{"id":2694,"date":"2010-12-11T02:52:16","date_gmt":"2010-12-11T02:52:16","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/12\/11\/un-apotre-de-lideal-communiste-libertaire-sebastien-faure\/"},"modified":"2010-12-11T02:52:16","modified_gmt":"2010-12-11T02:52:16","slug":"un-apotre-de-lideal-communiste-libertaire-sebastien-faure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/12\/11\/un-apotre-de-lideal-communiste-libertaire-sebastien-faure\/","title":{"rendered":"Un ap\u00f4tre de l\u2019id\u00e9al communiste libertaire&nbsp;: S\u00e9bastien Faure"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2694?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2694?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><h2>I. Pourquoi cette \u00e9tude\u200a\u2014\u200aCoup d\u2019\u0153il sur l\u2019heure pr\u00e9sente<\/h2>\n<p>Nous vivons \u00e0 une \u00e9poque de d\u00e9pres\u00adsion phy\u00adsique, intel\u00adlec\u00adtuelle et morale, telle qu\u2019il n\u2019en fut jamais enre\u00adgis\u00adtr\u00e9 de pareille depuis que par l\u2019\u00e9criture sont fix\u00e9s les faits des peuples et des nations.&nbsp;<\/p>\n<p>Certes, je sais qu\u2019en \u00e9cri\u00advant cela, j\u2019accouche d\u2019une bana\u00adli\u00adt\u00e9, j\u2019\u00e9mets un truisme et me sers d\u2019un cli\u00adch\u00e9 ter\u00adri\u00adble\u00adment fati\u00adgu\u00e9, mais ce qui n\u2019est ni une bana\u00adli\u00adt\u00e9, ni un truisme, ni un cli\u00adch\u00e9, c\u2019est de consta\u00adter que plus de trois ans se sont \u00e9cou\u00adl\u00e9s depuis que la voix du <i>bru\u00adtal<\/i> s\u2019est tue, et que la r\u00e9gres\u00adsion, cons\u00e9\u00adquence fatale du car\u00adnage mon\u00addial, s\u2019accuse, en cet avril 1922, encore plus pro\u00adfonde et plus lamen\u00adtable qu\u2019on ne l\u2019e\u00fbt cru et que ne l\u2019annonc\u00e8rent les plus pes\u00adsi\u00admistes au cours de la guerre et au len\u00adde\u00admain du jour o\u00f9 l\u2019armistice fut&nbsp;sign\u00e9.<\/p>\n<p>De la r\u00e9ac\u00adtion vitale et salu\u00adtaire que cer\u00adtains annon\u00ad\u00e7aient pro\u00adchaine et d\u00e9ci\u00adsive, pas le moindre symp\u00adt\u00f4me n\u2019appara\u00eet et nous ne voyons, au contraire, que des signes d\u2019aggravation assom\u00adbris\u00adsant de jour en jour le pronostic.<\/p>\n<p>Le mal a frap\u00adp\u00e9 les corps comme les esprits&nbsp;; l\u2019intelligence est atteinte non moins que la conscience et la rai\u00adson. La d\u00e9b\u00e2cle morale l\u2019emporte, et de beau\u00adcoup, sur la catas\u00adtrophe mat\u00e9\u00adrielle dont elle est n\u00e9e. Outre les irr\u00e9\u00adpa\u00adrables h\u00e9ca\u00adtombes des l\u00e9gions nou\u00advelles de syphi\u00adli\u00adtiques, de tuber\u00adcu\u00adleux et de tar\u00e9s incu\u00adra\u00adble\u00adment, s\u2019ajoutent aux l\u00e9gions anciennes, d\u00e9j\u00e0 si nom\u00adbreuses, empoi\u00adsonnent et empoi\u00adson\u00adne\u00adront long\u00adtemps encore le sang des g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtions \u00e0 qui incom\u00adbe\u00adra cepen\u00addant l\u2019\u0153uvre colos\u00adsale de r\u00e9paration.<\/p>\n<p>Les yeux encore rem\u00adplis des \u00e9pou\u00advantes du car\u00adnage, la chair encore sai\u00adgnante, l\u2019\u00e2me encore meur\u00adtrie par d\u2019inconsolables deuils, beau\u00adcoup de femmes conti\u00adnue\u00adront \u00e0 refu\u00adser leurs flancs aux mater\u00adni\u00adt\u00e9s dou\u00adlou\u00adreuses, et cela jusqu\u2019au jour o\u00f9 elles auront la cer\u00adti\u00adtude que le fruit de leurs entrailles ne sera pas vou\u00e9 aux tra\u00advaux for\u00adc\u00e9s ou au&nbsp;canon.<\/p>\n<p><i>Mens sana in cor\u00adpore sano<\/i>. La vigueur de l\u2019esprit, la force de l\u2019intelligence tiennent presqu\u2019enti\u00e8res dans la san\u00adt\u00e9 du corps&nbsp;; le vieil adage n\u2019est-il pas illus\u00adtr\u00e9 par l\u2019indigence de notre pro\u00adduc\u00adtion lit\u00adt\u00e9\u00adraire et artis\u00adtique, par la pau\u00advre\u00adt\u00e9 non moins grande de notre vie scien\u00adti\u00adfique&nbsp;? Dans le th\u00e9\u00e2tre, dans le roman, dans la po\u00e9\u00adsie, comme dans les arts plas\u00adtiques, la nuit conti\u00adnue tou\u00adjours presqu\u2019aussi sombre et st\u00e9\u00adrile que pen\u00addant la guerre&nbsp;; et c\u2019est \u00e0 peine si nos savants se r\u00e9veillent \u00e0 la lueur ein\u00adstei\u00adnienne qui p\u00e9n\u00e8tre dans leurs labo\u00adra\u00adtoires lamen\u00adta\u00adble\u00adment pri\u00adv\u00e9s de&nbsp;tout.<\/p>\n<p>Encore plus pro\u00adfonde et plus redou\u00adtable s\u2019accuse la crise de la conscience et de la raison.<\/p>\n<p>Frap\u00adp\u00e9e \u00e0 mort par la catas\u00adtrophe qu\u2019elle a d\u00e9cha\u00ee\u00adn\u00e9e, la bour\u00adgeoi\u00adsie capi\u00adta\u00adliste s\u2019agite dans le d\u00e9lire de l\u2019agonie, et les rem\u00e8des extra\u00adva\u00adgants que ses m\u00e9de\u00adcins lui font prendre empirent encore son&nbsp;mal.<\/p>\n<p>Elle ne retrouve un peu de force et de logique que pour lut\u00adter contre l\u2019\u00e9treinte r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire dont elle se sent de plus en plus enserr\u00e9e.