{"id":309,"date":"1953-03-01T00:13:07","date_gmt":"1953-03-01T00:13:07","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/04\/11\/spectacles\/"},"modified":"2024-04-19T09:46:15","modified_gmt":"2024-04-19T09:46:15","slug":"spectacles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1953\/03\/01\/spectacles\/","title":{"rendered":"Spectacles"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/309?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/309?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p>Sauf les paroles d\u2019une si dis\u00adcr\u00e8te \u00e9mo\u00adtion consa\u00adcr\u00e9es par l\u2019\u00e9quipe du <em>Canard encha\u00ee\u00adn\u00e9<\/em> \u00e0 la dis\u00adpa\u00adri\u00adtion de son vieux col\u00adla\u00adbo\u00adra\u00adteur, il ne semble pas que la mort de ce ma\u00eetre char\u00admant ait beau\u00adcoup rete\u00adnu l\u2019attention de nos contem\u00adpo\u00adrains, trop occu\u00adp\u00e9s de la per\u00adp\u00e9\u00adtuelle bous\u00adcu\u00adlade qu\u2019ils appellent leur vie ou leur \u00ab&nbsp;pen\u00ads\u00e9e&nbsp;\u00bb. C\u2019est d\u00e9ci\u00add\u00e9\u00adment plus que jamais l\u2019occasion de dire que les humo\u00adristes sont les seuls gens s\u00e9rieux, et sen\u00adsibles. Mais peut-\u00eatre, si l\u2019on n\u2019a point l\u2019honneur d\u2019appartenir \u00e0 leur famille, faut-il \u00eatre Fran\u00ad\u00e7ais de l\u2019\u00e9tranger pour sen\u00adtir \u00e0 fond toute la tris\u00adtesse d\u2019une telle perte&nbsp;? D\u00e9li\u00adcieux Gui\u00adlac dont, pen\u00addant tant d\u2019ann\u00e9es, les des\u00adsins auront \u00e9t\u00e9 au nombre des rares richesses qui, de semaine en semaine, nous aid\u00e8rent \u00e0 prendre l\u2019exil en patience. Et main\u00adte\u00adnant qu\u2019il n\u2019est plus, l\u2019on mesure com\u00adbien cer\u00adtaine gen\u00adtillesse fran\u00ad\u00e7aise dont, jusque dans l\u2019irrespect, il fut l\u2019un des der\u00adniers et enchan\u00adteurs repr\u00e9\u00adsen\u00adtants, va man\u00adquer \u00e0 l\u2019univers.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">\u2014 O \u2014<\/h3>\n<p>M\u00eame quand il s\u2019accompagne d\u2019une part de d\u00e9cep\u00adtion, tout film de Cha\u00adplin est plus qu\u2019une \u0153uvre impor\u00adtante&nbsp;: un grand \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adment dans notre vie. Pas d\u2019h\u00e9sitation pos\u00adsible&nbsp;: <em>Lime\u00adlight<\/em> vient au pre\u00admier rang par\u00admi les cr\u00e9a\u00adtions, ne disons pas seule\u00adment de l\u2019\u00e9cran, mais de l\u2019art d\u2019aujourd\u2019hui. Et cepen\u00addant l\u2019on peut se deman\u00adder si la dif\u00adf\u00e9\u00adrence dans l\u2019accueil r\u00e9ser\u00adv\u00e9 \u00e0 cette \u0153uvre en Angle\u00adterre et en France ne vient pas du fait que le public anglais en a for\u00adc\u00e9\u00adment sui\u00advi tout le dia\u00adlogue, le spec\u00adta\u00adteur du conti\u00adnent ayant au contraire le pri\u00advi\u00adl\u00e8ge de devoir s\u2019en tenir plus stric\u00adte\u00adment \u00e0 l\u2019image. La bana\u00adli\u00adt\u00e9 de la \u00ab&nbsp;phi\u00adlo\u00adso\u00adphie&nbsp;\u00bb des paroles ne peut que gagner \u00e0 ne pas \u00eatre enti\u00e8\u00adre\u00adment com\u00adprise. Mais m\u00eame l\u2019image seule, il faut bien le dire, laisse