2019a\u00advec&nbsp;nous&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>\t\u00c0 la fin, len\u00adte\u00adment et tris\u00adte\u00adment, V\u00e9ri\u00adt\u00e9 s\u2019en alla vers un b\u00e2ti\u00adment en pierres dont les portes de fer \u00e9taient soli\u00adde\u00adment ver\u00adrouill\u00e9es, et dont les fen\u00eatres \u00e9taient bar\u00adri\u00adca\u00add\u00e9es avec des bar\u00adreaux mas\u00adsifs&nbsp;; ce b\u00e2ti\u00adment d\u00e9bor\u00addait de monde. \u00ab&nbsp;C\u2019est la pri\u00adson&nbsp;\u00bb lui dit un petit enfant, \u00ab&nbsp;c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on enferme les m\u00e9chants et les vilains&nbsp;\u00bb. V\u00e9ri\u00adt\u00e9 entra dans le plus obs\u00adcur des cachots o\u00f9 elle aper\u00ad\u00e7ut un jeune homme cou\u00adch\u00e9 et seul. Au moment o\u00f9 V\u00e9ri\u00adt\u00e9 le tou\u00adcha en lui disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u00e8ve-toi, mon fils&nbsp;\u00bb, une lumi\u00e8re emplit la place. Et le jeune homme la regar\u00addant curieu\u00adse\u00adment se leva avec joie et lui dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous \u00eates V\u00e9ri\u00adt\u00e9. Oh&nbsp;! J\u2019ai si ardem\u00adment sou\u00adhai\u00adt\u00e9 de vous voir&nbsp;! Et main\u00adte\u00adnant que vous \u00eates ici, vous allez m\u2019embrasser avant ma mort&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Quand vas-tu mou\u00adrir&nbsp;? lui deman\u00adda-t-elle\u200a\u2014\u200aet pour\u00adquoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Je serai pen\u00addu demain&nbsp;\u00bb, r\u00e9pon\u00addit-il, \u00ab&nbsp;parce que je vous ai sui\u00advie et me suis atta\u00adch\u00e9 \u00e0 vos pas. Je me suis arr\u00ea\u00adt\u00e9 aux coins des rues o\u00f9 j\u2019ai cri\u00e9 aux pas\u00adsants qu\u2019au\u00adcun \u00eatre humain ne devrait com\u00adman\u00adder son fr\u00e8re&nbsp;; que la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 la plus pro\u00adfonde c\u2019\u00e9\u00adtait de s\u2019ai\u00admer les uns les autres, afin de lais\u00adser \u00e0 cha\u00adcun le droit pai\u00adsible de faire ce qui lui sem\u00adblait \u00eatre le mieux pour lui-m\u00eame. J\u2019ai dit que tout gou\u00adver\u00adne\u00adment d\u2019hommes sur d\u2019autres hommes \u00e9tait nui\u00adsible&nbsp;\u00bb. \u2015 \u00ab&nbsp;Et c\u2019est pour cela que&nbsp;tu<br>\ndois mou\u00adrir&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u00e9non\u00ad\u00e7a-t-elle \u00e0 voix basse. \u2015 \u00ab&nbsp;Oui, au laver du soleil&nbsp;\u00bb. V\u00e9ri\u00adt\u00e9 leva les bras et les yeux tout en larmes, elle sou\u00adpi\u00adra&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un de plus&nbsp;\u00bb. Pas\u00adsant alors la main sur le jeune homme, elle lui dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je serai avec toi, m\u00eame dans la&nbsp;mort&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>\t\u00c0 la pointe du jour, elle embras\u00adsa le jeune homme et il mar\u00adcha \u00e0 la mort, en sou\u00adriant, les yeux brillants de lumi\u00e8re. Les t\u00e9moins de l\u2019ex\u00e9\u00adcu\u00adtion demeu\u00adr\u00e8rent stu\u00adp\u00e9\u00adfaits. V\u00e9ri\u00adt\u00e9 s\u2019as\u00adsit sur les marches de l\u2019\u00e9\u00adcha\u00adfaud et se cou\u00advrit la&nbsp;t\u00eate.<\/p>\n<p>\tSou\u00addain, des cris sau\u00advages et des hour\u00adras se firent entendre. Des dra\u00adpeaux et des guir\u00adlandes emplis\u00adsaient l\u2019air. Les curieux grim\u00adpaient par\u00adtout afin de mieux voir, et par\u00admi la masse hur\u00adlante, un cava\u00adlier arm\u00e9 jus\u00adqu\u2019aux dents, por\u00adtant une brillante armure et cou\u00adron\u00adn\u00e9 d\u2019un casque cou\u00advert de lau\u00adriers, se frayait un pas\u00adsage&nbsp;; tout le monde se pros\u00adter\u00adnait devant lui et les gens conti\u00adnuaient \u00e0 pous\u00adser des vivats jus\u00adqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils en fussent enrou\u00e9s. Des troupes de sol\u00addats sui\u00advaient le Cava\u00adlier. La foule \u00e9tait main\u00adte\u00adnue \u00e0 droite et \u00e0 gauche \u00e0 force de coups. \u00c0 la vue d\u2019un dra\u00adpeau, por\u00adt\u00e9 par un sol\u00addat, elle se remit \u00e0 hur\u00adler davan\u00adtage&nbsp;; on enten\u00addait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Gloire au Dra\u00adpeau&nbsp;!&nbsp;\u00bb et elle n\u2019en fut que plus for\u00adte\u00adment repous\u00ads\u00e9e et rou\u00e9e de coups. De tous ceux qui \u00e9taient l\u00e0, seule V\u00e9ri\u00adt\u00e9 vit la Chose hideuse que recou\u00advrait l\u2019ar\u00admure brillante.<\/p>\n<p>\tQuand tout fut fini et que le bruit, des accla\u00adma\u00adtions se fut \u00e9teint dans le loin\u00adtain, V\u00e9ri\u00adt\u00e9 s\u2019ap\u00adpro\u00adcha de l\u2019\u00e9\u00adcha\u00adfaud, prit le corps qui se balan\u00ad\u00e7ait dans, l\u2019es\u00adpace, l\u2019en\u00adve\u00adlop\u00adpa dans son propre man\u00adteau et le tint dans ses bras comme une m\u00e8re tient son petit enfant. Alors, de nou\u00adveau, elle leva ses yeux humides vers le ciel \u00e9toi\u00adl\u00e9 et s\u2019\u00e9\u00adcria&nbsp;:\u200a\u2014\u200a\u00ab&nbsp;Pour com\u00adbien de temps encore&nbsp;! Oh, ma\u00eetre du Des\u00adtin&nbsp;! Pour com\u00adbien de temps encore&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Fran\u00adcis du Bosque (Tra\u00adduit de <i>Free\u00addom<\/i> par Jules Scarceriaux)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le ma\u00eetre du Des\u00adtin \u00e9tait assis sur le tr\u00f4ne de l\u2019U\u00adni\u00advers. Der\u00adri\u00e8re lui s\u2019\u00e9\u00adten\u00addait la vo\u00fbte d\u2019un bleu c\u00e9leste. Autour de lui un rayon\u00adne\u00adment \u00e9tin\u00adce\u00adlant jaillis\u00adsait dans l\u2019in\u00adfi\u00adni. Devant lui s\u2019a\u00adgi\u00adtaient des \u00eatres innom\u00adbrables, leurs ailes \u00e9car\u00adlates s\u2019a\u00adme\u00adnui\u00adsant dans l\u2019es\u00adpace immense jus\u00adqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles se r\u00e9solvent en pous\u00adsi\u00e8re d\u2019\u00e9toiles. 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