{"id":3230,"date":"2012-05-23T09:32:52","date_gmt":"2012-05-23T09:32:52","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/05\/23\/les-problemes-de-la-vie-au-pays-du-dollars\/"},"modified":"2012-05-23T09:32:52","modified_gmt":"2012-05-23T09:32:52","slug":"les-problemes-de-la-vie-au-pays-du-dollars","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/05\/23\/les-problemes-de-la-vie-au-pays-du-dollars\/","title":{"rendered":"Les probl\u00e8mes de la vie au pays du dollars"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3230?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3230?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>[(<br>\n<br><i>Quelques tra\u00addi\u00adtions am\u00e9ricain<br>\nes qui pour\u00adraient bien fran\u00adchir un jour l\u2019Atlantique.<\/i><\/p>\n<p>Dans le der\u00adnier num\u00e9\u00adro nous avons publi\u00e9 des docu\u00adments signa\u00adlant la mani\u00e8re dont les ch\u00f4\u00admeurs de quelques r\u00e9gions am\u00e9\u00adri\u00adcaines orga\u00adnisent eux-m\u00eames leur vie, sans le secours de l\u2019\u00c9\u00adtat, de ses allo\u00adca\u00adtions, de ses camps de mili\u00adta\u00adri\u00adsa\u00adtion, et de ses orga\u00adni\u00adsa\u00adtions fas\u00adcistes. Ces r\u00e9gions sont celles o\u00f9 le capi\u00adta\u00adlisme, inca\u00adpable de tirer pro\u00adfit de cer\u00adtains ins\u00adtru\u00adments de pro\u00adduc\u00adtion (locaux, terres arables, mati\u00e8res pre\u00admi\u00e8res, machines ou v\u00e9hi\u00adcules), les a lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment aban\u00addon\u00adn\u00e9s et o\u00f9 les ch\u00f4\u00admeurs les ont \u00ab&nbsp;pro\u00advi\u00adsoi\u00adre\u00adment&nbsp;\u00bb uti\u00adli\u00ads\u00e9s pour satis\u00adfaire col\u00adlec\u00adti\u00adve\u00adment \u00e0 leurs propres besoins, en dehors de tout sys\u00adt\u00e8me de sala\u00adriat ou de profit.<\/p>\n<p>Nous vou\u00adlons main\u00adte\u00adnant illus\u00adtrer par quelques exemples (d\u00e9j\u00e0 anciens) les moyens de pres\u00adsion dont dis\u00adposent les masses pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriennes d\u00e9ra\u00adci\u00adn\u00e9es par le ch\u00f4\u00admage, lors\u00adqu\u2019elles savent se sous\u00adtraire au capo\u00adra\u00adlisme des orga\u00adni\u00adsa\u00adtions l\u00e9ga\u00adlistes,\u200a\u2014\u200aet aux pr\u00e9\u00adju\u00adg\u00e9s qui veulent que le ch\u00f4\u00admeur affa\u00adm\u00e9 se sou\u00admette \u00ab&nbsp;digne\u00adment&nbsp;\u00bb \u00e0 son sort et meure chez lui, len\u00adte\u00adment, de faim ou de tuber\u00adcu\u00adlose&nbsp;!\tL\u00e0 encore, le recours en masse \u00e0 des m\u00e9thodes de non-coop\u00e9\u00adra\u00adtion, \u00e0 la vie de hors-la-loi et de sans-patrie, peut \u00eatre un puis\u00adsant levier d\u2019ac\u00adtion, et par-des\u00adsus tout, une pr\u00e9\u00adcieuse sau\u00adve\u00adgarde de la vita\u00adli\u00adt\u00e9 pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adrienne pour l\u2019heure in\u00e9vi\u00adtable de la lutte d\u00e9cisive.&nbsp;<\/p>\n<p>[\/\u200bLa R\u00e9daction\/]<br>\n<br>)]<\/p>\n<p>[|<b>III<\/b><br>\n<br><sc>dans l\u2019Ouest, la vie des tra\u00advailleurs errants<\/sc>|]<\/p>\n<p><i>par Andr\u00e9 Phi\u00adlip, Le Pro\u00adbl\u00e8me ouvrier aux \u00c9tats-Unis.\u200a\u2014\u200aAlcan). Les ren\u00adsei\u00adgne\u00adments qui suivent sont le r\u00e9sul\u00adtat d\u2019ob\u00adser\u00adva\u00adtions per\u00adson\u00adnelles de l\u2019au\u00adteur, obte\u00adnues en tra\u00advaillant comme b\u00fbche\u00adron, puis comme ouvrier agri\u00adcole, pen\u00addant l\u2019\u00e9\u00adt\u00e9 1925.\u200a\u2014\u200aAndr\u00e9 Philip.<\/i><\/p>\n<p>Le fer\u00admier am\u00e9\u00adri\u00adcain, \u00e0 la dif\u00adf\u00e9\u00adrence du pay\u00adsan fran\u00ad\u00e7ais, ne diver\u00adsi\u00adfie pas ses cultures&nbsp;: il pos\u00ads\u00e8de en g\u00e9n\u00e9\u00adral une vaste \u00e9ten\u00addue de ter\u00adrain qu\u2019il consacre \u00e0 un seul pro\u00adduit&nbsp;; c\u2019est ain\u00adsi que tout le Middle Ouest, sur une \u00e9ten\u00addue de plu\u00adsieurs mil\u00adliers de kilo\u00adm\u00e8tres car\u00adr\u00e9s, est sp\u00e9\u00adcia\u00adli\u00ads\u00e9 dans la culture du bl\u00e9. Le fer\u00admier et sa famille suf\u00adfisent \u00e0 assu\u00adrer l\u2019ex\u00adploi\u00adta\u00adtion de la terre pen\u00addant la majeure par\u00adtie de l\u2019an\u00adn\u00e9e&nbsp;; mais pour la mois\u00adson, une main-d\u2019\u0153uvre consi\u00add\u00e9\u00adrable est n\u00e9ces\u00adsaire. L\u2019ap\u00adpel com\u00admence d\u00e8s juin, dans les \u00c9tats du Sud, dans l\u2019Ok\u00adla\u00adho\u00adma et le Texas, puis en juillet dans le Kan\u00adsas&nbsp;; il y a alors un inter\u00advalle de deux \u00e0 trois semaines, puis la mois\u00adson reprend en ao\u00fbt dans le South and North Dako\u00adta, en sep\u00adtembre et en octobre dans le Cana\u00adda de l\u2019Ouest.