{"id":2791,"date":"2011-05-28T17:28:50","date_gmt":"2011-05-28T17:28:50","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/05\/28\/romain-rolland-2\/"},"modified":"2011-05-28T17:28:50","modified_gmt":"2011-05-28T17:28:50","slug":"romain-rolland-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/05\/28\/romain-rolland-2\/","title":{"rendered":"Romain Rolland"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2791?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2791?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>Apr\u00e8s avoir, en cette rubrique, \u00ab&nbsp;adsper\u00adn\u00e9 le mufle&nbsp;\u00bb et dit leur fait comme il convient \u00e0 deux des plus notoires fri\u00adpouilles de noire triste \u00e9poque&nbsp;: Mil\u00adle\u00adrand-la-Liqui\u00adda\u00adtion et Tho\u00admas-la-Concus\u00adsion, je veux aujourd\u2019hui choi\u00adsir par\u00admi le \u00ab&nbsp;<i>bon grain<\/i>&nbsp;\u00bb, h\u00e9las si peu nom\u00adbreux&nbsp;; et qui donc inau\u00adgu\u00adre\u00adrait ce cycle b\u00e9n\u00e9\u00adfique sinon Romain Rolland&nbsp;?<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait au d\u00e9but des temps mau\u00addits. Dans le <i>Jour\u00adnal de Gen\u00e8ve<\/i> (sep\u00adtembre 1914) venait de para\u00eetre un article inti\u00adtu\u00adl\u00e9 <i>Au-des\u00adsus de la M\u00eal\u00e9e<\/i>, cet article \u00e9tait sign\u00e9 Romain Rolland.<\/p>\n<p>Les paci\u00adfistes \u00e9taient rares en cet hiver l914-1915 et le pre\u00admier prin\u00adtemps de guerre qui venait n\u2019\u00e9paissit gu\u00e8re leurs rangs. Par\u00admi la petite pha\u00adlange ce fut un \u00e9moi. Enfin&nbsp;! un \u00e9cri\u00advain, un \u00ab&nbsp;intel\u00adlec\u00adtuel&nbsp;\u00bb se refu\u00adsait \u00e0 faire sa par\u00adtie dans le ch\u0153ur inf\u00e2me et \u00e9le\u00advait, au-des\u00adsus des fr\u00e9\u00adn\u00e9\u00adsies natio\u00adnales, sa voix sim\u00adple\u00adment humaine. Il y avait des mois que nous atten\u00addions cela, nous autres les obs\u00adcurs, ceux dont la parole n\u2019avait point la puis\u00adsance de trou\u00adbler les augures san\u00adglants, et dont nulle feuille n\u2019e\u00fbt ins\u00e9\u00adr\u00e9 les phrases vengeresses.<\/p>\n<p>Il m\u2019en sou\u00advient. C\u2019est en com\u00admen\u00adtant les articles du <i>Jour\u00adnal de Gen\u00e8ve<\/i> qu\u2019un jour, cher Hen\u00adri Guil\u00adbeaux, je ren\u00adcon\u00adtrai Ray\u00admond Lefebvre\u2026 et le soir nous all\u00e2mes rue Mouf\u00adfe\u00adtard entendre, dans une petite salle noire, Mer\u00adrheim qui d\u00e9voi\u00adlait \u00e0 un quar\u00adte\u00adron de pro\u00adl\u00e9\u00adtaires les v\u00e9ri\u00adtables ori\u00adgines de la Tue\u00adrie. Le nom de Romain Rol\u00adland \u00e9tait dans nos bouches\u2026 mais o\u00f9 sont les neiges d\u2019antan&nbsp;?