{"id":2688,"date":"1922-03-01T00:01:04","date_gmt":"1922-03-01T00:01:04","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/12\/09\/m-bergson-maitre-a-penser-de-la-3e-republique\/"},"modified":"2024-05-21T11:58:33","modified_gmt":"2024-05-21T11:58:33","slug":"m-bergson-maitre-a-penser-de-la-3e-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1922\/03\/01\/m-bergson-maitre-a-penser-de-la-3e-republique\/","title":{"rendered":"M.&nbsp;Bergson, ma\u00eetre-\u00e0-penser de la 3<sup>e<\/sup> R\u00e9publique"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2688?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2688?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div>\n<figure class=\"wp-block-image alignleft\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1922\/01\/01\/sursum-corda\/doctrine\/\" rel=\"attachment wp-att-8096\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"213\" class=\"wp-image-8096\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/uploads\/1922\/01\/doctrine.jpg\" alt srcset=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/uploads\/1922\/01\/doctrine.jpg 500w, https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/uploads\/1922\/01\/doctrine-300x128.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\"><\/a><\/figure>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">M.&nbsp;Berg\u00adson fut le ma\u00eetre \u00e0 pen\u00adser des \u00ab&nbsp;jeunes gens d\u2019aujourd\u2019hui <sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--expands-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000430a83b3000000005676a318_2688\"><a href=\"javascript:void(0)\" role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000430a83b3000000005676a318_2688-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-00000000430a83b3000000005676a318_2688-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">&nbsp;<i>Jeunes Gens d\u2019aujourd\u2019hui<\/i>, par Aga\u00adthon, parut en 1913. Ce livre, comme fait sur com\u00admande, eut une grosse influence dans la jeu\u00adnesse des Uni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9s, pour la pr\u00e9\u00adpa\u00adrer \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la guerre.<\/span>\u00bb. Son nom figu\u00adre\u00adra dans l\u2019histoire de M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9, comme celui de Des\u00adcartes dans l\u2019histoire de Louis XIV. M.&nbsp;Berg\u00adson a \u00e9t\u00e9 le Des\u00adcartes du Natio\u00adna\u00adlisme bour\u00adgeois. Comme l\u2019auteur du \u00ab&nbsp;<i>Dis\u00adcours sur la M\u00e9thode<\/i>&nbsp;\u00bb, il a ven\u00addu sa pen\u00ads\u00e9e \u00e0 la force sociale de son temps&nbsp;; il a renon\u00adc\u00e9 aux pures joies du phi\u00adlo\u00adsophe pour go\u00fb\u00adter aux jouis\u00adsances de l\u2019homme c\u00e9l\u00e8bre. Il s\u2019est pros\u00adti\u00adtu\u00e9 \u00e0 la gloire de son si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Hen\u00adri Berg\u00adson avait un tr\u00e9\u00adsor unique, un sur\u00adhu\u00admain tr\u00e9\u00adsor. Il l\u2019a mon\u00adnay\u00e9 en pi\u00e8ces cou\u00adrantes \u00e0 l\u2019effigie d\u2019un Pr\u00e9\u00adsident de R\u00e9pu\u00adblique. M.&nbsp;Berg\u00adson a per\u00addu son \u00e2me. Il lui reste la popu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9 et les hon\u00adneurs, c\u2019est bien peu de chose pour le pen\u00adseur des \u00ab&nbsp;Don\u00adn\u00e9es imm\u00e9\u00addiates de la Conscience&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Loin du grand fleuve de col\u00adlec\u00adtive rai\u00adson o\u00f9 s\u2019en viennent boire et se laver et navi\u00adguer et faire leur com\u00admerce de vie sociale les hommes \u00e0 la pra\u00adtique acti\u00advi\u00adt\u00e9, loin de ses plaines indus\u00adtrieuses qu\u2019il arrose de ses canaux en scien\u00adti\u00adfiques irri\u00adga\u00adtions, loin des cit\u00e9s qu\u2019il fait na\u00eetre sur ses bords pour y orga\u00adni\u00adser toutes choses en fonc\u00adtion de com\u00admune mesure, le jeune phi\u00adlo\u00adsophe Hen\u00adri Berg\u00adson \u00e9tait par\u00adti vers les soli\u00adtaires hau\u00adteurs o\u00f9 la mon\u00adtagne cr\u00e9e des sources. Long\u00adtemps il avait cher\u00adch\u00e9 aux replis des roches la source mira\u00adcu\u00adleuse&nbsp;: celle que n\u2019appelait pas dans sa course la ser\u00advi\u00adtude du grand fleuve de rai\u00adson. Sou\u00advent, la croyant trou\u00adver, ses pas bon\u00addis\u00adsants sui\u00advirent, fr\u00e9\u00adn\u00e9\u00adtique course, quelque tor\u00adrent o\u00f9 sem\u00adblaient dan\u00adser plus libre\u00adment les reflets du monde. Ses pieds sai\u00adgnants et les hal\u00e8\u00adte\u00adments de sa poi\u00adtrine ne condui\u00adsaient de causes en causes, le long de la pente de mat\u00e9\u00adrielle n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9, que vers les eaux aux mornes flots o\u00f9 tout s\u2019encha\u00eene vers la&nbsp;mort.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais un matin, <i>alors qu\u2019il ne cher\u00adchait pas<\/i> et que, vaga\u00adbon\u00addant dans le vent des cimes, son \u00e2me par tous ses sens flot\u00adtait har\u00admo\u00adnieu\u00adse\u00adment sur les clar\u00adt\u00e9s et les par\u00adfums et les caresses de la mon\u00adtagne en une r\u00eave\u00adrie d\u2019enfance pour la seule joie de sen\u00adtir, une musique s\u2019\u00e9veilla, en ce moment\u200a\u2014\u200aune musique d\u2019il ne savait o\u00f9\u200a\u2014\u200aune musique qui le chan\u00adtait dans les choses et qui sem\u00adblait chan\u00adter en lui les choses\u200a\u2014\u200aune musique sans lien\u200a\u2014\u200aune musique sans fin, une musique ind\u00e9\u00adcom\u00adpo\u00adsable et toute une et si pres\u00adti\u00adgieu\u00adse\u00adment mul\u00adti\u00adforme qu\u2019il lui \u00e9tait impos\u00adsible de la fixer en nulle forme\u200a\u2014\u200aune musique de liber\u00adt\u00e9. Et le phi\u00adlo\u00adsophe errait de monts en monts, de val\u00adl\u00e9es en val\u00adl\u00e9es et du matin jusqu\u2019au soir\u200a\u2014\u200aet durant la nuit encore et la musique chan\u00adtait tou\u00adjours. Elle nar\u00adguait temps et espace. Alors il com\u00adprit qu\u2019il la por\u00adtait en lui et comme il ne rai\u00adson\u00adnait pas en <i>ce moment<\/i>, et que sa pen\u00ads\u00e9e, depuis le matin ne s\u2019\u00e9tait dres\u00ads\u00e9e aucun plan et n\u2019avait sui\u00advi aucun encha\u00ee\u00adne\u00adment d\u2019id\u00e9es finies, le phi\u00adlo\u00adsophe com\u00adprit que ce n\u2019\u00e9tait pas son intel\u00adli\u00adgence qui chan\u00adtait ain\u00adsi dans son \u00eatre. Alors il s\u2019endormit. Et la musique chan\u00adta encore jusqu\u2019\u00e0 matin en des songes qu\u2019il n\u2019oublia pas. Et quand Hen\u00adri Berg\u00adson s\u2019\u00e9veilla \u00e0 la lumi\u00e8re ses yeux virent enfin la source dont la musique l\u2019avait enchan\u00adt\u00e9. Il