<\/p>\n<p><i>L\u2019ar\u00adm\u00e9e de r\u00e9serve du tra\u00advail se mobilise.<\/i><\/p>\n<p>L\u2019ou\u00advrier migra\u00adteur cherche un tra\u00advail r\u00e9gu\u00adlier, mais les condi\u00adtions m\u00eames de la mois\u00adson le lui refusent&nbsp;; et il doit ch\u00f4\u00admer la moi\u00adti\u00e9 du temps, il prend alors l\u2019ha\u00adbi\u00adtude de tra\u00ee\u00adner dans les rues, de pas\u00adser des heures inter\u00admi\u00adnables assis sur le trot\u00adtoir, de dor\u00admir au soleil, de voya\u00adger sans trou\u00adver de tra\u00advail&nbsp;; bien\u00adt\u00f4t il prend go\u00fbt \u00e0 ce genre de vie, sa volon\u00adt\u00e9 se d\u00e9tend&nbsp;; il ne cherche plus le tra\u00advail avec tant d\u2019ar\u00addeur&nbsp;; il prend une atti\u00adtude pas\u00adsive en face des choses, se laisse aller au cours des \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments, jouit de chaque ins\u00adtant qui passe, sans son\u00adger \u00e0 pr\u00e9\u00adpa\u00adrer l\u2019a\u00adve\u00adnir. Il est deve\u00adnu un <i>hobo<\/i>.<\/p>\n<p>\u2026 Quelle que soit leur ori\u00adgine, les hoboes se carac\u00adt\u00e9\u00adrisent par leur insta\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;; ils cherchent avant tout \u00e0 voya\u00adger, \u00e0 voir du pays le plus rapi\u00adde\u00adment pos\u00adsible et cer\u00adtains ont r\u00e9us\u00adsi \u00e0 r\u00e9a\u00adli\u00adser des mer\u00adveilles dans ce sens&nbsp;; l\u2019\u00e9\u00adt\u00e9 der\u00adnier, j\u2019en ai ren\u00adcon\u00adtr\u00e9 plu\u00adsieurs qui \u00e9taient venus de New-York \u00e0 Kan\u00adsas City en deux jours, temps mis par les trains express&nbsp;; \u00e9tant natu\u00adrel\u00adle\u00adment inca\u00adpables de payer leur pas\u00adsage, ils s\u2019\u00e9\u00adtaient cach\u00e9s entre les wagons et \u00e9taient res\u00adt\u00e9s 60 heures sans man\u00adger, immo\u00adbiles sur les tam\u00adpons. La plu\u00adpart ne pra\u00adtiquent cepen\u00addant pas ce sport trop dan\u00adge\u00adreux et se contentent des trains de mar\u00adchan\u00addises&nbsp;; ces trains se diri\u00adgeant vers l\u2019Ouest en \u00e9t\u00e9 sont sur\u00adchar\u00adg\u00e9s de hoboes&nbsp;; en g\u00e9n\u00e9\u00adral les com\u00adpa\u00adgnies ferment les yeux&nbsp;; cer\u00adtaines cepen\u00addant emploient des d\u00e9tec\u00adtives et ont une poli\u00adtique de r\u00e9pres\u00adsion rigou\u00adreuse&nbsp;; les trains sont sou\u00advent arr\u00ea\u00adt\u00e9s en pleine cam\u00adpagne&nbsp;; les d\u00e9tec\u00adtives font des\u00adcendre les hoboes et les obligent \u00e0 conti\u00adnuer leur route \u00e0 pied, apr\u00e8s les avoir abon\u00addam\u00adment ross\u00e9s.<\/p>\n<p><i>Les \u00ab&nbsp;jungles&nbsp;\u00bb et leurs&nbsp;lois.<\/i><\/p>\n<p>Arri\u00adv\u00e9 dans l\u2019Ouest, le hobo, s\u2019il n\u2019a abso\u00adlu\u00adment plus d\u2019argent, va cher\u00adcher du tra\u00advail&nbsp;; mais, d\u00e8s qu\u2019il a amas\u00ads\u00e9 une petite somme, il le quitte et s\u2019en va vivre \u00e0 la \u00ab&nbsp;jungle&nbsp;\u00bb voi\u00adsine. Les jungles sont en g\u00e9n\u00e9\u00adral situ\u00e9es \u00e0 proxi\u00admi\u00adt\u00e9 de la ligne de che\u00admin de fer sur une place s\u00e8che o\u00f9 l\u2019on peut dor\u00admir \u00e0 l\u2019aise, non loin d\u2019une source ou d\u2019une rivi\u00e8re o\u00f9 l\u2019on peut pui\u00adser l\u2019eau n\u00e9ces\u00adsaire \u00e0 la cui\u00adsine&nbsp;; les hoboes se r\u00e9unissent l\u00e0 par groupes de vingt \u00e0 trente et y vivent en com\u00admun. La loi de l\u2019hos\u00adpi\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9 est tou\u00adjours rigou\u00adreu\u00adse\u00adment obser\u00adv\u00e9e et tout \u00e9tran\u00adger est admis sans qu\u2019au\u00adcune ques\u00adtion lui soit pos\u00e9e&nbsp;; ceux qui ont de la nour\u00adri\u00adture ou de l\u2019argent par\u00adtagent avec ceux qui n\u2019ont rien, ces der\u00adniers devant en \u00e9change net\u00adtoyer les usten\u00adsiles du dona\u00adteur. La loi de la jungle est stricte et quatre crimes sont tou\u00adjours s\u00e9v\u00e8\u00adre\u00adment punis, ce sont&nbsp;: voler un cama\u00adrade, gas\u00adpiller la nour\u00adri\u00adture, n\u00e9gli\u00adger de tenir sa place en ordre, enfin ne pas se laver des pieds \u00e0 la t\u00eate au moins une fois par jour&nbsp;; la jour\u00adn\u00e9e se passe \u00e0 se laver, \u00e0 net\u00adtoyer ses linges, \u00e0 les rac\u00adcom\u00admo\u00adder, \u00e0 dor\u00admir au soleil, enfin \u00e0 lire et \u00e0 cau\u00adser&nbsp;; chaque jungle est \u00e9qui\u00adp\u00e9e avec un nombre consi\u00add\u00e9\u00adrable de jour\u00adnaux, revues, bro\u00adchures