{"id":2994,"date":"2011-08-15T10:41:17","date_gmt":"2011-08-15T10:41:17","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/08\/15\/de-leducation-amour-ou-la-paternite-vraie\/"},"modified":"2011-08-15T10:41:17","modified_gmt":"2011-08-15T10:41:17","slug":"de-leducation-amour-ou-la-paternite-vraie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/08\/15\/de-leducation-amour-ou-la-paternite-vraie\/","title":{"rendered":"De l\u2019\u00e9ducation-amour ou la paternit\u00e9 vraie"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2994?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2994?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>[[Voir les n<sup>os<\/sup>1,2,3,4 de la <i>Revue Anar\u00adchiste<\/i>.]]<\/p>\n<p>[\/\u200b<i>O\u00f9 que tu sois, creuse profond\u00e9ment.<br>\n<br>\u00c0 tes pieds se trouve la source<\/i>\u2026<br>\n<br>(<sc>Nietzsche<\/sc>)\/\u200b]<br>\n<\/p>\n<p>Nous avons, pour nous conti\u00adnuer, nous repro\u00adduire, nous mul\u00adti\u00adplier, les id\u00e9es que nous engen\u00addrons, les esprits que nous f\u00e9con\u00addons. Nous avons plus rare\u00adment les enfants que nous pro\u00adcr\u00e9ons, car nous atta\u00adchons moins d\u2019im\u00adpor\u00adtance \u00e0 notre sperme qu\u2019\u00e0 nos paroles.<\/p>\n<p>Ceux qui pensent aimer leurs reje\u00adtons le font, le plus sou\u00advent, d\u2019une fa\u00e7on ani\u00admale et pas\u00adsive, et ne semblent gu\u00e8re se sou\u00adcier du devoir qu\u2019ils ont de <i>cr\u00e9er l\u2019in\u00addi\u00advi\u00addu<\/i> non seule\u00adment en eux, mais en ceux qui \u00e9manent d\u2019eux.<\/p>\n<p>Ils masquent de pr\u00e9\u00adtextes doc\u00adtri\u00adnaires ce vieux fond d\u2019\u00e9\u00adgo\u00efsme, d\u2019in\u00adsou\u00adciance et de paresse qui tend sans cesse \u00e0 dis\u00adpa\u00adra\u00eetre sous nos pen\u00ads\u00e9es et nos&nbsp;actes.<\/p>\n<p>C\u2019est pour\u00adquoi, si l\u2019in\u00addi\u00advi\u00addu est par\u00adfai\u00adte\u00adment libre de faire ou de ne pas faire des enfants, il n\u2019est pas libre de lais\u00adser la soci\u00e9\u00adt\u00e9 s\u2019emparer de ceux-ci, pour fa\u00e7on\u00adner leur conscience selon les besoins et les exi\u00adgences de l\u2019i\u00addole sociale.<\/p>\n<p>Jus\u00adte\u00adment parce que tu cherches et res\u00adpectes l\u2019in\u00addi\u00advi\u00addu en toi et hors de toi, tu dois t\u2019at\u00adta\u00adcher \u00e0 ce grand pro\u00adbl\u00e8me de <i>l\u2019\u00e9\u00addu\u00adca\u00adtion<\/i> des enfants ou pater\u00adni\u00adt\u00e9 vraie. Puisque nous ne vou\u00adlons, ici, que sou\u00adli\u00adgner de traits h\u00e2tifs une ou deux remarques abr\u00e9\u00adg\u00e9es, notons au moins l\u2019er\u00adreur funeste de notre temps, qui a cru faire des hommes en ren\u00addant l\u2019ins\u00adtruc\u00adtion <i>obli\u00adga\u00adtoire<\/i>, alors que c\u2019est <i>l\u2019\u00e9\u00addu\u00adca\u00adtion<\/i> qu\u2019il fau\u00addrait rendre universelle.<\/p>\n<p>\u00c0 quoi sert de savoir conduire ses yeux au long des lettres d\u2019un livre, si l\u2019on ne sait com\u00adment conduire son corps et sa pen\u00ads\u00e9e au long des jours de la vie&nbsp;?