{"id":2711,"date":"1922-04-01T00:06:50","date_gmt":"1922-04-01T00:06:50","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2010\/12\/11\/de-lautre-rive\/"},"modified":"2024-06-05T07:11:42","modified_gmt":"2024-06-05T07:11:42","slug":"de-lautre-rive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1922\/04\/01\/de-lautre-rive\/","title":{"rendered":"De l\u2019autre rive"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2711?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2711?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9no\u00adva\u00adteur de la vie, annon\u00adcia\u00adteur d\u2019une nou\u00advelle exis\u00adtence, esprit de la des\u00adtruc\u00adtion, esprit cr\u00e9a\u00adteur, nous te saluons&nbsp;! \u00c0 tra\u00advers l\u2019image sombre d\u2019un pr\u00e9\u00adsent avor\u00adt\u00e9, nous sen\u00adtons la chaude haleine du len\u00adde\u00admain, nous, acca\u00adbl\u00e9s de la mal\u00e9\u00addic\u00adtion des si\u00e8cles et dont le d\u00e9sir ardent ronge les c\u0153urs comme une flamme incandescente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des tem\u00adp\u00eates d\u2019hiver le pr\u00e9\u00adc\u00e8\u00adde\u00adront, froides tem\u00adp\u00eates d\u2019hiver, pour lib\u00e9\u00adrer les esprits des d\u00e9combres et de la boue des tra\u00addi\u00adtions ser\u00adviles et des concep\u00adtions engour\u00addies qui encha\u00eenent nos volon\u00adt\u00e9s et \u00e9tranglent l\u2019acte de d\u00e9li\u00advrance dans un filet de tours d\u2019adresse dialectique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On nous a appris \u00e0 conce\u00advoir et \u00e0 com\u00adprendre \u00ab&nbsp;his\u00adto\u00adri\u00adque\u00adment&nbsp;\u00bb les dif\u00adf\u00e9\u00adrentes phases de notre escla\u00advage et, depuis, nous hale\u00adtons sous le far\u00addeau du pas\u00ads\u00e9 et, dans une r\u00e9v\u00e9\u00adrence muette nous admi\u00adrons le lacet voi\u00adl\u00e9 qui nous attache aux formes ser\u00adviles du mil\u00adl\u00e9\u00adnaire pas\u00ads\u00e9. Nous ne sommes plus des uto\u00adpistes, nous savons dis\u00adtin\u00adguer entre le pos\u00adsible et l\u2019impossible&nbsp;; nous connais\u00adsons tr\u00e8s bien les fron\u00adti\u00e8res o\u00f9 la don\u00adn\u00e9e pra\u00adtique se perd dans des concep\u00adtions fan\u00adtas\u00adtiques et des id\u00e9es sans bord. Nous avons cri\u00adbl\u00e9 et mesu\u00adr\u00e9 scien\u00adti\u00adfi\u00adque\u00adment chaque \u00e9ten\u00addue de l\u2019esclavage humain et nous nous r\u00e9jouis\u00adsons d\u2019avoir si bien r\u00e9us\u00adsi. Nous avons mis de l\u2019ordre dans nos rela\u00adtions avec le pas\u00ads\u00e9, notre ave\u00adnir en succomberait-il&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une chan\u00adson loin\u00adtaine par\u00adtie d\u2019une \u00eele mys\u00adt\u00e9\u00adrieuse dans la mer incon\u00adnue qu\u2019aucun navi\u00adga\u00adteur n\u2019a encore vue, reten\u00adtit pleine d\u2019esp\u00e9rance dans quelques-uns de nous. On les nomme les der\u00adniers reje\u00adtons de la race du noble che\u00adva\u00adlier de la Man\u00adcha, des gar\u00addiens de Graal de l\u2019Id\u00e9al, des r\u00eaveurs qui ont quit\u00adt\u00e9 le ter\u00adrain de la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 pra\u00adtique pour, avec leurs esprits, pla\u00adner au-des\u00adsus des nuages. Ils furent tou\u00adjours des cri\u00admi\u00adnels pour les neuf fois sages du \u00ab&nbsp;bon sens humain&nbsp;\u00bb, parce qu\u2019ils m\u00e9pri\u00ads\u00e8rent les vieilles tra\u00addi\u00adtions r\u00e9v\u00e9\u00adren\u00adcieuses et l\u2019ordre impo\u00ads\u00e9 par la&nbsp;loi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils portent le signe de Ca\u00efn de la Liber\u00adt\u00e9 sur le front&nbsp;; une pous\u00ads\u00e9e qui fer\u00admente, une obs\u00adti\u00adna\u00adtion de r\u00e9volte se cachent dans leurs c\u0153urs&nbsp;; leur che\u00admin va au-des\u00adsus des ab\u00eemes, car ils \u00e9vitent \u00e0 des\u00adsein les routes tra\u00adc\u00e9es de la banale vul\u00adga\u00adri\u00adt\u00e9. Plu\u00adsieurs d\u2019entr\u2019eux tombent dans les pro\u00adfon\u00addeurs b\u00e9antes, mais ils ne se sentent jamais des vic\u00adtimes, et le par\u00adfum d\u2019encens, du mar\u00adtyr leur semble fade et futile. Ils agissent tou\u00adjours d\u2019une pous\u00ads\u00e9e int\u00e9\u00adrieure et agissent ain\u00adsi parce qu\u2019ils ne sau\u00adraient agir autrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019extraordinaire et l\u2019\u00e9trange les attire&nbsp;: il leur faut l\u2019utopie pour vivre, car leur \u00e2me est alt\u00e9\u00adr\u00e9e de nou\u00advelles sources et de miracles incon\u00adnus. Ils sont des \u00e9clai\u00adreurs de l\u2019avenir, des porte-dra\u00adpeaux de la science&nbsp;; des affir\u00adma\u00adteurs de la vie. Leur regard est pur, leur pas alerte, car leur esprit n\u2019est pas char\u00adg\u00e9 des tra\u00addi\u00adtions de la ser\u00advi\u00adli\u00adt\u00e9 qui nous attachent aux faits de la don\u00adn\u00e9e historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Salut \u00e0 vous, \u00eatres au pas alerte, dont l\u2019\u00e2me abrite la pous\u00ads\u00e9e de des\u00adtruc\u00adtion et la joie cr\u00e9a\u00adtrice pour faire na\u00eetre de nou\u00adveaux mondes.