{"id":2827,"date":"2011-05-31T22:04:45","date_gmt":"2011-05-31T22:04:45","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/05\/31\/etude-sur-levolution-des-religions-primitives\/"},"modified":"2011-05-31T22:04:45","modified_gmt":"2011-05-31T22:04:45","slug":"etude-sur-levolution-des-religions-primitives","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/05\/31\/etude-sur-levolution-des-religions-primitives\/","title":{"rendered":"Etude sur l\u2019\u00e9volution des religions primitives"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2827?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2827?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><h2>apparence et physiologie des ombres<\/h2>\n<p>Toutes les auto\u00adri\u00adt\u00e9s en mati\u00e8re de l\u2019autre monde, s\u2019ac\u00adcordent a dire que ceux qui ont pas\u00ads\u00e9 par la mort sont trans\u00adfor\u00adm\u00e9s et m\u00e9ta\u00admor\u00adpho\u00ads\u00e9s. Elles ne savent trop le r\u00e9p\u00e9\u00adter&nbsp;: le chan\u00adge\u00adment est com\u00adplet  autant que subit. Les amis du Ci-Devant feront bien de tenir \u00e0 dis\u00adtance celui qui, n\u2019\u00e9\u00adtant plus ce qu\u2019il \u00e9tait, est ce qu\u2019il n\u2019\u00e9\u00adtait&nbsp;pas.&nbsp;<\/p>\n<p>On raconte dans l\u2019Ar\u00adgen\u00adtine que les Gau\u00adchos, qui ont las\u00ads\u00e9 un che\u00adval sau\u00advage et lui ont incul\u00adqu\u00e9 une pre\u00admi\u00e8re le\u00e7on \u00e8s-huma\u00adni\u00adt\u00e9, ne prennent pas tou\u00adjours la peine d\u2019a\u00adme\u00adner le novice \u00e0 l\u2019es\u00adtan\u00adcia, sachant qu\u2019ils le retrou\u00adve\u00adront et le recap\u00adtu\u00adre\u00adront quand il leur plai\u00adra&nbsp;; ils le laissent rega\u00adgner la bande \u00e0 laquelle ils l\u2019a\u00advaient arra\u00adch\u00e9. Mais en quel \u00e9tat sort-il de sa pre\u00admi\u00e8re ini\u00adtia\u00adtion&nbsp;! Le corps cou\u00advert de sueur et d\u2019\u00e9\u00adcume, les flancs et les membres d\u00e9chi\u00adr\u00e9s par les \u00e9pines, les roseaux et les \u00e9pe\u00adrons, le cr\u00e2ne h\u00e9b\u00e9\u00adt\u00e9 par les coups de gour\u00addin, la langue san\u00adglante, la m\u00e2choire d\u00e9bo\u00ee\u00adt\u00e9e et d\u00e9sac\u00adcro\u00adch\u00e9e. La b\u00eate hale\u00adtante et haras\u00ads\u00e9e, \u00e9rein\u00adt\u00e9e et \u00e9chi\u00adn\u00e9e, revient aupr\u00e8s des siens. Ah&nbsp;! comme elle vou\u00addrait \u00eatre l\u00e9ch\u00e9e et pour\u00adl\u00e9\u00adch\u00e9e, cares\u00ads\u00e9e sinon conso\u00adl\u00e9e&nbsp;! Endo\u00adlo\u00adrie, hon\u00adteuse de son irr\u00e9\u00adm\u00e9\u00addiable d\u00e9faite, elle arrive qu\u00ea\u00adtant la com\u00adpas\u00adsion et la sym\u00adpa\u00adthie. Mais aucun des anciens ne se laisse appro\u00adcher, ne s\u2019at\u00adten\u00addrit a son regard sup\u00adpliant. Ils font cercle, la regar\u00addant avec stu\u00adpeur, comme si elle f\u00fbt ani\u00admal redou\u00adtable ou funeste. Ils la voient mon\u00adt\u00e9e par le spectre de l\u2019homme m\u00e9chant et ter\u00adrible, mat\u00e9e par celui qui tou\u00adjours les menace, et fera t\u00f4t ou tard, par\u00admi eux, vic\u00adtime nouvelle.&nbsp;<\/p>\n<p>Le masque de la mort trans\u00adpa\u00adra\u00eet sous la figure du d\u00e9funt. Tha\u00adna\u00adtos s\u2019emb\u00fbche dans les orbites ocu\u00adlaires, pr\u00eat \u00e0 se jeter sur le pre\u00admier pas\u00adsant venu. C\u2019est la mort qui donne au d\u00e9funt l\u2019a\u00adcui\u00adt\u00e9 sinistre du regard mena\u00ad\u00e7ant. Les morts s\u2019emploient \u00e0 pro\u00adpa\u00adger la mort. De m\u00eame les pes\u00adti\u00adf\u00e9\u00adr\u00e9s dis\u00ads\u00e9\u00adminent la peste&nbsp;; les bar\u00adreaux de fer qu\u2019un aimant a tou\u00adch\u00e9s, aiman\u00adte\u00adront d\u2019autres barreaux.&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u0153il du vivant rayonne cha\u00adleur et flamme&nbsp;; celui du mort \u00e9me\u00adtune lueur froide, stille une lumi\u00e8re pola\u00adri\u00ads\u00e9e, d\u00e9pouill\u00e9e des rayons calo\u00adriques, laquelle d\u00e9com\u00adpose l\u2019au\u00adra ner\u00adveuse, engour\u00addit le c\u0153ur et glace les moelles. Qui s\u2019obs\u00adtine a regar\u00adder cet \u0153il se sent d\u00e9faillir&nbsp;; plu\u00adsieurs tom\u00adb\u00e8rent pour ne plus se relever.&nbsp;<\/p>\n<p>Sous le nom de M\u00e9duse ou la Domi\u00adna\u00adtrice, la mort \u00e9mane l\u2019ef\u00adfroi, avant-cou\u00adreur des dis\u00adso\u00adlu\u00adtions. Qui ren\u00adcon\u00adtrait son regard \u00e9tait chan\u00adg\u00e9 en pierre. \u00c0 tel point effrayait la Reine des \u00c9pou\u00advan\u00adte\u00adments, qu\u2019il e\u00fbt suf\u00adfi de quelques siens che\u00adveux pour mettre une arm\u00e9e en fuite, pr\u00e9\u00adten\u00addait la fable grecque, laquelle ajou\u00adtait que Minerve remit a Her\u00adcule une cru\u00adchette et dedans une boucle de la Gor\u00adgone, dont Her\u00adcule gra\u00adti\u00adfia sa bonne amie St\u00e9\u00adrope, qui pas\u00adsa le cadeau a la ville de T\u00e9g\u00e9e, laquelle la mit en son palladium.&nbsp;<\/p>\n<p>La l\u00e9gende uni\u00adver\u00adselle n\u2019a pas man\u00adqu\u00e9 de noter cet aspect \u00e9trange, cette phy\u00adsio\u00adno\u00admie r\u00e9pul\u00adsive. Ain\u00adsi, dans une saga Scan\u00addi\u00adnave, le divin Thor apos\u00adtrophe Alwys qui avait sur\u00adgi tout a&nbsp;coup&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u200a\u2014\u200aH\u00e9&nbsp;! h\u00e9&nbsp;! D\u2019o\u00f9 sors-tu, cama\u00adrade&nbsp;? Comme te voi\u00adl\u00e0 blanc autour du nez&nbsp;! Aurais-tu dor\u00admi par hasard par\u00admi les cadavres&nbsp;? Tiens, je crois flai\u00adrer quelque chose d\u2019un Thyrse&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Et l\u2019autre&nbsp;: <\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;En effet. Mon nom est Alwys. Oui, je demeure sous terre, oui, j\u2019ha\u00adbite la pierre&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Tant que le sou\u00adve\u00adnir de sa vie et de sa per\u00adsonne n\u2019est pas effa\u00adc\u00e9, le mort fait un reve\u00adnant encore pr\u00e9\u00adsen\u00adtable. Tant que dure sa m\u00e9moire, il conserve sa figure de nagu\u00e8re et son cos\u00adtume. Mais quand son nom n\u2019\u00e9\u00adveille plus aucun sou\u00adve\u00adnir pr\u00e9\u00adcis, il passe pour s\u2019\u00eatre m\u00e9ta\u00admor\u00adpho\u00ads\u00e9, avoir \u00e9mi\u00adgr\u00e9 en plante ou ani\u00admal. On en a preuve \u00e9vi\u00addente par les traces trou\u00adv\u00e9es autour de la tombe, sur pous\u00adsi\u00e8re ou argile mouill\u00e9e, sur cendre ou sable, traces lais\u00ads\u00e9es par l\u2019\u00e2me, \u00e9vi\u00addem\u00adment&nbsp;; elles mon\u00adtraient des patouillages d\u2019in\u00adsectes, des sillages comme de vers ou chenilles.