<\/p>\n<p>Heu\u00adreu\u00adse\u00adment pour elle, le pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat subit, comme elle et autant qu\u2019elle, la triple d\u00e9pres\u00adsion phy\u00adsique, intel\u00adlec\u00adtuelle et morale engen\u00addr\u00e9e par la for\u00admi\u00addable boucherie.<\/p>\n<p>La fai\u00adblesse et l\u2019incoh\u00e9rence de l\u2019effort ten\u00adt\u00e9 par lui depuis trois ans pour conqu\u00e9\u00adrir son ind\u00e9\u00adpen\u00addance et son int\u00e9\u00adgrale \u00e9man\u00adci\u00adpa\u00adtion prouvent cela sur\u00adabon\u00addam\u00adment&nbsp;: ten\u00adta\u00adtives de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9\u00adrale, mal con\u00e7ues et avor\u00adt\u00e9es, tra\u00adhi\u00adsons des chefs, d\u00e9fec\u00adtions et mal\u00adadresses d\u2019une pr\u00e9\u00adten\u00addue \u00e9lite, dont la m\u00e9dio\u00adcri\u00adt\u00e9 n\u2019a d\u2019\u00e9gal que sa sotte vani\u00adt\u00e9&nbsp;; et comme cons\u00e9\u00adquences&nbsp;: \u00e9par\u00adpille\u00adment des forces, divi\u00adsions mul\u00adtiples en clans et cha\u00adpelles, haines, d\u00e9fiances, riva\u00adli\u00adt\u00e9s. Tout cela n\u2019explique-t-il pas suf\u00adfi\u00adsam\u00adment pour\u00adquoi l\u2019agonie du r\u00e9gime abhor\u00adr\u00e9 dure encore et peut durer encore long\u00adtemps. De cette mala\u00addie grave, de cette d\u00e9pres\u00adsion phy\u00adsique, intel\u00adlec\u00adtuelle et morale que subit, comme tous les autres d\u2019ailleurs, le pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat orga\u00adni\u00ads\u00e9 de France, et qui frappe plus par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment ses chefs, je trouve une mani\u00adfes\u00adta\u00adtion pro\u00adfon\u00add\u00e9\u00adment attris\u00adtante dans ce que j\u2019appellerai le \u00ab&nbsp;cas&nbsp;\u00bb de S\u00e9bas\u00adtien Faure, l\u2019infatigable mili\u00adtant, l\u2019ap\u00f4tre r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire dont la vieillesse m\u00e9ri\u00adtait&nbsp;mieux.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la soci\u00e9\u00adt\u00e9 capi\u00adta\u00adliste, ayant jur\u00e9 la perte de ce redou\u00adtable d\u00e9mo\u00adlis\u00adseur, lui ten\u00addait, avec l\u2019aide de ses sbires et de ses chats-four\u00adr\u00e9s, les plus odieux, les plus abo\u00admi\u00adnables, les plus machia\u00adv\u00e9\u00adliques guet-apens, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9, avec une \u00e2pre\u00adt\u00e9 dia\u00adbo\u00adlique, elle vou\u00adlait et cher\u00adchait pis que sa mort&nbsp;: son d\u00e9shon\u00adneur, on le lais\u00adsa seul, avec la cou\u00adra\u00adgeuse mais h\u00e9las trop peu nom\u00adbreuse avant-garde du <i>Liber\u00adtaire<\/i> et des grou\u00adpe\u00adments anar\u00adchistes, se d\u00e9battre dans les mailles d\u2019un ex\u00e9\u00adcrable complot.<\/p>\n<p>Et pour\u00adtant nul n\u2019ignorait que, pour mater un tel adver\u00adsaire, la bour\u00adgeoi\u00adsie capi\u00adta\u00adliste ne recu\u00adle\u00adrait devant rien.<\/p>\n<p>Or donc, depuis long\u00adtemps indi\u00adgn\u00e9 par cet aban\u00addon d\u2019une grande par\u00adtie de la soi-disant \u00e9lite pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adrienne, j\u2019\u00e9prouve aujourd\u2019hui une joie sans m\u00e9lange \u00e0 prendre en main sa d\u00e9fense contre tous&nbsp;; oui, il me pla\u00eet de sil\u00adhouet\u00adter, ici, cette noble figure, de dres\u00adser avec le calme et l\u2019impartialit\u00e9 du phi\u00adlo\u00adsophe, le bilan de sa vie et de son apos\u00adto\u00adlat, afin de le mettre, sous les yeux non seule\u00adment de ses innom\u00adbrables enne\u00admis, mais aus\u00adsi et sur\u00adtout de tous ceux&nbsp;: faux-fr\u00e8res tar\u00adtufes, isca\u00adriotes et ren\u00e9\u00adgats, qui lais\u00ads\u00e8rent s\u2019accomplir contre lui l\u2019\u0153uvre de basse ven\u00adgeance, sans pous\u00adser le moindre cri de col\u00e8re et de protestation.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tudierai d\u2019abord la vie de S\u00e9bas\u00adtien Faure en insis\u00adtant quelque peu sur les heures d\u00e9ci\u00adsives et les crises morales qui, de l\u2019apostolat reli\u00adgieux auquel il sem\u00adblait d\u2019abord vou\u00e9, l\u2019amen\u00e8rent \u00e0 l\u2019apostolat r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, auquel depuis trente-cinq ans, sans r\u00e9pit ni tr\u00eave, il a consa\u00adcr\u00e9 ses jours&nbsp;; puis je r\u00e9su\u00adme\u00adrai les phases diverses de cet apos\u00adto\u00adlat dont la <i>Ruche<\/i> d\u2019attendrissante m\u00e9moire, fut, en m\u00eame temps que le point culmi\u00adnant, la plus belle, la plus noble mani\u00adfes\u00adta\u00adtion. J\u2019aborderai enfin son \u0153uvre par\u00adl\u00e9e et son \u0153uvre \u00e9crite, m\u2019attachant \u00e0 \u00e9ta\u00adblir l\u2019apport de l\u2019orateur, du conf\u00e9\u00adren\u00adcier et de l\u2019\u00e9crivain au triomphe de l\u2019id\u00e9al com\u00admu\u00adniste et liber\u00adtaire qu\u2019il n\u2019a jamais ces\u00ads\u00e9 de pour\u00adsuivre et qu\u2019il pour\u00adsui\u00advra jusqu\u2019\u00e0 sa&nbsp;mort.