{"id":2987,"date":"2011-08-14T01:14:59","date_gmt":"2011-08-14T01:14:59","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/08\/14\/la-fin-dune-mission-7\/"},"modified":"2011-08-14T01:14:59","modified_gmt":"2011-08-14T01:14:59","slug":"la-fin-dune-mission-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/08\/14\/la-fin-dune-mission-7\/","title":{"rendered":"La fin d\u2019une mission"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2987?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2987?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>(Suite)<br>\n&nbsp;<\/p>\n<h2>Deuxi\u00e8me \u00e9tape dans la Montagne<\/h2>\n<p>\n<b>Mer\u00adcre\u00addi, 24 novembre<\/b>.\u200a\u2014\u200aLe che\u00admin des\u00adcend au tor\u00adrent et passe devant l\u2019auberge. C\u2019est une mis\u00e9\u00adrable mai\u00adson aux murs faits de ron\u00addins, pas m\u00eame \u00e9cor\u00adc\u00e9s&nbsp;; les inter\u00adstices sont bou\u00adch\u00e9s avec de la mousse. Le toit est cou\u00advert de lourdes plaques schis\u00adteuses. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette baraque, il y a un petit han\u00adgar ouvert \u00e0 tous les vents qui a ser\u00advi d\u2019abri aux fugi\u00adtifs en surnombre.<\/p>\n<p>La nuit a \u00e9t\u00e9 gla\u00adciale, le che\u00admin est cou\u00advert de ver\u00adglas. On s\u2019en rend compte \u00e0 la mon\u00adt\u00e9e qui est tr\u00e8s dure&nbsp;; on grimpe p\u00e9ni\u00adble\u00adment et on glisse&nbsp;; les che\u00advaux glissent aus\u00adsi et ne peuvent avan\u00adcer&nbsp;; et cepen\u00addant ces b\u00eates ont le pas extr\u00ea\u00adme\u00adment&nbsp;s\u00fbr.&nbsp;<\/p>\n<p>Nous sommes toute une pro\u00adces\u00adsion \u00e0 la queue leu leu. Un che\u00adval tombe&nbsp;; il faut attendre patiem\u00adment au milieu des jurons et des cris, qu\u2019on le d\u00e9charge, qu\u2019on le rel\u00e8ve, qu\u2019on le reb\u00e2te, pour que la cara\u00advane reprenne sa marche.<\/p>\n<p>En pas\u00adsant, je remarque une femme serbe qui porte son nour\u00adris\u00adson sur le dos dans un ber\u00adceau de bois empa\u00adque\u00adt\u00e9 dans une grosse cou\u00adver\u00adture rouge, bor\u00add\u00e9e de bleu&nbsp;; et ces cou\u00adleurs tranchent vive\u00adment dans la blan\u00adcheur de la neige. La femme monte la c\u00f4te d\u2019un pas r\u00e9gu\u00adlier, sans se plaindre, avec l\u2019apparence d\u2019une volon\u00adt\u00e9&nbsp;t\u00eatue.<\/p>\n<p>Un de nos che\u00advaux est tom\u00adb\u00e9 une fois \u00e0 la mon\u00adt\u00e9e&nbsp;; main\u00adte\u00adnant il faut des\u00adcendre, et c\u2019est aus\u00adsi dif\u00adfi\u00adcile. Un de mes cama\u00adrades sou\u00adtient le che\u00adval blanc par la bride, moi je le retiens par la queue, tel est le pro\u00adc\u00e9\u00add\u00e9 en usage dans la r\u00e9gion. Mais je n\u2019avais jamais pen\u00ads\u00e9 qu\u2019un jour je dusse tenir l\u2019emploi de pale\u00adfre\u00adnier. Le pri\u00adson\u00adnier et l\u2019interpr\u00e8te s\u2019occupent du che\u00adval brun. L\u2019autre cama\u00adrade, celui qui a mal au genou, suit p\u00e9ni\u00adble\u00adment avec son b\u00e2ton&nbsp;; toutes les pr\u00e9\u00adcau\u00adtions qu\u2019il prend ne l\u2019emp\u00eachent pas de s\u2019\u00e9taler deux ou trois fois \u00e0 la descente.<\/p>\n<p>Nou\u00advelle chute d\u2019un des che\u00advaux&nbsp;; je crois me sou\u00adve\u00adnir que nous avons glis\u00ads\u00e9 tous trois ensemble, je parle du che\u00adval blanc et de ses deux conducteurs.