{"id":2999,"date":"2011-08-15T10:40:55","date_gmt":"2011-08-15T10:40:55","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/08\/15\/les-hommes-et-leurs-oeuvre-henrik-ibsen\/"},"modified":"2011-08-15T10:40:55","modified_gmt":"2011-08-15T10:40:55","slug":"les-hommes-et-leurs-oeuvre-henrik-ibsen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2011\/08\/15\/les-hommes-et-leurs-oeuvre-henrik-ibsen\/","title":{"rendered":"Les hommes et leurs \u0153uvre&nbsp;: Henrik Ibsen"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2999?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2999?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>Dans un monde o\u00f9 la b\u00eatise et l\u2019in\u00addif\u00adf\u00e9\u00adrence font rage, il est peut-\u00eatre d\u00e9pla\u00adc\u00e9 d\u2019es\u00adsayer de venir cam\u00adper un g\u00e9ant de l\u2019intellectualisme.<\/p>\n<p>Qu\u2019im\u00adporte&nbsp;!<\/p>\n<p>Sur la boue qui, de plus en plus s\u2019\u00e9\u00adtale, je pose une fleur&nbsp;: puisse celle-ci ne point se fl\u00e9\u00adtrir avant d\u2019a\u00advoir bien odo\u00adr\u00e9 les \u00ab&nbsp;\u00e2mes&nbsp;\u00bb qui recherchent les sen\u00adsa\u00adtions profondes.<\/p>\n<p>Notre th\u00e9\u00e2tre, comme d\u2019ailleurs la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, les arts, les phi\u00adlo\u00adsophes et les m\u00e9tiers&nbsp;: <i>toute la Pen\u00ads\u00e9e trans\u00adcen\u00addante<\/i> \u00e9tant dans le d\u00e9clin, c\u2019est, je pense, cher\u00adcher \u00e0 revivre les ins\u00adtants de supr\u00eame beau\u00adt\u00e9 que d\u2019u\u00adser d\u2019heu\u00adreuses r\u00e9miniscences.<\/p>\n<p>Hen\u00adrik&nbsp;Ibsen&nbsp;?\u2026<\/p>\n<p>Cr\u00e9a\u00adteur de g\u00e9nie dont l\u2019\u0153uvre s\u2019im\u00adpr\u00e8gne de cette aus\u00adt\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 qui, quoique n\u2019ex\u00adcluant point la valeu\u00adreuse joie de vivre, donne \u00e0 l\u2019homme qui veut mon\u00adter jusque sur les cimes, une allure tragique.<\/p>\n<p>Le s\u00e9v\u00e8re Com\u00adpa\u00adgnon de la Pen\u00ads\u00e9e est n\u00e9 le 20 mars 1828, \u00e0 Skien, petite ville de la c\u00f4te nor\u00adv\u00e9\u00adgienne. Pris entre la pro\u00addi\u00adga\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019un p\u00e8re actif et tr\u00e8s \u00e9ner\u00adgique qui ne se refuse jamais \u00e0 la bom\u00adbance qui entra\u00eene ses \u00e9lus vers la perte d\u2019eux-m\u00eames, et l\u2019au\u00adto\u00adri\u00adt\u00e9 qua\u00adsi\u00adment tyran\u00adnique d\u2019une m\u00e8re dont la rigi\u00addi\u00adt\u00e9 et l\u2019a\u00adva\u00adrice sont les actes essen\u00adtiels, le bam\u00adbin est plei\u00adne\u00adment livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame. En ce lieu, jamais la ten\u00addresse ne vint le visiter.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Le ciel est sans lumi\u00e8re. Les \u00eatres sont sans ten\u00addresse. Les choses m\u00eames vont deve\u00adnir hos\u00adtiles. Ibsen n\u2019a pas dix ans lorsque, brus\u00adque\u00adment, les affaires de son p\u00e8re p\u00e9ri\u00adclitent. En 1836, le riche n\u00e9go\u00adciant arr\u00eate ses paie\u00adments et c\u2019est la ruine. Il faut quit\u00adter la mai\u00adson et tous les objets fami\u00adliers. Il faut quit\u00adter la ville et rompre avec la soci\u00e9\u00adt\u00e9 \u00e0 laquelle on avait tant fait f\u00eate, le doyen, le capi\u00adtaine et tout le bata\u00adclan\u2026 La tris\u00adtesse s\u2019ins\u00adtalle d\u00e9sor\u00admais \u00e0 demeure dans le logis nou\u00adveau. L\u2019en\u00adfant subit direc\u00adte\u00adment le contre-coup du d\u00e9sastre. Sa ten\u00addresse igno\u00adr\u00e9e est meur\u00adtrie davan\u00adtage. Et l\u2019in\u00advi\u00adsible \u00e9tau serre encore plus son c\u0153ur. Huit ann\u00e9es vont pas\u00adser durant les\u00adquelles aucune lueur ne vien\u00addra \u00e9clai\u00adrer la vo\u00fbte sous laquelle il gran\u00addit\u2026 \u00c0 seize ans, il est orphe\u00adlin.&nbsp;\u00bb [[Fran\u00ad\u00e7ois Cru\u00adcy&nbsp;: <i>Por\u00adtraits d\u2019hier<\/i>.]]