{"id":3115,"date":"2012-01-31T08:58:26","date_gmt":"2012-01-31T08:58:26","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/01\/31\/on-peut-esperer\/"},"modified":"2012-01-31T08:58:26","modified_gmt":"2012-01-31T08:58:26","slug":"on-peut-esperer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/01\/31\/on-peut-esperer\/","title":{"rendered":"On peut esp\u00e9rer"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3115?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3115?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>[(L\u2019<i>Id\u00e9e Libre<\/i> avait pos\u00e9 cette question&nbsp;:<br>\n<br>Peut-on vivre sans autorit\u00e9&nbsp;?<br>\n<br>Si oui, comment&nbsp;?<br>\n<br>Si non, pourquoi&nbsp;?)]<br>\n<\/p>\n<p>Le 18 juin j\u2019avais r\u00e9pon\u00addu dans le <i>Jour\u00adnal du Peuple<\/i> que l\u2019on vivait r\u00e9el\u00adle\u00adment dans la mesure m\u00eame o\u00f9 l\u2019on avait su s\u2019affranchir de toute auto\u00adri\u00adt\u00e9 ext\u00e9\u00adrieure. Je me refu\u00adsais \u00e0 la na\u00ef\u00adve\u00adt\u00e9 de pro\u00adph\u00e9\u00adti\u00adser le d\u00e9tail et le com\u00adment de l\u2019avenir, mais je pro\u00adje\u00adtais vers un futur ind\u00e9\u00adter\u00admi\u00adn\u00e9 de vastes et flot\u00adtantes esp\u00e9\u00adrances. L\u2019<i>Id\u00e9e Libre<\/i> d\u2019ao\u00fbt 1922 (ou, si vous pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrez, de ther\u00admi\u00addor 130) repro\u00adduit g\u00e9n\u00e9\u00adreu\u00adse\u00adment l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de mon article et m\u2019oppose ensuite de graves objections.<\/p>\n<p>J\u2019avais consi\u00add\u00e9\u00adr\u00e9 la guerre comme fille de l\u2019autorit\u00e9. Loru\u00adlot ren\u00adverse le rap\u00adport&nbsp;: \u00ab&nbsp;La guerre est ant\u00e9\u00adrieure \u00e0 l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est l\u2019\u00e9tat de concur\u00adrence bru\u00adtale qui a ren\u00addu n\u00e9ces\u00adsaires la r\u00e9gle\u00admen\u00adta\u00adtion et la&nbsp;loi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Je suis dis\u00adpo\u00ads\u00e9 \u00e0 beau\u00adcoup de conces\u00adsions. Ici, comme en bien des endroits, P\u00e9cu\u00adchet consta\u00adte\u00adrait que \u00ab&nbsp;la cause et l\u2019effet s\u2019embrouillent&nbsp;\u00bb. Il me semble pour\u00adtant que je pre\u00adnais le mot \u00ab&nbsp;guerre&nbsp;\u00bb dans un sens un peu plus \u00e9troit que Loru\u00adlot. Je lui fai\u00adsais d\u00e9si\u00adgner exclu\u00adsi\u00adve\u00adment, comme il arrive, la lutte entre arm\u00e9es. Je me repr\u00e9\u00adsente dif\u00adfi\u00adci\u00adle\u00adment une arm\u00e9e, si rouge qu\u2019on la veuille sup\u00adpo\u00adser, sans dis\u00adci\u00adpline et sans&nbsp;chef.