{"id":2593,"date":"2010-07-23T19:22:11","date_gmt":"2010-07-23T19:22:11","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/07\/23\/la-fin-dune-mission-3\/"},"modified":"2010-07-23T19:22:11","modified_gmt":"2010-07-23T19:22:11","slug":"la-fin-dune-mission-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/07\/23\/la-fin-dune-mission-3\/","title":{"rendered":"La fin d\u2019une mission"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2593?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2593?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p class=\"post_excerpt\">[[Voir les num\u00e9\u00adros pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addents de la&nbsp;revue]]<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h2>Mitrovitza (suite)<\/h2>\n<p>\n<i>Jeu\u00addi<\/i> \u2013 Le direc\u00adteur de l\u2019h\u00f4\u00adpi\u00adtal refuse de nous lais\u00adser d\u00e9jeu\u00adner \u00e0 midi. Pour\u00adtant il est enten\u00addu que nous payons&nbsp;; et nous ne sommes pas exi\u00adgeants&nbsp;; nous avons eu comme menu aux repas pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addents un rago\u00fbt quel\u00adconque, soit avec des choux, soit avec des pommes de terre&nbsp;; le pain nous le tou\u00adchons \u00e0 la caserne&nbsp;; la bois\u00adson, c\u2019est l\u2019eau de la cruche&nbsp;; nous avons aus\u00adsi du&nbsp;caf\u00e9.<\/p>\n<p>Cepen\u00addant, m\u00e9de\u00adcins et admi\u00adnis\u00adtra\u00adteurs serbes, m\u00e9de\u00adcins autri\u00adchiens pri\u00adson\u00adniers, m\u00e9de\u00adcins grecs ou arm\u00e9\u00adniens, ont un repas, \u00e0 deux ou trois ser\u00advices et du vin. Nous n\u2019a\u00advons jamais man\u00adg\u00e9 en m\u00eame temps qu\u2019eux&nbsp;; on nous traite comme des parents pauvres. J\u2019a\u00advais cru d\u2019a\u00adbord \u00e0 l\u2019a\u00adpa\u00adthie et \u00e0 la paresse des fonc\u00adtion\u00adnaires de l\u2019h\u00f4\u00adpi\u00adtal&nbsp;; il faut bien se rendre compte qu\u2019il y a une v\u00e9ri\u00adtable hos\u00adti\u00adli\u00adt\u00e9 contre nous&nbsp;; les Serbes reprochent aux alli\u00e9s de les avoir sacri\u00adfi\u00e9s&nbsp;; non seule\u00adment on ne nous salue pas, mais on ne nous rend pas le salut. Les confr\u00e8res pri\u00adson\u00adniers sont mieux trai\u00adt\u00e9s que nous&nbsp;; ils ont leur chambre par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re, toutes leurs aises et jouissent d\u2019une v\u00e9ri\u00adtable consi\u00add\u00e9\u00adra\u00adtion. Il est vrai que les forces aus\u00adtro-alle\u00admandes sont victorieuses.<\/p>\n<p>Je ne me sou\u00adviens plus o\u00f9 nous avons man\u00adg\u00e9 ce jour-l\u00e0 et si nous avons&nbsp;mang\u00e9.<\/p>\n<p>Il pleut&nbsp;; et la pluie donne une impres\u00adsion vague de tris\u00adtesse. Les jours pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addents, un soleil ti\u00e8de et cares\u00adsant don\u00adnait de la vie aux choses et de l\u2019a\u00adgr\u00e9\u00adment aux pro\u00adme\u00adnades. D\u2019ailleurs je me hasarde le moins pos\u00adsible \u00e0 tra\u00advers la boue et les flaques d\u2019eau des rues&nbsp;; mes chaus\u00adsures sont per\u00adc\u00e9es, et je n\u2019en ai pas trou\u00adv\u00e9 \u00e0 acheter.