<\/p>\n<p>On arrive au bas, c\u2019est-\u00e0-dire au tor\u00adrent, mais le sen\u00adtier remonte par une pente tr\u00e8s raide. Ain\u00adsi le che\u00admin \u00e9pouse toutes les sinuo\u00adsi\u00adt\u00e9s du sol. Il ne s\u2019\u00e9l\u00e8ve pas pro\u00adgres\u00adsi\u00adve\u00adment et len\u00adte\u00adment comme une belle route fran\u00ad\u00e7aise de mon\u00adtagne. L\u2019effort d\u00e9pen\u00ads\u00e9 dans la mon\u00adt\u00e9e est inutile&nbsp;; bien\u00adt\u00f4t une des\u00adcente vous en fait perdre le b\u00e9n\u00e9\u00adfice&nbsp;; et on se demande si jamais on arri\u00adve\u00adra au col, on va si lentement.<\/p>\n<p>En ce moment, la cara\u00advane est arr\u00ea\u00adt\u00e9e par un encom\u00adbre\u00adment dans le sen\u00adtier trop \u00e9troit. La gorge o\u00f9 nous sommes res\u00adsemble au d\u00e9cor de Car\u00admen dans l\u2019acte des contre\u00adban\u00addiers. C\u2019est une cohue de petits che\u00advaux por\u00adtant des bal\u00adlots enve\u00adlop\u00adp\u00e9s d\u2019oripeaux, et des coffres mul\u00adti\u00adco\u00adlores&nbsp;; les conduc\u00adteurs, des Alba\u00adnais \u00e0 l\u2019air de ban\u00addits, au cos\u00adtume blanc avec quelques haillons de cou\u00adleur vive, ont le fusil en ban\u00addou\u00adli\u00e8re. Dans un petit espace pr\u00e8s du tor\u00adrent, entre des aulnes et des sapins, quelques fugi\u00adtifs sont grou\u00adp\u00e9s autour d\u2019un feu de cam\u00adpe\u00adment au-des\u00adsus duquel est sus\u00adpen\u00addue une marmite.<\/p>\n<p>Je pro\u00adfite de la halte for\u00adc\u00e9e pour me d\u00e9bar\u00adbouiller avec une poi\u00adgn\u00e9e de neige et enle\u00adver la suie qui recouvre mon visage, simple net\u00adtoyage de Gascon.<\/p>\n<p>La cara\u00advane reprend sa marche, mais la mon\u00adt\u00e9e est encore plus glis\u00adsante que la pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addente. Il faut tirer et pous\u00adser les b\u00eates&nbsp;; mal\u00adgr\u00e9 les efforts et les cris, le che\u00adval blanc s\u2019\u00e9croule et \u00e9crase notre lan\u00adterne dans sa chute. Voi\u00adl\u00e0 de nou\u00adveau la cara\u00advane immo\u00adbi\u00adli\u00ads\u00e9e. On d\u00e9b\u00e2te, on reb\u00e2te, mais le che\u00adval ne petit avan\u00adcer&nbsp;; on taillade la glace du che\u00admin \u00e0 la hache, pour don\u00adner des points d\u2019appui \u00e0 ses sabots. Et puis il faut lui don\u00adner confiance&nbsp;; on tire, on crie, on frappe&nbsp;; enfin le plus dur est franchi.<\/p>\n<p>Je me retourne. Ceux qui viennent apr\u00e8s nous ont les m\u00eames dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9s. Un grand diable d\u2019Albanais, \u00e0 cali\u00adfour\u00adchon sur un che\u00adval de b\u00e2t, glisse dans le pr\u00e9\u00adci\u00adpice avec sa mon\u00adture. Heu\u00adreu\u00adse\u00adment, \u00e0 cet endroit, la pente n\u2019est pas tout \u00e0 fait \u00e0 pic, des sapins ont pous\u00ads\u00e9 l\u00e0. L\u2019Albanais se rac\u00adcroche \u00e0 un arbre, ou vient \u00e0 son secours, et il par\u00advient \u00e0 remonter.<\/p>\n<p>\u00c0 un d\u00e9tour du sen\u00adtier on entre dans un cirque o\u00f9 se ter\u00admine la val\u00adl\u00e9e. Le fond est for\u00adm\u00e9 par le mur blanc de la mon\u00adtagne&nbsp;; les points noirs des fugi\u00adtifs sur la neige marquent les lacets du che\u00admin qui s\u2019\u00e9tagent les uns au-des\u00adsus des autres pour esca\u00adla\u00adder le mur. Avant d\u2019arriver au pied, nous nous arr\u00ea\u00adtons pour d\u00e9jeu\u00adner. Nous grim\u00adpons sous un sapin iso\u00adl\u00e9 pr\u00e8s du che\u00admin, afin de ne pas \u00eatre assis dans la neige. Nous man\u00adgeons de notre cochon froid, des bis\u00adcuits empor\u00adt\u00e9s de Priz\u00adrend, et le reste du ka\u00ef\u00admak. Nous n\u2019avons le temps, ni le moyen de faire du feu pour le&nbsp;th\u00e9.