{"id":2857,"date":"2011-06-13T16:50:15","date_gmt":"2011-06-13T16:50:15","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/06\/13\/femmes-de-bretagne\/"},"modified":"2011-06-13T16:50:15","modified_gmt":"2011-06-13T16:50:15","slug":"femmes-de-bretagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/06\/13\/femmes-de-bretagne\/","title":{"rendered":"Femmes de Bretagne"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2857?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2857?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>Je vou\u00addrais faire appa\u00adra\u00eetre des visages loin\u00adtains, qui sont de notre temps et de notre pays, et aux\u00adquels la chro\u00adnique ne songe gu\u00e8re habi\u00adtuel\u00adle\u00adment. Les lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adteurs, acca\u00adpa\u00adr\u00e9s par le bou\u00adle\u00advard, par le monde, par le th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 peine dis\u00adtraits par de rapides voyages ou par les vil\u00adl\u00e9\u00adgia\u00adtures \u00e0 la mode, ne se sou\u00adviennent pas assez de leurs contr\u00e9es d\u2019o\u00adri\u00adgine, ou ne laissent pas suf\u00adfi\u00adsam\u00adment r\u00eaver leur curio\u00adsi\u00adt\u00e9 dans les r\u00e9gions o\u00f9 ils ins\u00adtallent d\u2019ha\u00adbi\u00adtude leurs vacances. La France est pour\u00adtant grande et diverse, et il est des exis\u00adtences de petites villes, de bourgs, et de pleine cam\u00adpagne, qu\u2019il serait int\u00e9\u00adres\u00adsant de faire pas\u00adser, en sil\u00adhouettes fugi\u00adtives, dans des d\u00e9cors sou\u00addai\u00adne\u00adment \u00e9voqu\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n<p>La Bre\u00adtagne, de pierres si vieilles, de m\u0153urs si anciennes, tra\u00adver\u00ads\u00e9e par les che\u00admins de fer, res\u00adt\u00e9e n\u00e9an\u00admoins ori\u00adgi\u00adnale, est pro\u00adpice \u00e0 ces ren\u00adcontres sin\u00adgu\u00adli\u00e8res, \u00e0 ces sur\u00adgis\u00adse\u00adments d\u2019\u00eatres dont la bouche vivante pro\u00adf\u00e8re le lan\u00adgage d\u2019hier, dont les gestes et les expres\u00adsions viennent du fond du pas\u00ads\u00e9. Les hommes, devant l\u2019\u00e9\u00adtran\u00adger, sont silen\u00adcieux et ind\u00e9\u00adchif\u00adfrables. Ils parlent, entre eux une langue rude, o\u00f9 il y a comme un bruit de mer sur les cailloux, ils sont rocheux et sou\u00adcieux. Les femmes sont \u00e9nig\u00adma\u00adtiques avec plus de dou\u00adceur, et leurs fuyantes phy\u00adsio\u00adno\u00admies ont de vagues sou\u00adrires pour lueurs et pour expli\u00adca\u00adtions. Voi\u00adci quelques-unes de ces habi\u00adtantes de la pres\u00adqu\u2019\u00eele, vues au hasard des ren\u00adcontres du der\u00adnier automne, sur la c\u00f4te et dans l\u2019in\u00adt\u00e9\u00adrieur des terres.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>\u2014 Si vous vou\u00adlez, mon\u00adsieur, me dit le marin du Poul\u00addu chez lequel je logeais, nous irons demain matin voir ce fameux port de Dou\u00e9lan.