{"id":2856,"date":"2011-06-13T16:50:36","date_gmt":"2011-06-13T16:50:36","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/06\/13\/la-liberte-de-conscience-2\/"},"modified":"2011-06-13T16:50:36","modified_gmt":"2011-06-13T16:50:36","slug":"la-liberte-de-conscience-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/06\/13\/la-liberte-de-conscience-2\/","title":{"rendered":"La Libert\u00e9 de conscience"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2856?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2856?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>[[Suite]]<\/p>\n<h2>II <\/h2>\n<p>Dans le pro\u00adbl\u00e8me de la liber\u00adt\u00e9 de conscience, il y a deux ques\u00adtions dis\u00adtinctes&nbsp;: la liber\u00adt\u00e9 de conscience des sec\u00adta\u00adteurs des reli\u00adgions consti\u00adtu\u00e9es, ou des sectes, plus ou moins h\u00e9t\u00e9\u00adro\u00addoxes qui pour\u00adront s\u2019en s\u00e9pa\u00adrer et la liber\u00adt\u00e9 de conscience indi\u00advi\u00adduelle, phi\u00adlo\u00adso\u00adphique, scien\u00adti\u00adfique ou m\u00eame reli\u00adgieuse pour tous ceux qui veulent res\u00adter ind\u00e9\u00adpen\u00addants de toute \u00e9glise d\u2019\u00c9\u00adtat ou de toute secte ayant d\u00e9j\u00e0 le carac\u00adt\u00e8re de com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9 reli\u00adgieuse. Mais il y a l\u00e0 une grande difficult\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est qu\u2019une doc\u00adtrine, reli\u00adgieuse ou phi\u00adlo\u00adso\u00adphique, n\u2019est pas seule\u00adment un ensemble de croyances aux\u00adquelles l\u2019es\u00adprit adh\u00e8re plus ou moins faci\u00adle\u00adment&nbsp;; c\u2019est sur\u00adtout une r\u00e8gle des m\u0153urs et de la conduite qui s\u2019im\u00adpose \u00e0 la conscience et \u00e0 laquelle la volon\u00adt\u00e9 se croit tenue d\u2019o\u00adb\u00e9ir. Toute foi n\u2019est pas seule\u00adment th\u00e9o\u00adrique mais pratique.&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p><i>La foi qui n\u2019a\u00adgit pas, est-ce une foi sinc\u00e8re&nbsp;?<\/i><\/p><\/blockquote>\n<p>dit le Joad de Racine.&nbsp;<\/p>\n<p>La liber\u00adt\u00e9 de conscience, \u00e0 laquelle chaque \u00eatre humain sem\u00adble\u00adrait avoir droit, n\u2019est pas seule\u00adment la liber\u00adt\u00e9 de pen\u00adser, qu\u2019on ne peut entra\u00adver, mais la liber\u00adt\u00e9 d\u2019ex\u00adpri\u00admer sa pen\u00ads\u00e9e, sa foi par la parole et l\u2019\u00e9\u00adcri\u00adture, <i>urbi et orbi<\/i>, en public comme dans la vie pri\u00adv\u00e9e&nbsp;; de la d\u00e9fendre, de la r\u00e9pandre, de s\u2019as\u00adsem\u00adbler et de s\u2019as\u00adso\u00adcier avec ceux qui la par\u00adtagent. C\u2019est enfin la liber\u00adt\u00e9 pour tout homme d\u2019a\u00adgir confor\u00adm\u00e9\u00adment \u00e0 sa foi, de mettre en pra\u00adtique la r\u00e8gle de conduite qu\u2019elle lui impose, lors m\u00eame qu\u2019elle serait contraire aux lois exis\u00adtantes, et de la faire triom\u00adpher, par tous les moyens, des autres doc\u00adtrines contraires et que tout croyant sin\u00adc\u00e8re a d\u2019au\u00adtant plus en hor\u00adreur qu\u2019il est lui-m\u00eame plus convain\u00adcu de la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 de la sienne et plus ardent \u00e0 la suivre. Toute foi ardente, toute convic\u00adtion sin\u00adc\u00e8re et com\u00adpl\u00e8te tend fata\u00adle\u00adment au pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtisme. L\u2019homme ne semble curieux de conna\u00eetre que pour ensei\u00adgner ce qu\u2019il sait ou croit savoir. Il ne trouve de prix \u00e0 la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 qu\u2019\u00e0 condi\u00adtion de pou\u00advoir la communiquer.&nbsp;<\/p>\n<p>La liber\u00adt\u00e9 de pen\u00adser n\u2019est qu\u2019un droit tout int\u00e9\u00adrieur et comme le dit M.&nbsp;Jules Simon, ce n\u2019est que le pre\u00admier acte de la liber\u00adt\u00e9 de conscience.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais si la liber\u00adt\u00e9 de conscience, comme liber\u00adt\u00e9 illi\u00admi\u00adt\u00e9e de pen\u00adser et de croire, entra\u00eene, comme cons\u00e9\u00adquence, la liber\u00adt\u00e9 illi\u00admi\u00adt\u00e9e d\u2019a\u00adgir, cela suf\u00adfit \u00e0 en faire conce\u00advoir les \u00e9normes dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9s pra\u00adtiques au point de vue de l\u2019ordre social, ain\u00adsi que de la paix publique et pri\u00adv\u00e9e. Se repr\u00e9\u00adsente-t-on bien ce d\u00e9cha\u00ee\u00adne\u00adment uni\u00adver\u00adsel du pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtisme, cette fi\u00e8vre d\u2019a\u00adpos\u00adto\u00adlat qui peut s\u00e9vir sur le&nbsp;monde&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>Si tous ces ap\u00f4tres ont le droit de ser\u00advir publi\u00adque\u00adment leur dieu sur les places publiques, de l\u2019es\u00adcor\u00adter pro\u00adces\u00adsion\u00adnel\u00adle\u00adment dans les rues, de n\u2019a\u00adgir que d\u2019a\u00adpr\u00e8s ses com\u00adman\u00adde\u00adments ou ce qu\u2019ils croient tel, on peut voir \u00e0 chaque ins\u00adtant, en chaque rue, un dieu se heur\u00adtant contre un autre dieu, lui r\u00e9cla\u00admant le haut du pav\u00e9. On peut voir rena\u00eetre les sectes et les pra\u00adtiques les plus extra\u00adva\u00adgantes. Des pro\u00adces\u00adsions de fla\u00adgel\u00adlants du moyen \u00e2ge pour\u00adraient se ren\u00adcon\u00adtrer avec des bandes de bac\u00adchantes criant Evo\u00adh\u00e9&nbsp;! ou des th\u00e9o\u00adries de femmes pleu\u00adrant la mort d\u2019A\u00addo\u00adnis. L\u2019an\u00adtique phal\u00adlus pour\u00adrait prendre le pas sur la croix. Cer\u00adtaines sectes pour\u00adraient vou\u00adloir br\u00fb\u00adler les veuves, comme dans l\u2019Inde. Des Mor\u00admons ten\u00adte\u00adraient de r\u00e9ta\u00adblir la poly\u00adga\u00admie, et des Scop\u00adsi pour\u00adraient lut\u00adter de z\u00e8le reli\u00adgieux avec des pr\u00eatres de Cyb\u00e8le, par\u00admi les\u00adquels un Ori\u00adg\u00e8ne pour\u00adrait prendre place, ren\u00addant ain\u00adsi de plus en plus mena\u00ad\u00e7ant le pro\u00adbl\u00e8me de la d\u00e9population.&nbsp;<\/p>\n<p>Il n\u2019est nul\u00adle\u00adment prou\u00adv\u00e9 que l\u2019es\u00adprit humain soit aujourd\u2019\u00adhui gu\u00e9\u00adri de toutes les folies dont il s\u2019est mon\u00adtr\u00e9 capable, et \u00e0 jamais pr\u00e9\u00adser\u00adv\u00e9 des crises men\u00adtales qu\u2019il a si fr\u00e9\u00adquem\u00adment tra\u00adver\u00ads\u00e9es. Toutes sortes de signes tendent m\u00eame \u00e0 faire craindre que nous ne soyons au moment de voir se pro\u00adduire un de ces d\u00e9raille\u00adments presque uni\u00adver\u00adsels de l\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgence humaine, qui la livrent en proie aux \u00e9carts des ima\u00adgi\u00adna\u00adtions malades, et aux acc\u00e8s d\u2019un mys\u00adti\u00adcisme sombre capable de toutes les folies et, par elles, de tous les crimes.&nbsp;<\/p>\n<p>Com\u00adment conci\u00adlier le droit qui r\u00e9clame, exige la liber\u00adt\u00e9 \u00e9ga\u00adle\u00adment pour tous, avec la supr\u00eame loi de l\u2019in\u00adt\u00e9\u00adr\u00eat des m\u0153urs, du salut de la patrie, du salut de l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9&nbsp;? Car tout cela peut \u00eatre com\u00adpro\u00admis par l\u2019af\u00adfo\u00adle\u00adment des esprits, la diver\u00adgence ind\u00e9\u00adfi\u00adnie des croyances, la mul\u00adti\u00adpli\u00adci\u00adt\u00e9 irr\u00e9\u00adduc\u00adtible des prin\u00adcipes r\u00e9glant la conduite de chacun&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il y a une rai\u00adson tr\u00e8s forte de ne pas vio\u00adlen\u00adter la foi des croyants, m\u00eame et sur\u00adtout des plus ardents, et quelle que puisse \u00eatre leur croyance. Car si on enl\u00e8ve \u00e0 ces natures vio\u00adlentes et fana\u00adtiques le frein de cette pas\u00adsion reli\u00adgieuse qui gou\u00adverne leur volon\u00adt\u00e9 et \u00e9qui\u00adlibre toutes leurs autres pas\u00adsions, au point de les ame\u00adner \u00e0 en faire le sacri\u00adfice&nbsp;; si l\u2019on d\u00e9truit en eux ce fana\u00adtisme m\u00eame qui les pousse \u00e0 des actes plus sou\u00advent ridi\u00adcules que cri\u00admi\u00adnels, mais en leur inter\u00addi\u00adsant tous les autres crimes, il peut se faire, dans un grand nombre de cas, que ces \u00eatres, d\u00e9so\u00adrien\u00adt\u00e9s par la perte des croyances qui les condui\u00adsaient comme des aveugles, mais enfin leur impo\u00adsaient une route, une dis\u00adci\u00adpline, d\u00e9sor\u00admais sans bous\u00adsole dans la vie, avec des ins\u00adtincts d\u00e9voy\u00e9s par la pas\u00adsion reli\u00adgieuse qui a emp\u00ea\u00adch\u00e9 de na\u00eetre ou atro\u00adphi\u00e9 en eux les sen\u00adti\u00adments nor\u00admaux de l\u2019es\u00adp\u00e8ce, soient inca\u00adpables sans elle, de rem\u00adplir les devoirs sociaux et fassent cou\u00adrir \u00e0 la race chez laquelle ils seront l\u00e2ch\u00e9s, comme des hydro\u00adphobes, des p\u00e9rils plus grands que ceux qui pour\u00adraient r\u00e9sul\u00adter de leur z\u00e8le religieux.