<\/p>\n<p>De nou\u00adveaux cama\u00adrades arrivent le&nbsp;soir.<\/p>\n<p>La nuit, je dors mal \u00e0 cause du froid, mal\u00adgr\u00e9 la couverture.<\/p>\n<p><i>Ven\u00addre\u00addi<\/i>. \u2013 Au r\u00e9veil on aper\u00ad\u00e7oit la neige sur la cime des monts \u00e0 l\u2019horizon.<\/p>\n<p>Dans la mati\u00adn\u00e9e, nous ren\u00adcon\u00adtrons Mika\u00ef\u00adlo\u00advitch, sous-chef du ser\u00advice de san\u00adt\u00e9 de l\u2019ar\u00adm\u00e9e serbe&nbsp;; il est rem\u00adpli de bonne volon\u00adt\u00e9&nbsp;; gr\u00e2ce \u00e0 lui nous repren\u00addrons nos repas \u00e0 l\u2019h\u00f4\u00adpi\u00adtal avec un ges\u00adtion\u00adnaire particulier.<\/p>\n<p>Il y a r\u00e9union g\u00e9n\u00e9\u00adrale des m\u00e9de\u00adcins fran\u00ad\u00e7ais \u00e0 la caserne&nbsp;; nous sommes d\u00e9j\u00e0 plus de qua\u00adrante. Mais on ne sait rien sur n\u00f4tre sort. Le chef de la mis\u00adsion attend des ordres de notre atta\u00adch\u00e9 mili\u00adtaire, en Ser\u00adbie, lequel a pris le com\u00adman\u00adde\u00adment des mis\u00adsions fran\u00ad\u00e7aises et a deman\u00add\u00e9 des ordres \u00e0&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>Tous les deux ont la men\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9 du fonc\u00adtion\u00adnaire&nbsp;; ils ont peur des res\u00adpon\u00adsa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9s&nbsp;; ils trans\u00admettent des ordres, ils n\u2019o\u00adse\u00adraient prendre aucune initiative.<\/p>\n<p>On nous apprend un chan\u00adge\u00adment de minis\u00adt\u00e8re en France&nbsp;; la nou\u00advelle nous laisse froids. On dis\u00adtri\u00adbue aus\u00adsi quelques lettres et quelques. jour\u00adnaux&nbsp;; les der\u00adniers sont dat\u00e9s du 17 octobre. Je n\u2019ai rien re\u00e7u&nbsp;; mon der\u00adnier cour\u00adrier m\u2019est arri\u00adv\u00e9 le 11 octobre&nbsp;; je n\u2019ai pas de nou\u00advelles des miens depuis la fin de sep\u00adtembre, puisque la dur\u00e9e du tra\u00adjet est au mini\u00admum de douze jours. Je n\u2019i\u00adma\u00adgine pas du tout quand je pour\u00adrai en recevoir.<\/p>\n<p>Les nou\u00advelles qui cir\u00adculent en ville sur la situa\u00adtion de l\u2019ar\u00adm\u00e9e serbe sont mau\u00advaises et font contraste avec l\u2019op\u00adti\u00admisme offi\u00adciel et b\u00e9at des jour\u00adnaux fran\u00ad\u00e7ais, d\u00e9j\u00e0 vieux de quatre semaines. On raconte que Krou\u00adch\u00e9\u00advatz a \u00e9t\u00e9 bom\u00adbar\u00add\u00e9&nbsp;; les Bul\u00adgares s\u2019a\u00advancent sur Les\u00adko\u00advatz&nbsp;; enfin l\u2019ar\u00adm\u00e9e serbe manque de pain et dans quelques jours man\u00adque\u00adra de munitions.