{"id":3142,"date":"2012-05-13T01:38:56","date_gmt":"2012-05-13T01:38:56","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/05\/13\/la-fin-dune-mission-8\/"},"modified":"2012-05-13T01:38:56","modified_gmt":"2012-05-13T01:38:56","slug":"la-fin-dune-mission-8","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/05\/13\/la-fin-dune-mission-8\/","title":{"rendered":"La fin d\u2019une mission"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3142?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3142?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><h2>Troisi\u00e8me \u00e9tape, en montagne. \u200a\u2014\u200aDe V\u00e9lika \u00e0 Andr\u00e9vitza<\/h2>\n<p>\n&nbsp;<br>\n<i>Jeu\u00addi 25 novembre<\/i>.\u200a\u2014\u200aNous nous levons \u00e0 6&nbsp;h.&nbsp;\u00bc. Il fait tr\u00e8s froid, nous avons l\u2019ongl\u00e9e aux pieds et aux mains&nbsp;; et b\u00e2ter les che\u00advaux est une op\u00e9\u00adra\u00adtion p\u00e9nible. Nous nous h\u00e2tons de partir.<\/p>\n<p>Nous sui\u00advons la val\u00adl\u00e9e que nous avions aper\u00ad\u00e7ue du Cha\u00adkor, mais \u00e0 une cer\u00adtaine hau\u00adteur&nbsp;; elle est assez riante et rap\u00adpelle un peu celle du Valais. On ren\u00adcontre des mai\u00adsons iso\u00adl\u00e9es, qui sont des cha\u00adlets de bois, comme en Suisse, mais plus pauvres. \u00c0 l\u2019une des pre\u00admi\u00e8res cabanes que nous ren\u00adcon\u00adtrons, on vend du caf\u00e9 turc et des pommes&nbsp;; c\u2019est une aubaine ines\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9e. Nous tra\u00adver\u00adsons de temps en temps de minus\u00adcules vil\u00adlages entou\u00adr\u00e9s de cultures, puis des bois de ch\u00eanes. Le che\u00admin est extr\u00ea\u00adme\u00adment mau\u00advais&nbsp;; c\u2019est un sen\u00adtier que coupent les ruis\u00adseaux qui des\u00adcendent en cas\u00adcades vers le tor\u00adrent et qu\u2019il faut fran\u00adchir \u00e0 gu\u00e9 ou sur une planche.<\/p>\n<p>Au confluent d\u2019une autre val\u00adl\u00e9e, le tor\u00adrent devient une rivi\u00e8re large aux flots verts. Nous la tra\u00adver\u00adsons sur un pont de bois et nous conti\u00adnuons notre che\u00admin en sui\u00advant la rive gauche. Vers midi, nous trou\u00advons l\u2019hospitalit\u00e9 dans une mai\u00adson pay\u00adsanne, o\u00f9 nous sommes tr\u00e8s bien re\u00e7us. Un sol\u00addat mon\u00adt\u00e9\u00adn\u00e9\u00adgrin y est arri\u00adv\u00e9 en m\u00eame temps que nous pour rendre visite \u00e0 sa fian\u00adc\u00e9e, une jeune fille brune, aux traits r\u00e9gu\u00adliers, v\u00e9ri\u00adta\u00adble\u00adment&nbsp;jolie.<\/p>\n<p>Nous man\u00adgeons nos pro\u00advi\u00adsions, accrou\u00adpis autour de la table basse des Orien\u00adtaux&nbsp;; on nous offre des petits verres de raki, du pain de ma\u00efs chaud, du ka\u00ef\u00admak [[Le \u00ab&nbsp;ka\u00ef\u00admaik&nbsp;\u00bb pro\u00advient de l\u2019\u00e9cr\u00e9mage du lait&nbsp;; c\u2019est une cr\u00e8me fer\u00admen\u00adt\u00e9e, m\u00e9lan\u00adg\u00e9e \u00e0 un peu de caill\u00e9&nbsp;; cela ne se conserve pas.