d\u00e9cou\u00advrit, sour\u00addant de ses sens en fr\u00e9\u00admis\u00adsantes ondes sym\u00adpho\u00adniques, le libre cours de l\u2019intuition. Celui-l\u00e0 n\u2019allait pas vers les plaines. Il ne se per\u00addait pas dans les mornes et com\u00admunes eaux de la rai\u00adson humaine. Il ne cou\u00adlait pas&nbsp;; il jaillis\u00adsait. Il ne sui\u00advait les acci\u00addents d\u2019aucun lit. Il s\u2019\u00e9lan\u00e7ait vers les cimes sans avoir besoin, pour se mou\u00advoir, d\u2019ob\u00e9ir aux lois cau\u00adsales. Rien ne pous\u00adsait son cou\u00adrant. Il s\u2019attirait lui-m\u00eame vers ses propres fins. En se d\u00e9si\u00adrant il se cr\u00e9ait, et l\u2019harmonie \u00e9tait la seule loi de son acti\u00advi\u00adt\u00e9. Ses vagues de clar\u00adt\u00e9s musi\u00adciennes lib\u00e9\u00adraient la sen\u00adsa\u00adtion du joug du ratio\u00adna\u00adlisme. Elles la d\u00e9li\u00advraient des des\u00ads\u00e9\u00adchantes \u00e9treintes de la col\u00adlec\u00adtive intel\u00adli\u00adgence pour la rendre \u00e0 son \u00e9clo\u00adsion, au rythme de la per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9. En se replon\u00adgeant aux intui\u00adtives ondes, la sen\u00adsa\u00adtion ces\u00adsait d\u2019\u00eatre le pon\u00add\u00e9\u00adrable \u00e9l\u00e9\u00adment d\u2019universelle ser\u00advi\u00adtude pour deve\u00adnir l\u2019infini g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adteur d\u2019individuelle libert\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Hen\u00adri Berg\u00adson mon\u00adtrait ain\u00adsi qu\u2019une sen\u00adsa\u00adtion n\u2019est pas cet iden\u00adtique atome avec lequel les psy\u00adcho-phy\u00adsi\u00adciens pr\u00e9\u00adtendent recons\u00adtruire par de pr\u00e9\u00adcises for\u00admules mul\u00adti\u00adpli\u00adca\u00adtives la com\u00adpo\u00adsi\u00adtion des dif\u00adf\u00e9\u00adrentes \u00e2mes. En une simple sen\u00adsa\u00adtion se mani\u00adfeste le sub\u00adjec\u00adti\u00advisme avec autant de confuse richesse syn\u00adth\u00e9\u00adtique que dans le plus com\u00adplexe des sen\u00adti\u00adments. En une fugi\u00adtive sen\u00adsa\u00adtion s\u2019irradie la vie psy\u00adchique d\u2019un \u00eatre dans toute sa force de cr\u00e9a\u00adtive per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adsa\u00adtion, tout comme en l\u2019imagination la plus f\u00e9conde. L\u2019individu spi\u00adri\u00adtuel n\u2019est pas un com\u00adpo\u00ads\u00e9, il est un com\u00adpo\u00adsant infi\u00adni. En lui toute l\u2019activit\u00e9 n\u2019a qu\u2019une fin&nbsp;: l\u2019harmonie de son tout, et en le moindre ins\u00adtant de sa vie il ne cesse de pas\u00adser lui-m\u00eame tout entier. On pour\u00adrait appli\u00adquer jus\u00adte\u00adment \u00e0 l\u2019individu psy\u00adchique la for\u00admule que les th\u00e9o\u00adlogues accordent \u00e0 Dieu&nbsp;: il est fout entier lui-m\u00eame par\u00adtout et nulle part, en tous ins\u00adtants et en tous lieux de sa cr\u00e9a\u00adtion. \u00c0 chaque point de sa vie il se&nbsp;cr\u00e9e.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c\u2019est \u00e0 la sen\u00adsa\u00adtion qu\u2019il se cr\u00e9e avec le moins de res\u00adtric\u00adtives luttes, dans toute sa pure\u00adt\u00e9 \u00e9clo\u00adsive, en sa fleur unique. \u00c0 la sen\u00adsa\u00adtion, l\u2019individu se d\u00e9ploie <i>avec toute sa liber\u00adt\u00e9<\/i> et <i>en pleine vie<\/i>.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0 un sen\u00adti\u00adment s\u2019embarrasse d\u2019abstractives formes. Il peut se rai\u00adson\u00adner. Il contient en lui une id\u00e9e. Or les id\u00e9es s\u2019associent. Elles se tiennent entre elles comme les suc\u00adces\u00adsifs maillons d\u2019une cha\u00eene qui lie l\u2019individu \u00e0 la col\u00adlec\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9 humaine. Elles viennent du dehors toutes faites et entrent dans une conscience afin d\u2019en vio\u00adler l\u2019intimit\u00e9. Car elles ne se contentent pas de se grou\u00adper entre elles afin d\u2019encha\u00eener la vie intel\u00adlec\u00adtuelle de l\u2019individu sui\u00advant les lois de l\u2019humaine rai\u00adson. Elles ont aus\u00adsi l\u2019objective ten\u00addance de s\u2019emparer de sa vie affec\u00adtive afin d\u2019en fixer les mani\u00adfes\u00adta\u00adtions sui\u00advant les formes pr\u00e9\u00adcon\u00ad\u00e7ues d\u2019un col\u00adlec\u00adtif id\u00e9al. Ce qu\u2019on appelle le <i>c\u0153ur humain<\/i> n\u2019est pas autre chose que le pro\u00adduit de cet asser\u00advis\u00adse\u00adment des indi\u00advi\u00adduelles sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9s aux pr\u00e9\u00adju\u00adg\u00e9s de l\u2019id\u00e9alisme d\u2019une \u00e9poque sociale. La vie sen\u00adti\u00admen\u00adtale de la plu\u00adpart des \u00eatres consti\u00adtue la n\u00e9ga\u00adtion de leur libre arbitre parce qu\u2019au lieu de sur\u00adgir toute nue et vibrante des ondes intimes de leur sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9, elle se pare de tra\u00addi\u00adtion\u00adnels concepts afin de suivre les cou\u00adrants de l\u2019imagination col\u00adlec\u00adtive. Ain\u00adsi d\u00e9for\u00adm\u00e9s, les sen\u00adti\u00adments ne m\u00e9ritent plus que d\u2019\u00eatre trai\u00adt\u00e9s comme ils le sont par les psy\u00adcho\u00adlogues de la Nou\u00advelle-Sor\u00adbonne. Ils ne mani\u00adfestent plus rien de l\u2019\u00e2me indi\u00advi\u00adduelle. Ils ne sont plus que d\u2019\u00e9pid\u00e9miques mala\u00addies de la conscience sociale.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors Berg\u00adson nous chan\u00adta la vie sen\u00adti\u00admen\u00adtale se lib\u00e9\u00adrant des cha\u00eenes de l\u2019intelligence pra\u00adtique, oubliant tout ce qu\u2019elle <i>avait appris<\/i>\u200a\u2014\u200aet retrou\u00advant aux sources d\u2019intuition la s\u00e8ve ascen\u00addante de sa liber\u00adt\u00e9. Et le phi\u00adlo\u00adsophe fut un po\u00e8te qui nous r\u00e9v\u00e9\u00adla par quel rythme de pous\u00ads\u00e9e musi\u00adcale l\u2019intuitive conscience allait de la sen\u00adsa\u00adtion au sen\u00adti\u00adment comme en \u00ab&nbsp;une sym\u00adpho\u00adnie o\u00f9 un nombre crois\u00adsant d\u2019instruments se feraient entendre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Tan\u00addis que les psy\u00adcho\u00adlo\u00adgies ant\u00e9\u00adrieures, avec leur ratio\u00adna\u00adlisme, ne don\u00adnaient \u00e0 la vie affec\u00adtive qu\u2019un r\u00f4le d\u2019auxiliaire devant se plier aux besoins de la connais\u00adsance afin de lui four\u00adnir les ins\u00adtru\u00adments de son per\u00adfec\u00adtion\u00adne\u00adment\u200a\u2014\u200ala psy\u00adcho\u00adlo\u00adgie de Berg\u00adson mon\u00adtrait que la vraie cr\u00e9a\u00adtion psy\u00adchique est l\u2019\u0153uvre du sub\u00adjec\u00adti\u00advisme affec\u00adtif. La sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 intui\u00adtive