<\/p>\n<p>Le soir, arrivent les cha\u00adriots et les bagages que nous avions lais\u00ads\u00e9s dans les gorges de l\u2019I\u00adbar&nbsp;! Je vais avoir du linge et une paire de chaus\u00adsures en bon \u00e9tat, des bot\u00adtines de ville, \u00e0 bou\u00adtons, sans clous. Seront-elles suf\u00adfi\u00adsantes pour tenir jus\u00adqu\u2019au bout&nbsp;? On ver\u00adra&nbsp;bien.<\/p>\n<p><i>Same\u00addi<\/i>.\u200a\u2014\u200aJour de mar\u00adch\u00e9. Beau\u00adcoup de cam\u00adpa\u00adgnards au cos\u00adtume alba\u00adnais. Les femmes ont une coif\u00adfure par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re&nbsp;: de lourdes anglaises enca\u00addrant le visage et atta\u00adch\u00e9es par une m\u00e9daille (mon\u00adnaie d\u2019argent); un ban\u00addeau d\u2019\u00e9\u00adtoffe blanche passe sur le front&nbsp;; au-des\u00adsus, un orne\u00adment en forme de petite pyra\u00admide blanche, orn\u00e9e de ver\u00adro\u00adte\u00adrie, coiffe le som\u00admet de la t\u00eate sur le devant.<\/p>\n<p>Des \u00e2nes, beau\u00adcoup d\u2019\u00e2nes&nbsp;; on en voyait tr\u00e8s peu en Serbie.<\/p>\n<p>Je me dirige vers les bains&nbsp;; j\u2019ai h\u00e2te de me laver pour chan\u00adger de che\u00admise, car j\u2019ai trop peu de linge pour chan\u00adger sou\u00advent. Les poux m\u2019ont emp\u00ea\u00adch\u00e9 de dor\u00admir la nuit der\u00adni\u00e8re. Mal\u00adheu\u00adreu\u00adse\u00adment les bains sont fer\u00adm\u00e9s, et je remets \u00e0 demain pour quit\u00adter mon linge sale, tr\u00e8s&nbsp;sale.<\/p>\n<p>Je ren\u00adcontre Mika\u00ef\u00adlo\u00advitch&nbsp;; il nous annonce comme pro\u00adbable le d\u00e9part de la mis\u00adsion lun\u00addi ou mar\u00addi. Il est temps&nbsp;: on s\u2019en\u00adnuie et on n\u2019en\u00adtend autour de soi que des r\u00e9cri\u00admi\u00adna\u00adtions. Les conver\u00adsa\u00adtions ne roulent que sur les pro\u00adba\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9s et les modes de d\u00e9part. Pas\u00adse\u00adra-t-on par Uskub ou par l\u2019Al\u00adba\u00adnie&nbsp;? Des bruits contra\u00addic\u00adtoires cir\u00adculent. Les opti\u00admistes pensent que l\u2019ar\u00adm\u00e9e fran\u00ad\u00e7aise arri\u00adve\u00adra \u00e0 d\u00e9ga\u00adger Uskub&nbsp;; or, \u00e0 cet endroit, se d\u00e9tache de la grande ligne Nich-Salo\u00adnique un embran\u00adche\u00adment qui abou\u00adtit et se ter\u00admine \u00e0 Mitro\u00advit\u00adza. Nous n\u2019au\u00adrons donc qu\u2019\u00e0 prendre le train pour arri\u00adver sans encombre \u00e0 Salonique.<\/p>\n<p>Dans l\u2019a\u00adpr\u00e8s-midi le grand \u00e9tat-major arrive&nbsp;; c\u2019est un signe que nous ne res\u00adte\u00adrons plus long\u00adtemps ici, car nous nous g\u00eanons mutuel\u00adle\u00adment. Ces mes\u00adsieurs ont l\u2019ha\u00adbi\u00adtude de prendre leurs com\u00admo\u00addi\u00adt\u00e9s et toute la place. En effet, on veut expul\u00adser quelques-uns de nos cama\u00adrades du loge\u00adment qu\u2019ils ont \u00e0 la caserne pour y mettre la suite et les ordon\u00adnances des offi\u00adciers serbes.