<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><b>\u2014 O \u2014<\/b><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tra\u00addi\u00adtion de la Ser\u00advi\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;! C\u2019est l\u2019\u00e9pid\u00e9mie sour\u00adnoise qui \u00e9crase notre force, absorbe notre volon\u00adt\u00e9, c\u2019est le far\u00addeau \u00e9ter\u00adnel qui nous oppresse et qui \u00e9touffe notre d\u00e9sir ardent dans la vase des vieilles habi\u00adtudes avant qu\u2019ils ne soient en flo\u00adrai\u00adson. Tout le poids de l\u2019histoire humaine p\u00e8se sur nous, cepen\u00addant nous n\u2019osons pas nous d\u00e9bar\u00adras\u00adser du far\u00addeau de peur de tom\u00adber dans le n\u00e9ant. En g\u00e9mis\u00adsant, nous chan\u00adce\u00adlons avec notre bagage his\u00adto\u00adrique dans les ruelles de la vie et char\u00adgeons d\u00e9j\u00e0 l\u2019avenir avec les hypo\u00adth\u00e8ques du pas\u00ads\u00e9. Tout l\u2019\u00e9norme fatras de vieilles for\u00admules et d\u2019id\u00e9es d\u00e9su\u00e8tes, dans les\u00adquelles l\u2019\u00e9tincelle de la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 vivante s\u2019est \u00e9teinte il y a long\u00adtemps, nous oppresse et pousse notre esprit dans l\u2019ab\u00eeme. Un esprit s\u2019est une fois abri\u00adt\u00e9 dans ces vieilles enve\u00adloppes et on enten\u00addit les bat\u00adte\u00adments de c\u0153ur de la vie, mais cette \u00e9poque est tr\u00e8s \u00e9loi\u00adgn\u00e9e et il ne nous reste que des sco\u00adries sans valeur et l\u2019\u00e9clat terne d\u2019une gran\u00addeur pas\u00ads\u00e9e jette une lueur trom\u00adpeuse, comme le vil mica jaune sur la roche muette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre cer\u00adveau res\u00adsemble \u00e0 une chambre de curio\u00adsi\u00adt\u00e9s o\u00f9 s\u2019abritent des fan\u00adt\u00f4mes&nbsp;; par\u00adtout des momies, des \u00ab&nbsp;v\u00e9ri\u00adt\u00e9s&nbsp;\u00bb embau\u00adm\u00e9es, des sanc\u00adtuaires cari\u00e9s sur les\u00adquels l\u2019haleine d\u2019aucun dieu ne souffle plus. Le sombre reflet du pas\u00ads\u00e9 scin\u00adtille mys\u00adt\u00e9\u00adrieu\u00adse\u00adment sur de vieux \u00e9crins et autels d\u2019o\u00f9 s\u2019exhale l\u2019odeur des temps pas\u00ads\u00e9s. Rien que la tra\u00addi\u00adtion de la ser\u00advi\u00adli\u00adt\u00e9 et du res\u00adpect pour tous les masques gri\u00adma\u00ad\u00e7ants du pas\u00ads\u00e9, der\u00adri\u00e8re les\u00adquels il n\u2019y a plus aucune vie r\u00e9elle, nous attache \u00e0 ce monde de fan\u00adt\u00f4mes et d\u2019images mortes. Mais ce monde de p\u00e2les fan\u00adt\u00f4mes et d\u2019illusions divines est entre nous et la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 des choses et nous montre toutes les appa\u00adri\u00adtions de la vie sous une forme d\u00e9fi\u00adgu\u00adr\u00e9e. Nous ne voyons la v\u00e9ri\u00adtable exis\u00adtence qu\u2019\u00e0 tra\u00advers la sombre atmo\u00adsph\u00e8re de tra\u00addi\u00adtions abs\u00adtraites et, lorsque nous croyons avoir sai\u00adsi la nature des choses, ce ne sont que les ombres chi\u00adnoises qui se refl\u00e8tent sur la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 mat\u00e9\u00adrielle de ces choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne voyons la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 que par la pers\u00adpec\u00adtive du pas\u00ads\u00e9 ou, mieux dit, nous ne voyons que l\u2019apparence des choses et non les choses comme elles sont v\u00e9ri\u00adta\u00adble\u00adment. Mais cette appa\u00adrence des choses, cette illu\u00adsion de la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 nous appa\u00adra\u00eet comme l\u2019existence par\u00adfaite, comme la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 sup\u00e9\u00adrieure, \u00e0 laquelle nous sacri\u00adfions constam\u00adment notre exis\u00adtence propre. Nous nour\u00adris\u00adsons les chi\u00adm\u00e8res de nos id\u00e9es abs\u00adtraites avec notre sang art\u00e9\u00adriel (der\u00adni\u00e8re goutte de sang) et, ain\u00adsi, nous sommes les vic\u00adtimes d\u2019une illu\u00adsion d\u2019optique qui nous fait appa\u00adra\u00eetre la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 vivante comme quelque chose d\u2019irr\u00e9el, comme un fan\u00adt\u00f4me. C\u2019est l\u2019ombre des choses qui nous rend empres\u00ads\u00e9es \u00e0 faire des sacri\u00adfices, qui nous oblige \u00e0 nous age\u00adnouiller. Peter Schle\u00admill, auquel \u00ab&nbsp;l\u2019Homme au Man\u00adteau gris&nbsp;\u00bb ache\u00adta l\u2019ombre, fut plon\u00adg\u00e9 dans le d\u00e9ses\u00adpoir lorsqu\u2019il vit qu\u2019il avait en m\u00eame temps per\u00addu son ado\u00adra\u00adtion et son respect.