<\/p>\n<p>Et puis, c\u2019est la mon\u00adt\u00e9e inter\u00admi\u00adnable par les lacets que nous avions aper\u00ad\u00e7us de loin. Il fait un soleil magni\u00adfique&nbsp;; on enfonce dans la neige fon\u00addante et on ne glisse pas&nbsp;; seul je che\u00adval brun fait une chute \u00e0 cause de la mal\u00adadresse de l\u2019interpr\u00e8te.<\/p>\n<p>Nous voi\u00adci au som\u00admet du Cha\u00adkor avec nue vue admi\u00adrable. Nous sommes \u00e0 1.800 m\u00e8tres d\u2019altitude sur un petit pla\u00adteau qu\u2019occupent les ves\u00adtiges d\u2019un petit cime\u00adti\u00e8re. Aucune v\u00e9g\u00e9\u00adta\u00adtion&nbsp;; il y a, quelque temps que nous avons d\u00e9pas\u00ads\u00e9 la zone des sapins. Nous nous asseyons quelques ins\u00adtants pour nous repo\u00adser et jouir du panorama.<\/p>\n<p>En arri\u00e8re, c\u2019est une sym\u00adpho\u00adnie de blanc avec les reflets bleus que fait le soleil dans la neige. En avant, du c\u00f4t\u00e9 du Mon\u00adt\u00e9\u00adn\u00e9\u00adgro, l\u2019ensemble du pay\u00adsage est d\u2019un vert brun fon\u00adc\u00e9&nbsp;; dans le fond, au loin, c\u2019est un v\u00e9ri\u00adtable chaos de mon\u00adtagnes&nbsp;; plus pr\u00e8s de nous, la val\u00adl\u00e9e qui s\u2019offre \u00e0 nos yeux est blanche de neige sur le ver\u00adsant orien\u00adt\u00e9 au nord, tan\u00addis que des bois de sapins gar\u00adnissent l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;; plus bas, quelques mai\u00adsons \u00e9parses se montrent du c\u00f4t\u00e9 ensoleill\u00e9.<\/p>\n<p>La des\u00adcente est assez facile. Bien\u00adt\u00f4t nous arri\u00advons \u00e0 la zone des sapins, puis, plus bas, \u00e0 celle des h\u00eatres, enfin appa\u00adraissent des ch\u00eanes et des cultures. Le soir tombe d\u00e9j\u00e0&nbsp;; nous arri\u00advons au vil\u00adlage de V\u00e9li\u00adka, ce vil\u00adlage que, d\u2019apr\u00e8s les pr\u00e9\u00advi\u00adsions offi\u00adcielles, nous devions d\u00e9pas\u00adser le pre\u00admier jour de notre d\u00e9part d\u2019Ipek.<\/p>\n<p>Nous cher\u00adchons un abri. Le fonc\u00adtion\u00adnaire mon\u00adt\u00e9\u00adn\u00e9\u00adgrin nous fait conduire de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la val\u00adl\u00e9e&nbsp;; il faut tra\u00adver\u00adser un tor\u00adrent assez large sur une poutre&nbsp;; je pense que j\u2019aurais fait la gri\u00admace pour fran\u00adchir le&nbsp;\u00ab&nbsp;por\u00adtique&nbsp;\u00bb, ici je n\u2019ai pas d\u2019h\u00e9sitation. Nous arri\u00advons, four\u00adbus, \u00e0 une pauvre mai\u00adson de pay\u00adsans, un cha\u00adlet de bois qui ne com\u00adprend qu\u2019une pi\u00e8ce. Nous pou\u00advons ache\u00adter un pou\u00adlet et quelques pommes de terre que nous fai\u00adsons cuire au foyer. Les gens nous c\u00e8dent leur lit, seul meuble du logis, c\u2019est-\u00e0-dire une estrade de bois o\u00f9 nous cou\u00adchons \u00e0 deux, tout habill\u00e9s, dans des cou\u00adver\u00adtures. L\u2019autre cama\u00adrade et l\u2019interpr\u00e8te se couchent sur la terre bat\u00adtue, dans un autre coin s\u2019\u00e9tendent nos h\u00f4tes la femme, sa m\u00e8re et deux enfants&nbsp;; les hommes sont \u00e0 la guerre.<br>\n&nbsp;<br>\n[\/\u200b<sc>M.&nbsp;Pier\u00adrot<\/sc>.\/\u200b]<br>\n&nbsp;<br>\n(\u00c0 suivre.)&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Suite) &nbsp; Deuxi\u00e8me \u00e9tape dans la Mon\u00adtagne Mer\u00adcre\u00addi, 24 novembre.\u200a\u2014\u200aLe che\u00admin des\u00adcend au tor\u00adrent et passe devant l\u2019auberge. C\u2019est une mis\u00e9\u00adrable mai\u00adson aux murs faits de ron\u00addins, pas m\u00eame \u00e9cor\u00adc\u00e9s&nbsp;; les inter\u00adstices sont bou\u00adch\u00e9s avec de la mousse. 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