<\/p>\n<p>On apprend dans la soi\u00adr\u00e9e que nous par\u00adti\u00adrons demain dimanche \u00e0 midi. J\u2019es\u00adp\u00e8re avoir le temps de prendre un bain le&nbsp;matin.<\/p>\n<h2>De Mitrovitza \u00e0 Prizrend<\/h2>\n<p>\n<i>Dimanche 14 novembre<\/i>. \u2013 Nous sommes convo\u00adqu\u00e9s \u00e0 la caserne pour orga\u00adni\u00adser le d\u00e9part, tout au moins celui d\u2019une ving\u00adtaine d\u2019entre nous dont je suis. Le grand \u00e9tat-major serbe est arri\u00adv\u00e9 hier soir, et il faut faire de la place. Nous jouons de plus en plus le r\u00f4le d\u2019ind\u00e9sirables.<\/p>\n<p>Le ciel est cou\u00advert de nu\u00e9es d\u2019encre qui viennent du nord-ouest. Le pre\u00admier plan et le ch\u00e2\u00adteau-fort, encore enso\u00adleill\u00e9s, appa\u00adraissent en clair&nbsp;; les mon\u00adtagnes de l\u2019ar\u00adri\u00e8re-plan sont noires. Ce bizarre aspect du pay\u00adsage ne pr\u00e9\u00adsage rien de bon pour le&nbsp;temps.<\/p>\n<p>La r\u00e9union \u00e0 la caserne est tout \u00e0 fait inco\u00adh\u00e9\u00adrente. Il se trouve \u00e0 la fin que nous par\u00adtons tous&nbsp;; du moins 39 par\u00adti\u00adront le jour m\u00eame, soit 31 par le train. et 3 avec les chars \u00e0 b\u0153ufs. Les autres par\u00adti\u00adront le lendemain.<\/p>\n<p>Le che\u00admin de fer par\u00adcourt la plaine de Kos\u00adso\u00advo, de Mitro\u00advit\u00adza, point ter\u00admi\u00adnus au nord-ouest, \u00e0 Uskub sud-est, o\u00f9 il rejoint la ligne de Nich \u00e0 Salo\u00adnique. Il n\u2019y a pas \u00e0 esp\u00e9\u00adrer d\u2019ar\u00adri\u00adver jus\u00adqu\u2019\u00e0 Uskub que les Bul\u00adgares occupent. On s\u2019ar\u00adr\u00ea\u00adte\u00adra du c\u00f4t\u00e9 de Prich\u00adti\u00adna pour gagner la fron\u00adti\u00e8re alba\u00adnaise et t\u00e2cher de joindre Monas\u00adtir au sud, o\u00f9 nous trou\u00adve\u00adrons la ligne qui va \u00e0 Salonique.<\/p>\n<p>La dis\u00adcus\u00adsion pour l\u2019or\u00adga\u00adni\u00adsa\u00adtion du d\u00e9part a \u00e9t\u00e9 longue. Nous devons par\u00adtir \u00e0 l\u2019heure, je n\u2019ai plus le temps d\u2019al\u00adler aux bains turcs. Je me r\u00e9signe \u00e0 chan\u00adger de linge que j\u2019im\u00adbibe de ben\u00adzine pour me d\u00e9bar\u00adras\u00adser des poux. La ben\u00adzine, ver\u00ads\u00e9e abon\u00addam\u00adment, coule un peu bas. J\u2019\u00e9\u00adprouve une cuis\u00adson extr\u00ea\u00adme\u00adment d\u00e9sa\u00adgr\u00e9able que j\u2019en\u00addure patiem\u00adment avec l\u2019es\u00adpoir que les poux seront bien autre\u00adment incommod\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous n\u2019a\u00advons pas de pro\u00advi\u00adsions, sauf celles que nous avons pu faire indi\u00advi\u00adduel\u00adle\u00adment dans un bourg o\u00f9 il n\u2019y a plus rien. On nous a cepen\u00addant dis\u00adtri\u00adbu\u00e9 des pains minus\u00adcules (gros comme le poing): du ma\u00efs vrai\u00adment immangeable.