{"id":2493,"date":"2010-07-12T13:09:38","date_gmt":"2010-07-12T13:09:38","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/07\/12\/a-propos-dun-film-davant-garde\/"},"modified":"2010-07-12T13:09:38","modified_gmt":"2010-07-12T13:09:38","slug":"a-propos-dun-film-davant-garde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/07\/12\/a-propos-dun-film-davant-garde\/","title":{"rendered":"\u00c0 propos d\u2019un film d\u2019avant-garde"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2493?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2493?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p class=\"post_excerpt\">[[Cau\u00adse\u00adrie faite au Cin\u00e9-Club 46 (place du Del\u00adta), le 18 juin 1946, \u00e0 l\u2019oc\u00adca\u00adsion du \u00ab&nbsp;Fes\u00adti\u00adval Jean&nbsp;Vigo&nbsp;\u00bb.]]<\/p>\n<p><!--more--><br>\nSi l\u2019on \u00e9prouve par\u00adfois quelque amer\u00adtume \u00e0 avoir eu rai\u00adson contre tous, on peut aus\u00adsi \u00e9prou\u00adver du plai\u00adsir lorsque l\u2019on a dans cer\u00adtains cas devan\u00adc\u00e9, pour employer une expres\u00adsion banale, \u00ab&nbsp;le juge\u00adment de la pos\u00adt\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb. C\u2019est ain\u00adsi qu\u2019ayant \u00e9t\u00e9 seul, il y \u00e0 treize ans, \u00e0 prendre la d\u00e9fense de l\u2019au\u00adteur de Z\u00c9RO DE CONDUITE, lors de la pr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adtion de ce film \u00e0 l\u2019<i>Artiste Cin\u00e9\u00adma<\/i>, rue de Douai, contre ceux qui d\u00e9niaient \u00e0 son oeuvre toute esp\u00e8ce d\u2019in\u00adt\u00e9\u00adr\u00eat, je constate aujourd\u2019\u00adhui, non sans quelque satis\u00adfac\u00adtion l\u2019ac\u00adcueil cha\u00adleu\u00adreux qui lui fut fait ces der\u00adniers temps, lors\u00adqu\u2019on le vit repa\u00adra\u00eetre dans les salles obs\u00adcures. D\u2019o\u00f9 l\u2019on doit conclure que les ver\u00addicts de la cri\u00adtique sont sujets \u00e0 r\u00e9vi\u00adsion, et que, selon l\u2019heure et le jour, on appr\u00e9\u00adcie dif\u00adf\u00e9\u00adrem\u00adment tel livre, telle doc\u00adtrine, telle th\u00e9o\u00adrie&nbsp;; ce qui devrait inci\u00adter cha\u00adcun de nous \u00e0 r\u00e9fl\u00e9\u00adchir avant de por\u00adter un juge\u00adment sur un homme ou une \u0153uvre, comme \u00e0 user \u00e0 leur \u00e9gard d\u00e9 quelque indulgence.<\/p>\n<p>\tOn ne peut \u00e9vo\u00adquer sans \u00e9mo\u00adtion le sou\u00adve\u00adnir de Jean Vigo, mort pr\u00e9\u00adma\u00adtu\u00adr\u00e9\u00adment d\u2019une mala\u00addie qui ne par\u00addonne pas, ce qui fut pour le cin\u00e9\u00adma fran\u00ad\u00e7ais une perte irr\u00e9\u00adpa\u00adrable. Des\u00adtin tra\u00adgique que le sien&nbsp;! Il \u00e9tait, nous le savons, le fils de Miguel Alme\u00adrey\u00adda. du <i>Bon\u00adnet Rouge<\/i> qui finit a Fresnes, o\u00f9 il se sui\u00adci\u00adda \u00e0 l\u2019aide d\u2019un lacet. Le jeune Vigo, r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire dans l\u2019\u00e2me, \u00e9tait plein d\u2019i\u00add\u00e9es ori\u00adgi\u00adnales, qu\u2019il ne se conten\u00adtait point d\u2019ex\u00adpo\u00adser \u00e0 ses amis, mais qu\u2019il avait \u00e0 c\u0153ur de mettre en pra\u00adtique. Le cin\u00e9\u00adma fut pour lui le moyen d\u2019af\u00adfir\u00admer sa per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 et de don\u00adner un but \u00e0 sa&nbsp;vie.