<\/p>\n<p>Pour satis\u00adfaire la n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 imp\u00e9\u00adrieuse, Ibsen entre chez un phar\u00adma\u00adcien de Grim\u00adstad. L\u00e0, il se sent tout autre que dans le milieu fami\u00adlial. Son tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adment de sau\u00advage, le taci\u00adturne et le pes\u00adsi\u00admisme qu\u2019il porte en lui, le tenaillent tr\u00e8s sou\u00advent\u2026 Mais, il se sent plus libre, parce que d\u00e9li\u00advr\u00e9 de ces liens de paren\u00adt\u00e9 qui l\u2019emp\u00eachaient de se bien trou\u00adver. Sur le seuil de la \u00ab&nbsp;<i>d\u00e9li\u00advrance<\/i>&nbsp;\u00bb, Ibsen regarde\u2026 Ibsen \u00e9coute&nbsp;: sa pro\u00adfonde tris\u00adtesse et son immense inqui\u00e9\u00adtude l\u2019in\u00adcitent \u00e0 sur\u00adpas\u00adser la trop quo\u00adti\u00addienne et com\u00admune des vies, afin de pou\u00advoir bien sai\u00adsir le sens de l\u2019exis\u00adtence h\u00e9ro\u00efque.<\/p>\n<p>L\u2019aide-phar\u00adma\u00adcien de Grim\u00adstad est \u00e0 la porte de la \u00ab&nbsp;<i>R\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adtion<\/i>&nbsp;\u00bb\u2026 Aujourd\u2019\u00adhui, c\u2019est le gamin qui b\u00fbche fer\u00adme\u00adment pour se rendre apte \u00e0 pos\u00ads\u00e9\u00adder la Vie\u2026 Demain, ce sera le fervent batailleur qui ren\u00adtre\u00adra dans la lutte pour ne c\u00e9der qu\u2019\u00e0 la&nbsp;mort.<\/p>\n<p>Pre\u00admi\u00e8re pro\u00adduc\u00adtion. Gourme de jeu\u00adnesse&nbsp;: <i>Cata\u00adli\u00adna<\/i>.<\/p>\n<p>Pre\u00admier ins\u00adtant des embal\u00adle\u00adments g\u00e9n\u00e9\u00adreux\u2026 Bonds for\u00admi\u00addables que fait le c\u0153ur sans son\u00adger \u00e0 la direc\u00adtive de l\u2019Esprit&nbsp;:<\/p>\n<poesie>Je suis I\u201chomme dont le c\u0153ur bat pour la libert\u00e9,<br>\nL\u2019en\u00adne\u00admi d\u00e9cla\u00adr\u00e9 de toute injustice,<br>\nL\u2019a\u00admi des oppri\u00adm\u00e9s et des faibles,<br>\nL\u2019homme enfin qui br\u00fble du d\u00e9sir insatiable<br>\nDe ren\u00adver\u00adser les puis\u00adsants du&nbsp;jour<br>\n(<i>Cata\u00adli\u00adna<\/i>).<\/poesie>\n<p>En 1850, le voi\u00adl\u00e0 \u00e0 l\u2019U\u00adni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9 de Chris\u00adtia\u00adna. L\u00e0, il ren\u00adcon\u00adtre\u00adra ses cama\u00adrades du d\u00e9but, ceux qui sont un peu de son monde&nbsp;: Bj\u00f6rn\u00adson, Vinje,  Bot\u00adten, Han\u00adsen et quelques autres encore\u2026 Avec ces cama\u00adrades, il fonde une revue&nbsp;; laquelle se montre har\u00addie et mordante.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Ayant quit\u00adt\u00e9 l\u2019\u00e9\u00adcole, il se trouve sans res\u00adsources. Un ma\u00eetre de vio\u00adlon, Ole Bull, s\u2019in\u00adt\u00e9\u00adresse \u00e0 son effort. Le th\u00e9\u00e2tre de Ber\u00adgen va ouvrir ses portes. Par Ole Bull, Ibsen obtient la direction.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Il va occu\u00adper ce poste jus\u00adqu\u2019en 1857. Il le quit\u00adte\u00adra pour aller diri\u00adger le th\u00e9\u00e2tre de Chris\u00adtia\u00adna, o\u00f9 il res\u00adte\u00adra jus\u00adqu\u2019en 1862. Entre temps, Ibsen se marie\u00adra. Il \u00e9pou\u00adse\u00adra Suzanne Dace Tho\u00adre\u00adsen, com\u00adpagne qui sem\u00adblait \u00e9lue, femme sup\u00e9\u00adrieure, \u00e9pouse \u00e0 laquelle, le cr\u00e9a\u00adteur de g\u00e9nie sou\u00admet\u00adtra d\u00e9sor\u00admais toutes ses pen\u00ads\u00e9es et qui, tout en res\u00adtant dans l\u2019ombre, ne ces\u00adse\u00adra plus de l\u2019ai\u00adder dans son \u0153uvre.&nbsp;\u00bb [[Fran\u00ad\u00e7ois Cru\u00adcy, <i>Por\u00adtraits d\u2019hier<\/i>.]]<\/p>\n<p>Si, quand vinrent les ann\u00e9es der\u00adni\u00e8res, Ibsen ne sut point r\u00e9sis\u00adter aux cajo\u00adle\u00adries de quelques hon\u00adneurs\u200a\u2014\u200achose que je d\u00e9plore \u00e9nor\u00adm\u00e9\u00adment\u200a\u2014\u200ail ne faut pas oublier que, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 36 ans, \u00e9coeu\u00adr\u00e9 des pro\u00adc\u00e9\u00add\u00e9s des ma\u00eetres du jour, talon\u00adn\u00e9 par la mis\u00e8re, indi\u00adgn\u00e9 et incom\u00adpris, chas\u00ads\u00e9, parce que trop auda\u00adcieux pour les non\u00adcha\u00adlants qui sem\u00adblaient l\u2019ac\u00adcla\u00admer, il s\u2019exile\u2026 Il arrive \u00e0 Rome en juin 1864. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de 65 ans, il ren\u00adtre\u00adra en Nor\u00adv\u00e8ge. Il meurt \u00e0 Chi\u00adris\u00adtia\u00adna, \u00e2g\u00e9 de pr\u00e8s de 80&nbsp;ans.<\/p>\n<p>Th\u00e9\u00e2\u00adtreux et gens des planches ne peuvent que d\u00e9dai\u00adgner celui qui construi\u00adsit tant de belles et nobles choses dans la solitude.<\/p>\n<p>D\u00e9dai\u00adgner&nbsp;!\u2026 C\u2019est peut-\u00eatre trop dire\u2026 Le connaissent-ils seule\u00adment ceux qui, pour se faire jouer, ne savent que b\u00e2tir avec le plus stu\u00adpide et le plus com\u00admun des cou\u00adchages&nbsp;; ne savent que faire luire aux yeux d\u2019un public qui consent \u00e0 les fr\u00e9\u00adquen\u00adter pour dig\u00e9\u00adrer, can\u00adca\u00adner ou dor\u00admir, l\u2019\u00e9\u00adtoile de la sous-psy\u00adcha\u00adna\u00adlyse, les temples o\u00f9 Plu\u00adtus et Mam\u00admon se regorgent d\u2019or, comme de crimes et d\u2019in\u00adso\u00adlentes b\u00eatises&nbsp;!&nbsp;!<\/p>\n<p>Si les peuples ont les diri\u00adgeants qu\u2019ils m\u00e9ritent, pour\u00adquoi ne point ajou\u00adter&nbsp;: les spec\u00adta\u00adteurs ont les pi\u00e8ces qui sont \u00e0 la por\u00adt\u00e9e de leur lourde igno\u00adrance et de leur pr\u00e9\u00adten\u00adtieuse cr\u00e2nerie.<\/p>\n<p>Les Affaires sont les Affaires&nbsp;!<\/p>\n<p>Enfin&nbsp;!\u2026 Lais\u00adsons les ani\u00adma\u00adteurs tirer les ficelles, les pan\u00adtins s\u2019a\u00adgi\u00adter et les pauvres d\u2019es\u00adprit cher\u00adcher leur royaume&nbsp;: jetons un regard vers l\u2019aigle qui&nbsp;plane.<\/p>\n<p>Trans\u00adpo\u00adsi\u00adtion&nbsp;: le pre\u00admier tableau qui se pr\u00e9\u00adsente \u00e0 nos yeux, c\u2019est la <i>Com\u00e9\u00addie de l\u2019A\u00admour<\/i>. <\/p>\n<p>Pein\u00adture phi\u00adlo\u00adso\u00adphique de l\u2019a\u00admour en tant que mani\u00adfes\u00adta\u00adtion l\u00e9gale.<\/p>\n<p>Voi\u00adci deux \u00ab&nbsp;\u00e2mes&nbsp;\u00bb \u00e9chap\u00adp\u00e9es des ambiances o\u00f9 pr\u00f4nent en ma\u00eetres et le vul\u00adgaire et la tr\u00e8s com\u00admune habi\u00adtude\u2026 Ces \u00ab&nbsp;lueurs&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9\u00adlancent vers le point o\u00f9 l\u2019hy\u00adpo\u00adcri\u00adsie ne peut point&nbsp;vivre&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>Falk \u00e0 Svan\u00adhild<\/i>&nbsp;: 0 Svan\u00adhild, soyons fid\u00e8\u00adle\u00adment per\u00ads\u00e9\u00adv\u00e9\u00adrants. O ma fra\u00eeche fleur des champs, com\u00adment pour\u00adrais-tu vivre en ce s\u00e9pulcre&nbsp;? C\u2019est cela pour\u00adtant qu\u2019ils appellent le prin\u00adtemps de la vie&nbsp;! Une sen\u00adteur de cadavre \u00e9mane de l\u2019\u00e9\u00adpoux et de l\u2019\u00e9\u00adpouse&nbsp;; oui, de ces deux \u00eatres qui s\u2019en vont par couple au long des rues en sou\u00adriant des l\u00e8vres, tan\u00addis que le men\u00adsonge, cimen\u00adt\u00e9 dans leur conscience, \u00e9touffe jus\u00adqu\u2019\u00e0 leurs aspi\u00adra\u00adtions&nbsp;! Et ils appellent cela vivre&nbsp;! Grand Dieu&nbsp;! Un pareil lot vaut-il si grands gestes&nbsp;? \u00c9le\u00adver des trou\u00adpeaux d\u2019en\u00adfants dans ce but, les nour\u00adrir de droi\u00adture et les engrais\u00adser de devoir, les fumer de croyance pen\u00addant un court prin\u00adtemps, puis tuer leur \u00e2me quand l\u2019heure sonne.&nbsp;\u00bb (Ibsen, <i>La Com\u00e9\u00addie de l\u2019A\u00admour<\/i>).