{"id":3102,"date":"2012-01-31T08:58:04","date_gmt":"2012-01-31T08:58:04","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/01\/31\/la-louise-michel-du-sahara-isabelle-eberhard\/"},"modified":"2012-01-31T08:58:04","modified_gmt":"2012-01-31T08:58:04","slug":"la-louise-michel-du-sahara-isabelle-eberhard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/01\/31\/la-louise-michel-du-sahara-isabelle-eberhard\/","title":{"rendered":"La \u201cLouise Michel\u201d du Sahara, Isabelle Eberhard"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3102?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3102?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><h2>III. Une emp\u00eacheuse de voler en&nbsp;rond<\/h2>\n<p>\nVoi\u00adci donc Isa\u00adbelle Ebe\u00adrhardt sur la terre alg\u00e9\u00adrienne. Nous sommes en 1897&nbsp;; elle a vingt ans \u00e0 peine&nbsp;; elle est seule au monde et sa m\u00e8re et son oncle \u00e9tant morts, elle pos\u00ads\u00e8de une petite for\u00adtune. Apr\u00e8s un court s\u00e9jour \u00e0 B\u00f4ne o\u00f9 elle apprend assez d\u2019arabe pour se pas\u00adser d\u2019interpr\u00e8te, elle com\u00admence, sous ce ciel d\u2019Afrique dont elle est depuis si long\u00adtemps amou\u00adreuse, la vie errante qui devait \u00eatre la sienne jusqu\u2019\u00e0 sa&nbsp;fin.<\/p>\n<p>Sans autre com\u00adpa\u00adgnon que son che\u00adval de race pure, ayant rev\u00ea\u00adtu, pour plus de com\u00admo\u00addi\u00adt\u00e9 et aus\u00adsi par go\u00fbt esth\u00e9\u00adtique, l\u2019ample cos\u00adtume arabe, le blanc bur\u00adnous du b\u00e9douin, elle laisse der\u00adri\u00e8re elle les banales et tumul\u00adtueuses cit\u00e9s du Tell, et s\u2019\u00e9lance \u00e0 tra\u00advers les soli\u00adtudes du Sud Tuni\u00adsien, de l\u2019Est Alg\u00e9\u00adrien et du Saha\u00adra constan\u00adti\u00adnois. \u00ab&nbsp;<i>Quand on est jeune, il est des matins triom\u00adphants<\/i>&nbsp;\u00bb, chan\u00adta Vic\u00adtor Hugo. C\u2019est le regard rem\u00adpli d\u2019extase et le c\u0153ur bat\u00adtant d\u2019all\u00e9gresse que, pen\u00addant les pre\u00admiers jours de sa nou\u00advelle exis\u00adtence, Isa\u00adbelle avait salu\u00e9 les aurores du Saha\u00adra apr\u00e8s des nuits d\u2019une lumi\u00adno\u00adsi\u00adt\u00e9 divine, o\u00f9 noc\u00adti\u00adluques, lucioles et verts lui\u00adsants avaient \u00e9clai\u00adr\u00e9 son som\u00admeil, \u00e9toiles minus\u00adcules r\u00e9pon\u00addant aux sou\u00adrires innom\u00adbrables de leurs grandes amies du&nbsp;ciel.<\/p>\n<p>H\u00e9las&nbsp;! les plus vifs bon\u00adheurs de la terre sont aus\u00adsi les plus courts, et notre jeune vaga\u00adbonde ne tar\u00adda pas \u00e0 voir se dres\u00adser devant le sien, sous la forme de l\u2019autorit\u00e9 tra\u00adcas\u00adsi\u00e8re des bureaux arabes, un obs\u00adtacle auquel elle n\u2019avait pas&nbsp;song\u00e9.<\/p>\n<p>Une jeune fille de vingt ans, seule, en cos\u00adtume arabe mas\u00adcu\u00adlin, par\u00adcou\u00adrant \u00e0 che\u00adval le Saha\u00adra \u00e0 un moment de l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 l\u2019ardente magni\u00adfi\u00adcence de son soleil en \u00e9loigne les plus intr\u00e9\u00adpides voya\u00adgeurs, c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plus qu\u2019il n\u2019en fal\u00adlait pour intri\u00adguer et inqui\u00e9\u00adter nos vieilles \u00ab&nbsp;culottes de peau&nbsp;\u00bb. Si vous ajou\u00adtez \u00e0 cela qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait don\u00adn\u00e9 par\u00adtout, sur son pas\u00adsage, comme un jeune jour\u00adna\u00adliste et \u00e9cri\u00advain musul\u00adman signant Mah\u00admoud, vous com\u00adpren\u00addrez ais\u00e9\u00adment que l\u2019\u00e9tonnement inquiet de ces mes\u00adsieurs ne devait pas tar\u00adder \u00e0 se muer en une franche hostilit\u00e9.<\/p>\n<p>De cette hos\u00adti\u00adli\u00adt\u00e9 la vaillante jeune fille fut har\u00adce\u00adl\u00e9e presque jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa tra\u00adgique destin\u00e9e.<\/p>\n<p>Lisez plu\u00adt\u00f4t les lignes sui\u00advantes qu\u2019elle \u00e9cri\u00advait, dans la Petite Gironde, \u00e0 la date du 23 avril&nbsp;1903&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;En 1900, je me trou\u00advais \u00e0 Eloued, dans l\u2019extr\u00eame Sud-Constan\u00adti\u00adnois. J\u2019y ren\u00adcon\u00adtrai M.&nbsp;Sli\u00adman Ehn\u00adni, alors mar\u00e9\u00adchal des logis de spa\u00adhis&nbsp;; nous nous mari\u00e2mes selon le rite musulman.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00bb En g\u00e9n\u00e9\u00adral, dans les ter\u00adri\u00adtoires mili\u00adtaires, les jour\u00adna\u00adlistes sont mal vus, leur qua\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019emp\u00eacheurs de dan\u00adser en rond\u2026 Tel fut mon cas&nbsp;: d\u00e8s le d\u00e9but, l\u2019autorit\u00e9 mili\u00adtaire, qui est l\u00e0-bas, en m\u00eame temps, admi\u00adnis\u00adtra\u00adtive (bureaux arabes) me t\u00e9moi\u00adgna beau\u00adcoup d\u2019hostilit\u00e9&nbsp;; aus\u00adsi, quand nous mani\u00adfes\u00adt\u00e2mes, mon mari et moi, l\u2019intention de consa\u00adcrer notre mariage isla\u00admique par une union civile, l\u2019autorisation nous en fut refus\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n<p>\u00bb Notre s\u00e9jour \u00e0 Eloued dura jusqu\u2019en jan\u00advier 1901, \u00e9poque \u00e0 laquelle je fus, dans Is cir\u00adcons\u00adtances les plus <i>mys\u00adt\u00e9\u00adrieuses<\/i>, vic\u00adtime d\u2019une ten\u00adta\u00adtive d\u2019assassinat de la part d\u2019une sorte de fou indi\u00adg\u00e8ne. Mal\u00adgr\u00e9 mes efforts, la lumi\u00e8re ne fut pas faite sur cette his\u00adtoire, lors du pro\u00adc\u00e8s qui eut lieu en Juin 1901, devant le Conseil de guerre de Constantine.