n\u2019est plus l\u2019esclave de l\u2019intelligence ration\u00adnelle. Celle-ci n\u2019est consi\u00add\u00e9\u00adr\u00e9e que comme la somme des moyens dont se sert l\u2019individualit\u00e9 afin d\u2019agir pra\u00adti\u00adque\u00adment par\u00admi le milieu objec\u00adtif. Les id\u00e9es ne sont plus que des tra\u00adduc\u00adtions arti\u00adfi\u00adcielles, afin de fixer momen\u00adta\u00adn\u00e9\u00adment en sym\u00adboles ext\u00e9\u00adrieurs un ins\u00adtant de la sub\u00adjec\u00adtive infi\u00adni\u00adt\u00e9. Elles ne sont que des ins\u00adtru\u00adments de com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion entre les diverses per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9s. Chaque conscience ne leur doit rien. Les id\u00e9es sont ext\u00e9\u00adrieures \u00e0 la vie de l\u2019\u00e2me. Elles ne com\u00adposent pas plus la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 psy\u00adchique que les signes du t\u00e9l\u00e9\u00adgraphe ne consti\u00adtuent la parole d\u2019un homme. Loin que les indi\u00advi\u00addua\u00adli\u00adt\u00e9s sen\u00adtantes doivent s\u2019asservir aux id\u00e9es\u200a\u2014\u200ace sont les id\u00e9es qui ne peuvent \u00eatre que les ins\u00adtru\u00adments modi\u00adfiables et r\u00e9for\u00admables d\u2019une per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 qui se veut libre\u00adment \u00e9clore en son intui\u00adtive&nbsp;vie.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est assez curieux de remar\u00adquer que le r\u00e8gne des id\u00e9es qui impo\u00adsait \u00e0 l\u2019\u00e2me indi\u00advi\u00adduelle une sou\u00admis\u00adsion aux formes pra\u00adtiques de l\u2019\u00eatre col\u00adlec\u00adtif pou\u00advait en m\u00eame temps conduire l\u2019\u00eatre au renon\u00adce\u00adment \u00e0 toute vie active. En fai\u00adsant de la vie spi\u00adri\u00adtuelle un encha\u00ee\u00adne\u00adment d\u2019id\u00e9es en Dieu ou en la rai\u00adson humaine ou en l\u2019universelle har\u00admo\u00adnie ou en tout autre lieu de com\u00admune pen\u00ads\u00e9e, on ne refu\u00adsait pas seule\u00adment \u00e0 l\u2019individu l\u2019irr\u00e9ductible ori\u00adgi\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 de son \u00e2me, mais encore pou\u00advait-on lui nier l\u2019importance de son action. Il ne res\u00adtait que la toute puis\u00adsance du verbe&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Veri\u00adtas in dic\u00adto, non in re consis\u00adtit<\/i>&nbsp;\u00bb <sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--expands-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"00000000430a83b3000000005676a318_2688\"><a href=\"javascript:void(0)\" role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000430a83b3000000005676a318_2688-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-00000000430a83b3000000005676a318_2688-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">La v\u00e9ri\u00adt\u00e9 consiste dans le mot et non dans la chose.<\/span> tel pou\u00advait \u00eatre le pr\u00e9\u00adcepte de toutes les phi\u00adlo\u00adso\u00adphies \u00e9di\u00adfi\u00e9es sur les ruines de la pure affec\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9. Toutes par\u00adlaient comme s\u2019il n\u2019y avait que le \u00ab&nbsp;verbe&nbsp;\u00bb et la \u00ab&nbsp;chose&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Dic\u00adtum et res<\/i>&nbsp;\u00bb.\u200a\u2014\u200aBerg\u00adson leur pou\u00advait r\u00e9pondre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Veri\u00adtas non in dic\u00adto, neque in re, sed in sen\u00adso consis\u00adtit<\/i>&nbsp;\u00bb <sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--expands-on-desktop \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"00000000430a83b3000000005676a318_2688\"><a href=\"javascript:void(0)\" role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000430a83b3000000005676a318_2688-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-00000000430a83b3000000005676a318_2688-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">La v\u00e9ri\u00adt\u00e9 ne consiste ni dans le mot, ni dans la chose, mais dans la sen\u00adsa\u00adtion.<\/span>.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, d\u00e9dai\u00adgnant, tor\u00adtu\u00adrant ou bafouant la sen\u00adsa\u00adtion, les phi\u00adlo\u00adsophes de l\u2019id\u00e9alisme ont tous pla\u00adc\u00e9 la supr\u00eame noblesse en 1\u2019\u00abataraxie&nbsp;\u00bb. Que ce soit par l\u2019abstinence sto\u00ef\u00adcienne, par la r\u00e9si\u00adgna\u00adtion chr\u00e9\u00adtienne, par la \u00ab&nbsp;dis\u00adcr\u00e9\u00adtion&nbsp;\u00bb ryn\u00e9\u00adrienne ou par l\u2019ironie d\u00e9lec\u00adtive de R\u00e9my de Gour\u00admont, c\u2019est tou\u00adjours la m\u00eame contem\u00adpla\u00adtion du cours des id\u00e9es uni\u00adver\u00adselles, en son pas\u00adsage au tra\u00advers de l\u2019\u00e2me d\u2019un pen\u00adseur. C\u2019est tou\u00adjours aus\u00adsi le renon\u00adce\u00adment \u00e0 vivre sa vie selon soi-m\u00eame, sous le m\u00eame pr\u00e9\u00adtexte que les \u00ab&nbsp;pen\u00ads\u00e9es sont faites pour \u00eatre pen\u00ads\u00e9es et non pour \u00eatre&nbsp;agies&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Au r\u00e8gne divin de la pen\u00ads\u00e9e, l\u2019id\u00e9al du sage est de souf\u00adfrir et de sup\u00adpor\u00adter indif\u00adf\u00e9\u00adrem\u00adment les indi\u00advi\u00adduelles affec\u00adtions de la vie sen\u00adsible comme des acci\u00addents qui ne doivent pr\u00ea\u00adter qu\u2019au d\u00e9dain ou \u00e0 la ris\u00e9e, afin de s\u2019accorder tout entier \u00e0 la contem\u00adpla\u00adtion pas\u00adsion\u00adn\u00e9e ou sereine ou dilet\u00adtante de l\u2019universel cours des id\u00e9es. Et ce sage, qu\u2019il soit J\u00e9sus ou \u00c9pic\u00adt\u00e8te ou R\u00e9my de Gour\u00admont ou Ryner, pour\u00adra comme J\u00e9sus se lais\u00adser souf\u00adfle\u00adter par la sol\u00adda\u00adtesque et por\u00adter cha\u00adri\u00adta\u00adble\u00adment la croix de son mar\u00adtyre jusqu\u2019au cal\u00advaire, il pour\u00adra comme \u00c9pic\u00adt\u00e8te \u00eatre esclave et se faire tordre la jambe par un ma\u00eetre jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle en casse, il pour\u00adra comme un Han Ryner subir durant toute une vie de pauvre labeur quo\u00adti\u00addien le sup\u00adplice de par\u00adler par\u00admi le silence, ou comme R\u00e9my de Gour\u00admont se sou\u00admettre aux exi\u00adgences rape\u00adtis\u00adsantes de la condi\u00adtion d\u2019\u00e9crivain pour qui pr\u00e9\u00adtend en vivre \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, tout cela n\u2019importera pas plus \u00e0 J\u00e9sus qu\u2019\u00e0 Gour\u00admont, \u00e0 \u00c9pic\u00adt\u00e8te qu\u2019\u00e0 Ryner, l\u2019essentiel pour eux tous est, quelque nom qu\u2019ils lui veuillent don\u00adner, l\u2019identique royaume du P\u00e8re, 1\u2019\u00ab\u00e9ternel