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme cr\u00e9a Dieu d\u2019apr\u00e8s son image, mais il le fit ins\u00adtinc\u00adti\u00adve\u00adment, avec toute la pu\u00e9\u00adri\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019un enfant auquel le sens des choses n\u2019est pas encore r\u00e9v\u00e9\u00adl\u00e9. Il regar\u00adda dans le miroir magique de la nature toute puis\u00adsante qui refl\u00e9\u00adta son image agran\u00addie. Et il s\u2019agenouilla dans une pi\u00e9\u00adt\u00e9 crain\u00adtive devant l\u2019image qu\u2019il appe\u00adla Dieu et qui fut pour lui une r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 abso\u00adlue \u00e0 laquelle il avait immo\u00adl\u00e9 sa propre existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ain\u00adsi le cr\u00e9a\u00adteur fut l\u2019esclave de sa propre cr\u00e9a\u00adtion, la chi\u00adm\u00e8re fut r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9. Plus grand et plus puis\u00adsant. Dieu appa\u00adrut \u00e0 l\u2019homme et plus grand fut le sen\u00adti\u00adment de la nul\u00adli\u00adt\u00e9 du cr\u00e9a\u00adteur lui-m\u00eame. Au pro\u00adduit de son ima\u00adgi\u00adna\u00adtion, l\u2019homme don\u00adna toutes les qua\u00adli\u00adt\u00e9s pro\u00addi\u00adgieuses, et dans l\u2019apparence de gloire de cette divi\u00adni\u00adt\u00e9, tout ce qui \u00e9tait humain devait lui appa\u00adra\u00eetre mis\u00e9\u00adrable et&nbsp;vain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tant que la croyance divine des peuples fut entou\u00adr\u00e9e de la po\u00e9\u00adsie na\u00efve de la pre\u00admi\u00e8re jeu\u00adnesse, les hommes ne se ren\u00addirent pas compte de la grande tra\u00adg\u00e9\u00addie de leur faute. Mais plus tard, lorsque la croyance pu\u00e9\u00adrile de jadis se fut engour\u00addie en for\u00admules mortes des dogmes th\u00e9o\u00adlo\u00adgiques et que la com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9 des croyants se fut trans\u00adfor\u00adm\u00e9e en \u00e9glise, l\u2019abaissement des hommes fut un prin\u00adcipe divin et la pierre angu\u00adlaire de toutes les reli\u00adgions r\u00e9v\u00e9l\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Dieu fut tout, l\u2019homme rien.<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme un men\u00addiant, le fils de la terre s\u2019accroupit devant sa propre image et lui deman\u00adda pro\u00adtec\u00adtion et b\u00e9n\u00e9\u00addic\u00adtion. Aus\u00adsi la terre lui fut une val\u00adl\u00e9e de larmes et la vie une mal\u00e9\u00addic\u00adtion. Pour sau\u00adver l\u2019\u00e2me divine, il mor\u00adti\u00adfia le corps et les d\u00e9si\u00adrs sen\u00adsuels. Dans la m\u00eame mesure que le fan\u00adt\u00f4me-Dieu gran\u00addis\u00adsait et fut un g\u00e9ant, l\u2019homme se r\u00e9tr\u00e9\u00adcis\u00adsait et ne fut qu\u2019un mis\u00e9\u00adrable Lil\u00adli\u00adput qui n\u2019osait plus s\u2019approcher de l\u2019ombre morte de son propre \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb que dans une sou\u00admis\u00adsion crain\u00adtive et par l\u2019interm\u00e9diaire des \u00e9lus&nbsp;: Dieu tout, l\u2019homme rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Je suis le Sei\u00adgneur, ton Dieu&nbsp;!&nbsp;\u00bb Le cri reten\u00adtit \u00e0 tra\u00advers les mil\u00adl\u00e9\u00adnaires de l\u2019histoire humaine et des mil\u00adlions et encore des mil\u00adlions d\u2019hommes ont incli\u00adn\u00e9 et inclinent encore la t\u00eate devant l\u2019idole qui est sor\u00adtie de leur propre ima\u00adgi\u00adna\u00adtion et ne doit son exis\u00adtence qu\u2019\u00e0 la folie de leur croyance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les formes de la croyance ont chan\u00adg\u00e9 au cours des si\u00e8cles, mais ses racines sont tou\u00adjours res\u00adt\u00e9es les m\u00eames, qu\u2019il s\u2019agisse du f\u00e9tiche du sau\u00advage ou du Dieu abs\u00adtrait des mono\u00adth\u00e9istes. C\u2019est tou\u00adjours le m\u00eame chan\u00adge\u00adment mys\u00adtique des r\u00f4les&nbsp;: appa\u00adrence devient r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, la chose cr\u00e9\u00e9e sei\u00adgneur et ma\u00eetre de son cr\u00e9a\u00adteur. Le nombre de dieux tom\u00adb\u00e9s est l\u00e9gion, mais Dieu lui-m\u00eame n\u2019est jamais tom\u00adb\u00e9 et il nous gri\u00admace