\u2026 Comme tout se tient, l\u2019\u00e9\u00addu\u00adca\u00adtion est faite non seule\u00adment des menus soins qui rendent la vie plus aimable (poli\u00adtesse, bonnes fa\u00e7ons pour par\u00adler, man\u00adger, entrer, sor\u00adtir), mais encore des menues atten\u00adtions <i>qui rendent nos sen\u00adti\u00adments plus fins<\/i>. En affi\u00adnant la forme que prennent nos gestes, elle finit par rendre plus gra\u00adcieuse et plus douce la <i>forme que prennent<\/i> nos sen\u00adti\u00adments, nos pens\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00c0 ce point de vue, la vie intime de nos m\u00e9nages popu\u00adlaires est encore dans un \u00e9tat de bar\u00adba\u00adrie affli\u00adgeant. De m\u00eame que notre civi\u00adli\u00adsa\u00adtion lugubre ne met gu\u00e8re que des tau\u00addis \u00e0 la dis\u00adpo\u00adsi\u00adtion des pauvres, leur vie est un tau\u00addis obs\u00adcur, leur cer\u00adveau est un tau\u00addis sans lumi\u00e8re, sans rien qui r\u00e9cr\u00e9e. Le p\u00e8re, sur qui p\u00e8se un dur labeur, la m\u00e8re esclave des mille tra\u00advaux aux\u00adquels sa pau\u00advre\u00adt\u00e9 la contraint, laissent la vie sor\u00adtir d\u2019eux comme elle y p\u00e9n\u00e8tre&nbsp;: bru\u00adta\u00adle\u00adment. Et les petits suivent l\u2019exemple, et nul ne semble voir autour d\u2019eux qu\u2019un gros mot sor\u00adti d\u2019une bouche inno\u00adcente, un juron d\u00e9for\u00admant une bouche de jolie fille, \u00e9voquent une civi\u00adli\u00adsa\u00adtion fami\u00adliale en retard de bien des si\u00e8cles sur la civi\u00adli\u00adsa\u00adtion appa\u00adrente que nous vivons.<\/p>\n<p>Je sais com\u00adbien l\u2019homme du peuple a d\u2019ex\u00adcuses et jus\u00adqu\u2019o\u00f9 il fau\u00addrait remon\u00adter pour trou\u00adver les res\u00adpon\u00adsables de la condi\u00adtion qui lui est&nbsp;faite.<\/p>\n<p>Mais s\u2019il faut des r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions, des si\u00e8cles et du sang pour ins\u00adti\u00adtuer une har\u00admo\u00adnie sociale un peu plus conforme \u00e0 la rai\u00adson, le plus pauvre peut devan\u00adcer les temps futurs et prendre, d\u00e8s aujourd\u2019\u00adhui, son acompte de joie, de beau\u00adt\u00e9, de&nbsp;paix.&nbsp;<\/p>\n<p>Point n\u2019est besoin d\u2019\u00eatre bien savant ni bien riches pour faire rayon\u00adner autour de toi l\u2019i\u00add\u00e9al de fine huma\u00adni\u00adt\u00e9 dont j\u2019ai vou\u00adlu te don\u00adner la nostalgie.&nbsp;<\/p>\n<p>[|<b>\u2015 O \u2015<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Le pre\u00admier secret de l\u2019\u00e9\u00addu\u00adca\u00adtion est de savoir se faire une \u00e2me enfan\u00adtine. C\u2019est pour\u00adquoi les vieilles gens s\u2019en\u00adtendent si bien avec les petits enfants.<\/p>\n<p>Puisque la race se perd de ces grands-p\u00e8res et grand-m\u00e8res de coin du feu, \u00e0 la m\u00e9moire pleine d\u2019his\u00adtoires, apprends \u00e0 enve\u00adlop\u00adper tes petits de ce nuage enchan\u00adt\u00e9, fait de songes et de fables, \u00e0 tra\u00advers lequel ils ver\u00adront la vie telle qu\u2019elle doit \u00eatre, et s\u2019a\u00adche\u00admi\u00adne\u00adront, par \u00e9tapes, vers la digni\u00adt\u00e9 d\u2019homme.