&nbsp;<\/p>\n<p>\tLa pr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adtion de <i>Z\u00e9ro de conduite<\/i>, dans les pre\u00admiers mois de 1933, avait \u00e9t\u00e9 ce que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;un \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adment bien pari\u00adsien&nbsp;\u00bb. La salle \u00e9tait comble. Il y avait l\u00e0 tout le Bot\u00adtin des lettres et des arts. Cin\u00e9astes, auteurs dra\u00adma\u00adtiques, jour\u00adna\u00adlistes \u2015 par\u00admi les\u00adquels La Fou\u00adchar\u00addi\u00e8re \u2014, ou simples ama\u00adteurs du sep\u00adti\u00e8me art, avaient tenu \u00e0 assis\u00adter \u00e0 cette f\u00eate de l\u2019es\u00adprit. Je pen\u00adsais qu\u2019en pr\u00e9\u00adsence d\u2019un tel public le film de Jean Vigo allait rem\u00adpor\u00adter un triom\u00adphal suc\u00adc\u00e8s et que ses dons de met\u00adteur en sc\u00e8ne seraient enfin pro\u00adcla\u00adm\u00e9s. Grande fut ma d\u00e9cep\u00adtion. Jamais film ne connut un pareil fias\u00adco. Ce fut un four com\u00adplet. C\u2019est tout juste si on ne le sif\u00adfla point. \u00c0 la sor\u00adtie tout le monde s\u2019ac\u00adcor\u00addait \u00e0 le trou\u00adver d\u00e9tes\u00adtable \u00e0 tous les points de vue. Ce pauvre Vigo, les larmes aux yeux, errait de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, repous\u00ads\u00e9 de par\u00adtout. Je fus le seul \u00e0 lui tendre la main en lui pr\u00e9\u00addi\u00adsant une revanche \u00e9cla\u00adtante. Qu\u2019y avait-il au fond dans ce film qui le fai\u00adsait hon\u00adnir de la cri\u00adtique bien pen\u00adsante&nbsp;? Tout ce qui sort du com\u00admun choque les \u00e2mes ordi\u00adnaires, en atten\u00addant que le sno\u00adbisme, autre degr\u00e9 d\u2019in\u00adcom\u00adpr\u00e9\u00adhen\u00adsion, s\u2019en empare pour le por\u00adter aux nues. D\u00e9j\u00e0, dans une pro\u00adduc\u00adtion de la meilleure veine, <i>\u00c0 pro\u00adpos de Nice<\/i>, Jean Vigo avait fait preuve d\u2019une, ind\u00e9\u00adpen\u00addance qui avait cho\u00adqu\u00e9 les esprits miso\u00adn\u00e9istes qu\u2019ef\u00adfraye la moindre inno\u00adva\u00adtion. Il avait repro\u00adduit fid\u00e8\u00adle\u00adment sur l\u2019\u00e9\u00adcran ces monu\u00adments d\u2019or\u00adgueil et d\u2019im\u00adb\u00e9\u00adcil\u00adli\u00adt\u00e9 que sont les monu\u00adments fun\u00e9\u00adraires, monu\u00adments \u00ab&nbsp;h\u00e9naurmes&nbsp;\u00bb eut dit Flau\u00adbert. ex\u00e9\u00adcu\u00adt\u00e9s en s\u00e9rie comme les monu\u00adments aux morts de la guerre. La tech\u00adnique de ce film \u00e9tait impec\u00adcable. La lumi\u00e8re y triom\u00adphait, c\u2019\u00e9\u00adtait un excellent documentaire.