{"id":2823,"date":"2011-05-31T22:04:21","date_gmt":"2011-05-31T22:04:21","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/05\/31\/les-amoureux-de-galathee\/"},"modified":"2011-05-31T22:04:21","modified_gmt":"2011-05-31T22:04:21","slug":"les-amoureux-de-galathee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/05\/31\/les-amoureux-de-galathee\/","title":{"rendered":"Les amoureux de Galath\u00e9e"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2823?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2823?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>De m\u00eame qu\u2019en la noble l\u00e9gende attique, la sta\u00adtue \u00e9tait deve\u00adnue femme. Le marbre appa\u00adrais\u00adsait d\u2019une vie res\u00adpi\u00adrante et vraie. Le pro\u00addige renais\u00adsait sou\u00addain de l\u2019art \u00e9gal \u00e0 la&nbsp;vie.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c9tait-ce un mirage, peut-\u00eatre, o\u00f9 se jouaient les errantes lueurs de la for\u00eat&nbsp;? La nou\u00advelle Gala\u00adth\u00e9e se pro\u00adfi\u00adlait d\u2019une l\u00e9g\u00e8\u00adre\u00adt\u00e9 de fris\u00adson dans la lumi\u00e8re bri\u00ads\u00e9e des branches et sur le reflet trem\u00adblant de la rivi\u00e8re. N\u2019\u00e9\u00adtait-elle que fan\u00adt\u00f4me d\u2019air et de nu\u00e9e entre les feuilles&nbsp;? Oui&nbsp;! ce n\u2019\u00e9\u00adtait peut-\u00eatre qu\u2019une f\u00e9e\u00adrie rus\u00adtique d\u2019ombre et de clar\u00adt\u00e9s \u00e0 tra\u00advers&nbsp;bois\u2026<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>L\u2019a\u00adgreste soli\u00adtude, pour\u00adtant, accueillit sans sur\u00adprise la mer\u00adveille qui \u00e9tait, aus\u00adsi, son \u0153uvre&nbsp;: la nature lasse, enfin, de son charme insai\u00adsis\u00adsable, avait r\u00e9so\u00adlu de se voir mieux aim\u00e9e et com\u00adprise sous un aspect d\u2019\u00eatre visible qui tra\u00addui\u00adrait ses sen\u00adsa\u00adtions et sa pen\u00ads\u00e9e. Toute l\u2019\u00e9\u00admo\u00adtion pro\u00adfonde de la terre, r\u00e9pan\u00addue dans le souffle du jeune \u00e9t\u00e9, dans la rumeur plain\u00adtive des arbres, dans les odeurs aimantes des fleurs neuves, avait comme implo\u00adr\u00e9 puis h\u00e2t\u00e9 la venue d\u2019une enti\u00adt\u00e9 d\u00e9fi\u00adnie qui se ferait par\u00adlante d\u2019elle, la pr\u00e9\u00adsence d\u2019on ne sait quelle d\u00e9i\u00adt\u00e9 ter\u00adrienne qui serait la forme pure et la chair vive, qui serait la voix et qui serait l\u2019\u00e2me de ce joli paysage.&nbsp;<\/p>\n<p>Et ces muets d\u00e9si\u00adrs avaient \u00e9vo\u00adqu\u00e9 l\u2019ins\u00adpi\u00adra\u00adtion du sta\u00adtuaire. C\u2019\u00e9\u00adtait comme si la terre mys\u00adt\u00e9\u00adrieuse lui e\u00fbt dit pour\u00adquoi les cimes s\u2019embrumaient de gri\u00adsailles loin\u00adtaines, pour\u00adquoi les lilas sus\u00adpen\u00addaient \u00e0 l\u2019a\u00advril leur teinte de r\u00eave\u00adrie et pour\u00adquoi les gouttes de ros\u00e9e \u00e9taient des pleurs \u00e0 tous les buissons.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Jus\u00adqu\u2019a\u00adlors r\u00e9fu\u00adgi\u00e9 de la ville dans la hutte de fleurs et de feuill\u00e9es b\u00e2tie pour lui telle qu\u2019un nid de silence au fa\u00eete de la mon\u00adt\u00e9e, le Ma\u00eetre ren\u00advoyait \u00e0 plus tard sa lutte de gloire et de sou\u00adcis. Il lui fal\u00adlait un temps de paresse \u00e9per\u00addue. Nulle ten\u00adta\u00adtion ne lui venait, main\u00adte\u00adnant, de tra\u00adcer la moindre esquisse&nbsp;; il ne crayon\u00adnait aucun trait d\u2019\u00e9\u00adtude et d\u00e9lais\u00adsait, fruste entre les brous\u00adsailles de l\u2019en\u00adclos, le bloc de marbre ancien\u00adne\u00adment ache\u00adt\u00e9 pour quelque \u00e9ph\u00e9\u00adm\u00e8re caprice de travail.