<\/p>\n<p>\u00bb Au sor\u00adtir du Conseil de guerre, o\u00f9 j\u2019avais natu\u00adrel\u00adle\u00adment d\u00fb com\u00adpa\u00adra\u00eetre comme prin\u00adcipal t\u00e9moin, je fus brus\u00adque\u00adment expul\u00ads\u00e9e du ter\u00adri\u00adtoire alg\u00e9\u00adrien (et non de France) sans qu\u2019on dai\u00adgn\u00e2t m\u00eame m\u2019exposer les motifs de cette mesure. Je fus donc bru\u00adta\u00adle\u00adment s\u00e9pa\u00adr\u00e9e de mon mari&nbsp;; \u00e9tant natu\u00adra\u00adli\u00ads\u00e9 fran\u00ad\u00e7ais, son mariage musul\u00adman n\u2019\u00e9tait pas valable.<\/p>\n<p>\u00bb Je me r\u00e9fu\u00adgiai pr\u00e8s de mon fr\u00e8re de m\u00e8re, \u00e0 Mar\u00adseille, o\u00f9 mon mari vint bien\u00adt\u00f4t me rejoindre, per\u00admu\u00adtant au 9<sup>e<\/sup> hus\u00adsards. L\u00e0, l\u2019autorisation de nous marier nous fut accor\u00add\u00e9e apr\u00e8s enqu\u00eate et sans aucune dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9\u2026 Il est vrai que c\u2019\u00e9tait en France, bien loin des pro\u00adcon\u00adsu\u00adlats mili\u00adtaires du Sud-Constan\u00adti\u00adnois. Nous nous mari\u00e2mes \u00e0 la mai\u00adrie de Mar\u00adseille, le 17 octobre 1901.<\/p>\n<p>\u00bb En f\u00e9vrier 1902, le ren\u00adga\u00adge\u00adment de mon mari expi\u00adrant, il quit\u00adta l\u2019arm\u00e9e et nous ren\u00adtr\u00e2mes en Alg\u00e9\u00adrie. Mon mari fut bien\u00adt\u00f4t nom\u00adm\u00e9 <i>khod\u00adja<\/i> (secr\u00e9\u00adtaire-inter\u00adpr\u00e8te) \u00e0 la com\u00admune mixte de T\u00e9n\u00e8s, dans le nord du dis\u00adtrict d\u2019Alger, o\u00f9 il est encore.<\/p>\n<p>\u00bb Telle est ma vraie vie, celle d\u2019une \u00e2me aven\u00adtu\u00adreuse, affran\u00adchie des mille petites tyran\u00adnies, de ce qu\u2019on appelle les usages, le \u00ab&nbsp;re\u00e7u&nbsp;\u00bb et avide de vie au grand soleil, chan\u00adgeante et&nbsp;libre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ce que la jeune Slave, aus\u00adsi vaillante que modeste, ne dit pas dans ces quelques lignes o\u00f9 elle r\u00e9su\u00adma sa courte et glo\u00adrieuse exis\u00adtence, ce sont les tr\u00e9\u00adsors de d\u00e9voue\u00adment, d\u2019abn\u00e9gation, qu\u2019elle r\u00e9pan\u00addit autour d\u2019elle, par\u00admi les pauvres \u00ab&nbsp;mes\u00adki\u00adn\u00e8s&nbsp;\u00bb per\u00adp\u00e9\u00adtuel\u00adle\u00adment bri\u00adm\u00e9s, tra\u00adqu\u00e9s, spo\u00adli\u00e9s, mar\u00adty\u00adri\u00ads\u00e9s, et qu\u2019elle ne ces\u00adsa jamais de d\u00e9fendre de sa plume \u00e9lo\u00adquente contre l\u2019implacable vain\u00adqueur, ris\u00adquant ain\u00adsi sa propre s\u00e9cu\u00adri\u00adt\u00e9. Ce qu\u2019elle ne dit pas, c\u2019est que toutes les heures qu\u2019elle ne consa\u00adcrait pas \u00e0 cou\u00adcher sur le papier les impres\u00adsions de sa vie vaga\u00adbonde, \u00e0 magni\u00adfier, dans l\u2019\u0153uvre que nous \u00e9tu\u00addie\u00adrons tout \u00e0 l\u2019heure, la splen\u00addeur triste du Saha\u00adra, elle les don\u00adna sans comp\u00adter aux plus humbles, aux plus mis\u00e9\u00adreux de ces b\u00e9douins, vain\u00adcus, r\u00e9si\u00adgn\u00e9s, qu\u2019elle aima comme des fr\u00e8res et qui l\u2019aim\u00e8rent comme une s\u0153ur de cha\u00adri\u00adt\u00e9, dans la belle et noble accep\u00adtion de ce&nbsp;mot\u2026<\/p>\n<p>Ce qu\u2019elle ne dit pas c\u2019est que, pen\u00addant le dolent et pres\u00adti\u00adgieux sep\u00adten\u00adnaire de sa vie, sous le ciel d\u2019Afrique, alors que de sa petite for\u00adtune il ne lui res\u00adtait pas un sou, elle alla errant par\u00admi les tri\u00adbus les plus mis\u00e9\u00adrables, rognant sur sa maigre pitance pour cal\u00admer les entrailles de l\u2019affam\u00e9, dis\u00adtri\u00adbuant un peu de qui\u00adnine aux nomades tor\u00addus par le <i>tehem<\/i>, pan\u00adsant de sa main fine et blanche l\u2019\u0153il puru\u00adlent de l\u2019enfan\u00e7on, fai\u00adsant revivre en sa m\u00e9moire tous ses sou\u00adve\u00adnirs d\u2019\u00e9tudiante en m\u00e9de\u00adcine, et met\u00adtant ain\u00adsi sa propre mis\u00e8re ing\u00e9\u00adnieuse et savante au ser\u00advice de la mis\u00e8re inson\u00addable qu\u2019est la mis\u00e8re du Saharien.