<\/p>\n<p>\tAvec <i>Z\u00e9ro de Conduite<\/i>, Jean Vigo \u00e9tait all\u00e9 plus loin. Il avait vou\u00adlu faire du neuf que les \u00e2mes r\u00e9tro\u00adgrades ne jugeaient point, \u00e0 cette \u00e9poque, rai\u00adson\u00adnable. Il vou\u00adlait intel\u00adlec\u00adtua\u00adli\u00adser le cin\u00e9\u00adma, le d\u00e9ga\u00adger de ses sco\u00adries, en faire une v\u00e9ri\u00adtable \u0153uvre d\u2019art, dans laquelle le sen\u00adti\u00adment et la pen\u00ads\u00e9e s\u2019\u00e9\u00adpou\u00adse\u00adraient \u00e9troi\u00adte\u00adment. Des faits concrets, des images \u00e9vo\u00adca\u00adtrices, un r\u00e9a\u00adlisme tein\u00adt\u00e9 d\u2019i\u00add\u00e9al et de r\u00eave, c\u2019est ce que r\u00e9v\u00e9\u00adlait <i>Z\u00e9ro de conduite<\/i>. Un film social, un film pam\u00adphlet d\u2019o\u00f9 l\u2019i\u00add\u00e9e se d\u00e9ga\u00adgeait d\u2019elle-m\u00eame au contact des \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments, sans vaine phra\u00ads\u00e9o\u00adlo\u00adgie. Par l\u00e0 Vigo fai\u00adsait figure de pr\u00e9\u00adcur\u00adseur, ce que per\u00adsonne n\u2019a\u00advait vou\u00adlu&nbsp;voir.&nbsp;<\/p>\n<p>\tTan\u00addis que la presse \u00e9tait una\u00adnime \u00e0 bl\u00e2\u00admer et le sujet et la tech\u00adnique de cette \u0153uvre, je l\u2019a\u00adna\u00adly\u00adsais lon\u00adgue\u00adment dans <i>Le Semeur de Nor\u00adman\u00addie<\/i> 10 juin 1933, en un article inti\u00adtu\u00adl\u00e9 <i>Films d\u2019a\u00advant-garde<\/i>, dans lequel je fai\u00adsais le pro\u00adc\u00e8s du cin\u00e9\u00adma aux mains du capi\u00adta\u00adlisme. Per\u00admet\u00adtez-moi d\u2019en repro\u00adduire un passage&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u00ab&nbsp;Z\u00e9ro de conduite&nbsp;\u00bb nous fait p\u00e9n\u00e9\u00adtrer dans un monde o\u00f9 gronde la r\u00e9volte, d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, sous le fouet des injus\u00adtices et l\u2019ai\u00adguillon de la douleur.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u00ab&nbsp;C\u2019est le monde des col\u00adl\u00e9\u00adgiens, aux prises avec l\u2019au\u00adto\u00adri\u00adt\u00e9, char\u00adg\u00e9e de les ini\u00adtier aux dogmes sacro-saints sur les\u00adquels repose la soci\u00e9\u00adt\u00e9 capi\u00adta\u00adliste. L\u2019es\u00adprit cri\u00adtique s\u2019\u00e9\u00adveille en eux pour en faire des hommes. Ils ne consentent pas \u00e0 se lais\u00adser d\u00e9for\u00admer par la tra\u00addi\u00adtion, v\u00e9hi\u00adcu\u00adl\u00e9e par une \u00e9du\u00adca\u00adtion qui n\u2019a que de loin\u00adtains rap\u00adports avec la vie. Ils la rejettent avec hor\u00adreur. Certes, ils ont encore beau\u00adcoup d\u2019i\u00adnex\u00adp\u00e9\u00adrience, maniant mal\u00adadroi\u00adte\u00adment les armes qu\u2019ils ont for\u00adg\u00e9es eux-m\u00eames pour leur d\u00e9li\u00advrance&nbsp;; mais leur but est atteint. Excel\u00adlente le\u00e7on d\u2019\u00e9ner\u00adgie pour les g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtions nou\u00advelles, que cette r\u00e9volte de col\u00adl\u00e9\u00adgiens, sou\u00admis \u00e0 l\u2019es\u00adcla\u00advage de l\u2019in\u00adter\u00adnat\u200a\u2014\u200acette chose abo\u00admi\u00adnable qui devrait dispara\u00eetre.