et uni\u00adver\u00adsel&nbsp;\u00bb pays des id\u00e9es. Ils sacri\u00adfient leur vie par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re \u00e0 la pen\u00ads\u00e9e g\u00e9n\u00e9\u00adrale. Cha\u00adcun \u00e0 leur mode, tra\u00adgi\u00adque\u00adment, qui\u00e8\u00adte\u00adment ou iro\u00adni\u00adque\u00adment ils sont les mar\u00adtyrs de l\u2019esprit. Ils affirment l\u2019existence de l\u2019\u00eatre sur la mort de la sen\u00adsa\u00adtion, sur la n\u00e9ga\u00adtion de toute joie de vivre affec\u00adti\u00adve\u00adment. Avec tous ces grands pen\u00adseurs se d\u00e9ve\u00adloppe en id\u00e9o\u00adlo\u00adgies sereines ou tra\u00adgiques, har\u00admo\u00adnieuses ou sub\u00adtiles, le \u00ab&nbsp;je pense, donc je suis&nbsp;\u00bb, que Des\u00adcartes n\u2019exprima que pour le tra\u00adves\u00adtir aus\u00adsi\u00adt\u00f4t \u00e0 la mode de son temps. Mais les sin\u00adc\u00e8res amants comme l\u2019astucieux mar\u00adlou sont \u00e9ga\u00adle\u00adment les esclaves de la m\u00eame divine pros\u00adti\u00adtu\u00e9e&nbsp;: <i>l\u2019humaine spi\u00adri\u00adtua\u00adli\u00adt\u00e9<\/i>. Que ce soit Des\u00adcartes for\u00admu\u00adlant l\u2019honn\u00eate homme pour les int\u00e9\u00adr\u00eats de la France du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ou le Christ se fai\u00adsant \u00ab&nbsp;homme&nbsp;\u00bb pour l\u2019amour de l\u2019Humanit\u00e9, ou \u00c9pic\u00adt\u00e8te pro\u00adcla\u00admant \u00ab&nbsp;la paren\u00adt\u00e9 qui unit les hommes entre eux et avec les Dieux&nbsp;\u00bb, et ensei\u00adgnant \u00ab&nbsp;les v\u00e9ri\u00adt\u00e9s g\u00e9n\u00e9\u00adrales&nbsp;\u00bb qui font \u00ab&nbsp;l\u2019homme de bonne volon\u00adt\u00e9\u00bb&nbsp;; ou Han Ryner contant au \u00ab&nbsp;c\u0153ur des hommes&nbsp;\u00bb l\u2019Id\u00e9e d\u2019Amour avec la voix de leur rai\u00adson&nbsp;; ou R\u00e9my de Gour\u00admont appre\u00adnant <i>\u00e0 l\u2019homme<\/i> l\u2019art d\u2019\u00e9prouver l\u2019ivresse spi\u00adri\u00adtuelle, tous, par un iden\u00adtique juge\u00adment men\u00adtal, \u00ab&nbsp;com\u00admu\u00adnient \u00e0 plu\u00adsieurs tables, sous toutes les esp\u00e8ces humaines&nbsp;\u00bb, et, \u00ab&nbsp;ayant \u00e9cou\u00adt\u00e9 les mur\u00admures, ils y r\u00e9pondent par toutes les paroles&nbsp;\u00bb. Ils perdent l\u2019individu dans l\u2019homme. Ils se noient dans le col\u00adlec\u00adtif. Ils se sou\u00admettent \u00e0 un <i>ordre<\/i>. Pour Des\u00adcartes, c\u2019est l\u2019ordre de l\u2019\u00c9tat&nbsp;; pour J\u00e9sus, c\u2019est l\u2019ordre du P\u00e8re&nbsp;; pour \u00c9pic\u00adt\u00e8te, c\u2019est \u00ab&nbsp;l\u2019ordre du Monde des n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9s pour qui\u00adconque ne ferme pas sa rai\u00adson&nbsp;\u00bb. Pour Han Ryner, comme pour Gour\u00admont, c\u2019est l\u2019ordre du Tout, o\u00f9 tout vit \u00e9ter\u00adnel\u00adle\u00adment pour qui\u00adconque ne ferme pas son c\u0153ur, selon Psy\u00adcho\u00addore, et pour qui\u00adconque sait ouvrir son intel\u00adli\u00adgence, selon Dyo\u00adm\u00e8de. Tous, aus\u00adsi bien que Des\u00adcartes. ne s\u2019affirment par leur pen\u00ads\u00e9e que pour dire au Sou\u00adve\u00adrain&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que ta volon\u00adt\u00e9 soit faite, et non la mienne.&nbsp;\u00bb Ils se recon\u00adnaissent l\u2019existence en se niant la liber\u00adt\u00e9. Ils s\u2019accordent la rai\u00adson d\u2019\u00eatre par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment en une sou\u00admis\u00adsion aux lois de l\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9\u00adral. Pour eux tous, la vie se fonde sur les prin\u00adcipes d\u2019\u00e9galit\u00e9 et d\u2019identit\u00e9, et \u00ab&nbsp;aucun geste n\u2019est sup\u00e9\u00adrieur ni dif\u00adf\u00e9\u00adrent, et toutes les mani\u00adfes\u00adta\u00adtions de l\u2019activit\u00e9 vitale, ou sp\u00e9\u00adcia\u00adle\u00adment humaine, semblent bien \u00e9qui\u00adpol\u00adlentes&nbsp;\u00bb. Au r\u00e8gne uni\u00adver\u00adsel de l\u2019intelligence, l\u2019\u00eatre humain vit selon l\u2019id\u00e9ale boue du sto\u00ef\u00adcien qui disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si la boue avait le sen\u00adti\u00adment et la pen\u00ads\u00e9e, elle se r\u00e9joui\u00adrait d\u2019\u00eatre fou\u00adl\u00e9e aux pieds des pas\u00adsants, car elle sau\u00adrait que cela est dans sa des\u00adti\u00adn\u00e9e, et elle s\u2019y sou\u00admet\u00adtrait avec empressement.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Au r\u00e8gne indi\u00advi\u00adduel de l\u2019intuitive sen\u00adsa\u00adtion, l\u2019\u00eatre affirme son exis\u00adtence en m\u00eame temps qu\u2019il se recon\u00adna\u00eet vivant en ses jouis\u00adsances actives&nbsp;: il trouve sa liber\u00adt\u00e9 en r\u00e9a\u00adli\u00adsant la beau\u00adt\u00e9 de ses actes. En un m\u00eame geste d\u2019harmonie, <i>il se cr\u00e9e<\/i> sen\u00adtant, vivant et&nbsp;libre.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec le \u00ab&nbsp;je pense, donc, je suis&nbsp;\u00bb, Des\u00adcartes, par une op\u00e9\u00adra\u00adtion men\u00adtale, n\u2019affirmait d\u2019autre exis\u00adtence que celle de l\u2019homme abs\u00adtrait. Ce n\u2019\u00e9tait pas Des\u00adcartes se sai\u00adsis\u00adsant dans sa vie per\u00adson\u00adnelle, mais le phi\u00adlo\u00adsophe trou\u00advant la preuve de l\u2019existence humaine dans l\u2019humaine fonc\u00adtion de pen\u00adser. Des\u00adcartes don\u00adnait la vie \u00e0 l\u2019\u00eatre g\u00e9n\u00e9\u00adral en le pla\u00ad\u00e7ant <i>par\u00admi l\u2019encha\u00eenement des id\u00e9es<\/i>.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec l\u2019intuition, Berg\u00adson e\u00fbt pu dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je sens, donc je suis libre.&nbsp;\u00bb Car la sen\u00adsa\u00adtion, lib\u00e9\u00adr\u00e9e de ses d\u00e9for\u00adma\u00adtions pra\u00adtiques dans l\u2019espace et sai\u00adsie intui\u00adti\u00adve\u00adment, est, comme dit le phi\u00adlo\u00adsophe, \u00ab&nbsp;un com\u00admen\u00adce\u00adment de liber\u00adt\u00e9, ou elle ne l\u2019est pas.