{"id":2821,"date":"2011-05-31T22:04:34","date_gmt":"2011-05-31T22:04:34","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/05\/31\/la-liberte-de-conscience\/"},"modified":"2011-05-31T22:04:34","modified_gmt":"2011-05-31T22:04:34","slug":"la-liberte-de-conscience","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/05\/31\/la-liberte-de-conscience\/","title":{"rendered":"La libert\u00e9 de conscience"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2821?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2821?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>Ce n\u2019est pas un pro\u00adbl\u00e8me simple que celui de la liber\u00adt\u00e9 de conscience. Il n\u2019en est point qui, dans la pra\u00adtique, touche \u00e0 autant de ques\u00adtions, \u00e0 autant d\u2019ins\u00adtincts, d\u2019ha\u00adbi\u00adtudes et d\u2019in\u00adt\u00e9\u00adr\u00eats humains. Il embrasse tout l\u2019homme et domine toutes les formes sociales. Si la solu\u00adtion en peut sem\u00adbler facile en th\u00e9o\u00adrie, pour des esprits super\u00adfi\u00adciels qui, m\u00e9con\u00adnais\u00adsant le lien des id\u00e9es et les rap\u00adports com\u00adplexes des choses, se contentent de for\u00admules qu\u2019ils r\u00e9p\u00e8tent sans les com\u00adprendre, elle sou\u00adl\u00e8ve des dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9s presque insur\u00admon\u00adtables d\u00e8s qu\u2019il s\u2019a\u00adgit de la faire pas\u00adser dans les faits pra\u00adtiques. Cha\u00adcun voit bien \u00e0 peu pr\u00e8s le but \u00e0 atteindre. Ce qu\u2019on ne voit pas, ce sont les che\u00admins pour y arri\u00adver sans se heur\u00adter \u00e0 toutes sortes de contra\u00addic\u00adtions. Qu\u2019en\u00adtend-on par la liber\u00adt\u00e9 de conscience&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>Est-ce seule\u00adment, pour cha\u00adcun, le droit d\u2019a\u00advroir une opi\u00adnion per\u00adson\u00adnelle sur cer\u00adtains pro\u00adbl\u00e8mes phi\u00adlo\u00adso\u00adphiques&nbsp;; de croire ce que bon lui semble sur le monde, ses lois, son ori\u00adgine et sa cause&nbsp;; sur Dieu, sur l\u2019\u00e2me et sa des\u00adti\u00adn\u00e9e, enfin sur tous les dogmes, si dif\u00adf\u00e9\u00adrents les uns des autres, qui consti\u00adtuent les reli\u00adgions ou sont la mati\u00e8re des dis\u00adputes des \u00e9coles phi\u00adlo\u00adso\u00adphiques&nbsp;? Non. Il ne s\u2019a\u00adgit pas seule\u00adment de ce droit, car il existe. Il a tou\u00adjours exis\u00adt\u00e9. Il ne peut \u00eatre enle\u00adv\u00e9 \u00e0 per\u00adsonne. La pen\u00ads\u00e9e \u00e9chappe, par sa nature m\u00eame, \u00e0 toute coer\u00adci\u00adtion ext\u00e9\u00adrieure. Elle ne d\u00e9pend que de ses propres lois. Tous les pou\u00advoirs du monde ne peuvent for\u00adcer un \u00eatre humain \u00e0 pen\u00adser ce qu\u2019il ne pense pas, \u00e0 lui faire juger vraie une affir\u00adma\u00adtion qu\u2019il juge fausse. Rien ne peut le contraindre \u00e0 se men\u00adtir \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 r\u00e9cu\u00adser le t\u00e9moi\u00adgnage de sa rai\u00adson ou de ses sens, et \u00e0 nier ce qui lui para\u00eet \u00e9vident. La force ne peut l\u2019a\u00adme\u00adner qu\u2019\u00e0 men\u00adtir aux autres. Ce qu\u2019on a nom\u00adm\u00e9 le <i>for int\u00e9\u00adrieur<\/i> \u00e9chappe \u00e0 tout contr\u00f4le. La conscience ne rel\u00e8ve que d\u2019elle-m\u00eame. C\u2019est un domaine fer\u00adm\u00e9 \u00e0 tous, inac\u00adces\u00adsible \u00e0 toute vio\u00adlence, o\u00f9 nul ne peut p\u00e9n\u00e9\u00adtrer par force. La conscience est, par nature, incom\u00admu\u00adni\u00adcable. La dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9 est m\u00eame d\u2019\u00e9\u00adta\u00adblir entre les consciences indi\u00advi\u00adduelles cette com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion qui, par le moyen du lan\u00adgage, est tou\u00adjours incompl\u00e8te.&nbsp;<\/p>\n<p>On peut tuer un homme, non l\u2019o\u00adbli\u00adger \u00e0 pen\u00adser autre\u00adment qu\u2019il ne pense. Sa pen\u00ads\u00e9e ne d\u00e9pend ni des autres, ni de lui-m\u00eame&nbsp;; car cette liber\u00adt\u00e9 de croire ou de ne pas croire, de nier ou d\u2019af\u00adfir\u00admer, il ne la pos\u00ads\u00e8de pas. Nul \u00eatre humain n\u2019est libre de pen\u00adser ce qu\u2019il veut, quand il veut, comme il le veut. Sa pen\u00ads\u00e9e s\u2019im\u00adpose \u00e0 lui. Tout esprit est pas\u00adsif sous la loi de sa propre rai\u00adson qui domine sa volon\u00adt\u00e9. Tout \u00e9tat de conscience, per\u00adma\u00adnent ou momen\u00adta\u00adn\u00e9, est fata\u00adle\u00adment d\u00e9ter\u00admi\u00adn\u00e9 par l\u2019en\u00adsemble des facul\u00adt\u00e9s ou apti\u00adtudes men\u00adtales de l\u2019\u00eatre qui le subit, sous cer\u00adtaines condi\u00adtions, sans pou\u00advoir s\u2019y sous\u00adtraire. Il r\u00e9sulte de son inn\u00e9i\u00adt\u00e9 ins\u00adtinc\u00adtive h\u00e9r\u00e9\u00addi\u00adtaire, de son \u00e9du\u00adca\u00adtion, des influences de famille aux\u00adquelles il a \u00e9t\u00e9 sou\u00admis, du milieu social dans lequel il a \u00e9vo\u00adlu\u00e9, de la somme totale des per\u00adcep\u00adtions qu\u2019il a emma\u00adga\u00adsi\u00adn\u00e9es, des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9\u00adrales qu\u2019il a acquises, des pas\u00adsions par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8res que ces id\u00e9es ou ces per\u00adcep\u00adtions ont fait na\u00eetre en lui, de toute la suite des \u00e9mo\u00adtions qu\u2019il a \u00e9prou\u00adv\u00e9es, des sen\u00adti\u00adments que ces \u00e9mo\u00adtions ont \u00e9veill\u00e9s, enfin de sa nature indi\u00advi\u00adduelle tout enti\u00e8re, \u00e0 ce m\u00eame moment, qui peut \u00eatre bien dif\u00adf\u00e9\u00adrente de sa nature de la veille et de sa nature du lendemain.