et m\u00eame des livres, etc., et une audience est tou\u00adjours pr\u00eate pour le voya\u00adgeur qui veut conter ses aven\u00adtures, expo\u00adser ses id\u00e9es, faire de la pro\u00adpa\u00adgande ou pro\u00adnon\u00adcer un ser\u00admon. Sou\u00advent enfin les hoboes entonnent des chants de vaga\u00adbonds, com\u00adpo\u00ads\u00e9s par cer\u00adtains d\u2019entre eux et dont plu\u00adsieurs sont d\u2019une grande beau\u00adt\u00e9. Pen\u00addant l\u2019\u00e9\u00adt\u00e9 les vil\u00adlages tol\u00e8rent le plus sou\u00advent l\u2019exis\u00adtence des jungles, car les fer\u00admiers ont besoin de main-d\u2019\u0153uvre&nbsp;; quand cepen\u00addant la mois\u00adson est finie, il n\u2019est pas rare de voir de ver\u00adtueux \u00ab&nbsp;Comi\u00adt\u00e9s de citoyens&nbsp;\u00bb atta\u00adquer la jungle, d\u00e9truire tous les usten\u00adsiles et chas\u00adser de la r\u00e9gion les vaga\u00adbonds d\u00e9sor\u00admais inutiles.<\/p>\n<p><i>L\u2019ar\u00adm\u00e9e de r\u00e9serve prend ses quar\u00adtiers d\u2019hiver.<\/i><\/p>\n<p>\u00c0 la fin de l\u2019\u00e9\u00adt\u00e9 les hoboes ont en g\u00e9n\u00e9\u00adral r\u00e9us\u00adsi, mal\u00adgr\u00e9 leur impr\u00e9\u00advoyance cou\u00adtu\u00admi\u00e8re, \u00e0 mettre de c\u00f4t\u00e9 une cen\u00adtaine de dol\u00adlars&nbsp;; en hiver, ils ne trouvent pas de tra\u00advail et doivent vivre uni\u00adque\u00adment sur cette r\u00e9serve&nbsp;; ils affluent alors vers les grands centres comme Chi\u00adca\u00adgo et Kan\u00adsas City. \u00c0 Chi\u00adca\u00adgo il y a tout un quar\u00adtier o\u00f9 50 \u00e0 75.000 hoboes se concentrent pen\u00addant l\u2019hi\u00adver&nbsp;; ils logent dans d\u2019in\u00adformes boar\u00adding houses, o\u00f9, pour 20 \u00e0 28 cents, ils ont droit \u00e0 une paillasse dans un dor\u00adtoir chauf\u00adf\u00e9&nbsp;; ceux qui ne peuvent s\u2019of\u00adfrir un tel luxe se contentent, moyen\u00adnant 10 cents, de s\u2019\u00e9\u00adtendre sur un jour\u00adnal dans une immense salle o\u00f9 des cen\u00adtaines d\u2019hommes et de femmes gisent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Met\u00adtant en pra\u00adtique l\u2019a\u00addage de Saint-Paul&nbsp;: \u00ab&nbsp;Celui qui ne tra\u00advaille pas ne doit pas man\u00adger&nbsp;\u00bb, ils prennent pour tout repas du caf\u00e9 et des cakes infects.<\/p>\n<p>Ils passent ain\u00adsi l\u2019hi\u00adver dans la mis\u00e8re et l\u2019oi\u00adsi\u00adve\u00adt\u00e9, n\u2019ayant d\u2019autre dis\u00adtrac\u00adtion que les mee\u00adtings tenus dans le quar\u00adtier par les orga\u00adni\u00adsa\u00adtions r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires ou reli\u00adgieuses. Un effort a \u00e9t\u00e9 fait dans ces der\u00adni\u00e8res ann\u00e9es pour pro\u00adfi\u00adter du s\u00e9jour for\u00adc\u00e9 des hoboes dans la ville et leur don\u00adner une cer\u00adtaine \u00e9du\u00adca\u00adtion. J.F.&nbsp;How, un mil\u00adlion\u00adnaire qui avait aban\u00addon\u00adn\u00e9 toute sa for\u00adtune pour vivre de la vie du vaga\u00adbond, a cr\u00e9\u00e9 une Uni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9 hoboe&nbsp;; la plu\u00adpart des pro\u00adfes\u00adseurs y sont des lea\u00adders r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires, des hoboes po\u00e8tes et \u00e9cri\u00advains et le prin\u00adci\u00adpal d\u2019entre eux est Ben Reit\u00adman, le roi des hoboes qui a \u00e9t\u00e9 sur les routes plus de vingt ans et a fait trois fois le tour du monde sans bourse d\u00e9lier. C\u2019est par\u00admi ces ouvriers migra\u00adteurs et vaga\u00adbonds, pri\u00adv\u00e9s de famille et de toute affec\u00adtion, d\u00e9pour\u00advus de tout lien, que les I.W.W. ont recru\u00adt\u00e9 depuis 1907 la plu\u00adpart de leurs membres. Leur vie m\u00eame et leur iso\u00adle\u00adment les condui\u00adsaient natu\u00adrel\u00adle\u00adment aux id\u00e9es de r\u00e9volte et comme le disait l\u2019un d\u2019entre eux&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quand vous \u00eates un vaga\u00adbond sans rien qui vous appar\u00adtienne, quand vous avez lais\u00ads\u00e9 votre femme et vos enfants pour aller cher\u00adcher du tra\u00advail dans l\u2019Ouest et que vous ne les avez jamais revus, quand vous n\u2019a\u00advez jamais un tra\u00advail assez stable pour obte\u00adnir quelque part le droit de vote, quand vous devez cou\u00adcher \u00e0 la belle \u00e9toile et man\u00adger une nour\u00adri\u00adture infecte, quand tous ceux qui repr\u00e9\u00adsentent la loi vous attaquent, vous battent, vous empri\u00adsonnent, aux applau\u00addis\u00adse\u00adments de la majo\u00adri\u00adt\u00e9 des \u201cbons chr\u00e9\u00adtiens\u201d com\u00adment ne seriez-vous pas un r\u00e9volt\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><i>Les m\u00e9thodes de lutte&nbsp;: mobi\u00adli\u00adsa\u00adtion de solidarit\u00e9.