&nbsp;<\/p>\n<p>Il y a tou\u00adjours un peu d\u2019i\u00adro\u00adnie, un fond de tran\u00adquille moque\u00adrie dans les paroles des gens des c\u00f4tes, quand ils s\u2019oc\u00adcupent du port Voi\u00adsin. S\u2019il s\u2019a\u00adgit de la terre et des ter\u00adriens, le m\u00e9pris n\u2019a plus de bornes. Le pilote, ayant \u00e0 d\u00e9si\u00adgner un pay\u00adsan, mon\u00adtrait l\u2019ho\u00adri\u00adzon des champs, de son pouce, der\u00adri\u00e8re son dos, sans d\u00e9tour\u00adner la&nbsp;t\u00eate&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u2014 Il est de l\u00e0-bas, disait-il, du fond, dans les bouses.&nbsp;<\/p>\n<p>Le fameux port de Dou\u00e9\u00adlan est, en somme, un port fort accep\u00adtable, bien creux, entre deux col\u00adlines, bor\u00add\u00e9 par un large quai. Notre barque y entra, apr\u00e8s une tra\u00adver\u00ads\u00e9e dans la brume, par une mer livide, la voile pen\u00addante, les avi\u00adrons sans cesse man\u0153uvr\u00e9s&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u2014 Une tem\u00adp\u00eate de calme, disait en mau\u00adgr\u00e9ant le patron.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00c0 la m\u00eame heure reve\u00adnaient les bateaux de la p\u00eache \u00e0 la sar\u00addine. Ils furent bien\u00adt\u00f4t tous amar\u00adr\u00e9s, d\u00e9char\u00adg\u00e9s de leurs paniers de fins pois\u00adsons bleu et argent, et le mar\u00adchan\u00addage s\u2019\u00e9\u00adta\u00adblit avec les usi\u00adniers, les com\u00admis\u00adsion\u00adnaires, les mar\u00adchandes de Quim\u00adper\u00adl\u00e9. Les dif\u00adf\u00e9\u00adrences se mar\u00adquaient davan\u00adtage pen\u00addant ces d\u00e9bats, les marins, hauts, \u00e9pais, car\u00adr\u00e9s, et si souples de mou\u00adve\u00adments, encore v\u00eatus de leurs cir\u00e9s ruis\u00adse\u00adlants du brouillard et de l\u2019eau du large, affec\u00adtant par\u00adfois de ne pas entendre et voir les dis\u00adcu\u00adteurs, les maigres et rapaces ache\u00adteurs aux yeux inquiets, les femmes \u00e0 pro\u00adfil de pois\u00adson. Les r\u00e8gle\u00adments de compte et les paie\u00adments devant les verres de cidre et les verres d\u2019eau-de-vie durent long\u00adtemps, et je lais\u00adsai \u00e0 leurs affaires ceux qui m\u2019a\u00advaient ame\u00adn\u00e9. Je mar\u00adchai au ver\u00adsant de la falaise, cou\u00adp\u00e9e de mai\u00adsons et de jar\u00addins. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019a\u00adper\u00ad\u00e7us une des femmes dont j\u2019es\u00adsaie de mar\u00adquer ici quelques traits.&nbsp;<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la haie, chan\u00adtant, cueillant des m\u00fbres. Les paroles de ses chan\u00adsons n\u2019ar\u00adri\u00advaient pas clai\u00adre\u00adment aux oreilles, l\u00e0 voix \u00e9tait dou\u00adce\u00adreuse et molle, une voix de m\u00e9lo\u00adp\u00e9e, de pri\u00e8res et de can\u00adtiques. La chan\u00adteuse allait et venait, se mon\u00adtra dans une \u00e9clair\u00adcie des ronces, une jeune fille en coiffe de pay\u00adsanne, mais v\u00eatue en ouvri\u00e8re de ville, la robe grise bien ajus\u00adt\u00e9e, les manches courtes. Un doux visage, un peu effa\u00adc\u00e9, d\u00e9j\u00e0 fati\u00adgu\u00e9, des yeux de lan\u00adgueur, une bouche bou\u00addeuse et sen\u00adsuelle, de l\u2019in\u00adcer\u00adti\u00adtude et de l\u2019in\u00adsou\u00adciance. Elle se t\u00fbt, se rap\u00adpro\u00adcha, conti\u00adnua \u00e0 man\u00adger des m\u00fbres, et puis tout pr\u00e8s, les chan\u00adsons recom\u00admen\u00adc\u00e8rent, d\u2019une voix un peu plus trem\u00adbl\u00e9e et ner\u00adveuse. Les can\u00adtiques \u00e9taient des romances de Paris, de celles que rou\u00adcoulent les \u00e9toiles sen\u00adti\u00admen\u00adtales et les t\u00e9nors pom\u00adma\u00add\u00e9s de caf\u00e9-concert. Il y \u00e9tait ques\u00adtion de ros\u00adsi\u00adgnol et de fau\u00advette, de brunes espa\u00adgnoles, d\u2019une mon\u00adtagne o\u00f9 l\u2019on ira val\u00adser tous les soirs, et, m\u00eal\u00e9s \u00e0 tout cela, les cou\u00adplets de <i>Rap\u00adpelle-toi<\/i>, d\u2019Al\u00adfred de Mus\u00adset. C\u2019\u00e9\u00adtait tou\u00adchant et triste, et long\u00adtemps j\u2019\u00e9\u00adcou\u00adtai les vaines paroles, empor\u00adt\u00e9es dans la musique de la mer. Le soleil s\u2019\u00e9\u00adtait lev\u00e9, l\u2019O\u00adc\u00e9an se tein\u00adtait d\u00e9 lilas et de&nbsp;rose.&nbsp;<\/p>\n<p>La jeune fille s\u2019en va \u00e0 l\u2019ap\u00adpel d\u2019une cloche. C\u2019est une sar\u00addi\u00adni\u00e8re de celles que l\u2019on voit dans les bour\u00adgades mari\u00adtimes sem\u00adblables, \u00e0 Douar\u00adne\u00adhez, \u00e0 Audierne, \u00e0 Concar\u00adneau, \u00e0 Port-Louis, au Palais. Ce sont les s\u0153urs des ciga\u00adri\u00e8res de Mor\u00adlaix. Elles vivent t\u00f4t dans l\u00e0 pro\u00admis\u00adcui\u00adt\u00e9, sont tendres et faciles, de chair gour\u00admande, rieuses et am\u00e8res, se grisent de mots et de cris, chantent en ch\u0153ur, \u00e0 l\u2019u\u00adsine, des chan\u00adsons har\u00addies et gros\u00adsi\u00e8res, sortent en bandes avec des allures \u00e9qui\u00advoques. Elles voient pas\u00adser ceux de leur pays, les p\u00eacheurs velus, les lourds com\u00adpa\u00adgnons qui s\u2019en retournent vers les noires masures. Mais elles songent \u00e0 d\u2019autres, \u00e0 des employ\u00e9s, \u00e0 des comp\u00adtables, \u00e0 des voya\u00adgeurs de com\u00admerce, \u00e0 des mili\u00adtaires, \u00e0 des mes\u00adsieurs de Brest, de Lorient, de Nantes, de Paris. Par\u00admi elles sont les proies pro\u00admises aux grandes villes.&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Les rivages quit\u00adt\u00e9s, apr\u00e8s avoir mar\u00adch\u00e9 par les champs, par les che\u00admins creux, par les ravins o\u00f9 se cachent les hameaux, c\u2019est une autre femme qui sur\u00adgit, dans ce bourg proche la for\u00eat de Clo\u00adhars-Car\u00adnoet. Elle habite sur la place, sa mai\u00adson touche \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adglise et au cime\u00adti\u00e8re. Elle est \u00e0 la fois auber\u00adgiste, bou\u00adlan\u00adg\u00e8re, mer\u00adci\u00e8re. Elle est probe, \u00e9co\u00adnome, et res\u00adpec\u00adt\u00e9e. Elle parle peu, on ne la voit pas sou\u00advent sou\u00adrire. Elle est jeune, et sa jeune chair est rose et jaune comme la cire du cierge pas\u00adcal, ses vingt ans ont fleu\u00adri dans les ombres de l\u2019\u00e9\u00adglise et dans les all\u00e9es de jar\u00addin du cime\u00adti\u00e8re. Il y \u00e0 autour de sa rigide per\u00adsonne une atmo\u00adsph\u00e8re d\u2019en\u00adcens et de pain b\u00e9nit. Sans cesse elle semble mar\u00adcher sur les dalles des bas-c\u00f4t\u00e9s et pas\u00adser devant l\u2019autel.