<br>\n<br>Le \u00ab&nbsp;cire&nbsp;\u00bb est le fro\u00admage sec fait avec le lait com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment \u00e9cr\u00e9\u00adm\u00e9&nbsp;; il est par\u00adfois hor\u00adri\u00adble\u00adment sal\u00e9, et le go\u00fbt n\u2019en est jamais lai\u00adneux. Il est sans forme&nbsp;; ce sont des masses blanches, rondes, quel\u00adque\u00adfois apla\u00adties comme des galettes.<br>\n<br>Les Serbes sont tr\u00e8s friands du ka\u00ef\u00admak. C\u2019est leur seule fa\u00e7on de consom\u00admer la cr\u00e8me&nbsp;; ils ne font pas de beurre, sauf aux alen\u00adtours de quelques grandes villes. La cui\u00adsine, tr\u00e8s grasse, se fait avec du saindoux.]].<\/p>\n<p>Au moment du d\u00e9part, on nous demande une consul\u00adta\u00adtion pour un jeune enfant. Il a de l\u2019ad\u00e9nopathie tra\u00adch\u00e9o\u00adbron\u00adchique. Beau\u00adcoup d\u2019enfants, dans les Bal\u00adkans, souffrent de tuber\u00adcu\u00adlose osseuse ou gan\u00adglion\u00adnaire&nbsp;; la fr\u00e9\u00adquence de la mala\u00addie tient sans cloute aux mau\u00advaises condi\u00adtions de la vie, \u00e0 la mau\u00advaise nour\u00adri\u00adture, au manque d\u2019hygi\u00e8ne du loge\u00adment. La s\u00e9lec\u00adtion natu\u00adrelle s\u2019op\u00e8re dans les familles, ordi\u00adnai\u00adre\u00adment nom\u00adbreuses, et il ne reste que quelques sujets robustes qui arrivent \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte&nbsp;; il y a peu de phti\u00adsie pulmonaire.<br>\n&nbsp;<br>\n[|<b>* * * *<\/b>|]<br>\n<br>\n&nbsp;<br>\nD\u00e9ci\u00add\u00e9\u00adment, le raki ne vaut rien pour l\u2019\u00e9tape&nbsp;; cela coupe bras et jambes. Et ce n\u2019est pas la pre\u00admi\u00e8re fois que nous fai\u00adsons cette consta\u00adta\u00adtion. Nous sui\u00advons en ce moment des prai\u00adries inon\u00add\u00e9es par les pluies sur le bord d\u2019un pla\u00adteau. La val\u00adl\u00e9e se ter\u00admine bien\u00adt\u00f4t par une gorge, for\u00admant un site pit\u00adto\u00adresque. Cette gorge n\u2019est pas d\u00e9so\u00adl\u00e9e, ni sau\u00advage comme celle de l\u2019Ibar, quoiqu\u2019on n\u2019y trouve non plus ni cultures, ni habi\u00adta\u00adtions&nbsp;; mais les pentes sont moins abruptes, et le sen\u00adtier passe \u00e0 mi-hau\u00adteur au milieu d\u2019un bois de ch\u00eanes&nbsp;; ce qui n\u2019emp\u00eache pas que, de temps en temps, on patauge dans un bourbier.<\/p>\n<p>Nous deman\u00addons \u00e0 deux reprises \u00e0 des Mon\u00adt\u00e9\u00adn\u00e9\u00adgrins voya\u00adgeant en sens inverse, la lon\u00adgueur du tra\u00adjet qui nous s\u00e9pare d\u2019Andr\u00e9vitza. Mais ici, pas plus qu\u2019en Ser\u00adbie, on ne conna\u00eet les dis\u00adtances, et on compte par dur\u00e9e\u200a\u2014\u200aren\u00adsei\u00adgne\u00adment extr\u00ea\u00adme\u00adment impr\u00e9\u00adcis dans ces r\u00e9gions o\u00f9 montres et hor\u00adloges sont incon\u00adnues. Les pre\u00admiers voya\u00adgeurs nous ont assu\u00adr\u00e9 que nous \u00e9tions \u00e0 une