<\/p>\n<p>Oui, encore une fois, il m\u2019est doux, au soir de ma vie, de fixer ain\u00adsi les traits de ce Christ la\u00efque, dont les l\u00e8vres ont trem\u00adp\u00e9 dans la coupe am\u00e8re, apr\u00e8s avoir connu, par\u00adfois, le sou\u00adrire inef\u00adfable que la F\u00e9e des nobles chi\u00adm\u00e8res met \u00e0 celle de ses amants.<\/p>\n<p>Ce fai\u00adsant, j\u2019oublierai bien des vile\u00adnies dont je fus le t\u00e9moin. Mon regard se repo\u00adse\u00adra des tra\u00eetres, des far\u00adceurs, des scep\u00adtiques, de tous les ambi\u00adtieux insin\u00adc\u00e8res que j\u2019ai ren\u00adcon\u00adtr\u00e9s sur ma route, depuis le jour d\u00e9j\u00e0 loin\u00adtain o\u00f9, renon\u00ad\u00e7ant aux pri\u00advi\u00adl\u00e8ges de ma caste, \u00e0 la glo\u00adriole lit\u00adt\u00e9\u00adraire et poli\u00adtique, aux col\u00adla\u00adbo\u00adra\u00adtions gras\u00adse\u00adment r\u00e9tri\u00adbu\u00e9es du <i>Figa\u00adro<\/i>, du <i>Temps<\/i>, des grandes revues bour\u00adgeoises qui publi\u00e8rent mes \u0153uvres, sui\u00advant ain\u00adsi un che\u00admin contraire \u00e0 celui que tant d\u2019autres ont sui\u00advi, j\u2019ai consa\u00adcr\u00e9 ma parole et ma plume \u00e0 d\u00e9fendre les petits, les humbles, les d\u00e9sh\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9s, toutes les vic\u00adtimes de la Force, tous les vain\u00adcus de la Vie, et \u00e0 h\u00e2ter ain\u00adsi, de mon faible effort, l\u2019aurore lib\u00e9\u00adra\u00adtrice des <i>temps nou\u00adveaux<\/i>.<\/p>\n<h2>II. La crise religieuse<\/h2>\n<p>S\u00e9bas\u00adtien Faure a 65 ans. Il est issu d\u2019une vieille famille bour\u00adgeoise et pro\u00adfon\u00add\u00e9\u00adment catho\u00adlique de Saint-\u00c9tienne, la ville des \u00ab&nbsp;gueules noires&nbsp;\u00bb, deve\u00adnu le fief \u00e9lec\u00adto\u00adral de Briand.<\/p>\n<p>D\u00e8s sa nais\u00adsance, une lourde h\u00e9r\u00e9\u00addi\u00adt\u00e9 de mys\u00adti\u00adcisme reli\u00adgieux pesa donc sur lui. Son \u00e2me enfan\u00adtine se d\u00e9ve\u00adlop\u00adpa au c\u0153ur de ce Forez dont les entrailles rec\u00e8lent tant de forces latentes accu\u00admu\u00adl\u00e9es, au cours des mil\u00adl\u00e9\u00adnaires g\u00e9o\u00adlo\u00adgiques, par le soleil, et que des cen\u00adtaines et des cen\u00adtaines de pauvres diables sont tenus d\u2019extraire, sans r\u00e9pit ni tr\u00eave, \u00e0 la sueur de leur front, pour assu\u00adrer le pain de tous et embel\u00adlir l\u2019existence de quelques-uns.<\/p>\n<p>Il gran\u00addit au milieu de ces pay\u00adsages \u00e9tran\u00adge\u00adment mon\u00adtueux, mame\u00adlon\u00adn\u00e9s qui, apr\u00e8s avoir sou\u00adri par leurs prai\u00adries ver\u00addoyantes o\u00f9 babillent les clairs ruis\u00adse\u00adlets, montrent plus loin l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 de leurs pentes ravi\u00adn\u00e9es que les fleu\u00adrettes de la bruy\u00e8re et du gen\u00eat ne par\u00adviennent pas \u00e0 \u00e9gayer, pour s\u2019assombrir fran\u00adche\u00adment, de-ci, de-l\u00e0, sous le man\u00adteau presque noir de leurs for\u00eats. Pays curieux, trou\u00adblant o\u00f9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat de la mine depuis long\u00adtemps conscient et en mal d\u2019\u00e9mancipation, v\u00eet une masse pay\u00adsanne tou\u00adjours docile et sou\u00admise aux vieilles forces du pas\u00ads\u00e9, s\u2019inclinant encore sous la main du pr\u00eatre res\u00adt\u00e9 puis\u00adsant. Pays d\u2019un pit\u00adto\u00adresque pre\u00adnant et moyen\u00ad\u00e2geux o\u00f9, de ces mille vil\u00adlages et hameaux, tan\u00adt\u00f4t enfouis dans des trous pro\u00adfonds, tan\u00adt\u00f4t juch\u00e9s sur le fa\u00eete de ses col\u00adlines, des mil\u00adliers d\u2019\u00e9glises cos\u00adsues, dressent vers le ciel, l\u2019insolence de leurs clo\u00adchers. Pays bizarre et tour\u00admen\u00adt\u00e9, chan\u00adt\u00e9 par Bar\u00adbey d\u2019Aurevilly, et o\u00f9 le fou\u00adgueux roman\u00adcier catho\u00adlique se com\u00adplut \u00e0 pla\u00adcer, en un de ces vil\u00adlages pro\u00adfonds, sans soleil et endor\u00admis dans le pas\u00ads\u00e9, le drame d\u2019amour et de mys\u00adti\u00adcisme reli\u00adgieux le plus sombre, le plus poi\u00adgnant qui ait jamais bou\u00adle\u00adver\u00ads\u00e9 la vie d\u2019une vieille famille et tor\u00adtu\u00adr\u00e9 l\u2019\u00e2me d\u2019une inno\u00adcente cr\u00e9a\u00adture ici-bas.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est d\u2019un tel milieu, o\u00f9, depuis l\u2019<i>Ange\u00adlus<\/i> auro\u00adral jusqu\u2019\u00e0 celui du cr\u00e9\u00adpus\u00adcule, on vit les yeux fix\u00e9s sur le doux cru\u00adci\u00adfi\u00e9, que le jeune S\u00e9bas\u00adtien Faute par\u00adtit pour aller faire ses \u00e9ludes chez les J\u00e9suites.