<\/p>\n<p>Je ne veux pas m\u2019attarder \u00e0 une chi\u00adcane de mots. Peut-\u00eatre ici elle cache\u200a\u2014\u200aet on pour\u00adrait lui faire r\u00e9v\u00e9\u00adler\u200a\u2014\u200aun d\u00e9sac\u00adcord pro\u00adfond. Mais n\u2019est-ce pas relui m\u00eame que nous allons ren\u00adcon\u00adtrer. Pour r\u00e9fu\u00adter cer\u00adtains argu\u00adments contre un ave\u00adnir d\u00e9li\u00advr\u00e9 de toute auto\u00adri\u00adt\u00e9, j\u2019avais fait remar\u00adquer que cer\u00adtains pro\u00adgr\u00e8s mat\u00e9\u00adriels ont modi\u00adfi\u00e9 notre vie de fa\u00e7on impr\u00e9\u00advi\u00adsible et que pro\u00adph\u00e9\u00adti\u00adser l\u2019aviation ou la t\u00e9l\u00e9\u00adgra\u00adphie sans fil e\u00fbt fait, voi\u00adci cent ans, enfer\u00admer le pro\u00adph\u00e8te. Loru\u00adlot me r\u00e9plique que \u00ab&nbsp;les pro\u00adgr\u00e8s mat\u00e9\u00adriels ne vont pas for\u00adc\u00e9\u00adment de pair avec le pro\u00adgr\u00e8s moral&nbsp;\u00bb. Il r\u00e9plique, comme il arrive aux plus avi\u00ads\u00e9s, \u00e0 ce que je n\u2019ai point dit. Il ajoute que \u00ab&nbsp;pour vivre sans auto\u00adri\u00adt\u00e9, <i>il faut que l\u2019homme devienne meilleur<\/i>.&nbsp;\u00bb C\u2019est lui qui sou\u00adligne et il a ter\u00adri\u00adble\u00adment rai\u00adson de souligner.<\/p>\n<p>Je ne recule devant aucune v\u00e9ri\u00adt\u00e9. J\u2019ai m\u00e9di\u00adt\u00e9 autant que Loru\u00adlot les rai\u00adsons de d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adrer. Long\u00adtemps elles m\u2019ont convain\u00adcu. Si je suis reve\u00adnu \u00e0 l\u2019espoir, j\u2019ose croire que ce n\u2019est point par fai\u00adblesse sen\u00adti\u00admen\u00adtale ou par prag\u00adma\u00adtisme et pour les besoins de l\u2019action. Vingt ans il m\u2019a sem\u00adbl\u00e9 qu\u2019il n\u2019y avait rien \u00e0 attendre d\u2019aucune \u00e9poque humaine&nbsp;: j\u2019ai tou\u00adjours com\u00adbat\u00adtu selon mes forces. Je m\u2019\u00e9tais \u00e9ta\u00adbli par del\u00e0 l\u2019espoir sans dimi\u00adnuer ma puis\u00adsance de tra\u00advail ni ma s\u00e9r\u00e9\u00adni\u00adt\u00e9 int\u00e9\u00adrieure. Si j\u2019esp\u00e8re de nou\u00adveau apr\u00e8s m\u2019\u00eatre mon\u00adtr\u00e9 pra\u00adti\u00adque\u00adment que nul espoir ne m\u2019est n\u00e9ces\u00adsaire c\u2019est que, pes\u00e9es en toute hon\u00adn\u00ea\u00adte\u00adt\u00e9, les rai\u00adsons d\u2019esp\u00e9rer me semblent l\u2019emporter un peu sur les rai\u00adsons adverses.<\/p>\n<p>Exa\u00admi\u00adnons la ques\u00adtion avec sang-froid, de Sirius, comme si elle ne nous concer\u00adnait en&nbsp;rien.<\/p>\n<p>Dans les si\u00e8cles \u00e9clai\u00adr\u00e9s vaille que vaille \u00e0 la torche fumeuse de l\u2019histoire, je ne d\u00e9couvre nul pro\u00adgr\u00e8s \u00e9thique ou social. Les formes poli\u00adtiques qui nous \u00e9crasent sont d\u00e9j\u00e0 dis\u00adcu\u00adt\u00e9es dans H\u00e9ro\u00addote, coor\u00addon\u00adn\u00e9es dans Pla\u00adton. Les sages furent tou\u00adjours des \u00eatres excep\u00adtion\u00adnels. Osons le mot&nbsp;: les sages sont ana\u00adchro\u00adniques \u00e0 tous les temps connus. Ils ne sont aujourd\u2019hui ni plus nom\u00adbreux que jadis, ni plus par\u00adfaits, ni mieux \u00e9cou\u00adt\u00e9s, par la folie des grands et par la sot\u00adtise des petits. Sauf en temps de r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion ou de guerre, la per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtion les frappe moins bru\u00adta\u00adle\u00adment&nbsp;; elle en est peut-\u00eatre plus sub\u00adtile, plus effi\u00adcace, plus effa\u00adceuse des pen\u00ads\u00e9es lib\u00e9ratrices.