<\/i><\/p>\n<p>De tels hommes, per\u00adp\u00e9\u00adtuel\u00adle\u00adment sans le sou, ne peuvent pas com\u00adbattre avec les m\u00eames armes que les autres tra\u00advailleurs&nbsp;; la gr\u00e8ve en par\u00adti\u00adcu\u00adlier sup\u00adpose un ouvrier d\u00e9j\u00e0 rela\u00adti\u00adve\u00adment ais\u00e9 ou une Union puis\u00adsante capable de finan\u00adcer la lutte. Aus\u00adsi, pour satis\u00adfaire aux besoins des hoboes et tenir compte de leur condi\u00adtion par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re, les I.W.W. ont-ils eu recours \u00e0 deux nou\u00adveaux moyens de lutte, les <i>free speech fights<\/i> et la <i>gr\u00e8ve per\u00adl\u00e9e<\/i>.<\/p>\n<p>Les com\u00adbats pour la liber\u00adt\u00e9 de parole sont \u00e0 la fois un ins\u00adtru\u00adment de pro\u00adpa\u00adgande et un moyen d\u2019ai\u00adder les membres&nbsp;; ils ont lieu en g\u00e9n\u00e9\u00adral en automne ou au d\u00e9but de l\u2019hi\u00adver, quand la plu\u00adpart des hoboes se trouvent sans tra\u00advail&nbsp;; un pro\u00adpa\u00adgan\u00addiste I.W.W. orga\u00adnise un mee\u00adting au coin d\u2019une rue et com\u00admence \u00e0 atta\u00adquer avec vio\u00adlence le capi\u00adta\u00adlisme, les patrons et m\u00eame, \u00f4 hor\u00adreur la sainte Consti\u00adtu\u00adtion. P\u00e9n\u00e9\u00adtr\u00e9es d\u2019un juste cour\u00adroux, les auto\u00adri\u00adt\u00e9s locales arr\u00eatent aus\u00adsi\u00adt\u00f4t l\u2019au\u00adda\u00adcieux ora\u00adteur et les audi\u00adteurs sym\u00adpa\u00adthi\u00adsants&nbsp;; l\u2019U\u00adnion locale pr\u00e9\u00advient alors l\u2019of\u00adfice g\u00e9n\u00e9\u00adral de l\u2019I.W.W. et tous les membres sans tra\u00advail se dirigent vers cette ville&nbsp;; ils tiennent des mee\u00adtings, se font arr\u00ea\u00adter et passent ain\u00adsi l\u2019hi\u00adver dans une pri\u00adson chauf\u00adf\u00e9e et rela\u00adti\u00adve\u00adment confor\u00adtable aux frais des contribuables.<\/p>\n<p>Un exemple typique de la deuxi\u00e8me m\u00e9thode, la gr\u00e8ve per\u00adl\u00e9e, est celui de la lutte pour les huit heures et de meilleures condi\u00adtions de vie dans les camps de b\u00fbche\u00adrons de l\u2019Ouest en 1917. Les ouvriers tra\u00advaillaient alors de neuf \u00e0 dix heures&nbsp;; la nour\u00adri\u00adture \u00e9tait infecte, le loge\u00adment consis\u00adtait en vieilles baraques \u00e0 moi\u00adti\u00e9 pour\u00adries, chauf\u00adf\u00e9es par un po\u00eale situ\u00e9 au milieu de la salle&nbsp;; les lits \u00e9taient de simples planches cou\u00advertes de paille et situ\u00e9es en deux rangs, l\u2019un au-des\u00adsous de l\u2019autre. Le 14 juillet 1917, 60.000 b\u00fbche\u00adrons quit\u00adt\u00e8rent le tra\u00advail, la plu\u00adpart m\u00eame d\u00e9mo\u00adlirent les baraques et en firent un feu de joie. La lutte conti\u00adnua jus\u00adqu\u2019en sep\u00adtembre, date o\u00f9 l\u2019I.W.W. n\u2019ayant plus un sou en caisse, d\u00e9ci\u00adda de \u00ab&nbsp;trans\u00adf\u00e9\u00adrer la gr\u00e8ve au tra\u00advail&nbsp;\u00bb. La tac\u00adtique consis\u00adtait \u00e0 ralen\u00adtir la pro\u00adduc\u00adtion par tous les moyens&nbsp;; \u00e0 la suite du refus du patron d\u2019ac\u00adcor\u00adder les huit heures, elle pas\u00adsait de 50 wagons \u00e0 45, 40, 35, etc., attei\u00adgnant dans cer\u00adtains cas un mini\u00admum de 10 ou 5 wagons&nbsp;; les b\u00fbche\u00adrons \u00e9taient alors ren\u00advoy\u00e9s et le patron par\u00adtait \u00e0 la ville cher\u00adcher une nou\u00advelle \u00e9quipe. Celle-ci accep\u00adtait au d\u00e9but toutes ses condi\u00adtions, mais, une fois arri\u00adv\u00e9e sur les lieux, elle r\u00e9cla\u00admait \u00e0 son tour les huit heures et les m\u00eames pra\u00adtiques recom\u00admen\u00ad\u00e7aient. Apr\u00e8s deux mois de lutte, la plu\u00adpart des patrons c\u00e9d\u00e8rent&nbsp;; les huit heures furent intro\u00adduites et de nou\u00advelles baraques, plus confor\u00adtables et plus saines, furent construites. La gr\u00e8ve per\u00adl\u00e9e, quelque objec\u00adtion que l\u2019on puisse lui adres\u00adser th\u00e9o\u00adri\u00adque\u00adment, a donc r\u00e9us\u00adsi \u00e0 am\u00e9\u00adlio\u00adrer le niveau de vie des b\u00fbche\u00adrons et \u00e0 \u00e9li\u00admi\u00adner des abus certains.