&nbsp;<\/p>\n<p>La lec\u00adture d\u2019un livre, d\u2019une page ren\u00adcon\u00adtr\u00e9e par hasard, peut chan\u00adger un \u00e9tat de conscience&nbsp;; un fait, jusque-l\u00e0 igno\u00adr\u00e9, qui vient \u00e0 \u00eatre connu, peut trans\u00adfor\u00admer tota\u00adle\u00adment l\u2019\u00e9\u00adqui\u00adlibre d\u2019un esprit, l\u2019a\u00adme\u00adner \u00e0 nier ce qu\u2019il affir\u00admait, \u00e0 br\u00fb\u00adler ce qu\u2019il ado\u00adrait. Il suf\u00adfit d\u2019une ren\u00adcontre, d\u2019une ami\u00adti\u00e9 dont on subit l\u2019in\u00adfluence, d\u2019un sen\u00adti\u00adment qui modi\u00adfie notre gamme pas\u00adsion\u00adnelle totale, d\u2019un \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adment de la vie qui ajoute une part de souf\u00adfrance ou de joie aux joies ou aux souf\u00adfrances d\u00e9j\u00e0 \u00e9prou\u00adv\u00e9es, pour modi\u00adfier et ren\u00adver\u00adser com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment, avec l\u2019en\u00adsemble de nos juge\u00adments, la r\u00e9sul\u00adtante des motifs qui agissent sur nos volont\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9\u00adtat de conscience d\u2019un \u00eatre humain n\u2019est donc, \u00e0 tout ins\u00adtant don\u00adn\u00e9 de son \u00e9vo\u00adlu\u00adtion indi\u00advi\u00adduelle, que la r\u00e9sul\u00adtante de toutes les influences morales et de toutes les acti\u00advi\u00adt\u00e9s men\u00adtales qui ont agi en lui ou sur lui depuis sa nais\u00adsance, peut-\u00eatre m\u00eame depuis le moment de sa concep\u00adtion, et de celles qui ont agi sur sa race. Chaque phase de son \u00e9vo\u00adlu\u00adtion a \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part de la sui\u00advante, sa condi\u00adtion et sa cause. De modi\u00adfi\u00adca\u00adtion en modi\u00adfi\u00adca\u00adtion, son indi\u00advi\u00addua\u00adli\u00adt\u00e9 est deve\u00adnue ce qu\u2019elle est, sans qu\u2019\u00e0 aucun moment don\u00adn\u00e9 de son exis\u00adtence il ait d\u00e9pen\u00addu de lui de pen\u00adser autre\u00adment qu\u2019il n\u2019a pen\u00ads\u00e9, de croire autre chose que ce qu\u2019il a cru, de sen\u00adtir le contraire de ce qu\u2019il a sen\u00adti, d\u2019\u00eatre dif\u00adf\u00e9\u00adrent de lui-m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est pour\u00adquoi toute dis\u00adcus\u00adsion sur les ques\u00adtions de croyance est presque n\u00e9ces\u00adsai\u00adre\u00adment oiseuse, tant qu\u2019on ne peut invo\u00adquer des faits patents, des argu\u00adments d\u2019une \u00e9vi\u00addence incon\u00adtes\u00adtable. Encore se trouve-t-il des esprits pour leur r\u00e9sis\u00adter, pour fer\u00admer volon\u00adtai\u00adre\u00adment les yeux \u00e0 une v\u00e9ri\u00adt\u00e9 qui les \u00e9bloui\u00adrait. Pour ame\u00adner un \u00eatre humain \u00e0 un autre \u00e9tat de conscience, il fau\u00addrait par\u00adfois le recom\u00admen\u00adcer tout entier, faire qu\u2019il soit autre qu\u2019il n\u2019est, modi\u00adfier son inn\u00e9i\u00adt\u00e9, sa nature h\u00e9r\u00e9\u00addi\u00adtaire, son iden\u00adti\u00adt\u00e9 men\u00adtale, les \u00e9l\u00e9\u00adments m\u00eame de son \u00eatre et leur pr\u00e9\u00adfor\u00adma\u00adtion ancestrale.&nbsp;<\/p>\n<p>Si bien que lors\u00adqu\u2019un indi\u00advi\u00addu semble, dans le cours de sa vie, chan\u00adger de croyance ou de reli\u00adgion, c\u2019est que ce chan\u00adge\u00adment \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en lui Actuel\u00adle\u00adment, qu\u2019il devait r\u00e9sul\u00adter de l\u2019en\u00adcha\u00ee\u00adne\u00adment de ses pen\u00ads\u00e9es et de ses sen\u00adti\u00adments&nbsp;; c\u2019est qu\u2019il est la cons\u00e9\u00adquence logique de la rup\u00adture d\u2019une maille dans le r\u00e9seau de ses juge\u00adments qui devait, \u00e0 un moment don\u00adn\u00e9, livrer pas\u00adsage \u00e0 des juge\u00adments contraires. S\u2019il para\u00eet avoir chan\u00adg\u00e9, c\u2019est comme la che\u00adnille se change en papillon, en ver\u00adtu de la loi d\u2019\u00e9\u00advo\u00adlu\u00adtion par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re de sa nature, sous l\u2019in\u00adfluence de milieux ambiants d\u00e9ter\u00admi\u00adn\u00e9s, et de cir\u00adcons\u00adtances locales qui peuvent \u00eatre for\u00adtuites, mais qui ne font que d\u00e9ter\u00admi\u00adner le moment de la trans\u00adfor\u00adma\u00adtion. Un jour s\u2019est fait dans la pen\u00ads\u00e9e sur des points jusque-l\u00e0 res\u00adt\u00e9s obs\u00adcurs&nbsp;; ou, au contraire, cer\u00adtains coins, jusque-l\u00e0 \u00e9clai\u00adr\u00e9s de l\u2019es\u00adprit, sont ren\u00adtr\u00e9s dans l\u2019ombre, ont \u00e9t\u00e9 obs\u00adcur\u00adcis par cer\u00adtaines pas\u00adsions ou affec\u00adtions vio\u00adlentes&nbsp;; si bien que, par des s\u00e9ries de juge\u00adments contra\u00addic\u00adtoires, presque incons\u00adcients et d\u2019un d\u00e9rou\u00adle\u00adment fatal, le m\u00eame esprit aban\u00addonne les croyances incul\u00adqu\u00e9es \u00e0 son enfance, ou y revient, sans qu\u2019il ait d\u00e9pen\u00addu de lui d\u2019\u00e9\u00adchap\u00adper \u00e0 ces oscil\u00adla\u00adtions du sens intime.&nbsp;<\/p>\n<p>Quand on sent ses yeux frap\u00adp\u00e9s de la lumi\u00e8re du jour, peut-on dire qu\u2019on n\u2019y voit pas&nbsp;? Quand la nuit vient, ou que la cata\u00adracte a voi\u00adl\u00e9 nos yeux, peut-on dire qu\u2019on y voit encore&nbsp;? Il en est de m\u00eame de la lumi\u00e8re int\u00e9\u00adrieure qui luit devant l\u2019es\u00adprit. Elle a ses p\u00e9riodes d\u2019in\u00adten\u00adsi\u00adt\u00e9 et d\u2019obscurcissement.&nbsp;<\/p>\n<p>On peut donc dire, avec M.&nbsp;de Bonald, que deman\u00adder la liber\u00adt\u00e9 de pen\u00adser est aus\u00adsi absurde que de deman\u00adder la liber\u00adt\u00e9 de la cir\u00adcu\u00adla\u00adtion du sang. L\u2019homme pense et rai\u00adsonne, comme il res\u00adpire et comme il dig\u00e8re, plus ou moins bien, plus ou moins vite, en ver\u00adtu des lois de sa nature.