&nbsp;<\/p>\n<p>Si durant sa vie, le com\u00adpa\u00adgnon n\u2019a\u00advait pas su se faire aimer ou esti\u00admer, il tom\u00adbait bien\u00adt\u00f4t dans la d\u00e9mo\u00adnaille, \u00e9tait reje\u00adt\u00e9 dans la tourbe des irr\u00e9\u00adgu\u00adliers et mau\u00advais dr\u00f4les de l\u2019autre monde. Bien\u00adt\u00f4t son phy\u00adsique se brouillait, tour\u00adnait au laid, puis au hideux et gro\u00adtesque&nbsp;; des griffes lui pous\u00adsaient, ou des sabots four\u00adchus avec une queue balayante.&nbsp;<\/p>\n<p>En tout \u00e9tat de cause, l\u2019as\u00adpect du d\u00e9funt se modi\u00adfie. Les des\u00adsins des Peaux-Rouges lui font des moi\u00adgnons four\u00adchus ou tri-dac\u00adtyles au bout du bras et de la che\u00adville. Les d\u00e9mons japo\u00adnais ont quatre doigts seule\u00adment&nbsp;: c\u2019est leur signe dis\u00adtinc\u00adtif. Par\u00adtout on en a vu avec les pieds retour\u00adn\u00e9s ou la t\u00eate devant der\u00adri\u00e8re. De notre enc\u00e9\u00adphale ils se passent ais\u00e9\u00adment. \u00c0 preuve les che\u00advau\u00adch\u00e9es du Grand Veneur, ces cava\u00adliers qui pour plus de com\u00admo\u00addi\u00adt\u00e9 portent leur boule \u00e0 l\u2019ar\u00ad\u00e7on de la selle&nbsp;; ils la repren\u00addront quand ils seront arri\u00adv\u00e9s. D\u2019autres l\u2019ont d\u00e9po\u00ads\u00e9e quelque part, dans un coin&nbsp;; ils ne la mettent qu\u2019en&nbsp;gala.&nbsp;<\/p>\n<p>Pour ce qui en est de la d\u00e9mo\u00adno\u00adlo\u00adgie sp\u00e9\u00adciale, disons que la plu\u00adpart des d\u00e9mons s\u00e9mites sont velus et roux, et par excep\u00adtion, four\u00adr\u00e9s d\u2019un pourpre vio\u00adla\u00adc\u00e9. Le moyen-\u00e2ge chr\u00e9\u00adtien encor\u00adna et ensa\u00adbo\u00adta ses diables, en sou\u00adve\u00adnir des faunes et des \u00e6gi\u00adpans. Pour les faire res\u00adsem\u00adbler au dra\u00adgon apo\u00adca\u00adlyp\u00adtique, leur p\u00e8re, on leur attri\u00adbua une queue a bout ac\u00e9\u00adr\u00e9, cin\u00adglant des coups empoi\u00adson\u00adn\u00e9s. Et dans leurs yeux rouges, on allu\u00adma des char\u00adbons tir\u00e9s au bra\u00adsier de l\u2019Enfer.&nbsp;<\/p>\n<p>Les Grecs repr\u00e9\u00adsen\u00adtaient Plu\u00adton et les Dieux de l\u2019Ha\u00add\u00e8s comme ne d\u00e9vi\u00adsa\u00adgeant per\u00adsonne et tou\u00adjours regar\u00addant ailleurs&nbsp;; moyen de ne s\u2019a\u00adpi\u00adtoyer jamais. Ce trait d\u00e9li\u00adcat fut exa\u00adg\u00e9\u00adr\u00e9 jus\u00adqu\u2019au gro\u00adtesque par des l\u00e9gendes et figu\u00adra\u00adtions bar\u00adbares. Citons les Dama\u00adras et Ova H\u00e9r\u00e9\u00adros de l\u2019A\u00adfrique Australe,qui log\u00e8rent les yeux de leurs d\u00e9mons dans le dos ou la nuque. Par contre, tels et tels monstres se mirent deux yeux devant deux yeux der\u00adri\u00e8re&nbsp;; leur t\u00eate affec\u00adtait la forme d\u2019une jumelle de th\u00e9\u00e2tre. Qua\u00adtre\u2019s\u2019yeux, une Ogresse des Ma\u00ef\u00adnotes, Grecs de l\u2019an\u00adcienne Laconie.&nbsp;<\/p>\n<p>Man\u00adquant de sub\u00adstance, d\u00e9pour\u00advus de chair et d\u2019os, n\u2019\u00e9\u00adtant que du brouillard att\u00e9\u00adnu\u00e9, les fan\u00adt\u00f4mes furent d\u00e9nom\u00adm\u00e9s Corps-Vides ou Figures-Creuses, par exemple en Rus\u00adsie et aux Fero\u00eb. On les d\u00e9pei\u00adgnit tout en fa\u00e7ade, pri\u00adv\u00e9s de dos et du pos\u00adt\u00e9\u00adrieur, ouverts par derri\u00e8re.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Sym\u00adbo\u00adli\u00ads\u00e9s par les \u00ab&nbsp;pois\u00adsons muets&nbsp;\u00bb, les Sprites, dit-on, sont avares de paroles, ont pour geste fr\u00e9\u00adquent de poser le doigt sur la bouche. Entr\u2019eux ils conversent, sans inter\u00adm\u00e9\u00addiaire audible et visible, par l\u2019ac\u00adtion intime et directe d\u2019\u00e2me \u00e0 \u00e2me. Quand on se figure qu\u2019ils parlent, c\u2019est qu\u2019ils font sur\u00adgir les id\u00e9es si net\u00adte\u00adment dans le cer\u00adveau, qu\u2019on croit entendre une voix dis\u00adtincte. Ils com\u00admu\u00adniquent avec nous par tables tour\u00adnantes ou crayons magn\u00e9\u00adti\u00ads\u00e9s, par une l\u00e9g\u00e8re agi\u00adta\u00adtion de l\u2019air, par des sou\u00adpirs et coups ryth\u00adm\u00e9s, par des lueurs rapides, des g\u00e9mis\u00adse\u00adments ou des \u00e9clats de rire, voire par des miau\u00adle\u00adments, hur\u00adle\u00adments et coas\u00adse\u00adments. Quel dom\u00admage qu\u2019ils ne puissent par\u00adler comme nous, par\u00adler tout bonnement&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>Les Mao\u00adris attri\u00adbuent ou attri\u00adbuaient \u00e0 leurs Tahoun\u00adgas un l\u00e9ger bruis\u00adse\u00adlis, un sif\u00adfle\u00adment. Les Inno\u00efts disent que les esprits bour\u00addonnent. En Oc\u00e9a\u00adnie, aux \u00eeles Gil\u00adbert et Mar\u00adshall, le spectre hante les alen\u00adtours de son ancienne demeure, pen\u00addant trois ou quatre jours encore, et les amis peuvent l\u2019en\u00adtre\u00advoir aux heures cr\u00e9\u00adpus\u00adcu\u00adlaires, l\u2019en\u00adtendre siffloter.&nbsp;<\/p>\n<p>De temps \u00e0 autre, ils entrent dans le corps des oiseaux chan\u00adteurs, sur\u00adtout de ceux qui ont l\u2019ac\u00adcent triste et la m\u00e9lo\u00addie plain\u00adtive. C\u2019est Proc\u00adn\u00e9, de clas\u00adsique sou\u00adve\u00adnir, l\u2019hi\u00adron\u00addelle Proc\u00adn\u00e9, qui dit le crime dont elle fut vic\u00adtime. C\u2019est Phi\u00adlo\u00adm\u00e8le, le ros\u00adsi\u00adgnol qui raconte aux \u00e9toiles sa pas\u00adsion et son infortune.