<\/p>\n<p>\tIl y a dans ce film des sc\u00e8nes du plus haut comique voi\u00adsi\u00adnant avec des sc\u00e8nes du plus haut tra\u00adgique. On y \u00e9coute iro\u00adni\u00adque\u00adment les le\u00e7ons d\u2019un petit homme, mar\u00adchand de soupe qui mora\u00adlise tout en gavant de hari\u00adcots ses pen\u00adsion\u00adnaires. Ces der\u00adniers cr\u00e8vent de faim. Or, l\u2019on sait que lorsque les ventres sont vides la r\u00e9volte n\u2019est pas longue \u00e0 s\u2019or\u00adga\u00adni\u00adser. Elle s\u2019or\u00adga\u00adnise donc. De fortes t\u00eates, des meneurs, en r\u00e8glent minu\u00adtieu\u00adse\u00adment les moindres d\u00e9tails. Ils \u00e9cartent de la com\u00adbi\u00adnai\u00adson les \u00e9l\u00e9\u00adments dou\u00adteux, sus\u00adcep\u00adtibles de retar\u00adder leur marche en avant. Or, il se fait que c\u2019est pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment l\u2019un de ces \u00e9l\u00e9\u00adments \u2015 un jeune gar\u00ad\u00e7on aux allures de fille\u200a\u2014\u200aau visage crain\u00adtif et timide, qui prend la t\u00eate du mou\u00adve\u00adment et entra\u00eene ses cama\u00adrades \u00e0 l\u2019as\u00adsaut de la direc\u00adtion. Le dor\u00adtoir est mis \u00e0 sac, le \u00ab&nbsp;pion&nbsp;\u00bb est mis en croix, et le col\u00adl\u00e8ge est en r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion. Comme par hasard le Prin\u00adci\u00adpal offre \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves une f\u00eate \u00e0 laquelle assiste le Pr\u00e9\u00adfet. Il est bien re\u00e7u par les jeunes r\u00e9frac\u00adtaires. Ceux-ci montent sur les toits, plantent en leur som\u00admet le dra\u00adpeau de la liber\u00adt\u00e9 et jettent des tuiles sur la t\u00eate du repr\u00e9\u00adsen\u00adtant de l\u2019autorit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u00ab&nbsp;Charge, sans doute, mais charge rai\u00adson\u00adnable. Les sc\u00e8nes du d\u00e9but, quand les potaches vont rejoindre en wagon le col\u00adl\u00e8ge mau\u00add\u00eet, les sui\u00advantes&nbsp;: classes, r\u00e9cr\u00e9a\u00adtions, pro\u00adme\u00adnades \u00e0 tra\u00advers la ville, etc., ain\u00adsi que l\u2019ar\u00adri\u00adv\u00e9e du pr\u00e9\u00adfet, ne manquent pas de sel. Il y en a m\u00eame de tr\u00e8s os\u00e9es (le fait de mon\u00adtrer sur l\u2019\u00e9\u00adcran un uri\u00adnoir ou un der\u00adri\u00e8re d\u00e9cu\u00adlot\u00adt\u00e9 ne sau\u00adrait \u00eatre du go\u00fbt de tout le monde). Les \u00ab&nbsp;types&nbsp;\u00bb qui \u00e9vo\u00adluent dans ce film sont bien \u00e9tu\u00addi\u00e9s et pris sur le vif&nbsp;: sur\u00adveillant Huguet, le comique sur\u00adveillant P\u00eat-Sec, le solen\u00adnel sur\u00adveillant g\u00e9n\u00e9\u00adral, le prin\u00adci\u00adpal du col\u00adl\u00e8ge, tout p\u00e9n\u00e9\u00adtr\u00e9 de sa fonc\u00adtion (n\u2019a-t-il pas charge d\u2019\u00e2mes?), le pro\u00adfes\u00adseur Dou\u00adce\u00adreux, la m\u00e8re Hari\u00adcot, mari\u00adtorne, le pr\u00e9\u00adfet, le pom\u00adpier et les \u00e9l\u00e8ves Caus\u00adsat, Colin, Bruel et Tabarit.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u00ab&nbsp;Cri\u00adtique de nos m\u00e9thodes d\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adment, et par l\u00e0 m\u00eame de tout notre \u00e9tat social, cari\u00adca\u00adture des m\u0153urs sco\u00adlaires, bouf\u00adfon\u00adne\u00adrie, pochade, farce, \u00ab&nbsp;Z\u00e9ro de conduite&nbsp;\u00bb, com\u00adporte de nom\u00adbreuses trou\u00advailles. C\u2019est vrai\u00adment un film d\u2019a\u00advant-garde, dans le fond comme dans la forme. Les images se suc\u00adc\u00e8dent amu\u00adsantes ou tristes, et les gros plans ne manquent pas, qui res\u00adti\u00adtuent avec inten\u00adsi\u00adt\u00e9 l\u2019at\u00admo\u00adsph\u00e8re d\u2019un petit col\u00adl\u00e8ge de pro\u00advince, dans lequel l\u2019en\u00adfance s\u2019\u00e9\u00adtiole et se pourrit.