<\/p>\n<p>Les nu\u00e9es du matin ont cre\u00adv\u00e9, il a plu. Nous patau\u00adgeons dans la boue jus\u00adqu\u2019\u00e0 la sta\u00adtion \u00e0 un kilo\u00adm\u00e8tre de l\u00e0. Je n\u2019ai pas beau\u00adcoup de pr\u00e9\u00adoc\u00adcu\u00adpa\u00adtions pour mes bagages, je n\u2019ai qu\u2019un&nbsp;sac.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai plus d\u2019es\u00adpoir de les retrou\u00adver jamais. Hier est arri\u00adv\u00e9 l\u2019in\u00adter\u00adpr\u00e8te d\u2019un de mes deux pre\u00admiers com\u00adpa\u00adgnons de route. Il s\u2019\u00e9\u00adtait char\u00adg\u00e9 avec mon inter\u00adpr\u00e8te d\u2019al\u00adler cher\u00adcher nos can\u00adtines, aban\u00addon\u00adn\u00e9es dans le train \u00e0 Ters\u00adte\u00adnik, et tous deux ensuite devaient les rame\u00adner en pas\u00adsant par la brousse du c\u00f4t\u00e9 de Krou\u00adche\u00advatz. Les bagages furent retrou\u00adv\u00e9s, mais mon inter\u00adpr\u00e8te, pris de peur devant les dan\u00adgers et la fatigue du voyage, est res\u00adt\u00e9 \u00e0 Krou\u00adche\u00advatz pour se lais\u00adser prendre par les Alle\u00admands, qui se sont, en effet, empa\u00adr\u00e9s de la ville apr\u00e8s bom\u00adbar\u00adde\u00adment. L\u2019autre inter\u00adpr\u00e8te est venu seul. Quant, \u00e0 nos can\u00adtines, on les a cach\u00e9es dans une cave de Krou\u00adche\u00advatz. Faible consolation.<\/p>\n<p>Le train ne part qu\u2019\u00e0 3 heures de l\u2019a\u00adpr\u00e8s-midi. Nous occu\u00adpons \u00e0 31 une voi\u00adture de 3<sup>e<\/sup> classe sans com\u00adpar\u00adti\u00adments iso\u00adl\u00e9s. Le pay\u00adsage est un peu. mono\u00adtone&nbsp;; c\u2019est une plaine sans arbres avec des ves\u00adtiges de champs de ma\u00efs. N\u2019\u00e9\u00adtait le sou\u00adve\u00adnir de la san\u00adglante bataille du <i>Champ des Merles<\/i>, qui livra autre\u00adfois la Ser\u00adbie \u00e0 la domi\u00adna\u00adtion turque, l\u2019on ne s\u2019in\u00adt\u00e9\u00adres\u00adse\u00adrait gu\u00e8re \u00e0 la contr\u00e9e. Un peu avant la chute du jour, nous aper\u00adce\u00advons \u00e0 notre gauche un monu\u00adment blanc, qui doit \u00eatre le Mau\u00adso\u00adl\u00e9e du sul\u00adtan Mou\u00adrad, tu\u00e9 le soir de la bataille.<\/p>\n<p>Nous arri\u00advons en pleine nuit \u00e0 Lipliane, petite sta\u00adtion au del\u00e0 de Prit\u00adchi\u00adna. Le train ne va pas plus loin. On nous avait pro\u00admis monts et mer\u00adveilles pour le cou\u00adcher, c\u2019est-\u00e0-dire des wagons et de la paille. Il n\u2019y a rien. Il fau\u00addra pas\u00adser la nuit, assis sur les ban\u00adquettes de notre wagon. Aupa\u00adra\u00advant nous nous dis\u00adper\u00adsons en recon\u00adnais\u00adsance. Nous trou\u00advons dans une baraque de bois, pr\u00e8s de la voie, une sorte de gar\u00adgote o\u00f9 l\u2019on vend du vin \u00e0 2&nbsp;fr.&nbsp;50 le litre et des \u0153ufs durs. Je d\u00eene avec ces \u0153ufs et quelques pro\u00advi\u00adsions empor\u00adt\u00e9es de Mitro\u00advit\u00adza&nbsp;: du cire (fro\u00admage) et des&nbsp;noix.