<\/p>\n<p>Pen\u00adser et croire libre\u00adment est un droit de l\u2019homme incoer\u00adcible, qui \u00e9chappe \u00e0 toute puis\u00adsance externe, ou plu\u00adt\u00f4t ce n\u2019est pas un droit, c\u2019est une fonc\u00adtion. Elle \u00e9chappe m\u00eame \u00e0 la puis\u00adsance de sa propre volon\u00adt\u00e9 qu\u2019elle domine, sans en \u00eatre jamais domi\u00adn\u00e9e. L\u2019homme pense mal\u00adgr\u00e9 lui, croit fata\u00adle\u00adment ce qu\u2019il croit. Ni int\u00e9\u00adr\u00eats, ni menaces, ni auto\u00adri\u00adt\u00e9, ni per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtions, ni bour\u00adreaux, ni mar\u00adtyre n\u2019y peuvent rien.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais ils peuvent le d\u00e9ter\u00admi\u00adner \u00e0 men\u00adtir, le contraindre \u00e0 affir\u00admer, en paroles, le contraire de sa pen\u00ads\u00e9e&nbsp;; \u00e0 agir contrai\u00adre\u00adment \u00e0 sa rai\u00adson, \u00e0 sa foi, \u00e0 sa conscience&nbsp;; \u00e0 se d\u00e9gra\u00adder \u00e0 ses propres yeux. Les natures fi\u00e8res, les volon\u00adt\u00e9s fortes, y r\u00e9sistent. \u00ab&nbsp;Pour moi, homme m\u00fbr, homme \u00e9clai\u00adr\u00e9, dit M.&nbsp;Jules Simon dans son beau livre sur la <i>Liber\u00adt\u00e9 de conscience<\/i>, \u00e9crit, il y a trente ans, sous l\u2019Em\u00adpire, l\u2019in\u00add\u00e9\u00adpen\u00addance du dedans m\u2019ap\u00adpar\u00adtient. Quels que soient les enne\u00admis de ma foi, ils ne peuvent triom\u00adpher de ma rai\u00adson, parce que j\u2019ai for\u00adti\u00adfi\u00e9 mon esprit par la m\u00e9di\u00adta\u00adtion et ma volon\u00adt\u00e9 par l\u2019exer\u00adcice du devoir. Je puis dire, avec les sto\u00ef\u00adciens&nbsp;: Vous m\u2019ar\u00adra\u00adche\u00adrez toutes choses, vous ne m\u2019ar\u00adra\u00adche\u00adrez pas \u00e0 moi-m\u00eame. L\u2019en\u00adne\u00admi peut me rendre un membre inutile \u00e0 la soci\u00e9\u00adt\u00e9&nbsp;; il peut faire de moi un paria. Il peut por\u00adter la dou\u00adleur et la d\u00e9so\u00adla\u00adtion dans mon foyer. Il dis\u00adpose de mon corps. Il d\u00e9pend de lui de me jeter dans un cachot, de me faire tor\u00adtu\u00adrer, de me faire assas\u00adsi\u00adner. Mais je le brave au dedans de moi. Je le juge. Il com\u00admande \u00e0 ses bour\u00adreaux et moi \u00e0 ma dou\u00adleur. Je garde enti\u00e8re ma foi, parce que je le veux. Je mour\u00adrai, mais je mour\u00adrai entier. Voi\u00adl\u00e0 l\u2019homme libre.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Tou\u00adte\u00adfois, on ne peut contes\u00adter qu\u2019il ne puisse y avoir tels ou tels pro\u00adc\u00e9\u00add\u00e9s de per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtion capable d\u2019exer\u00adcer plus ou moins d\u2019ac\u00adtion sur les consciences&nbsp;; que la vio\u00adlence et la menace ne sont pas les plus effi\u00adcaces&nbsp;; qu\u2019il est ais\u00e9 de divi\u00adser l\u2019homme contre lui-m\u00eame en agis\u00adsant sur ses pas\u00adsions, par ses int\u00e9\u00adr\u00eats&nbsp;; qu\u2019il est enfin plus ais\u00e9 de le s\u00e9duire, que de le r\u00e9duire. Aus\u00adsi M.&nbsp;Jules Simon s\u2019est-il h\u00e2t\u00e9 d\u2019a\u00adjou\u00adter que le fana\u00adtisme n\u2019a pas tou\u00adjours des sto\u00ef\u00adciens \u00e0 com\u00adbattre&nbsp;; que la per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtion ne s\u2019exerce pas tou\u00adjours sous des formes cruelles et qu\u2019elle ne s\u2019a\u00addresse pas tou\u00adjours \u00e0 des convic\u00adtions si fortes qu\u2019elles n\u2019ad\u00admettent plus l\u2019ombre d\u2019un&nbsp;doute.&nbsp;<\/p>\n<p>Si, en effet, la convic\u00adtion, d\u00e9j\u00e0 faite dans la conscience, \u00e9chappe \u00e0 toute vio\u00adlence exer\u00adc\u00e9e pour l\u2019en arra\u00adcher&nbsp;; si cette conscience est une for\u00adte\u00adresse inex\u00adpug\u00adnable par la force, elle est, par contre, lar\u00adge\u00adment ouverte \u00e0 toutes les formes de la per\u00adsua\u00adsion. Sou\u00advent tel esprit, qui s\u2019en\u00adt\u00eate par orgueil dans une dis\u00adcus\u00adsion, va, sor\u00adtant de l\u00e0, se ser\u00advir contre d\u2019autres des argu\u00adments qu\u2019il vient de com\u00adbattre&nbsp;; et au moment m\u00eame o\u00f9 il se d\u00e9cla\u00adrait invin\u00adcible, il \u00e9tait \u00e0 son insu convain\u00adcu et converti.&nbsp;<\/p>\n<p>Si la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 peut entrer de tous c\u00f4t\u00e9s dans l\u2019es\u00adprit, de tous c\u00f4t\u00e9s aus\u00adsi, il est p\u00e9n\u00e9\u00adtrable \u00e0 l\u2019er\u00adreur. La force d\u2019une convic\u00adtion n\u2019est nul\u00adle\u00adment la preuve de sa v\u00e9ri\u00adt\u00e9. Elle n\u2019est que la preuve de l\u2019\u00e9ner\u00adgie de la conscience, de l\u2019\u00e9ner\u00adgie de pas\u00adsion avec laquelle elle t\u00e9moigne de ce qu\u2019elle tient pour vrai, de ce qu\u2019elle juge \u00e9vident. Elle est la mesure du carac\u00adt\u00e8re, plu\u00adt\u00f4t que celle de l\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgence. On peut m\u00eame dire qu\u2019en g\u00e9n\u00e9\u00adral les convic\u00adtions les plus fortes, les plus enti\u00e8res, les plus abso\u00adlues, sont le pri\u00advi\u00adl\u00e8ge des natures pas\u00adsion\u00adn\u00e9es plus que des rai\u00adsons actives, mais froides. Les esprits culti\u00adv\u00e9s, qui ont mieux pu se rendre compte de toutes les causes d\u2019in\u00adcer\u00adti\u00adtudes qui doivent sus\u00adpendre les juge\u00adments humains, sont g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment moins prompts et moins abso\u00adlus dans la confes\u00adsion de leur foi et plus dis\u00adpo\u00ads\u00e9s \u00e0 y mettre quelques r\u00e9serves.