per\u00adplexe. Certes, rien de plus admi\u00adra\u00adble\u00adment r\u00e9gl\u00e9 que l\u2019\u00e9vocation du vieux Londres, la pan\u00adto\u00admime, le bal\u00adlet, les \u00ab&nbsp;num\u00e9\u00adros&nbsp;\u00bb de Cha\u00adplin et l\u2019incomparable sc\u00e8ne de la mort. Mais moins qu\u2019un film, nous avons ici une s\u00e9rie de por\u00adtraits de Cha\u00adplin, cha\u00adcun tr\u00e8s beau, mais dont la suite reste comme fig\u00e9e, sta\u00adtique (impres\u00adsion que d\u00e9ga\u00adgeait aus\u00adsi, jadis, \u00ab&nbsp;le Cirque&nbsp;\u00bb). Peut-\u00eatre l\u2019h\u00e9sitation que l\u2019on \u00e9prouve \u00e0 entrer dans le drame vient-elle de la dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9 de croire que ce Cha\u00adplin, si d\u00e9bor\u00addant de pr\u00e9\u00adsence, d\u2019intelligence et de g\u00e9nie, <em>est<\/em> le clown fini qu\u2019il pr\u00e9\u00adtend incar\u00adner&nbsp;? \u2013 Le som\u00admet de l\u2019accomplissement, c\u2019est, nous a\u2011t-il paru, le num\u00e9\u00adro Cha\u00adplin-Bus\u00adter Kea\u00adton. Mais com\u00adbien sinistre. Ce pia\u00adno, qui perd ses cordes, cette mal\u00e9\u00addic\u00adtion, sous les esp\u00e8ces de l\u2019instrument, d\u2019un monde qui se d\u00e9traque, c\u2019est <em>notre<\/em> monde. On songe et \u00e0 Kaf\u00adka et aux catas\u00adtrophes qui nous guettent. Dans le film, tou\u00adte\u00adfois, cela demeure un pres\u00adti\u00adgieux, et cor\u00adro\u00adsif, mor\u00adceau d\u2019anthologie.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">\u2014 O \u2014<\/h3>\n<p>On parle beau\u00adcoup d\u2019un fl\u00e9\u00adchis\u00adse\u00adment du film fran\u00ad\u00e7ais, et ce ne sont \u00e9vi\u00addem\u00adment pas deux com\u00e9\u00addies l\u00e9g\u00e8res comme <em>Coif\u00adfeur pour dames<\/em> et <em>Ado\u00adrables cr\u00e9a\u00adtures<\/em> qui peuvent pr\u00e9\u00adtendre \u00e0 en res\u00adti\u00adtuer les qua\u00adli\u00adt\u00e9s les plus hautes. Au reste n\u2019y pr\u00e9\u00adtendent-elles aucu\u00adne\u00adment. Mais l\u2019intelligente gr\u00e2ce de Fer\u00adnan\u00addel dans la pre\u00admi\u00e8re, l\u2019excellence, dans la seconde, du dia\u00adlogue, de Fran\u00ad\u00e7ois Per\u00adrier et de ses par\u00adte\u00adnaires f\u00e9mi\u00adnins (jamais Edwige Feuill\u00e8re ni Dani\u00e8le Dar\u00adrieux n\u2019ont \u00e9t\u00e9 meilleures) sont bien agr\u00e9ables. Et quoiqu\u2019il soit de mode de m\u00e9pri\u00adser un peu et m\u00eame beau\u00adcoup ce qui, tout bon\u00adne\u00adment, peut plaire, sans rien de bas ni cou\u00adpage de che\u00adveux en quatre, l\u2019on se dit que le dixi\u00e8me des qua\u00adli\u00adt\u00e9s de ces deux \u0153uvres mineures suf\u00adfi\u00adraient ample\u00adment \u00e0 rendre quelque vie aux fabri\u00adca\u00adtions hol\u00adly\u00adwoo\u00addiennes, voire m\u00eame \u00e0 mettre un tan\u00adti\u00adnet de levain d\u2019esprit dans nombre de films ita\u00adliens des mieux intentionn\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * * *<\/p>\n<p>Il en fau\u00addrait plus du dixi\u00e8me pour sau\u00adver un navet aus\u00adsi navet que <em>Europe 1951<\/em>, de ce pauvre Ros\u00adsel\u00adli\u00adni. D\u00e9j\u00e0, qu\u2019il emploie d\u00e9sor\u00admais son talent \u00e0 s\u2019efforcer de nous per\u00adsua\u00adder de