&nbsp;\u00bb Tan\u00addis que la pen\u00ads\u00e9e peut \u00ab&nbsp;\u00eatre <i>com\u00adprise<\/i> par plu\u00adsieurs, et, par cons\u00e9\u00adquent, \u00eatre sus\u00adcep\u00adtible de cr\u00e9er des <i>liens<\/i> de col\u00adlec\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9, la sen\u00adsa\u00adtion est vrai\u00adment <i>l\u2019unique<\/i>. C\u2019est en elle que l\u2019individu fonde sa liber\u00adt\u00e9 et son uni\u00adt\u00e9. Son enti\u00e8re auto\u00adno\u00admie. La sen\u00adsa\u00adtion ne se r\u00e9p\u00e8te pas, elle ne se donne pas, elle ne s\u2019\u00e9tale pas. Elle n\u2019est sus\u00adcep\u00adtible d\u2019aucune mesure. Elle n\u2019a de lien avec rien en dehors de l\u2019individu qui la sent. Elle est irr\u00e9\u00adduc\u00adti\u00adble\u00adment un ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8ne sub\u00adjec\u00adtif. Par elle seule se mani\u00adfeste la dif\u00adf\u00e9\u00adren\u00adcia\u00adtion d\u2019un \u00eatre. Elle est la seule g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtrice d\u2019un indi\u00advi\u00addua\u00adlisme int\u00e9\u00adgral. En disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je sens, donc je suis&nbsp;\u00bb, ce n\u2019est pas un savant qui \u00e9ta\u00adblit sur la sen\u00adsa\u00adtion humaine les condi\u00adtions de la conscience humaine. mais c\u2019est moi-m\u00eame qui, me sen\u00adtant sen\u00adtir comme je suis seul \u00e0 sen\u00adtir, par cela m\u00eame, me sens vivre dans mon indi\u00advi\u00adduelle vie. Je me sens vivant en me vivant sen\u00adtir. Ce n\u2019est pas une d\u00e9mons\u00adtra\u00adtion \u00e9crite de mon exis\u00adtence d\u2019homme, c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience que je suis seul \u00e0 pou\u00advoir sen\u00adtir et en laquelle je me trouve dans <i>ma r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 et dans ma liber\u00adt\u00e9<\/i>.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">En fon\u00addant sur l\u2019intuitive sen\u00adsa\u00adtion la vie psy\u00adcho\u00adlo\u00adgique, Hen\u00adri Berg\u00adson don\u00adnait \u00e0 l\u2019\u00e2me indi\u00advi\u00adduelle la pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019\u00e9clore en se refu\u00adsant \u00e0 la science psy\u00adcho\u00adlo\u00adgique aus\u00adsi bien qu\u2019\u00e0 la reli\u00adgion, sous toutes ses formes. Par l\u2019intuition, la vie spi\u00adri\u00adtuelle pou\u00advait \u00e9chap\u00adper aux lois du type col\u00adlec\u00adtif. Elle s\u2019individualisait. D\u00e8s lors, chaque per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 se cr\u00e9e\u00adra sa libre psy\u00adcho\u00adlo\u00adgie, car seul l\u2019individu peut sen\u00adtir en lui-m\u00eame, par\u00admi l\u2019intuitive sym\u00adpho\u00adnie, les rythmes ind\u00e9\u00adfi\u00adnis\u00adsables de son unique et inces\u00adsante autocr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019intuitionnisme berg\u00adso\u00adnien \u00e9tait l\u2019unique source de l\u2019individualisme int\u00e9\u00adgral. En une pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addente \u00e9lude <sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--expands-on-desktop \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"00000000430a83b3000000005676a318_2688\"><a href=\"javascript:void(0)\" role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000430a83b3000000005676a318_2688-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-00000000430a83b3000000005676a318_2688-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">&nbsp;<i>Aux sources de l\u2019H\u00e9ro\u00efsme Indi\u00advi\u00addua\u00adliste<\/i>. \u00ab&nbsp;De Berg\u00adson au Ban\u00addi\u00adtisme&nbsp;\u00bb (<i>L\u2019Action d\u2019Art<\/i>, 1913).<\/span>, j\u2019ai cont\u00e9 par quelle pente de natu\u00adrelle expan\u00adsion on va de la psy\u00adcho\u00adlo\u00adgie intui\u00adtive de Berg\u00adson \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efsme anar\u00adchiste de Bon\u00adnot. Et, cepen\u00addant, les \u00ab&nbsp;jeunes gens d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb ont trou\u00adv\u00e9 moyen de par\u00adtir de la m\u00eame source d\u2019intuition pour aller vers un tout autre h\u00e9ro\u00efsme&nbsp;: celui de M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9. Et, non seule\u00adment M.&nbsp;Berg\u00adson les a lais\u00ads\u00e9s faire, mais encore il s\u2019est joint \u00e0 eux, afin de diri\u00adger d\u2019une main de cher ma\u00eetre les man\u0153uvres de ces mau\u00advais dis\u00adciples, qui for\u00ad\u00e7aient le libre cours de l\u2019individuelle intui\u00adtion pour ali\u00admen\u00adter de ses eaux cana\u00adli\u00ads\u00e9es toutes les natio\u00adnales Wal\u00adlaces de France.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Aga\u00adthon et ses amis n\u2019avaient atta\u00adqu\u00e9 les m\u00e9thodes exp\u00e9\u00adri\u00admen\u00adtales de la Nou\u00advelle Sor\u00adbonne que dans le but poli\u00adtique de heur\u00adter l\u2019influence alle\u00admande. Ils se firent admi\u00adra\u00adteurs de la phi\u00adlo\u00adso\u00adphie berg\u00adso\u00adnienne pour des rai\u00adsons ana\u00adlo\u00adgue\u00adment pra\u00adtiques. Les jeunes par\u00adti\u00adsans de M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9 n\u2019allaient vers l\u2019intuition que pour rep\u00ea\u00adcher en ses eaux trou\u00adbl\u00e9es tous les vieux fan\u00adt\u00f4mes du spi\u00adri\u00adtua\u00adlisme auto\u00adri\u00adtaire. Avec la conscience intui\u00adtive, ils vou\u00adlaient faire res\u00adsus\u00adci\u00adter l\u2019\u00e2me obs\u00adcure de la th\u00e9ologie.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Hen\u00adri Berg\u00adson, en outre d\u2019un ori\u00adgi\u00adnal phi\u00adlo\u00adsophe, est un par\u00adleur s\u00e9dui\u00adsant. Il a la voix qui pla\u00eet aux femmes. Aus\u00adsi, mal\u00adgr\u00e9 qu\u2019elles ne sai\u00adsissent grand\u2019chose de l\u2019int\u00e9rieure sym\u00adpho\u00adnie du ma\u00eetre, les dames du Tout-Paris ne man\u00adqu\u00e8rent-elles pas de se mon\u00adtrer ses assi\u00addues audi\u00adtrices. Ces belles \u00ab&nbsp;par\u00adfu\u00adm\u00e9es&nbsp;\u00bb allaient se ber\u00adcer aux onc\u00adtueuses pro\u00adnon\u00adcia\u00adtions du psy\u00adcho\u00adlogue, afin de s\u2019accorder heb\u00addo\u00adma\u00addai\u00adre\u00adment leur petite illu\u00adsion d\u2019Id\u00e9al. M.&nbsp;Berg\u00adson leur accor\u00addait cet encens de mys\u00adti\u00adci\u00adt\u00e9, qui convient \u00e0 la com\u00adpo\u00adsi\u00adtion de leur \u00ab&nbsp;chic&nbsp;\u00bb. Il rem\u00adpla\u00ad\u00e7ait le P\u00e8re Oli\u00advier. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, le Col\u00adl\u00e8ge de France devint \u00e0 la mode. Pour entendre son cours, on y fai\u00adsait rete\u00adnir ses places par des lar\u00adbins, comme \u00e0 Notre-Dame, le jour d\u2019un grand pr\u00eache, et \u00e0 Saint-Augus\u00adtin, pour la soi\u00adr\u00e9e musi\u00adcale et vocale d\u2019une nuit de No\u00ebl ou doit chan\u00adter Lucienne Br\u00e9val.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">En Berg\u00adson le phi\u00adlo\u00adsophe se dou\u00adblait d\u2019un \u00ab&nbsp;m\u2019as-tu-vu&nbsp;\u00bb. Afin de faire chan\u00adter celui-l\u00e0, les com\u00admis-voya\u00adgeurs en grande guerre sur\u00adent \u00e0 mer\u00adveille tou\u00adcher les cordes de celui-ci. Tout mar\u00adcha selon les d\u00e9si\u00adrs de M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9. M.