tou\u00adjours sous des masques nou\u00adveaux. M\u00eame si l\u2019homme ren\u00adverse une vieille idole de son pi\u00e9\u00addes\u00adtal, ce n\u2019est que pour s\u2019humilier dans la pous\u00adsi\u00e8re devant une autre divinit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au nom de Dieu, l\u2019homme sup\u00adpor\u00adtait le far\u00addeau de toute tyran\u00adnie, il sanc\u00adti\u00adfiait chaque crime que les pr\u00eatres lou\u00e8rent comme \u00e9tant l\u2019expression de la volon\u00adt\u00e9 divine, il se sacri\u00adfiait constam\u00adment lui-m\u00eame pour \u00eatre assu\u00adr\u00e9 de l\u2019aide de son idole&nbsp;: Ce n\u2019est pas le hasard qui fait que presque toutes les reli\u00adgions sont bas\u00e9es sur l\u2019id\u00e9e de sacri\u00adfice, car Dieu se nour\u00adrit du sang de l\u2019homme, de la s\u00e8ve vivante de l\u2019existence mat\u00e9\u00adrielle de l\u2019homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par\u00adtout o\u00f9 un pr\u00eatre pr\u00eache la parole de Dieu, o\u00f9 des croyants avides de sacri\u00adfices se jettent dans la pous\u00adsi\u00e8re, sai\u00adsis d\u2019une peur sacr\u00e9e devant un \u00eatre sup\u00e9\u00adrieur, c\u2019est un Gol\u00adgo\u00adtha o\u00f9 l\u2019homme est cru\u00adci\u00adfi\u00e9. Prou\u00addhon avait bien con\u00e7u la racine intime de la tra\u00adg\u00e9\u00addie humaine en disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu, c\u2019est la l\u00e2che\u00adt\u00e9 et la b\u00eatise&nbsp;; Dieu, c\u2019est l\u2019hypocrisie et le men\u00adsonge&nbsp;; Dieu c\u2019est la tyran\u00adnie et la mis\u00e8re&nbsp;; Dieu c\u2019est le&nbsp;mal&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Dieu n\u2019est pas chez lui que dans les \u00e9glises des croyants et dans les livres sacr\u00e9s des th\u00e9o\u00adlo\u00adgiens, il s\u2019est ins\u00adtal\u00adl\u00e9 dans tous les domaines de la vie humaine et il hante les coins les plus cach\u00e9s de notre cerveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque cr\u00e9a\u00adtion d\u2019\u00c9tat n\u2019est qu\u2019une tra\u00adduc\u00adtion poli\u00adtique du prin\u00adcipe d\u2019autorit\u00e9 divine et ce que nous appe\u00adlons tout sim\u00adple\u00adment \u00ab&nbsp;poli\u00adtique&nbsp;\u00bb n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 autre chose que <i>la th\u00e9o\u00adlo\u00adgie de l\u2019\u00c9tat<\/i>&nbsp;: Ce n\u2019est pas inuti\u00adle\u00adment qu\u2019ils se disent \u00ab&nbsp;roi par la gr\u00e2ce de Dieu&nbsp;\u00bb car le pou\u00advoir de la Royau\u00adt\u00e9 et de l\u2019\u00c9tat en g\u00e9n\u00e9\u00adral, est issue de la m\u00eame source que la toute-puis\u00adsance de Dieu. De Maistre, le grand ap\u00f4tre de la r\u00e9ac\u00adtion, affirme dans ses \u00e9crits, que tonte forme de gou\u00adver\u00adne\u00adment est en elle-m\u00eame th\u00e9o\u00adcra\u00adtique et que toute consti\u00adtu\u00adtion vient de&nbsp;Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout Pou\u00advoir, est dans sa nature la plus intime, d\u2019origine divine&nbsp;; car enfin ce n est pas la force bru\u00adtale qui fait vivre un sys\u00adt\u00e8me poli\u00adtique, mais la croyance sacr\u00e9e \u00e0 sa n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 abso\u00adlue, la tra\u00addi\u00adtion de la ser\u00advi\u00adli\u00adt\u00e9 qui tou\u00adjours pousse l\u2019homme \u00e0 sacri\u00adfier la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 vivante de l\u2019existence \u00e0 une ombre morte. Comme tout Pou\u00advoir, de sa nature m\u00eame, est divin, il est par cons\u00e9\u00adquent abso\u00adlu, m\u00eame quand il essaie de cacher sa fai\u00adblesse sous l\u2019apparence d\u2019une modeste jus\u00adtice par\u00adle\u00admen\u00adtaire. Qu\u2019il s\u2019agisse de la forme f\u00e9ti\u00adchiste de l\u2019\u00c9tat, o\u00f9 le prin\u00adcipe du pou\u00advoir trouve son expres\u00adsion imm\u00e9\u00addiate dans la per\u00adsonne du monarque, de l\u2019abstraite \u00ab&nbsp;r\u00e9pu\u00adblique, une et indi\u00advi\u00adsible&nbsp;\u00bb, des Jaco\u00adbins, ou, encore mieux, de la fameuse \u00ab&nbsp;dic\u00adta\u00adture du Pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat&nbsp;\u00bb des L\u00e9nine et Trots\u00adky, c\u2019est de minime impor\u00adtance&nbsp;: Ces \u00c9tats ne dif\u00adf\u00e8rent que par la forme, la nature m\u00eame des choses n\u2019est point chang\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sec Bonald, indi\u00adgeste p\u00e9dant et intr\u00e9\u00adpide d\u00e9fen\u00adseur du prin\u00adcipe d\u2019Autorit\u00e9 avait bien p\u00e9n\u00e9\u00adtr\u00e9 cette v\u00e9ri\u00adt\u00e9 lorsqu\u2019il \u00e9cri\u00advit ces mots ter\u00adribles&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu est le pou\u00advoir sou\u00adve\u00adrain de tout \u00eatre&nbsp;; l\u2019Homme-Dieu est le Pou\u00advoir sur toute l\u2019humanit\u00e9, le Chef d\u2019\u00c9tat est le Pou\u00advoir sur tous ses sujets, le Chef de Famille est le Pou\u00advoir dans sa mai\u00adson. Comme tout Pou\u00advoir est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019image de Dieu et est de pro\u00adve\u00adnance divine, tout Pou\u00advoir est absolu.