<\/p>\n<p>Tu leur donnes d\u00e9j\u00e0 des jouets en car\u00adton, en bois, en \u00e9toffe. \u00c9voque et laisse se pen\u00adcher, sur leurs ber\u00adceaux, ces char\u00admantes mar\u00adraines&nbsp;: les fic\u00adtions. Ne redoute point de faire de tes enfants des songe-creux en leur ouvrant, toutes grandes, les portes du pays bleu. Ils auront trop t\u00f4t, h\u00e9las, l\u2019oc\u00adca\u00adsion d\u2019en revenir.<\/p>\n<p>Ce soin que tu mets \u00e0 choi\u00adsir les images dont tu d\u00e9cores une ima\u00adgi\u00adna\u00adtion enfan\u00adtine, apporte-le dans tes paroles, dans tes actes, dans tous les gestes de ta vie intime. Dis-toi qu\u2019il d\u00e9pend de toi, de ton tact, de mettre au point et \u00e0 la taille de tes petits les choses qui t\u2019ont sem\u00adbl\u00e9 bonnes pour ton propre enri\u00adchis\u00adse\u00adment. Dis-toi qu\u2019\u00e0 trier et tenir propres tes mots, tes gestes, tes habi\u00adtudes, tu r\u00e9a\u00adlises une modeste har\u00admo\u00adnie phy\u00adsique de la vie qui finit par entra\u00ee\u00adner une v\u00e9ri\u00adtable har\u00admo\u00adnie et cor\u00adres\u00adpon\u00addance int\u00e9\u00adrieure des id\u00e9es et habi\u00adtudes que sus\u00adcitent ces gestes.<\/p>\n<p>Et dis-toi que si l\u2019al\u00adpha\u00adbet tient en vingt-cinq lettres, l\u2019\u00e9\u00addu\u00adca\u00adtion tient en un mot&nbsp;: <i>amour<\/i>. L\u2019a\u00admour qui veut beau et par\u00e9 l\u2019ob\u00adjet auquel il s\u2019ap\u00adplique, et est indigne de lui-m\u00eame s\u2019il ne trouve les fins pour y par\u00adve\u00adnir. Mais un amour vigi\u00adlant et sagace, un amour que la rai\u00adson \u00e9claire, et non cet ins\u00adtinct ani\u00admal et pas\u00adsif qu\u2019a\u00adli\u00admentent l\u2019\u00e9\u00adgo\u00efsme et l\u2019ha\u00adbi\u00adtude et qui, pour le com\u00admun des hommes, porte le nom et prend la place de l\u2019amour.<\/p>\n<p>L\u2019a\u00admour t\u2019ap\u00adpren\u00addra que <i>tout a une valeur \u00e9du\u00adca\u00adtive<\/i>, pour l\u2019en\u00adfant comme pour l\u2019homme. Mais, puisque nous avons \u00e9vo\u00adqu\u00e9 l\u2019in\u00adno\u00adcente magie des jouets, laisse-moi te deman\u00adder si tu sais seule\u00adment ce qu\u2019est un jouet, un jouet d\u2019en\u00adfant\u2026 Puisque nous bat\u00adtons ce joli sen\u00adtier, un peu d\u00e9tour\u00adn\u00e9 de notre route, sui\u00advons-le ensemble un ins\u00adtant, pour notre ins\u00adtruc\u00adtion et notre plai\u00adsir. (Cela ne nous arrive pas si sou\u00advent, de sourire\u2026).<\/p>\n<h2>Philosophie du&nbsp;jouet<\/h2>\n<p>Il \u00e9tait une fois un vieux phi\u00adlo\u00adsophe qui disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019art est un jeu&nbsp;\u00bb, et les f\u00e9es sou\u00adriaient d\u2019en\u00adtendre cette v\u00e9ri\u00adt\u00e9 plus vieille que les philosophes.<\/p>\n<p>Mais, si nous retour\u00adnons un peu la pen\u00ads\u00e9e d\u2019Her\u00adbert Spen\u00adcer, nous y trou\u00advons une v\u00e9ri\u00adt\u00e9 bien plus curieuse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le jouet est une \u0153uvre d\u2019art.