&nbsp;<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas rare d\u2019en\u00adtendre des croyants avouer que sans la foi ils seraient entra\u00ee\u00adn\u00e9s \u00e0 tous les crimes, au moins \u00e0 toutes les fautes contre l\u2019hon\u00adn\u00ea\u00adte\u00adt\u00e9, que la loi n\u2019at\u00adteint pas, ou qu\u2019on peut lui cacher. Cette convic\u00adtion n\u2019est, il est vrai, sou\u00advent qu\u2019un r\u00e9sul\u00adtat de l\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adment qu\u2019ils ont re\u00e7u, une cons\u00e9\u00adquence des pr\u00e9\u00addi\u00adca\u00adtions de quelques pr\u00eatres trop z\u00e9l\u00e9s qui, en leur four\u00adnis\u00adsant cet argu\u00adment, les font se calom\u00adnier eux-m\u00eames&nbsp;; mais il suf\u00adfit que cette convic\u00adtion ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9ve\u00adlop\u00adp\u00e9e dans leur esprit pour qu\u2019elle mette en p\u00e9ril leur mora\u00adli\u00adt\u00e9 dont elle a sap\u00e9 les bases nor\u00admales, en d\u00e9trui\u00adsant en eux l\u2019a\u00admour du bien pour le bien lui-m\u00eame. Il y a tout \u00e0 parier que celui qui se per\u00adsuade \u00eatre fata\u00adle\u00adment cri\u00admi\u00adnel, com\u00admet\u00adtra des crimes, qu\u2019il suc\u00adcom\u00adbe\u00adra \u00e0 cette sorte d\u2019au\u00adto-sug\u00adges\u00adtion que sa foi exerce sur lui et qu\u2019on peut d\u00e9j\u00e0 consi\u00add\u00e9\u00adrer comme un cas de cette folie morale, sou\u00advent consta\u00adt\u00e9e chez nos d\u00e9lin\u00adquants. En pareil cas, mieux vaut lais\u00adser \u00e0 la conscience d\u00e9voy\u00e9e, le frein de cette foi qui les domine et les hyp\u00adno\u00adtise autant, du moins, que leur fana\u00adtisme m\u00eame ne tend pas \u00e0 les pous\u00adser \u00e0 plus de crimes et de m\u00e9faits contre l\u2019ordre social que ne pour\u00adrait le faire leur \u00e9go\u00efsme, d\u00e9sem\u00adpa\u00adr\u00e9 de ce sen\u00adti\u00adment du devoir qui peut seul impo\u00adser \u00e0 la volon\u00adt\u00e9 les r\u00e8gles pra\u00adtiques de la jus\u00adtice sociale et, seul, consti\u00adtue r\u00e9el\u00adle\u00adment l\u2019honn\u00eatet\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>Si, en effet, la rai\u00adson est la r\u00e8gle de l\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgence&nbsp;; si elle four\u00adnit \u00e0 l\u2019\u00eatre vivant, pen\u00adsant et auto\u00adnome, les moyens d\u2019a\u00adgir en vue d\u2019une fin, elle est impuis\u00adsante \u00e0 elle seule \u00e0 d\u00e9ter\u00admi\u00adner un but d\u2019ac\u00adtion quel\u00adconque. Abso\u00adlu\u00adment neutre entre toutes les pas\u00adsions dont l\u2019\u00eatre vivant est sus\u00adcep\u00adtible d\u2019\u00eatre ani\u00adm\u00e9 et pos\u00ads\u00e9\u00add\u00e9, la rai\u00adson que ne sol\u00adli\u00adci\u00adte\u00adrait aucune pas\u00adsion n\u2019a\u00adgi\u00adrait jamais en aucun sens, ni pour le bien, ni pour le&nbsp;mal.&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019\u00eatre orga\u00adni\u00ads\u00e9 qui ne sen\u00adti\u00adrait ni la faim ni la soif n\u2019au\u00adrait aucun motif de tra\u00advailler, de s\u2019in\u00adg\u00e9\u00adnier pour satis\u00adfaire des besoins qu\u2019il n\u2019\u00e9\u00adprou\u00adve\u00adrait pas. Il faut \u00e0 l\u2019\u00eatre vivant des pas\u00adsions orga\u00adniques pour qu\u2019il vive. Il faut \u00e0 l\u2019\u00eatre social des pas\u00adsions sociales pour qu\u2019il rem\u00adplisse les fonc\u00adtions de membre de la soci\u00e9\u00adt\u00e9. Un \u00eatre sans vani\u00adt\u00e9, sans amour-propre, sans orgueil ni fier\u00adt\u00e9 d\u2019au\u00adcune sorte, serait le plus inerte, le plus inutile, le plus inca\u00adpable des indi\u00advi\u00addus. S\u2019il ne res\u00adsen\u00adtait des pas\u00adsions sexuelles, jamais il n\u2019au\u00adrait l\u2019i\u00add\u00e9e, m\u00eame par inci\u00adta\u00adtion, d\u2019exer\u00adcer les fonc\u00adtions g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtrices. Elles ne se seraient pas m\u00eame d\u00e9ve\u00adlop\u00adp\u00e9es en lui, s\u2019il ne sor\u00adtait d\u2019une race o\u00f9 elles ont h\u00e9r\u00e9\u00addi\u00adtai\u00adre\u00adment fonc\u00adtion\u00adn\u00e9, et sans l\u2019ex\u00adci\u00adta\u00adtion d\u2019ins\u00adtincts pas\u00adsion\u00adnels ad\u00e9\u00adquats \u00e0 leur nature.&nbsp;<\/p>\n<p>La valeur morale d\u2019un indi\u00advi\u00addu, comme membre d\u2019une soci\u00e9\u00adt\u00e9 humaine, n\u2019est donc nul\u00adle\u00adment d\u00e9ter\u00admi\u00adn\u00e9e par ses vir\u00adtua\u00adli\u00adt\u00e9s intel\u00adlec\u00adtuelles, pures de tous \u00e9l\u00e9\u00adments pas\u00adsion\u00adnels, puisque ces vir\u00adtua\u00adli\u00adt\u00e9s ne deviennent des apti\u00adtudes actives que sous l\u2019in\u00adci\u00adta\u00adtion de cer\u00adtaines pas\u00adsions sp\u00e9\u00adci\u00adfiques \u00e9troi\u00adte\u00adment adap\u00adt\u00e9es \u00e0 un but utile. C\u2019est la gamme de ces pas\u00adsions elles-m\u00eames qui les met en acti\u00advi\u00adt\u00e9, leur indique leur but, leur donne cette direc\u00adtion sans laquelle aucune force, ni phy\u00adsique ni morale, ne peut agir, et qui seule fait d\u2019un indi\u00advi\u00addu vivant, un \u00eatre bon ou mau\u00advais [[&nbsp;<i>Ori\u00adgine de l\u2019Homme et des Soci\u00e9\u00adt\u00e9s<\/i>. Pre\u00admi\u00e8re partie.]].&nbsp;<\/p>\n<p>Lors donc qu\u2019on sup\u00adpose l\u2019exis\u00adtence d\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgences pures, sup\u00e9\u00adrieures \u00e0 toute pas\u00adsion, on sup\u00adpose l\u2019exis\u00adtence d\u2019\u00eatres abso\u00adlu\u00adment inertes, d\u00e9pouill\u00e9s de toute auto\u00adno\u00admie, inca\u00adpables de rien vou\u00adloir, puisque leur volon\u00adt\u00e9, sans motif, ne pour\u00adrait se d\u00e9ter\u00admi\u00adner \u00e0 rien&nbsp;; inha\u00adbiles \u00e0 agir d\u2019une fa\u00e7on quel\u00adconque, par cons\u00e9\u00adquent inha\u00adbiles, \u00e0 \u00eatre et contra\u00addic\u00adtoires par nature \u00e0 la notion d\u2019exis\u00adtence, parce que \u00ab&nbsp;ce qui n\u2019a\u00adgit pas n\u2019est pas&nbsp;\u00bb [[Leib\u00adnitz]]. <\/p>\n<p>La r\u00e9sis\u00adtance des croyants \u00e0 toute auto\u00adri\u00adt\u00e9 qui pr\u00e9\u00adtend r\u00e9gler leur foi, en emp\u00ea\u00adcher l\u2019ex\u00adpres\u00adsion ou l\u2019exer\u00adcice, et \u00e0 toute per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtion pour les y faire renon\u00adcer, n\u2019est donc point seule\u00adment une r\u00e9sis\u00adtance d\u00e9s\u00adin\u00adt\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9e de l\u2019es\u00adprit, ent\u00ea\u00adt\u00e9 \u00e0 confes\u00adser ce qu\u2019il croit \u00eatre la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 et \u00e0 agir selon des r\u00e8gles ou des com\u00adman\u00adde\u00adments qu\u2019il croit divins&nbsp;: c\u2019est sur\u00adtout une r\u00e9sis\u00adtance de la volon\u00adt\u00e9 \u00e9go\u00efste qui se croit int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9e \u00e0 confes\u00adser cette foi, pr\u00e9\u00adsu\u00adm\u00e9e vraie, \u00e0 suivre cette r\u00e8gle ou ces com\u00adman\u00adde\u00adments qu\u2019elle sup\u00adpose lui \u00eatre impo\u00ads\u00e9s par un Dieu, en vue des biens qui doivent r\u00e9com\u00adpen\u00adser son ob\u00e9is\u00adsance et sa constance.&nbsp;<\/p>\n<p>En ce cas, comme en tous les autres, la volon\u00adt\u00e9 des croyants c\u00e8de aux motifs d\u00e9ter\u00admi\u00adnants les plus forts qui la sol\u00adli\u00adcitent. Elle n\u2019est r\u00e9el\u00adle\u00adment pas libre de se d\u00e9ter\u00admi\u00adner autre\u00adment. De l\u00e0 l\u2019i\u00adnef\u00adfi\u00adca\u00adci\u00adt\u00e9 des per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtions sur les croyants sin\u00adc\u00e8res, et leur effi\u00adca\u00adci\u00adt\u00e9 au contraire pour d\u00e9ter\u00admi\u00adner les conver\u00adsions hypo\u00adcrites de ceux qui conservent assez de doutes sur la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 de leurs croyances pour ne rien vou\u00adloir ris\u00adquer pour&nbsp;elles.&nbsp;<\/p>\n<p>Tout croyant, bien convain\u00adcu que le mar\u00adtyre lui vau\u00addra l\u2019ac\u00adc\u00e8s imm\u00e9\u00addiat \u00e0 une autre vie de joie \u00e9ter\u00adnelle, ne peut \u00eatre si fou que de ne pas accep\u00adter un mar\u00adch\u00e9 o\u00f9, quels que soient les sup\u00adplices imm\u00e9\u00addiats qu\u2019il doit subir, ils doivent avoir une dur\u00e9e infi\u00adni\u00adment courte en com\u00adpa\u00adrai\u00adson de l\u2019\u00e9\u00adter\u00adni\u00adt\u00e9 bien\u00adheu\u00adreuse qu\u2019il attend en r\u00e9com\u00adpense, et une rela\u00adtive dou\u00adceur, aupr\u00e8s de l\u2019\u00e9\u00adter\u00adni\u00adt\u00e9 de sup\u00adplices qu\u2019en\u00adtra\u00ee\u00adne\u00adrait pour lui une abjuration.&nbsp;<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, il est aujourd\u2019\u00adhui bien prou\u00adv\u00e9 qu\u2019une convic\u00adtion intime, une adh\u00e9\u00adsion enti\u00e8re de l\u2019es\u00adprit \u00e0 une croyance, exerce sur la sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 m\u00eame une sorte d\u2019ac\u00adtion anes\u00adth\u00e9\u00adsique et d\u00e9ter\u00admine un \u00e9tat ner\u00adveux par\u00adti\u00adcu\u00adlier qui, sus\u00adpen\u00addant la pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 de la dou\u00adleur, jette le croyant en \u00e9tat d\u2019hyp\u00adnose par une sorte d\u2019auto-suggestion.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais si la per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtion est d\u2019au\u00adtant plus inef\u00adfi\u00adcace que les croyants sont plus sin\u00adc\u00e8res et plus convain\u00adcus, la per\u00adsua\u00adsion pour\u00adrait sur eux ce que ne peut la vio\u00adlence. La pr\u00e9\u00addi\u00adca\u00adtion, l\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adment, lar\u00adge\u00adment r\u00e9pan\u00addu et offert \u00e0 tous, de v\u00e9ri\u00adt\u00e9s cer\u00adtaines, \u00e9vi\u00addentes, telles que celles dont la science moderne a fait la conqu\u00eate, est en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 le seul moyen de com\u00adbattre le fana\u00adtisme reli\u00adgieux des foules abu\u00ads\u00e9es, de les rame\u00adner \u00e0 la rai\u00adson, \u00e0 la sagesse, \u00e0 la conscience des vrais devoirs sociaux que, si sou\u00advent, les reli\u00adgions les poussent \u00e0 enfreindre. Si la foi reli\u00adgieuse est de nature pas\u00adsion\u00adnelle plu\u00adt\u00f4t qu\u2019in\u00adtel\u00adlec\u00adtuelle&nbsp;: si la force, la vio\u00adlence, les menaces de mort ne peuvent rien contre elle, par cela m\u00eame qu\u2019elle se fonde sur des esp\u00e9\u00adrances d\u2019outre-tombe qui d\u00e9passent toutes les esp\u00e9\u00adrances pos\u00adsibles de la vie, elle peut, au contraire, \u00eatre l\u00e9gi\u00adti\u00adme\u00adment com\u00adbat\u00adtue par la dif\u00adfu\u00adsion d\u2019un ensei\u00adgne\u00adment sage. Elle peut \u00eatre atteinte et r\u00e9fr\u00e9\u00adn\u00e9e en ses exc\u00e8s ou ses erreurs par l\u2019\u00e9\u00advi\u00addence. Elle peut \u00eatre \u00e9clai\u00adr\u00e9e, adou\u00adcie et rec\u00adti\u00adfi\u00e9e par le rai\u00adson\u00adne\u00adment, qui seul peut, dans l\u2019a\u00adve\u00adnir, ame\u00adner les hommes \u00e0 la com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9 des convic\u00adtions, et \u00e0 une v\u00e9ri\u00adtable catho\u00adli\u00adci\u00adt\u00e9 de la croyance sur tous les points essen\u00adtiels de la connais\u00adsance de l\u2019homme, de la soci\u00e9\u00adt\u00e9 et du&nbsp;monde.