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seule\u00adment Bonald n\u2019avait pas com\u00adpris une chose, il n\u2019avait pas pu la com\u00adprendre. Il com\u00adprit bien que la divi\u00adni\u00adt\u00e9 est \u00e0 l\u2019origine de tout pou\u00advoir, mais il ne com\u00adprit pas l\u2019origine de la divi\u00adni\u00adt\u00e9 qu\u2019il croyait avoir exis\u00adt\u00e9 depuis tou\u00adjours. Il ne se ren\u00addit jamais compte de la grande tra\u00adg\u00e9\u00addie humaine et il r\u00e9unis\u00adsait dans la m\u00eame per\u00adsonne et le trom\u00adp\u00e9 et le trompeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ain\u00adsi que Dieu ne sus\u00adtente son exis\u00adtence n\u00e9bu\u00adleuse que dans l\u2019imagination de l\u2019homme et ne lui fait sen\u00adtir son pou\u00advoir divin que par l\u2019activit\u00e9 inces\u00adsante des pr\u00eatres et des \u00e9lus, la concep\u00adtion de l\u2019\u00c9tat n\u2019est, elle aus\u00adsi qu\u2019une cr\u00e9a\u00adtion abs\u00adtraite dont le pou\u00advoir mat\u00e9\u00adriel n\u2019est r\u00e9v\u00e9\u00adl\u00e9 que par la force de ses repr\u00e9\u00adsen\u00adtants et de sa bureau\u00adcra\u00adtie hi\u00e9rarchique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le croyant attend tout bien de Dieu, car sa propre force lui semble vaine. Pour la m\u00eame rai\u00adson, le sujet cr\u00e9\u00addule attend tout de l\u2019\u00c9tat, le consi\u00add\u00e9\u00adrant comme la pro\u00advi\u00addence terrestre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne con\u00e7oit pas que l\u2019\u00c9tat devrait lui rendre ce qu\u2019il a vol\u00e9 sous forme d\u2019im\u00adp\u00f4ts&nbsp;; il ne con\u00e7oit pas non plus que les sacri\u00adfices qu\u2019il fait jour\u00adnel\u00adle\u00adment \u00e0 l\u2019\u00c9tat ne servent jamais ses propres int\u00e9\u00adr\u00eats, mais ceux de l\u2019\u00c9tat et de ses repr\u00e9\u00adsen\u00adtants, que au sur\u00adplus ceux-ci le soient par la \u00ab&nbsp;gr\u00e2ce de Dieu&nbsp;\u00bb ou par \u00ab&nbsp;la volon\u00adt\u00e9 du peuple&nbsp;\u00bb selon l\u2019affirmation des ten\u00addances les plus avan\u00adc\u00e9es de la th\u00e9o\u00adlo\u00adgie poli\u00adtique&nbsp;: <i>Vox Popu\u00adli, vox Dei<\/i>&nbsp;!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame que, dans la reli\u00adgion, Dieu est tout, l\u2019homme rien, de m\u00eame, dans la poli\u00adtique, l\u2019\u00c9tat est tout, le sujet rien. Ces deux maximes d\u2019autorit\u00e9 c\u00e9leste et ter\u00adrestre&nbsp;: le \u00ab&nbsp;Je suis le Sei\u00adgneur, ton Dieu&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;sois le sujet de l\u2019autorit\u00e9&nbsp;\u00bb sont, depuis l\u2019origine, unis comme fr\u00e8res siamois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En glo\u00adri\u00adfiant en Dieu l\u2019ensemble de la per\u00adfec\u00adtion abso\u00adlue, l\u2019homme lui-m\u00eame, le cr\u00e9a\u00adteur de Dieu, ne fut qu\u2019un mis\u00e9\u00adrable \u00ab&nbsp;ver de terre&nbsp;\u00bb, qu\u2019une incar\u00adna\u00adtion vivante de toute vani\u00adt\u00e9 et fai\u00adblesse ter\u00adrestre. Les th\u00e9o\u00adlo\u00adgiens et les scribes ne ces\u00ads\u00e8rent de lui assu\u00adrer qu\u2019il \u00e9tait \u00ab&nbsp;un p\u00eacheur d\u00e8s la nais\u00adsance&nbsp;\u00bb et qu\u2019il ne pour\u00adrait \u00eatre sau\u00adv\u00e9 de l\u2019enfer que par la r\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adtion et l\u2019application des com\u00adman\u00adde\u00adments sacr\u00e9s de Dieu. En attri\u00adbuant \u00e0 l\u2019\u00c9tat toute la per\u00adfec\u00adtion ter\u00adrestre, le sujet se d\u00e9gra\u00adda lui-m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 deve\u00adnir une cari\u00adca\u00adture d\u2019impuissance spi\u00adri\u00adtuelle, et les hommes de loi et les th\u00e9o\u00adlo\u00adgiens d\u2019\u00c9tat ne se fati\u00adgu\u00e8rent point de lui r\u00e9p\u00e9\u00adter que, dans sa nature intime, il avait tous les sombres ins\u00adtincts du cri\u00admi\u00adnel-n\u00e9 et qu\u2019il ne pour\u00adrait trou\u00adver le che\u00admin de la ver\u00adtu offi\u00adciel\u00adle\u00adment recon\u00adnue que par les lois de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le divin \u00ab&nbsp;tu devras&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;tu es obli\u00adg\u00e9&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00c9tat, se