<\/p>\n<p>En quel contem\u00adpo\u00adrain trou\u00adve\u00adrions-nous une beau\u00adt\u00e9 \u00e9thique sup\u00e9\u00adrieure \u00e0 celles de \u00c7akya-Mou\u00adni, de Socrate, d\u2019\u00c9picure, de Cl\u00e9anthe, de J\u00e9sus, d\u2019\u00c9pict\u00e8te, de Dion Bouche\u2011d\u2019Or&nbsp;? Et quel na\u00eff croi\u00adra la sagesse plus fr\u00e9\u00adquente chez nous qu\u2019aux autres si\u00e8cles&nbsp;?\u2026<\/p>\n<p>Tiens&nbsp;! voi\u00adci quelqu\u2019un qui ostente les lec\u00adteurs de Tol\u00adsto\u00ef plus nom\u00adbreux que tout ce que Socrate, J\u00e9sus et \u00c9pic\u00adt\u00e8te r\u00e9unis ont grou\u00adp\u00e9 d\u2019auditeurs. Et il s\u2019\u00e9merveille parce qu\u2019aujourd\u2019hui m\u00eame Rabin\u00addra\u00adnath Tagore et Romain Rol\u00adland obtiennent l\u2019audience d\u2019un vaste public.<\/p>\n<p>Ces innom\u00adbrables oreilles, prenez\u2011y garde&nbsp;! \u00e9coutent un po\u00e8te ou un conteur, non un sage. Cer\u00adtaines curio\u00adsi\u00adt\u00e9s sont m\u00eame sol\u00adli\u00adci\u00adt\u00e9es \u00e0 des rai\u00adsons plus super\u00adfi\u00adcielles, lisent sim\u00adple\u00adment des \u00e9cri\u00advains c\u00e9l\u00e8bres, accordent \u00e0 Rol\u00adland ou \u00e0 Tagore la m\u00eame non\u00adcha\u00adlance amu\u00ads\u00e9e qu\u2019\u00e0 Ana\u00adtole France, autre prix Nobel et para\u00addigme, comme on sait, de toutes les avi\u00addi\u00adt\u00e9s bour\u00adgeoises, de tous les sno\u00adbismes bour\u00adgeois et de toutes les l\u00e2che\u00adt\u00e9s bour\u00adgeoises, \u00e0 ce pauvre Ana\u00adtole France qui n\u2019a su \u00e9vi\u00adter ni l\u2019Acad\u00e9mie, ni <i>la Voie glo\u00adrieuse<\/i>, ni la for\u00adtune et l\u2019avarice.<\/p>\n<p>Le lec\u00adteur d\u2019aujourd\u2019hui reste pas\u00adsif et inerte. Ou bien, acti\u00advi\u00adt\u00e9 guet\u00adteuse et hos\u00adtile, il se ramasse alter\u00adna\u00adti\u00adve\u00adment et se d\u00e9tend pour l\u2019exercice de contre\u00addire telle \u00ab&nbsp;noble can\u00addeur&nbsp;\u00bb et pour la vani\u00adt\u00e9 de s\u2019imaginer qu\u2019il la r\u00e9fute et la domine. Des lec\u00adteurs atten\u00adtifs \u00e0 eux-m\u00eames et qui feront du livre l\u2019outil de leur propre per\u00adfec\u00adtion\u00adne\u00adment, il y en a, mais il y en a moins que jamais&nbsp;; cher\u00adchons-les, si vous vou\u00adlez, et les comptons.<\/p>\n<p>Or, le pro\u00adgr\u00e8s social ne peut qu\u2019int\u00e9grer des pro\u00adgr\u00e8s individuels.<\/p>\n<p>\u00c0 com\u00adpa\u00adrer les condi\u00adtions des pro\u00adgr\u00e8s mat\u00e9\u00adriels et celles du pro\u00adgr\u00e8s \u00e9thique, les dif\u00adf\u00e9\u00adrences semblent d\u2019abord sup\u00adpri\u00admer tout espoir raisonnable.&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019industrie s\u2019alimente \u00e0 une science que l\u2019ouvrier n\u2019a besoin ni de d\u00e9cou\u00advrir ni de com\u00adprendre aux pro\u00adfon\u00addeurs. L\u2019industrie est, au vrai, une rou\u00adtine qui s\u2019alimente \u00e0 une science. Sup\u00adpo\u00adsons que le bou\u00adlot de chaque \u00e9lec\u00adtri\u00adcien exige le g\u00e9nie d\u2019Amp\u00e8re ou de M.