<\/p>\n<p>La nuit est mau\u00advaise, il fait froid. Le matin nous sommes dehors avant le jour, dans l\u2019es\u00adp\u00e9\u00adrance d\u2019a\u00adche\u00adter dans le petit vil\u00adlage du pain ou autre chose. Je n\u2019ai rien pu trou\u00adver pour ma part que quelques pommes.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas trop os\u00e9 m\u2019\u00e9\u00adcar\u00adter, car nous devions par\u00adtir d\u00e8s l\u2019aube pour Priz\u00adrend. On nous avait pro\u00admis 11 voi\u00adtures et un four\u00adgon auto\u00admo\u00adbile pour 5 heures du matin. \u00c0 7 heures le fonc\u00adtion\u00adnaire serbe, qui a re\u00e7u les ordres du grand \u00e9tat-major, am\u00e8ne cinq petites voi\u00adtures. Vrai\u00adment, il n\u2019en a pas d\u2019autres (n\u00eama vich\u00e9). En s\u2019en\u00adtas\u00adsant p\u00e9ni\u00adble\u00adment \u00e0 quatre dans cha\u00adcune, nous sommes loin de compte, car il y a aus\u00adsi des inter\u00adpr\u00e8tes \u00e0&nbsp;caser.<\/p>\n<p>Enfin, une par une, on obtient trois autres voi\u00adtures&nbsp;; mais je reste en sur\u00adnombre avec un autre cama\u00adrade. Ber\u00adtrand, le chef du groupe, exige une dixi\u00e8me voi\u00adture, et elle se d\u00e9cide \u00e0 appara\u00eetre.<\/p>\n<p>Le four\u00adgon auto\u00admo\u00adbile, qui va empor\u00adter nos bagages, est l\u00e0 aus\u00adsi. Mais le conduc\u00adteur refuse de prendre tous les colis&nbsp;; il serait trop char\u00adg\u00e9, dit-il, et ne pour\u00adrait pas faire le che\u00admin. \u00c0 la v\u00e9ri\u00adt\u00e9, quand il arrive \u00e0 Priz\u00adrend, on constate qu\u2019il a pris avec lui huit pas\u00adsa\u00adgers serbes en sur\u00adcharge, en les fai\u00adsant payer bien entendu.<\/p>\n<p>Nous par\u00adtons \u00e0 8 heures. Nous nous diri\u00adgeons \u00e0 l\u2019ouest vers les mon\u00adtagnes d\u2019Al\u00adba\u00adnie qui bordent la plaine de Kos\u00adso\u00advo. Nous par\u00adcou\u00adrons cette plaine pen\u00addant 5 \u00e0 6 kilo\u00adm\u00e8tres, c\u2019est la brousse, ou plus exac\u00adte\u00adment le steppe, avec des char\u00addons et quelques buis\u00adsons de ch\u00eanes nains. La teinte g\u00e9n\u00e9\u00adrale donne l\u2019im\u00adpres\u00adsion de blond argen\u00adt\u00e9\u200a\u2014\u200aimpres\u00adsion d\u2019au\u00adtomne qui s\u2019al\u00adlie ce matin \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re bruine.<\/p>\n<p>Arri\u00adv\u00e9e \u00e0 la mon\u00adtagne, la route s\u2019en\u00adgage dans une val\u00adl\u00e9e qu\u2019elle remonte len\u00adte\u00adment. Cette route est vrai\u00adment belle&nbsp;; c\u2019est une route turque, bien construite, bien entre\u00adte\u00adnue, avec des bornes o\u00f9 les indi\u00adca\u00adtions sont gra\u00adv\u00e9es en lettres arabes. Jamais dans les Bal\u00adkans, je veux dire en Ser\u00adbie, je n\u2019en ai vu de sem\u00adblable. Apr\u00e8s Priz\u00adrend je n\u2019en ver\u00adrai plus d\u2019autre.