&nbsp;Berg\u00adson fut assez cabo\u00adtin pour faire mon\u00adter son pur g\u00e9nie sur les planches du petit th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 se devait r\u00e9p\u00e9\u00adter, entre pre\u00admiers r\u00f4les, les pre\u00admi\u00e8res sc\u00e8nes de la \u00ab&nbsp;Cochon\u00adne\u00adrie sanglante&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Voi\u00adl\u00e0 com\u00adment se joua la farce de la \u00ab&nbsp;Conver\u00adsion de Bergson&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelque temps, M.&nbsp;Berg\u00adson lais\u00adsa faire d\u2019elle seule la mali\u00adcieuse igno\u00adrance de ses int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9s dis\u00adciples. Les col\u00adla\u00adbo\u00adra\u00adteurs de <i>l\u2019Opinion<\/i> en m\u00eame temps que ceux de la catho\u00adlique <i>Revue heb\u00addo\u00adma\u00addaire<\/i>, se mirent sou\u00addain \u00e0 enton\u00adner un can\u00adtique d\u2019enthousiasme \u00e0 la gloire de l\u2019auteur de \u00ab&nbsp;<i>Mati\u00e8re et M\u00e9moire<\/i>&nbsp;\u00bb. Tous n\u2019eurent qu\u2019une voix pour pro\u00adcla\u00admer la mort de l\u2019analytique intel\u00adli\u00adgence et le salut de l\u2019\u00e2me par l\u2019intuition. D\u00e8s lors ce fut comme une vague d\u2019admiration qui se pro\u00adpa\u00adgea en tous les p\u00e9rio\u00addiques du cl\u00e9\u00adri\u00adca\u00adlisme et du natio\u00adna\u00adlisme. Dans tous les cercles pieux de la jeu\u00adnesse stu\u00addieuse, les direc\u00adteurs de conscience lais\u00ads\u00e8rent de recom\u00adman\u00adder \u00e0 leurs fid\u00e8les la dan\u00adge\u00adreuse m\u00e9di\u00adta\u00adtion tou\u00adjours pr\u00eate \u00e0 s\u2019empoisonner de cri\u00adtique, afin de lais\u00adser leurs \u00e2mes de bre\u00adbis vaguer au flot qui les emporte confu\u00ads\u00e9\u00adment en l\u2019intuition divine. Ces Mes\u00adsieurs, dans leur pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtisme berg\u00adso\u00adnien, fei\u00adgnaient d\u2019ignorer l\u2019essentiel de l\u2019enseignement du ma\u00eetre et leurs com\u00admen\u00adtaires men\u00adson\u00adgers de son chant assas\u00adsi\u00adnaient l\u2019intuition libre. Hen\u00adri Berg\u00adson, loin de les d\u00e9men\u00adtir pour d\u00e9fendre l\u2019\u00e2me de son \u00e2me, vint \u00e0 leur aide et diri\u00adgea leurs coups. Il accep\u00adta sur sa face le bai\u00adser des mul\u00adtiples Judas et le leur ren\u00addit en plu\u00adsieurs reprises sur cha\u00adcune de leurs fesses g\u00e9n\u00e9reusement.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec son \u00e9tat-major d\u2019Iscariotes, le g\u00e9n\u00e9\u00adral Berg\u00adson fai\u00adsait de l\u2019intuition la neuve stra\u00adt\u00e9\u00adgie de l\u2019obscurantisme social. Ain\u00adsi la direc\u00adtion de la vie psy\u00adcho\u00adlo\u00adgique n\u2019\u00e9tait ni\u00e9e \u00e0 l\u2019intelligence rai\u00adson\u00adneuse qu\u2019afin de sup\u00adpri\u00admer dans la conscience de l\u2019individu toute pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 de libre exa\u00admen. Tan\u00addis que les \u0153uvres capi\u00adtales de Berg\u00adson repous\u00adsaient en l\u2019analytique pen\u00ads\u00e9e la force de tota\u00adli\u00adsa\u00adtion domi\u00adna\u00adtrice, les nou\u00adveaux articles de Berg\u00adson dans l\u2019<i>Opi\u00adnion<\/i> et dans les <i>\u00c9tudes<\/i>, niaient sur\u00adtout en elle l\u2019instrument de l\u2019individuelle lib\u00e9ration.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Berg\u00adson chez les patriotes et chez les J\u00e9suites vou\u00adlait oublier les <i>Don\u00adn\u00e9es imm\u00e9\u00addiates de la Conscience<\/i> et les fines pr\u00e9\u00adci\u00adsions de l\u2019analyse qui lui ser\u00advit \u00e0 d\u00e9ga\u00adger la sen\u00adsa\u00adtion de l\u2019artificielle enve\u00adloppe d\u2019objectivit\u00e9 phy\u00adsique en laquelle elle s\u2019atrophiait au ser\u00advice de l\u2019action col\u00adlec\u00adti\u00adve\u00adment pra\u00adtique. Aus\u00adsi fei\u00adgnit-il d\u2019ignorer, comme ses nou\u00adveaux admi\u00adra\u00adteurs, qu\u2019afin de retrou\u00adver l\u2019\u00e2me intui\u00adtive dans l\u2019\u00e2me d\u2019un homme, il fal\u00adlait aupa\u00adra\u00advant, pour la faire \u00e9clore dans toute sa pure\u00adt\u00e9 sub\u00adjec\u00adtive, user de la m\u00eame ana\u00adlyse avec l\u2019individualit\u00e9 enti\u00e8re afin de la lib\u00e9\u00adrer de la vieille gangue d\u2019objectivit\u00e9 sociale qui l\u2019opprime jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9touffement.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Car le phi\u00adlo\u00adsophe de l\u2019intuition savait ce qu\u2019il devait \u00e0 l\u2019intelligence. Si les m\u00e9thodes de la connais\u00adsance ne valent pas plus en leur logique qu\u2019en leur exp\u00e9\u00adri\u00admen\u00adta\u00adtion pour fouiller aux vierges pro\u00adfon\u00addeurs de sub\u00adjec\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9 psy\u00adchique, elles sont au contraire d\u2019une incon\u00adtes\u00adtable uti\u00adli\u00adt\u00e9 pour s\u2019appliquer aux faits de l\u2019objectivit\u00e9 pra\u00adtique. Si la science ne peut rien pour cr\u00e9er dans l\u2019impalpable infi\u00adni de la per\u00adson\u00adnelle spi\u00adri\u00adtua\u00adli\u00adt\u00e9, elle peut tout pour d\u00e9truire dans le domaine col\u00adlec\u00adtif de la Mati\u00e8re. Si l\u2019on ne peut jamais atteindre l\u2019\u00e2me que par l\u2019\u00e2me m\u00eame\u200a\u2014\u200aet si les argu\u00adments de force ext\u00e9\u00adrieure ne peuvent ni contraindre ni an\u00e9an\u00adtir l\u2019individualit\u00e9 qui se sent par\u00adfai\u00adte\u00adment libre en son har\u00admo\u00adnie int\u00e9\u00adrieure, de la m\u00eame fa\u00e7on on ne peut jamais se d\u00e9fendre des attaques de la Mati\u00e8re qu\u2019avec des objets de Mati\u00e8re. On ne d\u00e9truit les faits qu\u2019en leur oppo\u00adsant les faits. On ne se sauve de la Brute qu\u2019en lui oppo\u00adsant ses propres ins\u00adtru\u00adments. Pour \u00e9chap\u00adper \u00e0 l\u2019\u00e9treinte du col\u00adlec\u00adtif il faut user des armes qui ont prise sur lui. Le r\u00e9frac\u00adtaire qui \u00e0 d\u00e9ser\u00adt\u00e9 les arm\u00e9es pour ne pas accom\u00adplir par ordre la fonc\u00adtion de meur\u00adtrier, ne craint pas, quand il est tra\u00adqu\u00e9 par les gen\u00addarmes qui menacent de leurs fusils la liber\u00adt\u00e9 de son \u00eatre, de r\u00e9pondre \u00e0 leurs injonc\u00adtions de se rendre ou de mou\u00adrir, par le seul argu\u00adment que puissent com\u00adprendre des repr\u00e9\u00adsen\u00adtants de la force&nbsp;: le revol\u00adver. Ain\u00adsi l\u2019\u00e2me qui se veut vivre har\u00admo\u00adnieu\u00adse\u00adment en dehors des n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9s qui lui sont \u00e9tran\u00adg\u00e8res, fuit les col\u00adlec\u00adtives clas\u00adsi\u00adfi\u00adca\u00adtions de la Rai\u00adson humaine pour se retrou\u00adver en la liber\u00adt\u00e9 de son intui\u00adtion, mais quand les concepts g\u00e9n\u00e9\u00adraux, vieux gen\u00addarmes de la Rai\u00adson, dressent encore leurs menaces d\u2019autorit\u00e9 autour de sa jeune \u00e9clo\u00adsion, pour sa d\u00e9fense per\u00adson\u00adnelle elle aus\u00adsi sait <i>user<\/i> de l\u2019arme qui convient, l\u2019arme des\u00adtruc\u00adtive&nbsp;: un peu de rai\u00adson char\u00adg\u00e9e d\u2019analyse bra\u00adqu\u00e9 contre les monstres du ratio\u00adna\u00adlisme analytique.