&nbsp;Bran\u00adly, l\u2019\u00e9lectricien devient un \u00eatre rare&nbsp;; toute conqu\u00eate dans son domaine se mani\u00adfeste triomphe pr\u00e9\u00adcaire et d\u2019un homme, non acqui\u00adsi\u00adtion pour tou\u00adjours et richesse de l\u2019humanit\u00e9. On refe\u00adrait peut-\u00eatre les m\u00eames d\u00e9cou\u00advertes ind\u00e9\u00adfi\u00adni\u00adment sans que le g\u00e9nie d\u2019aujourd\u2019hui avan\u00ad\u00e7\u00e2t plus loin que celui d\u2019hier ou d\u2019avant-hier. Ce qui, per\u00admet le pro\u00adgr\u00e8s indus\u00adtriel, c\u2019est, semble-t-il, que le cer\u00adveau qui a trou\u00adv\u00e9 et les mains qui ex\u00e9\u00adcutent peuvent appar\u00adte\u00adnir \u00e0 des \u00eatres dif\u00adf\u00e9\u00adrents. Ce qui per\u00admet le pro\u00adgr\u00e8s scien\u00adti\u00adfique, c\u2019est qu\u2019il est un peu plus facile et rapide d\u2019apprendre les d\u00e9cou\u00advertes d\u00e9j\u00e0 faites que de les inven\u00adter&nbsp;: le moindre pro\u00adfes\u00adseur de phy\u00adsique conna\u00eet mille v\u00e9ri\u00adt\u00e9s qui, expo\u00ads\u00e9es \u00e0 Archi\u00adm\u00e8de, le feraient s\u2019\u00e9crier&nbsp;: Je n\u2019ai pas trouv\u00e9&nbsp;!<\/p>\n<p>Mais chaque artiste de sagesse est son propre ini\u00adtia\u00adteur. On n\u2019imagine pas quelle divi\u00adsion du tra\u00advail, quelle addi\u00adtion de connais\u00adsances \u00e9tran\u00adg\u00e8res ferait jaillir la vie de Socrate d\u2019une autre source que la conscience de Socrate.<\/p>\n<p>Ai-je dimi\u00adnu\u00e9 la for\u00adc\u00e9 des objec\u00adtions&nbsp;? Les timides vont, au contraire, m\u2019accuser de leur avoir appor\u00adt\u00e9 une force nou\u00advelle. Pour\u00adtant je n\u2019enferme pas \u00e9thique et socio\u00adlo\u00adgie dans une stag\u00adna\u00adtion \u00e9ter\u00adnelle&nbsp;; je ne les condamne pas au pi\u00e9\u00adti\u00adne\u00adment sur place ni \u00e0 quelque rythme vain que sym\u00adbo\u00adli\u00adse\u00adrait le balan\u00adce\u00adment de la mar\u00e9e ou l\u2019alternative du jour, flux de lumi\u00e8re, et de la nuit, reflux et aban\u00addon aux t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>C\u2019est pour un temps ind\u00e9\u00adter\u00admi\u00adn\u00e9 et peut-\u00eatre long, ce n\u2019est pas pour tou\u00adjours que je r\u00e9pands ma piti\u00e9 sur la foule des aveugles qui se laissent conduire, des fous qui conduisent.<\/p>\n<p>\u00c9ter\u00adnelle et inva\u00adriable, la nature de l\u2019homme&nbsp;? Oui, Loru\u00adlot. Comme la nature des choses. Et, comme la nature des choses, elle se mani\u00adfeste com\u00adplexe et contra\u00addic\u00adtoire. N\u2019est-ce pas mon ami Psy\u00adcho\u00addore qui a appe\u00adl\u00e9 la Nature Celle-Qui-Se-Contre\u00addit&nbsp;? Dans son chaos \u00e9tu\u00addi\u00e9, je for\u00adti\u00adfie et seconde quelques \u00e9l\u00e9\u00adments, j\u2019en affai\u00adblis, en contiens, en \u00e9carte d\u2019autres&nbsp;; j\u2019op\u00e8re des, rap\u00adpro\u00adche\u00adments et des s\u00e9pa\u00adra\u00adtions&nbsp;; je modi\u00adfie, un peu chaque jour, telles direc\u00adtions pri\u00admi\u00adtives. Vic\u00adtoire&nbsp;! je par\u00adviens \u00e0 faire domi\u00adner net\u00adte\u00adment tel <i>Oui<\/i> sur la n\u00e9ga\u00adtion qui l\u2019accompagnait. \u00c0 ma nature ou \u00e0 la nature des choses, je com\u00admande aux m\u00eames condi\u00adtions&nbsp;: en leur ob\u00e9issant.