celui de M<sup>me<\/sup>&nbsp;Ingrid Berg\u00admann, si m\u00eame on se r\u00e9p\u00e8te que l\u2019on ne peut pas dis\u00adcu\u00adter des sen\u00adti\u00adments et qu\u2019ils sont tous res\u00adpec\u00adtables, il y a des minutes o\u00f9, au risque d\u2019\u00eatre impo\u00adli, le spec\u00adta\u00adteur ose presque s\u2019avouer ce qu\u2019il en pense. Des minutes qui s\u2019additionnent tout au long de la pro\u00adjec\u00adtion, h\u00e9las&nbsp;! Mais outre cela, la pho\u00adto est si am\u00e9\u00adri\u00adcai\u00adne\u00adment \u00ab&nbsp;propre\u00bb\u2026 Et puis, nous nous rap\u00adpe\u00adlons le sujet magni\u00adfique que Ros\u00adsel\u00adli\u00adni \u00e9tait venu un jour sou\u00admettre \u00e0 Silone. Nous nous le rap\u00adpe\u00adlons, parce que, \u00e0 la r\u00e9flexion, c\u2019est le m\u00eame. Seule\u00adment \u00e0 tel point bana\u00adli\u00ads\u00e9 qu\u2019on a l\u2019impression, lorsqu\u2019on s\u2019en sou\u00advient, d\u2019\u00eatre vic\u00adtime d\u2019un ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8ne de para\u00admn\u00e9\u00adsie. Au fait&nbsp;: puisqu\u2019il est ques\u00adtion de sou\u00adve\u00adnir, Ros\u00adsel\u00adli\u00adni, avant de tour\u00adner <em>Europe 1951<\/em>, a d\u00fb apprendre par c\u0153ur \u00ab&nbsp;Le monde o\u00f9 l\u2019on s\u2019ennuie&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * * *<\/p>\n<p>Le beau film ita\u00adlien, en revanche, que <em>Due sol\u00addi di spe\u00adran\u00adza<\/em>, de Cas\u00adtel\u00adla\u00adni. La th\u00e8se, si th\u00e8se il y a, en est bien ano\u00addine, certes&nbsp;: si dif\u00adfi\u00adcile que soit la vie lorsque, comme par\u00adtout dans le Sud ita\u00adlien, le tra\u00advail manque, elle finit par s\u2019arranger. De Dau\u00addet \u00e0 Pagnol, les \u00ab&nbsp;midis&nbsp;\u00bb semblent avoir un faible pour la \u00ab&nbsp;phi\u00adlo\u00adso\u00adphie&nbsp;\u00bb qui consiste \u00e0 dire&nbsp;: soyons phi\u00adlo\u00adsophes. Avouons que c\u2019est un peu trop \u00e9ty\u00admo\u00adlo\u00adgique. Mais devant ces <em>Deux sous d\u2019espoir<\/em>, ce qu\u2019on s\u2019en moque&nbsp;! Tout le cli\u00admat du pays napo\u00adli\u00adtain est l\u00e0, et son \u00ab&nbsp;\u00e9lo\u00adquence&nbsp;\u00bb (mer\u00adveilleux r\u00f4le de la M\u00e8re), au prix de laquelle les gal\u00e9\u00adjades de Mar\u00adseille font presque effet de laco\u00adnisme bri\u00adtan\u00adnique. \u2013 \u00c7a, c\u2019est du cin\u00e9ma.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * * *<\/p>\n<p><em>Umber\u00adto D<\/em>, de De Sic\u00adca, manque de peu d\u2019\u00eatre aus\u00adsi un chef\u2011d\u2019\u0153uvre. Les prises de vues, le per\u00adson\u00adnage de la bonne \u2013 admi\u00adrable sc\u00e8ne du r\u00e9veil de la pauvre gosse, enceinte&nbsp;\u2013, le mer\u00adveilleux acteur qui incarne Umber\u00adto, tout cela devrait \u00eatre inou\u00adbliable. Mal\u00adheu\u00adreu\u00adse\u00adment, le sen\u00adti\u00admen\u00adta\u00adlisme qui, \u00e0 la dif\u00adf\u00e9\u00adrence de ce qu\u2019\u00e9prouv\u00e8rent bien des bons juges, nous g\u00eanait dans <em>Le voleur de bicy\u00adclettes<\/em>, recouvre un peu trop le tout. Ce n\u2019est plus \u00e0 Alphonse Dau\u00addet qu\u2019on pense, mais \u00e0 des \u00e9cri\u00advains (?) plus ou moins du Nord&nbsp;: De Ami\u00adcis, voire Hec\u00adtor Malot. Bien s\u00fbr, nous sommes injuste. Que l\u2019on veuille bien com\u00adprendre que c\u2019est pour mieux crier casse-cou.