<\/p>\n<p>[|<b>IV<\/b><br>\n<br><sc>Qua\u00adrante ans avant la lutte pour le bonus&nbsp;: l\u2019ar\u00adm\u00e9e indus\u00adtrielle de Kel\u00adly<\/sc>|]<\/p>\n<p><i>Par Jack Lon\u00addon (\u00ab&nbsp;Les Vaga\u00adbonds du Rail&nbsp;\u00bb\u200a\u2014\u200aHachette)<\/i><\/p>\n<p>[(<br>\n<br>Vers 1892, l\u2019A\u00adm\u00e9\u00adrique tra\u00adver\u00adsait une crise \u00e9co\u00adno\u00admique aigu\u00eb. Le ch\u00f4\u00admage et la mis\u00e8re s\u00e9vis\u00adsaient par\u00adtout. Un nom\u00adm\u00e9 Kel\u00adly fit une cam\u00adpagne \u00e0 tra\u00advers le pays et enr\u00f4\u00adla une v\u00e9ri\u00adtable arm\u00e9e de sans-tra\u00advail qui d\u00e9fi\u00adla dans les capi\u00adtales des prin\u00adci\u00adpaux \u00c9tats. Un autre \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9\u00adral&nbsp;\u00bb, appe\u00adl\u00e9 Coxey, fit encore plus par\u00adler de lui. \u00c0 Washing\u00adton, ses troupes cau\u00ads\u00e8rent m\u00eame des troubles assez graves&nbsp;; un grand nombre de ses \u00ab&nbsp;sol\u00addats&nbsp;\u00bb furent assom\u00adm\u00e9s par la police. Kel\u00adly r\u00e9qui\u00adsi\u00adtion\u00adnait d\u2019au\u00adto\u00adri\u00adt\u00e9, comme on le ver\u00adra plus loin, les trains de mar\u00adchan\u00addises pour le trans\u00adport de ses hommes. Il obte\u00adnait des muni\u00adci\u00adpa\u00adli\u00adt\u00e9s pen\u00addant les \u00e9tapes de sa \u00ab&nbsp;marche de la faim&nbsp;\u00bb des sub\u00adsis\u00adtances en quan\u00adti\u00adt\u00e9s suf\u00adfi\u00adsantes pour ses troupes, moyen\u00adnant quoi il se char\u00adgeait d\u2019as\u00adsu\u00adrer le res\u00adpect de la pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 indi\u00advi\u00adduelle. Les citoyens ais\u00e9s s\u2019in\u00adg\u00e9\u00adniaient \u00e0 faci\u00adli\u00adter le d\u00e9part de Kel\u00adly et de ces hommes, afin de s\u2019en d\u00e9bar\u00adras\u00adser \u00e0 tout prix, comme on le ver\u00adra plus loin. D\u2019autre part, les classes pauvres sym\u00adpa\u00adthi\u00adsaient g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment avec&nbsp;eux.<\/p>\n<p>Toute cette agi\u00adta\u00adtion for\u00ad\u00e7a le Congr\u00e8s \u00e0 voter des lois d\u2019u\u00adti\u00adli\u00adt\u00e9 publique assu\u00adrant du tra\u00advail aux ch\u00f4\u00admeurs, solu\u00adtion, qui \u00e9vi\u00addem\u00adment serait sans effet aujourd\u2019\u00adhui.\u200a\u2014\u200aMais elle habi\u00adtua aus\u00adsi les tra\u00advailleurs \u00e0 l\u2019i\u00add\u00e9e de por\u00adter eux-m\u00eames leurs reven\u00addi\u00adca\u00adtions \u00e0 la capi\u00adtale au lieu d\u2019y envoyer des poli\u00adti\u00adciens par\u00adler en leur nom. Jack Lon\u00addon raconte ici quelques faits r\u00e9els de la cam\u00adpagne de Kel\u00adly, \u00e0 laquelle il par\u00adti\u00adci\u00adpait comme simple \u00ab&nbsp;soldat.&nbsp;\u00bb<br>\n<br>)]<\/p>\n<p>J\u2019eus autre\u00adfois la bonne for\u00adtune de voya\u00adger durant plu\u00adsieurs semaines en com\u00adpa\u00adgnie d\u2019une horde de deux mille vaga\u00adbonds, connue sous le nom d\u2019\u00ab&nbsp;arm\u00e9e indus\u00adtrielle de Kel\u00adly&nbsp;\u00bb. \u00c0 tra\u00advers l\u2019Ouest sau\u00advage et bru\u00admeux, venant direc\u00adte\u00adment de Cali\u00adfor\u00adnie, le \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9\u00adral&nbsp;\u00bb Kel\u00adly et ses h\u00e9ros avaient tou\u00adjours r\u00e9us\u00adsi \u00e0 \u00ab&nbsp;cap\u00adtu\u00adrer&nbsp;\u00bb des trains, mais ils \u00e9chou\u00e8rent en tra\u00adver\u00adsant le Mis\u00adsou\u00adri pour gagner l\u2019Est st\u00e9\u00adrile. La Com\u00adpa\u00adgnie de l\u2019Est n\u2019a\u00advait pas la moindre inten\u00adtion de trans\u00adpor\u00adter gra\u00adtui\u00adte\u00adment deux mille hoboes. En d\u00e9ses\u00adpoir de cause, l\u2019ar\u00adm\u00e9e de Kel\u00adly sta\u00adtion\u00adna quelque temps \u00e0 Coun\u00adcil Bluffs et, le jour o\u00f9 je la rejoi\u00adgnis, exas\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9e par l\u2019at\u00adtente, elle se remet\u00adtait en marche pour prendre un train d\u2019assaut,<\/p>\n<p><i>En lutte avec les com\u00adpa\u00adgnies de che\u00admin de&nbsp;fer.<\/i><\/p>\n<p>Notre but \u00e9tait de prendre le pre\u00admier train sor\u00adtant de la gare, mais les employ\u00e9s du che\u00admin de fer d\u00e9jou\u00e8rent nos plans. Il n\u2019y eut pas de pre\u00admier train&nbsp;: les deux voies demeu\u00adr\u00e8rent inuti\u00adli\u00ads\u00e9es, aucun convoi ne pas\u00adsa. Pen\u00addant ce temps, tan\u00addis que nous ins\u00adtal\u00adlions notre cam\u00adpe\u00adment \u00e0 proxi\u00admi\u00adt\u00e9 des lignes aban\u00addon\u00adn\u00e9es, les braves bour\u00adgeois d\u2019O\u00adma\u00adha\u200a\u2014\u200aet de Coun\u00adcil Bluffs se d\u00e9me\u00adnaient \u00e0 l\u2019en\u00advi. Ils cher\u00adchaient \u00e0 pous\u00adser la popu\u00adlace \u00e0 s\u2019emparer d\u2019un train en gare de Coun\u00adcil Bluffs pour l\u2019a\u00adme\u00adner vers nous et le mettre \u00e0 notre dis\u00adpo\u00adsi\u00adtion. Mais les employ\u00e9s du che\u00admin de fer devan\u00adc\u00e8rent la foule. Le len\u00adde\u00admain de bonne