&nbsp;<\/p>\n<p>Quel est le grand v\u00e9hi\u00adcule de l\u2019er\u00adreur&nbsp;? Il faut l\u2019a\u00advouer. C\u2019est la parole humaine. Les ani\u00admaux qui ont seule\u00adment un lan\u00adgage \u00e9mo\u00adtion\u00adnel pour s\u2019ex\u00adpri\u00admer leurs besoins, leurs pas\u00adsions ou affec\u00adtions r\u00e9ci\u00adproques, mais qui tiennent direc\u00adte\u00adment toutes leurs per\u00adcep\u00adtions de leurs sen\u00adsa\u00adtions, savent peu de choses&nbsp;; mais ce qu\u2019ils savent est pur de toute erreur tra\u00addi\u00adtion\u00adnelle, de tout \u00e9l\u00e9\u00adment ima\u00adgi\u00adna\u00adtif, d\u00fb aux repr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adtions \u00e9vo\u00adqu\u00e9es par les mots. L\u2019homme est, au contraire, en pos\u00adses\u00adsion d\u2019un lan\u00adgage des\u00adcrip\u00adtif, au moyen duquel les indi\u00advi\u00addus divers d\u2019o\u00adri\u00adgine et dif\u00adf\u00e9\u00adrents de nature ou de culture, peuvent se com\u00admu\u00adni\u00adquer, d\u2019une fa\u00e7on tou\u00adjours incom\u00adpl\u00e8te et fata\u00adle\u00adment inexacte en quelque chose, des id\u00e9es, des faits, des actes, tou\u00adjours plus ou moins alt\u00e9\u00adr\u00e9s dans leurs rela\u00adtions r\u00e9elles par cette trans\u00admis\u00adsion m\u00eame&nbsp;; parce qu\u2019ils ne sont jamais com\u00adpris par celui qui \u00e9coute comme par celui qui parle, et que le pre\u00admier ne peut se repr\u00e9\u00adsen\u00adter ce que le second raconte ou d\u00e9crit, que par un effort cr\u00e9a\u00adteur de l\u2019i\u00adma\u00adgi\u00adna\u00adtion, tou\u00adjours plus ou moins impuis\u00adsante \u00e0 \u00e9vo\u00adquer une image ad\u00e9\u00adquate \u00e0 la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nale.&nbsp;<\/p>\n<p>Ces erreurs invo\u00adlon\u00adtaires, dans la trans\u00admis\u00adsion des faits et des id\u00e9es qui en expriment les rela\u00adtions g\u00e9n\u00e9\u00adrales, accu\u00admu\u00adl\u00e9es tra\u00addi\u00adtion\u00adnel\u00adle\u00adment, de g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion en g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion, ont suf\u00adfi, \u00e0 feu\u00adtrer l\u2019i\u00adma\u00adgi\u00adna\u00adtion humaine d\u2019un r\u00e9seau ser\u00adr\u00e9 de fausses notions qui n\u2019y laisse plus p\u00e9n\u00e9\u00adtrer les per\u00adcep\u00adtions directes qu\u2019en les alt\u00e9\u00adrant et les modi\u00adfiant plus ou moins, sans comp\u00adter tout ce que les men\u00adsonges int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9s ont pu y ajou\u00adter d\u2019er\u00adreurs, trans\u00admises comme des v\u00e9ri\u00adt\u00e9s. De sorte qu\u2019entre les \u00e9l\u00e9\u00adments de cette longue tra\u00addi\u00adtion, fau\u00adtive et adul\u00adt\u00e9\u00adr\u00e9e, qui fait le fond des \u00e9tats de conscience de tous les hommes de toutes les races, et les faits qu\u2019ils observent direc\u00adte\u00adment, sur\u00adgissent \u00e0 chaque ins\u00adtant des contra\u00addic\u00adtions dont leur rai\u00adson s\u2019\u00e9\u00adtonne, o\u00f9 elle se perd, et aux\u00adquelles ils tentent d\u2019\u00e9\u00adchap\u00adper par les for\u00admules d\u2019une croyance quel\u00adconque qui leur offre des solu\u00adtions toutes faites, \u00e0 la hau\u00adteur de leur intel\u00adli\u00adgence ou, tout au moins, \u00e0 la mesure de leur ima\u00adgi\u00adna\u00adtion. La plu\u00adpart, sans s\u2019ar\u00adr\u00ea\u00adter \u00e0 d\u00e9nouer p\u00e9ni\u00adble\u00adment ces n\u0153uds gor\u00addiens de la pen\u00ads\u00e9e humaine, qui ont consti\u00adtu\u00e9 jus\u00adqu\u2019i\u00adci ce qu\u2019on appelle les <i>Phi\u00adlo\u00adso\u00adphies<\/i>, pr\u00e9\u00adf\u00e8rent les tran\u00adcher r\u00e9so\u00adlu\u00adment, en accep\u00adtant un cer\u00adtain ensemble de notions qui s\u2019ac\u00adcordent, tant bien que mal, entre elles, et avec leurs ins\u00adtincts pr\u00e9\u00addo\u00admi\u00adnants, en reje\u00adtant toutes les autres comme fausses, parce qu\u2019elles contra\u00adrient ces m\u00eames instincts.&nbsp;<\/p>\n<p>Ain\u00adsi se forment ces convic\u00adtions qu\u2019on appelle du nom de foi et qui re\u00e7oivent toute leur force de la pas\u00adsion qui les impose \u00e0 la volon\u00adt\u00e9, quand la conscience croit les accep\u00adter librement.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui rend compte des dif\u00adf\u00e9\u00adrences et des contra\u00addic\u00adtions que pr\u00e9\u00adsentent et ont tou\u00adjours pr\u00e9\u00adsen\u00adt\u00e9 les doc\u00adtrines reli\u00adgieuses de tous les temps&nbsp;; c\u2019est ce qui explique que les plus extra\u00adva\u00adgantes aient pu ins\u00adpi\u00adrer des convic\u00adtions aus\u00adsi fortes que les plus sages et comp\u00adter autant de mar\u00adtyrs ani\u00adm\u00e9s du m\u00eame courage.<\/p>\n<p>Tou\u00adte\u00adfois, la dou\u00adleur phy\u00adsique ou morale, la menace de la mort, de l\u2019exil et de toutes les mis\u00e8res, la per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtion sous toutes ses formes, enfin, peut vaincre, sinon convaincre des natures plus timides, des volon\u00adt\u00e9s moins fortes, des croyances moins fermes. Elle peut sur\u00adtout mul\u00adti\u00adplier les hypo\u00adcri\u00adsies pru\u00addentes, les pali\u00adno\u00addies int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9es, les abju\u00adra\u00adtions l\u00e2ches, les apos\u00adta\u00adsies de la peur ou de l\u2019am\u00adbi\u00adtion, dont le fana\u00adtisme per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adteur se glo\u00adri\u00adfie comme d\u2019au\u00adtant de conqu\u00eates et qui sont le plus puis\u00adsant \u00e9l\u00e9\u00adment de d\u00e9mo\u00adra\u00adli\u00adsa\u00adtion chez un peuple.&nbsp;<\/p>\n<p>Quand, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, ces men\u00adsonges sont encou\u00adra\u00adg\u00e9s par des r\u00e9com\u00adpenses, que toutes les s\u00e9duc\u00adtions sont employ\u00e9es pour agir sur la volon\u00adt\u00e9 par l\u2019in\u00adt\u00e9\u00adr\u00eat ou la pas\u00adsion, il n\u2019est pas \u00e9ton\u00adnant que l\u2019i\u00adma\u00adgi\u00adna\u00adtion s\u00e9duite se plie \u00e0 ce qu\u2019on exige d\u2019elle en d\u00e9pit des pro\u00adtes\u00adta\u00adtions du sens intime.