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait encore enfant et pour\u00adtant son cer\u00adveau n\u2019avait encore \u00e9t\u00e9 \u00e9clai\u00adr\u00e9 que par de vagues lueurs mys\u00adtiques. Comme Renan quit\u00adtant la mai\u00adson pater\u00adnelle de Tr\u00e9\u00adguier pour Saint-Sul\u00adpice, son front \u00e9tait encore mouill\u00e9 par les bai\u00adsers d\u2019un p\u00e8re pieux et d\u2019une m\u00e8re ardem\u00adment d\u00e9vote&nbsp;; ses yeux qui n\u2019avaient encore rien vu de la vie, brillaient d\u2019une extase mala\u00addive, et dans ses oreilles bruis\u00adsaient sans tr\u00eave, dans toute leur atten\u00addris\u00adsante niai\u00adse\u00adrie, les \u00e9chos des saints cantiques.<\/p>\n<p>Et l\u2019emprise, je pour\u00adrais dire le p\u00e9tris\u00adsage j\u00e9sui\u00adtique com\u00admen\u00ad\u00e7a. Il s\u2019annon\u00e7ait si facile, jamais p\u00e2te aus\u00adsi mal\u00adl\u00e9able ne s\u2019offrit aux mains expertes des dis\u00adciples de Loyola.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait encore toute chaude de l\u2019empreinte mater\u00adnelle et mer\u00adveilleu\u00adse\u00adment tra\u00advaill\u00e9e par le levain du mys\u00adti\u00adcisme ancestral.<\/p>\n<p>Et les ann\u00e9es pas\u00ads\u00e8rent, prises par la pri\u00e8re, la m\u00e9di\u00adta\u00adtion, rem\u00adplies aus\u00adsi par de fortes \u00e9tudes gr\u00e9\u00adco-latines et hagio\u00adlo\u00adgiques, propres \u00e0 assu\u00adrer la voca\u00adtion. Et l\u2019\u00e9l\u00e8ve don\u00adnait \u00e0 ses ma\u00eetres les plus belles satis\u00adfac\u00adtions. Il \u00e9tait doux, docile, enthou\u00adsiaste des choses sacr\u00e9es, il serait un saint&nbsp;; son intel\u00adli\u00adgence alerte, souple, s\u2019assimilait la le\u00e7on la plus ardue aus\u00adsi faci\u00adle\u00adment que l\u2019abeille le suc des plus odo\u00adrantes fleurs, il serait un j\u00e9suite illustre&nbsp;; son verbe sur\u00adtout s\u2019annon\u00e7ait facile, har\u00admo\u00adnieux&nbsp;; on en ferait un \u00e9lo\u00adquent pr\u00e9dicateur\u2026<\/p>\n<p>Et cela faillit \u00eatre ain\u00adsi, puisque S\u00e9bas\u00adtien Faure fran\u00adchit le seuil du noviciat.<\/p>\n<p>Oui, encore un pas, et une belle intel\u00adli\u00adgence, apr\u00e8s tant d\u2019autres, allait pour tou\u00adjours som\u00adbrer dans la pro\u00adfonde nuit du <i>Gesu<\/i>. Mais voi\u00adci que l\u2019heure du r\u00e9veil a son\u00adn\u00e9&nbsp;; des forces vives, des \u00e9ner\u00adgies latentes qui d\u00e9con\u00adcertent les psy\u00adcho\u00adlogues les plus sub\u00adtils et les plus p\u00e9n\u00e9\u00adtrants ont lut\u00adt\u00e9 entre elles, dans le mys\u00adt\u00e8re du sub\u00adcons\u00adcient. Une \u00e0 une se mettent \u00e0 tom\u00adber les ban\u00adde\u00adlettes, sous les\u00adquelles, des pr\u00eatres plus habiles que les embau\u00admeurs de l\u2019antique \u00c9gypte ont momi\u00adfi\u00e9 la Rai\u00adson. Des lueurs sortent d\u2019elle et lui arrivent \u00e0 tra\u00advers le voile opaque si patiem\u00adment tis\u00ads\u00e9, autour d\u2019elle, dans les t\u00e9n\u00e8bres du tombeau.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas de pri\u00adson mys\u00adtique si bien gar\u00add\u00e9e, si bien ver\u00adrouill\u00e9e, pas de portes et de cl\u00f4\u00adtures conven\u00adtion\u00adnelles, si mas\u00adsives soient-elles, \u00e0 tra\u00advers les\u00adquelles ne finisse par p\u00e9n\u00e9\u00adtrer un rayon de l\u2019esprit du si\u00e8cle, un peu de cette claire lumi\u00e8re \u00e9ma\u00adnant du cer\u00adveau humain tou\u00adjours \u00e9pris de cau\u00adsa\u00adli\u00adt\u00e9 et en per\u00adp\u00e9\u00adtuel tra\u00advail d\u2019\u00e9mancipation. Il faut alors fort peu de chose pour que s\u2019anime la momie dont le pr\u00eatre croyait avoir assu\u00adr\u00e9 l\u2019\u00e9ternel som\u00admeil&nbsp;: la lec\u00adture d\u2019un livre pro\u00adhi\u00adb\u00e9, une conver\u00adsa\u00adtion pen\u00addant les vacances \u00e0 ce sujet avec un ami qui en pro\u00adcu\u00adre\u00adra d\u2019autres plus docu\u00admen\u00adt\u00e9s et d\u00e9ci\u00adsifs et voi\u00adl\u00e0 la noble pri\u00adson\u00adni\u00e8re qui d\u00e9sor\u00admais se sen\u00adti\u00adra \u00e9touf\u00adf\u00e9e dans son tom\u00adbeau, dans ce tom\u00adbeau qui nagu\u00e8re encore lui parais\u00adsait un lieu de d\u00e9lices tout embau\u00adm\u00e9 d\u2019odeurs c\u00e9lestes et o\u00f9 brillait, radieux et immar\u00adces\u00adcible, le flam\u00adbeau divin de la&nbsp;vie.<\/p>\n<p>Voi\u00adl\u00e0 ce qui advint \u00e0 S\u00e9bas\u00adtien Faure au cours de son novi\u00adciat \u00e0 la Com\u00adpa\u00adgnie de J\u00e9sus. Et la grande crise commen\u00e7a\u2026<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Ah&nbsp;! cette crise reli\u00adgieuse \u00e0 laquelle S\u00e9bas\u00adtien Faure fut en proie, d\u2019autres par\u00admi les plus \u00e9mi\u00adnents de nos contem\u00adpo\u00adrains la tra\u00adver\u00ads\u00e8rent presque \u00e0 la m\u00eame heure de la vie, dans les m\u00eames condi\u00adtions que lui, et, comme lui, apr\u00e8s d\u2019indicibles \u00e9bran\u00adle\u00adments de tout leur \u00eatre phy\u00adsique et moral, en sor\u00adtirent vic\u00adto\u00adrieux, bien d\u00e9ci\u00add\u00e9s \u00e0 com\u00adbattre jusqu\u2019\u00e0 leur der\u00adnier souffle la grande Erreur mys\u00adtique \u00e0 laquelle ils avaient failli suc\u00adcom\u00adber, et qui, depuis des si\u00e8cles, tient les masses sous le joug des l\u00e2ches r\u00e9signations&nbsp;!