&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>La mort est dite \u00ab&nbsp;la Camarde&nbsp;\u00bb dans le lan\u00adgage popu\u00adlaire. Un cr\u00e2ne avec les orbites vides et sans les car\u00adti\u00adlages du nez\u200a\u2014\u200ails sont tom\u00adb\u00e9s de pour\u00adri\u00adture\u200a\u2014\u200anul ne s\u2019y trompe, c\u2019est la Mort ou quel\u00adqu\u2019un qui lui appar\u00adtient. Quand on ne la voit pas, on la devine \u00e0 la fade, a l\u2019in\u00addes\u00adcrip\u00adtible odeur d\u00e9ga\u00adg\u00e9e par les chairs pour\u00adris\u00adsantes, on la sent par toute la chi\u00admie macabre. Tha\u00adna\u00adtos en est impr\u00e9\u00adgn\u00e9, p\u00e9n\u00e9\u00adtr\u00e9 de part en part, ne peut que la d\u00e9ga\u00adger. De loin la per\u00ad\u00e7oivent les chiens qui, alors, \u00ab&nbsp;aboient \u00e0 la mort&nbsp;\u00bb, comme on dit en nos cam\u00adpagnes. Mille fois les ani\u00admaux fin-flai\u00adreurs la reni\u00adflaient, tan\u00addis que leurs ma\u00eetres ne se dou\u00adtaient de&nbsp;rien.&nbsp;<\/p>\n<p>Ayant per\u00addu les narines, si le mort hume encore les objets, c\u2019est par des moyens a lui connus. Ce pro\u00adbl\u00e8me, nous n\u2019a\u00advons pas \u00e0 le r\u00e9soudre. Il importe davan\u00adtage de se rap\u00adpe\u00adler que \u00ab&nbsp;le souffle qui tra\u00adverse les narines&nbsp;\u00bb est l\u2019\u00e2me m\u00eame de l\u2019in\u00addi\u00advi\u00addu, son Double a\u00e9rien.&nbsp;<\/p>\n<p>Une his\u00adtoire de reve\u00adnants d\u00e9bu\u00adtait&nbsp;ainsi&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;\u2026 Il y avait comme un mys\u00adt\u00e8re au fond des glaces. Dans le cabi\u00adnet de toi\u00adlette flot\u00adtait un par\u00adfum subtil\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019es\u00adsence des plantes, celle de tous \u00eatres vivants se d\u00e9c\u00e8le par l\u2019o\u00addeur d\u00e9ga\u00adg\u00e9e. En v\u00e9ne\u00adrie, le fumet ou la fum\u00e9e de la sau\u00adva\u00adgine, c\u2019est son \u00e2me, son \u00e2me apr\u00e8s laquelle courent chas\u00adseur, limiers et l\u00e9vriers.&nbsp;<\/p>\n<p>Quand s\u2019\u00e9\u00adlu\u00adcu\u00adbra la pre\u00admi\u00e8re morale, ais\u00e9\u00adment on se per\u00adsua\u00adda que l\u2019in\u00adfec\u00adtion cada\u00adv\u00e9\u00adrique d\u00e9ce\u00adlait d\u2019i\u00adgnobles pen\u00adchants, r\u00e9v\u00e9\u00adlait la mau\u00advai\u00adse\u00adt\u00e9 des \u00e2mes, leurs haines et leurs envies. Sans doute la puan\u00adteur per\u00adsis\u00adtait jus\u00adqu\u2019\u00e0 ce que la conscience e\u00fbt \u00e9t\u00e9 net\u00adtoy\u00e9e. Ce qui nous explique pour\u00adquoi les Oscilles furent long\u00adtemps une c\u00e9r\u00e9\u00admo\u00adnie pieuse conser\u00adv\u00e9e dans les mys\u00adt\u00e8res dio\u00adny\u00adsiques. On se balan\u00ad\u00e7ait en escar\u00adpo\u00adlette \u00e0 l\u2019in\u00adten\u00adtion des morts et pour abr\u00e9\u00adger leur longue p\u00e9nance. \u00ab&nbsp;Jeunes filles et jeunes gar\u00ad\u00e7ons, mon\u00adtez dans la balan\u00ad\u00e7oire, allez de ci, de l\u00e0, allez encore&nbsp;! C\u2019est grand-papa qui sera content, en haut de sa branche,.et vous remerciera&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e8s son ori\u00adgine, le chris\u00adtia\u00adnisme d\u00e9cla\u00adra que les restes des saints et des bien\u00adheu\u00adreux n\u2019ex\u00adha\u00adlaient pas, ne pou\u00advaient pas exha\u00adler l\u2019i\u00adgnoble odeur du p\u00e9ch\u00e9. Quelle que f\u00fbt la mani\u00e8re dont s\u2019o\u00adp\u00e9\u00adrait la d\u00e9com\u00adpo\u00adsi\u00adtion, il fal\u00adlait que les Purs fleu\u00adrassent le baume, l\u2019en\u00adcens et les par\u00adfums suaves. On appuya la doc\u00adtrine sur un pas\u00adsage d\u00e9cou\u00advert dans le livre des Psaumes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu ne per\u00admet\u00adtras point que le corps de ton bien-aim\u00e9 sente la cor\u00adrup\u00adtion.&nbsp;\u00bb Les <i>Acta Sanc\u00adto\u00adrum<\/i> et autres recueils hagio\u00adgra\u00adphiques, racontent cent fois, mille fois, que diables et cri\u00admi\u00adnels d\u00e9ga\u00adgeaient une indi\u00adcible mal\u00adodeur, tan\u00addis que tels mar\u00adtyrs, vierges ou confes\u00adseurs, exha\u00adlaient d\u00e9li\u00adcieux effluves. Pour cano\u00adni\u00adser ou b\u00e9a\u00adti\u00adfier un pos\u00adtu\u00adlant, par exemple l\u2019illustre cur\u00e9 d\u2019Ars, il ne suf\u00adfit pas de c\u00e9l\u00e9\u00adbrer ses ver\u00adtus et de prou\u00adver ses miracles, il faut encore \u00e9ta\u00adblir qu\u2019il est mort \u00ab&nbsp;en odeur de sain\u00adte\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb, la sain\u00adte\u00adt\u00e9 ayant son odeur sp\u00e9\u00adciale, comme le soufre, le chlore et l\u2019arsenic.&nbsp;<\/p>\n<p>En tout pays, il fut tir\u00e9 avan\u00adtage de la consub\u00adstan\u00adtia\u00adli\u00adt\u00e9 de l\u2019\u00e2me et de l\u2019o\u00addeur pour fabri\u00adquer des par\u00adfums ins\u00adpi\u00adrant l\u2019a\u00admour. Les sor\u00adciers gua\u00adt\u00e9\u00adma\u00adlais ont une rose sou\u00ebf-odo\u00adrante, laquelle leur sou\u00admet qui la respire.<\/p>\n<p>Des fla\u00adcons de sel anglais ou autres sub\u00adstances phar\u00adma\u00adceu\u00adtiques tr\u00e8s astrin\u00adgentes furent d\u00e9bou\u00adch\u00e9s sous le nez de Peaux-Rouges qui bai\u00ads\u00e8rent le mani\u00adtou, le cares\u00ads\u00e8rent, van\u00adt\u00e8rent sa louange, exal\u00adt\u00e8rent sa puis\u00adsance extraordinaire\u2026<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Sui\u00advant la doc\u00adtrine accr\u00e9\u00addi\u00adt\u00e9e, les fan\u00adt\u00f4mes p\u00e8sent si peu que rien, ne sont autre chose qu\u2019un brouillard lumi\u00adneux. Tout a\u00e9riens qu\u2019ils fussent, les d\u00e9mons et les g\u00e9nies sup\u00e9\u00adrieurs repr\u00e9\u00adsen\u00adtaient une cer\u00adtaine quan\u00adti\u00adt\u00e9 de mati\u00e8re, puisque l\u2019on ne sup\u00adpo\u00adsait pas qu\u2019au\u00adcune vie p\u00fbt en \u00eatre tout \u00e0 fait d\u00e9pourvue.