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;On nuit \u00e0 ma liber\u00adt\u00e9, disait encore M.&nbsp;Jules Simon, quand on me pr\u00e9\u00adsente sans cesse, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le d\u00e9ses\u00adpoir, de l\u2019autre tous les plai\u00adsirs. On nuit encore \u00e0 ma liber\u00adt\u00e9 quand on emploie le men\u00adsonge et le sophisme pour trou\u00adbler ma rai\u00adson, et la tour\u00adner contre moi-m\u00eame. \u00d4ter la parole aux d\u00e9fen\u00adseurs d\u2019une doc\u00adtrine et la lais\u00adser \u00e0 ses enne\u00admis, n\u2019est-ce pas atten\u00adter deux fois \u00e0 la liber\u00adt\u00e9 du dedans&nbsp;? Que dirons-nous de l\u2019im\u00admense trou\u00adpeau des igno\u00adrants et des faibles, proie facile pour qui dis\u00adpose de la force&nbsp;? Et l\u2019en\u00adfance n\u2019ap\u00adpar\u00adtient-elle pas \u00e0 ses pr\u00e9\u00adcep\u00adteurs&nbsp;? N\u2019a\u00advons-nous pas vu les pres\u00adcrip\u00adteurs de tous les temps et de tous les pays acca\u00adpa\u00adrer l\u2019homme \u00e0 cet \u00e2ge o\u00f9 il est d\u00e9sar\u00adm\u00e9, o\u00f9 son juge\u00adment est sans force, sa m\u00e9moire vide, son ima\u00adgi\u00adna\u00adtion vive et cr\u00e9\u00addule&nbsp;; o\u00f9 il re\u00e7oit, avec avi\u00addi\u00adt\u00e9 et sans d\u00e9fiance, toutes les impres\u00adsions qu\u2019on lui donne&nbsp;! Quelle est la res\u00adsource de ceux qui veulent abattre la rai\u00adson, la d\u00e9tr\u00f4\u00adner, la d\u00e9pri\u00admer&nbsp;? C\u2019est de s\u2019emparer d\u2019a\u00adbord de l\u2019i\u00adma\u00adgi\u00adna\u00adtion et de la volon\u00adt\u00e9, de cr\u00e9er au dedans des habi\u00adtudes qui \u00f4tent le temps de pen\u00adser ou qui rendent la pen\u00ads\u00e9e impuis\u00adsante, par d\u00e9faut d\u2019exer\u00adcice ou qui la chargent de trop de r\u00e8gles, de trop d\u2019en\u00adtraves, de trop de scru\u00adpules pour qu\u2019elle se pos\u00ads\u00e8de elle-m\u00eame et qu\u2019elle choi\u00adsisse son objet avec clar\u00adt\u00e9 et auto\u00adri\u00adt\u00e9. On peut donc atten\u00adter \u00e0 la liber\u00adt\u00e9 du dedans, au moins par ces voies d\u00e9tour\u00adn\u00e9es, et ce n\u2019est pas seule\u00adment le droit de par\u00adler, c\u2019est le droit de pen\u00adser qui a des enne\u00admis. Eh&nbsp;! si cela n\u2019\u00e9\u00adtait pas, qui donc se don\u00adne\u00adrait la peine de pro\u00adpa\u00adger des id\u00e9es ineptes&nbsp;? Et pour\u00adquoi trou\u00adve\u00adrait-on dans cer\u00adtains par\u00adtis, \u00e0 toutes les \u00e9poques, de sourdes haines contre la dif\u00adfu\u00adsion des lumi\u00e8res&nbsp;? Pour\u00adquoi tant de presses bri\u00ads\u00e9es, tant d\u2019\u00e9\u00adcoles fer\u00adm\u00e9es, tant de voix \u00e9lo\u00adquentes condam\u00adn\u00e9es au silence&nbsp;? \u00c0 qui la contra\u00addic\u00adtion et la dis\u00adcus\u00adsion feraient-elles peur, si le fana\u00adtisme n\u2019es\u00adp\u00e9\u00adrait pas trou\u00adver, dans l\u2019homme m\u00eame, dans ses pas\u00adsions, dans ses erreurs, dans son igno\u00adrance, un enne\u00admi de la liber\u00adt\u00e9 de l\u2019homme.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>M.&nbsp;Jules Simon fai\u00adsait alors un \u00e9lo\u00adquent tableau des contra\u00addic\u00adtions des sectes reli\u00adgieuses qui, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, d\u00e9cla\u00adrant la liber\u00adt\u00e9 int\u00e9\u00adrieure invin\u00adcible, de l\u2019autre, sou\u00adtiennent que cette liber\u00adt\u00e9 est aveugle, parce que la rai\u00adson est impuis\u00adsante \u00e0 trou\u00adver la v\u00e9ri\u00adt\u00e9, qu\u2019elles seules pr\u00e9\u00adtendent pos\u00ads\u00e9\u00adder et qu\u2019elles se croient le devoir d\u2019ins\u00adpi\u00adrer <i>per fas aut nefas<\/i>. De ce fait que l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 se trompe sou\u00advent, elles pr\u00e9\u00adtendent conclure qu\u2019elle se trompe tou\u00adjours, excep\u00adt\u00e9 quand elle se laisse conduire par&nbsp;elles.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Sup\u00adpo\u00adsons une vic\u00adtoire impos\u00adsible, ajoute-t-il&nbsp;; accor\u00addons \u00e0 nos scep\u00adtiques et \u00e0 nos th\u00e9o\u00adlo\u00adgiens que la rai\u00adson humaine est une lumi\u00e8re vacillante et trom\u00adpeuse&nbsp;: les scep\u00adtiques pour\u00adront se r\u00e9jouir des ruines qu\u2019ils auront faites. C\u2019est leur \u00e9tat de d\u00e9truire&nbsp;; c\u2019est leur pas\u00adsion, c\u2019est leur but&nbsp;; mais que devien\u00addront les th\u00e9o\u00adlo\u00adgiens&nbsp;? \u00c0 peine ont-ils mis la pen\u00ads\u00e9e humaine au n\u00e9ant, qu\u2019ils s\u2019a\u00addressent \u00e0 elle pour lui incul\u00adquer leurs doc\u00adtrines. Voi\u00adci, disent-ils, nos preuves. Voi\u00adci ce que nous four\u00adnit l\u2019a\u00adna\u00adlyse du c\u0153ur humain&nbsp;; ce que dit la soci\u00e9\u00adt\u00e9 humaine&nbsp;; ce que nous trou\u00advons dans l\u2019his\u00adtoire. Voi\u00adci des axiomes que toute intel\u00adli\u00adgence doit admettre et la conclu\u00adsion que nous vou\u00adlons en tirer. Eh&nbsp;! quoi, insen\u00ads\u00e9s que vous \u00eates, res\u00adsus\u00adcite-t-on les morts&nbsp;? Pas\u00adse\u00adrez-vous la moi\u00adti\u00e9 de votre vie \u00e0 d\u00e9truire une force et l\u2019autre moi\u00adti\u00e9 \u00e0 l\u2019in\u00advo\u00adquer&nbsp;? La rai\u00adson est-elle capable, oui ou non, de se for\u00admer une opi\u00adnion juste&nbsp;? Si oui, lais\u00adsez-la libre&nbsp;; si non, aban\u00addon\u00adnez les hommes \u00e0 leurs ins\u00adtincts, comme un trou\u00adpeau de brutes. Mais vous n\u2019\u00eates capables ni de croire \u00e0 la force de l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9, ni de vous r\u00e9si\u00adgner \u00e0 son&nbsp;n\u00e9ant.