&nbsp;\u00bb, une \u0153uvre d\u2019art aus\u00adsi com\u00adpl\u00e8te\u200a\u2014\u200adans la soci\u00e9\u00adt\u00e9 enfan\u00adtine\u200a\u2014\u200aque ces chefs-d\u2019\u0153uvre dont se pare et s\u2019e\u00adnor\u00adgueillit la soci\u00e9\u00adt\u00e9 des hommes.<\/p>\n<p>Si l\u2019art est bien, en effet, une <i>inter\u00adpr\u00e9\u00adta\u00adtion choi\u00adsie<\/i> du r\u00e9el, de la vie, le jouet\u200a\u2014\u200asi tu consi\u00add\u00e8res le public d\u2019a\u00adma\u00adteurs auquel il se des\u00adtine\u200a\u2014\u200aest du Michel-Ange et du Rodin \u00e0 sa fa\u00e7on, d\u00e9cou\u00adp\u00e9 dans du bois, mon\u00adt\u00e9 dans du car\u00adton, pein\u00adtur\u00adlu\u00adr\u00e9 de cou\u00adleurs joyeuses.<\/p>\n<p>La sim\u00adpli\u00adfi\u00adca\u00adtion \u00e9vo\u00adca\u00adtrice, ou <i>syn\u00adth\u00e8se<\/i>, qui fait la richesse de l\u2019art, fait aus\u00adsi la richesse du&nbsp;jouet.<\/p>\n<p>Les jouets sont d\u2019au\u00adtant plus \u00e9vo\u00adca\u00adteurs (et, par\u00adtant, plus <i>\u00e9du\u00adca\u00adteurs<\/i>) qu\u2019ils sont plus sim\u00adpli\u00adfi\u00e9s. Celui qui les regarde peut conti\u00adnuer et enri\u00adchir de son fonds propre le des\u00adsein du pre\u00admier cr\u00e9a\u00adteur. Tan\u00addis qu\u2019une copie trop minu\u00adtieuse et trop com\u00adpl\u00e8te des r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9s arr\u00eate notre ima\u00adgi\u00adna\u00adtion tout net et appau\u00advrit d\u2019au\u00adtant notre plaisir.<\/p>\n<p><sc>Le double auteur<\/sc>. \u2015 Toute \u0153uvre d\u2019art a en effet un double auteur&nbsp;: celui qui la cr\u00e9e et celui qui la voit, celui qui la r\u00eave le pre\u00admier, fixe pour autrui son r\u00eave sur du papier, de la toile, de la pierre, et celui qui la sent entrer en lui par tous ses sens, se mode\u00adler et se parer de tout ce qu\u2019il avait en lui de pr\u00eat pour elle, sans que jamais, par trop de pr\u00e9\u00adci\u00adsion, elle vienne limi\u00adter la richesse de sa col\u00adla\u00adbo\u00adra\u00adtion, la f\u00e9con\u00addi\u00adt\u00e9 de sa&nbsp;joie.<\/p>\n<p>Com\u00adprends-tu main\u00adte\u00adnant pour\u00adquoi j\u2019in\u00ads\u00e8re ces remarques plu\u00adt\u00f4t en ce cha\u00adpitre de p\u00e9da\u00adgo\u00adgie fami\u00adliale que dans nos recherches sur le beau et ses plaisirs&nbsp;?\u2026<\/p>\n<p>Le jouet, donc, le vrai jouet, celui de quelques sous, celui que l\u2019on donne aux pauvres, pos\u00ads\u00e8de tous les carac\u00adt\u00e8res amu\u00adsants de la syn\u00adth\u00e8se cr\u00e9a\u00adtrice&nbsp;: les d\u00e9tails ont \u00e9t\u00e9 bra\u00adve\u00adment n\u00e9gli\u00adg\u00e9s&nbsp;; seul le carac\u00adt\u00e8re dis\u00adtinc\u00adtif a \u00e9t\u00e9 choi\u00adsi pour que nul ne confonde le lapin et sa carotte avec l\u2019\u00e2ne de bois et son pay\u00adsan \u00e0 bon\u00adnet pointu.<\/p>\n<p>Le cro\u00adquis rapide, g\u00e9o\u00adm\u00e9\u00adtrique, le sym\u00adbole lin\u00e9aire d\u2019un indi\u00advi\u00addu, d\u2019un objet, c\u2019est assez pour l\u2019en\u00adfant. Il ajoute ce qui manque. Et cette col\u00adla\u00adbo\u00adra\u00adtion incons\u00adciente aiguise et fait pro\u00adgres\u00adser sa petite sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9, sa petite intelligence.