&nbsp;<\/p>\n<p>Avec le temps, ils se l\u2019af\u00adfi\u00adn\u00e8rent, La sub\u00adti\u00adli\u00adt\u00e9 de leur \u00e9toffe s\u2019ac\u00adcor\u00adda avec la d\u00e9li\u00adca\u00adtesse de leur intel\u00adli\u00adgence, et les plus \u00e9th\u00e9\u00adr\u00e9s n\u2019eurent de sub\u00adstance que ce qu\u2019il en fal\u00adlait pour \u00e9ma\u00adner la lumi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n<p>Leur m\u00e9diocre pesan\u00adteur expli\u00adquait leur genre de pro\u00adgres\u00adsion dans l\u2019es\u00adpace. Notre marche s\u2019o\u00adp\u00e8re par sac\u00adcades, par une suc\u00adces\u00adsion de demi-chutes. Mais les reve\u00adnants de toute esp\u00e8ce, glissent par mou\u00adve\u00adment conti\u00adnu, tout d\u2019une pi\u00e8ce, planent sans incli\u00adner la taille. Leur genou manque de rotule, par\u00adti\u00adcu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9 men\u00adtion\u00adn\u00e9e tant par les Tol\u00adt\u00e8ques et Tlas\u00adcal\u00adt\u00e8ques am\u00e9\u00adri\u00adcainsque par les Indous. Le <i>Lali\u00adta Vis\u00adta\u00adra<\/i> raconte ain\u00adsi l\u2019ar\u00adri\u00adv\u00e9e de per\u00adson\u00adnages divins&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Je ne leur vis aucune ombre, \u00f4 Roi&nbsp;! et je n\u2019en\u00adten\u00addis point le bruit de leurs pas. Ils mar\u00adchaient, mais ne sou\u00adle\u00advaient aucune pous\u00adsi\u00e8re. Leur parole ne res\u00adsemble point \u00e0 la n\u00f4tre, pro\u00adfonde et cares\u00adsante, elle va au c\u0153ur. Ils ont des mani\u00e8res douces et de belles formes&nbsp;: les gens ne se ras\u00adsa\u00adsiaient, pas de les regarder.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Par\u00adtout d\u00e9sap\u00adpa\u00adri\u00adtions spi\u00adrites se d\u00e9c\u00e8lent par l\u2019ab\u00adsence d\u2019ombre. L\u2019ombre ne jette pas d\u2019ombre.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Sita, lisons-nous dans le <i>Ramaya\u00adna<\/i>, Sita recon\u00adnut qu\u2019un Dieu lui par\u00adlait, \u00e0 l\u2019im\u00admo\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 des yeux qui la regardaient.&nbsp;<\/p>\n<p>Et les Ana\u00admites savent qu\u2019ils ont affaire \u00e0 un g\u00e9nie c\u00e9leste, quand ils voient sa barbe et sa che\u00adve\u00adlure blanches, sa phy\u00adsio\u00adno\u00admie impo\u00adsante et sur\u00adtout son air de myst\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n<p>Ce mys\u00adt\u00e8re, t\u00e2chons d\u2019en p\u00e9n\u00e9\u00adtrer les causes.&nbsp;<\/p>\n<p>S\u2019il faut en croire les Macou\u00adsis guya\u00adnais, la vie se tient en la pupille, y r\u00e9side sous appa\u00adrence d\u2019un homme micro\u00adsco\u00adpique, dont l\u2019i\u00admage s\u2019\u00e9\u00adclipse au moment de la&nbsp;mort.&nbsp;<\/p>\n<p>Rabe\u00adlais pr\u00e9\u00adtend, de son c\u00f4t\u00e9, que \u00ab&nbsp;le diantre n\u2019a pas de blanc \u00e0 l\u2019\u0153il&nbsp;\u00bb. Le Chi\u00adlo\u00adman sia\u00admois manque de pupille.\u200a\u2014\u200a\u00ab&nbsp;Pupille&nbsp;\u00bb, mot d\u00e9ri\u00advant du latin <i>Pupa, pupil\u00adla<\/i>, pou\u00adp\u00e9e, fifille. \u00c0 l\u2019ins\u00adtar des Macou\u00adsis et autres Gali\u00adbis, les anciens Ita\u00adliotes se repr\u00e9\u00adsen\u00adtaient leur Double sous la figure d\u2019une fillette. De nom\u00adbreux vases grecs montrent l\u2019\u00e2me sous forme d\u2019Ei\u00addo\u00adla, pou\u00adp\u00e9es minuscules.&nbsp;<\/p>\n<p>Les Tlas\u00adcal\u00adt\u00e8ques don\u00adnaient \u00e0 leurs g\u00e9nies des yeux sans blanc, ni cils, ni sour\u00adcils, ni pru\u00adnelle. La sculp\u00adture grecque employait le m\u00eame sys\u00adt\u00e8me, mais rehaus\u00adsait l\u2019ar\u00adcade sour\u00adci\u00adli\u00e8re, don\u00adnant ain\u00adsi au masque des Ely\u00ads\u00e9ens une digni\u00adt\u00e9 sur\u00adhu\u00admaine et le regard inqui\u00e9\u00adtant du Sphinx, et les inves\u00adtis\u00adsant d\u2019une majes\u00adt\u00e9 dan\u00adge\u00adreuse \u00e0 contem\u00adpler. Ces Domi\u00adna\u00adteurs por\u00adtaient une lumi\u00e8re en eux-m\u00eames, n\u2019a\u00advaient pas besoin d\u2019ou\u00advrir les yeux, voyaient sans regar\u00adder et savaient sans apprendre. La per\u00adfec\u00adtion des formes allait de pair avec celle de l\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgence. L\u2019u\u00adni\u00advers se refl\u00e9\u00adta dans le vaste miroir de leur sapience, laquelle pro\u00adc\u00e9\u00addait par intui\u00adtion imma\u00adnente, et non point par efforts suc\u00adces\u00adsifs, pas plus que leur marche.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Ce sont nos popu\u00adla\u00adtions chr\u00e9\u00adtiennes et plus par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment celles de race ger\u00adma\u00adnique, qui ont le plus avant p\u00e9n\u00e9\u00adtr\u00e9 et le mieux appro\u00adfon\u00addi le mys\u00adt\u00e8re du d\u00e9monisme.&nbsp;<\/p>\n<p>Cal\u00adlot, maint Fla\u00admand et, en pre\u00admi\u00e8re ligne, le Bruxel\u00adlois Breu\u00adghel d\u2019En\u00adfer, ont trou\u00adv\u00e9 le sublime du genre en leurs <i>Ten\u00adta\u00adtions de Saint Antoine<\/i> et leurs <i>Sab\u00adbats<\/i>, ren\u00addez-vous des sor\u00adci\u00e8res, des diables et lus\u00adtu\u00adcrus. Ces peintres nous montrent des corps humains dis\u00adlo\u00adqu\u00e9s de toute fa\u00e7on, sens des\u00adsus-des\u00adsous, devant-der\u00adri\u00e8re, der\u00adri\u00e8re-devant, accou\u00adpl\u00e9s en formes bes\u00adtiales, for\u00adg\u00e9s en outils et ins\u00adtru\u00adments qui volent, rampent ou titubent. Ce sont mons\u00adtrueuses bouf\u00adfon\u00adne\u00adries et d\u00e9go\u00fb\u00adtantes absur\u00addi\u00adt\u00e9s, for\u00adni\u00adca\u00adtions du dif\u00adforme et de l\u2019hor\u00adreur, de l\u2019im\u00adpos\u00adsible avec de r\u00e9pu\u00adgnantes vul\u00adga\u00adri\u00adt\u00e9s. Cari\u00adca\u00adtures et bis\u00adcor\u00adne\u00adries, tohu-bohu de hideurs et lai\u00addeurs. Au pre\u00admier abord, rien de plus curieux. Le spec\u00adtacle effraie les petits enfants, amuse les grands, mais bien\u00adt\u00f4t perd de son piquant et l\u2019in\u00adt\u00e9\u00adr\u00eat s\u2019\u00e9\u00admousse. On ne d\u00e9guste pas de cet alcool long\u00adtemps sans qu\u2019il fasse mal aux che\u00adveux. Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre satu\u00adr\u00e9 des gro\u00adtesques et de leur st\u00e9\u00adrile abon\u00addance, c\u2019est avec bon\u00adheur que l\u2019on revient \u00e0 la simple, \u00e0 la pure, \u00e0 l\u2019i\u00add\u00e9ale beaut\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019o\u00adri\u00adgine, les d\u00e9mons et g\u00e9nies \u00e9taient des indi\u00advi\u00addus quel\u00adconques, bons ou mau\u00advais, comme cela se trou\u00advait, mau\u00advais le plus sou\u00advent, par\u00adfois tr\u00e8s mau\u00advais. Vue 17 sur&nbsp;997<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9\u00adqui\u00adlibre n\u2019\u00e9\u00adtant pas moins n\u00e9ces\u00adsaire au monde moral qu\u2019au monde phy\u00adsique, il fal\u00adlut oppo\u00adser des g\u00e9nies bien\u00adfai\u00adsants \u00e0 la tourbe d\u00e9mo\u00adnique infes\u00adtant le monde. On ne r\u00e9fl\u00e9\u00adchis\u00adsait gu\u00e8re que l\u2019on e\u00fbt pu se pas\u00adser des uns et des autres. Des plus puis\u00adsants on vou\u00adlut avoir l\u2019effigie.&nbsp;<\/p>\n<p>Les pre\u00admiers artistes fai\u00adsaient gauche et laid, ne pou\u00advant mieux faire, mais \u00e0 mesure qu\u2019on se ren\u00addit ma\u00eetre de la forme, on vou\u00adlut que la lai\u00addeur signa\u00adl\u00e2t les g\u00e9nies m\u00e9chants et que la beau\u00adt\u00e9 f\u00fbt le pri\u00advi\u00adl\u00e8ge des bons patrons et pro\u00adtec\u00adteurs. Mieux que tous autres, les Grecs expri\u00adm\u00e8rent par des lignes la noblesse intel\u00adlec\u00adtuelle et morale. Ils y r\u00e9us\u00adsirent si bien que l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 s\u2019e\u00adnor\u00adgueillit encore de leurs suc\u00adc\u00e8s. Pour avoir des visions de gr\u00e2ce, de charme et de majes\u00adt\u00e9, nous contem\u00adplons encore les formes de Zeus, d\u2019A\u00adpol\u00adlon et de Dio\u00adny\u00adsos, celles de Diane et d\u2019Aphrodite.&nbsp;<\/p>\n<p>On ne trou\u00adva pas mieux que la beau\u00adt\u00e9 humaine. Cepen\u00addant quelques-uns, sur\u00adtout par\u00admi les modernes, accro\u00adch\u00e8rent une paire d\u2019ailes aux per\u00adson\u00adnages ang\u00e9\u00adliques. Ces grandes r\u00e9miges font bel effet quel\u00adque\u00adfois, le plus sou\u00advent elles alour\u00addissent&nbsp;; nos peintres et  sculp\u00adteurs savent le mal qu\u2019ils ont \u00e0 pas\u00adser une robe entre le corps et les ailes. Mais la pudeur avant tout, la pudeur sp\u00e9\u00adciale dont l\u2019\u00e9\u00addu\u00adca\u00adtion par les moines et par les non\u00adnains infes\u00adta l\u2019Oc\u00adci\u00addent chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>La lai\u00addeur fut tout autre\u00adment facile \u00e0 expri\u00admer que la beau\u00adt\u00e9. On avait ample pro\u00advi\u00adsion de haines et col\u00e8res \u00e0 pla\u00adcer contre son pro\u00adchain. Les per\u00adson\u00adnages du monde invi\u00adsible n\u2019ayant pas de voix pour r\u00e9pondre, on leur attri\u00adbua tous acci\u00addents, mal\u00adchances, mal\u00adheurs et mala\u00addies. On les accu\u00adsa m\u00eame de ses erreurs et de ses mal\u00adadresses. Apr\u00e8s avoir com\u00admis de lourdes fautes, les\u00adquelles abou\u00adtis\u00adsaient \u00e0 gri\u00e8ves dou\u00adleurs, on se pr\u00e9\u00adten\u00addit la vic\u00adtime des Mal\u00adfai\u00adsants. Impos\u00adsible aux diables de nier les crimes dont on les accu\u00adsait, cor\u00adnus comme on les avait faits, avec des crocs de san\u00adgliers \u00e0 leur gueule ensan\u00adglan\u00adt\u00e9e. L\u2019homme les avait enlai\u00addis en pro\u00adpor\u00adtion de ses remords. N\u2019o\u00adsant dis\u00adcu\u00adter avec sa conscience, il ext\u00e9\u00adrio\u00adri\u00adsa ses pas\u00adsions et pen\u00adchants, afin de les mau\u00addire et hon\u00adnir plus \u00e0 son aise. Ce qu\u2019il n\u2019o\u00adsait s\u2019a\u00advouer, il le cor\u00adnait aux oreilles de ces vilaines b\u00eates.&nbsp;<\/p>\n<p>Si les peuples n\u2019ont que le gou\u00adver\u00adne\u00adment qu\u2019ils m\u00e9ritent, de m\u00eame n\u2019ont-ils que les Dieux qu\u2019ils vou\u00addraient \u00eatre, que les diables qu\u2019ils sont. On pr\u00e9\u00adtend que le Cr\u00e9a\u00adteur se mani\u00adfeste par ses \u0153uvres\u2026 Et l\u2019homme donc&nbsp;! l\u2019homme qui for\u00admu\u00adla notre monde intel\u00adlec\u00adtuel et moral. Tant vaut l\u2019i\u00adma\u00adgi\u00adna\u00adtion d\u2019un peuple, tant vaut sa po\u00e9\u00adsie. Tant vaut sa conscience, tant valent son ciel et son enfer. L\u2019E\u00advo\u00adlu\u00adtion des Reli\u00adgions nous montre ce que nous croyons, par\u00adtant ce que nous sommes.&nbsp;<\/p>\n<p>Salo\u00admon, lisons-nous dans les l\u00e9gendes de l\u2019Is\u00adlam, pui\u00ads\u00e9es pour la plu\u00adpart aux sources tal\u00admu\u00addiques, Salo\u00admon obtint la faveur de voir les djinns sous leur forme r\u00e9elle, et non pas seule\u00adment sous les appa\u00adrences, tan\u00adt\u00f4t ter\u00adribles, tan\u00adt\u00f4t enga\u00adgeantes, sous les\u00adquelles ils se d\u00e9guisent. L\u2019homme le plus sage et le plus savant du monde fut stu\u00adp\u00e9\u00adfait au spec\u00adtacle de ces dif\u00adfor\u00admi\u00adt\u00e9s. Il n\u2019e\u00fbt jamais cru que pareils monstres fussent pos\u00adsibles. C\u2019\u00e9\u00adtait une t\u00eate d\u2019homme sur un cou de che\u00adval, c\u2019\u00e9\u00adtaient des ailes d\u2019aigle sur la bosse d\u2019un cha\u00admeau, un paon avec des cornes de gazelle\u2026 Et l\u2019ange Gabriel lui expli\u00adqua&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sache que ces formes de chi\u00adm\u00e8re accusent les crimes d\u2019exis\u00adtences ant\u00e9\u00adrieures, pro\u00adviennent de rap\u00adports inf\u00e2mes avec hommes, qua\u00addru\u00adp\u00e8des, oiseaux et rep\u00adtiles. Rien n\u2019ar\u00adr\u00ea\u00adta la concu\u00adpis\u00adcence de ces \u00eatres immondes qui naquirent en inceste et v\u00e9curent en adul\u00adt\u00e8re. De g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion en g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion leur hideur aug\u00admente \u00e0 mesure que se mul\u00adti\u00adplie leur esp\u00e8ce.