com\u00adpl\u00e8tent r\u00e9ci\u00adpro\u00adque\u00adment comme le mar\u00adteau et l\u2019enclume entre les\u00adquels l\u2019homme est apla\u00adti. Les com\u00adman\u00adde\u00adments de Dieu et les lois de l\u2019\u00c9tat ne sont que des expres\u00adsions dif\u00adf\u00e9\u00adrentes du m\u00eame prin\u00adcipe d\u2019Autorit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019image de Dieu et la croyance des hommes ont rev\u00ea\u00adtu des formes dif\u00adf\u00e9\u00adrentes au cours du temps&nbsp;; la confor\u00adma\u00adtion ext\u00e9\u00adrieure de l\u2019\u00c9tat et la croyance gou\u00adver\u00adne\u00admen\u00adtale des hon\u00adn\u00eates sujets, ont \u00e9t\u00e9 sou\u00admises \u00e9ga\u00adle\u00adment \u00e0 la trans\u00adfor\u00adma\u00adtion du temps. Mais la nature m\u00eame de la chose n\u2019est pas chan\u00adg\u00e9e, puisque, sous l\u2019enveloppe nou\u00advelle, il s\u2019agissait tou\u00adjours du m\u00eame prin\u00adcipe d\u2019Autorit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame que le centre des riva\u00adli\u00adt\u00e9s entre les \u00e9coles th\u00e9o\u00adlo\u00adgiques dif\u00adf\u00e9\u00adrentes \u00e9tait la ques\u00adtion de \u00ab&nbsp;la meilleure reli\u00adgion&nbsp;\u00bb, de m\u00eame l\u2019esprit du poli\u00adti\u00adcien pla\u00adna tou\u00adjours autour de la ques\u00adtion du \u00ab&nbsp;meilleur gouvernement.&nbsp;\u00bb,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme dans le domaine de la reli\u00adgion, il y a des juifs, des isla\u00admistes, des catho\u00adliques, des pro\u00adtes\u00adtants ou des mor\u00admons, il y a dans le domaine poli\u00adtique des monar\u00adchistes, des consti\u00adtu\u00adtion\u00adnels, des r\u00e9pu\u00adbli\u00adcains, des d\u00e9mo\u00adcrates ou des bol\u00adche\u00advistes, qui tous s\u2019entred\u00e9vorent, mais qui n\u00e9an\u00admoins\u200a\u2014\u200aconsciem\u00adment ou incons\u00adciem\u00adment\u200a\u2014\u200apour\u00adsuivent le m\u00eame but&nbsp;: gou\u00adver\u00adner, domi\u00adner, \u00eatre les Ma\u00eetres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les par\u00adtis ne sont en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 que des \u00e9glises poli\u00adtiques qui, cha\u00adcune de sa fa\u00e7on par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re sert l\u2019\u00c9tat, et, de la m\u00eame fa\u00e7on, comme toute \u00e9glise de n\u2019importe quelle reli\u00adgion, ils pr\u00eachent la gloire de leur Dieu en obser\u00advant s\u00e9v\u00e8\u00adre\u00adment le rituel. Par\u00adtout c\u2019est la m\u00eame volon\u00adt\u00e9 de sacri\u00adfice des cr\u00e9\u00addules et le m\u00eame d\u00e9sir de pou\u00advoir des \u00ab&nbsp;\u00e9lus&nbsp;\u00bb qui tra\u00eenent l\u2019existence vivante \u00e0 l\u2019autel pour la don\u00adner \u00e0 une ombre&nbsp;morte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame dans un domaine aus\u00adsi concret que celui de la vie \u00e9co\u00adno\u00admique des hommes, le fan\u00adt\u00f4me Dieu est pr\u00e9\u00adsent et demande par l\u2019interm\u00e9diaire de ses pr\u00eatres, son tri\u00adbut <i>antro\u00adpo\u00adpha\u00adgique<\/i>. \u00ab&nbsp;Le droit de pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb n\u2019est-il pas une simple trans\u00adpo\u00adsi\u00adtion de l\u2019id\u00e9e de Dieu dans le domaine \u00e9co\u00adno\u00admique&nbsp;? Et toute l\u2019\u00e9conomie poli\u00adtique bour\u00adgeoise a\u2011t-elle jamais \u00e9t\u00e9 autre chose que la th\u00e9o\u00adlo\u00adgie de la propri\u00e9t\u00e9&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les scribes du droit de pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 pro\u00adc\u00e8dent tout \u00e0 fait de la m\u00eame fa\u00e7on que les th\u00e9o\u00adlo\u00adgiens de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat&nbsp;: ceux-ci consi\u00add\u00e8rent comme leur t\u00e2che prin\u00adci\u00adpale de convaincre la horde de cr\u00e9\u00addules et sujets de leur nul\u00adli\u00adt\u00e9 abso\u00adlue, ceux-l\u00e0 s\u2019efforcent de sug\u00adg\u00e9\u00adrer \u00e0 la masse des pro\u00adduc\u00adteurs et des labou\u00adreurs le sen\u00adti\u00adment de leur d\u00e9pen\u00addance fatale pour pou\u00advoir les for\u00adger plus faci\u00adle\u00adment dans les cha\u00eenes de leurs idoles. Et comme la th\u00e9o\u00adlo\u00adgie de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat cherchent \u00e0 cacher l\u2019origine et la nature de leur Dieu dans les r\u00e9gions n\u00e9bu\u00adleuses du mys\u00adt\u00e8re, de m\u00eame leurs repr\u00e9\u00adsen\u00adtants dans la vie \u00e9co\u00adno\u00admique ne ratent aucun moyen pour faire dis\u00adpa\u00adra\u00eetre la v\u00e9ri\u00adtable nature de la pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 der\u00adri\u00e8re les voiles \u00e9paisses d\u2019une m\u00e9ta\u00adphy\u00adsique \u00e9trange.