<\/p>\n<p>Aus\u00adsi, l\u2019er\u00adreur est jus\u00adte\u00adment de pr\u00e9\u00adtendre faire du jouet une sotte et trop exacte repro\u00adduc\u00adtion des choses qui passent dans la vie. Le jouet n\u2019est pas un fac-simi\u00adl\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adchelle de l\u2019en\u00adfance. C\u2019est une cr\u00e9a\u00adtion amu\u00ads\u00e9e, \u00e9vo\u00adca\u00adtrice du mod\u00e8le, certes, mais qui doit sur\u00adtout le sug\u00adg\u00e9\u00adrer, un sch\u00e9\u00adma o\u00f9 la mati\u00e8re importe peu, o\u00f9 la plus simple est la meilleure, si elle exprime de la joie, avec des formes gaies, des cou\u00adleurs vives et qui font&nbsp;rire.<\/p>\n<p>Ce qui man\u00adque\u00adra au jouet, l\u2019en\u00adfant sau\u00adra le lui donner.<\/p>\n<p><sc>Le Magi\u00adcien<\/sc>. \u2015 L\u2019en\u00adfant est l\u00e0, dans le petit coin, der\u00adri\u00e8re la porte. C\u2019est un petit coin der\u00adri\u00e8re la porte si vous vou\u00adlez&nbsp;; c\u2019est du moins ain\u00adsi que les hommes se le repr\u00e9\u00adsentent, avec leurs grosses sen\u00adsa\u00adtions pres\u00ads\u00e9es de se for\u00admu\u00adler une fois pour toutes. En r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, c\u2019est un jar\u00addin, un palais, une \u00eele, un navire, tout ce que veut le petit gar\u00e7on.<\/p>\n<p>Les petits gar\u00ad\u00e7ons sont puis\u00adsants comme les enchan\u00adteurs et font tout ce qu\u2019ils veulent avec le petit coin der\u00adri\u00e8re la&nbsp;porte\u2026<\/p>\n<p>Ain\u00adsi, le jouet vit et parle, joue, tra\u00advaille, se f\u00e2che, s\u2019\u00e9\u00adgaie et s\u2019a\u00adnime de toutes les pas\u00adsions de l\u2019en\u00adfant. C\u2019est un esclave patient, comme il n\u2019en retrou\u00adve\u00adra point dans sa vie, une pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 abso\u00adlue qu\u2019il peut ha\u00efr, aimer, bri\u00adser, choyer, tor\u00adtu\u00adrer, \u00e0 son plaisir.<\/p>\n<p>Plus ma\u00eetre de son jouet que le citoyen antique ne l\u2019\u00e9\u00adtait de son esclave, l\u2019en\u00adfant s\u2019or\u00adga\u00adnise avec lui un petit monde qui lui ob\u00e9it mieux que ne ferait l\u2019autre, un uni\u00advers cocasse dont il est roi, avec ses bons\u00adhommes, ses che\u00advaux, ses voi\u00adtures, ses mai\u00adsons, ses arbres, ses pou\u00adp\u00e9es et ses ber\u00adg\u00e8res. Ces petites choses sont aus\u00adsi vivantes pour nos fils que les grandes le sont pour nous&nbsp;; elles leur ob\u00e9issent toutes, sans que per\u00adsonne ait rien \u00e0 dire\u2026 Per\u00adsonne&nbsp;? H\u00e9&nbsp;! voi\u00adl\u00e0 jus\u00adte\u00adment o\u00f9 g\u00eet le li\u00e8vre. De m\u00eame que sur les soci\u00e9\u00adt\u00e9s humaines p\u00e8sent les des\u00adti\u00adn\u00e9es invi\u00adsibles et les caprices du sort, ain\u00adsi, sur la soci\u00e9\u00adt\u00e9 enfan\u00adtine, planent ces divi\u00adni\u00adt\u00e9s fan\u00adtasques et omni\u00adpo\u00adtentes que sont \u00ab&nbsp;les grandes per\u00adsonnes&nbsp;\u00bb. Je n\u2019en veux pour garant que ces trois petites histoires.