heure, une loco\u00admo\u00adtive, sui\u00advie d\u2019une seule voi\u00adture, arri\u00adva en gare et bifur\u00adqua sur une voie de garage. \u00c0 ce pre\u00admier signe de vie sur les rails, l\u2019ar\u00adm\u00e9e enti\u00e8re se ran\u00adgea le long de la voie. L\u2019ac\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9 reprit ins\u00adtan\u00adta\u00adn\u00e9\u00adment sur les deux lignes \u00e0 la fois. De l\u2019Ouest, on enten\u00addit le sif\u00adflet stri\u00addent et pro\u00adlon\u00adg\u00e9 d\u2019une loco\u00admo\u00adtive qui venait vers nous. Tout le monde s\u2019ap\u00adpr\u00ea\u00adtait \u00e0 mon\u00adter. Le train, avec un bruit de ton\u00adnerre, nous fila devant le nez \u00e0 une allure fou\u00addroyante. Le vaga\u00adbond n\u2019\u00e9\u00adtait pas encore n\u00e9 qui aurait pu le prendre en marche&nbsp;! Une deuxi\u00e8me loco\u00admo\u00adtive sif\u00adfla, et un autre train tra\u00adver\u00adsa la gare \u00e0 toute vitesse, puis une autre, et ain\u00adsi de suite sans dis\u00adcon\u00adti\u00adnuer pen\u00addant des heures. Vers la fin les convois \u00e9taient com\u00adpo\u00ads\u00e9s de voi\u00adtures de pas\u00adsa\u00adgers, de four\u00adgons, de trucks, de vieilles loco\u00admo\u00adtives r\u00e9for\u00adm\u00e9es, de wagons pos\u00adtaux, de machines de secours et de tout le bric-\u00e0-brac de mat\u00e9\u00adriel rou\u00adlant qui s\u2019ac\u00adcu\u00admule dans les chan\u00adtiers des grandes gares. Lorsque le chan\u00adtier de Coun\u00adcil Bluffs eut \u00e9t\u00e9 com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment vid\u00e9, la voi\u00adture et la loco\u00admo\u00adtive par\u00adtirent vers l\u2019Est et les voies furent de nou\u00adveau abandonn\u00e9es.<\/p>\n<p>La jour\u00adn\u00e9e se pas\u00adsa, puis la sui\u00advante, sans \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adment. Pen\u00addant ce temps, acca\u00adbl\u00e9s par la pluie, la gr\u00eale, le vent, les deux mille vaga\u00adbonds se mor\u00adfon\u00addaient pr\u00e8s de la voie. Mais cette nuit-l\u00e0, la brave popu\u00adla\u00adtion de Coun\u00adcil Bluffs joua un tour pen\u00addable aux employ\u00e9s du che\u00admin de fer. Une foule immense ras\u00adsem\u00adbl\u00e9e \u00e0 Coun\u00adcil Bluffs tra\u00adver\u00adsa le fleuve sur le pont d\u2019O\u00adma\u00adha et se joi\u00adgnit \u00e0 une autre bande pour op\u00e9\u00adrer une rafle dans les chan\u00adtiers de l\u2019U\u00adnion Paci\u00adfic. D\u2019a\u00adbord les gens s\u2019empar\u00e8rent d\u2019une loco\u00admo\u00adtive, puis d\u2019un train entier. Ils s\u2019en\u00adtas\u00ads\u00e8rent dans les wagons pour repas\u00adser le Mis\u00adsou\u00adri et, par la ligne de Rock-Island, venir nous remettre le convoi. Les employ\u00e9s essay\u00e8rent bien de faire \u00e9chouer l\u2019en\u00adtre\u00adprise, mais ils n\u2019y r\u00e9us\u00adsirent pas, pour la plus grande frousse de l\u2019in\u00adg\u00e9\u00adnieur en chef de Wes\u00adton et d\u2019un de ses subal\u00adternes. Ces deux indi\u00advi\u00addus, en ex\u00e9\u00adcu\u00adtion d\u2019ordres secrets re\u00e7us par t\u00e9l\u00e9\u00adgramme, ten\u00adt\u00e8rent de faire d\u00e9railler notre train de secours en enle\u00advant les rails. Ren\u00addus m\u00e9fiants, nous avions envoy\u00e9 des patrouilles en recon\u00adnais\u00adsance sur les voies. Pris en fla\u00adgrant d\u00e9lit de sabo\u00adtage, l\u2019in\u00adg\u00e9\u00adnieur et son aide furent bien\u00adt\u00f4t entou\u00adr\u00e9s par deux mille vaga\u00adbonds furieux, pr\u00eats \u00e0 les lyn\u00adcher, et ne durent leur vie sauve qu\u2019\u00e0 la brusque arri\u00adv\u00e9e du&nbsp;train.<\/p>\n<p><i>L\u2019hos\u00adpi\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9 paysanne.<\/i><\/p>\n<p>Under\u00adwood, Leo\u00adla, Men\u00adden, Avo\u00adca, Wal\u00adnut, Mar\u00adno, Atlan\u00adtic, Wyo\u00adto, Ani\u00adta, Adair, Adam, Casey, Stuart, Dex\u00adter, Carl\u00adham, De Soto, Van Meter, Boo\u00adne\u00adville, Com\u00admerce, Val\u00adley Junc\u00adtion, les noms de toutes ces villes me reviennent en m\u00e9moire, tan\u00addis que je consulte la carte pour retra\u00adcer notre iti\u00adn\u00e9\u00adraire \u00e0 tra\u00advers les grasses cam\u00adpagnes d\u2019Io\u00adwa. Et les fer\u00admiers hos\u00adpi\u00adta\u00adliers d\u2019Io\u00adwa. Ils venaient au-devant de nous avec des car\u00adrioles et emme\u00adnaient nos paquets&nbsp;; ils nous offraient des repas chauds \u00e0 midi, au bord de la route&nbsp;; des maires de confor\u00adtables petites villes pro\u00adnon\u00ad\u00e7aient des dis\u00adcours de bien\u00adve\u00adnue et \u00e0 l\u2019heure du d\u00e9part nous sou\u00adhai\u00adtaient bon voyage&nbsp;; des d\u00e9pu\u00adta\u00adtions de jeunes filles \u00e9taient envoy\u00e9es \u00e0 notre ren\u00adcontre, les bons citoyens sor\u00adtaient par cen\u00adtaines de leurs mai\u00adsons, et mar\u00adchaient en notre com\u00adpa\u00adgnie, bras des\u00adsus, bras des\u00adsous, dans les rues prin\u00adci\u00adpales. Tout le monde \u00e9tait en liesse lorsque nous entrions dans les villes et chaque jour la f\u00eate recom\u00admen\u00ad\u00e7ait, car les villes \u00e9taient nom\u00adbreuses et rapproch\u00e9es.