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais, jus\u00adte\u00adment parce que les adeptes des reli\u00adgions, dites posi\u00adtives, des reli\u00adgions qui se pr\u00e9\u00adtendent r\u00e9v\u00e9\u00adl\u00e9es, ont consta\u00adt\u00e9 que chaque pro\u00adgr\u00e8s de la science et de la rai\u00adson humaines leur enl\u00e8ve des adh\u00e9\u00adrents et atti\u00e9\u00addit ceux qui leur res\u00adtent, ils d\u00e9clarent la guerre \u00e0 la science, \u00e0 la rai\u00adson. Ils se disent per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adt\u00e9s quand on leur refuse tous les pri\u00advi\u00adl\u00e8ges, quand sur\u00adtout on leur \u00f4te le mono\u00adpole de l\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adment public et qu\u2019on donne \u00e0 la rai\u00adson, \u00e0 la science une liber\u00adt\u00e9 de parole et de pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtisme \u00e9gale \u00e0 celle dont ils jouissent.&nbsp;<\/p>\n<p>Chaque reli\u00adgion pr\u00e9\u00adten\u00addant pos\u00ads\u00e9\u00adder seule la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 abso\u00adlue, soit dans les textes de ses livres sacr\u00e9s, soit dans le corps de ses pr\u00eatres, pr\u00e9\u00adtend aus\u00adsi avoir seule la liber\u00adt\u00e9 de s\u2019af\u00adfir\u00admer, de s\u2019\u00e9\u00adpandre, de s\u2019im\u00adpo\u00adser \u00e0 tous. Si d\u2019a\u00adbord, dans sa phase mili\u00adtante, elle ne r\u00e9clame que sa part de liber\u00adt\u00e9, la liber\u00adt\u00e9 de s\u2019af\u00adfir\u00admer, de dis\u00adcu\u00adter&nbsp;; si alors elle accepte pour juge la rai\u00adson humaine en chaque indi\u00advi\u00addu dont elle cherche \u00e0 faire un n\u00e9o\u00adphyte&nbsp;; d\u00e8s le moment o\u00f9 elle sait ses dis\u00adciples nom\u00adbreux, o\u00f9 elle a recru\u00adt\u00e9 dans l\u2019\u00c9\u00adtat de puis\u00adsants adeptes, elle pr\u00e9\u00adtend s\u2019im\u00adpo\u00adser, non plus par la per\u00adsua\u00adsion et la libre dis\u00adcus\u00adsion, mais par l\u2019au\u00adto\u00adri\u00adt\u00e9, par la force. Elle r\u00e9clame, elle exige le concours du bras s\u00e9cu\u00adlier. Elle veut r\u00e9gner dans l\u2019\u00c9\u00adtat, se le subor\u00addon\u00adner, en faire son instrument.&nbsp;<\/p>\n<h2>III<\/h2>\n<p>\u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que l\u2019\u00c9\u00adtat&nbsp;? deman\u00addait encore Jules Simon. S\u2019il n\u2019est que la force, c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019il n\u2019est qu\u2019un contrat social, une coa\u00adli\u00adtion des int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9s, qu\u2019ap\u00adporte-t-il avec lui qui puisse \u00e9bran\u00adler ma convic\u00adton&nbsp;? Cet \u00c9tat ath\u00e9e n\u2019est ma\u00eetre que de mon corps. Et si l\u2019\u00c9\u00adtat est fon\u00add\u00e9 sur un dogme, com\u00adment cette alliance d\u2019une v\u00e9ri\u00adt\u00e9 reli\u00adgieuse avec la force civile peut-elle chan\u00adger le carac\u00adt\u00e8re de cette v\u00e9ri\u00adt\u00e9&nbsp;? Quoi&nbsp;! en est-elle deve\u00adnue plus vraie, parce qu\u2019elle a une arm\u00e9e&nbsp;? \u00c9trange prin\u00adcipe en ver\u00adtu duquel la reli\u00adgion russe serait plus vraie que la reli\u00adgion romaine, car le czar a plus de sol\u00addats que le pape. Quelles que soient l\u2019o\u00adri\u00adgine et la nature de la force, ni indi\u00advi\u00addu, ni majo\u00adri\u00adt\u00e9, ni \u00c9tat ne peut triom\u00adpher du droit de la rai\u00adson&nbsp;; et nul homme ne peut sans crime, ayant \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 rai\u00adson\u00adnable, s\u2019ou\u00adblier et se pros\u00adter\u00adner devant la&nbsp;force.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Le point faible de cette \u00e9lo\u00adquente argu\u00admen\u00adta\u00adtion, c\u2019est qu\u2019il est fort inexact d\u2019af\u00adfir\u00admer que l\u2019homme soit <i>cr\u00e9\u00e9 rai\u00adson\u00adnable<\/i>. <\/p>\n<p>Il est \u00e9vident qu\u2019il ne l\u2019est pas \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtat d\u2019en\u00adfance&nbsp;; il n\u2019est pas moins \u00e9vident qu\u2019il est loin de le deve\u00adnir tou\u00adjours \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtat adulte. Un \u00eatre rai\u00adson\u00adnable est m\u00eame une rare excep\u00adtion dans l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9. Il n\u2019en est point qui le soit com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment. D\u2019ailleurs, pour agir cor\u00adrec\u00adte\u00adment, il ne suf\u00adfit pas que le m\u00e9ca\u00adnisme logique soit intact chez l\u2019\u00eatre humain&nbsp;; il faut encore que sa rai\u00adson soit \u00e9clai\u00adr\u00e9e, qu\u2019elle ne soit pas trom\u00adp\u00e9e sur les prin\u00adcipes, sur les faits qui servent de point de d\u00e9part \u00e0 ses rai\u00adson\u00adne\u00adments. Toute erreur de prin\u00adcipe m\u00e8ne \u00e0 l\u2019ab\u00adsurde le logi\u00adcien le plus impec\u00adcable, et d\u2019au\u00adtant plus vite et plus droit que sa logique est plus par\u00adfaite. Le fana\u00adtisme reli\u00adgieux n\u2019est, la plu\u00adpart du temps, que les affir\u00adma\u00adtions dog\u00adma\u00adtiques des croyants pous\u00ads\u00e9es \u00e0 leurs der\u00adni\u00e8res cons\u00e9\u00adquences. Telle est m\u00eame la logique des fous. Par\u00adtis des sen\u00adsa\u00adtions fausses de leurs visions int\u00e9\u00adrieures, ils en d\u00e9duisent des motifs d\u2019ac\u00adtion qui d\u00e9c\u00e8lent leur folie. Or, c\u2019est sur\u00adtout en mati\u00e8re reli\u00adgieuse que l\u2019homme, \u00e0 toutes les \u00e9poques, a don\u00adn\u00e9 les preuves des folies les plus \u00e9tranges.&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019af\u00adfir\u00adma\u00adtion de l\u2019in\u00adfailli\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 de la rai\u00adson humaine est une des erreurs du dogme chr\u00e9\u00adtien. C\u2019est la croyance \u00e0 <i>ce logos qui \u00e9claire tout homme venant en ce monde<\/i>. La r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 est bien dif\u00adf\u00e9\u00adrente. Cette infailli\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 de la rai\u00adson humaine sup\u00adpose l\u2019homme cr\u00e9\u00e9 par un dieu, \u00e0 son image, dou\u00e9 par lui d\u2019une \u00e2me pen\u00adsante, immor\u00adtelle, de c\u00e9leste ori\u00adgine, qui entre lui et l\u2019a\u00adni\u00admal ouvre un hia\u00adtus infran\u00adchis\u00adsable. C\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019ar\u00adgu\u00admen\u00adta\u00adtion de Jules Simon, comme celle de tous les phi\u00adlo\u00adsophes de son \u00e9cole, sup\u00adpose jus\u00adte\u00adment ce qui est en question.&nbsp;<\/p>\n<p>Ce qui est bien cer\u00adtain aujourd\u2019\u00adhui, au contraire, c\u2019est que toutes les races, dans l\u2019es\u00adp\u00e8ce humaine, et tous les indi\u00advi\u00addus, dans chaque race, sont tr\u00e8s in\u00e9ga\u00adle\u00adment dou\u00e9s de la facul\u00adt\u00e9 logique et que l\u2019emploi qu\u2019ils peuvent faire uti\u00adle\u00adment de cette facul\u00adt\u00e9 d\u00e9pend sur\u00adtout de la net\u00adte\u00adt\u00e9 de leurs notions sur la nature r\u00e9elle des choses, sur les rap\u00adports des hommes avec le monde et des hommes entre eux. Or c\u2019est sur ces notions que toutes les reli\u00adgions ont sur\u00adtout&nbsp;err\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>Il n\u2019est donc pas indif\u00adf\u00e9\u00adrent \u00e0 l\u2019\u00c9\u00adtat que cer\u00adtaines reli\u00adgions s\u2019y propagent.&nbsp;<\/p>\n<p>Toutes les reli\u00adgions se sont pro\u00adpa\u00adg\u00e9es, soit par le pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtisme, soit par la force. Mais il suit de l\u2019in\u00adfir\u00admi\u00adt\u00e9 si g\u00e9n\u00e9\u00adrale de la rai\u00adson humaine, si facile \u00e0 s\u00e9duire par de vaines esp\u00e9\u00adrances, que leur expan\u00adsion pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtique ne prouve pas plus leur sup\u00e9\u00adrio\u00adri\u00adt\u00e9 ration\u00adnelle que leur expan\u00adsion par la force. Celle-ci prouve seule\u00adment qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 adop\u00adt\u00e9es par les plus puis\u00adsants, par les chefs des nations et dans leur int\u00e9\u00adr\u00eat&nbsp;; celle-l\u00e0 d\u00e9montre qu\u2019elles ont s\u00e9duit les consciences du plus grand nombre qui est tou\u00adjours celui des intel\u00adli\u00adgences m\u00e9diocres. Le pau\u00adli\u00adnisme chr\u00e9\u00adtien, qui s\u2019est si rapi\u00adde\u00adment r\u00e9pan\u00addu dans l\u2019empire romain en d\u00e9ca\u00addence, deve\u00adnu le cara\u00advan\u00ads\u00e9\u00adrail de tous les dieux du monde, et qui a si com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment effa\u00adc\u00e9, d\u00e8s le pre\u00admier si\u00e8cle, les vagues doc\u00adtrines ess\u00e9\u00adniennes de J\u00e9sus, \u00e9vi\u00addem\u00adment boud\u00addhistes d\u2019ins\u00adpi\u00adra\u00adtion et d\u2019o\u00adri\u00adgine, peut \u00eatre consi\u00add\u00e9\u00adr\u00e9 comme de niveau sup\u00adp\u00e9\u00adrieur \u00e0 toutes les petites super\u00adsti\u00adtions locales qui, au-des\u00adsous du culte des dieux offi\u00adciels, fai\u00adsait la vie reli\u00adgieuse des peuples gr\u00e9\u00adco-latins, et consti\u00adtuaient sur\u00adtout la reli\u00adgion des femmes. Mais le chris\u00adtia\u00adnisme pau\u00adli\u00adnien, tel qu\u2019il se r\u00e9pan\u00addit dans l\u2019empire, et prit forme dans les conciles des trois pre\u00admiers si\u00e8cles, \u00e9tait une r\u00e9tro\u00adgra\u00adda\u00adtion morale et intel\u00adlec\u00adtuelle \u00e9vi\u00addente sur les grandes et saines doc\u00adtrines d\u2019Io\u00adnie, d\u2019Ab\u00add\u00e8re, d\u2019E\u00adl\u00e9e et sur les doc\u00adtrines du Portique.