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>La n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 pour obte\u00adnir un pro\u00adgr\u00e8s social que des \u00eatres nom\u00adbreux deviennent, des savants d\u2019eux-m\u00eames et rayonnent un invin\u00adcible h\u00e9ro\u00efsme interne inter\u00addit tout espoir. Il y a l\u00e0, entre le pro\u00adgr\u00e8s que je r\u00eave et les pro\u00adgr\u00e8s que je constate une dif\u00adf\u00e9\u00adrence essen\u00adtielle, invincible.<\/p>\n<p>Ici, je pense, est le gros n\u0153ud du probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Regar\u00addons les choses de plus&nbsp;pr\u00e8s.<\/p>\n<p>Tout pro\u00adgr\u00e8s mat\u00e9\u00adriel a exi\u00adg\u00e9, \u00e0 ses d\u00e9buts, la m\u00eame union, dans un seul \u00eatre, du savant et du tra\u00advailleur. Les mer\u00adveilleux anc\u00eatres pr\u00e9\u00adhis\u00adto\u00adriques qui ont domes\u00adti\u00adqu\u00e9 les ani\u00admaux, qui ont cr\u00e9\u00e9 le bl\u00e9, le vin, la rose, le navire, l\u2019\u00e9criture, il a bien fal\u00adlu qu\u2019ils fussent ensemble les fr\u00e9\u00admis\u00adsants cher\u00adcheurs, les t\u00e2ton\u00adnants r\u00e9a\u00adli\u00adsa\u00adteurs. Aujourd\u2019hui, toute inven\u00adtion m\u00e9ca\u00adnique dans un domaine un peu nou\u00adveau n\u2019exige-t-elle pas du savant, qu\u2019il construise ses pre\u00admiers mod\u00e8les, fabrique en bois ou en m\u00e9tal sa logique qui cherche et ses trou\u00adveuses h\u00e9si\u00adta\u00adtions&nbsp;? Sa pen\u00ads\u00e9e fuyante ne se fixe\u00adrait jamais si elle ne s\u2019appuyait \u00e0 des concrets imm\u00e9\u00addiats et suc\u00adces\u00adsifs&nbsp;; elle s\u2019exprime par les mains avant que la parole la puisse b\u00e9gayer et diri\u00adger d\u2019autres mains.<\/p>\n<p>Les pro\u00adgr\u00e8s \u00e9thiques n\u2019offrent donc pas ici, une exi\u00adgence ori\u00adgi\u00adnale et qui les ren\u00addrait plus impos\u00adsibles que les autres.<\/p>\n<p>Car tous les pro\u00adf\u00e8res paraissent impos\u00adsibles avant qu\u2019on les ait r\u00e9a\u00adli\u00ads\u00e9s. M.&nbsp;Thiers, homme pra\u00adtique, d\u00e9mon\u00adtrait irr\u00e9\u00adsis\u00adti\u00adble\u00adment l\u2019impossibilit\u00e9, pour les che\u00admins de fer, de ces\u00adser d\u2019\u00eatre des jouets et de ne jamais aller plus loin que de Paris \u00e0 Saint-Ger\u00admain. Peu d\u2019ann\u00e9es avant que San\u00adtos-Dumont r\u00e9us\u00ads\u00eet son pre\u00admier vol, l\u2019Acad\u00e9mie des Sciences d\u00e9ci\u00addait de ne plus accep\u00adter aucune com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion sur cet absurde \u00ab&nbsp;plus lourd que l\u2019air&nbsp;\u00bb ridi\u00adcule, pro\u00adcla\u00admait-elle, \u00e0 l\u2019\u00e9gal de la qua\u00addra\u00adture du cercle et du mou\u00adve\u00adment perp\u00e9tuel.<\/p>\n<p>Mais, dit-on, nul pro\u00adgr\u00e8s \u00e9thique ne s\u2019est jamais r\u00e9a\u00adli\u00ads\u00e9. Je pour\u00adrais\u200a\u2014\u200aon le ver\u00adra tout \u00e0 l\u2019heure\u200a\u2014\u200ar\u00e9pondre avec le sou\u00adrire&nbsp;: qu\u2019est-ce que \u00e7a prouve&nbsp;?