<\/p>\n<p>Le fond de la val\u00adl\u00e9e est occu\u00adp\u00e9 par des pr\u00e9s et des champs de ma\u00efs. Les contre\u00adforts de la mon\u00adtagne sont d\u00e9nu\u00add\u00e9s, ou cou\u00adverts de brous\u00adsailles de ch\u00eanes roux. Plus loin nous entrons dans des bois de grands arbres&nbsp;: ch\u00eanes et h\u00eatres. Par\u00adfois, on aper\u00ad\u00e7oit dans la val\u00adl\u00e9e une mai\u00adson gris jau\u00adn\u00e2tre&nbsp;; ce n\u2019est plus la petite mai\u00adson basse de briques toute blanche dans son badi\u00adgeon\u00adnage de chaux avec son toit de tuiles gau\u00adfr\u00e9es, qui parais\u00adsait si riante dans la cam\u00adpagne serbe. Ici, les mai\u00adsons sont de pierres schis\u00adteuses et assez hautes&nbsp;; le toit est cou\u00advert de plaques de schiste&nbsp;; l\u2019as\u00adpect en est plu\u00adt\u00f4t triste.<\/p>\n<p>De temps, en temps, au bord de la route, on longe un petit cime\u00adti\u00e8re. Mais cette appel\u00adla\u00adtion est ici trop ambi\u00adtieuse&nbsp;; ce sont quelques tumu\u00adli \u00e9pars avec des pierres basses informes qui bordent la bour\u00adsou\u00adflure, ou tout sim\u00adple\u00adment une pierre blanche fich\u00e9e \u00e0 chaque extr\u00e9\u00admi\u00adt\u00e9. Il y en a une dizaine sans enclos&nbsp;; ils se confondent avec les autres acci\u00addents du&nbsp;sol.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu nous nous sommes \u00e9le\u00adv\u00e9s, et nous arri\u00advons au som\u00admet du col, \u00e0 915 m\u00e8tres d\u2019al\u00adti\u00adtude, dit la carte. Il fait l\u00e0 un vent ter\u00adrible et froid&nbsp;; mais le pano\u00adra\u00adma est splen\u00addide. Nous avons \u00e0 nos pieds une val\u00adl\u00e9e, ou plus exac\u00adte\u00adment une large d\u00e9pres\u00adsion tr\u00e8s mame\u00adlon\u00adn\u00e9e, orien\u00adt\u00e9e nord-sud, cou\u00adverte d\u2019un tapis roux, \u00e9tran\u00adge\u00adment vif, que forment les brous\u00adsailles de ch\u00eanes&nbsp;: par places on dirait que le tapis est us\u00e9 et laisse voir une trame vert mousse&nbsp;; \u00e7\u00e0 et l\u00e0 quelques pauvres villages.<\/p>\n<p>Au del\u00e0 appa\u00adra\u00eet le chaos des mon\u00adtagnes alba\u00adnaises, cou\u00advertes de neige, avec une \u00e9chan\u00adcrure devant nous \u00e0 l\u2019ouest, en ce moment mas\u00adqu\u00e9e par un rideau de pluie&nbsp;; c\u2019est par l\u00e0 que se trouve Prizrend.<\/p>\n<p>La route des\u00adcend en lacets&nbsp;; mais elle n\u2019est plus encais\u00ads\u00e9e comme dans la val\u00adl\u00e9e que nous avons gra\u00advie. Nous ren\u00adcon\u00adtrons plus sou\u00advent des mai\u00adsons, tou\u00adjours la mai\u00adson alba\u00adnaise de pierres, assez \u00e9le\u00adv\u00e9e, \u00e0 un, quel\u00adque\u00adfois \u00e0 deux \u00e9tages, avec des lucarnes \u00e9troites et une enceinte, soit un mur de pierres, soit une haute palis\u00adsade cou\u00adron\u00adn\u00e9e de fagots d\u2019\u00e9\u00adpines. La porte est bar\u00add\u00e9e de fer. Chaque mai\u00adson semble une cita\u00addelle. Cha\u00adcun se&nbsp;garde.