<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Svan\u00adhild \u00e0 Falk&nbsp;: J\u2019\u00e9\u00adtais comme \u00e9tran\u00adg\u00e8re dans la mai\u00adson mater\u00adnelle, mon \u00e2me m\u00eame \u00e9tait iso\u00adl\u00e9e devant ma conscience&nbsp;; triste par\u00admi ceux qui riaient, je me sen\u00adtais sans force, au-des\u00adsous de tout. C\u2019est alors que tu es venu, et pour la pre\u00admi\u00e8re fois j\u2019en\u00adten\u00addis les pen\u00ads\u00e9es qui m\u2019ob\u00ads\u00e9\u00addaient tra\u00adduites par un autre \u00eatre. Ce que j\u2019a\u00advais vague\u00adment r\u00eav\u00e9, toi tu l\u2019ex\u00adpri\u00admais net\u00adte\u00adment, avec la fier\u00adt\u00e9 de ta jeu\u00adnesse, tu le pro\u00adcla\u00admais na\u00ef\u00adve\u00adment devant ces \u00e9ner\u00adv\u00e9s de la vie. D\u2019a\u00adbord, ton esprit acerbe m\u2019ef\u00adfraya, ensuite il me char\u00adma, de m\u00eame la mer est atti\u00adr\u00e9e par\u00adfois vers des rives fleu\u00adries, repous\u00ads\u00e9e par\u00adfois aus\u00adsi par des rochers&nbsp;! Main\u00adte\u00adnant je connais le fond de ton \u00e2me, tu me pos\u00ads\u00e8des tout enti\u00e8re, tu es le rivage fleu\u00adri qui sol\u00adli\u00adcite le flot de la mer et, pour toi, ami, mon c\u0153ur sera tou\u00adjours le flux, jamais le reflux.&nbsp;\u00bb (Ibsen&nbsp;: <i>La Com\u00e9\u00addie de l\u2019A\u00admour<\/i>).<\/p>\n<p>H\u00e9las&nbsp;! cet essai de conqu\u00eate ne fut qu\u2019une faillite&nbsp;: devant la f\u00e9ro\u00adci\u00adt\u00e9 de l\u2019exis\u00adtence et aus\u00adsi devant la d\u00e9tresse des pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9s f\u00e9mi\u00adnines, Svan\u00adhild\u200a\u2014\u200ala tr\u00e8s \u00e9veill\u00e9e\u200a\u2014\u200as\u2019est endor\u00admie dans le m\u00e9diocre lit de l\u2019exis\u00adtence monotone.<\/p>\n<p>Arri\u00e8re, les fai\u00adblards&nbsp;!&nbsp;! \u2026 Voi\u00adci <i>Brand<\/i> qui clame son po\u00e8me si plein d\u2019ul\u00adtime gran\u00addeur\u2026 C\u2019est l\u2019Ab\u00adso\u00adlu (cet accou\u00adcheur d\u2019I\u00add\u00e9al) qui veut d\u00e9vo\u00adrer ce rela\u00adtif qui accom\u00adpagne tant de viri\u00adli\u00adt\u00e9s vers la tombe bien avant leur heure derni\u00e8re\u2026<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;<i>Tout ou Rien<\/i>&nbsp;\u00bb&nbsp;?\u2026 \u00c9ter\u00adnel pro\u00adbl\u00e8me de notre des\u00adti\u00adn\u00e9e\u2026 C\u2019est aus\u00adsi le r\u00eave qui s\u2019in\u00adcline devant l\u2019a\u00adtro\u00adci\u00adt\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00eaveurs pro\u00adfonds, n\u2019al\u00adlez pas oublier que vos pieds doivent s\u2019ap\u00adpuyer sur un monde que votre cer\u00advelle r\u00e9prouve.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas un mot qu\u2019on tra\u00eene dans la boue comme le mot <i>cha\u00adri\u00adt\u00e9<\/i>. Avec une ruse dia\u00adbo\u00adlique, on en fait un voile pour mas\u00adquer l\u2019ab\u00adsence de volon\u00adt\u00e9 et la vie devient un jeu de coquet\u00adte\u00adrie. A\u2011t-on assez d\u2019un sen\u00adtier abrupt et glis\u00adsant, on l\u2019a\u00adban\u00addonne pour suivre l\u2019a\u00admour. Pr\u00e9\u00adf\u00e8re-t-on le grand che\u00admin, on s\u2019y engage par amour. Voit-on le but, mais craint-on de com\u00adbattre, on compte vaincre quand m\u00eame par l\u2019a\u00admour. S\u2019\u00e9\u00adgare-t-on en connais\u00adsant le vrai, on a un point de rep\u00e8re, l\u2019a\u00admour&nbsp;!&nbsp;\u00bb (Ibsen&nbsp;: <i>Brand<\/i>.)<\/p>\n<p>Cette croi\u00adsade ins\u00adpi\u00adr\u00e9e par le d\u00e9go\u00fbt des sous-hommes fait dire \u00e0&nbsp;Ibsen&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Cha\u00adcun d\u2019eux est ins\u00adtruit \u00e0 \u00eatre un peu de tout. Il pos\u00ads\u00e8de un peu de s\u00e9rieux pour s\u2019en parer le dimanche, un peu de bonne foi pour \u00eatre comme nos p\u00e8res, un peu de paillar\u00addise \u00e0 l\u2019is\u00adsue des ban\u00adquets\u2026 un peu de feu au c\u0153ur quand on a fes\u00adtoy\u00e9\u2026 un peu de l\u00e9g\u00e8\u00adre\u00adt\u00e9 \u00e0 pro\u00admettre\u2026 un peu de finas\u00adse\u00adrie quand il s\u2019a\u00adgit de tenir. Mais je le r\u00e9p\u00e8te, il ne pos\u00ads\u00e8de tout cela qu\u2019en tr\u00e8s petites doses. Ses ver\u00adtus et ses vices ne vont pas bien loin. Dans les grandes choses, comme dans les petites, il est tou\u00adjours fait de tron\u00ad\u00e7ons, tron\u00ad\u00e7ons de bien, tron\u00ad\u00e7ons de mal&nbsp;; mais ce qu\u2019il y a de pire, c\u2019est que cha\u00adcun de ses tron\u00ad\u00e7ons est en \u00e9tat de d\u00e9truire les autres.