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * * *<\/p>\n<p>Casse-cou, c\u2019est ce que nous crions aus\u00adsi, apr\u00e8s la <em>Manon des sources<\/em> de Pagnol. O\u00f9 sont les Ang\u00e8le d\u2019antan&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * * *<\/p>\n<p>Il fau\u00addrait bien plus qu\u2019une de ces notules pour digne\u00adment par\u00adler du chef\u2011d\u2019\u0153uvre qu\u2019est <em>La Jeune Folle<\/em>, d\u2019Yves All\u00e9\u00adgret. D\u2019autres auront d\u00e9j\u00e0 mieux dit que nous ne sau\u00adrions taire la qua\u00adli\u00adt\u00e9 incom\u00adpa\u00adrable de l\u2019image et du jeu des acteurs. (Hen\u00adri Vidal est peut-\u00eatre encore meilleur que Dani\u00e8le Delorme, dont on sent que Gigi lui \u00e9tait si natu\u00adrelle qu\u2019il ne l\u2019est pas moins qu\u2019elle veuille ten\u00adter le contraire&nbsp;: les grands r\u00f4les noirs&nbsp;; mais on le sent peut-\u00eatre encore trop.) Ce qui, dans le film, nous aura le plus frap\u00adp\u00e9, c\u2019est que, situ\u00e9 dans ce pays d\u2019Irlande dont nous savons en somme bien peu de chose, il est de ce fait comme la tra\u00adg\u00e9\u00addie de la <em>r\u00e9volte en soi<\/em>. La lutte des ter\u00adro\u00adristes r\u00e9pu\u00adbli\u00adcains, on la suit, on la vit, mais somme toute sans la juger, <em>sans bonne ni mau\u00advaise conscience<\/em>. Et c\u2019est ce qui fait que le sujet \u00e9chappe \u00e0 la poli\u00adtique, au sens \u00e9troit, pour n\u2019\u00eatre plus que l\u2019\u00e9vocation, sous les esp\u00e8ces de l\u2019Irlande, de l\u2019atmosph\u00e8re m\u00eame de ce temps, \u2013 quels que soient les \u00ab&nbsp;camps&nbsp;\u00bb dont nous puis\u00adsions nous r\u00e9cla\u00admer. Et cela sans jamais deve\u00adnir \u00e9pure, \u00e0 la sou\u00advent d\u00e9ce\u00advante fa\u00e7on sar\u00adtrienne. Film, si l\u2019on ose dire, essen\u00adtiel\u00adle\u00adment exis\u00adten\u00adtiel. Sans pr\u00eache aucun. Nulle part cela n\u2019appara\u00eet mieux que dans la jour\u00adn\u00e9e de la Tous\u00adsaint&nbsp;: affu\u00adbl\u00e9s de masques, ces <em>enfants espions<\/em> (ils vou\u00addraient bien tou\u00adcher la prime pro\u00admise par la police \u00e0 qui l\u2019aidera \u00e0 \u00ab&nbsp;faire&nbsp;\u00bb les ter\u00adro\u00adristes) consti\u00adtuent non seule\u00adment comme un bal\u00adlet de l\u2019horreur et de l\u2019abjection inno\u00adcente (voi\u00adsin, sauf ce der\u00adnier trait, des images que nous avons pu voir du Mexique), mais encore, par cela m\u00eame, l\u2019une des expres\u00adsions mal\u00adheu\u00adreu\u00adse\u00adment les plus v\u00e9ri\u00addiques de tout ce que l\u2019\u00e9poque a, peut-\u00eatre sans rem\u00e8de, de mau\u00addit. \u00c0 ce point-l\u00e0, mon\u00adtrer, m\u00eame ou jus\u00adte\u00adment sans inten\u00adtion vou\u00adlue, accuse, lib\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u2014 O \u2014<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Fin d\u00e9cembre 1952<\/p>\n<p>Halte au cin\u00e9, \u00e9tran\u00adge\u00adment ins\u00adtruc\u00adtive. Pas par le film de r\u00e9sis\u00adtance, assom\u00admant, au point que je m\u2019enfuis