<\/p>\n<p>Telle fut sa vie, pas\u00ads\u00e9e tout enti\u00e8re \u00e0 errer d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du Saha\u00adra, tan\u00adt\u00f4t seule, tan\u00adt\u00f4t en com\u00adpa\u00adgnie de p\u00e2tres ou de chas\u00adseurs, dont elle par\u00adta\u00adgeait la galette dure ou les dattes ava\u00adri\u00e9es&nbsp;; s\u2019attardant dans les oasis aupr\u00e8s des \u00ab&nbsp;rha\u00admn\u00e8s&nbsp;\u00bb mis\u00e9\u00adrables, heu\u00adreux d\u2019offrir \u00e0 celle qu\u2019ils appe\u00adlaient leur \u00ab&nbsp;bon tou\u00adbib&nbsp;\u00bb la maigre hos\u00adpi\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9 de leurs mai\u00adson\u00adnettes de \u00ab&nbsp;tob&nbsp;\u00bb, occu\u00adpant ses veill\u00e9es \u00e0 \u00e9crire ses impres\u00adsions et \u00e0 noter le pays. Car Si Mah\u00admoud avait tou\u00adjours sur elle, dans la poche de son \u00ab&nbsp;saroual&nbsp;\u00bb ou dans le capu\u00adchon de son bur\u00adnous, un crayon et un car\u00adnet. Et tan\u00adt\u00f4t sur la cr\u00eate d\u2019une dune, tan\u00adt\u00f4t au bord d\u2019une tombe dans un cime\u00adti\u00e8re arabe, tan\u00adt\u00f4t encore sur la mar\u00adgelle d\u2019un puits ou \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un pal\u00admier, elle sor\u00adtait l\u2019un et l\u2019autre, s\u2019asseyait et pen\u00addant des heures enti\u00e8res, elle \u00e9crivait.<\/p>\n<p>Ce fut, en effet, la pas\u00adsion d\u2019\u00e9crire qui, avec celle du D\u00e9sert, de l\u2019Arabe et de la vie nomade, rem\u00adplit sa&nbsp;vie.<\/p>\n<p>Ne disait-elle pas un jour, dans une de ses lettres au v\u00e9n\u00e9\u00adrable Abdul Wahab, qui fut, pour elle, un savant ini\u00adtia\u00adteur dans les choses d\u2019Islam&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2014 \u00ab&nbsp;Peut-\u00eatre avez-vous devi\u00adn\u00e9 chez moi l\u2019ambition de me faire un nom par ma plume (chose que je n\u2019esp\u00e8re pas atteindre, ambi\u00adtion qui reste chez moi au second plan). J\u2019\u00e9cris parce que j\u2019aime le \u00ab&nbsp;pro\u00adces\u00adsus de cr\u00e9a\u00adtion lit\u00adt\u00e9\u00adraire&nbsp;\u00bb&nbsp;; j\u2019\u00e9cris comme j\u2019aime, parce que telle est ma des\u00adti\u00adn\u00e9e probablement\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Elle \u00e9cri\u00advait encore, la veille du jour tra\u00adgique o\u00f9 l\u2019\u00ab&nbsp;oued&nbsp;\u00bb qui bai\u00adgnait le vil\u00adlage d\u2019A\u00efn-Sefra, d\u00e9bor\u00addant subi\u00adte\u00adment, l\u2019ensevelit sous une mis\u00e9\u00adrable hutte de&nbsp;boue.<\/p>\n<p>Quand on reti\u00adra son cadavre des d\u00e9combres, on trou\u00adva pr\u00e8s de lui un manus\u00adcrit qui n\u2019\u00e9tait rien moins qu\u2019un chef\u2011d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<h2>IV. \u00ab&nbsp;Dans l\u2019ombre chaude de l\u2019Islam&nbsp;\u00bb<\/h2>\n<p>\nOui, ce livre est assu\u00adr\u00e9\u00adment le plus beau des quatre dont se com\u00adpose l\u2019\u0153uvre que nous allons main\u00adte\u00adnant analyser.<\/p>\n<p>Tous nos orien\u00adta\u00adlistes de paco\u00adtille, colo\u00adniaux en pan\u00adtoufles, globe-trot\u00adters d\u2019anti\u00adchambre, \u00e9cri\u00advas\u00adsiers m\u00e2les et femelles, caco\u00adgraphes qui se pr\u00e9\u00adtendent \u00ab&nbsp;exo\u00adtiques&nbsp;\u00bb pour \u00eatre all\u00e9s, avec un cir\u00adcu\u00adlaire \u00e9co\u00adno\u00admique, de Mont\u00admartre ou de Pon\u00adtoise \u00e0 Bis\u00adkra, tous les gra\u00adpho\u00admanes, neu\u00adras\u00adth\u00e9\u00adniques et affai\u00adblis, clients plus ou moins cos\u00adsus de l\u2019agence Cook qui \u00e9prouvent le besoin de noir\u00adcir, au cours de voyages sani\u00adtaires, des tas de papiers, p\u00e2lirent de jalou\u00adsie en lisant ceci&nbsp;:<\/p>\n<p>[|<sc>l\u2019\u00e9talon noir<\/sc>|]<br>\n<br>\n<quote>Le soir, un soir rouge, aux lourdes vapeurs san\u00adglantes, sur le vide de la plaine. Au-del\u00e0 de l\u2019Oued, sur les confins du d\u00e9sert, un mon\u00adceau de ruines rousses, des pans de mur, des assises de tours fou\u00addroy\u00e9es, l\u2019ancien ksar de Zek\u00adkour, d\u00e9truit par le Sul\u00adtan noir, et dont les d\u00e9combres durent ain\u00adsi ind\u00e9\u00adfi\u00adni\u00adment ache\u00advant len\u00adte\u00adment de s\u2019effriter au soleil et ser\u00advant de repaires aux tri\u00adbus veni\u00admeuses des vip\u00e8res et des scorpions.<\/quote><\/p>\n<p>Nous pas\u00adsons len\u00adte\u00adment devant cette d\u00e9so\u00adla\u00adtion, et tout \u00e0 coup une autre vision sur\u00adgit, qui me secoue d\u2019une sen\u00adsa\u00adtion \u00e9trange.<\/p>\n<p>Sur le bord de la route, une masse noire s\u2019agitait, souf\u00adfrait. Quand nous pas\u00ads\u00e2mes cette car\u00adcasse se dres\u00adsa dans un effort sac\u00adca\u00add\u00e9&nbsp;: c\u2019\u00e9tait un che\u00adval, les deux pieds de der\u00adri\u00e8re bri\u00ads\u00e9s, qui ago\u00adni\u00adsait l\u00e0, tout seul, dans le soir mourant.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9talon noir s\u2019arc-bouta sur ses deux jambes ner\u00adveuses lan\u00adc\u00e9es en avant, son poi\u00adtrail trem\u00adblait, et il ten\u00addait ses naseaux san\u00adglants vers nos juments.<\/p>\n<p>Sou\u00addain, son grand \u0153il ter\u00adni se ral\u00adlume, et il pousse un long hen\u00adnis\u00adse\u00adment, der\u00adnier appel tendre vers les fr\u00e9\u00admis\u00adsantes femelles, comme un cri de r\u00e9volte et de douleur<\/p>\n<p>Dji\u00adla\u00adli d\u00e9croche son fusil, ajuste la b\u00eate mou\u00adrante, un coup part sec, bru\u00adtal&nbsp;: l\u2019\u00e9talon noir roule sur le sol rouge, fou\u00addroy\u00e9, avec son regard trou\u00adbl\u00e9, avec son der\u00adnier cri d\u2019amour.