&nbsp;\u00bb (Ibsen).<\/p>\n<p>Angois\u00adsant dilemme&nbsp;: Liber\u00adt\u00e9&nbsp;?\u2026 D\u00e9ter\u00admi\u00adnisme&nbsp;?\u2026 Duel poi\u00adgnant qui r\u00e8gne au sein de l\u2019In\u00addi\u00advi\u00addu m\u00eame. En ligne&nbsp;!&nbsp;! Le c\u0153ur plein de ten\u00addresse se doit mesu\u00adrer avec le cer\u00adveau qui ruis\u00adselle de connaissances.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Tout ou&nbsp;Rien&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n<p>Volon\u00adt\u00e9 de \u00ab&nbsp;Un&nbsp;\u00bb qui s\u2019op\u00adpose \u00e0 la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 des mul\u00adti\u00adtudes\u2026 Conflit r\u00e9gnant depuis tou\u00adjours entre la trans\u00adcen\u00addance et le gr\u00e9\u00adgaire. Drame splen\u00addide que ne connaissent que les grandes \u00e2mes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Fresque nou\u00advelle&nbsp;: <i>Empe\u00adreur et Gali\u00adl\u00e9en<\/i>.<\/p>\n<p>Bataille entre ces deux vou\u00adloirs&nbsp;: le monde antique et le monde chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>Repos&nbsp;!&nbsp;! C\u2019est <i>Peer Gynt<\/i> qui se pavane.<\/p>\n<p>Ibsen ayant don\u00adn\u00e9 \u00e0 fond dans <i>Brand<\/i>, veut se diver\u00adtir un&nbsp;peu.<\/p>\n<p>Voi\u00adl\u00e0 la com\u00e9\u00addie-bouffe et le vaste po\u00e8me du lais\u00adser-aller de la&nbsp;Vie.<\/p>\n<p>Inter\u00adro\u00adgez <i>Peer Gynt<\/i>, il vous&nbsp;dira&nbsp;:<\/p>\n<poesie>\u00ab&nbsp;\u2026la vie est un dr\u00f4le d\u2019instrument,<br>\nMuet, ou r\u00e9pon\u00addant par une note fausse,<br>\nOn vou\u00addrait en jouer, et l\u2019on ne sait comment,<br>\nDu sot qui l\u2019\u00e9\u00adtu\u00addie on dirait qu\u2019il se gausse.&nbsp;\u00bb<\/poesie>\n<p>Ils \u00e9taient aveugles, ceux qui nom\u00adm\u00e8rent <i>Peer Gynt<\/i> \u00ab&nbsp;miroir des id\u00e9es ibs\u00e9niennes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Un d\u00e9las\u00adse\u00adment qui se veut encore enchan\u00adteur, parce que plein de lumi\u00e8re et de lyrisme&nbsp;: <i>une fol\u00e2tre folie qui est embau\u00adm\u00e9e de sagesse<\/i>&nbsp;!&nbsp;!<\/p>\n<p>Les enfants naissent tou\u00adjours&nbsp;!\u2026 Quelle heu\u00adreuse f\u00e9con\u00addi\u00adt\u00e9&nbsp;!\u2026 Regar\u00addez <i>Hed\u00adda Gabler<\/i>&nbsp;; <i>Sol\u00adness le Construc\u00adteur<\/i>&nbsp;; <i>Le petit Eyolf<\/i>&nbsp;; <i>Jean-Gabriel Bork\u00admann<\/i>&nbsp;; <i>Quand nous nous r\u00e9veille\u00adrons d\u2019entre les Morts<\/i>&nbsp;; <i>Les Sou\u00adtiens de la Soci\u00e9\u00adt\u00e9<\/i>&nbsp;; <i>L\u2019U\u00adnion des Jeunes<\/i> qui s\u2019a\u00adgitent jus\u00adqu\u2019\u00e0 \u00e9ba\u00adhir \u00ab&nbsp;tout le&nbsp;monde&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Un grand coup se pr\u00e9pare&nbsp;!&nbsp;!<\/p>\n<p>Chut&nbsp;!\u2026 Voi\u00adl\u00e0 <i>Mai\u00adson de Pou\u00adp\u00e9e<\/i>.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Si <i>Mai\u00adson de Pou\u00adp\u00e9e<\/i> a conquis le public, c\u2019est que la figure de Nora fut vrai\u00adment prise sur le vif. La gaie\u00adt\u00e9 de Nora, puis les craintes, l\u2019an\u00adgoisse, la dou\u00adleur de Nora, impres\u00adsionnent si fort qu\u2019on ferme les yeux sur la fin du drame et qu\u2019on passe sur le d\u00e9part de&nbsp;Nora.<\/p>\n<p>Vous connais\u00adsez l\u2019his\u00adtoire du double d\u00e9noue\u00adment de <i>Mai\u00adson de Pou\u00adp\u00e9e<\/i>. \u00c0 la demande d\u2019une com\u00e9\u00addienne fameuse qui devait pro\u00adme\u00adner la pi\u00e8ce dans toute l\u2019Al\u00adle\u00admagne, Ibsen avait consen\u00adti \u00e0 cor\u00adri\u00adger la der\u00adni\u00e8re sc\u00e8ne. C\u00e9dant \u00e0 l\u2019a\u00admour mater\u00adnel, Nora reve\u00adnait sur sa d\u00e9ci\u00adsion \u00e0 la der\u00adni\u00e8re seconde\u2026 et res\u00adtait au&nbsp;logis.