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>\t<i>Z\u00e9ro de conduite<\/i> n\u2019a\u00advait pas \u00e9t\u00e9 facile \u00e0 mettre au point. Des dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9s sur\u00adgirent qui en avaient retar\u00add\u00e9 la r\u00e9a\u00adli\u00adsa\u00adtion. Si j\u2019ai bonne m\u00e9moire, il fut tour\u00adn\u00e9 au d\u00e9but de 1933, par 6 degr\u00e9s au-des\u00adsous de z\u00e9ro dans une \u00e9cole com\u00admu\u00adnale de Mont\u00admartre. V\u00e9ri\u00adtable sup\u00adplice pour les acteurs qui gelaient lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment. Par quel miracle notre cher et grand po\u00e8te Louis de Gon\u00adzague-Frick, qui dans le film tenait le r\u00f4le du pr\u00e9\u00adfet, par\u00advint-il \u00e0 res\u00adter une heure sans bou\u00adger dans son fau\u00adteuil&nbsp;? et par quel autre miracle son monocle ne fut-il pas bri\u00ads\u00e9, sous l\u2019a\u00adva\u00adlanche des tuiles lan\u00adc\u00e9es du haut des toits par les potaches, sur le crane du repr\u00e9\u00adsen\u00adtant de l\u2019au\u00adto\u00adri\u00adt\u00e9&nbsp;? Sans doute existe-t-il pour les po\u00e8tes, comme pour les dis\u00adciples de Bac\u00adchus une pro\u00advi\u00addence qui veille jalou\u00adse\u00adment sur eux. (Nous retrou\u00advons plus tard notre po\u00e8te dans un stu\u00addio de Billan\u00adcourt, rem\u00adplis\u00adsant le r\u00f4le d\u2019un huis\u00adsier dans Madame Lafarge. Cette fois, il re\u00e7ut un sun\u00adlight sur la t\u00eate et fut gri\u00e8\u00adve\u00adment bles\u00ads\u00e9. Aus\u00adsi r\u00e9so\u00adlut-il d\u2019a\u00adban\u00addon\u00adner d\u00e9fi\u00adni\u00adti\u00adve\u00adment le sep\u00adti\u00e8me&nbsp;art).<\/p>\n<p>\tLe r\u00f4le le plus impor\u00adtant de <i>Z\u00e9ro de conduite<\/i>, \u2015 celui du mar\u00adchand de soupe \u2015 \u00e9tait tenu par le nain Del\u00adphin. Curieux homme que ce nain, d\u2019une coquet\u00adte\u00adrie exem\u00adplaire, et beau \u00e0 sa fa\u00e7on. Il devait se sui\u00adci\u00adder en 1939 en s\u2019as\u00adphyxiant dans son appar\u00adte\u00adment de la rue Fro\u00admen\u00adtin. Com\u00adment cet homme,  qui parais\u00adsait heu\u00adreux, applau\u00addi comme chan\u00adson\u00adnier dans les caba\u00adrets de Mont\u00admartre, ne man\u00adquant point du n\u00e9ces\u00adsaire et, qui plus est, ch\u00e9\u00adri des femmes, con\u00e7ut-il le pro\u00adjet de mettre fin \u00e0 ses jours&nbsp;? Il y a l\u00e0 une \u00e9nigme que je ne suis point par\u00adve\u00adnu \u00e0 \u00e9clair\u00adcir. On le voyait sou\u00advent d\u00e9am\u00adbules sur le bou\u00adle\u00advard Roche\u00adchouart, en com\u00adpa\u00adgnie de Gon\u00adzague-Frick, dont la taille d\u00e9pas\u00adsait de beau\u00adcoup la sienne, tous deux arbo\u00adrant comme couvre-chef un superbe huit-reflets. Spec\u00adtacle plu\u00adt\u00f4t cocasse qui sus\u00adci\u00adtait l\u2019hi\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9 des passants.