<\/p>\n<p>Et incons\u00adciem\u00adment, Dji\u00adla\u00adli me dit dans un rire sain et pu\u00e9\u00adril&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il a de la chance&nbsp;; celui-l\u00e0, il est mort amoureux.&nbsp;\u00ab&nbsp;<\/p>\n<p>La nuit tombe sur les ruines de Zek\u00adkour la d\u00e9vas\u00adt\u00e9e et sur le cadavre de l\u2019\u00e9talon noir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>[|\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026|]<br>\n<\/p>\n<p>Moi-m\u00eame, quand pour la pre\u00admi\u00e8re fois, \u00e0 l\u2019\u00e9talage d\u2019un libraire des bou\u00adle\u00advards, je lus cette page et celles d\u2019avant et celles d\u2019apr\u00e8s, j\u2019avais, le pieds dans une boue gla\u00adciale et mes mains \u00e9taient bleues de froid. Le ther\u00admo\u00adm\u00e8tre du pro\u00adchain pas\u00adsage n\u2019\u00e9tait pas loin de&nbsp;z\u00e9ro.<\/p>\n<p>Et pour\u00adtant, la ti\u00e9\u00addeur du soleil d\u2019Afrique m\u2019enveloppait, chair et \u00e2me, et dans mes pru\u00adnelles \u00e9blouies par la splen\u00addeur de cette prose, pas\u00ads\u00e8rent la splen\u00addeur des immen\u00adsi\u00adt\u00e9s d\u00e9ser\u00adtiques, le charme p\u00e9n\u00e9\u00adtrant des \u00ab&nbsp;ksour&nbsp;\u00bb et la gloire des&nbsp;oasis<\/p>\n<p>\u00c0 ma droite, un \u00ab&nbsp;vieux mar\u00adcheur&nbsp;\u00bb d\u2019une \u00e9l\u00e9\u00adgance dou\u00adteuse, monocle \u00e0 l\u2019\u0153il, par\u00adcou\u00adrait une \u00ab&nbsp;cochon\u00adne\u00adrie&nbsp;\u00bb quel\u00adconque, tan\u00addis qu\u2019\u00e0, ma gauche un eccl\u00e9\u00adsias\u00adtique, membre sans doute de la Ligue B\u00e9ren\u00adger, feuille\u00adtait d\u2019un index mal\u00adpropre, un trai\u00adt\u00e9 de fla\u00adgel\u00adla\u00adtion. L\u2019un sen\u00adtait le lupa\u00adnar du voi\u00adsi\u00adnage&nbsp;; de l\u2019autre s\u2019exhalait une odeur de&nbsp;bouc.<\/p>\n<p>Et pour\u00adtant, \u00e0 lire l\u2019\u0153uvre d\u2019Isabelle, il me sem\u00adblait que j\u2019\u00e9tais loin, bien loin du Paris fan\u00adgeux, dans le Sud de notre Afrique lumi\u00adneuse, sous les pal\u00admiers du Figuig ou de Toug\u00adgourt. Et de beaux vieillards \u00e0 la longue barbe nei\u00adgeuse comme leur bur\u00adnous cir\u00adcu\u00adlaient silen\u00adcieux et sou\u00adriants autour de moi, en m\u00eame temps que des ado\u00adles\u00adcents aux yeux larges, au torse de bronze fin et poli comme un miroir&nbsp;!<\/p>\n<p>Un par\u00adfum suave de jas\u00admin et de man\u00adda\u00adrine mon\u00adtait des proches jar\u00addins et j\u2019entendais, avec le sou\u00adpir des palmes roses, le chant si doux de la fl\u00fbte b\u00e9douine et la voix grave d\u2019un conteur arabe nar\u00adrant la vie mer\u00adveilleuse du d\u00e9sert. Oui, \u00e0 ce point l\u2019\u0153uvre fi\u00e9\u00advreu\u00adse\u00adment feuille\u00adt\u00e9e de cette jeune lemme errante avait pris mon \u00e2me de vieux vaga\u00adbond imp\u00e9\u00adni\u00adtent, que, mal\u00adgr\u00e9 la boue, la brume et le froid, mal\u00adgr\u00e9 la tris\u00adtesse gla\u00adciale qui tom\u00adbait du ciel pari\u00adsien, j\u2019\u00e9tais bien \u00ab&nbsp;dans l\u2019ombre chaude de l\u2019islam&nbsp;\u00bb\u00bb.<\/p>\n<p>Le soir m\u00eame, j\u2019emportais le livre \u00e0 la biblio\u00adth\u00e8que de la Chambre et, dans la calme ti\u00e9\u00addeur du cabi\u00adnet de lec\u00adture au confor\u00adtable bour\u00adgeois, je lus ces pages, avec la len\u00adteur atten\u00adtive et pas\u00adsion\u00adn\u00e9e d\u2019un pal\u00e9o\u00adgraphe tom\u00adb\u00e9 sur un palimp\u00adseste curieux. \u00c0 cette heure, dans la salle des s\u00e9ances, on se cha\u00admaillait \u00e0 pro\u00adpos de je ne sais plus quelle gaffe com\u00admise par l\u2019Ex\u00e9cutif. Mai ni les hur\u00adle\u00adments, ni les cris, ni les fr\u00e9\u00admis\u00adse\u00adments des pupitres n\u2019arrivaient jusqu\u2019\u00e0 moi dans cette \u00ab&nbsp;th\u00e9\u00adba\u00efde&nbsp;\u00bb sacr\u00e9e des livres o\u00f9 je me com\u00adplai\u00adsais. Ah&nbsp;! que j\u2019\u00e9tais loin, bien loin du Palais-Bour\u00adbon, et quel beau r\u00eave je fis, empor\u00adt\u00e9 dans le steppe soleilleux, \u00e0 tra\u00advers le d\u00e9sert roux, par la fine cavale arabe de la douce et trou\u00adblante \u00ab&nbsp;Si-Mahmoud&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>En cette hiver\u00adnale apr\u00e8s-midi, je rev\u00e9\u00adcus et mes livres d\u00e9j\u00e0 loin\u00adtains et mes douze ann\u00e9es de vaga\u00adbon\u00addage dans la brousse sou\u00adda\u00adnaise sous le pal\u00admiers des Antilles, et sur les arroyos chinois.<\/p>\n<p>\u00d4 le beau livre dont chaque page est \u00e9clai\u00adr\u00e9e, par la grande lumi\u00e8re d\u2019Afrique, o\u00f9 l\u2019on sent pal\u00adpi\u00adter l\u2019\u00e2me m\u00eame de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Lisez ces cha\u00adpitres, inti\u00adtu\u00adl\u00e9s&nbsp;: <i>En route, Le drame des heures, Mon\u00adtagne de lumi\u00e8re, Souffles noc\u00adturnes, Le retour du trou\u00adpeau, Puis\u00adsances d\u2019Afrique, Cher\u00adcheurs d\u2019oubli, Prin\u00adtemps au d\u00e9sert<\/i>&nbsp;; et vous ver\u00adrez qu\u2019ils sont dignes de figu\u00adrer dans une <i>Antho\u00adlo\u00adgie de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture exo\u00adtique<\/i>, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des plus belles pages de Fro\u00admen\u00adtin et de&nbsp;Loti.