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Quand vous dites que l\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgence humaine suf\u00adfit \u00e0 pour\u00advoir aux besoins inf\u00e9\u00adrieurs, mais qu\u2019elle est inca\u00adpable de phi\u00adlo\u00adso\u00adphie et qu\u2019il lui faut une doc\u00adtrine toute faite, venue de plus haut, ne vous aper\u00adce\u00advez-vous pas que vous rai\u00adson\u00adnez dans votre propre hypo\u00adth\u00e8se et que vos rai\u00adson\u00adne\u00adments ne prouvent rien, \u00e0 moins qu\u2019on ne soit d\u2019a\u00adbord de votre avis&nbsp;? Vous me pro\u00adpo\u00adsez un ma\u00eetre, mais quel ma\u00eetre&nbsp;? Com\u00adment, puis-je le recon\u00adna\u00eetre&nbsp;? \u00e0 quel signe&nbsp;? Si vous par\u00adlez de sou\u00admis\u00adsion volon\u00adtaire et rai\u00adson\u00adn\u00e9e, je ne m\u2019en plains pas, je n\u2019ai rien \u00e0 dire&nbsp;: tout homme est ma\u00eetre de ses convic\u00adtions. Tant que vous dis\u00adcu\u00adtez avec moi pour faire de moi un adepte, me sou\u00admet\u00adtant vos motifs, r\u00e9fu\u00adtant les miens, fai\u00adsant appel \u00e0 ma rai\u00adson \u00e9clai\u00adr\u00e9e, vous \u00eates dans votre droit et vous res\u00adpec\u00adtez le mien&nbsp;: ce que vous faites n\u2019est que du pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtisme. J\u2019ho\u00adnore le pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtisme. Je le res\u00adpecte. Je demande pour moi-m\u00eame la liber\u00adt\u00e9 d\u2019en\u00adsei\u00adgner et de pro\u00adpa\u00adger mes croyances. Je ne repousse que la force, et par force j\u2019en\u00adtends tous les moyens directs et indi\u00adrects qui \u00f4tent \u00e0 l\u2019homme la dis\u00adpo\u00adsi\u00adtion de lui-m\u00eame. Je repousse la loi qui m\u2019o\u00adblige \u00e0 cacher ma croyance, \u00e0 me confor\u00admer ext\u00e9\u00adrieu\u00adre\u00adment \u00e0 une croyance qui n\u2019est pas la mienne, ou celle qui, moins vio\u00adlente en appa\u00adrence, mais plus per\u00adfide, rem\u00adplit mes yeux et mes oreilles de la pr\u00e9\u00addi\u00adca\u00adtion, de la pra\u00adtique et des c\u00e9r\u00e9\u00admo\u00adnies d\u2019une autre reli\u00adgion en condam\u00adnant la mienne \u00e0 l\u2019obs\u00adcu\u00adri\u00adt\u00e9 et au mys\u00adt\u00e8re&nbsp;; ou celle enfin qui, divi\u00adsant un peuple, dis\u00adtri\u00adbue aux citoyens les faveurs ou m\u00eame la jus\u00adtice, non d\u2019a\u00adpr\u00e8s leurs m\u00e9rites, mais d\u2019a\u00adpr\u00e8s leur foi, \u00e9ta\u00adblis\u00adsant ain\u00adsi une lutte sacri\u00adl\u00e8ge entre leur conscience et leurs int\u00e9r\u00eats.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Qui ose\u00adra exer\u00adcer sur moi de telles vio\u00adlences&nbsp;? Est-ce un indi\u00advi\u00addu&nbsp;? Mais de quel droit&nbsp;? Du droit de la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 qu\u2019il pos\u00ads\u00e8de&nbsp;? Sa v\u00e9ri\u00adt\u00e9&nbsp;! N\u2019est-il pas un homme, un homme comme moi&nbsp;? Sa rai\u00adson lui d\u00e9montre la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 de ce prin\u00adcipe et la mienne m\u2019en d\u00e9montre la faus\u00adse\u00adt\u00e9. Les v\u00e9ri\u00adt\u00e9s math\u00e9\u00adma\u00adtiques sont \u00e9vi\u00addentes avec le temps, parce qu\u2019elles sont con\u00e7ues d\u2019une fa\u00e7on iden\u00adtique par tous les esprits&nbsp;! En est-il de m\u00eame des v\u00e9ri\u00adt\u00e9s reli\u00adgieuses&nbsp;? Ont-elles tant d\u2019\u00e9\u00advi\u00addence qu\u2019il suf\u00adfise de les pr\u00e9\u00adsen\u00adter \u00e0 l\u2019es\u00adprit pour qu\u2019il se sou\u00admette&nbsp;? Non. J\u2019en atteste les dis\u00adputes th\u00e9o\u00adlo\u00adgiques qui rem\u00adplissent l\u2019his\u00adtoire de toutes les \u00e9glises&nbsp;; j\u2019en atteste l\u2019in\u00adqui\u00adsi\u00adtion&nbsp;; j\u2019en atteste votre doc\u00adtrine elle-m\u00eame, car l\u2019\u00e9\u00advi\u00addence vous dis\u00adpen\u00adse\u00adrait de la force. Entre ma rai\u00adson et la v\u00f4tre, pour\u00adquoi faut-il que ce soit la mienne qui abdique et la v\u00f4tre qui triomphe&nbsp;? C\u2019est la force seule qui d\u00e9cide&nbsp;; voi\u00adl\u00e0 donc le fon\u00adde\u00adment de la v\u00e9rit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Concluons qu\u2019au\u00adcun homme n\u2019est ma\u00eetre de la pen\u00ads\u00e9e d\u2019un autre homme. Cri\u00admi\u00adnel est celui qui opprime&nbsp;; cri\u00admi\u00adnel est celui qui se laisse oppri\u00admer et qui, de libre et res\u00adpon\u00adsable qu\u2019il \u00e9tait, devient, par sa faute, une cr\u00e9a\u00adture pas\u00adsive, renon\u00ad\u00e7ant ain\u00adsi \u00e0 sa digni\u00adt\u00e9 et \u00e0 sa&nbsp;t\u00e2che&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Ces \u00e9lo\u00adquentes pages, qui sont la conclu\u00adsion du livre de M.&nbsp;Jules Simon, posent net\u00adte\u00adment le pro\u00adbl\u00e8me. Elles montrent, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les croyances du pas\u00ads\u00e9, appuy\u00e9es sur de longues tra\u00addi\u00adtions d\u2019op\u00adpres\u00adsion, ten\u00addant a se per\u00adp\u00e9\u00adtuer, \u00e0 s\u2019im\u00adpo\u00adser par les m\u00eames moyens, et \u00e0 se d\u00e9fendre, m\u00eame par la ruse, quand elles n\u2019ont plus la force. Elles montrent, de l\u2019autre, l\u2019es\u00adprit de l\u2019homme aspi\u00adrant \u00e0 s\u2019af\u00adfran\u00adchir, \u00e0 n\u2019a\u00advoir plus de ma\u00eetre que lui-m\u00eame, que sa rai\u00adson et sa conscience et \u00e0 se diri\u00adger \u00e0 leur lumi\u00e8re, non seule\u00adment pour pen\u00adser, mais pour agir selon sa croyance.&nbsp;<\/p>\n<p>Une reli\u00adgion n\u2019est pas seule\u00adment une doc\u00adtrine qu\u2019on croit, c\u2019est une doc\u00adtrine qu\u2019on aime \u00e0 croire, et qu\u2019on se sent plus ou moins int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9 \u00e0 croire par les pro\u00admesses qu\u2019elle fait \u00e0 ses sec\u00adta\u00adteurs et par les esp\u00e9\u00adrances qu\u2019elle leur donne. C\u2019est parce qu\u2019il s\u2019y m\u00eale tou\u00adjours un \u00e9l\u00e9\u00adment pas\u00adsion\u00adnel et \u00e9go\u00efste puis\u00adsant, qui ne se retrouve pas au m\u00eame degr\u00e9 dans les doc\u00adtrines pure\u00adment scien\u00adti\u00adfiques, que celles-ci ont pu divi\u00adser les savants, \u00eatre l\u2019ob\u00adjet entre eux de vio\u00adlentes contro\u00adverses, o\u00f9 leur vani\u00adt\u00e9 sou\u00advent prend feu, sans jamais pas\u00adsion\u00adner les foules et d\u00e9g\u00e9\u00adn\u00e9\u00adrer ain\u00adsi en per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtions ou en guerres civiles.