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 est divine et tout ce qui est divin est mys\u00adt\u00e8re. Dans cet esprit, toutes les consti\u00adtu\u00adtions poli\u00adtiques des hommes\u200a\u2014\u200aqu\u2019il s\u2019agisse des r\u00e8gle\u00adments de Dala\u00ef-Lama au Tibet ou de la fameuse l\u00e9gis\u00adla\u00adtion de 1793\u200a\u2014\u200aont entou\u00adr\u00e9 la pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 d\u2019une gloire de saint et lui ont don\u00adn\u00e9 la prin\u00adci\u00adpale place dans leur l\u00e9gislation&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a aucun doute&nbsp;: la pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 est sacr\u00e9e. Elle est une des mul\u00adtiples m\u00e9ta\u00admor\u00adphoses de l\u2019id\u00e9e de Dieu, qui sont sor\u00adties de l\u2019imagination de l\u2019homme et qui ne peuvent vivre que dans les r\u00e9gions d\u2019ombres de la plus obs\u00adcure ima\u00adgi\u00adna\u00adtion. Ici encore l\u2019apparence devient r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 vivante meurt d\u2019une chim\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ain\u00adsi que le f\u00e9tiche appa\u00adra\u00eet aux sau\u00advages comme la demeure d\u2019un reve\u00adnant, ain\u00adsi nous sen\u00adtons, dans chaque objet que nos yeux voient et que nos mains touchent, le fan\u00adt\u00f4me qui s\u2019y abrite. Der\u00adri\u00e8re les choses visibles de l\u2019existence r\u00e9elle, le fan\u00adt\u00f4me de la pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 fait son appa\u00adri\u00adtion et m\u00eame le pro\u00adduit du tra\u00advail de nos mains nous devient un f\u00e9tiche dans lequel un d\u00e9mon s\u2019est retir\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">H\u00e9las&nbsp;! nous vivons encore \u00e0 l\u2019\u00e9poque du f\u00e9ti\u00adchisme, mal\u00adgr\u00e9 toute ins\u00adtruc\u00adtion, mal\u00adgr\u00e9 toute science.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 cette chi\u00adm\u00e8re non seule\u00adment nous sacri\u00adfions la plus grande part de notre tra\u00advail, mais nous offrons encore des corps vivants en p\u00e2ture et nous nous enivrons dans le sen\u00adti\u00adment de notre hon\u00adn\u00ea\u00adte\u00adt\u00e9 bourgeoise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9sir de vivre du brave sujet est for\u00adte\u00adment exci\u00adt\u00e9 lorsque, l\u2019estomac gro\u00adgnant, il passe devant les vitrines des maga\u00adsins de la grande ville, et pour\u00adtant il n\u2019ose pas tendre la main pour sai\u00adsir ces belles choses, m\u00eame si la faim hurle dans ses intes\u00adtins, car il n\u2019est pas en \u00e9tat de payer l\u2019imp\u00f4t de sacri\u00adfice \u00e0 la pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9. Des mil\u00adliers d\u2019\u00eatres humains vivent toute leur vie dans la plus grande mis\u00e8re au milieu d\u2019une opu\u00adlence cri\u00admi\u00adnelle qui, jour\u00adnel\u00adle\u00adment, passe avec inso\u00adlence devant leurs yeux avides. Et pour\u00adtant, ils gardent encore plus fid\u00e8\u00adle\u00adment les com\u00adman\u00adde\u00adments du soi-disant \u00ab&nbsp;droit de pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb que les cr\u00e9\u00addules ne gardent les com\u00adman\u00adde\u00adments de&nbsp;Dieu.<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><b>\u2014 O \u2014<\/b><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Illu\u00adsions&nbsp;! Par\u00adtout des illu\u00adsions&nbsp;! Danses de fan\u00adt\u00f4mes \u00e0 Gol\u00adgo\u00adtha et une vie tres\u00adsaillante sur des autels tout fumants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En \u00e9tant constam\u00adment en rela\u00adtions avec le monde fan\u00adto\u00adma\u00adtique des dieux, nous sommes deve\u00adnus nous-m\u00eames presque des fan\u00adt\u00f4mes. Il y a quelque chose de sombre, de lourd en nous qui charge notre esprit et qui l\u2019attire vers le mys\u00adt\u00e8re des autels. La tra\u00addi\u00adtion de la ser\u00advi\u00adli\u00adt\u00e9 est dans notre sang, comme un poi\u00adson cach\u00e9 qui ronge inces\u00adsam\u00adment nos forces vitales et nous fait appa\u00adra\u00eetre le monde comme \u00e0 tra\u00advers une ivresse d\u2019opium. Ibsen avait trou\u00adv\u00e9 le point faible de notre esprit lorsqu\u2019il mit ces paroles dans la bouche de M<sup>me<\/sup>&nbsp;Aloing&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non seule\u00adment ce que nous avons h\u00e9ri\u00adt\u00e9 de notre p\u00e8re et m\u00e8re nous hante. Ce sont toutes les vieilles id\u00e9es mortes ima\u00adgi\u00adnables et toute sorte de croyances