<\/p>\n<p>La guerre inf\u00e2me et stu\u00adpide, le mas\u00adsacre scien\u00adti\u00adfique, plus cho\u00adquant encore pour la rai\u00adson que pour la sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9, avait grou\u00adp\u00e9 quelques hommes en un fais\u00adceau pro\u00adtes\u00adta\u00adtaire. La paix a d\u00e9nou\u00e9 ce que la guerre avait uni. Ain\u00adsi va le monde. Il ne faut point s\u2019\u00e9tonner que les paci\u00adfistes d\u2019hier soient aujourd\u2019hui d\u00e9s\u00adunis. La rai\u00adson de ce \u00ab&nbsp;front unique&nbsp;\u00bb ayant ces\u00ads\u00e9 le jour de l\u2019armistice, cha\u00adcun s\u2019en est all\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 l\u2019appelait son tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adment. Ceci est une illus\u00adtra\u00adtion de la diver\u00adsi\u00adt\u00e9 \u00e9ter\u00adnelle des hommes, et une le\u00e7on aux auto\u00adri\u00adtaires, trop prompts \u00e0 s\u2019enthousiasmer pour l\u2019unification arbi\u00adtraire sous la f\u00e9rule de for\u00admules aus\u00adsi creuses qu\u2019abstraites.<\/p>\n<p>Cer\u00adtains de nos amis d\u2019hier ont cru trou\u00adver dans un Par\u00adti poli\u00adtique une garan\u00adtie contre de futurs mas\u00adsacres. Ils ont accep\u00adt\u00e9 cette affir\u00adma\u00adtion vague&nbsp;: \u00ab&nbsp;La res\u00adpon\u00adsa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 de la guerre incombe au capi\u00adta\u00adlisme&nbsp;\u00bb sans son\u00adger \u00e0 l\u2019examen atten\u00adtif des mots qui le com\u00adposent, et se ran\u00adgeant, du fait m\u00eame de leur adh\u00e9\u00adsion \u00e0 cette for\u00admule, par\u00admi ces na\u00effs socia\u00adlistes qui s\u2019imaginent volon\u00adtiers les peuples, au len\u00adde\u00admain du \u00ab&nbsp;grand soir&nbsp;\u00bb, unis et fra\u00adter\u00adnels sous l\u2019\u00e9gide du dra\u00adpeau rouge. Je ne pos\u00ads\u00e8de point, h\u00e9las&nbsp;! cette puis\u00adsance d\u2019illusion. Je ne l\u2019envie m\u00eame pas, ayant une volon\u00adt\u00e9 pas\u00adsion\u00adn\u00e9e \u00e0 appro\u00adcher tou\u00adjours davan\u00adtage une v\u00e9ri\u00adt\u00e9, que je sais pour\u00adtant fuyante et variable, seule capable de faire dans l\u2019esprit des hommes cette R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion int\u00e9\u00adrieure sans laquelle tout chan\u00adge\u00adment d\u2019\u00e9tiquette sera chose vaine, ou pour le moins incompl\u00e8te.<\/p>\n<p>Ici m\u00eame, nagu\u00e8re, je com\u00admen\u00adtai la contro\u00adverse Rol\u00adland-Bar\u00adbusse. La dis\u00adcus\u00adsion, aujourd\u2019hui close, aura per\u00admis de voir plus clair dans l\u2019\u00e9cheveau com\u00adpli\u00adqu\u00e9 des \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments. \u00c0 la suite de Mos\u00adcou, les uns ont conclu que \u00ab&nbsp;<i>la fin jus\u00adti\u00adfie les moyens<\/i>&nbsp;\u00bb. D\u2019autres\u200a\u2014\u200adont Romain Rol\u00adland\u200a\u2014\u200aplus clair\u00advoyants \u00e0 la fois et de plus haute mora\u00adli\u00adt\u00e9, savent que lorsque les moyens sont mau\u00advais, f\u00e9roces ou bas, ils par\u00adviennent rapi\u00adde\u00adment \u00e0 obs\u00adtruer l\u2019horizon et tendent \u00e0 deve\u00adnir eux-m\u00eames une <i>fin<\/i>. Les uns pro\u00adc\u00e8dent de l\u2019erreur fon\u00adda\u00admen\u00adtale de Jean-Jacques d\u2019un opti\u00admisme exces\u00adsif&nbsp;: L\u2019homme na\u00eet bon, mais la soci\u00e9\u00adt\u00e9 