&nbsp;<\/p>\n<p>Il ne son\u00adgeait m\u00eame plus au pou\u00advoir qui lui \u00e9tait acquis d\u2019ha\u00adbiller cette argile d\u2019une appa\u00adri\u00adtion d\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9. Il pro\u00addi\u00adguait les heures aux plaines illu\u00admi\u00adn\u00e9es d\u2019es\u00adpace&nbsp;; il se per\u00addait dans les tom\u00adb\u00e9es d\u2019ombres sous les bois, ou, len\u00adte\u00adment, il guet\u00adtait de ses fen\u00eatres sur l\u2019ho\u00adri\u00adzon la divine arri\u00adv\u00e9e de la&nbsp;nuit.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 la fin, cepen\u00addant, il per\u00adce\u00advait l\u2019in\u00addi\u00adcible plainte que lui appor\u00adtait le tour\u00adment de la terre et ne put se d\u00e9fendre d\u2019une tyran\u00adnique obses\u00adsion d\u2019a\u00adgir qu\u2019il attri\u00adbuait \u00e0 des remords d\u2019oi\u00adsif. Il renon\u00ad\u00e7ait aux courses \u00e0 tra\u00advers champs, maniait au hasard le ciseau et le maillet, s\u2019ar\u00adr\u00ea\u00adtait de plus en plus m\u00e9di\u00adta\u00adtif devant le mor\u00adceau de marbre d\u00e9ser\u00adt\u00e9 si long\u00adtemps&nbsp;; il en ima\u00adgi\u00adnait la beau\u00adt\u00e9 nue sous le voile\u200a\u2014\u200ad\u00e9j\u00e0 elle \u00e9tait femme\u2014 il s\u2019emportait \u00e0 l\u2019es\u00adpoir d\u2019en d\u00e9ga\u00adger la splen\u00addeur enfouie.&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019en\u00adtra\u00ee\u00adne\u00adment devint vite imp\u00e9\u00adrieux. L\u2019ar\u00adtiste, sans vou\u00adloir, de ses poings comme irri\u00adt\u00e9s, fit sau\u00adter quelques \u00e9clats&nbsp;; des contours se des\u00adsi\u00adn\u00e8rent, une \u00e9bauche h\u00e9si\u00adtante nais\u00adsait&nbsp;; elle se d\u00e9li\u00advrait des rev\u00ea\u00adte\u00adments stu\u00adpides du gra\u00adnit et s\u2019ef\u00adfi\u00adlait en de soyeuses sou\u00adplesses de chair. Les clar\u00adt\u00e9s cou\u00adreuses des heures s\u2019ar\u00adgen\u00adtaient \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adl\u00e9\u00adgance com\u00admen\u00ad\u00e7ante de l\u2019i\u00admage. Le g\u00e9nie c\u00e9dait, enfin, \u00e0 sa propre ivresse, le miracle se fai\u00adsait&nbsp;: une blanche vision de femme allait poindre dans l\u2019ombre verte des arbustes.&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Que serait-elle, et\u200a\u2014\u200al\u2019\u0153uvre d\u2019art diri\u00adgeant, elle aus\u00adsi, les mains de son ouvrier\u200a\u2014\u200aen quel ordre d\u00e9ter\u00admi\u00adn\u00e9 du Beau lui plai\u00adrait-il de se&nbsp;fixer&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 ces doutes, encore une fois, l\u2019in\u00adtime volon\u00adt\u00e9 de la terre avait r\u00e9pon\u00addu. La fr\u00eale chan\u00adson des feuilles dans le vent, les sen\u00adteurs des fleurs entre les herbes, la lim\u00adpi\u00addi\u00adt\u00e9 de la rivi\u00e8re au miroir trem\u00adblant ne sou\u00adhai\u00adtaient se d\u00e9peindre en nul embl\u00e8me de force ou d\u2019or\u00adgueil. Il leur fal\u00adlait pour repr\u00e9\u00adsen\u00adtante toute une gr\u00e2ce l\u00e9g\u00e8re, la chas\u00adte\u00adt\u00e9 fra\u00eeche d\u2019une vierge des for\u00eats, sem\u00adblable aux payses, aux jolies filles des jours de f\u00eate, dans la pure\u00adt\u00e9 de la robe blanche, au visage rieur sous la douce p\u00e9nombre de la coiffe fleu\u00adrie\u200a\u2014\u200atelle, ain\u00adsi, que l\u2019heu\u00adreuse appa\u00adri\u00adtion de la joie mati\u00adnale qui des\u00adcend des col\u00adlines et va par les pr\u00e9s au fil de&nbsp;l\u2019eau.