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019intelligence ne doit pas \u00eatre ma fin, mais elle reste un ins\u00adtru\u00adment dont il me faut apprendre l\u2019usage indi\u00advi\u00adduel, afin de ne m\u2019en ser\u00advir que dans les cir\u00adcons\u00adtances qui le r\u00e9clament, afin de savoir en user quand il est utile \u00e0 mon bien et de pou\u00advoir le repous\u00adser quand il risque de pas\u00adser les limites de mon ser\u00advice pour conti\u00adnuer son \u0153uvre de des\u00adtruc\u00adtion ana\u00adly\u00adtique au-del\u00e0 de son domaine d\u2019objectivit\u00e9, jusqu\u2019en l\u2019harmonie de sub\u00adjec\u00adtive syn\u00adth\u00e8se qui vit en moi par l\u2019intuition.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rai\u00adson\u00adne\u00adment intel\u00adlec\u00adtuel pour l\u2019individu qui cherche son \u00e2me de libre beau\u00adt\u00e9 aux pro\u00adfon\u00addeurs de sa vie telle que la lui ont condi\u00adtion\u00adn\u00e9e les bru\u00adtales lois de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et de la soci\u00e9\u00adt\u00e9, est comme le pic entre les mains du fouilleur d\u2019arch\u00e9ologie. Aux pro\u00adfon\u00addeurs du sol, il sait que vit l\u2019\u0153uvre d\u2019art.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut d\u00e9ga\u00adger des \u00e9treintes sales de la terre les lignes qui chantent en la sta\u00adtue le r\u00eave d\u2019une \u00e2me. Le pic est l\u00e0. L\u2019ouvrier sait que ce mor\u00adceau de fer est fa\u00e7on\u00adn\u00e9 pour la des\u00adtruc\u00adtion et qu\u2019un seul coup de son poids peut aus\u00adsi bien bri\u00adser le roc bru\u00adtal que le marbre ani\u00adm\u00e9. Mais le cher\u00adcheur sait aus\u00adsi ce <i>qu\u2019il veut<\/i>. Il <i>entend<\/i> les plaintes vers la lumi\u00e8re des courbes o\u00f9 sur\u00advit l\u2019amour de l\u2019artiste, et il sait que de la cr\u00e9a\u00adtion lutte l\u00e0-des\u00adsous tout au fond avec la des\u00adtruc\u00adtive mati\u00e8re. Alors il n\u2019h\u00e9site pas. Il prend le pic et vio\u00adlem\u00adment il oppose \u00e0 la force bru\u00adtale qui p\u00e8se de son poids de mort sur de la vie, l\u2019\u00e9lan contraire d\u2019une iden\u00adtique bru\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9. Il frappe la terre avec une m\u00e9tho\u00addique force, il creuse, il fouille&nbsp;; le roc jaillit en \u00e9clats, la bles\u00adsure s\u2019\u00e9largit en coups pr\u00e9\u00adci\u00adpi\u00adt\u00e9s dans le sol hos\u00adtile, tant qu\u2019il entend encore, loin\u00adtains, les appels de l\u2019harmonieuse ense\u00adve\u00adlie. Mais voi\u00adci que la voix s\u2019\u00e9claircit et qu\u2019elle se fait d\u00e9j\u00e0 musique d\u2019enchantement aux approches de la clar\u00adt\u00e9\u2026 La terre n\u2019est plus sur l\u2019\u0153uvre d\u2019art qu\u2019une mince couche de pour\u00adri\u00adture\u2026 Alors le cher\u00adcheur sait aban\u00addon\u00adner le pic dont les coups trop pr\u00e9\u00adcis ris\u00adque\u00adraient de bles\u00adser l\u2019ensevelie, et, accrou\u00adpi contre le sol o\u00f9 ses genoux tremblent d\u2019\u00e9moi, de ses mains d\u2019h\u00e9sitante d\u00e9li\u00adca\u00adtesse, en des mou\u00adve\u00adments ryth\u00adm\u00e9s comme des caresses, il ach\u00e8ve de d\u00e9li\u00advrer la beau\u00adt\u00e9 de son cilice de&nbsp;boue.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 cette libre recherche que M.&nbsp;Berg\u00adson s\u2019est refu\u00ads\u00e9 du jour o\u00f9 il devint le ma\u00eetre des jeunes poli\u00adti\u00adciens de l\u2019<i>Opi\u00adnion<\/i>. Il n\u2019a pas eu le cou\u00adrage de prendre la pioche afin de lib\u00e9\u00adrer l\u2019ensevelie. Il a ni\u00e9 l\u2019intelligence \u00e0 la libre-cri\u00adtique de l\u2019individu vou\u00adlant d\u00e9ga\u00adger de tout le poids \u00e9touf\u00adfeur de l\u2019\u00e9ducation sociale l\u2019harmonieuse vie de son \u00e2me. Il a lais\u00ads\u00e9 l\u2019intuition enfouie sous la terre, avec son cilice de vieille boue. Il l\u2019a condam\u00adn\u00e9e au sup\u00adplice de la pro\u00adfonde obscurit\u00e9.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Et quand il en fit entendre la voix aux jeunes gens bien pen\u00adsants de France, ce n\u2019en pou\u00advait \u00eatre que l\u2019horrible lamen\u00adta\u00adtion aux accents d\u00e9for\u00adm\u00e9s par les mil\u00adl\u00e9\u00adnaires pri\u00adsons, une voix sem\u00adblable \u00e0 celle de ces tor\u00adtu\u00adr\u00e9s que l\u2019Inquisition fai\u00adsait par\u00adler en l\u2019\u00e9pouvante de la roue de feu ou du tenaille\u00adment des chairs, une voix de ser\u00advi\u00adtude dans les t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">En pr\u00ea\u00adchant l\u2019abandon de toute ana\u00adly\u00adtique fonc\u00adtion intel\u00adlec\u00adtuelle, il pri\u00advait l\u2019individu de son unique ins\u00adtru\u00adment de d\u00e9fense, il lui ren\u00addait impos\u00adsible cette cri\u00adtique anar\u00adchiste qui seule pou\u00advait lui per\u00admettre de se d\u00e9ga\u00adger de la col\u00adlec\u00adtive rai\u00adson pour \u00e9clore \u00e0 l\u2019intuitive cr\u00e9a\u00adtion. L\u2019\u00eatre social que l\u2019on prive d\u2019intelligence est comme le for\u00ad\u00e7at \u00e0 qui son gar\u00addien arrache les cisailles avec les\u00adquelles il esp\u00e9\u00adrait rompre sa cha\u00eene. Il ne retrou\u00adve\u00adra jamais la libert\u00e9.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux jeunes gens de la patrie fran\u00ad\u00e7aise et \u00e0 l\u2019\u00c9glise catho\u00adlique, M.&nbsp;Berg\u00adson tra\u00addui\u00adsit ain\u00adsi sa philosophie&nbsp;:<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;En moi est l\u2019intuition\u200a\u2014\u200avague et fluide mou\u00adve\u00adment de ma vie int\u00e9\u00adrieure. C\u2019est elle qui me donne le <i>sens<\/i> de la vie. Je pense, donc je suis. Mais cette intui\u00adtion \u00e0 l\u2019\u00e9tat pre\u00admier n\u2019est qu\u2019un sens informe qui ne suf\u00adfit pas \u00e0 cr\u00e9er l\u2019harmonie int\u00e9\u00adrieure. \u00c9cou\u00adtons donc la voix humaine qui chante en nous. Sui\u00advons les conseils de cette ancienne. Elle s\u2019exerce depuis les com\u00admen\u00adce\u00adments, comme un \u00e9cho de la cr\u00e9a\u00adtion. \u00c9cou\u00adtons la voix humaine, la g\u00e9n\u00e9\u00adrale intui\u00adtion qui sym\u00adpho\u00adnise en elle seule toutes les par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8res sym\u00adpho\u00adnies intui\u00adtives. Elle nous indique quel est le sens, le grand sens\u200a\u2014\u200ac\u2019est le <i>Bon Sens<\/i>. Et dites&nbsp;: Je sens bien, donc je suis esclave.