<\/p>\n<h2>V. \u00ab&nbsp;Notes de&nbsp;route&nbsp;\u00bb<\/h2>\n<p><\/p>\n<p>M\u00eame ori\u00adgi\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9, m\u00eame mai\u00adtrise, m\u00eame sobri\u00e9\u00adt\u00e9 lumi\u00adneuse dans les <i>Notes de route<\/i> qui parurent deux ans apr\u00e8s, en 1908, et qui contiennent, outre ses impres\u00adsions alg\u00e9\u00adriennes, d\u2019exquises sen\u00adsa\u00adtions de la Tuni\u00adsie et du Maroc. La vie vaga\u00adbonde et r\u00eaveuse qu\u2019elle mena en l\u2019\u00e9crivant s\u2019y refl\u00e8te comme le pal\u00admier dans l\u2019eau claire de la \u00ab&nbsp;s\u00e9guia&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Oui, vrai\u00adment, avant d\u2019\u00eatre \u00e9crit, ce livre, il fut r\u00eav\u00e9 et v\u00e9cu par elle, au milieu de ses fr\u00e8res, les b\u00e9douins, dont elle nous dit la pit\u00adto\u00adresque pau\u00advre\u00adt\u00e9, la sublime simplicit\u00e9.<\/p>\n<p>Les pages qu\u2019elle y consacre \u00e0 d\u00e9peindre les mau\u00advais trai\u00adte\u00adments dont ils sont vic\u00adtimes comptent par\u00admi les plus belles, les plus ven\u00adge\u00adresses qui aient jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9crites contre l\u2019odieuse cruau\u00adt\u00e9 de leurs vainqueurs.<\/p>\n<p>Je m\u2019en vou\u00addrais de ne pas citer ici celles o\u00f9 elle d\u00e9crit la fa\u00e7on impi\u00adtoyable dont \u00e9tait pr\u00e9\u00adle\u00adv\u00e9 en Tuni\u00adsie le scan\u00adda\u00adleux imp\u00f4t de la \u00ab&nbsp;Med\u00adj\u00adba&nbsp;\u00bb, contre lequel je me suis \u00e9le\u00adv\u00e9 moi-m\u00eame, non sans viru\u00adlence, dans ma \u00ab&nbsp;<i>Sueur du bur\u00adnous<\/i>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>[|\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026|]<br>\n<br>\n<quote>\u2026 J\u2019\u00e9tais venu l\u00e0 avec un jeune Kha\u00adli\u00adfa de Monas\u00adtir, Si Lar\u00adbi Cha\u00adbet, pour r\u00e9col\u00adter les arri\u00e9\u00adr\u00e9s de la \u00ab&nbsp;med\u00adj\u00adba&nbsp;\u00bb, l\u2019imp\u00f4t de capi\u00adta\u00adtion que payent les indi\u00adg\u00e8nes dans la cam\u00adpagne en Tunisie.<\/quote><\/p>\n<p>Si Lar\u00adbi ne se dou\u00adta jamais que j\u2019\u00e9tais une femme, il m\u2019appelait son fr\u00e8re Mah\u00admoud, et je par\u00adta\u00adgeai sa vie errante et ses tra\u00advaux pen\u00addant deux&nbsp;mois.<\/p>\n<p>Par\u00adtout, dans les sombres tri\u00adbus indo\u00adciles et pauvres, l\u2019accueil nous fut hos\u00adtile. Seuls, les bur\u00adnous rouges des spa\u00adhis et les bur\u00adnous bleus des \u00ab&nbsp;de\u00ef\u00adra&nbsp;\u00bb en impo\u00adsaient \u00e0 ces hordes fam\u00e9\u00adliques\u2026 Le bon c\u0153ur de Si Lar\u00adbi se ser\u00adrait, et nous avions honte de ce que nous fai\u00adsions, lui par devoir, et moi par curio\u00adsi\u00adt\u00e9, comme d\u2019une mau\u00advaise action.<\/p>\n<p>Au sor\u00adtir de Mok\u00adnine, s\u00e9pa\u00adr\u00e9e des oli\u00adve\u00adraies par les haies de hen\u00addi (figuiers de Bar\u00adba\u00adrie) la route va, pou\u00addreuse et droite, et les oli\u00adviers semblent l\u2019accompagner ind\u00e9\u00adfi\u00adni\u00adment, ondu\u00adleux comme des vagues, et argen\u00adt\u00e9s \u00e0 leur som\u00admet comme&nbsp;elles.<\/p>\n<p>\u2026 Une petite mos\u00adqu\u00e9e fruste, d\u2019un jaune ter\u00adreux, rap\u00adpe\u00adlant les construc\u00adtions en toub du Sud, quelques mai\u00adsons de la m\u00eame teinte d\u2019ocre, quelques d\u00e9combres, quelques tom\u00adbeaux dis\u00ads\u00e9\u00admi\u00adn\u00e9s au hasard&nbsp;: c\u2019est le pre\u00admier hameau d\u2019Amira, Sid\u2019 Enn\u2019&nbsp;eidja.<\/p>\n<p>Devant la mos\u00adqu\u00e9e, une petite cour enva\u00adhie d\u2019herbes folles et, au fond, une sorte de r\u00e9duit vo\u00fb\u00adt\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 duquel un figuier \u00e9tale ses larges feuilles, velou\u00adt\u00e9es. Et l\u00e0 se trouve le puits, pro\u00adfond et&nbsp;glac\u00e9.<\/p>\n<p>Isa\u00adbelle Ebe\u00adrhardt nous montre alors les spa\u00adhis et les <i>de\u00ef\u00adra<\/i> intro\u00addui\u00adsant le cheikh, grand vieillard \u00e0 pro\u00adfil d\u2019aigle, aux yeux fauves, et tous les anciens de la tri\u00adbu, accom\u00adpa\u00adgn\u00e9s de leurs fils grands et maigres soys keyrs sef\u00ads\u00e9\u00adris en loques, \u00e9trange ramas\u00adsis de visages br\u00fb\u00adl\u00e9s par le soleil et le vent, de t\u00eates \u00e9ner\u00adgiques jusqu\u2019\u00e0 la sau\u00adva\u00adge\u00adrie, au regard sombre et&nbsp;ferm\u00e9.<\/p>\n<p><quote>Le cheikh four\u00adnit de longues expli\u00adca\u00adtions embrouill\u00e9es sur un ton pleu\u00adrard. \u00c0 chaque ins\u00adtant, autour de lui, des cris \u00e9clatent, for\u00admi\u00addables, avec la v\u00e9h\u00e9\u00admence sou\u00addaine de cette race vio\u00adlente, qui passe du silence et du r\u00eave au tumulte. Tous affirment leur mis\u00e8re.<\/quote><\/p>\n<p>On fait l\u2019appel, d\u2019apr\u00e8s une&nbsp;liste&nbsp;:<br>\n<br>\u2014 Moha\u00admed ben Moham\u00admed ben&nbsp;Doul&nbsp;!<br>\n<br>\u2014 An\u2019ame (Pr\u00e9\u00adsent).<br>\n<br>\u2014 Com\u00adbien dois-tu&nbsp;?