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Tous nous avons remar\u00adqu\u00e9 les gar\u00adgouilles qui peuplent les murailles, les toits et les piliers de nos \u00c9glises gothiques, figures \u00e9tranges, r\u00e9sur\u00adrec\u00adtion des amphi\u00adbies qui peu\u00adplaient les marais juras\u00adsiques. Ces \u0153uvres de l\u2019art chr\u00e9\u00adtien, on les a trai\u00adt\u00e9es fort d\u00e9dai\u00adgneu\u00adse\u00adment. Oublieuse des maux qu\u2019elle n\u2019a pas endu\u00adr\u00e9s, notre g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion ne voit, en ces reliques d\u2019un autre \u00e2ge, que bizar\u00adre\u00adries, dr\u00f4\u00adle\u00adries, coquas\u00adse\u00adries. Les disant de mau\u00advais go\u00fbt, elle se dis\u00adpense de les \u00e9tu\u00addier s\u00e9rieu\u00adse\u00adment. Mettons\u2011y plus de com\u00adplai\u00adsance. \u00c9vo\u00adquons la men\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9 de nos mal\u00adheu\u00adreux anc\u00eatres. Revi\u00advons le moyen-\u00e2ge. Ren\u00adtrons en cette longue et lugubre nuit. Ces ani\u00admaux fabu\u00adleux, formes incon\u00adgrues, absurdes jux\u00adta\u00adpo\u00adsi\u00adtions de corps et de membres enche\u00adv\u00ea\u00adtr\u00e9s, ces alec\u00adtro-dra\u00adcontes, ces lago-pardes et l\u00e9on\u00adto\u00adpi\u00adth\u00e8ques furent les images de vio\u00adlences dou\u00adbl\u00e9es de l\u00e2che\u00adt\u00e9s, de rou\u00adblar\u00addises aco\u00adqui\u00adn\u00e9es \u00e0 des imb\u00e9\u00adcil\u00adli\u00adt\u00e9s. Des ana\u00adto-fal\u00adcones ou anse\u00adri-fal\u00adcones, ont des t\u00eates de rapaces mon\u00adt\u00e9es sur des corps de pal\u00admi\u00adp\u00e8des&nbsp;: le bec plonge en son ventre, le fouille et d\u00e9vaste&nbsp;; le rapace s\u2019ir\u00adrite contre son propre c\u0153ur, son c\u0153ur d\u2019oie stu\u00adpide, de canard vou\u00e9 aux marais fan\u00adgeux. Que d\u2019in\u00adfor\u00adtu\u00adn\u00e9s dans les asiles, que de pauvres d\u00e9tra\u00adqu\u00e9s qui s\u2019\u00e9\u00adcrie\u00adraient que ce sont l\u00e0 leurs por\u00adtraits d\u2019une res\u00adsem\u00adblance d\u00e9plo\u00adrable&nbsp;! Les Sphinx et les Sphinges ne sont-ils pas notre propre mys\u00adt\u00e8re&nbsp;? Ces Chi\u00adm\u00e8res et ces Fan\u00adtasmes sont \u00e0 la res\u00adsem\u00adblance de nos ima\u00adgi\u00adna\u00adtions et d\u00e9si\u00adrs. Oui, ces Cau\u00adche\u00admars, Empuses et Lamies, repr\u00e9\u00adsentent nos haines et nos remords. Frayeurs, l\u00e2che\u00adt\u00e9s et d\u00e9ses\u00adpoirs prennent un masque bouf\u00adfon, s\u2019af\u00adfublent en Blem\u00admyes, Scia\u00adpodes et Martichoras.&nbsp;<\/p>\n<p>Les sym\u00adbo\u00adlistes ont suf\u00adfi\u00adsam\u00adment expli\u00adqu\u00e9 que la nef des cath\u00e9\u00addrales repr\u00e9\u00adsente la Sainte \u00c9glise et l\u2019ob\u00adjet de la Foi chr\u00e9\u00adtienne. Regar\u00addez le Cru\u00adci\u00adfi\u00e9 tirant sur les clous, pleu\u00adrant des larmes san\u00adglantes. Ensuite, consi\u00add\u00e9\u00adrez les figures mornes et h\u00e9b\u00e9\u00adt\u00e9es tout autour, saints d\u00e9han\u00adch\u00e9s et d\u00e9char\u00adn\u00e9s, saintes laides et moroses. Une mou\u00adrante lumi\u00e8re trem\u00adblant devant un reli\u00adquaire&nbsp;: c\u2019est le c\u0153ur, le triste c\u0153ur du fid\u00e8le, pauvre \u00e2me mal \u00e9clair\u00e9e&nbsp;!\u2026&nbsp;<\/p>\n<p>Voyez main\u00adte\u00adnant le dehors de l\u2019\u00e9\u00addi\u00adfice sacr\u00e9. Le dehors c\u2019est le monde, la soci\u00e9\u00adt\u00e9 poli\u00adtique et civile en tant qu\u2019op\u00adpo\u00ads\u00e9e \u00e0 la com\u00admu\u00adnion des fid\u00e8les. Ces pierres sont ani\u00adm\u00e9es. \u00c7a grouille de diables, d\u00e9mons grim\u00adpant par\u00adtout, nich\u00e9s clans tous les coins. D\u00e9bor\u00addant sur le pr\u00e9\u00adsent si\u00e8cle, l\u2019En\u00adfer enva\u00adhit la vie quo\u00adti\u00addienne. En ces dra\u00adgons hideux, en ces guivres m\u00e9chantes, le peuple contem\u00adplait ses man\u00adgeurs et ses bour\u00adreaux. Ces ani\u00admaux f\u00e9roces \u00e9taient, les Domi\u00adna\u00adtions et les Puis\u00adsances, le Diable, les Maho\u00admet les Ter\u00adva\u00adgant&nbsp;; c\u2019\u00e9\u00adtaient aus\u00adsi le Roi de France et l\u2019Em\u00adpe\u00adreur du Saint-Empire et les barons et baillis, et la famine et la mal\u00adt\u00f4te, tout ce qui le su\u00e7ait, le piquait, l\u2019empoisonnait, l\u2019empestait, lui arra\u00adchait la chair vive, lam\u00adbeau apr\u00e8s lam\u00adbeau. C\u2019\u00e9\u00adtait la Vie, image de l\u2019En\u00adfer, et l\u2019En\u00adfer, r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 de la Vie. Mais il ne devi\u00adnait pas encore, le Peuple, enfant colosse, ne com\u00adpre\u00adnait pas que ces cau\u00adche\u00admars de pierre, affreuses r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9s, n\u2019\u00e9\u00adtaient autres que les d\u00e9mons en son c\u0153ur&nbsp;: Sot\u00adtise et Folie, Envie et Cruaut\u00e9.<\/p>\n<p>Le Peuple, c\u2019est nous, n\u2019est-ce pas&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>De tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adment fri\u00adleux, les Ombres se plaisent \u00e0 la ti\u00e9\u00addeur des for\u00eats, cagnardent sous les racines tor\u00addues des vieux h\u00eatres, dans les four\u00adr\u00e9s que la cime des grands arbres pro\u00adt\u00e8ge contre les vents, dans les brous\u00adsailles ou sous les feuilles s\u00e8ches. Les feuilles pour\u00adris\u00adsantes d\u00e9ve\u00adloppent une cha\u00adleur obs\u00adcure, laquelle sup\u00adpl\u00e9e au sang qui leur fait d\u00e9faut, a l\u00e0 nour\u00adri\u00adture qui leur manque si fr\u00e9\u00adquem\u00adment. Il faut bien qu\u2019elles re\u00e7oivent du dehors un calo\u00adrique, dont elles n\u2019ont plus la source en elles-m\u00eames. Le plus sou\u00advent qu\u2019elles appa\u00adraissent, on les voit en peine de se r\u00e9chauf\u00adfer. Ne d\u00eet-on pas \u00ab&nbsp;la Mort \u00e0 la main gla\u00adc\u00e9e&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;froid comme la Mort, chaud comme la&nbsp;Vie&nbsp;\u00bb&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>Sans par\u00adler des cierges et bou\u00adgies qu\u2019ils leur allument \u00e0 la Tous\u00adsaint, nos pay\u00adsans invitent leurs d\u00e9funts \u00e0 se don\u00adner une bonne flam\u00adb\u00e9e devant la b\u00fbche de No\u00ebl, les convoquent aux bran\u00addon\u00adn\u00e9es de la Saint-Jean, devant les\u00adquelles nos Bre\u00adtons laissent la place d\u2019hon\u00adneur \u00e0 des h\u00f4tes invi\u00adsibles. Aux f\u00eates de famille ne doit man\u00adquer le bon feu dont la cha\u00adleur les ragaillardira.