<\/p>\n<p>Le soir, nos cam\u00adpe\u00adments \u00e9taient enva\u00adhis par les popu\u00adla\u00adtions enti\u00e8res. Chaque com\u00adpa\u00adgnie dres\u00adsait son feu de cam\u00adpe\u00adment et l\u2019on s\u2019a\u00admu\u00adsait ferme autour de chaque foyer. Les cui\u00adsi\u00adniers de ma com\u00adpa\u00adgnie, la Com\u00adpa\u00adgnie L, des artistes du chant et de la danse, contri\u00adbuaient \u00e9nor\u00adm\u00e9\u00adment \u00e0 notre suc\u00adc\u00e8s. Dans un autre coin du camp, on \u00e9cou\u00adtait la cho\u00adrale du club de l\u2019Al\u00adl\u00e9\u00adgresse, une de ses \u00e9toiles \u00e9tait le \u00ab&nbsp;Den\u00adtiste&nbsp;\u00bb, four\u00adni par la Com\u00adpa\u00adgnie L, et nous en \u00e9tions tr\u00e8s fiers. Toutes les m\u00e2choires de l\u2019ar\u00adm\u00e9e avaient pas\u00ads\u00e9 par ses pinces, et comme les extrac\u00adtions avaient lieu g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment \u00e0 l\u2019heure des repas, nos diges\u00adtions \u00e9taient sti\u00admu\u00adl\u00e9es par de nom\u00adbreux inci\u00addents comiques. Le den\u00adtiste ne dis\u00adpo\u00adsait pas d\u2019anes\u00adth\u00e9\u00adsiques, mais deux ou trois d\u2019entre nous \u00e9tions tou\u00adjours pr\u00eats \u00e0 tenir soli\u00adde\u00adment le patient.<\/p>\n<p>En plus des r\u00e9jouis\u00adsances des com\u00adpa\u00adgnies et du club de l\u2019Al\u00adl\u00e9\u00adgresse, nous assis\u00adtions habi\u00adtuel\u00adle\u00adment aux ser\u00advices reli\u00adgieux. Des pas\u00adteurs locaux offi\u00adciaient et les ser\u00admons \u00e9taient sui\u00advis d\u2019une grande abon\u00addance de dis\u00adcours poli\u00adtiques. On eut dit une vraie foire bat\u00adtant son plein. On peut tirer beau\u00adcoup de talent de deux mille vaga\u00adbonds. Je me sou\u00adviens que nous avions une fameuse \u00e9quipe de base-ball qui se mesu\u00adrait le dimanche avec l\u2019\u00e9\u00adquipe locale. Sou\u00advent nous la bat\u00adtions deux fois de&nbsp;suite.<\/p>\n<p><i>On construit un train de bateaux.<\/i><\/p>\n<p>Les hommes de Kel\u00adly avaient cam\u00adp\u00e9 et jur\u00e9 solen\u00adnel\u00adle\u00adment que, leurs pieds \u00e9tant meur\u00adtris, ils ne mar\u00adche\u00adraient plus. Nous avions pris pos\u00adses\u00adsion de la forge et fait savoir aux habi\u00adtants de Des Moines que si nous \u00e9tions entr\u00e9s \u00e0 pieds dans leur ville, nous ne vou\u00adlions pas en sor\u00adtir de la m\u00eame mani\u00e8re. Des Moines est une cit\u00e9 hos\u00adpi\u00adta\u00adli\u00e8re, mais cette fois nous \u00e9tions vrai\u00adment trop exi\u00adgeants. Faites ce petit cal\u00adcul men\u00adtal, ami lec\u00adteur&nbsp;: deux mille vaga\u00adbonds man\u00adgeant trois sub\u00adstan\u00adtiels repas, cela fait six mille repas par jour, qua\u00adrante-deux mille par semaine, et cent soixante-huit milles pour le mois le plus court du calen\u00addrier. Cela d\u00e9pas\u00adsait les bornes. Nous n\u2019a\u00advions pas un sou vaillant&nbsp;: \u00e0 la popu\u00adla\u00adtion de se d\u00e9brouiller pour nous ravitailler&nbsp;!<\/p>\n<p>La ville \u00e9tait affo\u00adl\u00e9e. Nous fl\u00e2\u00adnions dans le camp, nous dis\u00adcu\u00adtions poli\u00adtique, nous don\u00adnions des concerts reli\u00adgieux, nous arra\u00adchions des dents, jouions au base-ball, et englou\u00adtis\u00adsions nos six mille repas par jour, aux frais de Des Moines. La muni\u00adci\u00adpa\u00adli\u00adt\u00e9 sup\u00adplia la Com\u00adpa\u00adgnie de che\u00admin de fer de lui venir en aide, mais celle-ci demeu\u00adra inexo\u00adrable elle avait d\u00e9cr\u00e9\u00adt\u00e9 qu\u2019elle ne nous pr\u00ea\u00adte\u00adrait pas de train&nbsp;: c\u2019\u00e9\u00adtait son der\u00adnier mot. Elle ne vou\u00adlait, sous aucun pr\u00e9\u00adtexte, cr\u00e9er un pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<p>Cepen\u00addant nous conti\u00adnuions \u00e0 man\u00adger. La situa\u00adtion deve\u00adnait ter\u00adri\u00adble\u00adment cri\u00adtique. Nous vou\u00adlions aller \u00e0 Washing\u00adton et Des Moines serait tenu d\u2019ou\u00advrir un emprunt pour payer nos billets, m\u00eame \u00e0 un tarif sp\u00e9\u00adcial, et, si nous s\u00e9jour\u00adnions plus long\u00adtemps, de recou\u00adrir \u00e0 un autre emprunt pour nous nourrir.