<\/p>\n<p>Il est juste cepen\u00addant, de remar\u00adquer d\u2019abord qu\u2019une telle n\u00e9ga\u00adtion, \u00e0 la rendre aus\u00adsi abso\u00adlue, devient une erreur.<\/p>\n<p>Impos\u00adsible de conce\u00advoir un Socrate ou un \u00c9pic\u00adt\u00e8te par\u00admi nos loin\u00adtains anc\u00eatres anthro\u00adpo\u00adphages. L\u2019id\u00e9e de man\u00adger de la chair humaine sou\u00adl\u00e8ve, chez les pires d\u2019entre nous, une ter\u00adrible r\u00e9pu\u00adgnance. Les pires d\u2019entre nous sont donc sup\u00e9\u00adrieurs aux meilleurs peut-\u00eatre des hommes primitifs.<\/p>\n<p>Mais l\u2019arr\u00eat, trop visible, de tout pro\u00adgr\u00e8s \u00e9thique, depuis des mil\u00adl\u00e9\u00adnaires ne suf\u00adfit-il pas \u00e0 consti\u00adtuer une objec\u00adtion d\u00e9cisive&nbsp;?<\/p>\n<p>Eh bien&nbsp;! non. Mal\u00adgr\u00e9 la pre\u00admi\u00e8re appa\u00adrence, rien l\u00e0 de sin\u00adgu\u00adlier. Un cas comme un autre, d\u2019une loi universelle.<\/p>\n<p>Quand Guillaume Amon\u00adtous ou Claude Chappe, inven\u00adta le t\u00e9l\u00e9\u00adgraphe a\u00e9rien, il appor\u00adtait\u200a\u2014\u200acomp\u00adtez, si vous vou\u00adlez, apr\u00e8s com\u00adbien de si\u00e8cles\u200a\u2014\u200aquel na\u00eff et pauvre per\u00adfec\u00adtion\u00adne\u00adment au sys\u00adt\u00e8me de signaux par quoi les assi\u00e9\u00adgeants annon\u00adc\u00e8rent \u00e0 la Gr\u00e8ce guet\u00adteuse, la prise de Troie&nbsp;! Apr\u00e8s des mil\u00adl\u00e9\u00adnaires inertes, quelle course rapide vers ces mer\u00adveilles&nbsp;: t\u00e9l\u00e9\u00adgra\u00adphie \u00e9lec\u00adtrique, t\u00e9l\u00e9\u00adgra\u00adphie sans&nbsp;fil.<\/p>\n<p>Depuis que l\u2019homme r\u00eave de voler dans les airs comme les oiseaux qu\u2019il regarde, comme les anges et les dieux qu\u2019il ima\u00adgine, comme les D\u00e9dale et les Icare de ses veill\u00e9es conteuses, que de mil\u00adl\u00e9\u00adnaires vides&nbsp;! Heu\u00adreu\u00adse\u00adment, tous les savants ne furent pas assez aca\u00add\u00e9\u00admiques pour se faire eux-m\u00eames, \u00e0 la contem\u00adpla\u00adtion de cet infi\u00adni d\u00e9sert, des d\u00e9serts sans espoirs. San\u00adtos-Dumont r\u00e9us\u00adsit un pauvre pre\u00admier vol lour\u00addaud, j\u2019allais dire un mis\u00e9\u00adrable saut de puce. Un quart de si\u00e8cle suf\u00adfit ensuite \u00e0 faire de l\u2019homme le plus puis\u00adsant et le plus vite des oiseaux.<\/p>\n<p>La concep\u00adtion du pro\u00adgr\u00e8s comme une marche simple, conti\u00adnue, lin\u00e9aire, est aus\u00adsi fausse que pos\u00adsible, La route en lacets qui, par mille contours mon\u00adtants, conduit jusqu\u2019au som\u00admet&nbsp;: image encore pauvre et inexacte.<\/p>\n<p>Arr\u00ea\u00adt\u00e9s comme des fleuves \u00e0 l\u2019\u00e9poque des grands lacs, de nom\u00adbreux pro\u00adgr\u00e8s immo\u00adbiles s\u2019accumulent, montent, s\u2019irritent, tou\u00adjours vain\u00adcus, \u00e0 la masse in\u00e9bran\u00adl\u00e9e des mon\u00adtagnes. Stag\u00adna\u00adtions \u00e9ter\u00adnelles&nbsp;? Arr\u00eats pour tou\u00adjours&nbsp;? Allons donc&nbsp;! Demain peut-\u00eatre l\u2019eau sub\u00adtile trou\u00adve\u00adra la fente que l\u2019\u0153il ne sau\u00adrait d\u00e9cou\u00advrir&nbsp;; ou bien elle ren\u00adcon\u00adtre\u00adra une veine de terre \u00e0 d\u00e9layer. La voi\u00adci qui glisse, s\u2019insinue, tra\u00advaille. Obs\u00adcurs efforts, et d\u00e9j\u00e0 vain\u00adqueurs, que nous igno\u00adrons encore. Alerte&nbsp;! la terre coule, croule, roule, flot inat\u00adten\u00addu. Les rochers tombent, se heurtent, se brisent&nbsp;; s\u2019\u00e9miettent comme des gouttes par\u00admi le tor\u00adrent et la cataracte.