mortes, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Elles ne vivent pas en nous, mais elles sont mal\u00adgr\u00e9 cela dans notre sang et nous, ne pou\u00advons nous en d\u00e9bar\u00adras\u00adser. Lorsque j\u2019ai un jour\u00adnal \u00e0 la main et que j\u2019y lis, il me semble voir des fan\u00adt\u00f4mes qui se glissent entre les lignes. Il faut qu\u2019il y ait des fan\u00adt\u00f4mes par\u00adtout dans le pays. Il faut qu\u2019ils soient aus\u00adsi nom\u00adbreux que les grains de sable au fond de la mer. Et puis nous crai\u00adgnons tous tant la lumi\u00e8re, l\u2019un comme l\u2019autre&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, h\u00e9las&nbsp;! le fan\u00adt\u00f4me est en nous&nbsp;; il nous fait craindre la lumi\u00e8re et nous rend l\u00e2ches. Nous trem\u00adblons devant notre propre ombre et notre esprit invente les sys\u00adt\u00e8mes les plus \u00e9tranges pour jus\u00adti\u00adfier notre fai\u00adblesse et lui don\u00adner une appa\u00adrence h\u00e9ro\u00efque. Ain\u00adsi la ser\u00advi\u00adli\u00adt\u00e9 est une ver\u00adtu, la sou\u00admis\u00adsion un prin\u00adcipe. Toute notre vie est rem\u00adplie des dures \u00ab&nbsp;n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9s&nbsp;\u00bb que nous avons enfan\u00adt\u00e9es et nour\u00adries nous m\u00eames, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elles soient deve\u00adnues comme notre propre des\u00adti\u00adn\u00e9e. Elles nous pour\u00adsuivent du ber\u00adceau jusqu\u2019\u00e0 la tombe et empri\u00adsonnent cha\u00adcun de nos actes dans un cor\u00adset de lois sacr\u00e9es et de concep\u00adtions tra\u00addi\u00adtion\u00adnelles. Tout nous est une obli\u00adga\u00adtion, immua\u00adble\u00adment. Aus\u00adsi\u00adt\u00f4t que nous nous sommes d\u00e9bar\u00adras\u00ads\u00e9s du vieux joug, nous cher\u00adchons ardem\u00adment d\u2019autres sanc\u00adtuaires pour leur mon\u00adtrer notre v\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion. Le pre\u00admier jour de la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion, nous aper\u00adce\u00advons quelques \u00e9clairs du cr\u00e9\u00adpus\u00adcule des dieux&nbsp;; mais le deuxi\u00e8me jour, nous sommes d\u00e9j\u00e0 pr\u00eats \u00e0 nous age\u00adnouiller devant de nou\u00adveaux autels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et lorsque quelqu\u2019un de la race des \u00ab&nbsp;\u00c9lus&nbsp;\u00bb vient au milieu de nous pour nous apprendre les sen\u00adti\u00adments huma\u00adni\u00adtaires, ou nous le trai\u00adnons \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud ou nous l\u2019appelons un saint. Les Pha\u00adri\u00adsiens firent cru\u00adci\u00adfier un homme&nbsp;; mais, trois jours apr\u00e8s sa mort, l\u2019erreur des cr\u00e9\u00addules le res\u00adsus\u00adci\u00adta et en fit un Dieu. Quand vien\u00addra enfin le ven\u00addre\u00addi saint de Dieu, appor\u00adtant la r\u00e9sur\u00adrec\u00adtion de l\u2019homme&nbsp;?<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\"><b>\u2014 O \u2014<\/b><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enten\u00addez-vous le cri loin\u00adtain de l\u2019autre rive&nbsp;? Il reten\u00adtit ivre d\u2019esp\u00e9rance, plein de vie, \u00e0 tra\u00advers la nuit gla\u00adc\u00e9e, comme un mes\u00adsa\u00adger de l\u2019avenir, le brouillard se dis\u00adsipe. Un d\u00e9sir ardent tra\u00adverse le monde comme un souffle de prin\u00adtemps en mars. Ce sont les mes\u00adsa\u00adgers du cr\u00e9\u00adpus\u00adcule des dieux qui nous annoncent la f\u00eate de la r\u00e9surrection.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Ger\u00admi\u00adnal&nbsp;!<\/i> Enten\u00addez-vous le cri tres\u00adsaillir dans l\u2019air, \u00e0 minuit&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Ger\u00admi\u00adnal&nbsp;!<\/i> r\u00e9no\u00adva\u00adteur de la vie, annon\u00adcia\u00adteur d\u2019une nou\u00advelle exis\u00adtence, esprit de des\u00adtruc\u00adtion, esprit cr\u00e9a\u00adteur, nous te saluons&nbsp;!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Ger\u00admi\u00adnal&nbsp;! Germinal&nbsp;!<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Rudolf Rocker.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9no\u00adva\u00adteur de la vie, annon\u00adcia\u00adteur d\u2019une nou\u00advelle exis\u00adtence, esprit de la des\u00adtruc\u00adtion, esprit cr\u00e9a\u00adteur, nous te saluons&nbsp;! \u00c0 tra\u00advers l\u2019image sombre d\u2019un pr\u00e9\u00adsent avor\u00adt\u00e9, nous sen\u00adtons la chaude haleine du len\u00adde\u00admain, nous, acca\u00adbl\u00e9s de la mal\u00e9\u00addic\u00adtion des si\u00e8cles et dont le d\u00e9sir ardent ronge les c\u0153urs comme une flamme incan\u00addes\u00adcente. 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