le d\u00e9prave (ce qui fut aus\u00adsi l\u2019opinion du comte de Paris, lequel disait&nbsp;: Les ins\u00adti\u00adtu\u00adtions cor\u00adrompent les hommes). Les autres savent que l\u2019homme na\u00eet avec des h\u00e9r\u00e9\u00addi\u00adt\u00e9s contra\u00addic\u00adtoires quelque peu modi\u00adfiables par l\u2019\u00e9ducation, mais qu\u2019au fond c\u2019est plu\u00adt\u00f4t l\u2019homme qui cor\u00adrompt les ins\u00adti\u00adtu\u00adtions, et que si par\u00adfaite que soit\u200a\u2014\u200asur le papier\u200a\u2014\u200aune soci\u00e9\u00adt\u00e9 ima\u00adgi\u00adnaire les hommes se char\u00adge\u00adront bien, comme disait Le Dan\u00adtec, d\u2019en faire \u00ab&nbsp;une pauvre chose m\u00e9diocre&nbsp;\u00bb\u2026 mais reve\u00adnons \u00e0 Romain Rolland.<\/p>\n<p>Si j\u2019\u00e9prouve aujourd\u2019hui une joie r\u00e9elle \u00e0 par\u00adler de cet \u00e9cri\u00advain, c\u2019est sur\u00adtout parce qu\u2019il est, au bon sens du mot, un \u00ab&nbsp;intel\u00adlec\u00adtuel&nbsp;\u00bb. Trop long\u00adtemps, les malins int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9s ont entre\u00adte\u00adnu l\u2019hostilit\u00e9 entre <i>manuels<\/i> et <i>intel\u00adlec\u00adtuels<\/i>. L\u2019ouvri\u00e9risme a \u00e9loi\u00adgn\u00e9 trop long\u00adtemps les peuples igno\u00adrants de leurs guides natu\u00adrels, pen\u00addant que, d\u2019autre part, l\u2019arrivisme \u00e9hon\u00adt\u00e9 des faux intel\u00adlec\u00adtuels jus\u00adti\u00adfiait la m\u00e9fiance des pl\u00e8bes. Il faut en finir et le nom de Romain Rol\u00adland peut \u00eatre le mot de ral\u00adlie\u00adment des <i>hommes de bonne volon\u00adt\u00e9<\/i> qu\u2019ils aient eu, ou non, le bon\u00adheur de s\u2019approcher de la Connais\u00adsance et de l\u2019Art. Trop de cama\u00adrades ont pen\u00ads\u00e9 comme les com\u00admen\u00adsaux de <i>Jean Chris\u00adtophe<\/i> que l\u2019artiste \u00ab&nbsp;\u00e9tait un malin qui s\u2019arrangeait de fa\u00e7on \u00e0 tra\u00advailler le moins et le plus agr\u00e9a\u00adble\u00adment pos\u00adsible&nbsp;\u00bb. Il convient de r\u00e9agir contre cet esprit. Il ne suf\u00adfit pas qu\u2019un imb\u00e9\u00adcile se pr\u00e9\u00adtende \u00ab&nbsp;anarchiste&nbsp;\u00bb&nbsp;(<html><html><\/html><\/html><\/p><p>\u00c0 l\u2019\u00e9gal des Reclus, des Kro\u00adpot\u00adkine [[\u00ab&nbsp;Il y aura tou\u00adjours, et il est d\u00e9si\u00adrable qu\u2019il y ait tou\u00adjours, des hommes et des femmes dont les besoins seront au-des\u00adsus de la moyenne dans une direc\u00adtion quel\u00adconque.&nbsp;\u00bb (Kro\u00adpot\u00adkine&nbsp;: \u00ab&nbsp;La conqu\u00eate du pain&nbsp;\u00bb, page 133.)]], des Nieu\u00adwen\u00adhuis, des Mir\u00adbeau, Romain Rol\u00adland m\u00e9rite l\u2019hommage des esprits vrai\u00adment libres.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Romain Rol\u00adland naquit \u00e0 Cla\u00adme\u00adcy le 29 jan\u00advier 1866. Son p\u00e8re \u00e9tait notaire, mais son arri\u00e8re grand-p\u00e8re, ardent r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, fut \u00ab&nbsp;un des douze Ap\u00f4tres de la Rai\u00adson&nbsp;\u00bb et l\u2019amour de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion dut \u00eatre par celui-l\u00e0 d\u00e9po\u00ads\u00e9 dans l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 de cette famille nivernaise.