&nbsp;<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, son ori\u00adgine et sa per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 ses pas, \u00e0 ses gestes, aux quelques mots de ses r\u00e9ponses. Elle n\u2019est pas de ce temps-ci, et il faut remon\u00adter jus\u00adqu\u2019au moyen-\u00e2ge pour retrou\u00adver ses pareilles. Oui, plus on la regarde, plus on la trouve iden\u00adtique aux sta\u00adtues effi\u00adl\u00e9es qui s\u2019in\u00adcrustent aux porches des cath\u00e9\u00addrales et qui se dressent sur les cal\u00advaires. Gothique, elle est gothique des pieds \u00e0 la t\u00eate, s\u00e8che de corps, et de cos\u00adtume semi-mona\u00adcal. La jupe longue, la poi\u00adtrine plate, deux ban\u00addeaux de che\u00adveux p\u00e2les aper\u00ad\u00e7us au bord de la coiffe ser\u00adr\u00e9e, la t\u00eate petite, le visage inache\u00adv\u00e9 Comme les visages cou\u00adp\u00e9s dans le gra\u00adnit, ses traits sont taill\u00e9s dans le m\u00eame sens, un peu courts, comme si la mati\u00e8re avait man\u00adqu\u00e9 au sta\u00adtuaire, et qu\u2019il e\u00fbt pro\u00adfi\u00adt\u00e9 d\u2019une veine du bloc. Le front bom\u00adb\u00e9 et lui\u00adsant, le nez \u00e0 peine indi\u00adqu\u00e9, les l\u00e8vres \u00e9cra\u00ads\u00e9es, us\u00e9es et d\u00e9co\u00adlo\u00adr\u00e9es, les os des pom\u00admettes saillants, elle est h\u00e2ve, non vivante, tom\u00adbale. Elle est bien issue de la pierre, elle sort de la nuit de l\u2019His\u00adtoire, elle vient len\u00adte\u00adment de tr\u00e8s loin, \u00e0 tra\u00advers les si\u00e8cles r\u00e9volus.&nbsp;<\/p>\n<p>En la voyant tou\u00adcher aux choses de ses doigts fuse\u00adl\u00e9s, en la voyant mar\u00adcher par la grande pi\u00e8ce froide, aux murailles blanches de clo\u00eetre, on a l\u2019im\u00adpres\u00adsion d\u2019un som\u00adnam\u00adbu\u00adlisme per\u00adsis\u00adtant, d\u2019une sur\u00advie incons\u00adciente. Une telle femme est \u00e9tran\u00adg\u00e8re \u00e0 tout ce qui s\u2019a\u00adgite, \u00e0 tout ce qui vit en dehors du bourg o\u00f9 elle est n\u00e9e, o\u00f9, tr\u00e8s pro\u00adba\u00adble\u00adment, elle mour\u00adra. Du m\u00eame regard, elle peut voir la mai\u00adson o\u00f9 habi\u00adt\u00e8rent tou\u00adjours les siens, et la place fleu\u00adrie de fuch\u00adsias et de capu\u00adcines o\u00f9 repo\u00adse\u00adront un jour ses membres roides. Elle sait qu\u2019il existe des che\u00admins ds fer et des jour\u00adnaux, mais elle croit n\u2019a\u00advoir qu\u2019en faire, et s\u2019il y a des p\u00e9ri\u00adp\u00e9\u00adties et des r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions dans le monde, elle en subit les contre-coups sans les conna\u00eetre.