&nbsp;<\/p>\n<p>Nos anti\u00adpodes, les Non-Non d\u2019Aus\u00adtra\u00adlie, racontent que les \u00e2mes qui viennent de pas\u00adser par la mort, ne s\u2019ac\u00adcou\u00adtument que dif\u00adfi\u00adci\u00adle\u00adment \u00e0 la froi\u00addure, pen\u00addant quelques semaines, res\u00adtent engour\u00addies et tout effr\u00e9\u00addill\u00e9es. De temps \u00e0 autre, les amis se font un devoir d\u2019al\u00adlu\u00admer un bra\u00adsier sur la tombe&nbsp;: \u00ab&nbsp;Arrive pauvre cama\u00adrade, arrive&nbsp;! chauffe-toi, ranime-toi&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Pen\u00addant les mois d\u2019hi\u00adver, les Odji\u00adb\u00e9ouais, tri\u00adbu de Peaux- Rouges, se mon\u00adtraient diserts sur le compte de M\u00e9na\u00adbo\u00adchou, bavar\u00addaient sur ses com\u00adpa\u00adgnons. Quand arri\u00adva l\u2019\u00e9\u00adt\u00e9, ils ne vou\u00adlaient plus se lais\u00adser inter\u00adro\u00adger sur le h\u00e9ros natio\u00adnal. On leur deman\u00adda le pour\u00adquoi de cette nou\u00advelle attitude&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Les Esprits, r\u00e9pon\u00addirent-ils, ne peuvent sup\u00adpor\u00adter les rigueurs de l\u2019hi\u00adver. Rien qu\u2019un petit vent frais les met d\u00e9j\u00e0 mal \u00e0 l\u2019aise. D\u00e8s qu\u2019ar\u00adrive la mau\u00advaise sai\u00adson, ils se r\u00e9fu\u00adgient dans les cavernes, se mussent dans les feuilles s\u00e8ches, s\u2019en\u00adgour\u00addissent \u00e0 la fa\u00e7on de notre oncle l\u2019ours, cla\u00adque\u00admu\u00adr\u00e9 en son arbre creux. Mais le prin\u00adtemps les d\u00e9g\u00e8le les uns apr\u00e8s les autres. Ils recherchent alors notre com\u00adpa\u00adgnie, vont et viennent apr\u00e8s nous, ne perdent mot de nos conver\u00adsa\u00adtions. Quand ils \u00e9taient blot\u00adtis dans la mousse, sous la neige, libre \u00e0 nous de nous amu\u00adser \u00e0 leurs petites his\u00adtoires. Mais quand ils sont d\u00e9ge\u00adl\u00e9s, ber\u00adnique&nbsp;! Un sot se lais\u00adse\u00adrait aller \u00e0 leur d\u00e9plaire.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Sans insis\u00adter sur la contra\u00addic\u00adtion qu\u2019elles pr\u00e9\u00adsentent ou semblent pr\u00e9\u00adsen\u00adter, les l\u00e9gendes chr\u00e9\u00adtiennes attri\u00adbuent au chef des mau\u00advais anges un contact r\u00e9fri\u00adg\u00e9\u00adrant, mais br\u00fb\u00adlant autant que la glace du p\u00f4le et. empor\u00adtant la peau. Cer\u00adtains pr\u00e9\u00adtendent que mes\u00adsire Sata\u00adnas trouve le cli\u00admat de l\u2019en\u00adfer trop frais pour son tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adment. Apr\u00e8s tout, n\u2019est-il pas le d\u00e9mon du&nbsp;feu&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>En son \u00ab&nbsp;Po\u00e8me des A\u00efeux&nbsp;\u00bb, Mi\u00e7\u00adkie\u00adwicz, le grand po\u00e8te polo\u00adnais, met en sc\u00e8ne un vam\u00adpyre qui exha\u00adlait des flammes, mais son haleine souf\u00adflait&nbsp;froid.&nbsp;<\/p>\n<p>De ces ren\u00adsei\u00adgne\u00adments, il semble r\u00e9sul\u00adter que les pauvres d\u00e9funts sont affli\u00adg\u00e9s d\u2019une sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 avoi\u00adsi\u00adnant l\u2019hy\u00adper\u00ades\u00adth\u00e9\u00adsie. Dans l\u2019In\u00addo-Chine ils peuvent avoir froid jusque dans leurs images. Quand la tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adture se fait rigou\u00adreuse, ils gre\u00adlottent en leurs sta\u00adtues de bois, leurs marbres g\u00e8lent, leur bronze se mor\u00adfond. Et les Ara\u00adka\u00adnais, tou\u00adch\u00e9s de leur souf\u00adfrance, apportent des four\u00adrures pour les emmi\u00adtou\u00adfler, les enve\u00adloppent de man\u00adteaux chauds et moel\u00adleux\u2026 Acte d\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 qui leur sera comp\u00adt\u00e9 en ce monde ou dans l\u2019autre.&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>De toutes les belles choses, la plus belle est la lumi\u00e8re des vivants. Com\u00adbien les morts la regrettent, cette lumi\u00e8re du jour si claire et si pure, qui leur \u00e9tait si douce, mais qui main\u00adte\u00adnant fait vibrer dou\u00adlou\u00adreu\u00adse\u00adment le brouillard dont leur mati\u00e8re se com\u00adpose&nbsp;! Main\u00adte\u00adnant elle les sur\u00adex\u00adcite, les agace, les insup\u00adporte, comme ferait un bain sur\u00adchauf\u00adf\u00e9. Le grand jour de l\u2019\u00e9\u00adt\u00e9 les \u00e9blouit et les accable, sauf pour\u00adtant les d\u00e9mons m\u00e9ri\u00addiens ou de la M\u00e9ri\u00addienne, esp\u00e8ce qui pul\u00adlu\u00adlait jadis en Syrie et en Pales\u00adtine, et qui hante encore quelques cer\u00advelles de l\u2019Is\u00adlam et du Chris\u00adtia\u00adnisme. Aux heures br\u00fb\u00adlantes, les \u00e2mes d\u00e9li\u00adcates se dis\u00adsi\u00admulent dans les feuilles d\u2019arbres, ou entre le tronc et l\u2019\u00e9\u00adcorce, dis\u00adpa\u00adraissent dans les ombres des four\u00adr\u00e9s \u00e9pais, se glissent dans les fentes des roches, aux inter\u00adstices des pierres et sous les cailloux. Ils ne se sentent \u00e0 l\u2019aise qu\u2019en mi-obscurit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019A\u00adrabe raconte que les ghouls s\u00e9journent en cavernes qu\u2019ils empuantent, vont la nuit vian\u00adder comme hiboux. La vue d\u2019une torche allu\u00adm\u00e9e les jette en une rage impuis\u00adsante, les force \u00e0 d\u00e9ta\u00adler. Cha\u00adcun sait qu\u2019un char\u00adbon, bran\u00addi en cercle, \u00e9pou\u00advante les fauves noc\u00adturnes. Tel rayon cou\u00adpant l\u2019obs\u00adcu\u00adri\u00adt\u00e9, en dar\u00addant \u00e0 tra\u00advers la t\u00e9n\u00e8bre, appa\u00adra\u00eet comme fl\u00e8che ac\u00e9\u00adr\u00e9e, glaive scintillant.