<\/p>\n<p>Au lyc\u00e9e Louis-le-Grand o\u00f9 il vint pr\u00e9\u00adpa\u00adrer son admis\u00adsion \u00e0 l\u2019\u00c9cole Nor\u00admale, le jeune Rol\u00adland fut le condis\u00adciple de Suar\u00e8s.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 Nor\u00admale que Rol\u00adland re\u00e7ut la plus forte impres\u00adsion peut-\u00eatre de sa vie&nbsp;: celle de Tol\u00adsto\u00ef. On \u00e9tait en 1886&nbsp;; les pre\u00admi\u00e8res tra\u00adduc\u00adtions des grands \u00e9cri\u00advains russes parais\u00adsaient en France. D\u00e9j\u00e0 Tol\u00adsto\u00ef affi\u00adchait son m\u00e9pris pour l\u2019Art. R. Rol\u00adland lui \u00e9cri\u00advit pour lui expo\u00adser ses craintes, quant aux cons\u00e9\u00adquences pro\u00adbables d\u2019un tel m\u00e9pris.<\/p>\n<p>Le 4 octobre 1887, Tol\u00adsto\u00ef r\u00e9pon\u00addit une longue et noble lettre, que Rol\u00adland publia 15 ans plus tard, et qui les mit d\u2019accord, les unis\u00adsant en un m\u00eame amour de l\u2019Art vrai, de l\u2019art popu\u00adlaire en oppo\u00adsi\u00adtion aux for\u00admules fig\u00e9es d\u2019un art et d\u2019une science artificiels.<\/p>\n<p>De 1889 \u00e0 1891 Rol\u00adland est, \u00e0 Rome, \u00e9l\u00e8ve de l\u2019\u00c9cole fran\u00ad\u00e7aise d\u2019Arch\u00e9ologie et d\u2019Histoire et y fait la connais\u00adsance d\u2019une femme dont les id\u00e9es et l\u2019amiti\u00e9 eurent pour lui une grande influence&nbsp;: M<sup>lle<\/sup>&nbsp;Mal\u00adwi\u00adda de Mey\u00adsen\u00adburg, alors \u00e2g\u00e9e de 72 ans, \u00e0 qui l\u2019avait recom\u00adman\u00add\u00e9 son ma\u00eetre de Nor\u00admale, le pro\u00adfes\u00adseur Monod [[Ces d\u00e9tails, et en g\u00e9n\u00e9\u00adral les docu\u00adments bio\u00adgra\u00adphiques de cet article sont emprun\u00adt\u00e9s \u00e0 l\u2019excellent ouvrage de M.&nbsp;Jean Bon\u00adne\u00adrot. \u00ab&nbsp;Romain Rol\u00adland, son \u0153uvre&nbsp;\u00bb (\u00c9di\u00adtion du \u00ab&nbsp;Car\u00adnet Critique&nbsp;\u00bb).]].<\/p>\n<p>C\u2019est durant un second s\u00e9jour \u00e0 Rome que R. Rol\u00adland con\u00e7ut <i>Jean-Chris\u00adtophe<\/i> et c\u2019est peut \u00eatre l\u00e0 \u00e9ga\u00adle\u00adment, dans ce pays impr\u00e9\u00adgn\u00e9 encore de la magni\u00adfique Renais\u00adsance, qu\u2019il eut l\u2019id\u00e9e de sa <i>Vie de Michel-Ange<\/i> qui est peut-\u00eatre l\u2019hommage le plus par\u00adfait, parce que le plus humain, qui fut ren\u00addu au ma\u00eetre de la Sixtine.