&nbsp;<\/p>\n<p>Son exis\u00adtence est vague, elle flotte dans l\u2019en\u00adsemble uni\u00adver\u00adsel sans cher\u00adcher des expli\u00adca\u00adtions en sa tran\u00adquille cer\u00advelle. Mais cette exis\u00adtence vague est en m\u00eame temps, par un ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8ne bien com\u00adpr\u00e9\u00adhen\u00adsible, tr\u00e8s concen\u00adtr\u00e9e et tr\u00e8s pro\u00adfonde. Les petites choses de son inno\u00adcente vie, elle les sait bien, elle les a for\u00adte\u00adment empreintes en elle, sous son front bom\u00adb\u00e9, dans son \u00e2me ancienne. Ces choses reviennent dans sa vie mono\u00adtone, comme les heures que sonne inexo\u00adra\u00adble\u00adment l\u2019hor\u00adloge, dans sa bo\u00eete de ch\u00eane, et elle leur trouve chaque fois la m\u00eame impor\u00adtance, et elle accom\u00adplit les m\u00eames tra\u00advaux avec le m\u00eame calme minu\u00adtieux, sans fatigue et sans impa\u00adtience. La r\u00e9colte des pommes, le cidre, le pain, le beurre, l\u2019a\u00adchat du pois\u00adson, l\u2019\u00e9\u00adcole des enfants, l\u2019oc\u00adcupent sans que son enfan\u00adtin et vieillot visage tres\u00adsaille. La messe, chaque dimanche, est encore et tou\u00adjours le grand \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adment pour elle, l\u2019\u00e9\u00adglise reste le dra\u00adma\u00adtique th\u00e9\u00e2tre, la dis\u00adtrac\u00adtion supr\u00eame, et le parois\u00adsien la per\u00adp\u00e9\u00adtuelle lecture.&nbsp;<\/p>\n<p>Ain\u00adsi, elle peut para\u00eetre, et bien d\u2019autres comme elle en Bre\u00adtagne, atten\u00adtive, exacte, constante, avec l\u2019ap\u00adpa\u00adrence \u00e9loi\u00adgn\u00e9e, d\u00e9ta\u00adch\u00e9e des choses, ses yeux verts, absents par moments, \u00e9clai\u00adr\u00e9s en dedans d\u2019une lueur de r\u00eave\u00adrie mys\u00adtique, ses doigts p\u00e9tri\u00adfi\u00e9s et dis\u00adtraits. Mais elle a des allures de can\u00addeur et de v\u00e9tus\u00adt\u00e9. Elle est lente et indif\u00adf\u00e9\u00adrente. Elle et ses pareilles semblent savoir qu\u2019il n\u2019y a de s\u00e9rieux que d\u2019at\u00adtendre la&nbsp;mort.&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>On lit encore assez clai\u00adre\u00adment en son esprit, comme dans l\u2019es\u00adprit de la fille d\u2019u\u00adsine. Il est plus dif\u00adfi\u00adcile, il est impos\u00adsible de d\u00e9fi\u00adnir cette autre petite fille de dix ans, qui vint nous gui\u00adder \u00e0 la cas\u00adcade et \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adglise de Saint-Her\u00adbot, aux ruines du Rus\u00adquec, dans le centre mon\u00adta\u00adgneux et brous\u00adsailleux de la Bre\u00adtagne. Celle-ci sor\u00adtit de sa chau\u00admi\u00e8re en nouant un haillon autour d\u2019elle. Elle ne savait pas le fran\u00ad\u00e7ais, et n\u2019es\u00adsaya pas de dire un mot pen\u00addant tout le temps que dura la promenade.&nbsp;<\/p>\n<p>Elle mar\u00adchait en avant, ou plu\u00adt\u00f4t elle bon\u00addis\u00adsait de pierre en pierre comme une ch\u00e8vre sau\u00advage, elle se retour\u00adnait pour voir si elle \u00e9tait sui\u00advie, et avec quel sou\u00adrire, avec quels regards bleus&nbsp;! Ce sou\u00adrire nais\u00adsant, les regards de la nuance des petits lis qui croissent \u00e0 ras de terre, c\u2019est tout ce qu\u2019on pou\u00advait savoir d\u2019elle. Elle fai\u00adsait par\u00adtie du pay\u00adsage, elle \u00e9tait de la cou\u00adleur des rochers, des mousses, des feuilles, des nuages, de l\u2019eau, et quand elle s\u2019ar\u00adr\u00ea\u00adta, tout en haut, aupr\u00e8s de la vasque res\u00adt\u00e9e seule intacte, aupr\u00e8s des murailles \u00e9crou\u00adl\u00e9es du Rus\u00adquec, on e\u00fbt dit qu\u2019elle savait le secret de ce lieu d\u00e9so\u00adl\u00e9, de ces ruines, de cette vasque, pour\u00adquoi cette coupe sculp\u00adt\u00e9e sub\u00adsis\u00adtait et rece\u00advait les larmes du ciel. Mais elle gar\u00addait cette science inutile pour elle, et elle dis\u00adpa\u00adrut dans le cr\u00e9\u00adpus\u00adcule comme dis\u00adpa\u00adra\u00eet un feu fol\u00adlet dans le mar\u00e9cage.