demi-heure d\u2019Andr\u00e9vitza&nbsp;; et voi\u00adl\u00e0 deux heures que nous mar\u00adchons depuis ce ren\u00adsei\u00adgne\u00adment. \u00c0 ce moment, d\u2019autres voya\u00adgeurs nous annoncent encore deux ou trois heures de che\u00admin. Le cama\u00adrade qui a mal au genou se tra\u00eene p\u00e9ni\u00adble\u00adment. Nous allons en avant, l\u2019autre et moi. Le sen\u00adtier s\u2019est \u00e9lar\u00adgi. On tra\u00advaille \u00e0 \u00e9ta\u00adblir une route en enta\u00admant le roc sur le flanc de la mon\u00adtagne&nbsp;; mais ce sont des tron\u00ad\u00e7ons de route non encore r\u00e9unis&nbsp;; nous enfon\u00ad\u00e7ons dans une boue \u00e9paisse et gluante.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 coup appa\u00adraissent la file des mai\u00adsons d\u2019Andr\u00e9vitza sur un petit pla\u00adteau col\u00adl\u00e9 contre le flanc de la mon\u00adtagne en face et \u00e0 droite de nous. Ces mai\u00adsons aux longs toits de plaques schis\u00adteuses ont un aspect assez triste. Mais nous sommes contents de d\u00e9cou\u00advrir le but, quand, trois quarts d\u2019heure aupa\u00adra\u00advant, on nous annon\u00ad\u00e7ait une \u00e9tape bien plus longue. Il faut encore faire un d\u00e9tour, tra\u00adver\u00adser un pont de bois bran\u00adlant, et nous d\u00e9bou\u00adchons dans le vil\u00adlage, disons dans la ville, c\u2019est une ville du Mont\u00e9n\u00e9gro.<\/p>\n<p>Quelques-uns de nos cama\u00adrades sont arri\u00adv\u00e9s avant nous&nbsp;; il n\u2019y en a pas beau\u00adcoup, nous sommes dans les dix premiers.&nbsp;<\/p>\n<p>Le fonc\u00adtion\u00adnaire mon\u00adt\u00e9\u00adn\u00e9\u00adgrin nous envoie loger dans une auberge. Nous aurons un d\u00eener chaud&nbsp;: une soupe au papri\u00adka et une sorte de rata\u00adtouille. Nous fai\u00adsons bom\u00adbance. L\u2019interpr\u00e8te s\u2019est aus\u00adsi infor\u00adm\u00e9 d\u2019un che\u00adval \u00e0 ache\u00adter pour le cama\u00adrade qui souffre d\u2019hydarthrose et qui est actuel\u00adle\u00adment inca\u00adpable de conti\u00adnuer la route. L\u2019\u00e9tape d\u2019aujourd\u2019hui a \u00e9t\u00e9 pour lui hor\u00adri\u00adble\u00adment p\u00e9nible. Un natu\u00adrel du pays nous am\u00e8ne un bidet de mon\u00adtagne qu\u2019il c\u00e8de pour 300 francs, en jurant qu\u2019il y perd et que c\u2019est pour nous qu\u2019il consent \u00e0 se d\u00e9faire d\u2019une b\u00eate aus\u00adsi pr\u00e9\u00adcieuse. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit que ces che\u00advaux valent de 50 \u00e0 60 francs.<\/p>\n<p>Nous avons au pre\u00admier \u00e9tage une chambre \u00e0 trois lits. Les draps sont sales, mais c\u2019est l\u00e0 un d\u00e9tail acces\u00adsoire. Le linge que je porte n\u2019est gu\u00e8re plus propre que les draps. Je dors admi\u00adra\u00adble\u00adment. Je me r\u00e9veille au petit jour. La rue est toute blan\u00adchie, les toits aus\u00adsi&nbsp;; la neige tombe \u00e0 gros flo\u00adcons. Nous h\u00e9si\u00adtons \u00e0 sor\u00adtir du lit. Nous d\u00e9li\u00adb\u00e9\u00adrons en nous grat\u00adtant. Un de mes cama\u00adrades trouve trois poux sur lui&nbsp;; cette d\u00e9cou\u00adverte me r\u00e9jouit&nbsp;; je ne suis pas seul \u00e0 nour\u00adrir des parasites.