<\/p>\n<p>\u00c0 les lais\u00adser assez flot\u00adtants quant aux dates, tous les espoirs humains deviennent l\u00e9gi\u00adtimes, toutes les nobles pro\u00adph\u00e9\u00adties sont des pro\u00admesses. Si l\u2019homme dure assez long\u00adtemps, cha\u00adcun de ses r\u00eaves est une r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 future.<\/p>\n<p>Mais nulle richesse \u00e9thique ne sor\u00adti\u00adra, plante jaillie d\u2019une graine, de la pau\u00advre\u00adt\u00e9 des pro\u00adgr\u00e8s mat\u00e9\u00adriels. Ce sont choses d\u2019un autre ordre. La liber\u00adt\u00e9 ne sera pas, comme le croyait Her\u00adbert Spen\u00adcer, fille de la n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9. Notre vou\u00adloir per\u00ads\u00e9\u00adv\u00e9\u00adrant la cr\u00e9e\u00adra. Et il ne faut pas que ce bien ext\u00e9\u00adrieur \u00e0 nous, loin de nous encore, soit un appui et un besoin de la beau\u00adt\u00e9 int\u00e9\u00adrieure, qui d\u00e9pend de nous d\u00e8s aujourd\u2019hui. Nous r\u00e9a\u00adli\u00adser sans son\u00adger \u00e0 l\u2019avenir incer\u00adtain, c\u2019est la meilleure fa\u00e7on, la seule peut-\u00eatre, de lui don\u00adner ce que nous lui pou\u00advons donner.<\/p>\n<p>L\u2019esp\u00e9rance retrou\u00adv\u00e9e ne me co\u00fbte rien&nbsp;: elle ne modi\u00adfie ni ma fer\u00adme\u00adt\u00e9 ni mon action. Loin qu\u2019elle exige des sacri\u00adfices, elle ren\u00adforce mes rai\u00adsons de ne jamais <i>me<\/i> sacri\u00adfier, moi ni la pure\u00adt\u00e9 de mon c\u0153ur et de mes&nbsp;mains.<\/p>\n<p>[\/\u200bHan <sc>Ryner<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[(L\u2019Id\u00e9e Libre avait pos\u00e9 cette ques\u00adtion&nbsp;: Peut-on vivre sans auto\u00adri\u00adt\u00e9&nbsp;? Si oui, com\u00adment&nbsp;? Si non, pour\u00adquoi&nbsp;?)] Le 18 juin j\u2019avais r\u00e9pon\u00addu dans le Jour\u00adnal du Peuple que l\u2019on vivait r\u00e9el\u00adle\u00adment dans la mesure m\u00eame o\u00f9 l\u2019on avait su s\u2019affranchir de toute auto\u00adri\u00adt\u00e9 ext\u00e9\u00adrieure. Je me refu\u00adsais \u00e0 la na\u00ef\u00adve\u00adt\u00e9 de pro\u00adph\u00e9\u00adti\u00adser le d\u00e9tail et&nbsp;le&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[368],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3115","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-na9-septembre-1922"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3115","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3115"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3115\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3115"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3115"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3115"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3115"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}