\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Ces magn\u00e9\u00adtiques ins\u00adtances attei\u00adgnaient leur&nbsp;but&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 mesure qu\u2019elle emprun\u00adtait les lignes du r\u00e9el, la sta\u00adtue s\u2019\u00e9\u00adri\u00adgeait\u200a\u2014\u200acomme sachante et pr\u00e9\u00addes\u00adti\u00adn\u00e9e\u200a\u2014\u200asous les traits d\u2019une humble native du sol, rele\u00adv\u00e9e en une fier\u00adt\u00e9 de Diane rus\u00adtique. Le marbre sem\u00adblait avoir, de tou\u00adjours, rece\u00adl\u00e9 cette can\u00addide et na\u00efve \u00e9clo\u00adsion. C\u2019\u00e9\u00adtait pour l\u2019es\u00adprit du ma\u00eetre comme s\u2019il y f\u00fbt sur\u00adgi quelque g\u00e9nie autre, s\u2019im\u00adpo\u00adsant, plus que le sien, libre et pres\u00adti\u00adgieux. Il n\u00e9gli\u00adgeait, en effet, ses facul\u00adt\u00e9s accou\u00adtu\u00adm\u00e9es vers le d\u00e9me\u00adsu\u00adr\u00e9 et le superbe. Il visait aux conqu\u00eates plus hautes d\u2019une abso\u00adlue sim\u00adpli\u00adci\u00adt\u00e9. Sa fi\u00e8vre cr\u00e9a\u00adtrice \u00e9ma\u00adnait d\u2019in\u00adcons\u00adcience. La sin\u00adc\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 qui le gui\u00addait seule atti\u00adrait la vie elle-m\u00eame toute vraie au bout de ses doigts cher\u00adcheurs. Sa Gala\u00adth\u00e9e s\u2019\u00e9\u00adva\u00addait de la mati\u00e8re comme d\u2019un ancien som\u00admeil de prin\u00adcesse f\u00e9e\u00adrique. Puis, subite, elle venait du songe dans le ravis\u00adse\u00adment du cer\u00adtain, avec la lueur de rose que lui met\u00adtait aux joues une trans\u00adpa\u00adrence du marbre vei\u00adn\u00e9 de bleu, avec le sou\u00adrire de lumi\u00e8re aux yeux velou\u00adt\u00e9s d\u2019ombre sous la coiffe pay\u00adsanne de fleurs de lys, avec le rele\u00adv\u00e9 d\u00e9li\u00adcieux du bas de sa robe dans la fuite du vent&nbsp;; avec l\u2019es\u00adsor d\u2019un pre\u00admier pas de son pied d\u2019al\u00adb\u00e2tre sur les ronces du jardin\u2026<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Et, sans autre magie l\u2019en\u00adchan\u00adte\u00adment s\u2019attesta.&nbsp;<\/p>\n<p>La sta\u00adtue des\u00adsi\u00adnait un \u00e9lan de har\u00addiesse ing\u00e9\u00adnue. L\u2019\u00e2me pen\u00adsante p\u00e9n\u00e9\u00adtrait en cette flexible struc\u00adture qui lui pr\u00ea\u00adtait une divine appa\u00adrence d\u2019\u00eatre&nbsp;; m\u00eame l\u2019illu\u00adsion char\u00admante de la parole errait \u00e0 ses l\u00e8vres entr\u2019ou\u00advertes, comme chan\u00adtantes pour un hymne ini\u00adtial au pres\u00adsen\u00adti\u00adment de vivre et d\u2019\u00eatre belle\u2026<\/p>\n<p>Oui&nbsp;! la Gala\u00adth\u00e9e \u00e9tait fabu\u00adleu\u00adse\u00adment n\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adqui\u00adva\u00adlence des attraits du pay\u00adsage, blanche comme le retour des aubes, tein\u00adt\u00e9e de rayons et d\u2019obs\u00adcur\u00adcies entre les frois\u00adse\u00adments des branches, svelte et bou\u00adgeuse par son reflet au loin sur les eaux, han\u00adt\u00e9e de r\u00eave et d\u2019hal\u00adlu\u00adci\u00adna\u00adtion dans les vagues pro\u00adfon\u00addeurs \u00e9toi\u00adl\u00e9es de la&nbsp;nuit.&nbsp;<\/p>\n<p>Et plus exis\u00adtante encore \u00e9tait-elle pour l\u2019ar\u00adtiste. Leurs pen\u00ads\u00e9es s\u2019en\u00adten\u00addaient en sub\u00adtiles et d\u00e9li\u00adcates confidences.