avant le milieu de la s\u00e9ance. Mais il y avait en avant-pro\u00adgramme un de ces \u00ab&nbsp;docu\u00admen\u00adtaires d\u2019art&nbsp;\u00bb dont les pro\u00adduc\u00adteurs semblent s\u2019ing\u00e9nier \u00e0 faire des choses les plus belles une tar\u00adtine d\u2019ennui. D\u2019inspiration bonne presse par-des\u00adsus le mar\u00adch\u00e9, et sous pr\u00e9\u00adtexte de van\u00adter les mer\u00adveilles issues de la foi \u2013 le film \u00e9tait sur les vieilles \u00e9glises de Paris \u2013 un com\u00admen\u00adta\u00adteur \u00e0 peu pr\u00e8s g\u00e2teux se gar\u00adga\u00adri\u00adsait sur un ton pate\u00adlin de termes tech\u00adniques emprun\u00adt\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019art, sans jamais prendre le soin de les expli\u00adquer un tant soit peu au mal\u00adheu\u00adreux public du same\u00addi, de jeunes ouvriers sur\u00adtout, venus au cin\u00e9\u00adma pour s\u2019amuser et pas pour entendre une le\u00e7on \u00e9non\u00adc\u00e9e dans une esp\u00e8ce de langue morte. Aus\u00adsi leur r\u00e9ac\u00adtion de m\u00e9ri\u00addio\u00adnaux spon\u00adta\u00adn\u00e9s \u00e9tait-elle des plus natu\u00adrelles, et je n\u2019aurais certes pas d\u00fb leur en vou\u00adloir de leurs rires \u00e9pais, ni m\u00eame de mani\u00adfes\u00adter leur sen\u00adti\u00adment par de grosses blagues pay\u00adsannes. Y com\u00adpris l\u2019amusement appa\u00adrem\u00adment irr\u00e9\u00adsis\u00adtible de lan\u00adcer dans la salle de la poudre \u00e0 \u00e9ter\u00adnuer\u2026 Mais quoi, c\u2019\u00e9taient aus\u00adsi les vraies mer\u00adveilles de l\u2019art gothique le plus ravis\u00adsant, dont, par l\u2019imb\u00e9cillit\u00e9 des cin\u00e9astes, cette foule d\u2019inconscients se gaus\u00adsait. Jamais peut-\u00eatre n\u2019avais-je mieux sen\u00adti la mal\u00e9\u00addic\u00adtion, si pro\u00adfon\u00add\u00e9\u00adment per\u00ad\u00e7ue par P\u00e9guy, de ce monde moderne&nbsp;; jamais plus irr\u00e9\u00adfu\u00adta\u00adble\u00adment \u00e9prou\u00adv\u00e9, plus cruel\u00adle\u00adment pris conscience que tout ce qui fut culture est deve\u00adnu \u00e9tran\u00adger aux mis\u00e9\u00adrables avi\u00adlis par la condi\u00adtion pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adrienne&nbsp;; que tout ce qui fait, un peu, la valeur de l\u2019homme, pour la plu\u00adpart des hommes d\u2019aujourd\u2019hui, a per\u00addu son sens, est deve\u00adnu lettre morte. Nous par\u00adlons de l\u2019homme, de la liber\u00adt\u00e9, de l\u2019esprit. Mais si l\u2019esprit, la liber\u00adt\u00e9, l\u2019homme sont morts&nbsp;? La b\u00eatise fut de tou\u00adjours, et la cruau\u00adt\u00e9. Mais l\u2019abrutissement, et un abru\u00adtis\u00adse\u00adment qui sait lire, qui se croit \u00e9clai\u00adr\u00e9, voi\u00adl\u00e0 bien l\u2019invention de nos si\u00e8cles, l\u2019affligeant et pitoyable avi\u00adlis\u00adse\u00adment d\u2019o\u00f9 sur\u00adgissent les insa\u00adni\u00adt\u00e9s tota\u00adli\u00adtaires, le r\u00e8gne du pseu\u00addo sur toute la ligne, \u2013 mise \u00e0 part la sinistre authen\u00adti\u00adci\u00adt\u00e9 des mas\u00adsacres et des camps d\u2019esclaves.