&nbsp;<\/p>\n<p>Si le pro\u00adcon\u00adsul romain, Ponce Pilate, au lieu de se laver les mains de la mort de J\u00e9sus, r\u00e9cla\u00adm\u00e9e par la pl\u00e8be de J\u00e9ru\u00adsa\u00adlem, pous\u00ads\u00e9e par ses pr\u00eatres, avait sanc\u00adtion\u00adn\u00e9 le juge\u00adment d\u2019H\u00e9\u00adrode et fait enfer\u00admer le pr\u00e9\u00adten\u00addu Mes\u00adsie dans un mani\u00adcome, il eut sup\u00adpri\u00adm\u00e9 par l\u00e0 une des causes prin\u00adci\u00adpales de la d\u00e9ca\u00addence de la civi\u00adli\u00adsa\u00adtion gr\u00e9\u00adco-latine et \u00e9par\u00adgn\u00e9 \u00e0 l\u2019Eu\u00adrope enti\u00e8re quinze si\u00e8cles de convul\u00adsions sociales, de guerres, de ser\u00advi\u00adtudes et de t\u00e9n\u00e8bres intellectuelles.&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019a\u00advan\u00adtage des reli\u00adgions pure\u00adment natio\u00adnales, comme celles des Grecs et des Romains, c\u2019\u00e9\u00adtait de n\u2019\u00eatre qu\u2019un d\u00e9cor ext\u00e9\u00adrieur, une pompe publique qui ne pre\u00adnait pas la conscience intime. Les dieux \u00e9taient les pro\u00adtec\u00adteurs de la cit\u00e9, de la race. Leur culte fai\u00adsait des citoyens sou\u00admis \u00e0 la loi, d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 la patrie. Pour les familles, il y avait les p\u00e9nates, les dieux lares, le culte des anc\u00eatres. Pour l\u2019in\u00addi\u00advi\u00addu, il y avait des l\u00e9gions de petits dieux inf\u00e9\u00adrieurs, ayant cha\u00adcun leur sp\u00e9\u00adcia\u00adli\u00adt\u00e9, qu\u2019on allait trou\u00adver dans leur sanc\u00adtuaire pour cer\u00adtaines mala\u00addies ou cer\u00adtaines affaires, comme de nos jours on va consul\u00adter un m\u00e9de\u00adcin sp\u00e9\u00adcia\u00adliste ou un avo\u00adcat,. et sou\u00advent avec autant d\u2019ef\u00adfi\u00adca\u00adci\u00adt\u00e9. Mais rien dans une telle reli\u00adgion ne pre\u00adnait l\u2019homme entier, n\u2019as\u00adser\u00advis\u00adsait sa volon\u00adt\u00e9, sa conscience.&nbsp;<\/p>\n<p>Tout autres ont \u00e9t\u00e9 les reli\u00adgions pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtiques. Celles-l\u00e0 ont tou\u00adjours \u00e9t\u00e9 des doc\u00adtrines du salut. Elles ont fon\u00add\u00e9 leur puis\u00adsance sur cette exa\u00adg\u00e9\u00adra\u00adtion de l\u2019ins\u00adtinct de conser\u00adva\u00adtion qui fait que l\u2019\u00eatre humain ne peut se r\u00e9si\u00adgner \u00e0 ces\u00adser d\u2019\u00eatre. Spec\u00adta\u00adteur d\u2019un jour au th\u00e9\u00e2tre du monde, il pr\u00e9\u00adtend y occu\u00adper une place \u00e0 per\u00adp\u00e9\u00adtui\u00adt\u00e9. Cette peur del\u00e0 mort est deve\u00adnue telle, chez nos races sup\u00e9\u00adrieures, qu\u2019elles pr\u00e9\u00adf\u00e8rent un enfer \u00e9ter\u00adnel \u00e0 l\u2019a\u00adn\u00e9an\u00adtis\u00adse\u00adment. L\u2019ef\u00adfet moral de telles reli\u00adgions qui vendent le salut \u00e0 leurs sec\u00adta\u00adteurs, sous la condi\u00adtion d\u2019une ob\u00e9is\u00adsance abso\u00adlue, d\u2019un com\u00adplet aban\u00addon de la volon\u00adt\u00e9 au dieu qu\u2019elles enseignent, et qui, natu\u00adrel\u00adle\u00adment, est repr\u00e9\u00adsen\u00adt\u00e9 par ses pr\u00eatres, c\u2019est, avec une exal\u00adta\u00adtion de l\u2019\u00e9\u00adgo\u00efsme, un rel\u00e2\u00adche\u00adment des liens sociaux. Amis, famille, patrie&nbsp;: tout doit \u00eatre sacri\u00adfi\u00e9 au salut. Le citoyen est subor\u00addon\u00adn\u00e9 au d\u00e9vot. Le c\u00e9no\u00adbi\u00adtisme, le mona\u00adchisme en sont la cons\u00e9\u00adquence fatale, avec les croi\u00adsades, les conqu\u00eates reli\u00adgieuses, les per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtions contre les h\u00e9r\u00e9\u00adsies, les guerres civiles entre les sectes dis\u00adsi\u00addentes. Vou\u00adloir impo\u00adser la tol\u00e9\u00adrance \u00e0 de telles reli\u00adgions, c\u2019est vou\u00adloir qu\u2019elles ne soient pas. Il est plus facile de les d\u00e9truire, que de les rendre humaines. Plus leur dogme est insen\u00ads\u00e9, plus elles y tiennent, et plus elles se montrent hos\u00adtiles aux pro\u00adgr\u00e8s de la rai\u00adson qui tend \u00e0 les nier, \u00e0 les d\u00e9truire. Ce qui fait leur dan\u00adger et leur force, c\u2019est leur puis\u00adsance de p\u00e9n\u00e9\u00adtra\u00adtion. Comme l\u2019eau \u00e0 tra\u00advers le sol, elles s\u2019in\u00adfiltrent chez les nations qui vivent en paix \u00e0 l\u2019ombre des autels \u00e9le\u00adv\u00e9s \u00e0 leurs dieux natio\u00adnaux, purs sym\u00adboles aux\u00adquels elles ne croient gu\u00e8re. Leurs mis\u00adsion\u00adnaires y mul\u00adti\u00adplient leurs n\u00e9o\u00adphytes. Leurs congr\u00e9\u00adga\u00adtions s\u2019y forment, y gran\u00addissent en silence&nbsp;; elles consti\u00adtuent des f\u00e9d\u00e9\u00adra\u00adtions secr\u00e8tes. Un jour l\u2019\u00c9\u00adtat se trouve min\u00e9, comme un jar\u00addin par les taupes, comme un navire par les tarets. Les h\u00f4tes qu\u2019on avait re\u00e7us sans d\u00e9fiance, sont deve\u00adnus des ma\u00eetres qui com\u00admandent dans la mai\u00adson. C\u2019est l\u00e0 l\u2019his\u00adtoire du boud\u00addhisme, en Asie, celle du chris\u00adtia\u00adnisme en Europe. Telle fut \u00e9ga\u00adle\u00adment celle du maz\u00add\u00e9isme chez les Par\u00adsis qui se sub\u00adsti\u00adtua aux reli\u00adgions de la Chal\u00add\u00e9e et de l\u2019Eu\u00adphrate, jus\u00adqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il f\u00fbt chas\u00ads\u00e9 lui-m\u00eame par l\u2019is\u00adla\u00admisme, qui pro\u00adc\u00e9\u00adda plus violemment.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est ain\u00adsi que le maz\u00add\u00e9isme d\u00e9trui\u00adsit la puis\u00adsance de Baby\u00adlone, que le chris\u00adtia\u00adnisme dis\u00adlo\u00adqua l\u2019empire romain, que le boud\u00addhisme, enva\u00adhis\u00adsant la Chine, arr\u00ea\u00adta son \u00e9vo\u00adlu\u00adtion mer\u00adveilleuse, qui, sous les ins\u00adti\u00adtu\u00adtions toutes civiles de Koung-fou-Tseu, lui avait valu plus de dix si\u00e8cles de pro\u00adgr\u00e8s rapides.&nbsp;<\/p>\n<h2>IV<\/h2>\n<p>Les peuples n\u2019ont-ils pas le droit et le devoir de se d\u00e9fendre contre ces enva\u00adhis\u00adse\u00adments des reli\u00adgions pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtiques qui ne leur apportent jamais que des troubles int\u00e9\u00adrieurs et des r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions r\u00e9tro\u00adgrades&nbsp;? C\u2019est un grave pro\u00adbl\u00e8me \u00e0 exa\u00admi\u00adner. Com\u00adment oppo\u00adser la vio\u00adlence \u00e0 qui pro\u00adc\u00e8de par la dou\u00adceur&nbsp;? Com\u00adment r\u00e9pondre par la per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtion \u00e0 la pr\u00e9\u00addi\u00adca\u00adtion&nbsp;? Quelle digue peut-on construire contre l\u2019in\u00adfil\u00adtra\u00adtion. On triomphe d\u2019une arm\u00e9e de sol\u00addats avec des sol\u00addats&nbsp;; com\u00adment se d\u00e9bar\u00adras\u00adser d\u2019une arm\u00e9e de ter\u00admites, d\u2019une inva\u00adsion de sauterelles&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>La tac\u00adtique des reli\u00adgions pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtiques consiste \u00e0 s\u2019emparer d\u2019a\u00adbord des femmes. Par elles elles ont bien\u00adt\u00f4t les enfants. \u00c0 la g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion sui\u00advante, elles ont conquis les hommes.&nbsp;<\/p>\n<p>Le meilleur par\u00adti serait-il d\u2019ou\u00advrir un libre champ \u00e0 toutes les doc\u00adtrines les plus contraires, qui s\u2019ex\u00adcluent et s\u2019a\u00adna\u00adth\u00e9\u00adma\u00adtisent r\u00e9ciproquement&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>Si chaque doc\u00adtrine avait le m\u00eame droit pour s\u2019af\u00adfir\u00admer et se d\u00e9fendre, en sor\u00adti\u00adrait-il des clar\u00adt\u00e9s qui dis\u00adsi\u00adpe\u00adraient toute erreur, ne lais\u00adsant sub\u00adsis\u00adter que le r\u00e9si\u00addu de v\u00e9ri\u00adt\u00e9s qu\u2019elles peuvent conte\u00adnir&nbsp;? Les faits de l\u2019his\u00adtoire montrent qu\u2019il n\u2019en est pas ain\u00adsi dans la r\u00e9alit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est qu\u2019en effet, les plus sages sont loin d\u2019\u00eatre les plus nom\u00adbreux. Ils ne sont pas m\u00eame les plus \u00e9lo\u00adquents. Ceux qui flattent les pas\u00adsions des foules en sont mieux \u00e9cou\u00adt\u00e9s et mieux com\u00adpris que ceux qui n\u2019\u00e9\u00adclairent que leurs esprits. Comme ceux qui \u00e9coutent ou qui lisent sont plus nom\u00adbreux que ceux qui \u00e9crivent ou qui parlent, ce sont eux qui forment l\u2019o\u00adpi\u00adnion en majo\u00adri\u00adt\u00e9. Cha\u00adcun est sol\u00adli\u00adci\u00adt\u00e9 \u00e0 n\u2019\u00e9\u00adcou\u00adter et \u00e0 ne lire que les \u00e9cri\u00advains ou les ora\u00adteurs qui tra\u00adduisent ses propres sen\u00adti\u00adments. De l\u00e0, l\u2019in\u00adf\u00e9\u00adrio\u00adri\u00adt\u00e9 num\u00e9\u00adrique fatale des \u00e9coles d\u2019\u00e9\u00adlite qui cherchent \u00e0 faire pro\u00adgres\u00adser l\u2019es\u00adprit humain, a l\u2019en\u00adtra\u00ee\u00adner dans des voies nou\u00advelles, \u00e0 le gu\u00e9\u00adrir