<\/p>\n<p>C\u2019est qu\u2019en v\u00e9ri\u00adt\u00e9, il faut faire effort pour accep\u00adter le d\u00e9part de Nora, j\u2019en\u00adtends pour ne pas pro\u00adtes\u00adter contre l\u2019in\u00advrai\u00adsem\u00adblance. Le r\u00f4le de la femme dans notre soci\u00e9\u00adt\u00e9\u200a\u2014\u200aluxe ou uti\u00adli\u00adt\u00e9\u200a\u2014\u200aest depuis long\u00adtemps fix\u00e9&nbsp;: la pou\u00adp\u00e9e d\u2019Hel\u00admer, ou la dis\u00adtrac\u00adtion du pro\u00adfes\u00adseur Rubeck, jamais la com\u00adpagne v\u00e9ri\u00adtable. Lorsque Nora reproche&nbsp;: \u00ab&nbsp;Jamais nous n\u2019a\u00advons cher\u00adch\u00e9 en com\u00admun \u00e0 voir au fond des choses&nbsp;\u00bb. les meilleurs par\u00admi nous mur\u00admurent&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il ne man\u00adque\u00adrait plus que cela&nbsp;!&nbsp;\u00bb Les autres qui pro\u00adtestent, bour\u00adgeois ran\u00adg\u00e9s, hommes ver\u00adtueux, ne veulent pas avouer qu\u2019il n\u2019y a \u00ab&nbsp;recherche en com\u00admun&nbsp;\u00bb qu\u2019en ce qui concerne l\u2019in\u00adt\u00e9\u00adr\u00eat qui les lie \u00e0 un coffre com\u00admun\u2026 L\u2019homme et la femme font ain\u00adsi le voyage de la vie sur deux plans dif\u00adf\u00e9\u00adrents&nbsp;; d\u2019o\u00f9 d\u00e9sac\u00adcord fata\u00adle\u00adment. Qu\u2019il y ait des \u00eatres qui en souffrent, rien d\u2019ex\u00adtra\u00ador\u00addi\u00adnaire. Mais que Nora ne le sup\u00adporte pas, il y a de quoi nous sur\u00adprendre, \u00e9tant ce que nous sommes.<\/p>\n<p>Mais, si Nora per\u00adsiste&nbsp;?\u2026 Ah&nbsp;! si Nora per\u00adsiste, alors c\u2019est une r\u00e9volution&nbsp;!<\/p>\n<p><sc>Hel\u00admer<\/sc><br>\n<br>\u00ab&nbsp;\u2026 Ain\u00adsi tu tra\u00adhi\u00adrais les devoirs les plus sacr\u00e9s&nbsp;!<br>\n<br><sc>Nora<\/sc><br>\n<br>Que consi\u00add\u00e8res-tu comme mes devoirs les plus sacr\u00e9s&nbsp;?<br>\n<br><sc>Hel\u00admer<\/sc><br>\n<br>Ai-je besoin de te le dire&nbsp;? Ne sont-ce pas tes devoirs, envers ton mari et tes enfants&nbsp;?<br>\n<br><sc>Nora<\/sc><br>\n<br>J\u2019en ai d\u2019autres tout aus\u00adsi sacr\u00e9s.<br>\n<br><sc>Hel\u00admer<\/sc><br>\n<br>Tu n\u2019en as pas. Quels seraient ces devoirs&nbsp;?<br>\n<br><sc>Nora<\/sc><br>\n<br>Mes devoirs envers moi-m\u00eame\u2026<br>\n<br><sc>Hel\u00admer<\/sc><br>\n<br>Avant tout, tu es \u00e9pouse et&nbsp;m\u00e8re.<br>\n<br><sc>Nora<\/sc><br>\nJe ne crois plus \u00e0 cela. Je crois qu\u2019a\u00advant tout je suis un \u00eatre humain, au m\u00eame titre que toi\u2026 ou qu\u2019au moins, je dois essayer de le deve\u00adnir\u2026&nbsp;\u00bb (Hen\u00adrik Ibsen&nbsp;: <i>Mai\u00adson de Pou\u00adp\u00e9e<\/i>).<\/p>\n<p>C\u2019est encore aujourd\u2019\u00adhui l\u2019ef\u00adfrayante his\u00adtoire du drame d\u2019\u00eatre deux&nbsp;: \u00e0 la tyran\u00adnie voyante ou mas\u00adqu\u00e9e du m\u00e2le, la femme oppose tr\u00e8s adroi\u00adte\u00adment la fine ruse f\u00e9mi\u00adnine.\u2026 \u00c0 l\u2019er\u00adreur et l\u2019in\u00adjus\u00adtice de l\u2019un, vient s\u2019a\u00adjou\u00adter le men\u00adsonge c\u00e2lin de l\u2019autre&nbsp;: voyez la par\u00adfaite com\u00e9\u00addie de l\u2019hy\u00adpo\u00adcri\u00adsie r\u00e9ciprocitaire.<\/p>\n<p>[|<b>\u2015 O \u2015<\/b>|]<br>\n<br>\nEt moi, crient tous en ch\u0153ur les enfants oubli\u00e9s&nbsp;!&nbsp;!<\/p>\n<p><i>Le Canard Sau\u00advage, Ros\u00admer\u00adsholm, La Dame de la Mer, Un enne\u00admi du Peuple.<\/i><\/p>\n<p>Un Enne\u00admi du Peuple reste le r\u00e9qui\u00adsi\u00adtoire le plus fameux contre l\u2019es\u00adprit de tra\u00addi\u00adtion et de conser\u00adva\u00adtion sociale\u2026 Nous voyons l\u00e0, le pen\u00adseur\u200a\u2014\u200aqui tou\u00adjours \u00e9pris d\u2019ac\u00adtion\u200a\u2014\u200acherche \u00e0 bri\u00adser les liens qui veulent le rat\u00adta\u00adcher aux conven\u00adtions qui sont trop vieilles et trop us\u00e9es pour lui&nbsp;: c\u2019est la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 qui bous\u00adcule le men\u00adsonge jus\u00adqu\u2019\u00e0 le ter\u00adras\u00adser, pour pou\u00advoir le bien \u00e9trangler.