<\/p>\n<p>Fina\u00adle\u00adment, n\u2019en pou\u00advant plus, je ne pus m\u2019emp\u00eacher de crier dans le noir&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le type parle comme un idiot, c\u2019est vrai, mais au moins regar\u00addez les pho\u00adtos, elles sont si belles&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, n\u2019importe qui e\u00fbt com\u00adpris, le der\u00adnier des man\u0153uvres per\u00ad\u00e7u, f\u00fbt-ce obs\u00adcu\u00adr\u00e9\u00adment, l\u2019intention, la por\u00adt\u00e9e de ce rap\u00adpel \u00e0 un mini\u00admum de d\u00e9cence.<\/p>\n<p>L\u00e0-bas, ces \u00eatres frustes \u2013 et en somme plus nature \u2013 n\u2019eurent que hu\u00e9es pour accueillir la voix \u00ab&nbsp;\u00e9tran\u00adg\u00e8re&nbsp;\u00bb qui sem\u00adblait prendre le par\u00adti des emmer\u00addeurs, de toutes ces bille\u00adve\u00ads\u00e9es dont il est bien enten\u00addu qu\u2019on ne parle qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole. Apr\u00e8s quoi ce fut un redou\u00adble\u00adment de blagues, de cris ani\u00admaux, d\u2019\u00e9ternuements for\u00adc\u00e9s. Tant et si bien que je gueu\u00adlai&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bande de sauvages&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Et sans doute y avait-il l\u00e0-dedans, pour eux, comme une esp\u00e8ce d\u2019argument, dont je ne per\u00adce\u00advais point la nature d\u2019ailleurs, car le calme revint, ou presque.<\/p>\n<p>Le film, vrai\u00adment cri\u00admi\u00adnel par son exploi\u00adta\u00adtion des choses les plus valables au ser\u00advice du seul ennui, s\u2019acheva, et ce fut enfin l\u2019entracte.<\/p>\n<p>J\u2019allais sor\u00adtir fumer une ciga\u00adrette, lorsqu\u2019un petit bon\u00adhomme entre deux \u00e2ges, l\u2019air fort \u00e9veill\u00e9 et par\u00adlant un fran\u00ad\u00e7ais tr\u00e8s pari\u00adsien, m\u2019adressa assez vive\u00adment la parole&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a des choses qui ne sont pas \u00e0 dire ici, vous savez, mon vieux. \u201cBande de sau\u00advages\u201d, \u2013 on est sus\u00adcep\u00adtible, dans le pays, et cela peut vou\u00adloir dire que celui qui les traite de sau\u00advages se prend pour un civi\u00adli\u00ads\u00e9. D\u2019o\u00f9 est-ce que vous \u00eates&nbsp;? \u2013 Bande de sau\u00advages, je le main\u00adtiens, fis-je, ils n\u2019avaient qu\u2019\u00e0 ne pas se com\u00adpor\u00adter comme ils ont fait. Quant \u00e0 la ques\u00adtion de savoir d\u2019o\u00f9 je suis, quelle importance&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ces der\u00adniers mots \u00e9taient pro\u00adba\u00adble\u00adment ce qu\u2019il fal\u00adlait dire, car le petit bon\u00adhomme fei\u00adgnit de croire que j\u2019avais \u00e9non\u00adc\u00e9 \u00ab&nbsp;bande de sau\u00advages&nbsp;\u00bb comme j\u2019aurais dit bande d\u2019abrutis, sans y rien mettre de sup\u00e9\u00adrio\u00adri\u00adt\u00e9 conti\u00adnen\u00adtale (et cepen\u00addant je ne jure\u00adrais pas devant moi-m\u00eame qu\u2019il n\u2019y avait pas un soup\u00ad\u00e7on de pari\u00adsia\u00adnisme dans ma sor\u00adtie); il m\u2019expliqua que, n\u00e9 Corse, il vivait depuis vingt ans \u00e0 Paris, proche la rue Saint-Sau\u00adveur (la rue de mon grand-p\u00e8re, lui confiai-je alors) et qu\u2019il savait qu\u2019il fal\u00adlait tenir compte, dans l\u2019\u00eele, d\u2019une esp\u00e8ce de chau\u00advi\u00adnisme local. Il avait rai\u00adson, en