de ses erreurs, de ses pr\u00e9\u00adju\u00adg\u00e9s. Quand ces \u00e9coles arrivent \u00e0 conqu\u00e9\u00adrir une majo\u00adri\u00adt\u00e9 d\u2019adh\u00e9\u00adrents, c\u2019est que d\u00e9j\u00e0 d\u2019autres mino\u00adri\u00adt\u00e9s les ont dis\u00adtan\u00adc\u00e9es en signa\u00adlant de nou\u00advelles erreurs et d\u00e9voi\u00adlant d\u2019autres v\u00e9ri\u00adt\u00e9s. On peut donc \u00e9non\u00adcer en r\u00e8gle que, si toutes les mino\u00adri\u00adt\u00e9s n\u2019ont pas rai\u00adson, m\u00eame rela\u00adti\u00adve\u00adment, du moins c\u2019est tou\u00adjours une mino\u00adri\u00adt\u00e9 qui a rela\u00adti\u00adve\u00adment rai\u00adson contre tout le monde. En reli\u00adgion, plus encore qu\u2019en poli\u00adtique, la pire auto\u00adri\u00adt\u00e9, c\u2019est celle du nombre. La liber\u00adt\u00e9 de dis\u00adcu\u00adter suf\u00adfi\u00adrait-elle \u00e0 r\u00e9soudre le pro\u00adbl\u00e8me de la liber\u00adt\u00e9 de croire&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>Outre cette liber\u00adt\u00e9 de la dis\u00adcus\u00adsion, il y a la liber\u00adt\u00e9 d\u2019a\u00adgir confor\u00adm\u00e9\u00adment \u00e0 sa croyance, qui vient com\u00adpli\u00adquer la ques\u00adtion&nbsp;; c\u2019est-\u00e0-dire la liber\u00adt\u00e9 de vivre de cer\u00adtaine fa\u00e7on, d\u2019a\u00advoir cer\u00adtaines m\u0153urs, d\u2019en\u00adtendre de cer\u00adtaine fa\u00e7on les liens et les devoirs de famille, d\u2019ob\u00adser\u00adver cer\u00adtains usages, de par\u00adti\u00adci\u00adper \u00e0 cer\u00adtaines c\u00e9r\u00e9\u00admo\u00adnies, de rendre aux morts cer\u00adtains hon\u00adneurs, sui\u00advant cer\u00adtains rites. Car tout cela est res\u00adt\u00e9 mati\u00e8re de reli\u00adgion, et, autre\u00adfois, le domaine reli\u00adgieux, bien plus \u00e9ten\u00addu, pre\u00adnait tout l\u2019homme.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est encore \u00e0 res\u00adsai\u00adsir tout l\u2019homme que visent les reli\u00adgions d\u00e9j\u00e0 consti\u00adtu\u00e9es entre les mains d\u2019une hi\u00e9\u00adrar\u00adchie sacer\u00addo\u00adtale, qui pr\u00e9\u00adtend par\u00adler au nom de Dieu. Il ne s\u2019a\u00adgit pas de preuves phi\u00adlo\u00adso\u00adphiques, disent-elles, il suf\u00adfit d\u2019\u00e9\u00adta\u00adblir l\u2019au\u00adthen\u00adti\u00adci\u00adt\u00e9 d\u2019une r\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adtion, c\u2019est-\u00e0-dire de prou\u00adver par le t\u00e9moi\u00adgnage, l\u2019exis\u00adtence d\u2019un fait mat\u00e9riel.&nbsp;<\/p>\n<p>M.&nbsp;Jules Simon leur a bien r\u00e9pon\u00addu d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il n\u2019y a de faits \u00e9vi\u00addents que ceux dont on est t\u00e9moin&nbsp;; que le reste se dis\u00adcute. \u00ab&nbsp;Et la preuve, dit-il, c\u2019est qu\u2019il y a des t\u00e9moi\u00adgnages contra\u00addic\u00adtoires, des r\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adtions contra\u00addic\u00adtoires et des incr\u00e9\u00addules de bonne foi qui rejettent toute r\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adtion. Com\u00adment ne sen\u00adtez-vous pas que vous confon\u00addez l\u2019\u00e9\u00advi\u00addence qui est dans les faits, avec la cer\u00adti\u00adtude qui n\u2019est qu\u2019en vous-m\u00eame&nbsp;? L\u2019his\u00adtoire aurait d\u00fb vous d\u00e9go\u00fb\u00adter de ce sophisme. La chi\u00adm\u00e8re de l\u2019u\u00adni\u00adt\u00e9 a co\u00fb\u00adt\u00e9 assez de sang&nbsp;; mais enfin aujourd\u2019\u00adhui, elle est vain\u00adcue, les faits, tous les faits, sont contre vous&nbsp;; les majo\u00adri\u00adt\u00e9s se sont d\u00e9pla\u00adc\u00e9es, le plus pitoyable des argu\u00adments, l\u2019ar\u00adgu\u00adment du nombre est deve\u00adnu ridi\u00adcule&nbsp;; il y a d\u00e9sor\u00admais droit de bour\u00adgeoi\u00adsie pour toutes les croyances&nbsp;; il faut donc trou\u00adver des argu\u00adments que vos adver\u00adsaires puissent admettre et ne pas les d\u00e9cla\u00adrer impuis\u00adsants par l\u2019u\u00adnique rai\u00adson qu\u2019ils ne croient pas ce que vous croyez. Eh&nbsp;! sans doute, si une fois vous par\u00adtez de la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 de la r\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adtion, vous pou\u00advez dire que la rai\u00adson est inutile ou n\u2019est utile tout au plus que pour v\u00e9ri\u00adfier les t\u00e9moi\u00adgnages&nbsp;; et vous pou\u00advez dire que toute sp\u00e9\u00adcu\u00adla\u00adtion est insen\u00ads\u00e9e d\u00e8s qu\u2019elle s\u2019\u00e9\u00adcarte, ne f\u00fbt-ce que d\u2019une ligne, de la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 r\u00e9v\u00e9\u00adl\u00e9e. Mais dites cela aux th\u00e9o\u00adlo\u00adgiens, dites-le aux fid\u00e8les&nbsp;; ne le dites pas aux incr\u00e9\u00addules. Cher\u00adchez des argu\u00adments qui puissent les convaincre. Ne sup\u00adpo\u00adsez pas avec eux ce qui est en ques\u00adtion, si vous vou\u00adlez r\u00e9el\u00adle\u00adment discuter.\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Pro\u00adpo\u00adser une doc\u00adtrine, c\u2019est recon\u00adna\u00eetre la liber\u00adt\u00e9 et la force de la rai\u00adson&nbsp;; impo\u00adser une doc\u00adtrine par la vio\u00adlence, par la cap\u00adta\u00adtion ou par l\u2019a\u00adb\u00ea\u00adtis\u00adse\u00adment, c\u2019est d\u00e9gra\u00adder l\u2019homme et d\u00e9so\u00adb\u00e9ir \u00e0 la volon\u00adt\u00e9 de Dieu qui nous a fait intel\u00adli\u00adgents et libres.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est jus\u00adte\u00adment de cette pr\u00e9\u00adten\u00adtion de tous les croyants d\u2019o\u00adb\u00e9ir \u00e0 la volon\u00adt\u00e9 de Dieu, quand ils ob\u00e9issent \u00e0 leur conscience, ou \u00e0 ceux qui la dirigent, que viennent les dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9s pra\u00adtiques de la liber\u00adt\u00e9. Car s\u2019il s\u2019a\u00adgis\u00adsait seule\u00adment de croire \u00e0 un Dieu plu\u00adt\u00f4t qu\u2019\u00e0 un autre, c\u2019est une liber\u00adt\u00e9 tr\u00e8s inno\u00adcente que nul n\u2019au\u00adrait eu l\u2019i\u00add\u00e9e de contes\u00adter \u00e0 per\u00adsonne. Mais qui croit \u00e0 un Dieu, se croit tenu de lui ob\u00e9ir, ou plu\u00adt\u00f4t d\u2019o\u00adb\u00e9ir aux inter\u00adpr\u00e8tes de cette volon\u00adt\u00e9, qui ne s\u2019ac\u00adcordent pas entre eux, et sont tou\u00adjours en d\u00e9sac\u00adcord sur une foule de r\u00e8gles de conduite. De sorte qu\u2019un \u00c9tat o\u00f9 existent des reli\u00adgions mul\u00adtiples, dont les adeptes ont toutes liber\u00adt\u00e9s pour la pra\u00adti\u00adquer fid\u00e8\u00adle\u00adment, devrait renon\u00adcer d\u2019a\u00adbord \u00e0 l\u2019u\u00adni\u00adt\u00e9 de loi, \u00e0 cette uni\u00adt\u00e9 de loi si p\u00e9ni\u00adble\u00adment conquise dans les temps modernes. Et, en effet, il existe dans le m\u00eame \u00c9tat, des catho\u00adliques mono\u00adgames qui n\u2019ad\u00admettent que le mariage indis\u00adso\u00adluble, des pro\u00adtes\u00adtants qui tol\u00e8rent le divorce, des Turcs ou des Mor\u00admons qui pra\u00adtiquent la poly\u00adga\u00admie, des Gu\u00eabres qui \u00e9pousent leurs s\u0153urs, des Juifs qui admettent au moins le concu\u00adbi\u00adnage l\u00e9gal, des Chi\u00adnois qui lui donnent une grande exten\u00adsion, enfin des Poly\u00adn\u00e9\u00adsiens qui se per\u00admettent \u00e0 peu pr\u00e8s toutes les licences et des Fid\u00adjiens qui mangent leurs vieux parents pour leur t\u00e9moi\u00adgner plus de res\u00adpect, en face de cette mul\u00adti\u00adpli\u00adci\u00adt\u00e9 de cou\u00adtumes et de lois, que devien\u00addra le droit&nbsp;civil&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n<p>Jus\u00adte\u00adment parce que la liber\u00adt\u00e9 de conscience n\u2019est pas seule\u00adment la liber\u00adt\u00e9 de pen\u00adser et de croire, qu\u2019elle n\u2019est pas seule\u00adment la liber\u00adt\u00e9 d\u2019ex\u00adpri\u00admer, de pro\u00adcla\u00admer, de r\u00e9pandre sa croyance, il en r\u00e9sulte qu\u2019elle ne peut \u00eatre illi\u00admi\u00adt\u00e9e sans d\u00e9truire les fon\u00adde\u00adments m\u00eame de la soci\u00e9\u00adt\u00e9 moderne, et l\u2019u\u00adni\u00adt\u00e9 morale de toute soci\u00e9\u00adt\u00e9 poli\u00adtique en g\u00e9n\u00e9ral.&nbsp;<\/p>\n<p>La limite de la liber\u00adt\u00e9 de conscience, c\u2019est la limite de la liber\u00adt\u00e9 indi\u00advi\u00adduelle elle-m\u00eame qui s\u2019ar\u00adr\u00eate n\u00e9ces\u00adsai\u00adre\u00adment pour cha\u00adcun o\u00f9 com\u00admence la liber\u00adt\u00e9 des autres&nbsp;; et o\u00f9 la liber\u00adt\u00e9 de tous borne fata\u00adle\u00adment celle de chacun.&nbsp;<\/p>\n<p>D\u00e9ter\u00admi\u00adner dans quelle mesure cette liber\u00adt\u00e9 d\u2019a\u00adgir peut \u00eatre garan\u00adtie \u00e0 tous sans nuire \u00e0 per\u00adsonne, c\u2019est le pro\u00adbl\u00e8me social par excel\u00adlence, parce qu\u2019\u00e0 lui seul il contient tous les autres et les subor\u00addonne \u00e0&nbsp;lui.&nbsp;<\/p>\n<p>La pre\u00admi\u00e8re condi\u00adtion de sa solu\u00adtion, c\u2019est que nulle reli\u00adgion ne soit pri\u00advi\u00adl\u00e9\u00adgi\u00e9e, que nulle d\u2019entre elles ne s\u2019in\u00adf\u00e9ode l\u2019\u00c9\u00adtat ou ne lui soit inf\u00e9o\u00add\u00e9e&nbsp;; c\u2019est que toutes les \u00e9glises, \u00e9ga\u00adle\u00adment s\u00e9pa\u00adr\u00e9es de l\u2019\u00c9\u00adtat, \u00e9ga\u00adle\u00adment tol\u00e9\u00adr\u00e9es par lui, ne re\u00e7oivent rien de lui, et vivent seule\u00adment des sub\u00adven\u00adtions et des dons de leurs fid\u00e8les&nbsp;; cela m\u00eame sou\u00adl\u00e8ve mille ques\u00adtions secon\u00addaires tr\u00e8s complexes.