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais aus\u00adsi\u00adt\u00f4t qu\u2019une contro\u00adverse scien\u00adti\u00adfique touche par quelque c\u00f4t\u00e9 un dogme de la foi popu\u00adlaire, la pas\u00adsion reli\u00adgieuse exci\u00adt\u00e9e en prend pr\u00e9\u00adtexte pour atta\u00adquer, pour\u00adsuivre, pros\u00adcrire et par\u00adfois frap\u00adper de mort le savant qui ose ain\u00adsi tou\u00adche\u00adra l\u2019arche sainte de la reli\u00adgion. Les exemples en sont nom\u00adbreux. Il en a \u00e9t\u00e9 ain\u00adsi de Socrate et de plu\u00adsieurs autres phi\u00adlo\u00adsophes \u00e0 Ath\u00e8nes&nbsp;; tels que Dia\u00adgo\u00adras qui, lui aus\u00adsi, but la cigu\u00eb. D\u2019autres furent condam\u00adn\u00e9s, mais s\u2019en\u00adfuirent. Pla\u00adton lui-m\u00eame dut s\u2019exi\u00adler. Sans comp\u00adter toutes les h\u00e9ca\u00adtombes d\u2019h\u00e9\u00adr\u00e9\u00adtiques que fit l\u2019\u00c9\u00adglise au moyen-\u00e2ge, la Renais\u00adsance vit les b\u00fbchers de Jean Huss, de Ser\u00advet, de Gior\u00adda\u00adno Bru\u00adno, de Vani\u00adni. Gali\u00adl\u00e9e faillit avoir le m\u00eame sort. Des\u00adcartes lui-m\u00eame s\u2019est exi\u00adl\u00e9 par pru\u00addence et Spi\u00adno\u00adza a v\u00e9cu dans l\u2019ombre pour le m\u00eame motif. Son \u0153uvre n\u2019a \u00e9t\u00e9 connue qu\u2019a\u00adpr\u00e8s sa mort. Lamarck a \u00e9t\u00e9 la vic\u00adtime de ses doc\u00adtrines, sub\u00adver\u00adsives du dogme de la chute de l\u2019homme, fon\u00adde\u00adment de toute la doc\u00adtrine pau\u00adli\u00adnienne, deve\u00adnue celle de toutes les sectes chr\u00e9\u00adtiennes, bien que J\u00e9sus n\u2019y ait jamais fait une allu\u00adsion. On sait les contro\u00adverses enflam\u00adm\u00e9es sus\u00adci\u00adt\u00e9es depuis pr\u00e8s de qua\u00adrante ans par toutes les \u00e9glises et les \u00e9coles phi\u00adlo\u00adso\u00adphiques les plus popu\u00adlaires contre les th\u00e9o\u00adries de Charles Dar\u00adwin, conti\u00adnua\u00adteur de Lamarck et qui fut pour lui ce que Gali\u00adl\u00e9e fut pour Kopernic.&nbsp;<\/p>\n<p>Ni \u00c9pi\u00adcure, ni Lucr\u00e8ce ne furent inqui\u00e9\u00adt\u00e9s \u00e0 Ath\u00e8nes et \u00e0 Rome. Est ce parce que, au lieu de nier les dieux, comme D\u00e9mo\u00adcrite, ils se bor\u00adn\u00e8rent \u00e0 dire qu\u2019ils ne s\u2019oc\u00adcu\u00adpaient pas des hommes&nbsp;? C\u2019est plu\u00adt\u00f4t que ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019en\u00adsei\u00adgn\u00e8rent publi\u00adque\u00adment les foules. Leur doc\u00adtrine fut un \u00e9so\u00adt\u00e9\u00adrisme pour les d\u00e9li\u00adcats, s\u2019a\u00addres\u00adsant \u00e0 une \u00e9lite intel\u00adlec\u00adtuelle d\u2019oi\u00adsifs, dans un temps d\u2019at\u00adti\u00e9\u00addis\u00adse\u00adment de toutes les croyances, et de scep\u00adti\u00adcisme g\u00e9n\u00e9\u00adral, ana\u00adlogue au n\u00f4tre, o\u00f9 les pon\u00adtifes du culte public n\u2019a\u00advaient plus de pou\u00advoir que sur les femmes. Si Lavoi\u00adsier mon\u00adta sur l\u2019\u00e9\u00adcha\u00adfaud, ce fut comme fer\u00admier g\u00e9n\u00e9\u00adral, non comme chi\u00admiste. M\u00eame sous le pre\u00admier empire, Laplace put \u00eatre ath\u00e9e et cepen\u00addant col\u00adl\u00e8gue de Bona\u00adparte \u00e0 l\u2019Ins\u00adti\u00adtut. Tous les grands math\u00e9\u00adma\u00adti\u00adciens, depuis Archi\u00adm\u00e8de en pas\u00adsant par Leib\u00adnitz et New\u00adton, jus\u00adqu\u2019\u00e0 Monge, Legendre et tant d\u2019autres, ont pu saper les fon\u00adde\u00adments de tous les dogmes chr\u00e9\u00adtiens sans qu\u2019il leur en arri\u00adv\u00e2t aven\u00adture et sans entendre ton\u00adner contre eux les foudres des \u00c9glises d\u2019\u00e9\u00adtat, sim\u00adple\u00adment par ce fait que les foules, condam\u00adn\u00e9es \u00e0 ne rien com\u00adprendre \u00e0 de si hautes d\u00e9mons\u00adtra\u00adtions, n\u2019en \u00e9taient pas plus inqui\u00e9\u00adt\u00e9es que leurs pas\u00adteurs eccl\u00e9\u00adsias\u00adtiques. D\u2019ailleurs, il est arri\u00adv\u00e9 maintes fois que, soit indif\u00adf\u00e9\u00adrence, soit faute de logique ou d\u2019in\u00adfor\u00adma\u00adtions ces m\u00eames math\u00e9\u00adma\u00adti\u00adciens n\u2019ont pas eu conscience de leur h\u00e9t\u00e9\u00adro\u00addoxie, et l\u2019ont habi\u00adle\u00adment dis\u00adsi\u00admu\u00adl\u00e9e sous des pro\u00adtes\u00adta\u00adtions d\u2019o\u00adb\u00e9is\u00adsance \u00e0 l\u2019\u00c9\u00adglise qui suf\u00adfi\u00adsaient \u00e0 les pro\u00adt\u00e9\u00adger contre elle.&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019hy\u00adpo\u00adth\u00e8se de Koper\u00adnic, d\u00e9mon\u00adtr\u00e9e par Gali\u00adl\u00e9e, New\u00adton, Laplace, et tous les math\u00e9\u00adma\u00adti\u00adciens, \u00e9tait pour\u00adtant une h\u00e9r\u00e9\u00adsie \u00e9vi\u00addente pour tous. En d\u00e9pouillant la terre de ses pr\u00e9\u00adten\u00adtions \u00e0 \u00eatre le centre du monde, elle per\u00addait tout titre \u00e0 concen\u00adtrer sur elle l\u2019at\u00adten\u00adtion du cr\u00e9a\u00adteur de l\u2019U\u00adni\u00advers. Il deve\u00adnait impos\u00adsible d\u2019ad\u00admettre une divi\u00adni\u00adt\u00e9 occu\u00adp\u00e9e \u00e0 s\u2019in\u00adcar\u00adner suc\u00adces\u00adsi\u00adve\u00adment sur tous les mondes o\u00f9 son inter\u00adven\u00adtion per\u00adson\u00adnelle pour\u00adrait \u00eatre n\u00e9ces\u00adsaire. L\u2019\u00e9\u00advi\u00addence d\u2019une loi in\u00e9\u00adluc\u00adtable, dont aucun miracle ne p\u00fbt sus\u00adpendre l\u2019ac\u00adtion en res\u00adsor\u00adtait fata\u00adle\u00adment. C\u2019\u00e9\u00adtait tout l\u2019\u00e9\u00addi\u00adfice de la r\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adtion qui s\u2019\u00e9\u00adcrou\u00adlait. La condam\u00adna\u00adtion de Gali\u00adl\u00e9e, comme h\u00e9r\u00e9\u00adtique \u00e9tait donc d\u2019une logique indiscutable.