<\/p>\n<p>Outre Renan dont <i>l\u2019apostasie<\/i> compte par\u00admi les plus grands bien\u00adfaits intel\u00adlec\u00adtuels du si\u00e8cle d\u00e9funt, je cite\u00adrai, pour les avoir per\u00adson\u00adnel\u00adle\u00adment connus et avoir m\u00eame re\u00e7u, \u00e0 cer\u00adtains moments, quelques-unes de leurs confi\u00addences. Clo\u00advis Hugues, le doux po\u00e8te socia\u00adliste qui, jusqu\u2019\u00e0 sa mort, res\u00adta na\u00eff comme le peuple qu\u2019il aimait tant&nbsp;; Ledrain. le savant h\u00e9bra\u00ef\u00adsant qui, voi\u00adci 35 ans, accueillit mon pre\u00admier livre chez le grand \u00e9di\u00adteur du pas\u00adsage Choi\u00adseul et qui par\u00adtit de l\u2019Oratoire pour illus\u00adtrer, au Louvre, la chaire d\u2019Assyriologie&nbsp;; enfin le grand roman\u00adcier c\u00e9ve\u00adnol Fer\u00addi\u00adnand Fabre qui fut l\u2019ami de ma famille, \u00e9tant n\u00e9 \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un clo\u00adcher voi\u00adsin du&nbsp;mien.<\/p>\n<p>De ces trois a\u00een\u00e9s, je tiens qu\u2019il n\u2019est pas, qu\u2019il ne peut y avoir, dans la vie int\u00e9\u00adrieure d\u2019un homme, de drame plus poi\u00adgnant et plus angois\u00adsant. Et c\u2019est pour\u00adquoi je devine o\u00f9 plu\u00adt\u00f4t je sais ce qu\u2019a \u00e9prou\u00adv\u00e9, ce qu\u2019a souf\u00adfert S\u00e9bas\u00adtien Faure \u00e0 cette heure d\u00e9ci\u00adsive de sa&nbsp;vie.<\/p>\n<p>Tenez&nbsp;! je n\u2019oublierai jamais le mot plein d\u2019\u00e9motion calme et de col\u00e8re conte\u00adnue qui s\u2019exhala des l\u00e8vres de Clo\u00advis Hugues, un jour qu\u2019on dis\u00adcu\u00adtait, \u00e0 la Chambre, je ne sais plus quelle loi anti-reli\u00adgieuse, \u00e0 laquelle il appor\u00adtait l\u2019appui de son verbe \u00e9lo\u00adquent. Un roya\u00adliste, dont le nom m\u2019\u00e9chappe, lui d\u00e9co\u00adcha cette \u00e9pi\u00adth\u00e8te qu\u2019il croyait atro\u00adce\u00adment inju\u00adrieuse&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u00e9fro\u00adqu\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb Clo\u00advis Hugues s\u2019interrompit, p\u00e2lit un peu, et, le regar\u00addant bien en face, lui r\u00e9pon\u00addit sim\u00adple\u00adment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Imb\u00e9cile!\u2026\u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Oui. imb\u00e9\u00adcile, me disait-il quelques ins\u00adtants apr\u00e8s, encore tout \u00e9mu, et en me pre\u00adnant le bras \u00e0 la porte du Palais-Bour\u00adbon, imb\u00e9\u00adcile&nbsp;; il n\u2019y a pas d\u2019autre \u00e9pi\u00adth\u00e8te pour qua\u00adli\u00adfier des \u00eatres aus\u00adsi obtus, aus\u00adsi bar\u00adbares, et qui jamais ne com\u00adpren\u00addront ce qu\u2019ont co\u00fb\u00adt\u00e9 d\u2019efforts et de souf\u00adfrances et de viri\u00adli\u00adt\u00e9 l\u2019\u00e9mancipation int\u00e9\u00adgrale d\u2019un cer\u00adveau, la lib\u00e9\u00adra\u00adtion com\u00adpl\u00e8te d\u2019une \u00e2me p\u00e9trie, d\u00e8s la plus tendre enfance, par la main du pr\u00eatre tenace, habile et patient\u2026\u00bb<\/p>\n<p>Et le d\u00e9vi\u00adsa\u00adgeant alors, je vis qu\u2019il avait une larme au coin des&nbsp;yeux.<\/p>\n<p>Et Ledrain&nbsp;! mon vieil ami regret\u00adt\u00e9&nbsp;! Tenu, par ses fonc\u00adtions d\u00e9li\u00adcates de \u00ab&nbsp;lec\u00adteur&nbsp;\u00bb, de veiller au bon renom lit\u00adt\u00e9\u00adraire d\u2019une grande firme d\u2019\u00e9dition alors c\u00e9l\u00e8bre, que de fois il lui arri\u00adva de se voir d\u00e9co\u00adcher la m\u00eame \u00e9pi\u00adth\u00e8te, sou\u00advent m\u00eame ren\u00adfor\u00adc\u00e9e dans la mis\u00adsive d\u2019un jeune auteur refu\u00ads\u00e9. Et chaque fois, comme Clo\u00advis Hugues, il p\u00e2lis\u00adsait&nbsp;; indif\u00adf\u00e9\u00adrent aux plus basses injures, il ne le fut jamais \u00e0 celle-l\u00e0.<\/p>\n<p>Un jour, au \u00ab&nbsp;cinq-\u00e0-six&nbsp;\u00bb d\u2019Alphonse Lemerre, o\u00f9 j\u2019avais l\u2019honneur d\u2019\u00eatre admis, et o\u00f9, autour de Leconte de Lisle, se r\u00e9unis\u00adsaient Paul Bour\u00adget, Edmond de Concourt, L\u00e9on Cla\u00addel, Ana\u00adtole France, de H\u00e9r\u00e9\u00addia, Fran\u00ad\u00e7ois Fabi\u00e9, Auguste Dor\u00adchain, d\u2019autres encore aujourd\u2019hui dis\u00adpa\u00adrus et pour qui la gloire ne sera m\u00eame pas le \u00ab&nbsp;Soleil des morts&nbsp;\u00bb, l\u2019auteur du <i>Bous\u00adcas\u00adsier<\/i> et de la <i>F\u00eate votive<\/i> racon\u00adtait, de sa forte voix rocailleuse une his\u00adtoire de son Quer\u00adcy rocailleux. Pr\u00e8s de lui se tenait, ce jour-l\u00e0, Bar\u00adbey d\u2019Aurevilly qui, le feutre tou\u00adjours sur l\u2019oreille, sa taille encore fine, cam\u00adbr\u00e9e sous son pour\u00adpoint de coupe louis-quar\u00adtor\u00adzi\u00e8me, l\u2019\u00e9coutait avec attention.<\/p>\n<p>Entre Ledrain, avec son allure timide d\u2019homme d\u2019\u00c9glise, dont il ne se d\u00e9fit jamais. Cla\u00addel, qui l\u2019aimait beau\u00adcoup, l\u2019interrompt pour lui tendre ami\u00adca\u00adle\u00adment la&nbsp;main.