somme. (Que pou\u00advait-il \u00eatre&nbsp;? \u00ab&nbsp;En d\u00e9pla\u00adce\u00adment&nbsp;\u00bb dans son pays natal depuis deux mois, m\u2019expliqua-t-il. Petit fonc\u00adtion\u00adnaire, ou qui sait&nbsp;? encore un flic, comme tant de Corses&nbsp;? Pos\u00adsible. En tout cas, pas anti\u00adpa\u00adthique comme homme. Ce qui me ferait quand m\u00eame pen\u00adser qu\u2019il n\u2019est pas de la rousse.) Non, il n\u2019avait pas tort, et je me sen\u00adtis quelque peu hon\u00adteux d\u2019avoir m\u00e9ri\u00adt\u00e9 cette le\u00e7on. Ah&nbsp;! que les natio\u00adna\u00adlismes empoi\u00adsonnent donc tout&nbsp;! (Et cepen\u00addant le par\u00adti\u00adcu\u00adla\u00adrisme corse n\u2019a rien d\u2019antifran\u00e7ais, au contraire. Il faut voir leur regard quand, croyant na\u00ef\u00adve\u00adment leur faire une cour\u00adtoi\u00adsie, on leur parle ita\u00adlien&nbsp;: la fa\u00e7on dont ils vous r\u00e9pondent <em>en fran\u00ad\u00e7ais<\/em> ne laisse aucun doute sur leur volon\u00adt\u00e9 bien arr\u00ea\u00adt\u00e9e de ne pas \u00eatre confon\u00addus avec leurs cou\u00adsins de la botte. \u00ab&nbsp;Nous ne pou\u00advons pas les gober&nbsp;\u00bb, m\u2019a\u2011t-on dit&nbsp;; et \u00e7a par\u00adtait du&nbsp;c\u0153ur.)<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">J. P.&nbsp;S.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sauf les paroles d\u2019une si dis\u00adcr\u00e8te \u00e9mo\u00adtion consa\u00adcr\u00e9es par l\u2019\u00e9quipe du Canard encha\u00ee\u00adn\u00e9 \u00e0 la dis\u00adpa\u00adri\u00adtion de son vieux col\u00adla\u00adbo\u00adra\u00adteur, il ne semble pas que la mort de ce ma\u00eetre char\u00admant ait beau\u00adcoup rete\u00adnu l\u2019attention de nos contem\u00adpo\u00adrains, trop occu\u00adp\u00e9s de la per\u00adp\u00e9\u00adtuelle bous\u00adcu\u00adlade qu\u2019ils appellent leur vie ou leur \u00ab&nbsp;pen\u00ads\u00e9e&nbsp;\u00bb. C\u2019est d\u00e9ci\u00add\u00e9\u00adment plus&nbsp;que&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":196,"featured_media":6849,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[49],"tags":[878,877],"ppma_author":[870],"class_list":["post-309","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-temoins-n1-printemps-1953","tag-critique","tag-spectacle"],"authors":[{"term_id":870,"user_id":196,"is_guest":0,"slug":"jpsamson","display_name":"Jean-Paul Samson","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/9e2837b292c645790e90711b0bdade6ec5784ea1ffe8f160039e3b5bb74a5f64?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"Samson","first_name":"Jean-Paul","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/309","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/196"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=309"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/309\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6874,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/309\/revisions\/6874"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6849"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=309"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=309"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=309"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=309"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}