<\/p>\n<p>Par\u00adti\u00adrons-nous, ne par\u00adti\u00adrons-nous pas&nbsp;? La neige ne nous arr\u00ea\u00adte\u00adra-t-elle pas en pleine mon\u00adtagne&nbsp;? Il y a encore un col tr\u00e8s \u00e9le\u00adv\u00e9 \u00e0 fran\u00adchir. Mais si nous res\u00adtons, le froid ne va-t-il pas deve\u00adnir plus vif&nbsp;? La neige ne va-t-elle pas s\u2019accumuler&nbsp;? Nous ris\u00adquons d\u2019\u00eatre embou\u00adteill\u00e9s. Nous sommes deux \u00e0 vou\u00adloir le d\u00e9part. Oui tra\u00eene un peu. On dis\u00adcute les prix avec l\u2019aubergiste, qui nous \u00e9corche royalement.<br>\n&nbsp;<\/p>\n<h2>Quatri\u00e8me \u00e9tape en montagne\u200a\u2014\u200ad\u2019Andr\u00e9vitza \u00e0&nbsp;Bar\u00e9<\/h2>\n<p>\n&nbsp;<br>\n<i>Ven\u00addre\u00addi 26 novembre<\/i>.\u200a\u2014\u200aNous par\u00adtons \u00e0 9&nbsp;h.&nbsp;\u00bd, j\u2019ai mis une paire de chaus\u00adsettes de laine qui me res\u00adtait, une paire tr\u00e8s usa\u00adg\u00e9e, par-des\u00adsus mes bot\u00adtines. Cette pr\u00e9\u00adcau\u00adtion emp\u00ea\u00adche\u00adra la neige de s\u2019attacher \u00e0 mes pieds, je glis\u00adse\u00adrai moins et je n\u2019aurai pas les pieds mouill\u00e9s.<\/p>\n<p>La val\u00adl\u00e9e est d\u2019une vue assez agr\u00e9able sous la neige avec ses ver\u00adgers de pru\u00adniers comme en Ser\u00adbie. Les mai\u00adsons sont en pierre, et les toits sont en bois. J\u2019ai m\u00eame vu \u00e0 V\u00e9li\u00adka, l\u2019avant-veille, un toit d\u2019\u00e9corces.<\/p>\n<p>La route est bonne, c\u2019est une route car\u00adros\u00adsable. Elle monte len\u00adte\u00adment et nous mar\u00adchons d\u2019un bon pas. Je suis tout \u00e0 fait r\u00e9chauf\u00adf\u00e9 et je tiens mon k\u00e9pi \u00e0 la main. Un vieil Alba\u00adnais, que nous croi\u00adsons, tout emmi\u00adtou\u00adfl\u00e9 de lai\u00adnages blancs, s\u2019\u00e9tonne par pan\u00adto\u00admime de me voir nu-t\u00eate sous la neige. Je r\u00e9ponds par un geste d\u2019insouciance&nbsp;; le vieux indique au cama\u00adrade \u00e9clo\u00adp\u00e9, qui suit \u00e0 che\u00adval, que je dois \u00eatre timbr\u00e9.<\/p>\n<p>La val\u00adl\u00e9e se r\u00e9tr\u00e9\u00adcit peu \u00e0 peu. Sauf les branches d\u2019arbres qui tranchent en noir sur le fond, et les feuillages roux qui mettent un peu de blond dans le pay\u00adsage, tout est blanc&nbsp;; on a l\u2019impression d\u2019une gra\u00advure en pointe s\u00e8che.<\/p>\n<p>Au bout de 10 kilo\u00adm\u00e8tres la route, arri\u00adv\u00e9e au fond de la val\u00adl\u00e9e, s\u2019\u00e9l\u00e8ve insen\u00adsi\u00adble\u00adment dans la mon\u00adtagne par des lacets inter\u00admi\u00adnables. Ce n\u2019est plus le sen\u00adtier qui esca\u00adla\u00addait le Cha\u00adkor par des zig-zags rapides&nbsp;; l\u2019oscillation de la route \u00e0 chaque lacet s\u2019\u00e9tend sur une lon\u00adgueur d\u00e9mesur\u00e9e.