<\/p>\n<p>C\u2019est en 1897 que parut, dans la <i>Revue de Paris, Saint-Louis<\/i>, po\u00e8me dra\u00adma\u00adtique en cinq actes \u00e9crits \u00e0 la fa\u00e7on de Sha\u00adkes\u00adpeare. Puis, l\u2019ann\u00e9e sui\u00advante, <i>A\u00ebrt<\/i> est jou\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre de <i>L\u2019\u0152uvre<\/i>, et quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, <i>Mori\u00adtu\u00adri<\/i>, dont l\u2019auteur n\u2019est autre que R. Rol\u00adland, sous le pseu\u00addo\u00adnyme de Saint Just. Cette pi\u00e8ce est la pre\u00admi\u00e8re d\u2019une s\u00e9rie sur la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion Fran\u00ad\u00e7aise qu\u2019il r\u00eavait de d\u00e9dier au Peuple de Paris. Vinrent ensuite&nbsp;: <i>Dan\u00adton<\/i>, le <i>Triomphe de la Rai\u00adson<\/i> et le <i>14 Juillet<\/i>, dont l\u2019ensemble forme un magni\u00adfique \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00e2tre r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire&nbsp;\u00bb qui n\u2019est pas la par\u00adtie la moins int\u00e9\u00adres\u00adsante de l\u2019\u0153uvre de l\u2019auteur de <i>Jean-Chris\u00adtophe<\/i>.<\/p>\n<p>R. Rol\u00adland fut tou\u00adjours han\u00adt\u00e9 par l\u2019id\u00e9e d\u2019un v\u00e9ri\u00adtable Th\u00e9\u00e2tre du Peuple et c\u2019est ce titre qu\u2019il don\u00adna \u00e0 un livre enthou\u00adsiaste qui parut en 1903 et qui est un violent r\u00e9qui\u00adsi\u00adtoire contre la tra\u00adg\u00e9\u00addie clas\u00adsique, le drame roman\u00adtique et le th\u00e9\u00e2tre bourgeois.<\/p>\n<p>En 1902 et 1905 paraissent les \u00ab&nbsp;vies h\u00e9ro\u00efques&nbsp;\u00bb de Bee\u00adtho\u00adven et de Michel Ange, dont on peut dire qu\u2019elles font aimer \u00ab&nbsp;humai\u00adne\u00adment&nbsp;\u00bb ces deux h\u00e9ros de l\u2019Art, tant elles expriment pas\u00adsion\u00adn\u00e9\u00adment la splen\u00addeur ter\u00adrible de l\u2019humaine dou\u00adleur qui mar\u00adqua les gran\u00addioses et tra\u00adgiques des\u00adti\u00adn\u00e9es de ces deux artistes.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 par\u00adtir de 1904 que parurent aux \u00ab&nbsp;Cahiers de la Quin\u00adzaine&nbsp;\u00bb les frag\u00adments suc\u00adces\u00adsifs de cette \u0153uvre \u00e9norme&nbsp;: <i>Jean-Chris\u00adtophe<\/i>, v\u00e9ri\u00adtable suite de romans, pein\u00adture de la vie artis\u00adtique d\u2019une soci\u00e9\u00adt\u00e9 et par\u00adfois cri\u00adtique am\u00e8re d\u2019une huma\u00adni\u00adt\u00e9 basse se com\u00adplai\u00adsant en sa tur\u00adpi\u00adtude, aim\u00e9e cepen\u00addant, pour le rayon d\u2019espoir qu\u2019une beau\u00adt\u00e9 fugi\u00adtive entre\u00advue, fait \u00e9clore en l\u2019\u00e2me bles\u00ads\u00e9e de l\u2019artiste.<\/p>\n<p>Tout a \u00e9t\u00e9 dit sur l\u2019\u0153uvre de R. Rol\u00adland. Cet article n\u2019est point cri\u00adtique et je me bor\u00adne\u00adrai \u00e0 mar\u00adquer ma pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrence pour <i>La R\u00e9volte<\/i>. <i>La Foire sur la place et le Buis\u00adson Ardent<\/i> o\u00f9 le musi\u00adcien Chris\u00adtophe se hausse jusqu\u2019\u00e0 la vision totale du monde et \u00e9treint dans sa pen\u00ads\u00e9e la vie elle-m\u00eame avec son grouille\u00adment formidable.