&nbsp;\u00bb Et il ajou\u00adtait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cepen\u00addant, s\u2019il est en vous quelque \u00e9lan qui veut d\u00e9pas\u00adser le sens com\u00admun des hommes, s\u2019il chante encore en vos pro\u00adfon\u00addeurs une voix qui ne s\u2019accorde pas avec celle du Bon sens, ne soyez pas orgueilleux, mes fils, et ne vous croyez pas pour cela en dehors de l\u2019universel. Cette voix d\u2019au-del\u00e0 vous appar\u00adtient moins encore que votre chant d\u2019en de\u00e7\u00e0. Ce sens qui vous fait d\u00e9pas\u00adser le Bon sens n\u2019est pas votre indi\u00advi\u00adduelle clar\u00adt\u00e9. Il ne signi\u00adfie pas votre pou\u00advoir de cr\u00e9a\u00adtion. Il est, tout au contraire, en vous une clar\u00adt\u00e9 d\u2019universel, un \u00e9blouis\u00adse\u00adment de Dieu, c\u2019est le sens divin. Avec l\u2019intuition cha\u00adcun de vous porte en soi un frag\u00adment de Dieu. Mais ce ne sont l\u00e0 en vous que d\u2019infinit\u00e9simales petites ondes qui ne peuvent avoir aucune puis\u00adsance sur l\u2019harmonie du Grand Cr\u00e9a\u00adteur. Car Dieu qui est un peu dans toutes les intui\u00adtions n\u2019est tout vou\u00adlant et tout puis\u00adsant que dans sa par\u00adfaite tota\u00adli\u00adt\u00e9. Il est la grande intui\u00adtion, la seule libre. Cha\u00adcun de nous n\u2019est libre qu\u2019en par\u00adti\u00adci\u00adpant \u00e0 sa liber\u00adt\u00e9. Pour conna\u00eetre Dieu en cha\u00adcun de vous, cher\u00adchez en votre \u00e2me la voix du Don Dieu. Car vous \u00eates une cr\u00e9a\u00adture de Dieu. Et dites&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je crois en Dieu, donc je suis&nbsp;libre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Ain\u00adsi Berg\u00adson fai\u00adsait son Des\u00adcartes. Le ratio\u00adna\u00adliste du \u00ab&nbsp;Dis\u00adcours sur la M\u00e9thode&nbsp;\u00bb avait pro\u00adnon\u00adc\u00e9 \u00ab&nbsp;Je pense, donc je suis&nbsp;\u00bb, puis, sans plus de dis\u00adcours, il avait noy\u00e9 l\u2019esprit dans le Saint-Esprit. Le p\u00e8re de l\u2019intuition ne fut pas plus tendre pour sa jeune pro\u00adg\u00e9\u00adni\u00adture. D\u2019un air ins\u00adpi\u00adr\u00e9, il chan\u00adta&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je sens, donc je suis&nbsp;\u00bb puis en quelques can\u00adtiques d\u2019agenouillement au pied du dra\u00adpeau et de l\u2019autel, il pros\u00adti\u00adtua le \u00ab&nbsp;sens&nbsp;\u00bb au \u00ab&nbsp;Bon Sens&nbsp;\u00bb et fit se noyer l\u2019\u00e2me libre aux fonts bap\u00adtis\u00admaux du Bon&nbsp;Dieu.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois de plus la France \u00e9tait sau\u00adv\u00e9e. Elle rede\u00adve\u00adnait la fille ch\u00e8re de l\u2019\u00c9glise. Berg\u00adson n\u2019avait trou\u00adv\u00e9 l\u2019individuelle clef du monde int\u00e9\u00adrieur que pour la vendre au Saint-Pierre-Bon-Sens afin d\u2019enrichir de sa dorure le tra\u00addi\u00adtion\u00adnel trous\u00adseau de ses innom\u00adbrables clefs de vieux Para\u00addis. Gr\u00e2ce \u00e0 M.&nbsp;Berg\u00adson, la France pos\u00ads\u00e9\u00addait une \u00e2me, une seule \u00e2me sou\u00admise et fid\u00e8le. Elle \u00e9tait m\u00fbre pour le ma\u00eetre&nbsp;: M Poin\u00adca\u00adr\u00e9 pou\u00advait&nbsp;venir.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela se pas\u00adsait eu&nbsp;1912\u2026<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Dix ans ont pas\u00ads\u00e9. La Guerre a fau\u00adch\u00e9 le Monde. M.&nbsp;Berg\u00adson conti\u00adnue \u00e0 philosopher\u2026<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;<i>Pri\u00admun vivere<\/i>\u2026\u00bb lui clament les mil\u00adlions de morts. Oui, d\u2019abord vivre, et ne phi\u00adlo\u00adso\u00adpher que pour mieux&nbsp;vivre.<\/p>\n\n\n<p style=\"text-align: right;\">Andr\u00e9 Colo\u00admer.<\/p>\n<ul class=\"modern-footnotes-list modern-footnotes-list--show-only-for-print\"><li><span>1<\/span><div>&nbsp;<i>Jeunes Gens d\u2019aujourd\u2019hui<\/i>, par Aga\u00adthon, parut en 1913. Ce livre, comme fait sur com\u00admande, eut une grosse influence dans la jeu\u00adnesse des Uni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9s, pour la pr\u00e9\u00adpa\u00adrer \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la guerre.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>La v\u00e9ri\u00adt\u00e9 consiste dans le mot et non dans la&nbsp;chose.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>La v\u00e9ri\u00adt\u00e9 ne consiste ni dans le mot, ni dans la chose, mais dans la sensation.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>&nbsp;<i>Aux sources de l\u2019H\u00e9ro\u00efsme Indi\u00advi\u00addua\u00adliste<\/i>. \u00ab&nbsp;De Berg\u00adson au Ban\u00addi\u00adtisme&nbsp;\u00bb (<i>L\u2019Action d\u2019Art<\/i>, 1913).<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M.&nbsp;Berg\u00adson fut le ma\u00eetre \u00e0 pen\u00adser des \u00ab&nbsp;jeunes gens d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb. Son nom figu\u00adre\u00adra dans l\u2019histoire de M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9, comme celui de Des\u00adcartes dans l\u2019histoire de Louis XIV. M.&nbsp;Berg\u00adson a \u00e9t\u00e9 le Des\u00adcartes du Natio\u00adna\u00adlisme bour\u00adgeois. Comme l\u2019auteur du \u00ab&nbsp;Dis\u00adcours sur la M\u00e9thode&nbsp;\u00bb, il a ven\u00addu sa pen\u00ads\u00e9e \u00e0 la force sociale de son temps&nbsp;; il&nbsp;a&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":308,"featured_media":8089,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[263],"tags":[643],"ppma_author":[1100],"class_list":["post-2688","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-la-revue-anarchiste-na3-mars-1922","tag-philosophie"],"authors":[{"term_id":1100,"user_id":308,"is_guest":0,"slug":"andre-colomer","display_name":"Andr\u00e9 Colomer","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/3d0d3ef1f65599c25706aeac2a8b55c9163bdd911d4b2f4787c57d5f9f29d132?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"Colomer","first_name":"Andr\u00e9","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2688","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/308"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2688"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2688\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8371,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2688\/revisions\/8371"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8089"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2688"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2688"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2688"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2688"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}