&nbsp;<\/p>\n<p>La sta\u00adtue rem\u00e9\u00admo\u00adrait par quel secret des\u00adtin impli\u00adqu\u00e9 dans le marbre, par quel accord entre les pro\u00adgr\u00e8s de sa gen\u00e8se et les hasards chan\u00adgeants de la lumi\u00e8re, par quels aban\u00addons aux influences \u00e9parses de la flore elle avait annon\u00adc\u00e9 puis ordon\u00adnan\u00adc\u00e9 sa jeune incarnation.&nbsp;<\/p>\n<p>Le Ma\u00eetre avouait cette force adjointe \u00e0 toute grande \u0153uvre d\u2019art d\u2019\u00e9\u00advo\u00adquer elle-m\u00eame sa loi de per\u00adfec\u00adtion et d\u2019ap\u00adpor\u00adter l\u2019en\u00adcha\u00ee\u00adne\u00adment des id\u00e9es \u00e0 l\u2019ef\u00adfort aven\u00adtu\u00adreux qu\u2019en\u00adtre\u00adprend l\u2019ar\u00adtiste. Il se f\u00e9li\u00adci\u00adtait de ses mains promptes ayant su fixer la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 sur\u00adve\u00adnante&nbsp;; il s\u2019ap\u00adplau\u00addis\u00adsait d\u2019a\u00advoir, enfin, d\u00e9dai\u00adgn\u00e9 les d\u00e9ce\u00advants sub\u00adter\u00adfuges d\u2019un style pour lais\u00adser s\u2019\u00e9\u00adpa\u00adnouir \u00e0 son gr\u00e9 cette fid\u00e8le iden\u00adti\u00adt\u00e9 de femme, bien pareille \u00e0 celles qui passent au che\u00admin de la vie et qui vont dans la ter\u00adrestre \u00e9mo\u00adtion de la&nbsp;chair.&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Alors le sta\u00adtuaire se h\u00e2ta de divul\u00adguer son triomphe.&nbsp;<\/p>\n<p>Ses amis accoururent.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9\u00adtaient le Po\u00e8te, fas\u00adtueux ima\u00adgier de paroles, le Sym\u00adpho\u00adniste, modu\u00adla\u00adteur des voix de l\u2019In\u00adcon\u00adnu&nbsp;; le Phi\u00adlo\u00adsophe, cher\u00adcheur en l\u2019a\u00adb\u00eeme des causes&nbsp;; c\u2019\u00e9\u00adtait, aus\u00adsi, le Riche, l\u2019ac\u00adqu\u00e9\u00adreur sou\u00adve\u00adrain \u00e0 prix d\u2019or des \u0153uvres du Ma\u00eetre.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 leurs yeux, aus\u00adsi, la noble vic\u00adtoire de l\u2019ar\u00adtiste \u00e9cla\u00adtait sans conteste. Embau\u00adm\u00e9e, demi-nue, de l\u2019o\u00addeur des herbes, chu\u00adcho\u00adteuse dans le bruis\u00adse\u00adment des feuilles, la sta\u00adtue s\u2019i\u00adma\u00adgeait toute res\u00adsen\u00adtante d\u2019une extase inn\u00e9e, et les enthou\u00adsiasmes se pros\u00adter\u00adnaient devant une telle supr\u00eame puis\u00adsance de fic\u00adtion. La pen\u00ads\u00e9e du Ma\u00eetre s\u2019ad\u00admet\u00adtait, pour tous, dans le sur\u00adna\u00adtu\u00adrel d\u2019une forme immuable.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais beau\u00adcoup au del\u00e0 du pr\u00e9\u00advu, le drame de dou\u00adleur humaine devait bien\u00adt\u00f4t agran\u00addir le miracle et se jouer de la Gala\u00adth\u00e9e enfin ch\u00e2\u00adti\u00e9e d\u2019a\u00advoir une&nbsp;\u00e2me.&nbsp;<\/p>\n<p>Son ado\u00adles\u00adcence, gerbe de fleurs d\u00e9nou\u00e9es du prin\u00adtemps, avait d\u00e9j\u00e0 fui. Elle s\u2019as\u00adsom\u00adbris\u00adsait avec l\u2019\u00e9\u00adt\u00e9 comme d\u2019une sourde irri\u00adta\u00adtion lui venant de la br\u00fb\u00adlure de la gl\u00e8be et des pesantes tor\u00adpeurs des nues. Sa blan\u00adcheur fluide gar\u00add\u00e9e du marbre s\u2019al\u00adt\u00e9\u00adrait en troubles p\u00e2leurs d\u2019ambre et se stig\u00adma\u00adti\u00adsait aux sillons d\u2019une r\u00e9cep\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9 plus \u00e2pre et plus d\u00e9vorante.