{"id":2997,"date":"2011-08-15T10:40:53","date_gmt":"2011-08-15T10:40:53","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/08\/15\/la-citoyenne-guillotine\/"},"modified":"2011-08-15T10:40:53","modified_gmt":"2011-08-15T10:40:53","slug":"la-citoyenne-guillotine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/08\/15\/la-citoyenne-guillotine\/","title":{"rendered":"La Citoyenne Guillotine"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2997?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2997?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><h2>chapitre III<\/h2>\n<p><\/p>\n<p>La belle jour\u00adn\u00e9e de Prai\u00adrial finis\u00adsait dans l\u2019a\u00adpo\u00adth\u00e9ose d\u2019un cou\u00adchant pourpre et lilas. Sur le pas des portes, dans ce fau\u00adbourg popu\u00adleux, les citoyens pre\u00adnaient le frais, se contaient les nou\u00advelles en pro\u00adve\u00adnance des arm\u00e9es, ou fai\u00adsaient cercle autour de ceux qui avaient assis\u00adt\u00e9 aux ex\u00e9\u00adcu\u00adtions du&nbsp;jour.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait huit heures et demie de rele\u00adv\u00e9e, lorsque le citoyen Luboin quit\u00adta son \u00e9choppe de tailleur de la rue des Filles-Dieu, ruelle \u00e9tran\u00adgl\u00e9e et puante qui s\u2019a\u00admor\u00ad\u00e7ait dans la rue Saint-Denis.<\/p>\n<p>Exas\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9 par le soleil cru qui avait dar\u00add\u00e9 ses rayons sur les murs cari\u00e9s des hautes fa\u00e7ades au long des\u00adquelles cou\u00adraient les tuyaux d\u2019\u00e9\u00adcou\u00adle\u00adment des eaux m\u00e9na\u00adg\u00e8res, l\u2019o\u00addeur forte des soirs de Paris l\u2019en\u00adve\u00adlop\u00adpa. Par\u00adse\u00adm\u00e9 d\u2019\u00ee\u00adlots de d\u00e9tri\u00adtus accu\u00admu\u00adl\u00e9s, le ruis\u00adseau fan\u00adgeux fer\u00admen\u00adtait. De la bouche de l\u2019\u00e9\u00adgout voi\u00adsin, une bu\u00e9e rousse sor\u00adtait en haleine m\u00e9phitique.<\/p>\n<p>Mal\u00adgr\u00e9 l\u2019hu\u00admi\u00adli\u00adt\u00e9 de sa condi\u00adtion, le citoyen Luboin parais\u00adsait \u00eatre un homme d\u00e9li\u00adcat, car, assailli par le fumet f\u00e9tide de la grande ville en trans\u00adpi\u00adra\u00adtion, il por\u00adta ses doigts fins et fuse\u00adl\u00e9s, quoique tout noir\u00adcis de piq\u00fbres d\u2019ai\u00adguilles, \u00e0 son nez. Puis, \u00e0 la d\u00e9ro\u00adb\u00e9e, et comme s\u2019il se d\u00e9fiait de faire para\u00eetre aux yeux de ses voi\u00adsins un tel luxe aris\u00adto\u00adcra\u00adtique, il plon\u00adgea avi\u00adde\u00adment ses narines dans un fin mou\u00adchoir de batiste impr\u00e9\u00adgn\u00e9 d\u2019un soup\u00ad\u00e7on de&nbsp;musc.<\/p>\n<p>Secr\u00e9\u00adtaire de la Sec\u00adtion des Gra\u00advilliers, le citoyen Luboin n\u2019\u00e9\u00adtait autre que M.&nbsp;d\u2019A\u00admil\u00adly. Pour chan\u00adger de per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9, il s\u2019\u00e9\u00adtait pro\u00adcu\u00adr\u00e9 des papiers d\u2019\u00e9\u00adtat civil dans une de ces offi\u00adcines qui pul\u00adlu\u00adlaient dans Paris et en les\u00adquelles des aris\u00adto\u00adcrates deve\u00adnus litho\u00adgraphes fabri\u00adquaient de faux pas\u00adse\u00adports et de faux assi\u00adgnats, dont le mau\u00advais aloi ne le c\u00e9dait en somme que de tr\u00e8s peu \u00e0 ceux qui sor\u00adtaient de la planche du citoyen Cam\u00adbon. De plus, il avait cru devoir exci\u00adper d\u2019un m\u00e9tier manuel.