<\/p>\n<p>Nous arri\u00advons \u00e0 un bourg plus impor\u00adtant, Suka\u00adrie\u00adka, o\u00f9 nous fai\u00adsons halte. Des cama\u00adrades, sont d\u00e9j\u00e0 ins\u00adtal\u00adl\u00e9s dans une auberge o\u00f9 l\u2019on nous sert du caf\u00e9 et des&nbsp;\u0153ufs.<\/p>\n<p>Il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9ci\u00add\u00e9 qu\u2019on irait \u00e0 Priz\u00adrend en deux \u00e9tapes. Mais nous appre\u00adnons que nous avons d\u00e9pas\u00ads\u00e9 la pre\u00admi\u00e8re&nbsp;; il est 4 heures&nbsp;; Priz\u00adrend n\u2019est pas tr\u00e8s loin, nous repartons.<\/p>\n<p>La route remonte sur un pla\u00adteau assez large, \u00e0 sol d\u2019al\u00adlu\u00advions, bor\u00add\u00e9 de mon\u00adtagnes. On dis\u00adtingue bien\u00adt\u00f4t une large b\u00e2tisse sur la pente des hau\u00adteurs d\u00e9nu\u00add\u00e9es qui s\u2019\u00e9\u00adl\u00e8vent dans le loin\u00adtain en face de nous, un peu \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>Mais rien d\u2019autre ne fait soup\u00ad\u00e7on\u00adner Priz\u00adrend qui est l\u00e0 pour\u00adtant, cach\u00e9 dans un repli entre le pla\u00adteau et la mon\u00adtagne. Le soir tombe, la nuit vient, et il se met \u00e0 pleu\u00advoir. On arrive tou\u00adjours ain\u00adsi de nuit et sous la pluie dans des villes incon\u00adnues. Tout \u00e0 coup, on aper\u00ad\u00e7oit des lumi\u00e8res. Les mai\u00adsons de Priz\u00adrend s\u2019\u00e9\u00adtagent les unes au-des\u00adsus des autres sur la pente de la mon\u00adtagne, ou du moins on les devine. La route des\u00adcend dans un fau\u00adbourg, tra\u00adverse un pont. Nous sommes dans une rue cou\u00adverte de pampres. J\u2019ai l\u2019im\u00adpres\u00adsion d\u2019\u00eatre dans une grande ville. Nous arri\u00advons \u00e0 un caf\u00e9 brillam\u00adment \u00e9clai\u00adr\u00e9, mais il est impos\u00adsible d\u2019y trou\u00adver place&nbsp;; les Anglais y sont d\u00e9j\u00e0 ins\u00adtal\u00adl\u00e9s pour y prendre leurs&nbsp;repas.<\/p>\n<p>M.&nbsp;Pier\u00adrot<br>\n<br>(\u00e0 suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[[Voir les num\u00e9\u00adros pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addents de la&nbsp;revue]]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[311],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2593","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-temps-nouveaux-na4-15-octobre-1919"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2593","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2593"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2593\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2593"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2593"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2593"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2593"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}