&nbsp;<\/p>\n<p>Elle ache\u00advait de deve\u00adnir femme \u00e0 l\u2019as\u00adsaut des sen\u00adsua\u00adli\u00adt\u00e9s sur\u00adprises, r\u00e9vol\u00adt\u00e9es, enfin farouches. La for\u00eat appe\u00adlait sur sa couche d\u2019ombre les \u00e9treintes de l\u2019o\u00adrage, le sol s\u2019en\u00adtr\u2019ou\u00advrait pour les caresses de l\u2019eau&nbsp;; telle la Gala\u00adth\u00e9e pres\u00adsen\u00adtait et voulait.&nbsp;<\/p>\n<p>Et de quelle rigide reli\u00adgion du Beau l\u2019as\u00adtrein\u00addrait-on \u00e0 res\u00adter l\u2019i\u00addole&nbsp;? Sous quelle figu\u00adra\u00adtion d\u2019im\u00adpos\u00adsible hi\u00e9\u00adra\u00adtisme pr\u00e9\u00adten\u00addrait-on cacher dans l\u2019i\u00addole l\u2019ar\u00adri\u00adv\u00e9e de la divinit\u00e9&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>Vain ser\u00advage \u00e0 l\u2019i\u00add\u00e9al&nbsp;! Cet amour de la Gala\u00adth\u00e9e, tout \u00e0 coup sou\u00adle\u00adv\u00e9e d\u2019au\u00addaces ins\u00adtinc\u00adtives, c\u2019\u00e9\u00adtait, pour sa beau\u00adt\u00e9 fac\u00adtice, la tra\u00adgique oppres\u00adsion de n\u2019\u00eatre rien faute d\u2019une r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 de vivre. Il \u00e9tait atten\u00addu, cet amour, et sup\u00adpli\u00e9 par tout ce qui s\u2019\u00e9\u00adtait trans\u00admis de germes vivaces au sein de la sta\u00adtue prise dans les formes de la vie. Il fal\u00adlait \u00e0 l\u2019a\u00admour de la Gala\u00adth\u00e9e la pl\u00e9\u00adni\u00adtude des ivresses et l\u2019a\u00adbat\u00adte\u00adment des souf\u00adfrances qu\u2019il apporte de la nature en nous pour s\u2019a\u00adb\u00ee\u00admer avec nous. L\u2019a\u00admour s\u2019as\u00adsi\u00admi\u00adlait pour elle aux res\u00adplen\u00addis\u00adse\u00adments d\u2019au\u00adrores, aux ten\u00addresses du jour qui fuit, aux m\u00e9lan\u00adco\u00adlies que trament les ombres. Il devait \u00eatre l\u2019an\u00adgoisse d\u2019un bon\u00adheur trop grand qui se res\u00adpire dans le souffle des \u00e9t\u00e9s, le pr\u00e9\u00adsage de la chi\u00adm\u00e8re ail\u00e9e de nos deuils qui se dis\u00adsipe par les soirs fl\u00e9\u00adtris o\u00f9 toute f\u00e9li\u00adci\u00adt\u00e9 s\u2019\u00e9teint.&nbsp;<\/p>\n<p>Et, sa pudeur arra\u00adch\u00e9e aux entraves plas\u00adtiques, elle appe\u00adlait, folle, l\u2019embrassement viril de l\u2019ar\u00adtiste&nbsp;; elle se pr\u00e9\u00adci\u00adpi\u00adtait \u00e0 des h\u00e2tes d\u2019\u00e9\u00adpui\u00adser pour lui ces dons qu\u2019elle en avait re\u00e7us de vivre et d\u2019ai\u00admer&nbsp;; elle hale\u00adtait d\u2019\u00eatre \u00e0 lui tout enti\u00e8re, de l\u2019a\u00advoir bien \u00e0 elle, bien seule\u00adment \u00e0 ce qui dans sa cr\u00e9a\u00adtion affran\u00adchie de l\u2019art immo\u00adbile s\u2019a\u00adgi\u00adtait enfin d\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 et de&nbsp;femme.&nbsp;<\/p>\n<p>H\u00e9las&nbsp;! le Ma\u00eetre ne soup\u00ad\u00e7on\u00adnait pas de pri\u00e8res de volup\u00adt\u00e9 sous cette sem\u00adblance de chair amou\u00adreuse. Il igno\u00adrait la v\u00e9ri\u00adtable gran\u00addeur, la part de divi\u00adni\u00adt\u00e9 de son \u0153uvre. C\u2019\u00e9\u00adtait assez pour sa gloire que la sta\u00adtue par\u00fbt envo\u00adl\u00e9e de son socle, comme d\u2019un coup d\u2019aile de lumi\u00e8re, qu\u2019elle s\u2019en\u00adchan\u00adt\u00e2t de toutes les claires har\u00admo\u00adnies des heures, qu\u2019elle se f\u00eet hagarde et fan\u00adtas\u00adtique \u00e0 tra\u00advers la nuit, sans autre par\u00adtage au r\u00e9el que cette mou\u00advante d\u00e9sin\u00advol\u00adture dont, au hasard du tra\u00advail, il l\u2019a\u00advait habill\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n<p>Qui