<\/p>\n<p>Dans tout le quar\u00adtier, de Saint-Mar\u00adtin \u00e0 Saint-Mer\u00adry, son patrio\u00adtisme \u00e9tait notoire, car, ser\u00advant une pi\u00e8ce d\u2019ar\u00adtille\u00adrie, c\u2019est lui qui avait tir\u00e9 le pre\u00admier coup de canon sur les Tui\u00adle\u00adries, au 10 ao\u00fbt. En appro\u00adchant le bou\u00adte\u00adfeu de la lumi\u00e8re de la pi\u00e8ce, il avait sen\u00adti une volup\u00adt\u00e9, pareille \u00e0 un d\u00e9lice char\u00adnel, cou\u00adrir dans ses fibres comme un ser\u00adpent de feu. En ouvrant la pre\u00admi\u00e8re br\u00e8che dans la royau\u00adt\u00e9 plus que mil\u00adl\u00e9\u00adnaire, il appro\u00adchait enfin de la r\u00e9a\u00adli\u00adsa\u00adtion de ses r\u00eaves, comme on approche d\u2019une femme convoi\u00adt\u00e9e et qui se donne enfin&nbsp;! En effet, la cou\u00adronne n\u2019al\u00adlait-elle pas pas\u00adser \u00e0 la branche cadette. Mais, le matin du 6 novembre 93, Phi\u00adlippe-\u00c9ga\u00adli\u00adt\u00e9 \u00e9tait mon\u00adt\u00e9, lui aus\u00adsi, sur la machine de Sam\u00adson. N\u00e9an\u00admoins, la mort de son ma\u00eetre, loin de le d\u00e9cou\u00adra\u00adger, avait rani\u00adm\u00e9 tous ses espoirs un ins\u00adtant \u00e9bran\u00adl\u00e9s. L\u2019a\u00adv\u00e8\u00adne\u00adment de son fils, le duc de Chartres, un des h\u00e9ros de Jem\u00admapes, gr\u00e2ce au bul\u00adle\u00adtin fal\u00adla\u00adcieux de Dumou\u00adriez, n\u2019\u00e9\u00adtait-il pas assu\u00adr\u00e9 par la logique des&nbsp;faits&nbsp;?<\/p>\n<p>\u00c0 ses yeux, la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion, cette p\u00e9riode d\u2019a\u00adnar\u00adchie et d\u2019im\u00adpu\u00addente d\u00e9ma\u00adgo\u00adgie, ne pour\u00adrait avoir qu\u2019un temps. Pour lui, les san\u00adglants \u00e9ner\u00adgu\u00adm\u00e8nes qui se dis\u00adpu\u00adtaient le pou\u00advoir en s\u2019en\u00adtr\u2019\u00e9\u00adgor\u00adgeant n\u2019of\u00adfraient aucune garan\u00adtie dans la dur\u00e9e. La Ter\u00adreur lui parais\u00adsait devoir rebu\u00adter \u00e0 jamais la Nation de la R\u00e9pu\u00adblique. La Conven\u00adtion avait inau\u00adgu\u00adr\u00e9 le jeu de quilles par\u00adle\u00admen\u00adtaire \u00e0 la mani\u00e8re anglaise. Mais le pays tol\u00e9\u00adre\u00adrait-il long\u00adtemps encore que les quilles des par\u00adtis fussent ren\u00adver\u00ads\u00e9es \u00e0 l\u2019aide de t\u00eates cou\u00adp\u00e9es lan\u00adc\u00e9es \u00e0 la vol\u00e9e sur l\u2019a\u00adr\u00e8ne de l\u2019Assembl\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n<p>Au demeu\u00adrant, pen\u00adsait-il, le Fran\u00ad\u00e7ais ne pou\u00advait vivre sans ma\u00eetre. La longue accou\u00adtu\u00admance tenait lieu en lui d\u2019au\u00adto\u00adma\u00adtisme. De lui-m\u00eame, il se tour\u00adne\u00adrait donc bien\u00adt\u00f4t vers celui qui uni\u00adrait le droit divin au droit popu\u00adlaire, pip\u00e9 une fois de plus par la conces\u00adsion appa\u00adrente qu\u2019on lui ferait. Au sur\u00adplus, M.&nbsp;d\u2019A\u00admil\u00adly savait com\u00adment on fabri\u00adquait les ma\u00eetres. Il suf\u00adfi\u00adsait d\u2019un \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adment pro\u00adfi\u00adtable, aus\u00adsi\u00adt\u00f4t mis en valeur par quelques \u00e9cri\u00advains impudents.<\/p>\n<p>Le seul obs\u00adtacle \u00e9tait la ladre\u00adrie sor\u00addide des d\u2019Or\u00adl\u00e9ans, mais l\u2019An\u00adgle\u00adterre \u00e9tait l\u00e0 pour finan\u00adcer l\u2019a\u00adven\u00adture. En cons\u00e9\u00adquence, Mgr le Duc de Chartres r\u00e9gne\u00adrait avant peu sous le nom de Louis-Phi\u00adlippe Premier.<\/p>\n<p>Pour\u00adrait-il, d\u2019ailleurs, en \u00eatre autre\u00adment&nbsp;? De longues ann\u00e9es d\u2019obs\u00adcur d\u00e9voue\u00adment, au cours des\u00adquelles, en jouant chaque jour sa vie, il avait rem\u00adpli pour \u00ab&nbsp;la cause&nbsp;\u00bb le m\u00e9tier dif\u00adfa\u00adm\u00e9 d\u2019agent secret, devaient-elle res\u00adter sans r\u00e9com\u00adpense&nbsp;? S\u2019il en \u00e9tait ain\u00adsi, la preuve \u00e9tait faite que Dieu n\u2019exis\u00adtait pas, car le monde ne sau\u00adrait t\u00e9moi\u00adgner sans scan\u00addale d\u2019une pareille ini\u00adqui\u00adt\u00e9. Or, n\u2019\u00e9\u00adtait-ce pas la plus fla\u00adgrante des injus\u00adtices, que lui, Amil\u00adly, dont la bra\u00advoure allait de pair avec une sur\u00adpre\u00adnante intel\u00adli\u00adgence, n\u2019e\u00fbt pu encore assou\u00advir que tr\u00e8s impar\u00adfai\u00adte\u00adment les vices qui lui avaient \u00e9t\u00e9 impar\u00adtis par le Cr\u00e9a\u00adteur, les\u00adquels \u00e9taient le jeu et la d\u00e9bauche&nbsp;?