<br>\n<br>\u2014 Qua\u00adrante francs.<br>\n<br>\u2014 Pour\u00adquoi ne payes-tu pas&nbsp;?<br>\n<br>\u2014 Je suis rouge-nu. (Idio\u00adtisme tuni\u00adsien pour dire fakir, pauvre.)<br>\n<br>\u2014 Tu n\u2019as ni mai\u00adson, ni jar\u00addin, ni&nbsp;rien&nbsp;?<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;D\u2019un geste de r\u00e9si\u00adgna\u00adtion noble, le B\u00e9douin l\u00e8ve la&nbsp;main.<\/p>\n<p>\u2014 Elhal-hel Allah&nbsp;! (La chance appar\u00adtient \u00e0&nbsp;Dieu.)<br>\n<br>\u2014 Va\u2011t\u2019en \u00e0 gauche.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Et l\u2019homme, le plus sou\u00advent s\u2019\u00e9loigne r\u00e9si\u00adgn\u00e9, et va s\u2019asseoir, la t\u00eate cour\u00adb\u00e9e&nbsp;; \u00e0 mesure les spa\u00adhis les encha\u00eenent&nbsp;; demain l\u2019un des cava\u00adliers rouges les m\u00e8ne\u00adra \u00e0 Mok\u00adnine, et de l\u00e0 \u00e0 la pri\u00adson de Monas\u00adtir, o\u00f9 ils tra\u00advaille\u00adront comme des for\u00ad\u00e7ats, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils aient&nbsp;pay\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Ceux qui avouent pos\u00ads\u00e9\u00adder quelque chose, une pauvre chau\u00admi\u00e8re, un hameau, quelques mou\u00adtons sont lais\u00ads\u00e9s en liber\u00adt\u00e9, mais le kha\u00adli\u00adfa fait sai\u00adsir par les de\u00ef\u00adra ce pauvre bien, pour le vendre\u2026 Et nos c\u0153urs saignent dou\u00adlou\u00adreu\u00adse\u00adment quand des femmes en larmes am\u00e8nent la der\u00adni\u00e8re ch\u00e8vre, la der\u00adni\u00e8re bre\u00adbis \u00e0 qui elles pro\u00addiguent des caresses d\u2019adieux.<\/p>\n<p>Puis, tra\u00ee\u00adnant avec nous une troupe morne et r\u00e9si\u00adgn\u00e9e d\u2019hommes encha\u00ee\u00adn\u00e9s, mar\u00adchant \u00e0 pied, entre nos che\u00advaux, nous allons plus&nbsp;loin\u2026<\/p>\n<p>Chra\u00adhel, que les let\u00adtr\u00e9s appellent Ischrahil.<\/p>\n<p>Quelques mai\u00adsons dis\u00ads\u00e9\u00admi\u00adn\u00e9es entre les oli\u00adviers plus luxu\u00adriants que par\u00adtout ailleurs\u2026 Nous dres\u00adsons notre tente de nomades en poil de ch\u00e8vre, basse et longue.<\/p>\n<p>Ives spa\u00adhis et les de\u00ef\u00adra s\u2019agitent sous leur cos\u00adtumes \u00e9cla\u00adtants, allu\u00admant le feu, s\u2019en vont r\u00e9qui\u00adsi\u00adtion\u00adner la dif\u00adfa, le sou\u00adper de bien\u00adve\u00adnue offert de bien mau\u00advais c\u0153ur&nbsp;h\u00e9las&nbsp;!<\/p>\n<p>Si Lar\u00adbi, le spa\u00adhi Ahmed et moi, nous allons errer un ins\u00adtant dans le vil\u00adlage, au cr\u00e9puscule.<\/p>\n<p>Nous trou\u00advons une jeune femme, seule, qui cueille des figues de Barbarie.<\/p>\n<p>Ahmed s\u2019avance et lui&nbsp;dit&nbsp;:<br>\n<br>\u2014 Donne-nous des figues, chatte&nbsp;! Enl\u00e8ve les \u00e9pines, que nous ne nous piquions pas, \u00f4 beaut\u00e9&nbsp;!<\/p>\n<p>La B\u00e9douine est tr\u00e8s belle et tr\u00e8s&nbsp;grave.<\/p>\n<p>Elle fixe sur nous le regard hos\u00adtile et fer\u00adm\u00e9 de ses grands yeux&nbsp;noirs.<br>\n<br>\u2014 La mal\u00e9\u00addic\u00adtion de Dieu soit sur vous&nbsp;! Vous venez pour prendre notre&nbsp;bien&nbsp;!<\/p>\n<p>Et elle vide vio\u00adlem\u00adment \u00e0 nos pieds son couf\u00adfin de figues, et s\u2019en&nbsp;va.<\/p>\n<p>Le cava\u00adlier rouge, avec un sou\u00adrire f\u00e9lin, \u00e9tend la main pour la sai\u00adsir, mais nous l\u2019en emp\u00eachons.<br>\n<br>\u2014 Assez d\u2019arr\u00eater de pauvres vieux, sans tou\u00adcher encore aux femmes&nbsp;! dit le khalifa.<br>\n<br>\u2014 Oh&nbsp;! Sidi, je ne vou\u00adlais pas lui faire du&nbsp;mal&nbsp;!<\/p>\n<p>Et pour\u00adtant ces hommes rev\u00ea\u00adtus de cou\u00adleurs \u00e9cla\u00adtantes sortent de ce m\u00eame peuple dont ils connaissent la mis\u00e8re pour l\u2019avoir par\u00adta\u00adg\u00e9e. Mais le spa\u00adhi n\u2019est plus un B\u00e9douin, et, sin\u00adc\u00e8\u00adre\u00adment, il se croit tr\u00e8s sup\u00e9\u00adrieur \u00e0 ses fr\u00e8res des tri\u00adbus, parce qu\u2019il est soldat\u2026<\/p>\n<p>\u2026 Apr\u00e8s avoir lu ces lignes, vous ne serez pas \u00e9ton\u00adn\u00e9 (les mille vexa\u00adtions, pour ne pas dire plus, dont la bonne Nomade, la Nihi\u00adliste, comme on l\u2019appelait, fut abreu\u00adv\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9 tant mili\u00adtaire que civile, au cours de sa br\u00e8ve et dolente vie.<\/p>\n<h2>VI. \u00ab&nbsp;Trimardeur&nbsp;\u00bb<\/h2>\n<p><\/p>\n<p>Avec <i>Tri\u00admar\u00addeur<\/i>, Isa\u00adbelle Ebe\u00adrhardt chan\u00adgez sa note et s\u2019attaque, avec une vaillante ma\u00ee\u00adtrise, au grand roman d\u2019\u00e9tude psy\u00adcho\u00adlo\u00adgique et de caract\u00e8re.<\/p>\n<p>Si ceux, offi\u00adciers et civils, qui pen\u00addant son s\u00e9jour dans les ter\u00adri\u00adtoires mili\u00adtaires du Sud-Alg\u00e9\u00adrien, la signa\u00adl\u00e8rent comme une nihi\u00adliste, inutile ou mal\u00adfai\u00adsante et la trai\u00adt\u00e8rent comme telle, avait lu ce livre, ils auraient vu com\u00adbien furent calom\u00adnieuses leurs insi\u00adnua\u00adtions et odieuses leurs brimades.