<\/p>\n<p>Chaque ann\u00e9e, depuis 1911, R. Rol\u00adland allait se repo\u00adser en Suisse, seul coin de terre disait-il o\u00f9 \u00ab&nbsp;l\u2019on put res\u00adpi\u00adrer au-des\u00adsus de l\u2019Europe&nbsp;\u00bb. Les \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments devaient lui don\u00adner tra\u00adgi\u00adque\u00adment rai\u00adson&nbsp;: la guerre l\u2019y sur\u00adprit, il n\u2019attendit pas long\u00adtemps pour pro\u00adtes\u00adter contre le fl\u00e9au stu\u00adpide et f\u00e9roce, puisque c\u2019est le 2 sep\u00adtembre 1914 que parut, dans le <i>Jour\u00adnal de Gen\u00e8ve<\/i>, le pre\u00admier de ces articles, dont le litre <i>Au-des\u00adsus de la M\u00eal\u00e9e<\/i> devait don\u00adner son nom au recueil. De tous les \u00e9cri\u00advains euro\u00adp\u00e9ens, R. Rol\u00adland fut le pre\u00admier en date \u00e0 s\u2019\u00e9lever contre la san\u00adglante b\u00eatise des patrio\u00adtismes d\u00e9cha\u00ee\u00adn\u00e9s. Cela m\u00e9rite qu\u2019on s\u2019en souvienne.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Pour ce crime de l\u00e8se-patrie, Rol\u00adland fut inju\u00adri\u00e9, hon\u00adni, mau\u00addit par tous les sti\u00adpen\u00addi\u00e9s de l\u2019\u00c9tat. Tout ce que la Mai\u00adson de la Presse et le Deuxi\u00e8me Bureau comp\u00adtaient de mou\u00adchards \u00ab&nbsp;lit\u00adt\u00e9\u00adraires&nbsp;\u00bb ou d\u2019espions \u00ab&nbsp;jour\u00adna\u00adlis\u00adtiques&nbsp;\u00bb bava sur l\u2019auteur de <i>Jean-Chris\u00adtophe<\/i>&nbsp;: Hen\u00adri Mas\u00adsis, cham\u00adpion du natio\u00adna\u00adlisme int\u00e9\u00adgral, St\u00e9\u00adphane Ser\u00advant, puis l\u2019ineffable Loyon, niais et pro\u00adc\u00e9\u00addu\u00adrier, flan\u00adqu\u00e9 de son Isa\u00adbelle Debran et l\u2019imb\u00e9cile Charles Albert, pseu\u00addo-anar\u00adchiste et encore l\u2019immonde por\u00adno\u00adgraphe-mou\u00adchard Willy, accom\u00adpa\u00adgn\u00e9s du com\u00admis-voya\u00adgeur en calem\u00adbours William Vogt, tous les plu\u00admi\u00adtifs \u00e0 court de copie patrio\u00adtique, tous les roquets de gou\u00adver\u00adne\u00adment cher\u00adchant un os \u00e0 ron\u00adger, tout cela bava aux chausses de Romain Rolland.<\/p>\n<p>Nous f\u00fbmes quelques-uns \u00e0 l\u2019aimer pour ces mul\u00adtiples rai\u00adsons, et puisque je rap\u00adpelle ces ann\u00e9es ter\u00adribles, qu\u2019il me soit per\u00admis de repro\u00adcher \u00e0 M.&nbsp;Jean Bon\u00adne\u00adrot, bio\u00adgraphe de R. Rol\u00adland, d\u2019avoir omis dans la liste de ceux qui prirent la plume pour d\u00e9fendre l\u2019auteur d\u2019<i>Au-des\u00adsus de la m\u00eal\u00e9e<\/i> les col\u00adla\u00adbo\u00adra\u00adteurs de <i>Ce qu\u2019il faut dire<\/i>, qui d\u00e8s le prin\u00adtemps 1916 lut\u00adt\u00e8rent contre une cen\u00adsure imb\u00e9\u00adcile et furent alors \u00e0 peu pr\u00e8s les seuls dans la presse fran\u00ad\u00e7aise \u00e0 f\u00e9li\u00adci\u00adter l\u2019acad\u00e9mie su\u00e9\u00addoise d\u2019avoir d\u00e9cer\u00adn\u00e9 \u00e0 R. Rol\u00adland le prix Nobel \u00ab&nbsp;comme hom\u00admage ren\u00addu au grand id\u00e9a\u00adlisme de ses \u00e9crits&nbsp;\u00bb [[Voir 1<sup>re<\/sup> ann\u00e9e de \u00ab&nbsp;Ce qu\u2019il faut dire&nbsp;\u00bb, en par\u00adti\u00adcu\u00adlier le n\u00b0 35.]]