sait son d\u00e9pit\u200a\u2014\u200apeut-\u00eatre, \u00f4 ris\u00e9e, le frois\u00adse\u00adment de son orgueil d\u2019art pour l\u2019art\u200a\u2014\u200asi, d\u00e9pouillant tout-\u00e0-fait sa chry\u00adsa\u00adlide sculp\u00adtu\u00adrale, la femme nue avait mar\u00adch\u00e9 \u00e0 lui, lib\u00e9\u00adr\u00e9e de son appa\u00adrat de chef-d\u2019\u0153uvre, consciente de son \u00eatre intime, heu\u00adreuse de ses liens tomb\u00e9s\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>\u2014Il n\u2019est rien de toi, disait-il, qu\u2019une sur\u00adface o\u00f9 se fixe\u00adra ma pens\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n<p>Et la Gala\u00adth\u00e9e connut le sup\u00adplice, soi\u00adgna la bles\u00adsure \u00e0 jamais ouverte d\u2019un amour o\u00f9 l\u2019on ne vou\u00adlait rien entendre des bat\u00adte\u00adments de son&nbsp;c\u0153ur.&nbsp;<\/p>\n<p>Elle appe\u00adlait une piti\u00e9, cepen\u00addant, et tour \u00e0 tour elle adju\u00adra les amis du Ma\u00eetre, le Po\u00e8te d\u2019a\u00adbord, ins\u00adti\u00adga\u00adteur lui aus\u00adsi, par le verbe, de cet afflux de vita\u00adli\u00adt\u00e9 qui se vio\u00adlen\u00adtait en elle. Mais le tis\u00adseur de rimes n\u2019eut pour r\u00e9ponse que des odes magni\u00adfiques en l\u2019hon\u00adneur d\u2019une Gala\u00adth\u00e9e main\u00adte\u00adnue \u00e0 des cor\u00adrec\u00adtions de lignes \u00ab&nbsp;que la pas\u00adsion ne doit pas d\u00e9ranger&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n<p>Res\u00adte\u00adrait-elle donc humi\u00adli\u00e9e \u00e0 ce seul r\u00f4le d\u2019i\u00adma\u00adge\u00adrie de po\u00e8me, pavoi\u00ads\u00e9e du vain d\u00e9cor des&nbsp;mots&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>Sa d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adrance vou\u00adlut, du moins, apprendre \u00e0 se dire par des chants qui sau\u00adraient \u00eatre des fris\u00adsons et des pleurs. Elle ten\u00adta de m\u00ealer sa voix aux accords mys\u00adtiques qu\u2019im\u00adpro\u00advi\u00adsait le sym\u00adpho\u00adniste. Mais les plaintes de la Gala\u00adth\u00e9e n\u2019ar\u00adri\u00advaient jus\u00adqu\u2019\u00e0 lui que comme l\u2019\u00e9\u00adtran\u00adge\u00adt\u00e9 d\u2019on ne sait quelles \u00e9l\u00e9\u00adgies d\u2019\u00e2me cap\u00adtive dans la pierre. Et c\u2019\u00e9\u00adtait le texte de loin\u00adtaines l\u00e9gendes ins\u00adtru\u00admen\u00adt\u00e9es en s\u00e9r\u00e9\u00adnades plus obs\u00adcures que les ombres \u00e9cou\u00adteuses de la&nbsp;nuit.&nbsp;<\/p>\n<p>Ain\u00adsi les mains-artistes, les strophes \u00e9vo\u00adca\u00adtrices, le trans\u00adcen\u00addant des m\u00e9lo\u00addies n\u2019illus\u00adtraient que le mythe de la Gala\u00adth\u00e9e et de sa ver\u00adtu d\u2019\u00eatre dou\u00adlou\u00adreuse et mor\u00adtelle. Le Sou\u00adve\u00adrain Riche et son Or ne com\u00adpre\u00adnaient enti\u00e8\u00adre\u00adment rien, ambi\u00adtieux seule\u00adment qu\u2019ils \u00e9taient de dres\u00adser au seuil d\u2019un palais le faste de la sta\u00adtue devant laquelle s\u2019u\u00adse\u00adrait le froid res\u00adpect des&nbsp;\u00e2ges.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais que lui impor\u00adtait une apo\u00adth\u00e9ose de sa beau\u00adt\u00e9 morte&nbsp;? Et quel amer int\u00e9\u00adr\u00eat la pous\u00adsait encore \u00e0 conna\u00eetre jus\u00adqu\u2019au bout les causes de sa d\u00e9tresse&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>\u2014 Dis-moi pour\u00adquoi je suis&nbsp;? lamen\u00adtait-elle aupr\u00e8s du Phi\u00adlo\u00adsophe, dis-moi pour\u00adquoi je pleure et pour\u00adquoi nul de vous ne me devine en moi, telle que je suis et telle que je pleure&nbsp;?.