<\/p>\n<p>Ils auraient vu que loin d\u2019\u00eatre celui du nihi\u00adliste contem\u00adpla\u00adtif, abou\u00adlique, \u00e9ter\u00adnel malade de la volon\u00adt\u00e9, ou celui du nihi\u00adliste per\u00adp\u00e9\u00adtuel\u00adle\u00adment agi\u00adt\u00e9, ne r\u00eavant que des\u00adtruc\u00adtion sans recons\u00adtruc\u00adtion, l\u2019id\u00e9al social de la \u00ab&nbsp;Bonne Nomade&nbsp;\u00bb repo\u00adsait sur une concep\u00adtion r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, logique, pra\u00adtique, qu\u2019elle incar\u00adna dans son h\u00e9ro\u00efne, la mili\u00adtante V\u00e9ra Gou\u00adrie\u00adwa. D\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de son livre, V\u00e9ra Gou\u00adrie\u00adwa, dont l\u2019auteur a p\u00e9tri l\u2019\u00e2me avec un peu de la sienne, tra\u00advaille sans r\u00e9pit ni tr\u00eave \u00e0 sau\u00adver de ce nihi\u00adlisme mor\u00adbide Dimi\u00adtri Orscha\u00adnow, le Trimardeur.&nbsp;<\/p>\n<p>Sans las\u00adsi\u00adtude, avec une patience fra\u00adter\u00adnelle, elle s\u2019efforce de lui mon\u00adtrer qu\u2019un intel\u00adlec\u00adtuel comme lui, \u00e0 qui la Nature, bonne m\u00e8re, pro\u00addi\u00adgua les dons les plus pr\u00e9\u00adcieux de l\u2019esprit et du c\u0153ur, com\u00admet un crime de l\u00e8se-huma\u00adni\u00adt\u00e9, en n\u2019aidant pas de toute son \u00e9ner\u00adgie, de toute son intel\u00adli\u00adgence, l\u2019\u0153uvre de recons\u00adtruc\u00adtion sociale \u00e0 laquelle sont atta\u00adch\u00e9s les, r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires pra\u00adtiques de Rus\u00adsie et de tous les autres pays.<\/p>\n<p>Avec une atten\u00addris\u00adsante t\u00e9na\u00adci\u00adt\u00e9, elle veut l\u2019arracher au caba\u00adret o\u00f9 il passe une bonne par\u00adtie de sa vie, le sevrer de l\u2019alcool et de l\u2019opium, dans les\u00adquels il cherche l\u2019exaltation de ses r\u00eaves noirs. Pour arri\u00adver \u00e0 ses fins, pour mener \u00e0 bien la noble t\u00e2che de sous\u00adtraire une \u00e2me d\u2019\u00e9lite \u00e0 la d\u00e9ch\u00e9ance et la rendre \u00e0 l\u2019\u0153uvre r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, elle n\u2019h\u00e9site pas&nbsp;; de \u00ab&nbsp;s\u0153ur de com\u00adbat&nbsp;\u00bb elle devient \u00ab&nbsp;amante&nbsp;\u00bb, lui fait l\u2019abandon com\u00adplet de sa jeu\u00adnesse et de sa beau\u00adt\u00e9. Une joie pro\u00adfonde s\u2019empare d\u2019elle quand elle voit Dir\u00adni\u00adtri aban\u00addon\u00adner peu \u00e0 peu avec sa vie de bouge son nihi\u00adlisme contem\u00adpla\u00adtif d\u2019alcoolique et d\u2019opiomane, pour mener avec les cama\u00adrades actifs le bon com\u00adbat r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Mais h\u00e9las&nbsp;! pr\u00e9\u00adcaire appa\u00adrait bien\u00adt\u00f4t la gu\u00e9\u00adri\u00adson&nbsp;! Voi\u00adci, en effet, que sur\u00adgit dans sa vie, Orlow, un nihi\u00adliste mys\u00adtique qui ne croit pas \u00e0 la science, la d\u00e9clare inca\u00adpable d\u2019am\u00e9liorer l\u2019homme, d\u00e9nie \u00e0 celui-ci tout r\u00f4le sp\u00e9\u00adcial, et ne recon\u00adna\u00eet d\u2019utilit\u00e9 qu\u2019\u00e0 la des\u00adtruc\u00adtion. Dimi\u00adtri Orscha\u00adnow se laisse gri\u00adser par la faconde de cet ap\u00f4tre du d\u00e9ses\u00adpoir, et le voi\u00adci r\u00e9fu\u00adgi\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve, repris par sa vie cra\u00adpu\u00adleuse d\u2019antan. Pro\u00adfon\u00add\u00e9\u00adment attris\u00adt\u00e9e, mais non d\u00e9cou\u00adra\u00adg\u00e9e V\u00e9ra la mili\u00adtante ten\u00adte\u00adra encore une fois sa r\u00e9sur\u00adrec\u00adtion. Vains efforts&nbsp;! Dimi\u00adtri renonce \u00e0 son amour, il s\u2019enfuit de Gen\u00e8ve, vient Mar\u00adseille, passe ses nuits et ses jours dans les caba\u00adrets en com\u00adpa\u00adgnie de ner\u00advis et de pros\u00adti\u00adtu\u00e9es jusqu\u2019au jour pro\u00adchain ou, croyant r\u00e9a\u00adli\u00adser son id\u00e9al d\u2019individualisme mor\u00adbide et d\u2019irr\u00e9alisable liber\u00adt\u00e9, il va b\u00eate\u00adment s\u2019\u00e9chouer dans le bagne mili\u00adta\u00adriste de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>Tel est ce livre d\u2019une forme ner\u00adveuse et sobre, d\u2019une docu\u00admen\u00adta\u00adtion s\u00fbre, d\u2019une psy\u00adcho\u00adlo\u00adgie p\u00e9n\u00e9\u00adtrante et qui certes, est loin d\u2019avoir obte\u00adnu le suc\u00adc\u00e8s qu\u2019il m\u00e9ritait.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Cette \u00e9tude sur l\u2019\u0153uvre d\u2019isabelle Ebe\u00adrhardt serait incom\u00adpl\u00e8te si nous ne signa\u00adlions \u00ab&nbsp;<i>Mek\u00adtoub<\/i>&nbsp;\u00bb, une longue nou\u00advelle qui a pour cadre Tunis, les <i>Nou\u00advelles Alg\u00e9\u00adriennes<\/i>, et les <i>Contes Saha\u00adriens<\/i>.<\/p>\n<p>Non moins colo\u00adr\u00e9s, non moins vivants et minu\u00adtieu\u00adse\u00adment docu\u00admen\u00adt\u00e9s que les <i>Notes de route<\/i>, ils lurent \u00e9crits pen\u00addant les trois ann\u00e9es qui pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00add\u00e8rent son voyage dans l\u2019Extr\u00eame-Sud-Oranais, sa marche ultime vers la dune d\u2019A\u00efn-Sefra, o\u00f9 \u00e9tait mar\u00adqu\u00e9e depuis tou\u00adjours, la place de son tombeau.