. Depuis que la&nbsp;paix&nbsp;(<html><\/html><\/p><p>Apr\u00e8s <i>Au-des\u00adsus de la m\u00eal\u00e9e<\/i> vinrent <i>les Pr\u00e9\u00adcur\u00adseurs<\/i>, recueil d\u2019articles \u00ab&nbsp;consa\u00adcr\u00e9s aux hommes de cou\u00adrage qui, dans les pays, ont su main\u00adte\u00adnir leur pen\u00ads\u00e9e libre et leur foi inter\u00adna\u00adtio\u00adnale par\u00admi les fureurs de la guerre et de la r\u00e9ac\u00adtion uni\u00adver\u00adselle&nbsp;\u00bb. Quelques-uns de ces articles parurent dans <i>Demain<\/i> ain\u00adsi d\u2019ailleurs que celui inti\u00adtu\u00adl\u00e9 <i>Aux peuples assas\u00adsi\u00adn\u00e9s<\/i> que nous nous pas\u00adsions clan\u00addes\u00adti\u00adne\u00adment avec une invin\u00adcible \u00e9mo\u00adtion\u2026 vieux sou\u00adve\u00adnirs&nbsp;! Il y eut ensuite <i>Emp\u00e9\u00addocle d\u2019Agrigente et l\u2019\u00e2ge de la Haine<\/i>, puis enfin, apr\u00e8s une longue attente, <i>Cl\u00e9\u00adram\u00adbault<\/i>, \u00ab&nbsp;his\u00adtoire d\u2019une conscience libre pen\u00addant la guerre&nbsp;\u00bb. Cette \u0153uvre devait por\u00adter le titre&nbsp;: <i>l\u2019Un contre Tous<\/i> et c\u2019est sous ce nom que parut dans <i>Notre Voix<\/i> [[13 avril 1919.]] un frag\u00adment in\u00e9dit inti\u00adtu\u00adl\u00e9&nbsp;: <i>L\u2019\u00c9tat Major de la Pen\u00ads\u00e9e<\/i>. C\u2019est l\u00e0 un petit fait lit\u00adt\u00e9\u00adraire qu\u2019oublient volon\u00adtiers les bio\u00adgraphes de R. Rol\u00adland. Les publi\u00adca\u00adtions qui ne savent, ou ne veulent, faire autour d\u2019elles le \u00ab&nbsp;bat\u00adtage&nbsp;\u00bb habi\u00adtuel aux \u00ab&nbsp;gen\u00adde\u00adlettres&nbsp;\u00bb passent faci\u00adle\u00adment inaper\u00ad\u00e7ues\u2026 mais passons.<\/p>\n<p><i>Lilu\u00adli<\/i> (1918) est une farce sati\u00adrique, non pas joueuse comme le dit M.&nbsp;Bon\u00adne\u00adrot, mais bien pro\u00adfonde et quelque peu am\u00e8re. <i>Pierre et Luce<\/i> (m\u00eame ann\u00e9e), font \u00e9ga\u00adle\u00adment par\u00adtie, peut-on dire, de l\u2019\u0153uvre de guerre de R. Rol\u00adland. Entre temps, celui-ci avait publi\u00e9 <i>Colas Breu\u00adgnon<\/i> qui, con\u00e7u selon une phi\u00adlo\u00adso\u00adphie gogue\u00adnarde et joyeuse, donne vrai\u00adment une note \u00e0 part dans l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre. Tr\u00e8s moderne, le musi\u00adcien qu\u2019est R. Rol\u00adland a vou\u00adlu cette char\u00admante dis\u00adso\u00adnance\u2026 pour notre d\u00e9lectation.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019\u0153uvre de R. Rol\u00adland, dit M.&nbsp;Bon\u00adne\u00adrot, n\u2019est pas finie, elle se pour\u00adsuit, elle conti\u00adnue, elle \u00e9vo\u00adlue.&nbsp;\u00bb Nous l\u2019esp\u00e9rons bien ain\u00adsi. Quant \u00e0 dire quelle fut son influence sur son \u00e9poque, il est facile et juste d\u2019affirmer qu\u2019elle est grande.