\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>S\u2019il avait pu l\u2019en\u00adtendre, le dia\u00adlec\u00adti\u00adcien\u200a\u2014\u200asans railler ni com\u00adpa\u00adtir\u200a\u2014\u200ase f\u00fbt bor\u00adn\u00e9, tout moder\u00adniste, au constat pour lui si pr\u00e9\u00advu d\u2019une souf\u00adfrance inor\u00adga\u00adnique. Il tenait, en effet, pour ration\u00adnel que l\u2019ar\u00adgile de la Gala\u00adth\u00e9e cont\u00eent, en quan\u00adti\u00adt\u00e9 rela\u00adtive, les prin\u00adcipes pri\u00admor\u00addiaux de l\u2019ac\u00adtion et du sen\u00adti\u00adment, car il consi\u00add\u00e9\u00adrait l\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgence et la sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 comme les qua\u00adli\u00adt\u00e9s d\u2019un ato\u00admisme uni\u00adver\u00adsel sus\u00adcep\u00adtible de se r\u00e9par\u00adtir et de se coor\u00addon\u00adner plus ou moins sous n\u2019im\u00adporte quelle forme spon\u00adta\u00adn\u00e9e ou imitative.\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Elle res\u00adtait donc indif\u00adf\u00e9\u00adrente \u00e0 tous, cette essence de nature qui vou\u00adlait d\u00e9bor\u00adder du nombre et se r\u00e9soudre en une femme, toute femme, avec ses fai\u00adblesses et ses d\u00e9sordres&nbsp;? L\u2019art jaloux de la vie ha\u00efs\u00adsait cette femme dans la Gala\u00adth\u00e9e. Seule sa sta\u00adtue avait des amants.&nbsp;<\/p>\n<p>\u2014 Qu\u2019im\u00adporte que tu sois triste ou ravie d\u2019es\u00adpoir&nbsp;? d\u00e9ci\u00addaient-ils.\u200a\u2014\u200aSois la seule beau\u00adt\u00e9&nbsp;; sois belle de nos visions refl\u00e9\u00adt\u00e9es, sois belle d\u2019un trouble d\u2019\u00e9\u00adnigme pour le vul\u00adgaire, sois belle d\u2019un \u00e9ter\u00adnel silence dont nous dirons le secret de ten\u00addresse et d\u2019ironie.&nbsp;<\/p>\n<p>\u2014 Rh\u00e9\u00adteurs de men\u00adsonges, pro\u00adtes\u00adtait l\u2019in\u00adcom\u00adprise, l\u2019ou\u00adtra\u00adg\u00e9e, po\u00e8tes jon\u00adgleurs des styles \u00e9blouis, chan\u00adteurs de l\u2019\u00e9\u00adga\u00adre\u00adment des songes, sub\u00adtils pra\u00adti\u00adciens du m\u00e9tier de plaire&nbsp;! Votre id\u00e9a\u00adlisme feint de s\u2019al\u00adlier au r\u00e9el&nbsp;; il se d\u00e9clame ambi\u00adtieux d\u2019une nou\u00advelle cr\u00e9a\u00adtion de la vie. Et voi\u00adci que votre sou\u00adhait s\u2019ac\u00adcom\u00adplit. La v\u00e9ri\u00adt\u00e9 d\u2019\u00eatre s\u2019est \u00e9ten\u00addue de vous en l\u2019\u0153uvre que vous avez faite de moi. J\u2019as\u00adpire et je res\u00adsens la vie, toute la vie elle-m\u00eame o\u00f9 m\u2019a \u00e9le\u00adv\u00e9e votre&nbsp;r\u00eave.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais vous la ban\u00adnis\u00adsez une fois venue lors\u00adqu\u2019elle est si simple h\u00e9las&nbsp;! si pareille \u00e0 la Arie r\u00e9si\u00adgn\u00e9e ou d\u00e9faillante des autres enfants de la terre. Je ne pou\u00advais contraindre mes ins\u00adtincts aux limites de l\u2019i\u00admage dont vous m\u2019a\u00adviez v\u00eatue. Il me vint les ivresses ado\u00adles\u00adcentes puis les san\u00adglots des filles tor\u00adtu\u00adr\u00e9es d\u2019a\u00admour. Mais les clar\u00adt\u00e9s de chan\u00adsons \u00e0 mes l\u00e8vres, l\u2019as\u00adsom\u00adbris\u00adse\u00adment d\u00e9cou\u00adra\u00adg\u00e9 dans un regard, cette lai\u00addeur pas\u00adsion\u00adn\u00e9e des sen\u00adti\u00adments par les\u00adquels s\u2019at\u00adtes\u00adtait ma r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 