<\/p>\n<p><sc>Il a cas\u00ads\u00e9 son beau Poli\u00adchi\u00adnelle<\/sc>. \u2015 Une de ces ter\u00adribles mai\u00adsons neuves, au coeur du grand fau\u00adbourg. La petite salle \u00e0 man\u00adger ouvri\u00e8re, avec son papier \u00e0 fleurs et ses chro\u00admos. C\u2019est l\u2019heure de la lampe et de la soupe. La maman s\u2019af\u00adfaire. On dirait que rien ne s\u2019est&nbsp;pass\u00e9.<\/p>\n<p>Mais, dans un coin, effon\u00addr\u00e9, il y a un pauvre petit tablier noir qui pleure et une face lamen\u00adtable, ense\u00adve\u00adlie sous deux poings rouges, lui\u00adsants de larmes\u2026<\/p>\n<p>Le p\u00e8re arrive&nbsp;; il s\u2019\u00e9\u00adtonne, s\u2019in\u00adforme. C\u2019est un homme de paix. Il aime lais\u00adser \u00e0 la porte sa fatigue et ses sou\u00adcis avec sa sacoche de&nbsp;cuir\u2026<\/p>\n<p>Et la m\u00e8re, voix \u00e9tran\u00adgl\u00e9e d\u2019une stu\u00adpeur sans nom, cette voix que doivent avoir les pr\u00eatres d\u00e9non\u00ad\u00e7ant un sacri\u00adl\u00e8ge, pro\u00adf\u00e8re, mon\u00adtrant l\u2019\u00e9\u00adpave et scan\u00addant une \u00e0 une les syl\u00adlabes pour les gra\u00adver au livre de&nbsp;Dieu&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Il-a-cas-s\u00e9-son-beau-poli\u00adchi\u00adnelle&nbsp;!\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Comme si ce n\u2019\u00e9\u00adtait pas son droit, \u00e0 cet enfant, comme si cas\u00adser n\u2019\u00e9\u00adtait pas un jeu, le plus humain, le plus joyeux des jeux&nbsp;! Cas\u00adser des jouets&nbsp;! Les cas\u00adser tous&nbsp;!\u2026 Mes\u00adsieurs les phi\u00adlo\u00adsophes vous diraient tout ce qu\u2019il y a de m\u00e9ta\u00adphy\u00adsique dans ce geste-l\u00e0.<\/p>\n<p>Mais voi\u00adci une autre histoire&nbsp;:<\/p>\n<p><sc>\u00ab&nbsp;Ote-toi de l\u00e0.&nbsp;\u00bb<\/sc>. \u2015 Ils sont pen\u00adch\u00e9s en rond autour de la table, tous, toutes les grandes per\u00adsonnes du logis, recueillies, impor\u00adtantes\u2026 Il y a le p\u00e8re, et le grand fr\u00e8re, et l\u2019oncle&nbsp;; tous les vieux. N\u2019a-t-on pas don\u00adn\u00e9 au gamin un ing\u00e9\u00adnieux petit jouet m\u00e9ca\u00adnique&nbsp;? Ils s\u2019ap\u00adprennent \u00e0 le manipuler.<\/p>\n<p>Lui, bien enten\u00addu, ne voit rien, que des jambes, des dos atten\u00adtifs, et sa petite t\u00eate ne vient pas au niveau de la table. Il patiente, il h\u00e9site\u2026 Enfin, n\u2019y tenant plus, dis\u00adcr\u00e8\u00adte\u00adment, il tire un pan de&nbsp;veste.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Laisse-moi le tou\u00adcher aus\u00adsi un peu, dis&nbsp;?\u2026&nbsp;\u00bb Et le p\u00e8re, cour\u00adrou\u00adc\u00e9, se retour\u00adnant \u00e0&nbsp;peine&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Celui-l\u00e0, s\u2019il ne nous laisse pas tran\u00adquilles, il va aller au lit, et rondement&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Mais voi\u00adci ma troi\u00adsi\u00e8me histoire&nbsp;:<\/p>\n<p><sc>\u00ab&nbsp;Tu l\u2019au\u00adras quand tu seras grand.&nbsp;\u00bb<\/sc>. \u2015 Il \u00e9tait tel\u00adle\u00adment content qu\u2019il en sem\u00adblait grave, mystique.