<\/p>\n<h2>VII. <i>In Memoriam<\/i><\/h2>\n<p><\/p>\n<p>Me voi\u00adci arri\u00adv\u00e9 au terme de cette \u00e9tude qui m\u2019a per\u00admis de revivre les jours pas\u00ads\u00e9s \u00e0 enqu\u00ea\u00adter sur la vie de la Bonne Nomade \u00e0 tra\u00advers les blanches villes du Tell, les oasis et les dunes du Sahara.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas bien .long\u00adtemps encore, je reve\u00adnais pour la troi\u00adsi\u00e8me fois dans l\u2019Extr\u00eame-Sud-Oranais, o\u00f9, par\u00adtout, depuis A\u00efn-Sefra jusqu\u2019\u00e0 Ounif, j\u2019avais.entcndu les B\u00e9douins chan\u00adter les louanges de leur glo\u00adrieuse amiz. J\u2019\u00e9tais all\u00e9 por\u00adter des roses du Tell, des jas\u00admins et des vio\u00adlettes du T\u00e9lem\u00adly sur son humble tombe musul\u00admane dans le petit cime\u00adti\u00e8re d\u00e9ser\u00adtique o\u00f9 elle dort en paix son der\u00adnier sommeil\u2026<\/p>\n<p>[|\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026|]<br>\n\n<poesie>Elle dort sous la dune \u00e0 la robe de&nbsp;moire,<br>\nNon loin du \u00ab&nbsp;ksar&nbsp;\u00bb aim\u00e9, sous le pal\u00admier hautain<br>\nDont les palmes, le soir, chantent sa jeune gloire<br>\nEt b\u00e9nissent le dieu qui fixa son Destin&nbsp;;<br>\nCar ceux-l\u00e0 seuls, dont l\u2019\u00e2me a des ins\u00adtincts vulgaires<br>\nD\u00e9si\u00adrent de longs jours. Mais le c\u0153ur haut&nbsp;plac\u00e9<br>\nNe demande au Sei\u00adgneur que le temps n\u00e9cessaire<br>\nPour trans\u00admettre, en cou\u00adrant, le flam\u00adbeau du&nbsp;pass\u00e9.<br>\nPour la remer\u00adcier de sa piti\u00e9 divine,<br>\nAux entours de sa tombe, en les soirs lumineux,<br>\nLes p\u00e2tres accor\u00addant la fl\u00fbte b\u00e9douine<br>\nLui diront la chan\u00adson qu\u2019elle chan\u00adta pour&nbsp;eux\u2026<\/poesie>\n<\/p><p>[|\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026|]<br>\n<br>\nDors, en paix, douce Isa\u00adbelle, sous les pal\u00admiers d\u2019Ain-Sefra&nbsp;! Pour toi, je suis ten\u00adt\u00e9 d\u2019implorer le sable d\u2019or qui le recouvre, de m\u00eame que M\u00e9l\u00e9agre de Gada\u00adra implo\u00adra le sol de l\u2019Hellade pour son amante fau\u00adch\u00e9e, comme toi, par la Mort, en son printemps&nbsp;:<\/p>\n<p>Terre d\u2019Afrique, sois l\u00e9g\u00e8re<br>\n<br>\u00c0 celle qui a si peu pes\u00e9 sur&nbsp;toi.<\/p>\n<p>Oui, dors en paix, et puisses-tu, sous les fleu\u00adrettes de la tombe, ou\u00efr les fi\u00e8res et pieuses paroles que lais\u00adsa tom\u00adber devant moi le bon ca\u00efd de Touggourt&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Bien que morte \u00e0 l\u2019aurore de sa vie, tant qu\u2019il y aura des nomades pous\u00adsant leurs cha\u00admeaux \u00e9tiques, char\u00adg\u00e9s de mis\u00e8re, depuis les oasis figui\u00adguiennes jusqu\u2019aux dunes de l\u2019Oued-Souf, sa m\u00e9moire ne p\u00e9ri\u00adra&nbsp;pas.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Dors en paix&nbsp;! Issue, comme une recon\u00adnais\u00adsance \u00e9ter\u00adnelle du D\u00e9sert que ta plume a glo\u00adri\u00adfi\u00e9, la L\u00e9gende, har\u00admo\u00adnieuse, imp\u00e9\u00adris\u00adsable attend ton \u00e2me au seuil des si\u00e8cles futurs, peut-\u00eatre m\u00eame, en ces jours loin\u00adtains, seras-tu la <i>dji\u00adnia<\/i> bien\u00adfai\u00adsante, la f\u00e9e cl\u00e9\u00admente et sub\u00adtile dont le pas\u00adtour saha\u00adrien implore les gr\u00e2ces pour son trou\u00adpeau. Tu gu\u00e9\u00adri\u00adras sa bre\u00adbis malade, tu ren\u00addras sa ch\u00e8vre f\u00e9conde, et la nuit, \u00e0 che\u00adval sur un rai de lune, tu sou\u00adri\u00adras dans leurs r\u00eaves, aux cha\u00adme\u00adliers endormis.<\/p>\n<p>Ou peut-\u00eatre encore, sous ton nom de jeune fille, po\u00e9\u00adti\u00adque\u00adment ara\u00adbi\u00ads\u00e9, tu devien\u00addras la sainte, la <i>Lel\u00adla<\/i> v\u00e9n\u00e9\u00adr\u00e9e, qui repose dans la blanche koub\u00adba d\u00e9ser\u00adtique, \u00e0 l\u2019ombre du soli\u00adtaire dat\u00adtier et o\u00f9, entre deux \u00e9tapes, vien\u00addront s\u2019agenouiller tous les sublimes pouilleux que tu chantas.<\/p>\n<p>\u00d4 toi, la Bonne Nomade, la \u00ab&nbsp;Louise Michel&nbsp;\u00bb du Saha\u00adra, dors en paix, sous les pal\u00admiers d\u2019A\u00efn-Sefra.<\/p>\n<p>[\/\u200bP. <sc>Vign\u00e9 d\u2019Octon<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>III. Une emp\u00ea\u00adcheuse de voler en&nbsp;rond Voi\u00adci donc Isa\u00adbelle Ebe\u00adrhardt sur la terre alg\u00e9\u00adrienne. Nous sommes en 1897&nbsp;; elle a vingt ans \u00e0 peine&nbsp;; elle est seule au monde et sa m\u00e8re et son oncle \u00e9tant morts, elle pos\u00ads\u00e8de une petite for\u00adtune. Apr\u00e8s un court s\u00e9jour \u00e0 B\u00f4ne o\u00f9 elle apprend assez d\u2019arabe pour&nbsp;se&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[368],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3102","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-na9-septembre-1922"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3102"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3102\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3102"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3102"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}