<\/p>\n<p>Une seule fois, le duc d\u2019Or\u00adl\u00e9ans l\u2019a\u00advait pay\u00e9 roya\u00adle\u00adment. Il est vrai que ce ne fut pas de ses deniers&nbsp;: chose qui aurait \u00e9t\u00e9 une sorte de renie\u00adment trop \u00e9hon\u00adt\u00e9e des tra\u00addi\u00adtions de la branche cadette. Il s\u2019\u00e9\u00adtait conten\u00adt\u00e9 de l\u2019in\u00adt\u00e9\u00adres\u00adser dans une affaire que l\u2019his\u00adtoire devait nom\u00admer l\u2019<i>escro\u00adque\u00adrie des Trois Princes<\/i>. En effet, le prince de Galles, de concert avec le duc d\u2019York et le duc de Cla\u00adrence, avait pro\u00adje\u00adt\u00e9 de lever en France, sous garan\u00adtie de ses biens et de son nom, un emprunt de deux mil\u00adlions de livres sous\u00adcrits par voie d\u2019o\u00adbli\u00adga\u00adtions au por\u00adteur. Le duc d\u2019Or\u00adl\u00e9ans \u00e9tait l\u2019a\u00admi per\u00adson\u00adnel en m\u00eame temps que le conseiller finan\u00adcier de l\u2019h\u00e9\u00adri\u00adti\u00e8re du tr\u00f4ne d\u2019An\u00adgle\u00adterre. Pour rece\u00advoir les actes, il avait four\u00adni son notaire, un sieur Bri\u00adchard, lequel s\u2019\u00e9\u00adtait fait assis\u00adter de son col\u00adl\u00e8gue Chaudot.<\/p>\n<p>Comme rabat\u00adteur, Amil\u00adly devait par\u00adta\u00adger une somme de 200.000 livres avec un nom\u00adm\u00e9 Vedier, cr\u00e9a\u00adture du duc. Mais Vedier s\u2019\u00e9\u00adtait appro\u00adpri\u00e9 non seule\u00adment toute la com\u00admis\u00adsion, mais encore tous les fonds recueillis \u00e0 Paris et en pro\u00advince, puis s\u2019\u00e9\u00adtait enfui \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adtran\u00adger. Cette vieille affaire \u00e9tant venue, en 1793, \u00e0 la connais\u00adsance du Comi\u00adt\u00e9 de S\u00fbre\u00adt\u00e9 G\u00e9n\u00e9\u00adrale, les notaires Bri\u00adchard et Chau\u00addot avaient \u00e9t\u00e9 ex\u00e9\u00adcu\u00adt\u00e9s. Il en avait \u00e9t\u00e9 de m\u00eame des ducs de Saint-Aignan et de Gesvres, accu\u00ads\u00e9s d\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgences avec Pitt, et dont tout le crime consis\u00adtait, en somme, \u00e0 s\u2019\u00eatre lais\u00ads\u00e9 jouer par Vedier, car ils avaient en mains des titres de l\u2019emprunt d\u00e9sor\u00admais sans valeur, que le ma\u00eetre aigre\u00adfin leur avait don\u00adn\u00e9s en repr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adtion d\u2019hy\u00adpo\u00adth\u00e8ques prises sur leurs terres. Il va sans dire que les trois princes anglais avaient refu\u00ads\u00e9 d\u2019in\u00addem\u00adni\u00adser les autres sous\u00adcrip\u00adteurs, qui avaient \u00e9t\u00e9 pareille\u00adment lar\u00adron\u00adn\u00e9s sous leur haute garan\u00adtie, car le monde irait \u00e0 la d\u00e9rive s\u2019il n\u2019\u00e9\u00adtait pas per\u00admis aux princes comme aux \u00c9tats de se sous\u00adtraire \u00e0 leur signature.<\/p>\n<p>[\/\u200bFernand <sc>Kol\u00adney<\/sc><br>\n<br>(<i>La Citoyenne Guillo\u00adtine<\/i>, ou <i>Le Roman d\u2019un Aven\u00adtu\u00adrier sous la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion<\/i>.)\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>cha\u00adpitre III La belle jour\u00adn\u00e9e de Prai\u00adrial finis\u00adsait dans l\u2019a\u00adpo\u00adth\u00e9ose d\u2019un cou\u00adchant pourpre et lilas. 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