<\/p>\n<p>Il pro\u00adme\u00adnait, radieux de l\u2019ef\u00adfort, entre ses bras ten\u00addus, son bel \u00e9l\u00e9\u00adphant, plus grand que lui, avec sa trompe courbe, sa selle pourpre et dor\u00e9e\u2026 Mais \u00e0 peine la visi\u00adteuse, la dona\u00adtrice, la f\u00e9e est-elle par\u00adtie, lais\u00adsant le mar\u00admot savou\u00adrer l\u2019\u00e9\u00adtrenne, que la m\u00e8re inexo\u00adrable cueille le tr\u00e9\u00adsor, grimpe sur une chaise, ouvre l\u2019ar\u00admoire, ins\u00adtalle tant de joie sur le rayon du haut et pro\u00adf\u00e8re la phrase fatale que tous les petits enfants du monde ont enten\u00addue et qui, le jour o\u00f9 ils seront syn\u00addi\u00adqu\u00e9s, sera cause de vilain, croyez-moi&nbsp;: \u00ab&nbsp;On te le don\u00adne\u00adra quand tu seras&nbsp;grand.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Je n\u2019a\u00adjoute rien. \u00c0 toi, papa l\u2019Homme, de tirer la morale, comme dans les fables. Pour\u00adtant, nous ne quit\u00adte\u00adrons pas la douce com\u00adpa\u00adgnie des petits sans pr\u00ea\u00adter encore un ins\u00adtant l\u2019o\u00adreille aux voix qui font tres\u00adsaillir on ne sait quoi dans notre vieux&nbsp;c\u0153ur&nbsp;:<\/p>\n<h2>Les vieilles chansons<\/h2>\n<p>\u2026Une grande rue bruis\u00adsante et mul\u00adti\u00adco\u00adlore de fau\u00adbourg, avec de hautes mai\u00adsons, des \u00e9ta\u00adlages d\u00e9bor\u00addants, des pan\u00adcartes, des voi\u00adtures, des mar\u00adchands, des gens qui se h\u00e2tent dans tous les sens, sur les iti\u00adn\u00e9\u00adraires invi\u00adsibles de leurs destins\u2026<\/p>\n<p>Une grande rue o\u00f9 la vie est inqui\u00e8te et pleine de peine, avec\u200a\u2014\u200aaccom\u00adpa\u00adgne\u00adment sourd qui ne se tait jamais\u200a\u2014\u200ala tr\u00e9\u00adpi\u00adda\u00adtion des usines qui sont le pain et le des\u00adtin de tout ce peuple\u2026<\/p>\n<p>Or, sur un tri\u00adangle de bitume coin\u00adc\u00e9 entre deux pans de mai\u00adsons, des fillettes, avec des mines et des r\u00e9v\u00e9\u00adrences, chantent une vieille ronde de la vieille France&nbsp;:<\/p>\n<poesie>Gen\u00adtil tambour,<br>\nDon\u00adnez-moi votre&nbsp;rose&nbsp;!<br>\nEt ran-tan-plan\u2026<\/poesie>\n<p>Et voi\u00adci que, par la magie de la chan\u00adson, un peu de joie impr\u00e9\u00advue et de r\u00eave passent, comme un vent de prin\u00adtemps, sur l\u2019\u00e2pre carrefour.<\/p>\n<p>En bel habit, fleur au bon\u00adnet, voi\u00adci venir nos vieux amis, les Com\u00adpa\u00adgnons de la Mar\u00adjo\u00adlaine, les Trois Filles et le Ber\u00adger, le Petit Mousse, les Capi\u00adtaines, Cadet-Rous\u00adselle et la Boulang\u00e8re\u2026<\/p>\n<p>Et les vieilles qui poussent les voi\u00adtures \u00e0 l\u00e9gumes, les tra\u00advailleurs au pas lourd, les bou\u00adti\u00adquiers au coeur sombre, les m\u00e9na\u00adg\u00e8res pen\u00adch\u00e9es, jus\u00adqu\u2019au fond du ciel, \u00e0 des fen\u00eatres encom\u00adbr\u00e9es de vieilles lite\u00adries, ont sen\u00adti la chan\u00adson glis\u00adser comme une eau fra\u00eeche sur leurs pen\u00ads\u00e9es, fre\u00addonnent, sans y prendre garde, du bout des l\u00e8vres, un brin de chan\u00adson en fleurs.