&nbsp;<\/p>\n<p>\tDel\u00adphin, qui avait pour\u00adtant bon carac\u00adt\u00e8re, sup\u00adpor\u00adtait dif\u00adfi\u00adci\u00adle\u00adment les exi\u00adgences de l\u2019art cin\u00e9\u00adma\u00adto\u00adgra\u00adphique. Il ne pou\u00advait res\u00adter en place, sur\u00adtout par six degr\u00e9s au-des\u00adsous de z\u00e9ro. Aus\u00adsi avait-il un jour plan\u00adt\u00e9 l\u00e0 l\u2019o\u00adp\u00e9\u00adra\u00adteur et s\u2019\u00e9\u00adtait-il enfui \u00e0 tra\u00advers les rues de Mont\u00admartre o\u00f9 ses pen\u00adsion\u00adnaires avaient eu toutes les peines du monde \u00e0 le rat\u00adtra\u00adper. Le pr\u00e9\u00adfet r\u00e9ta\u00adblit l\u2019ordre et l\u2019on put ce jour-l\u00e0, tour\u00adner le film sans autre incident.&nbsp;<\/p>\n<p>\tVous voyez que <i>Z\u00e9ro de conduite<\/i>, dont la r\u00e9a\u00adli\u00adsa\u00adtion avait co\u00fb\u00adt\u00e9 pas mal d\u2019ef\u00adforts, aurait d\u00fb ren\u00adcon\u00adtrer un peu plus de com\u00adpr\u00e9\u00adhen\u00adsion de la part du public de la rue de Douai. Je ne puis m\u2019emp\u00eacher de pen\u00adser en ter\u00admi\u00adnant com\u00adbien les juge\u00adments des hommes sont fra\u00adgiles, qua\u00adli\u00adfiant aujourd\u2019\u00adhui de chef\u2011d\u2019\u0153uvre ce qui \u00e9tait pour eux la veille un \u00ab&nbsp;navet&nbsp;\u00bb. Exp\u00e9\u00adrience dont il convient de tirer une le\u00e7on de tol\u00e9\u00adrance lorsque nous nous m\u00ealons d\u2019ap\u00adpr\u00e9\u00adcier l\u2019ef\u00adfort d\u2019au\u00adtrui. Les juge\u00adments passent, l\u2019\u0153uvre reste. Une seule chose ne meurt point. Une seule chose sur\u00advit \u00e0 la mode, aux cri\u00adtiques injustes et aux par\u00adtis-pris absurdes&nbsp;: aux des\u00adsus de nos que\u00adrelles intes\u00adtines au-des\u00adsus des pas\u00adsions par\u00adti\u00adsanes, au-des\u00adsus des \u00ab&nbsp;slo\u00adg\u00e2\u00adne\u00adries&nbsp;\u00bb avec les\u00adquelles on fait mar\u00adcher les trou\u00adpeaux humains, au-des\u00adsus des men\u00adsonges de la poli\u00adtique et des fluc\u00adtua\u00adtions de l\u2019o\u00adpi\u00adnion, au-des\u00adsus de la haine, de la vio\u00adlence et de la guerre, plane l\u2019\u00e9\u00adter\u00adnel, l\u2019im\u00adp\u00e9\u00adris\u00adsable beaut\u00e9.<\/p>\n<p>G\u00e9rard de Lacaze-Duthiers<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[[Cau\u00adse\u00adrie faite au Cin\u00e9-Club 46 (place du Del\u00adta), le 18 juin 1946, \u00e0 l\u2019oc\u00adca\u00adsion du \u00ab&nbsp;Fes\u00adti\u00adval Jean&nbsp;Vigo&nbsp;\u00bb.]]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[110],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2493","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lunique-n13-aout-sept-1946"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2493","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2493"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2493\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2493"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2493"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2493"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2493"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}