&nbsp;<\/p>\n<p>L\u00e2cher \u00e9ga\u00adle\u00adment la bride \u00e0 tous les pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtismes, \u00e0 tous les sacer\u00addoces, int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9s \u00e0 faire vivre leur Dieu pour en vivre eux-m\u00eames, ne serait peut-\u00eatre pas le moyen de pro\u00adt\u00e9\u00adger la liber\u00adt\u00e9 de pen\u00adser, de croire et d\u2019a\u00adgir de chaque citoyen en par\u00adti\u00adcu\u00adlier&nbsp;; parce que la lutte ne serait jamais \u00e9gale entre de simples par\u00adti\u00adcu\u00adliers ayant leur mani\u00e8re de voir indi\u00advi\u00adduelle, et des sectes d\u00e9j\u00e0 nom\u00adbreuses ou de vieilles et puis\u00adsantes hi\u00e9\u00adrar\u00adchies sacer\u00addo\u00adtales, qui, ayant r\u00e9gn\u00e9 de longs si\u00e8cles sur le monde, pos\u00ads\u00e8dent, par cela m\u00eame, une redou\u00adtable puis\u00adsance tra\u00addi\u00adtion\u00adnelle, for\u00adti\u00adfi\u00e9e par l\u2019ap\u00adpui qu\u2019elle ren\u00adcontre dans les ins\u00adtincts h\u00e9r\u00e9\u00addi\u00adtaires de la&nbsp;race.&nbsp;<\/p>\n<h2>V<\/h2>\n<p>Le tableau si \u00e9lo\u00adquem\u00adment tra\u00adc\u00e9 par Jules Simon des pr\u00e9\u00adten\u00adtions du fana\u00adtisme \u00e0 s\u2019im\u00adpo\u00adser par la per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtion, quand il pos\u00ads\u00e8de la force, ne convient point seule\u00adment \u00e0 une reli\u00adgion, \u00e0 une \u00c9glise, mais \u00e0 toutes les \u00c9glises, \u00e0 toutes les reli\u00adgions. Si cha\u00adcune d\u2019elles, quand elle est vain\u00adcue ou passe \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtat de mino\u00adri\u00adt\u00e9, reven\u00addique \u00e0. son tour la liber\u00adt\u00e9 de conscience avec les m\u00eames argu\u00adments que fai\u00adsaient valoir, contre elles, les reli\u00adgions ou opi\u00adnions, oppri\u00adm\u00e9es par elle, quand elle domi\u00adnait, c\u2019est pour s\u2019en ser\u00advir \u00e0 res\u00adsai\u00adsir cette domi\u00adna\u00adtion et rede\u00adve\u00adnir exclu\u00adsive et per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtrice, d\u00e8s qu\u2019elle en aura la puissance.&nbsp;<\/p>\n<p>Telle est la triste v\u00e9ri\u00adt\u00e9 qui res\u00adsort de toute l\u2019his\u00adtoire&nbsp;; tel a tou\u00adjours \u00e9t\u00e9 sur\u00adtout l\u2019es\u00adprit des reli\u00adgions consti\u00adtu\u00e9es sur une hi\u00e9\u00adrar\u00adchie sacer\u00addo\u00adtale, ob\u00e9is\u00adsant \u00e0 ses propres ten\u00addances, \u00e0 ses propres lois, ne rele\u00advant que d\u2019elle-m\u00eame, se recru\u00adtant elle-m\u00eame, ind\u00e9\u00adpen\u00addante du pou\u00advoir civil ou l\u2019in\u00adf\u00e9o\u00addant \u00e0&nbsp;lui.&nbsp;<\/p>\n<p>Les reli\u00adgions civiles, subor\u00addon\u00adn\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00c9\u00adtat, ne sont pas arri\u00adv\u00e9es si vite et aus\u00adsi fata\u00adle\u00adment aux m\u00eames exc\u00e8s&nbsp;; si elles ont \u00e9t\u00e9 moins tyran\u00adniques, c\u2019est sous la condi\u00adtion de res\u00adter vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00c9\u00adtat, dans cette \u00e9troite d\u00e9pen\u00addance, dont elles ont tou\u00adjours ten\u00adt\u00e9 de s\u2019af\u00adfran\u00adchir. Quand elles y ont r\u00e9us\u00adsi, elles ont aus\u00adsi\u00adt\u00f4t ten\u00adt\u00e9 de deve\u00adnir domi\u00adna\u00adtrices, de faire ser\u00advir l\u2019\u00c9\u00adtat \u00e0 l\u2019ex\u00adpan\u00adsion de leurs pri\u00advi\u00adl\u00e8ges, de conver\u00adtir leurs liber\u00adt\u00e9s en mono\u00adpoles, d\u2019employer la puis\u00adsance publique \u00e0 d\u00e9truire, chas\u00adser, per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adter les opi\u00adnions rivales qui n\u2019\u00e9\u00adtaient sou\u00advent que des sectes d\u00e9ta\u00adch\u00e9es d\u2019elles, et \u00e0 r\u00e9duire au silence m\u00eame leurs contra\u00addic\u00adteurs indi\u00advi\u00adduels. En r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, la liber\u00adt\u00e9 que r\u00e9clament tous les sacer\u00addoces reli\u00adgieux est celle d\u2019im\u00adpo\u00adser \u00e0 tous, par tous les moyens, leurs dogmes, leur culte, leur auto\u00adri\u00adt\u00e9, d\u2019a\u00adbord toute morale, mais qui tend fata\u00adle\u00adment \u00e0 sai\u00adsir les corps et les \u00e2mes. Il est dans la nature des choses qu\u2019il en soit ain\u00adsi&nbsp;; car il est dans la nature humaine d\u2019al\u00adler au bout de tout pou\u00advoir qu\u2019on lui laisse prendre, de cher\u00adcher \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtendre et d\u2019en abu\u00adser sans limites, d\u00e8s que ce pou\u00advoir est illimit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>La liber\u00adt\u00e9 de conscience pour tous n\u2019est donc pos\u00adsible que sous la condi\u00adtion que chaque secte, d\u00e9j\u00e0 consti\u00adtu\u00e9e, ne puisse faire abus des forces dont elle dis\u00adpose. Comme avec l\u2019ac\u00adcrois\u00adse\u00adment de ses forces et le nombre de ses adeptes gran\u00addit la pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 et la presque cer\u00adti\u00adtude de ses abus, les \u00c9glises les plus puis\u00adsantes, les reli\u00adgions d\u00e9j\u00e0 en majo\u00adri\u00adt\u00e9, doivent \u00eatre plus \u00e9troi\u00adte\u00adment assu\u00adjet\u00adties \u00e0 des lois que les reli\u00adgions des mino\u00adri\u00adt\u00e9s, tou\u00adjours moins dangereuses.&nbsp;.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment le contraire qu\u2019on a fait. Toutes les reli\u00adgions, d\u00e9j\u00e0 en majo\u00adri\u00adt\u00e9, sont deve\u00adnues ou ont ten\u00addu \u00e0 deve\u00adnir reli\u00adgions d\u2019\u00c9\u00adtat et, d\u00e8s lors, sont deve\u00adnues into\u00adl\u00e9\u00adrantes et per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtrices pour toutes les reli\u00adgions rivales.&nbsp;<\/p>\n<p>Tou\u00adte\u00adfois, de nos jours, la posi\u00adtion du pro\u00adbl\u00e8me a chang\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>Toutes les anciennes reli\u00adgions posi\u00adtives, r\u00e9v\u00e9\u00adl\u00e9es, ayant un sacer\u00addoce consti\u00adtu\u00e9, tendent \u00e0 s\u2019u\u00adnir contre la liber\u00adt\u00e9 de conscience indi\u00advi\u00adduelle, contre les \u00e9coles libres de phi\u00adlo\u00adso\u00adphie, contre la science, ses pro\u00adgr\u00e8s, ses d\u00e9cou\u00advertes, qui battent en br\u00e8che leurs dogmes, qui contestent leur ori\u00adgine divine, cri\u00adtiquent leurs tra\u00addi\u00adtions et nient les titres de leurs pr\u00eatres \u00e0 exer\u00adcer, au nom d\u2019un dieu, leur domi\u00adna\u00adtion sur l\u2019homme. Devant ce p\u00e9ril com\u00admun, qui menace leur auto\u00adri\u00adt\u00e9 morale autant que poli\u00adtique, tous les sacer\u00addoces font cause com\u00admune. Tous tendent sur\u00adtout \u00e0 gar\u00adder ou \u00e0 reprendre le mono\u00adpole de l\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adment dont ils s\u2019\u00e9\u00adtaient sai\u00adsi et qui leur \u00e9chappe. Gar\u00adder l\u2019en\u00adfant, c\u2019est gar\u00adder l\u2019a\u00adve\u00adnir. S\u2019ils gardent la m\u00e8re, ils ont l\u2019en\u00adfant. Qu\u2019im\u00adportent les hommes&nbsp;? Ils passent. Si la famille est ain\u00adsi d\u00e9s\u00adunie, ils s\u2019en excusent, disant qu\u2019ils recons\u00adti\u00adtue\u00adront son uni\u00adt\u00e9 par la foi, quand les enfants \u00e9le\u00adv\u00e9s par eux seront adultes.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est que toute reli\u00adgion est un champ, un domaine pour son sacer\u00addoce, et que nul ne renonce ais\u00e9\u00adment \u00e0 son domaine, \u00e0 son champ, mais tend sans cesse \u00e0 l\u2019a\u00adgran\u00addir, \u00e0 le rendre plus f\u00e9cond. La f\u00e9con\u00addi\u00adt\u00e9 du domaine reli\u00adgieux se mesure aux biens immenses accu\u00admu\u00adl\u00e9s par toutes les \u00c9glises, durant les \u00e9poques de foi, d\u00e8s que les lois leur ont recon\u00adnu le droit de pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9. Leurs richesses, leurs biens sont-ils confis\u00adqu\u00e9s, par suite d\u2019un chan\u00adge\u00adment du r\u00e9gime poli\u00adtique, d\u00e8s que le droit de pos\u00ads\u00e9\u00adder leur est ren\u00addu, de nou\u00advelles richesses s\u2019ac\u00adcu\u00admulent entre leurs&nbsp;mains.&nbsp;<\/p>\n<p>Il n\u2019est point de pac\u00adtole qui roule autant d\u2019or dans ses flots qu\u2019un cou\u00adrant de foi, diri\u00adg\u00e9 par des pr\u00eatres qui vivent des offrandes faites au dieu. Le m\u00eame fana\u00adtisme qui \u00e9l\u00e8ve ses autels et les couvre d\u2019of\u00adfrandes, qui dote ses col\u00adl\u00e8ges sacer\u00addo\u00adtaux de vastes domaines et couvre ses pr\u00eatres de pier\u00adre\u00adries, est aus\u00adsi celui qui pros\u00adcrit les dieux rivaux, per\u00ads\u00e9\u00adcute leurs pr\u00eatres et leurs fid\u00e8les. L\u2019un est tou\u00adjours la mesure de l\u2019autre.&nbsp;<\/p>\n<p>Quand s\u2019\u00e9\u00adle\u00advaient sur les ruines des temples grecs et romains, fer\u00adm\u00e9s par Constan\u00adtin et d\u00e9truits par Th\u00e9o\u00addose, les pre\u00admi\u00e8res basi\u00adliques chr\u00e9\u00adtiennes, l\u2019\u00c9\u00adglise romaine pros\u00adcri\u00advait les ariens, les euty\u00adch\u00e9ens, les mani\u00adch\u00e9ens, toutes les sectes dis\u00adsi\u00addentes qui, d\u00e8s les pre\u00admiers si\u00e8cles, l\u2019a\u00advaient divi\u00ads\u00e9e, et qui eussent ren\u00addu la catho\u00adli\u00adci\u00adt\u00e9 impos\u00adsible, si elle n\u2019e\u00fbt dis\u00adpo\u00ads\u00e9 de toutes les forces de l\u2019empire. Et quand toute l\u2019Eu\u00adrope se cou\u00advrait de cath\u00e9\u00addrales, du dixi\u00e8me au sei\u00adzi\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019\u00c9\u00adglise chr\u00e9\u00adtienne fai\u00adsait les croi\u00adsades contre les Arabes et les Turcs au dehors, contre les Albi\u00adgeois, les Vau\u00addois, les Juifs \u00e0 l\u2019in\u00adt\u00e9\u00adrieur. Les papes excom\u00admu\u00adniaient les rois et les empe\u00adreurs. L\u2019in\u00adqui\u00adsi\u00adtion s\u2019\u00e9\u00adta\u00adblis\u00adsait, mul\u00adti\u00adpliant les b\u00fbchers&nbsp;; les guerres de reli\u00adgion d\u00e9ci\u00admaient les nations, r\u00e9pan\u00addant par\u00adtout les ruines et la&nbsp;mort.