<\/p>\n<p>\u2014 Tiens&nbsp;! voi\u00adl\u00e0 l\u2019apostat!\u2026 grogne assez haut le p\u00e8re des <i>Dia\u00adbo\u00adliques<\/i> qui ne pou\u00advait pas sen\u00adtir l\u2019ex-oratorien.<\/p>\n<p>Ledrain tres\u00adsaute, ajuste d\u2019une main trem\u00adblante son binocle, et d\u2019une voix qui, elle, ne tremble pas&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2014 Mon\u00adsieur, lui r\u00e9pond-il, mon apos\u00adta\u00adsie a cent fois plus de valeur morale que votre catho\u00adli\u00adcisme fre\u00adla\u00adt\u00e9 dont vous tirez tant de profit.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Bar\u00adbey d\u2019Aurevilly ne bron\u00adcha pas. Et les rieurs ne furent pas de son c\u00f4t\u00e9, car la plu\u00adpart res\u00adtaient scep\u00adtiques sur la sin\u00adc\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 de ses convic\u00adtions reli\u00adgieuses et de l\u2019ultramontanisme dont il s\u2019\u00e9tait \u00e9ta\u00adbli le paladin.<\/p>\n<p>Une autre fois, par un doux cr\u00e9\u00adpus\u00adcule de sep\u00adtembre, nous \u00e9tions assis, pre\u00adnant l\u2019ap\u00e9ritif, \u00e0 la ter\u00adrasse du <i>Napo\u00adli\u00adtain<\/i>. Ledrain avait trou\u00adv\u00e9 dans son cour\u00adrier une de ces lettres bas\u00adse\u00adment rageuses dont je par\u00adlais plus haut, dans laquelle, un quel\u00adconque appren\u00adti roman\u00adcier psy\u00adcho\u00adlogue, dont le \u00ab&nbsp;chef\u2011d\u2019\u0153uvre&nbsp;\u00bb avait \u00e9t\u00e9 par lui refu\u00ads\u00e9, lui d\u00e9co\u00adchait l\u2019injure de tra\u00addi\u00adtion. Il me la mon\u00adtra, et avant de la d\u00e9chirer&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2014 Ah&nbsp;! mur\u00admu\u00adra-t-il, les simples d\u2019esprit, comme je les plains&nbsp;! Com\u00adment diable, avec une telle men\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9, pour\u00adront-ils voir clair dans les rouages secrets de l\u2019intelligence et les arcanes du c\u0153ur humain!\u2026\u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Mais pour\u00adquoi donc, lui dis-je, apr\u00e8s un moment de silence, ne consa\u00adcre\u00adriez-vous pas un livre \u00e0 cette ter\u00adrible crise reli\u00adgieuse que vous tra\u00adver\u00ads\u00e2tes vic\u00adto\u00adrieu\u00adse\u00adment, pour en faire com\u00adprendre la haute et dou\u00adlou\u00adreuse por\u00adt\u00e9e morale \u00e0 ces bar\u00adbares et \u00e0 ces b\u00e9otiens&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>\u2014 H\u00e9&nbsp;! mon ami, me r\u00e9pon\u00addit-il, j\u2019y ai son\u00adg\u00e9 bien sou\u00advent, j\u2019ai m\u00eame pris quel\u00adque\u00adfois la plume, mais je la d\u00e9po\u00adsais aus\u00adsi\u00adt\u00f4t, son\u00adgeant que Renan avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit ses <i>Sou\u00adve\u00adnirs<\/i> et Fer\u00addi\u00adnand Fabre&nbsp;: <i>Ma voca\u00adtion<\/i>.<\/p>\n<p>Et j\u2019approuvai son abs\u00adten\u00adtion, car j\u2019avais lu et relu <i>Ma voca\u00adtion<\/i>, dont l\u2019auteur \u00e9tait mon com\u00adpa\u00adtriote comme je l\u2019ai dit plus haut. Sa famille avait v\u00e9cu inti\u00adme\u00adment avec la mienne&nbsp;; il avait, avant d\u2019entrer au Petit S\u00e9mi\u00adnaire de Saint-Pons, puis au Grand S\u00e9mi\u00adnaire de Mont\u00adpel\u00adlier, gami\u00adn\u00e9 sous les ch\u00e2\u00adtai\u00adgniers de l\u2019Escaudorgue, o\u00f9 je devais moi-m\u00eame gami\u00adner plus tard&nbsp;; il avait grim\u00adp\u00e9, cueillant l\u2019orange et la morille, pour\u00adsui\u00advant le merle aux flancs des combes c\u00e9ve\u00adnoles, o\u00f9, trente ans apr\u00e8s la sienne, s\u2019est d\u00e9rou\u00adl\u00e9e ma vie d\u2019enfant. Sur mes treize ans j\u2019avais vu, chez les miens, sa bonne et douce figure, gar\u00addant encore les traits d\u2019un s\u00e9mi\u00adna\u00adriste pai\u00adsible et appli\u00adqu\u00e9&nbsp;; j\u2019avais enten\u00addu sa voix res\u00adt\u00e9e onc\u00adtueuse appuy\u00e9e par un geste sacer\u00addo\u00adtal, racon\u00adtant les \u00e2pres d\u00e9buts de la bataille lit\u00adt\u00e9\u00adraire qu\u2019il venait d\u2019engager avec <i>les Cour\u00adbe\u00adzon<\/i>, incom\u00adpris, puis, un peu plus tard, le grand suc\u00adc\u00e8s de l\u2019<i>Abb\u00e9 Tigrane<\/i> qui vint enfin r\u00e9com\u00adpen\u00adser son dur labeur. Avant d\u2019en faire ce mer\u00adveilleux livre qui s\u2019appelle <i>Ma voca\u00adtion<\/i>, il nous avait racon\u00adt\u00e9 le drame moral qui bou\u00adle\u00adver\u00adsa son \u00e2me au moment o\u00f9 il secoua la pous\u00adsi\u00e8re de ses san\u00addales sur le seuil du Grand S\u00e9mi\u00adnaire de Mont\u00adpel\u00adlier, et je com\u00adpre\u00adnais en cons\u00e9\u00adquence le d\u00e9cou\u00adra\u00adge\u00adment de mon vieil ami Ledrain devant ce chef\u2011d\u2019\u0153uvre res\u00adt\u00e9 cepen\u00addant inconnu.