<\/p>\n<p>Vers midi, nous nous arr\u00ea\u00adtons un moment \u00e0 une cabane iso\u00adl\u00e9e pour avoir un abri au moment du d\u00e9jeu\u00adner. Les gens h\u00e9sitent \u00e0 nous rece\u00advoir&nbsp;; ils nous laissent cepen\u00addant entrer dans le han\u00adgar qui pr\u00e9\u00adc\u00e8de l\u2019habitation, et au milieu duquel, sur la terre bat\u00adtue, br\u00fble un feu de&nbsp;bois.<\/p>\n<p>Notre d\u00e9jeu\u00adner est bien\u00adt\u00f4t ava\u00adl\u00e9&nbsp;; cochon gel\u00e9, tou\u00adjours le cochon de Det\u00adcha\u00adni, et pain de ma\u00efs&nbsp;; puis une tasse de th\u00e9 enfu\u00adm\u00e9, mais chaud et sucr\u00e9. Et nous ren\u00adtrons dans le&nbsp;froid.<br>\nNous conti\u00adnuons pen\u00addant quatre heures \u00e0 che\u00admi\u00adner dans les lacets au milieu de magni\u00adfiques bois de h\u00eatres. Nous ren\u00adcon\u00adtrons des b\u00fbche\u00adrons&nbsp;; ils abattent les beaux f\u00fbts en les cou\u00adpant \u00e0 1 m\u00e8tre ou 1 m. 50 au-des\u00adsus du&nbsp;sol.<\/p>\n<p>Nous sommes dans le brouillard, c\u2019est-\u00e0-dire dans un nuage. D\u2019ailleurs la neige tombe tou\u00adjours. Le pay\u00adsage, per\u00addu dans la brume, devient irr\u00e9el et f\u00e9erique.<\/p>\n<p>Mais la mon\u00adt\u00e9e est p\u00e9nible. Enfin, apr\u00e8s un court arr\u00eat, o\u00f9 nous nous sommes \u00e9ten\u00addus dans la neige molle, nous arri\u00advons au col, \u00e0 1.800 ou 2.000 m\u00e8tres d\u2019altitude. Nous ne dis\u00adtin\u00adguons rien en arri\u00e8re de nous dans la direc\u00adtion d\u2019Andrevitza&nbsp;; devant nous, au contraire, il n\u2019y a pas de brouillard, et nous contem\u00adplons un beau pay\u00adsage de neige et de sapins. Nous des\u00adcen\u00addons rapi\u00adde\u00adment. \u00c0 l\u2019un des lacets de la route, nous aper\u00adce\u00advons dans le fond quelques cha\u00adlets&nbsp;; ce sont les pre\u00admi\u00e8res mai\u00adsons du petit vil\u00adlage de Bar\u00e9. Mais nous avons beau nous pres\u00adser, nous n\u2019y arri\u00advons qu\u2019\u00e0 la nuit tombante.<\/p>\n<p>Les mai\u00adsons ont des murs de lattes, entre les\u00adquelles on a tas\u00ads\u00e9 des pierres et de la mousse. Une des pre\u00admi\u00e8res mai\u00adsons est une auberge, un <i>han<\/i>, et nous avons l\u2019espoir de nous y ins\u00adtal\u00adler com\u00admo\u00add\u00e9\u00adment. Mais il n\u2019y a que deux pi\u00e8ces, une petite dont quelques popes fugi\u00adtifs se sont empa\u00adr\u00e9s et o\u00f9 ils se sont bar\u00adri\u00adca\u00add\u00e9s, et une grande salle bien\u00adt\u00f4t enva\u00adhie par les voya\u00adgeurs qui, comme nous, cherchent un&nbsp;abri.