&nbsp;<\/p>\n<p>Deux si\u00e8cles plus t\u00f4t son h\u00e9r\u00e9\u00adsie e\u00fbt \u00e9t\u00e9 \u00e9touf\u00adf\u00e9e dans les b\u00fbchers. Mais au dix-sep\u00adti\u00e8me si\u00e8cle, il fut impos\u00adsible \u00e0 l\u2019\u00c9\u00adglise d\u2019en arr\u00ea\u00adter l\u2019ex\u00adpan\u00adsion et le triomphe. L\u2019\u00c9\u00adglise, dans la n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 de la tol\u00e9\u00adrer, com\u00adpo\u00adsa avec elle, l\u2019ex\u00adpli\u00adqua, l\u2019a\u00addop\u00adta, admet\u00adtant que Josu\u00e9 n\u2019a\u00advait pas arr\u00ea\u00adt\u00e9 le soleil, mais qu\u2019il avait arr\u00ea\u00adt\u00e9 le mou\u00adve\u00adment de rota\u00adtion de la terre et que l\u2019\u00e9\u00adcri\u00advain ins\u00adpi\u00adr\u00e9 s\u2019\u00e9\u00adtait confor\u00adm\u00e9, en \u00e9cri\u00advant, aux croyances du peuple auquel il s\u2019a\u00addres\u00adsait. Quant aux cons\u00e9\u00adquences m\u00e9ca\u00adniques d\u2019un arr\u00eat de la rota\u00adtion de la terre, qui e\u00fbt jet\u00e9 les oc\u00e9ans hors de leur lit et cau\u00ads\u00e9 un cata\u00adclysme g\u00e9n\u00e9\u00adral, les ex\u00e9\u00adg\u00e8tes de l\u2019\u00c9\u00adglise les pas\u00adsaient sous silence. Ils recu\u00adlaient, sans la r\u00e9soudre, la ques\u00adtion du miracle.&nbsp;<\/p>\n<p>De m\u00eame Cuvier, l\u2019heu\u00adreux adver\u00adsaire offi\u00adciel de Lamarck, fit accep\u00adter par l\u2019\u00e9\u00adglise toute la g\u00e9o\u00adlo\u00adgie en d\u00e9cla\u00adrant, dans son <i>Dis\u00adcours sur les r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions du globe<\/i>, que chaque \u00e9poque g\u00e9o\u00adlo\u00adgique avait vu se pro\u00adduire une des\u00adtruc\u00adtion totale des \u00eatres vivants par un d\u00e9luge sui\u00advi d\u2019une cr\u00e9a\u00adtion nou\u00advelle. Ce n\u2019\u00e9\u00adtait nul\u00adle\u00adment conforme au texte de la gen\u00e8se, mais, comme pour l\u2019ar\u00adr\u00eat du soleil par Josu\u00e9, on admit que l\u2019au\u00adteur sacr\u00e9 s\u2019\u00e9\u00adtait mis \u00e0 la por\u00adt\u00e9e de l\u2019i\u00adgno\u00adrance de son temps. Cuvier consi\u00add\u00e9\u00adrait comme pos\u00adt\u00e9\u00adrieure au der\u00adnier d\u00e9luge l\u2019ap\u00adpa\u00adri\u00adtion de l\u2019homme, ce qui \u00e9tait encore contraire au dogme de l\u2019ex\u00adtinc\u00adtion d\u2019une pre\u00admi\u00e8re huma\u00adni\u00adt\u00e9 par les eaux dilu\u00adviales, \u00e0 l\u2019ex\u00adcep\u00adtion de la famille No\u00e9. La d\u00e9cou\u00adverte authen\u00adtique de restes humains dans les allu\u00advions qua\u00adter\u00adnaires vint don\u00adner un d\u00e9men\u00adti \u00e0 l\u2019illustre ana\u00adto\u00admiste et mettre en \u00e9moi, \u00e0 la fois le monde scien\u00adti\u00adfique et le monde reli\u00adgieux&nbsp;; car elle venait confir\u00admer l\u2019o\u00adri\u00adgine ani\u00admale de l\u2019homme qui don\u00adnait rai\u00adson \u00e0 Lamarck contre Cuvier, et qu\u2019au\u00adjourd\u2019\u00adhui, non seule\u00adment les pro\u00adtes\u00adtants, mais les catho\u00adliques, com\u00admencent \u00e0 accom\u00admo\u00adder avec leur foi. Toute une \u00e9cole de th\u00e9o\u00adlo\u00adgiens, y com\u00adpris M.&nbsp;Bru\u00adne\u00adti\u00e8re, cherchent l\u2019ex\u00adpli\u00adca\u00adtion du p\u00e9ch\u00e9 ori\u00adgi\u00adnel dans la des\u00adcen\u00addance ani\u00admale de l\u2019homme. Ce n\u2019est pas la terre qui s\u2019ac\u00adcom\u00admode avec le ciel, mais le ciel qui s\u2019ac\u00adcom\u00admode avec la terre&nbsp;: le dogme, pr\u00e9\u00adten\u00addu immuable, se meut p\u00e9ni\u00adble\u00adment \u00e0 la remorque de la science et de la conscience contemporaines.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est que, le r\u00f4le de la force \u00e9tant \u00e9li\u00admi\u00adn\u00e9, la rai\u00adson humaine recouvre la liber\u00adt\u00e9 de se cor\u00adri\u00adger de ses erreurs tra\u00addi\u00adtion\u00adnelles, et d\u2019ar\u00adri\u00adver peu \u00e0 peu, par la science, \u00e0 s\u2019ac\u00adcor\u00adder sur les pro\u00adbl\u00e8mes qui l\u2019ont divi\u00ads\u00e9e, tant qu\u2019elle est res\u00adt\u00e9e \u00e0 la mer\u00adci des croyances ima\u00adgi\u00adnaires de l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 encore \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtat d\u2019en\u00adfance, et des sacer\u00addoces qui les ont exploi\u00adt\u00e9es \u00e0 leur pro\u00adfit. Tout ce que la science a gagn\u00e9 dans le domaine de la conscience, a \u00e9t\u00e9 per\u00addu par la foi, et l\u2019on peut dire qu\u2019\u00e0 toute \u00e9poque de l\u2019\u00e9\u00advo\u00adlu\u00adtion humaine, Dieu a \u00e9t\u00e9 la somme des igno\u00adrances de l\u2019homme. Il est donc per\u00admis de pr\u00e9\u00advoir qu\u2019un jour, quand la science sera faite, les hommes \u00e9tant d\u2019ac\u00adcord pour nier Dieu, le pro\u00adbl\u00e8me de la liber\u00adt\u00e9 reli\u00adgieuse sera supprim\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>[\/\u200bCl\u00e9mence <sc>Royer<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce n\u2019est pas un pro\u00adbl\u00e8me simple que celui de la liber\u00adt\u00e9 de conscience. Il n\u2019en est point qui, dans la pra\u00adtique, touche \u00e0 autant de ques\u00adtions, \u00e0 autant d\u2019ins\u00adtincts, d\u2019ha\u00adbi\u00adtudes et d\u2019in\u00adt\u00e9\u00adr\u00eats humains. Il embrasse tout l\u2019homme et domine toutes les formes sociales. 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