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la crise reli\u00adgieuse par laquelle pas\u00adsa Renan en quit\u00adtant le s\u00e9mi\u00adnaire de Saint-Sul\u00adpice pour \u00e9crire les <i>Ori\u00adgines du Chris\u00adtia\u00adnisme<\/i> et la <i>Vie de J\u00e9sus<\/i>, je crois bien qu\u2019il n\u2019existe, dans aucune lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, des pages plus belles que celles o\u00f9, au cours de ses <i>Sou\u00adve\u00adnirs d\u2019enfance et de jeu\u00adnesse<\/i>, il a clas\u00ads\u00e9 les angoisses de son \u00e2me et les transes de son esprit. Pour bien com\u00adprendre ce que fut cette crise et ce qu\u2019elle doit \u00eatre dans toutes les \u00e2mes bien n\u00e9es, il faut lire et relire les cha\u00adpitres consa\u00adcr\u00e9s \u00e0 <i>Saint-Nico\u00adlas du Char\u00addon\u00adner<\/i>, au <i>S\u00e9mi\u00adnaire d\u2019Issy<\/i>, \u00e0 <i>Saint-Sul\u00adpice et aux Sul\u00adpi\u00adciens<\/i>.<\/p>\n<p>Pour moi, il y a long\u00adtemps que je sais par c\u0153ur la <i>Pri\u00e8re sur l\u2019Acropole<\/i>, l\u2019ayant apprise dans le m\u00eame ado\u00adrable petit bouquin.<\/p>\n<p>Sur les bords de la mer latine, o\u00f9 ma san\u00adt\u00e9 m\u2019oblige \u00e0 finir mes jours, et o\u00f9 j\u2019\u00e9cris cette \u00e9tude sur S\u00e9bas\u00adtien Faure, quand le soleil, avant de mou\u00adrir caresse les blancs pro\u00admon\u00adtoires de Pro\u00advence et jette non der\u00adnier sou\u00adrire \u00e0 l\u2019azur cal\u00adm\u00e9 des flots, je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 clore un ins\u00adtant mes pau\u00adpi\u00e8res pour voir sur\u00adgir dans leur v\u00e9tus\u00adt\u00e9 divine, les colonnes du Parth\u00e9non.<\/p>\n<p>Et alors mes l\u00e8vres ins\u00adtinc\u00adti\u00adve\u00adment s\u2019agitent et tan\u00addis que, sur mes che\u00adveux avec la brise l\u00e9g\u00e8re du soir, je sens pas\u00adser le fris\u00adson du Beau, je r\u00e9p\u00e8te&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;\u00d4 noblesse, \u00f4 beau\u00adt\u00e9 simple et vraie&nbsp;! d\u00e9esse dont le culte signi\u00adfie rai\u00adson et sagesse, toi, dont le temple est une le\u00e7on \u00e9ter\u00adnelle de conscience et de sin\u00adc\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9, j\u2019arrive tard au seuil de tes mys\u00adt\u00e8res&nbsp;; j\u2019apporte \u00e0 ton autel beau\u00adcoup de remords. Pour le trou\u00adver, il m\u2019a fal\u00adlu des recherches infinies.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Et, arri\u00adv\u00e9 au pas\u00adsage de la <i>Pri\u00e8re<\/i> o\u00f9 le nou\u00advel hi\u00e9\u00adro\u00addule d\u2019Ath\u00e9na a mis l\u2019\u00e9cho har\u00admo\u00adnieux et m\u00e9lan\u00adco\u00adlique de ses angoisses reli\u00adgieuses d\u2019antan, plus pieu\u00adse\u00adment encore je murmure&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u2026 Des pr\u00eatres d\u2019un culte \u00e9tran\u00adger venu des Syriens de Pales\u00adtine, prirent soin de m\u2019\u00e9lever. Ces pr\u00eatres \u00e9taient sages et saints. Ils m\u2019apprirent les longues his\u00adtoires de Chro\u00adnos, qui a cr\u00e9\u00e9 le monde et de son fils, qui a, dit-on, accom\u00adpli un voyage sur la terre. Leurs temples sont trois fois hauts comme le tien, \u00f4 Euryth\u00admie, et sem\u00adblable \u00e0 des for\u00eats&nbsp;; seule\u00adment, ils ne sont pas solides&nbsp;; ils tombent en ruine au bout de cinq ou six cents ans&nbsp;; ce sont des fan\u00adtai\u00adsies de bar\u00adbares qui s\u2019imaginent qu\u2019on peut faire quelque chose de bien en dehors des r\u00e8gles que tu as tra\u00adc\u00e9es \u00e0 tes ins\u00adpi\u00adr\u00e9s, \u00f4 Rai\u00adson. Mais ces temples me plai\u00adsaient&nbsp;; je n\u2019avais pas \u00e9tu\u00addi\u00e9 ton art divin&nbsp;; j\u2019y trou\u00advais Dieu. On y chan\u00adtait des can\u00adtiques dont je me sou\u00adviens encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;Salut, \u00e9toile de la mer\u2026 reine de ceux qui g\u00e9missent en cette val\u00adl\u00e9e de larmes&nbsp;\u00bb ou bien&nbsp;: \u00ab&nbsp;Rose mys\u00adtique, Tour d\u2019Ivoire, Mai\u00adson d\u2019or, \u00c9toile du matin\u2026\u00bb Tiens, d\u00e9esse, quand je me rap\u00adpelle ces chants, mon c\u0153ur se fond, je deviens presque apos\u00adtat. Par\u00addonne-moi ce ridi\u00adcule, tu ne peux te figu\u00adrer le charme que les magi\u00adciens bar\u00adbares ont mis dans ces vers et com\u00adbien il m\u2019en co\u00fbte de suivre la rai\u00adson toute&nbsp;nue&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Plus encore que ce sacer\u00addote du Verbe \u00e0 qui notre lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture doit des pages que Flau\u00adbert, seul, \u00e9ga\u00adla, plus encore que Fer\u00addi\u00adnand Fabre, le bon roman\u00adcier rus\u00adtique, plus que Ledrain, le disert his\u00adto\u00adrien d\u2019<i>Isra\u00ebl<\/i>, plus enfin que le po\u00e8te Clo\u00advis Hugues, S\u00e9bas\u00adtien Faure eut du m\u00e9rite a sor\u00adtir vic\u00adto\u00adrieux de la lutte, \u00e0 lib\u00e9\u00adrer son intel\u00adli\u00adgence en \u00e9man\u00adci\u00adpant sa raison.