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Les enne\u00admis les plus dan\u00adge\u00adreux de la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 et de la liber\u00adt\u00e9 par\u00admi nous, c\u2019est la majo\u00adri\u00adt\u00e9 com\u00adpacte\u2026 La majo\u00adri\u00adt\u00e9 n\u2019a jamais rai\u00adson&nbsp;: jamais&nbsp;! C\u2019est un de ces men\u00adsonges sociaux contre les\u00adquels un homme libre de ses actes et de ses pen\u00ads\u00e9es doit se r\u00e9vol\u00adter\u2026 La majo\u00adri\u00adt\u00e9 \u00e0 la force\u2026 Mal\u00adheu\u00adreu\u00adse\u00adment&nbsp;; mais elle n\u2019a pas rai\u00adson. La mino\u00adri\u00adt\u00e9 a tou\u00adjours rai\u00adson. Je pense \u00e0 cette \u00e9lite qui est par\u00admi nous et qui a adop\u00adt\u00e9 toutes les v\u00e9ri\u00adt\u00e9s nais\u00adsantes. Ces gens-l\u00e0 se trouvent aux extr\u00eames avant-gardes, si loin que la majo\u00adri\u00adt\u00e9 com\u00adpacte ne les a pas encore rejoints, et l\u00e0, ils luttent pour des v\u00e9ri\u00adt\u00e9s qui sont encore trop nou\u00advelles dans le monde pour \u00eatre com\u00adprises et recon\u00adnues par la majo\u00adri\u00adt\u00e9.&nbsp;\u00bb (<i>Un Enne\u00admi du Peuple<\/i>).<\/p>\n<p>N\u2019al\u00adlez point croire que j\u2019ai vou\u00adlu vous racon\u00adter Ibsen\u2026 Ibsen ne se raconte point.<\/p>\n<p>Il faut sen\u00adtir, vibrer et \u00eatre infi\u00adni\u00adment r\u00e9vol\u00adt\u00e9 contre tout ce qui ment, braille, hurle et h\u00e8le, pour atti\u00adrer \u00e0 soi et en soi (sur\u00adtout&nbsp;!) la quin\u00adtes\u00adsence du \u00ab&nbsp;tout ou&nbsp;rien&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Tou\u00adjours dres\u00ads\u00e9 contre les \u00ab&nbsp;chiens d\u2019at\u00adtache&nbsp;\u00bb, le grand r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire de \u00ab&nbsp;Esprit humain&nbsp;\u00bb n\u2019\u00e9\u00adtait point un sp\u00e9\u00adcia\u00adliste&nbsp;: c\u2019\u00e9\u00adtait l\u2019In\u00addi\u00advi\u00addu qui lut\u00adtait avec fer\u00adveur contre le Par\u00adti, tous les Par\u00adtis. Il ne se g\u00eanait point pour dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n\u2019at\u00adtends pas de la vic\u00adtoire qu\u2019elle nous donne une r\u00e9forme durable&nbsp;; jus\u00adqu\u2019i\u00adci la marche en avant nous a tou\u00adjours fait pas\u00adser d\u2019une erreur dans une autre. Mais la lutte a du bon elle est saine, elle rafra\u00ee\u00adchit. (<i>Hen\u00adrik Ibsen \u00e0 Bran\u00add\u00e8s<\/i>).<\/p>\n<p>Ici doit se poser la ques\u00adtion essen\u00adtielle du pro\u00adbl\u00e8me&nbsp;: L\u2019in\u00addi\u00advi\u00addua\u00adlisme d\u00e9fen\u00adsif peut-il \u00eatre quelque chose de \u00ab&nbsp;puis\u00adsant&nbsp;\u00bb ou de \u00ab&nbsp;pr\u00e9-har\u00admo\u00adnique&nbsp;\u00bb, sans son com\u00adpl\u00e9\u00adment indis\u00adpen\u00adsable, l\u2019in\u00addi\u00advi\u00addua\u00adlisme agressif&nbsp;!&nbsp;!<\/p>\n<p>Seuls, les dilet\u00adtantes peuvent se conten\u00adter d\u2019un indi\u00advi\u00addua\u00adlisme amput\u00e9.<\/p>\n<p>Seuls, les \u00ab&nbsp;Uniques&nbsp;\u00bb savent com\u00adprendre ample\u00adment qu\u2019il n\u2019y a point de \u00ab&nbsp;d\u00e9fense&nbsp;\u00bb qui puisse satis\u00adfaire leur ferme d\u00e9sir d\u2019\u00eatre libres jus\u00adqu\u2019aux plus ultimes pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9s bio\u00adlo\u00adgiques, sans l\u2019i\u00advresse dio\u00adny\u00adsiaque de \u00ab&nbsp;l\u2019at\u00adtaque&nbsp;\u00bb. C\u2019est l\u2019his\u00adtoire de la Pen\u00ads\u00e9e qui n\u2019o\u00adp\u00e8re jamais sans l\u2019Action.<\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre d\u2019Ib\u00adsen est un conti\u00adnuel mou\u00adve\u00adment alter\u00adna\u00adtif&nbsp;: d\u00e9fense-attaque. Chez ce dra\u00adma\u00adturge, les h\u00e9ros se risquent tou\u00adjours jus\u00adqu\u2019\u00e0 l\u2019ex\u00adtr\u00eame limite du <i>vou\u00adloir<\/i> et du <i>pou\u00advoir<\/i> humains.