&nbsp;<\/p>\n<p>Il en faut bien conclure qu\u2019il ne peut exis\u00adter de liber\u00adt\u00e9 reli\u00adgieuse pour tous que sous la condi\u00adtion d\u2019ex\u00adclure tous les sacer\u00addoces reli\u00adgieux de toute par\u00adti\u00adci\u00adpa\u00adtion au gou\u00adver\u00adne\u00adment civil et poli\u00adtique&nbsp;; qu\u2019on peut leur lais\u00adser toute liber\u00adt\u00e9 de b\u00e9nir et de mau\u00addire, d\u2019en\u00adsei\u00adgner et d\u2019ex\u00adcom\u00admu\u00adnier dans leurs \u00c9glises, au milieu de leurs propres fid\u00e8les&nbsp;; mais qu\u2019il faut leur fer\u00admer avec soin les \u00e9coles publiques o\u00f9 les jeunes g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtions apprennent les devoirs du citoyen, les devoirs de l\u2019homme envers l\u2019homme. \u00c0 tous les pr\u00eatres d\u2019une \u00c9glise, \u00e0 tous les membres d\u2019un sacer\u00addoce enga\u00adg\u00e9 par ser\u00adment \u00e0 en d\u00e9fendre les dogmes, l\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adment de l\u2019en\u00adfant doit \u00eatre inter\u00addit. L\u2019\u00c9\u00adtat lui-m\u00eame doit don\u00adner \u00e0 l\u2019en\u00adfant, avec l\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adment des sciences, des r\u00e8gles cri\u00adtiques qui, \u00e9clai\u00adrant sa rai\u00adson, peuvent ain\u00adsi lui per\u00admettre de juger, en toute ind\u00e9\u00adpen\u00addance, les titres de tous les dieux \u00e0 leur foi, les dogmes de toutes les reli\u00adgions, la morale de tous leurs pr\u00eatres, et de r\u00e9sis\u00adter \u00e0 toutes les s\u00e9duc\u00adtions, \u00e0 toutes les illu\u00adsions, \u00e0 tous les entra\u00ee\u00adne\u00adments, \u00e0 tous les enthou\u00adsiasmes ou \u00e0 tous les fana\u00adtismes qui peuvent les sol\u00adli\u00adci\u00adter. \u00c0 ces condi\u00adtions seule\u00adment on ne ver\u00adra plus les dieux arm\u00e9s contre les dieux voi\u00adsins, les pr\u00eatres exi\u00adler ou br\u00fb\u00adler d\u2019autres pr\u00eatres. Les olympes for\u00adc\u00e9s \u00e0 la paix, la lais\u00adse\u00adront aux hommes. Les offrandes afflue\u00adront moins sur les autels&nbsp;; avec elles dimi\u00adnue\u00adront leurs pon\u00adtifes, et le der\u00adnier pon\u00adtife fini\u00adra avec la der\u00adni\u00e8re offrande, sans que m\u00eame l\u2019his\u00adtoire du temps enre\u00adgistre cette fin, tant elle aura pas\u00ads\u00e9 inaper\u00e7ue.&nbsp;<\/p>\n<p>La reli\u00adgion, la foi sera-t-elle morte pour cela&nbsp;? Nul\u00adle\u00adment, cha\u00adcun aura la sienne, dans le secret de sa conscience et cha\u00adcun en sera libre\u00adment gou\u00adver\u00adn\u00e9. Mais, par le pro\u00adgr\u00e8s des sciences, le pro\u00adgr\u00e8s des esprits, la dif\u00adfu\u00adsion \u00e9gale des v\u00e9ri\u00adt\u00e9s, \u00e9vi\u00addentes pour tous, que nul n\u2019au\u00adra plus int\u00e9\u00adr\u00eat \u00e0 obs\u00adcur\u00adcir, se r\u00e9a\u00adli\u00adse\u00adra une catho\u00adli\u00adci\u00adt\u00e9 plus uni\u00adver\u00adselle que n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 celle d\u2019au\u00adcune \u00e9glise. Pour tous, la cer\u00adti\u00adtude aura rem\u00adpla\u00adc\u00e9 la croyance. Si au del\u00e0 du champ si \u00e9ten\u00addu de la cer\u00adti\u00adtude, il reste encore des curio\u00adsi\u00adt\u00e9s intel\u00adlec\u00adtuelles \u00e0 satis\u00adfaire, des points obs\u00adcurs dans l\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgence, tous, du moins, s\u2019ac\u00adcor\u00adde\u00adront sur ce prin\u00adcipe qu\u2019ils ne doivent en deman\u00adder la solu\u00adtion qu\u2019\u00e0 leur propre rai\u00adson, et ne doivent \u00e9cou\u00adter que la voix de leur propre conscience et qu\u2019il n\u2019est point de pr\u00eatres qui, l\u00e0-des\u00adsus, en sachent plus long que tout le&nbsp;monde.&nbsp;<\/p>\n<p>Il y aura encore long\u00adtemps peut-\u00eatre des \u00e9coles, des sectes phi\u00adlo\u00adso\u00adphiques&nbsp;; mais si les \u00e9coles phi\u00adlo\u00adso\u00adphiques ont sou\u00advent subi des per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtions, jamais elles n\u2019en ont exer\u00adc\u00e9, m\u00eame dans les moments o\u00f9 leurs luttes ont \u00e9t\u00e9 le plus ardentes. Jamais elles n\u2019ont ten\u00adt\u00e9 de domi\u00adner l\u2019\u00c9\u00adtat. Si par\u00adfois quelque phi\u00adlo\u00adsophe en a \u00e9mis l\u2019i\u00add\u00e9e, sa ten\u00adta\u00adtive tout indi\u00advi\u00adduelle, a sem\u00adbl\u00e9 \u00e0 tous une contra\u00addic\u00adtion. Ce qui dis\u00adtingue tou\u00adjours une secte phi\u00adlo\u00adso\u00adphique d\u2019une secte reli\u00adgieuse, c\u2019est jus\u00adte\u00adment que l\u2019une se pro\u00adpose \u00e0 la conscience, \u00e0 laquelle l\u2019autre s\u2019im\u00adpose&nbsp; c\u2019est que l\u2019une pro\u00adc\u00e8de de la liber\u00adt\u00e9, l\u2019autre de l\u2019au\u00adto\u00adri\u00adt\u00e9&nbsp;; que le Dieu des pr\u00eatres se r\u00e9v\u00e8le par eux&nbsp;; que celui des phi\u00adlo\u00adsophes, quand ils en ont, se r\u00e9v\u00e8le par lui-m\u00eame, sans inter\u00adm\u00e9\u00addiaire, et que nul ne pr\u00e9\u00adtend les for\u00adcer d\u2019en recon\u00adna\u00eetre un, s\u2019ils n\u2019en sentent pas le besoin.&nbsp;<\/p>\n<p>Toute l\u2019his\u00adtoire d\u00e9montre, au contraire, que toutes les reli\u00adgions dog\u00adma\u00adtiques, sou\u00adte\u00adnues par une hi\u00e9\u00adrar\u00adchie sacer\u00addo\u00adtale se disant l\u2019in\u00adter\u00adpr\u00e8te des volon\u00adt\u00e9s des dieux et d\u00e9po\u00adsi\u00adtaire \u00e9lue de v\u00e9ri\u00adt\u00e9s r\u00e9v\u00e9\u00adl\u00e9es, inac\u00adces\u00adsibles autre\u00adment \u00e0 la rai\u00adson humaine, ont tou\u00adjours aspi\u00adr\u00e9 et plus ou moins r\u00e9us\u00adsi \u00e0 consti\u00adtuer des th\u00e9o\u00adcra\u00adties tyran\u00adniques, oppres\u00adsives des consciences, et usur\u00adpa\u00adtrices des pou\u00advoirs civils&nbsp;; qu\u2019elles ont tou\u00adjours ins\u00adpi\u00adr\u00e9 \u00e0 leurs adeptes un fana\u00adtisme into\u00adl\u00e9\u00adrant, per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adteur, enne\u00admi de toutes les liber\u00adt\u00e9s, oppo\u00ads\u00e9 \u00e0 tous les pro\u00adgr\u00e8s, soup\u00ad\u00e7on\u00adneux, d\u00e9fiant de toutes les sup\u00e9\u00adrio\u00adri\u00adt\u00e9s, rebelle \u00e0 leur supr\u00e9\u00adma\u00adtie&nbsp;; et qu\u2019elles n\u2019ont r\u00e9us\u00adsi en somme qu\u2019\u00e0 faus\u00adser la mora\u00adli\u00adt\u00e9 m\u00eame des peuples qu\u2019elles ont asser\u00advis. La plu\u00adpart des troubles des \u00c9tats, de leurs r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions, des guerres civiles qui les ont agi\u00adt\u00e9s, des grandes guerres de conqu\u00eate qui ont p\u00e9rio\u00addi\u00adque\u00adment jet\u00e9 les peuples les uns sur les autres, ont \u00e9t\u00e9 l\u2019\u0153uvre des sacer\u00addoces ou l\u2019ef\u00adfet de leur pr\u00e9\u00addi\u00adca\u00adtion. Toute reli\u00adgion d\u2019\u00c9\u00adtat a fini par s\u2019as\u00adser\u00advir l\u2019\u00c9\u00adtat, par y domi\u00adner exclu\u00adsi\u00adve\u00adment, par enfer\u00admer tous les esprits dans l\u2019im\u00adpasse de ses mys\u00adt\u00e8res et de ses contra\u00addic\u00adtions dog\u00adma\u00adtiques, en leur impo\u00adsant la tyran\u00adnie de ses pr\u00e9\u00adceptes de conduite, sou\u00advent contraires \u00e0 la morale et \u00e0 la nature.&nbsp;<\/p>\n<p>La liber\u00adt\u00e9 de conscience est donc par elle-m\u00eame la n\u00e9ga\u00adtion de toute auto\u00adri\u00adt\u00e9 reli\u00adgieuse. L\u2019une ne peut sub\u00adsis\u00adter en face de l\u2019autre. Il faut que l\u2019une tue l\u2019autre. La liber\u00adt\u00e9 de conscience, ni\u00e9e en prin\u00adcipe par tous les sacer\u00addoces, et par tous confis\u00adqu\u00e9e en pra\u00adtique, n\u2019a jamais pu exis\u00adter que chez les peuples \u00e9chap\u00adp\u00e9s au gou\u00adver\u00adne\u00adment des pr\u00eatres et dans la mesure o\u00f9 ils lui ont \u00e9chap\u00adp\u00e9. C\u2019est parce qu\u2019il n\u2019a jamais exis\u00adt\u00e9 encore de gou\u00adver\u00adne\u00adment exclu\u00adsi\u00adve\u00adment civil, ne subis\u00adsant l\u2019au\u00adto\u00adri\u00adt\u00e9 ou l\u2019in\u00adfluence d\u2019au\u00adcuns pon\u00adtifes, que la liber\u00adt\u00e9 de conscience qui, comme liber\u00adt\u00e9 d\u2019a\u00adgir, est la liber\u00adt\u00e9 indi\u00advi\u00adduelle elle-m\u00eame, a tou\u00adjours \u00e9t\u00e9 \u00e9troi\u00adte\u00adment limi\u00adt\u00e9e par des lois d\u2019un carac\u00adt\u00e8re tout tra\u00addi\u00adtion\u00adnel, et injus\u00adti\u00adfiable au point de vue de l\u2019u\u00adti\u00adli\u00adt\u00e9 publique.&nbsp;<\/p>\n<p>Le seul moyen d\u2019as\u00adsu\u00adrer la liber\u00adt\u00e9 de conscience, comme liber\u00adt\u00e9 de pen\u00adser et d\u2019a\u00adgir, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019\u00e9\u00adtendre \u00e0 ses limites pos\u00adsibles la liber\u00adt\u00e9 indi\u00advi\u00adduelle qui la confient, c\u2019est d\u2019\u00e9\u00adclai\u00adrer les peuples sur leurs vrais besoins, sur leurs vrais devoirs&nbsp;; c\u2019est de les d\u00e9li\u00advrer ain\u00adsi des devoirs, dits reli\u00adgieux, dont ils ont \u00e9t\u00e9 acca\u00adbl\u00e9s jus\u00adqu\u2019i\u00adci par les inter\u00adpr\u00e8tes ter\u00adrestres de leurs dieux&nbsp;; de leur \u00e9par\u00adgner toutes ces pra\u00adtiques p\u00e9nibles, humi\u00adliantes ou ridi\u00adcules, ces pri\u00adva\u00adtions, ces mac\u00e9\u00adra\u00adtions sans but qu\u2019ils leur ont impo\u00ads\u00e9es, qui ont atteint et d\u00e9pas\u00ads\u00e9 sou\u00advent les limites du crime, et qui n\u2019au\u00adraient pu trou\u00adver d\u2019ex\u00adcuse que dans la folie \u00e9gale de ceux qui les subis\u00adsaient et de ceux qui les ordon\u00adnaient&nbsp;; \u00ab&nbsp;Mal\u00adheur \u00e0 vous&nbsp;! doc\u00adteurs de la loi, disait J\u00e9sus aux pr\u00eatres des Juifs, car vous char\u00adgez les hommes de far\u00addeaux insup\u00adpor\u00adtables&nbsp; mais vous-m\u00eames ne les tou\u00adchez pas du bout du&nbsp;doigt.