<\/p>\n<p>\u2014 Et pour\u00adquoi donc&nbsp;? me direz- vous&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014 Parce que en ce qui concerne Renan et Ledrain, ils n\u2019eurent qu\u2019\u00e0 vaincre l\u2019emprise des Ora\u00adto\u00adriens, des Sul\u00adpi\u00adciens, pr\u00eatres pai\u00adsible&nbsp;\u00bb, presqu\u2019exclusivement adon\u00adn\u00e9s aux \u00e9tudes scien\u00adti\u00adfiques, et dont cer\u00adtain m\u00eame nous appa\u00adraissent comme des lib\u00e9\u00adraux sous la plume enchan\u00adte\u00adresse de l\u2019auteur des <i>Sou\u00adve\u00adnirs<\/i>. \u00c9ga\u00adle\u00adment pour Clo\u00advis Hugues et Fer\u00addi\u00adnand Fabre dont la jeune cer\u00adveau fut fa\u00e7on\u00adn\u00e9 par des pr\u00eatres s\u00e9cu\u00adliers tou\u00adjours en contact for\u00adc\u00e9 avec le monde, avec le \u00ab&nbsp;Si\u00e8cle&nbsp;\u00bb, comme ils disent.<\/p>\n<p>Tan\u00addis que S\u00e9bas\u00adtien Faure, lui, a d\u00fb subir ce que j\u2019ai appe\u00adl\u00e9 plus haut le <i>p\u00e9tris\u00adsage<\/i> des J\u00e9suites.<\/p>\n<p>Or nul n\u2019ignore ce qu\u2019ont \u00e9t\u00e9, dans le pas\u00ads\u00e9 et ce que sont dans le pr\u00e9\u00adsent ces incom\u00adpa\u00adrables manieurs d\u2019\u00e2mes. Tout le monde sait que l\u2019empreinte dont ils frappent les jeunes cer\u00adveaux est consi\u00add\u00e9\u00adr\u00e9e, par cer\u00adtains, comme inef\u00adfa\u00ad\u00e7able. Et pour leur don\u00adner rai\u00adson, il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 revivre l\u2019affaire Drey\u00adfus, \u00e0 voir le r\u00f4le qu\u2019y joua leur g\u00e9n\u00e9\u00adral, le R.-P. Dulac et aus\u00adsi \u00e0 jeter un coup d\u2019\u0153il sur la <i>rue des Postes<\/i>.<\/p>\n<p>Son\u00adgez aus\u00adsi que le cer\u00adveau puis\u00adsant de Des\u00adcartes conser\u00adva cette empreinte jusqu\u2019\u00e0 sa mort Son\u00adgez enfin que leur \u00e9l\u00e8ve Arouet, deve\u00adnu Vol\u00adtaire, ne par\u00advint jamais \u00e0 se lib\u00e9\u00adrer de leur sou\u00adve\u00adnir et leur res\u00adta sym\u00adpa\u00adthique, puisque, s\u2019il ne les d\u00e9fen\u00addit pas publi\u00adque\u00adment quand ils furent per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adt\u00e9s, comme le pr\u00e9\u00adten\u00addirent cer\u00adtains, notam\u00adment, si ma m\u00e9moire est fid\u00e8le. Salo\u00admon Rei\u00adnach, dans son <i>His\u00adtoire g\u00e9n\u00e9\u00adrale des reli\u00adgions<\/i>, du moins il ouvrit \u00e0 quelques-uns de ses anciens ma\u00eetres, un asile s\u00fbr dans son ermi\u00adtage prin\u00adcier de Ferney.<\/p>\n<p>Or, c\u2019est de ce joug effroyable que S\u00e9bas\u00adtien Faure par\u00advint \u00e0 s\u2019affranchir com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment. Ajou\u00adtons cepen\u00addant qu\u2019il y fut aid\u00e9 mat\u00e9\u00adriel\u00adle\u00adment du moins par une cir\u00adcons\u00adtance dou\u00adlou\u00adreuse, la mort de son p\u00e8re sur\u00adve\u00adnue, \u00e0 ce moment\u2026<\/p>\n<p>Le voi\u00adl\u00e0 donc en route vers l\u2019id\u00e9al de toutes les liber\u00adt\u00e9s. Par\u00adti de la Foi reli\u00adgieuse, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019Autorit\u00e9 abso\u00adlue, il mar\u00adche\u00adra sans r\u00e9pit ni tr\u00eave, pour ne s\u2019arr\u00eater qu\u2019\u00e0 l\u2019Anarchisme, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la n\u00e9ga\u00adtion m\u00eame de l\u2019Autorit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous allons le suivre dans ce \u00ab&nbsp;p\u00e8le\u00adri\u00adnage pas\u00adsion\u00adn\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 tra\u00advers cet apos\u00adto\u00adlat qui dure depuis d\u00e9j\u00e0 35 ans. Che\u00admin fai\u00adsant, nous appr\u00e9\u00adcie\u00adrons ses actes d\u2019ap\u00f4tre, avec sym\u00adpa\u00adthie, sans doute, comme m\u00e9rite tout effort humain d\u00e9s\u00adin\u00adt\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9, mais avec une sym\u00adpa\u00adthie qui ne sera exclu\u00adsive ni de jus\u00adtice ni d\u2019impartialit\u00e9.<\/p>\n<p>[\/\u200b<sc>P. Vign\u00e9 d\u2019Octon.<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. Pour\u00adquoi cette \u00e9tude\u200a\u2014\u200aCoup d\u2019\u0153il sur l\u2019heure pr\u00e9\u00adsente Nous vivons \u00e0 une \u00e9poque de d\u00e9pres\u00adsion phy\u00adsique, intel\u00adlec\u00adtuelle et morale, telle qu\u2019il n\u2019en fut jamais enre\u00adgis\u00adtr\u00e9 de pareille depuis que par l\u2019\u00e9criture sont fix\u00e9s les faits des peuples et des nations.&nbsp; Certes, je sais qu\u2019en \u00e9cri\u00advant cela, j\u2019accouche d\u2019une bana\u00adli\u00adt\u00e9, j\u2019\u00e9mets un truisme et me&nbsp;sers&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[317],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2694","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-na4-avril-1922"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2694","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2694"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2694\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2694"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2694"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2694"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2694"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}