<\/p>\n<p>[|<b>\u2015 O \u2015<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Vieilles chan\u00adsons, jouets bario\u00adl\u00e9s et musi\u00adquants, vous ferez, autour des petits de mon fr\u00e8re l\u2019Homme, comme un menu et riant uni\u00advers qui les habi\u00adtue\u00adra, dou\u00adce\u00adment, \u00e0 l\u2019autre, leur don\u00adne\u00adra la nos\u00adtal\u00adgie et le besoin de cette vie plus fine qu\u2019il faut bien recher\u00adcher dans les contes, les jouets et les rondes, puis\u00adqu\u2019on ne la trouve jamais autour de&nbsp;nous.<\/p>\n<p>[|<b>\u2015 O \u2015<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Nous voi\u00adl\u00e0 loin, semble-t-il, de notre th\u00e8me \u00e9du\u00adca\u00adtif. Mais tout che\u00admin de la pen\u00ads\u00e9e m\u00e8ne \u00e0 l\u2019homme.&nbsp;<\/p>\n<p>Et puis, en te repor\u00adtant aux pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addents essais dont je t\u2019ai pro\u00adpo\u00ads\u00e9 la m\u00e9di\u00adta\u00adtion, ne peux-tu pas, \u00e0 cette heure, embras\u00adser d\u2019un regard plus net le grand et beau pay\u00adsage int\u00e9\u00adrieur que nous avons len\u00adte\u00adment&nbsp;gravi&nbsp;?<\/p>\n<p>D\u2019une marche entre\u00adcou\u00adp\u00e9e, buis\u00adson\u00adni\u00e8re, pro\u00adpor\u00adtion\u00adn\u00e9e \u00e0 tes forces et \u00e0 ton loi\u00adsir, te voi\u00adci par\u00adve\u00adnu sur la hauteur.<\/p>\n<p>Comme un homme qui gon\u00adfl\u00e9 ses pou\u00admons de bon air clair et se sent plus large et plus fort, tu peux savou\u00adrer ce sen\u00adti\u00adment de la gran\u00addeur humaine pro\u00adlon\u00adg\u00e9e \u00e0 tra\u00advers tes actes, en m\u00eame temps que cette paix de l\u2019\u00e2me, cette joie per\u00adma\u00adnente de vivre dont ton esprit et ton corps sont bai\u00adgn\u00e9s d\u00e9sor\u00admais comme d\u2019une atmo\u00adsph\u00e8re natu\u00adrelle hors de laquelle ils ne pour\u00adraient plus&nbsp;vivre.<\/p>\n<p>(\u00c0 suivre.)<\/p>\n<p>[\/\u200b<sc>Ganz-Allein<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[[Voir les nos1,2,3,4 de la Revue Anar\u00adchiste.]] [\/\u200b\u200bO\u00f9 que tu sois, creuse pro\u00adfon\u00add\u00e9\u00adment. \u00c0 tes pieds se trouve la source\u2026 (Nietzsche)\/\u200b] Nous avons, pour nous conti\u00adnuer, nous repro\u00adduire, nous mul\u00adti\u00adplier, les id\u00e9es que nous engen\u00addrons, les esprits que nous f\u00e9con\u00addons. Nous avons plus rare\u00adment les enfants que nous pro\u00adcr\u00e9ons, car nous atta\u00adchons moins d\u2019im\u00adpor\u00adtance&nbsp;\u00e0&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[359],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-2994","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-na5-avril-1930"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2994","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2994"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2994\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2994"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2994"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2994"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=2994"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}