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela, le trouble et le mys\u00adt\u00e8re sont par\u00adtout, quand on s\u2019ar\u00adr\u00eate pour regar\u00adder les pas\u00adsants de l\u2019exis\u00adtence, \u00e0 la ville comme aux soli\u00adtudes. Dans toute la Bre\u00adtagne et ailleurs, y eut-il plus sin\u00adgu\u00adli\u00e8res et plus ind\u00e9\u00adchif\u00adfrables figures que ces deux s\u0153urs, blondes, v\u00eatues de noir, aper\u00ad\u00e7ues \u00e0 la pro\u00adme\u00adnade de Quim\u00adper, pen\u00addant la musique. Leurs fines beau\u00adt\u00e9s jumelles tra\u00ad\u00e7aient un sillage. Tous les yeux les voyaient sans avoir l\u2019air de les voir, et leurs yeux \u00e0 elles, demi-clos, obser\u00advaient et savaient tout sans rien regar\u00adder. Leur diplo\u00adma\u00adtie \u00e9tait en appren\u00adtis\u00adsage au milieu des poli\u00adtesses bavardes, des com\u00adpa\u00adrai\u00adsons jalouses, des dou\u00adce\u00adreuses emb\u00fbches. Leur ave\u00adnir se pr\u00e9\u00adpa\u00adrait, le dimanche, sur les cinq heures du soir, au son des fan\u00adfares. Oui, certes, elles \u00e9taient plus imp\u00e9\u00adn\u00e9\u00adtrables que la sar\u00addi\u00adni\u00e8re des romances, que la bou\u00adlan\u00adg\u00e8re gothique, et que la petite fille de Saint-Her\u00adbot, ces deux demoi\u00adselles \u00e0 marier qui voguaient comme deux cygnes sur l\u2019eau plate et \u00e0 tra\u00advers les m\u00e9andres com\u00adpli\u00adqu\u00e9s de la vie provinciale.<\/p>\n<p>[\/\u200b<sc>Gus\u00adtave Gef\u00adfroy<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vou\u00addrais faire appa\u00adra\u00eetre des visages loin\u00adtains, qui sont de notre temps et de notre pays, et aux\u00adquels la chro\u00adnique ne songe gu\u00e8re habi\u00adtuel\u00adle\u00adment. Les lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adteurs, acca\u00adpa\u00adr\u00e9s par le bou\u00adle\u00advard, par le monde, par le th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 peine dis\u00adtraits par de rapides voyages ou par les vil\u00adl\u00e9\u00adgia\u00adtures \u00e0 la mode, ne se sou\u00adviennent pas&nbsp;assez&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[343],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2857","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lhumanite-nouvelle-n2-juin-1897"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2857","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2857"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2857\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2857"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2857"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2857"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2857"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}