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019O\u00adc\u00e9an qui d\u00e9ferle, la tem\u00adp\u00eate qui mugit, l\u2019o\u00adrage qui gronde.<\/p>\n<p>Au sujet d\u2019un reproche qui lui fut fait, Ibsen r\u00e9pondit&nbsp;:<\/p>\n<p>[|<i>\u00c0 un ora\u00adteur r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire<\/i>|]<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Vous dites que je me suis fait conser\u00adva\u00adteur. Je suis ce que je fus toute ma vie. Je ne joue pas si l\u2019on se borne \u00e0 d\u00e9pla\u00adcer les pions. Ren\u00adver\u00adsez le jeu, je suis votre homme. Je ne connais qu\u2019une seule r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion qui n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 faite par un g\u00e2cheur. Elle d\u00e9passe toutes celles que l\u2019on a faites depuis, et c\u2019est du d\u00e9luge, que je parle. Et pour\u00adtant, m\u00eame en celle-l\u00e0, le diable fut dup\u00e9&nbsp;; No\u00e9, comme vous savez, prit la dic\u00adta\u00adture. Recom\u00admen\u00ad\u00e7ons la chose et plus radi\u00adca\u00adle\u00adment. Il faut pour cela des lut\u00adteurs et des ora\u00adteurs. Vous vous occu\u00adpez, vous autres, de faire cou\u00adler l\u2019arche&nbsp;; moi, j\u2019at\u00adta\u00adche\u00adrai avec all\u00e9\u00adgresse la tor\u00adpille \u00e0 ses flancs.&nbsp;\u00bb [[Fran\u00ad\u00e7ois Cru\u00adcy, <i>Por\u00adtraits d\u2019hier<\/i>.]]<\/p>\n<p>Qu\u2019im\u00adporte le g\u00e2chis qui se fait devant tes yeux, \u00f4 Homme de la tra\u00adgique d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adrance&nbsp;!\u2026 Sais-tu, \u00f4 mon fr\u00e8re de vaillante souf\u00adfrance et de lucide com\u00adpr\u00e9\u00adhen\u00adsion, que les gui\u00adgnols et les poli\u00adchi\u00adnelles se las\u00adse\u00adront de rica\u00adner et de gam\u00adba\u00adder devant les foules d\u00e9c\u00e9\u00adr\u00e9\u00adbr\u00e9es quand vien\u00addra le moment o\u00f9 l\u2019aigle nou\u00adveau enton\u00adne\u00adra l\u2019ode \u00e0 la joie et la puissance&nbsp;!&nbsp;!<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre ne serons-nous (comme hier, h\u00e9las&nbsp;!) qu\u2019une petite poi\u00adgn\u00e9e d\u2019Hommes dont les sens si fine\u00adment aigui\u00ads\u00e9s sur la grande meule qu\u2019est la <i>Vie en exp\u00e9\u00adriences<\/i>, sau\u00adront entendre ce vaste cri dans la&nbsp;nuit&nbsp;!<\/p>\n<p>Qu\u2019im\u00adporte&nbsp;!\u2026<\/p>\n<p>Si aujourd\u2019\u00adhui, toi, moi, lui, eux&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire quelques-uns savent fi\u00e8\u00adre\u00adment et dure\u00adment m\u00eame m\u00e9pri\u00adser une \u00e9poque o\u00f9 le Veau d\u2019Or engrais\u00ads\u00e9 par tous les ser\u00advi\u00adlismes, se gonfle, se gonfle tou\u00adjours (jus\u00adqu\u2019\u00e0 en cre\u00adver pour chan\u00adger de peau, crois-moi)\u2026 Je suis cer\u00adtain, \u00f4 cou\u00adra\u00adgeux d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9 que l\u2019en\u00adthou\u00adsiasme n\u2019a point aban\u00addon\u00adn\u00e9, que demain\u200a\u2014\u200ace coin d\u2019a\u00adve\u00adnir si proche dans lequel se cache l\u2019Es\u00adpoir, toi, moi, lui, eux&nbsp;: c\u2019est-\u00e0-dire les vieux indomp\u00adt\u00e9s et indomp\u00adtables unis aux jeunes rebelles et r\u00e9frac\u00adtaires en puis\u00adsance, sau\u00adront se sou\u00adve\u00adnir, pour enchan\u00adter leur vie, des Hommes et de leurs \u0152uvres.<\/p>\n<p>[\/\u200bA. <sc>Bailly<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un monde o\u00f9 la b\u00eatise et l\u2019in\u00addif\u00adf\u00e9\u00adrence font rage, il est peut-\u00eatre d\u00e9pla\u00adc\u00e9 d\u2019es\u00adsayer de venir cam\u00adper un g\u00e9ant de l\u2019intellectualisme. Qu\u2019im\u00adporte&nbsp;! Sur la boue qui, de plus en plus s\u2019\u00e9\u00adtale, je pose une fleur&nbsp;: puisse celle-ci ne point se fl\u00e9\u00adtrir avant d\u2019a\u00advoir bien odo\u00adr\u00e9 les \u00ab&nbsp;\u00e2mes&nbsp;\u00bb qui recherchent les sen\u00adsa\u00adtions pro\u00adfondes. 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