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00catres cr\u00e9\u00adpus\u00adcu\u00adlaires et sur\u00adtout noc\u00adturnes, les morts ont pour reine H\u00e9kate \u00e0 l\u2019arc d\u2019argent, H\u00e9kate, dont le moyen-\u00e2ge fit la plus laide et la plus m\u00e9chante des sor\u00adci\u00e8res. Mais les vivants regardent au Soleil, au brillant Apol\u00adlon lan\u00ad\u00e7ant au loin ses fl\u00e8ches d\u2019or. Encore les Ombres de faible consti\u00adtu\u00adtion pr\u00e9\u00adf\u00e8rent-elles les nuits que les \u00e9toiles n\u2019\u00e9\u00adclairent que vague\u00adment. Cha\u00adcun sait que le Had\u00e8s, sombre royaume, ne conna\u00eet que lueurs grises et cen\u00addr\u00e9es, lumi\u00adno\u00adsi\u00adt\u00e9s incer\u00adtaines, froides phosphorescences.&nbsp;<\/p>\n<p>Pho\u00adto\u00adphobes furent les pre\u00admiers d\u00e9mons et le sont res\u00adt\u00e9s. \u00c0 mesure que son esprit s\u2019\u00e9\u00adclai\u00adra, l\u2019homme crai\u00adgnit de moins en moins les fan\u00adt\u00f4mes de l\u2019er\u00adreur et de l\u2019obs\u00adcu\u00adri\u00adt\u00e9, aima davan\u00adtage la lumi\u00e8re, qu\u2019il iden\u00adti\u00adfia avec l\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgence, la rai\u00adson et la jus\u00adtice. Force fut aux reli\u00adgions de suivre le mou\u00adve\u00adment. Celles qui suc\u00adc\u00e9\u00add\u00e8rent au culte des t\u00e9n\u00e8bres par\u00adta\u00adg\u00e8rent les esprits en anges de lumi\u00e8re et en d\u00e9mons de l\u2019obs\u00adcu\u00adri\u00adt\u00e9, d\u00e9cla\u00adr\u00e8rent sus\u00adpectes les larves obs\u00adcures et qua\u00adli\u00adfi\u00e8rent de cri\u00admi\u00adnelle toute la gent luci\u00adfuge. Les r\u00e9prou\u00adv\u00e9s furent jet\u00e9s dans l\u2019a\u00adb\u00eeme noir, au-des\u00adsous des justes et bien\u00adheu\u00adreux qui se meuvent en flots de clart\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Pauvres morts&nbsp;!&nbsp;\u00bb nous \u00e9crions-nous apr\u00e8s notre enqu\u00eate. Ah&nbsp;! com\u00adbien peu nous savons appr\u00e9\u00adcier les biens que la vie nous octroie&nbsp;! Ceux qui en sont pri\u00adv\u00e9s, avec quel regret parlent-ils de la plai\u00adsu\u00adrable vie faite \u00e0 l\u2019\u00e2me par la chair&nbsp;; \u200a\u2014\u200acette chair tant d\u00e9pr\u00e9\u00adci\u00e9e par les raf\u00adfi\u00adn\u00e9s du spi\u00adri\u00adtua\u00adlisme, qui en font un terme d\u2019in\u00adsulte un objet de m\u00e9pris et de d\u00e9go\u00fbt.\u200a\u2014\u200aLes mal\u00adavi\u00ads\u00e9s&nbsp;! \u00c0 tra\u00advers cette heu\u00adreuse chair, man\u00adteau de d\u00e9lices, v\u00eate\u00adment id\u00e9al, tis\u00adsu de nerfs, appa\u00adreil intel\u00adlec\u00adtuel, si\u00e8ge de sen\u00adsa\u00adtions, tan\u00adt\u00f4t suaves, tan\u00adt\u00f4t dou\u00adlou\u00adreuses, cir\u00adcule un sang vivi\u00adfiant et chaud, issu de la tou\u00adjours bouillon\u00adnante fon\u00adtaine du c\u0153ur, mer\u00adveille vivante et pour ceux qui le mieux la connaissent mys\u00adt\u00e8re encore, admi\u00adrable myst\u00e8re&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>Avez-vous assis\u00adt\u00e9 \u00e0 quelque repr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adtion d\u2019<i>Orph\u00e9e aux Enfers<\/i>&nbsp;? Alors vous vous rap\u00adpe\u00adlez le valet de chambre, John Styx, ex-roi de B\u00e9o\u00adtie, lequel n\u2019ap\u00adprit ce que vaut la vie qu\u2019a\u00adpr\u00e8s l\u2019a\u00advoir perdue.&nbsp;<\/p>\n<p>Ce qu\u2019ils abondent, les rois de B\u00e9o\u00adtie&nbsp;! Si par del\u00e0 les sombres bords on conserve l\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgence et le sou\u00adve\u00adnir\u200a\u2014\u200aplu\u00adsieurs en doutent\u200a\u2014\u200acom\u00adbien qui regret\u00adte\u00adront d\u2019a\u00advoir si peu go\u00fb\u00adt\u00e9 la vie ter\u00adrestre, si mes\u00adqui\u00adne\u00adment pro\u00adfi\u00adt\u00e9 de l\u2019ex\u00adtra\u00ador\u00addi\u00adnaire, de l\u2019in\u00adcom\u00admen\u00adsu\u00adrable chance d\u00e9vo\u00adlue \u00e0 qui naquit par\u00admi les hommes&nbsp;! Mais une Parque iro\u00adnique et maligne d\u00e9ci\u00adda que les souf\u00adfrances nous seraient sen\u00adsibles jusque dans leurs nuances fugi\u00adtives, et que le pli d\u2019une rose frois\u00adse\u00adrait, notre peau d\u00e9li\u00adcate\u2026 Que nous joui\u00adrions de la force en n\u2019y pen\u00adsant pas, et de la san\u00adt\u00e9 presque sans nous en douter.&nbsp;<\/p>\n<p>La san\u00adt\u00e9,\u200a\u2014\u200acette har\u00admo\u00adnie mer\u00adveilleuse dans les acti\u00advi\u00adt\u00e9s mul\u00adtiples d\u2019or\u00adganes com\u00adpli\u00adqu\u00e9s,\u200a\u2014\u200aon la d\u00e9fi\u00adnit comme \u00e9tant un \u00e9qui\u00adlibre, un \u00e9qui\u00adlibre seule\u00adment. On la confond presque avec l\u2019i\u00adner\u00adtie du caillou gisant sur le sol. Et des bar\u00adbares se croient exquis parce qu\u2019ils vantent la souf\u00adfrance, et des hur\u00adlu\u00adber\u00adlus se vantent de savou\u00adrer la dou\u00adleur en ses intimes et d\u00e9li\u00adcates volupt\u00e9s&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>\u2014 Peut-\u00eatre ne savez-vous pas m\u00eame ce qu\u2019est la vie&nbsp;? D\u00e9p\u00ea\u00adchez-vous, il est encore temps&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>[\/\u200b\u00c9lie <sc>Reclus<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>appa\u00adrence et phy\u00adsio\u00adlo\u00adgie des ombres Toutes les auto\u00adri\u00adt\u00e9s en mati\u00e8re de l\u2019autre monde, s\u2019ac\u00adcordent a dire que ceux qui ont pas\u00ads\u00e9 par la mort sont trans\u00adfor\u00adm\u00e9s et m\u00e9ta\u00admor\u00adpho\u00ads\u00e9s. Elles ne savent trop le r\u00e9p\u00e9\u00adter&nbsp;: le chan\u00adge\u00adment est com\u00adplet autant que subit. Les amis du Ci-Devant feront bien de tenir \u00e0 dis\u00adtance celui qui, n\u2019\u00e9\u00adtant&nbsp;plus&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[341],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2827","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lhumanite-nouvelle-n1-mai-1897"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2827","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2827"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2827\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2827"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2827"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2827"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2827"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}