<\/p>\n<p>R. Rol\u00adland repr\u00e9\u00adsente magni\u00adfi\u00adque\u00adment la Pen\u00ads\u00e9e libre. Si, dans sa r\u00e9cente contro\u00adverse avec l\u2019auteur du <i>Feu<\/i>, il a mis cette liber\u00adt\u00e9 de pen\u00adser au-des\u00adsus de toutes les contin\u00adgences sociale&nbsp;? ou poli\u00adtiques, c\u2019est qu\u2019il sait bien que cette id\u00e9e \u00e9mane de son \u0153uvre comme l\u2019odeur d\u2019un bou\u00adquet&nbsp;; que dis-je&nbsp;? elle est l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame. De Chris\u00adtophe \u00e0 Cl\u00e9\u00adram\u00adbault, en pas\u00adsant par Colas Breu\u00adgnon, les h\u00e9ros sym\u00adpa\u00adthiques en l\u2019\u00e2me des\u00adquels il est per\u00admis de croire que l\u2019auteur a mis quelque chose de la sienne, c\u2019est un souffle \u00e9pique de liber\u00adt\u00e9 qui anime les \u00eatres et les choses, cr\u00e9e les per\u00adson\u00adnages et l\u2019atmosph\u00e8re, et si les poli\u00adti\u00adciens, qui comp\u00adtaient atte\u00adler \u00e0 leur char ce libre artiste, s\u2019\u00e9taient don\u00adn\u00e9 la peine de lire atten\u00adti\u00adve\u00adment ses livres, ils ne seraient point tom\u00adb\u00e9s dans cette gro\u00adtesque erreur.<\/p>\n<p>L\u2019auteur de <i>Lilu\u00adli<\/i> est peut-\u00eatre le seul, par\u00admi les \u00e9cri\u00advains actuel\u00adle\u00adment vivants, dont on puisse faire un guide \u00e0 la fois intel\u00adlec\u00adtuel et moral. Il est pour tous ceux qui, inquiets, cherchent leur voie mieux qu\u2019un \u00ab&nbsp;direc\u00adteur de conscience&nbsp;\u00bb. Il est la conscience m\u00eame de cette \u00e9poque, dont il a dit qu\u2019elle \u00ab&nbsp;manque d\u2019un Juv\u00e9\u00adnal&nbsp;\u00bb. Mais, bien que sa clair\u00advoyance l\u2019incite \u00e0 dou\u00adter de tout, Romain Rol\u00adland n\u2019est point, \u00e0 pro\u00adpre\u00adment dire, un \u00ab&nbsp;pes\u00adsi\u00admiste&nbsp;\u00bb. Exempt de toute illu\u00adsion, il ne demande aux hommes et aux choses que ce qu\u2019ils peuvent donner.<\/p>\n<p>Musi\u00adcien, il sait que l\u2019on ne peut esp\u00e9\u00adrer autre chose que \u00ab&nbsp;faire que se fondent har\u00admo\u00adnieu\u00adse\u00adment les dis\u00adso\u00adnances n\u00e9ces\u00adsaires&nbsp;\u00bb et c\u2019est ce sens humain qui nous le rend cher, plus cher que tous ceux qui crurent devoir s\u2019affubler d\u2019une \u00e9ti\u00adquette et se faire les hommes-liges d\u2019un par\u00adti, met\u00adtant ain\u00adsi la pen\u00ads\u00e9e \u00e0 la remorque des poli\u00adti\u00adciens \u00ab&nbsp;dont l\u2019id\u00e9al est un s\u00e9cateur&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Que Romain Rol\u00adland, esprit libre, re\u00e7oive ici l\u2019hommage de ceux qui ont mis la liber\u00adt\u00e9 au-des\u00adsus de&nbsp;tout.<\/p>\n<p>[\/\u200b<sc>G\u00e9nold<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir, en cette rubrique, \u00ab&nbsp;adsper\u00adn\u00e9 le mufle&nbsp;\u00bb et dit leur fait comme il convient \u00e0 deux des plus notoires fri\u00adpouilles de noire triste \u00e9poque&nbsp;: Mil\u00ad\u00adle\u00ad\u00adrand-la-Liqui\u00ad\u00adda\u00ad\u00adtion et Tho\u00ad\u00admas-la-Concus\u00ad\u00adsion, je veux aujourd\u2019hui choi\u00adsir par\u00admi le \u00ab&nbsp;bon grain&nbsp;\u00bb, h\u00e9las si peu nom\u00adbreux&nbsp;; et qui donc inau\u00adgu\u00adre\u00adrait ce cycle b\u00e9n\u00e9\u00adfique sinon Romain Rol\u00adland&nbsp;? 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