<\/p>\n<p>\u00c9tant arri\u00adv\u00e9s les pre\u00admiers, nous avons pris les deux bancs de la salle, larges et courts, pour en faire une cou\u00adchette o\u00f9 nous pour\u00adrons tenir \u00e0 trois. Il n\u2019est pas com\u00admode de s\u2019allonger sur le par\u00adquet tout humide d\u2019un lavage r\u00e9cent, et que la neige appor\u00adt\u00e9e par les pieds des arri\u00advants a chan\u00adg\u00e9 en bour\u00adbier. Nous man\u00adgeons encore un peu de notre cochon et du pain de mais, mais il est impos\u00adsible de faire chauf\u00adfer quoi que ce soit au po\u00eale, d\u2019ailleurs acca\u00adpa\u00adr\u00e9 par un cercle de fugi\u00adtifs. Je retrouve, au milieu des arri\u00advants, un ami, le d\u00e9pu\u00adt\u00e9 serbe Zla\u00adtitch. Un Anglais, qui a fait route avec lui, pos\u00ads\u00e8de une lampe \u00e0 alcool et nous la pr\u00eate pour faire le&nbsp;th\u00e9.<\/p>\n<p>Nous sommes une qua\u00adran\u00adtaine, entas\u00ads\u00e9s dans le <i>han<\/i>&nbsp;; et, avec le po\u00eale, il fait une cha\u00adleur \u00e9touf\u00adfante. Mes deux com\u00adpa\u00adgnons et moi nous cou\u00adchons tout habill\u00e9s sur les deux bancs rap\u00adpro\u00adch\u00e9s, nos bagages des\u00adsous. J\u2019ai seule\u00adment quit\u00adt\u00e9 mes chaus\u00adsures pris la pr\u00e9\u00adcau\u00adtion de les atta\u00adcher sous mes genoux&nbsp;; je tiens \u00e0 les retrou\u00adver demain matin au r\u00e9veil.<\/p>\n<p>La salle est vague\u00adment \u00e9clai\u00adr\u00e9e par une mis\u00e9\u00adrable lampe \u00e0 p\u00e9trole. On dis\u00adtingue plus on moins les sil\u00adhouettes des gens cou\u00adch\u00e9s en groupes sur leurs paquets&nbsp;; un petit enfant crie. Le tableau me rap\u00adpelle la mise en sc\u00e8ne par Lugn\u00e9 Po\u00eb des <i>Bas-fonds<\/i> de&nbsp;Gorki.<\/p>\n<p>La lampe meurt, le silence s\u2019\u00e9tablit peu \u00e0 peu. Mais on dort mal. Le feu s\u2019est \u00e9teint, et le froid tra\u00adverse peu \u00e0 peu les parois dit cha\u00adlet. \u00c0 4&nbsp;h.&nbsp;\u00bd nous nous levons par nuit noire pour fuir l\u2019entassement et la puan\u00adteur de la&nbsp;salle.<br>\n&nbsp;<br>\n(\u00c0 suivre.)<br>\n&nbsp;<br>\n[\/\u200bM.&nbsp;<sc>Pier\u00adrot<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Troi\u00adsi\u00e8me \u00e9tape, en mon\u00adtagne. \u200a\u2014\u200aDe V\u00e9li\u00adka \u00e0 Andr\u00e9\u00advit\u00adza &nbsp; Jeu\u00addi 25 novembre.\u200a\u2014\u200aNous nous levons \u00e0 6&nbsp;h.&nbsp;\u00bc. Il fait tr\u00e8s froid, nous avons l\u2019ongl\u00e9e aux pieds et aux mains&nbsp;; et b\u00e2ter les che\u00advaux est une op\u00e9\u00adra\u00adtion p\u00e9nible. Nous nous h\u00e2tons de par\u00adtir. Nous sui\u00advons la val\u00adl\u00e9e que nous avions aper\u00ad\u00e7ue du Cha\u00adkor, mais \u00e0 une certaine&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[373],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3142","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-temps-nouveaux-na9-15-mars-1920"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3142","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3142"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3142\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3142"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3142"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3142"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3142"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}