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n<p>Que cha\u00adcun soit libre de s\u2019im\u00adpo\u00adser toutes les pra\u00adtiques ou les abs\u00adten\u00adtions qu\u2019il croit \u00eatre agr\u00e9ables \u00e0 son Dieu, rien de mieux&nbsp;; mais que ces abs\u00adten\u00adtions ou ces pra\u00adtiques soient impo\u00ads\u00e9es par les pr\u00eatres de ce Dieu, m\u00eame \u00e0 ceux qui ne croient point en lui, ou qui ne jugent point qu\u2019il les exige, c\u2019est ce qui fera l\u2019\u00e9\u00adton\u00adne\u00adment des g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtions qui nous suivront.&nbsp;<\/p>\n<p>Le seul moyen effi\u00adcace de fon\u00adder dans les m\u0153urs, apr\u00e8s l\u2019a\u00advoir \u00e9crit dans les lois, le prin\u00adcipe de la liber\u00adt\u00e9 de conscience, c\u2019est donc d\u2019ins\u00adtruire les popu\u00adla\u00adtions pour les mettre en \u00e9tat de r\u00e9sis\u00adter aux pr\u00e9\u00addi\u00adca\u00adtions, aux s\u00e9duc\u00adtions, aux pro\u00admesses ou aux menaces des pr\u00eatres de tous les dieux, de tous les cultes, et aux entra\u00ee\u00adne\u00adments du fana\u00adtisme pro\u00ads\u00e9\u00adly\u00adtique&nbsp;; c\u2019est de r\u00e9pandre \u00e0 flot l\u2019ins\u00adtruc\u00adtion, de vul\u00adga\u00adri\u00adser les cer\u00adti\u00adtudes scien\u00adti\u00adfiques acquises, de faire conna\u00eetre \u00e0 tous les lois de la nature, logi\u00adque\u00adment et math\u00e9\u00adma\u00adti\u00adque\u00adment d\u00e9mon\u00adtr\u00e9es&nbsp;; c\u2019est de mettre \u00e0 la por\u00adt\u00e9e de tous, sans l\u2019im\u00adpo\u00adser \u00e0 per\u00adsonne, l\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adment scien\u00adti\u00adfique \u00e0 tous ses degr\u00e9s, d\u2019en popu\u00adla\u00adri\u00adser les prin\u00adcipes dans des for\u00admules simples et claires&nbsp;; c\u2019est, apr\u00e8s avoir don\u00adn\u00e9 \u00e0 cha\u00adcun l\u2019art de lire, de faire en sorte que nul esprit ne manque du livre propre \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adclai\u00adrer, \u00e0 satis\u00adfaire ses curio\u00adsi\u00adt\u00e9s ou \u00e0 lever ses doutes. Ce qu\u2019il faut, c\u2019est oppo\u00adser par\u00adtout les \u00e9vi\u00addences del\u00e0 v\u00e9ri\u00adt\u00e9 cer\u00adtaine aux croyances erro\u00adn\u00e9es, aux esp\u00e9\u00adrances et aux craintes illu\u00adsoires des reli\u00adgions qui s\u2019ap\u00adpuient sur les pas\u00adsions \u00e9go\u00efstes de l\u2019homme en les flat\u00adtant, en les trom\u00adpant, et en exploi\u00adtant sur\u00adtout ce pro\u00adfond ins\u00adtinct de conser\u00adva\u00adtion enra\u00adci\u00adn\u00e9 en tout \u00eatre vivant qui lui ins\u00adpire l\u2019ef\u00adfroi de sa propre des\u00adtruc\u00adtion. Car c\u2019est sur cet ins\u00adtinct que tous les sacer\u00addoces ont fon\u00add\u00e9 leur puis\u00adsance&nbsp;; c\u2019est lui et lui seul qui leur a livr\u00e9 l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 depuis ses plus loin\u00adtaines origines.&nbsp;<\/p>\n<p>Le moyen \u00e0 la fois le plus l\u00e9gi\u00adtime et le plus effi\u00adcace de pr\u00e9\u00adve\u00adnir le retour de cette domi\u00adna\u00adtion tyran\u00adnique du pr\u00eatre dans l\u2019\u00c9\u00adtat et la famille, c\u2019est d\u2019en mon\u00adtrer les r\u00e9sul\u00adtats \u00e0 tra\u00advers l\u2019his\u00adtoire&nbsp;; de faire voir quel a \u00e9t\u00e9 dans l\u2019\u00e9\u00advo\u00adlu\u00adtion de l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9, le r\u00f4le fatal des sacer\u00addoces, celui des th\u00e9o\u00adcra\u00adties&nbsp;; c\u2019est de faire conna\u00eetre l\u2019o\u00adri\u00adgine et les d\u00e9ve\u00adlop\u00adpe\u00adments de toutes les reli\u00adgions qui se pr\u00e9\u00adtendent r\u00e9v\u00e9\u00adl\u00e9es, la nature du sen\u00adti\u00adment reli\u00adgieux lui-m\u00eame et les racines pro\u00adfondes qu\u2019il a jet\u00e9es dans l\u2019\u00e2me humaine, par le fait d\u2019une longue h\u00e9r\u00e9\u00addi\u00adt\u00e9 tra\u00addi\u00adtion\u00adnelle, \u00e0 tra\u00advers les \u00e2ges d\u2019i\u00adgno\u00adrance et de d\u00e9bi\u00adli\u00adt\u00e9 intel\u00adlec\u00adtuelle de l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 encore \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtat d\u2019enfance.&nbsp;<\/p>\n<p>Il faut sur\u00adtout faire conna\u00eetre aux hommes, l\u2019homme lui-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire ce qu\u2019ils ignorent le plus. L\u2019homme ne se conna\u00ee\u00adtra lui-m\u00eame, il ne sera gu\u00e9\u00adri de toutes les fables inven\u00adt\u00e9es sur son ori\u00adgine qu\u2019en appre\u00adnant ce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9. Il faut qu\u2019il sache bien quels furent ses infimes com\u00admen\u00adce\u00adments, ses pre\u00admi\u00e8res mis\u00e8res, les luttes qu\u2019il a d\u00fb sou\u00adte\u00adnir pour prendre sa place sur la terre, o\u00f9 il arri\u00advait d\u00e9sar\u00adm\u00e9, nu, sans lan\u00adgage, au milieu d\u2019une cr\u00e9a\u00adtion rivale ou enne\u00admie. Il faut qu\u2019il connaisse sa vraie place dans la s\u00e9rie des \u00eatres vivants, la vraie place de cette terre, aujourd\u2019\u00adhui son trop \u00e9troit royaume, au milieu de la pous\u00adsi\u00e8re de mondes dis\u00adper\u00ads\u00e9s dans l\u2019in\u00adfi\u00adni des cieux et dont ses yeux per\u00ad\u00e7oivent les loin\u00adtains rayons.&nbsp;<\/p>\n<p>Seule la science peut gu\u00e9\u00adrir l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 de la mala\u00addie des croyances, tou\u00adjours pr\u00eate \u00e0 la res\u00adsai\u00adsir, \u00e0 la replon\u00adger en de nou\u00advelles rechutes dont chaque fois elle ne sort qu\u2019af\u00adfai\u00adblie ou muti\u00adl\u00e9e. Seule la science, et ses \u00e9vi\u00addences, peut r\u00e9a\u00adli\u00adser l\u2019ac\u00adcord des volon\u00adt\u00e9s par celui des esprits. Seule elle peut effa\u00adcer les pr\u00e9\u00adju\u00adg\u00e9s qui ont divi\u00ads\u00e9 les races, les nations, les castes. Seule elle peut don\u00adner \u00e0 toutes les curio\u00adsi\u00adt\u00e9s, dans ses limites acquises, des r\u00e9ponses tou\u00adjours iden\u00adtiques en tous les lieux et en tous les temps. Seule elle peut se dire r\u00e9v\u00e9\u00adl\u00e9e car elle est la r\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adtion de la nature par elle-m\u00eame. Seule elle peut se dire l\u2019ex\u00adpres\u00adsion du logos \u00e9ter\u00adnel, de cette rai\u00adson \u00ab&nbsp;qui \u00e9claire tout homme venant en ce monde&nbsp;\u00bb. Seule enfin elle peut assu\u00adrer la liber\u00adt\u00e9 de conscience, comme liber\u00adt\u00e9 de pen\u00adser et comme liber\u00adt\u00e9 d\u2019a\u00adgir, parce qu\u2019elle peut seule ins\u00adpi\u00adrer \u00e0 tous une bien\u00adveillante tol\u00e9\u00adrance pour tous et pr\u00e9\u00adve\u00adnir les actes de folie que le fana\u00adtisme reli\u00adgieux peut inspirer.&nbsp;<\/p>\n<p>Cette tol\u00e9\u00adrance, nous l\u2019a\u00advons vu, est impos\u00adsible entre ces croyances oppo\u00ads\u00e9es, et \u00e9ga\u00adle\u00adment abso\u00adlues, que les diverses \u00e9glises ont tou\u00adjours impo\u00ads\u00e9es \u00e0 leurs sec\u00adta\u00adteurs avec une rigueur d\u2019au\u00adtant plus grande qu\u2019elles \u00e9taient plus ind\u00e9\u00admon\u00adtrables. C\u2019est seule\u00adment \u00e0 condi\u00adtion que cha\u00adcun soit per\u00adsua\u00add\u00e9 qu\u2019il peut se trom\u00adper, ou \u00eatre trom\u00adp\u00e9, qu\u2019il se trompe cer\u00adtai\u00adne\u00adment en quelque chose, qu\u2019il peut recon\u00adna\u00eetre aux autres la liber\u00adt\u00e9 d\u2019\u00eatre dans l\u2019er\u00adreur, la liber\u00adt\u00e9 de se trom\u00adper autre\u00adment que lui, ou m\u00eame d\u2019\u00eatre seuls de leur opinion.&nbsp;<\/p>\n<p>Or c\u2019est l\u00e0, de toutes les liber\u00adt\u00e9s la plus impor\u00adtante, la plus n\u00e9ces\u00adsaire, puisque toute v\u00e9ri\u00adt\u00e9 nou\u00advelle est d\u2019a\u00adbord l\u2019a\u00adpa\u00adnage d\u2019un seul qui la d\u00e9couvre et qui reste seul pour la sou\u00adte\u00adnir. S\u2019il est donc une sorte d\u2019o\u00adpi\u00adnions qui m\u00e9ritent tous les \u00e9gards, tous les res\u00adpects de l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9, ce sont les opi\u00adnions indi\u00advi\u00adduelles. Les autres se d\u00e9fendent tou\u00adjours assez, et tout ce qu\u2019on peut en craindre c\u2019est qu\u2019elles oppriment.&nbsp;<\/p>\n<p>[\/\u200b<sc>Cl\u00e9\u00admence Royer<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[[Suite]] II Dans le pro\u00adbl\u00e8me de la liber\u00adt\u00e9 de conscience, il y a deux ques\u00adtions dis\u00adtinctes&nbsp;: la liber\u00adt\u00e9 de conscience des sec\u00adta\u00adteurs des reli\u00adgions consti\u00adtu\u00e9es, ou des sectes, plus ou moins h\u00e9t\u00e9\u00adro\u00addoxes qui pour\u00adront s\u2019en s\u00e9pa\u00adrer et la liber\u00adt\u00e9 de conscience indi\u00advi\u00adduelle, phi\u00adlo\u00adso\u00adphique, scien\u00adti\u00adfique ou m\u00eame reli\u00adgieuse pour tous ceux qui veulent res\u00adter ind\u00e9\u00adpen\u00addants&nbsp;de&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[343],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2856","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lhumanite-nouvelle-n2-juin-1897"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2856","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2856"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2856\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2856"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2856"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2856"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2856"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}