de chair et d\u2019\u00e2me vous les avez pros\u00adcrits parce qu\u2019ils enfrei\u00adgnaient les vaines r\u00e9gles\u200a\u2014\u200aoh&nbsp;! si vaines et si chan\u00adgeantes\u200a\u2014\u200ade vos arti\u00adfices de s\u00e9duc\u00adtion. Plus tard, ma des\u00adti\u00adn\u00e9e s\u2019ac\u00adcom\u00adplis\u00adsait&nbsp;: les fruits de mater\u00adni\u00adt\u00e9 pen\u00addus \u00e0 mon sein, la suite des jours effeuillant ma jeu\u00adnesse, l\u2019au\u00adr\u00e9ole de la pen\u00ads\u00e9e agran\u00addie \u00e0 mon front, ces signes gra\u00addu\u00e9s de la marche \u00e0 la mort que l\u2019ombre des temps grave len\u00adte\u00adment sur la fra\u00adgi\u00adli\u00adt\u00e9 des \u00eatres, vous m\u2019en eus\u00adsiez repro\u00adch\u00e9 le d\u00e9sac\u00adcord avec vos rythmes, vos har\u00admo\u00adnies, vos nuances, vos raf\u00adfi\u00adne\u00adments.\u200a\u2014\u200a\u00ab&nbsp;Qu\u2019im\u00adporte que tu sois vraie&nbsp;?&nbsp;\u00bb\u200a\u2014\u200am\u2019eus\u00adsiez vous redit\u200a\u2014\u200a\u00ab&nbsp;sois morte sous le relief sublime de la mati\u00e8re dont nous t\u2019a\u00advons&nbsp;tir\u00e9e&nbsp;\u00bb\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>Je vous ob\u00e9is donc, je retourne \u00e0 l\u2019i\u00adna\u00adni\u00adt\u00e9 par\u00e9e de n\u00e9ant o\u00f9 s\u2019ar\u00adr\u00eate votre extase. Je rede\u00adviens l\u2019i\u00add\u00e9e sans \u00e2me et sans voix dont vous avez dres\u00ads\u00e9 le symbole\u2026<\/p>\n<p>L\u2019illu\u00adsion d\u2019\u00eatre de la Gala\u00adth\u00e9e se dissipait.&nbsp;<\/p>\n<p>Sa der\u00adni\u00e8re pen\u00ads\u00e9e d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9e se sen\u00adtait trop haute pour la fata\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019art qui l\u2019op\u00adpri\u00admait. Ain\u00adsi se com\u00adprendre c\u2019est mourir.&nbsp;<\/p>\n<p>La sta\u00adtue pro\u00adfile, main\u00adte\u00adnant, sa joliesse inerte et d\u00e9j\u00e0 sur\u00adan\u00adn\u00e9e sur l\u2019ho\u00adri\u00adzon nu, tan\u00addis que le pay\u00adsage d\u2019au\u00adtomne s\u2019en\u00adse\u00adve\u00adlit sous les feuilles \u00e9teintes et que le lin\u00adceul des neiges trame vers l\u2019es\u00adpace une vague clar\u00adt\u00e9 de&nbsp;r\u00eave\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>[\/\u200bLouis <sc>Mul\u00adlem<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De m\u00eame qu\u2019en la noble l\u00e9gende attique, la sta\u00adtue \u00e9tait deve\u00adnue femme. Le marbre appa\u00adrais\u00adsait d\u2019une vie res\u00adpi\u00adrante et vraie. Le pro\u00addige renais\u00adsait sou\u00addain de l\u2019art \u00e9gal \u00e0 la&nbsp;vie.&nbsp; \u00c9tait-ce un mirage, peut-\u00eatre, o\u00f9 se jouaient les errantes lueurs de la for\u00eat&nbsp;? La nou\u00advelle Gala\u00adth\u00e9e se pro\u00adfi\u00adlait d\u2019une l\u00e9g\u00e8\u00adre\u00adt\u00e9 de fris\u00adson dans la lumi\u00e8re bris\u00e9e&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[341],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2823","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lhumanite-nouvelle-n1-mai-1897"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2823","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2823"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2823\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2823"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2823"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2823"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2823"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}