<\/p>\n<p>Alors un homme de g\u00e9nie tran\u00adcha la dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9. Nous refu\u00adsions de par\u00adtir \u00e0 pied. Fort bien. Nous irions en bateau. De Des Moines \u00e0 Keo\u00adkuk, sur le Mis\u00adsis\u00adsip\u00adpi, coule le fleuve Des Moines, sur une lon\u00adgueur de cinq cents kilo\u00adm\u00e8tres. Munis d\u2019une bonne car\u00adgai\u00adson flot\u00adtante, nous pou\u00advions navi\u00adguer, affir\u00admait le g\u00e9nie local, et pour\u00adsuivre notre route sur le Mis\u00adsis\u00adsip\u00adpi jus\u00adqu\u2019\u00e0 l\u2019O\u00adhio, et gagner Washing\u00adton apr\u00e8s un court por\u00adtage par-des\u00adsus les montagnes.<\/p>\n<p>La ville de Des Moines ouvrit une sous\u00adcrip\u00adtion. De g\u00e9n\u00e9\u00adreux citoyens y par\u00adti\u00adci\u00adp\u00e8rent pour plu\u00adsieurs mil\u00adliers de dol\u00adlars. Du bois, des cor\u00addages, des clous et de l\u2019\u00e9\u00adtoupe pour cal\u00adfa\u00adter furent ache\u00adt\u00e9s en quan\u00adti\u00adt\u00e9s consi\u00add\u00e9\u00adrables et, sur les rives du fleuve Des Moines, on inau\u00adgu\u00adra un for\u00admi\u00addable chan\u00adtier de construc\u00adtions navales. Or, le fleuve Des Moines est un m\u00e9chant cours d\u2019eau, ind\u00fb\u00adment \u00e9le\u00adv\u00e9 \u00e0 la digni\u00adt\u00e9 de \u00ab&nbsp;fleuve&nbsp;\u00bb. Dans notre immense pays de l\u2019Ouest, on appel\u00adle\u00adrait \u00e7a un \u00ab&nbsp;ruis\u00adse\u00adlet&nbsp;\u00bb. Les plus anciens habi\u00adtants bran\u00adlaient la t\u00eate en d\u00e9cla\u00adrant que jamais nous ne pour\u00adrions navi\u00adguer sur ce fleuve, qu\u2019il n\u2019y avait pas assez d\u2019eau pour nous por\u00adter. Les auto\u00adri\u00adt\u00e9s de Des Moines n\u2019en avaient cure&nbsp;; l\u2019es\u00adsen\u00adtiel \u00e9tait de se d\u00e9bar\u00adras\u00adser de nous&nbsp;; et nous \u00e9tions nous-m\u00eames des opti\u00admistes si gras et si pros\u00adp\u00e8res que nous ne nous en sou\u00adciions pas davantage.<\/p>\n<p>Un mer\u00adcre\u00addi, le 9 mai 1894, nous nous m\u00eemes en route pour notre colos\u00adsale par\u00adtie de plai\u00adsir. En somme, la ville de Des Moines s\u2019en \u00e9tait ais\u00e9\u00adment tir\u00e9e et elle doit une sta\u00adtue de bronze au citoyen de g\u00e9nie qui l\u2019a sor\u00adtie de cette impasse. Il est vrai qu\u2019elle dut payer nos bateaux&nbsp;; nous avions absor\u00adb\u00e9 soixante-six mille repas \u00e0 la forge et pris avec nous douze mille repas sup\u00adpl\u00e9\u00admen\u00adtaires pour notre ravi\u00adtaille\u00adment, en pr\u00e9\u00advi\u00adsion de la famine dans les r\u00e9gions d\u00e9ser\u00adtiques. Mais son\u00adgez que nous aurions pu res\u00adter onze mois \u00e0 Des Moines, au lieu de onze jours&nbsp;! Avant de par\u00adtir, nous jur\u00e2mes de reve\u00adnir si le fleuve refu\u00adsait de nous porter.<\/p>\n<p><i>La grande frayeur du \u00ab&nbsp;Comi\u00adt\u00e9 de d\u00e9fense&nbsp;\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>Une fois l\u2019ar\u00adm\u00e9e se pas\u00adsa de man\u00adger pen\u00addant qua\u00adrante-huit heures&nbsp;; puis elle arri\u00adva dans un petit vil\u00adlage d\u2019en\u00advi\u00adron trois cents habi\u00adtants, \u00e0 Red Rock. Cette loca\u00adli\u00adt\u00e9, comme toutes celles que tra\u00adver\u00adsait l\u2019ar\u00adm\u00e9e, avait nom\u00adm\u00e9 un comi\u00adt\u00e9 de d\u00e9fense. En comp\u00adtant cinq membres par famille, le vil\u00adlage de Red Rock com\u00adpre\u00adnait soixante habi\u00adta\u00adtions. Son comi\u00adt\u00e9 de d\u00e9fense fut ter\u00adro\u00adri\u00ads\u00e9 par l\u2019ir\u00adrup\u00adtion de deux mille vaga\u00adbonds affa\u00adm\u00e9s qui ali\u00adgn\u00e8rent leurs bateaux sur deux ou trois rangs le long de la rive. Le g\u00e9n\u00e9\u00adral Kel\u00adly \u00e9tait un brave homme. Il n\u2019a\u00advait nul\u00adle\u00adment l\u2019in\u00adten\u00adtion de pres\u00adsu\u00adrer les pay\u00adsans. Il ne s\u2019at\u00adten\u00addait pas \u00e0 ce que soixante familles lui four\u00adnissent deux mille repas. En outre, l\u2019ar\u00adm\u00e9e pos\u00ads\u00e9\u00addait son tr\u00e9\u00adsor de guerre.<\/p>\n<p>Mais le comi\u00adt\u00e9 de d\u00e9fense de Red Rock per\u00addit la t\u00eate. \u00ab&nbsp;Pas d\u2019en\u00adcou\u00adra\u00adge\u00adment \u00e0 l\u2019en\u00adva\u00adhis\u00adseur&nbsp;\u00bb. Tel \u00e9tait le mot d\u2019ordre. Lorsque le g\u00e9n\u00e9\u00adral se pr\u00e9\u00adsen\u00adta pour ache\u00adter des vivres, le comi\u00adt\u00e9 refu\u00adsa net de lui en vendre. Il ne pos\u00ads\u00e9\u00addait rien et n\u2019a\u00advait que faire de l\u2019argent du g\u00e9n\u00e9\u00adral Kel\u00adly. Alors celui-ci employa les grands moyens.<\/p>\n<p>Il fit son\u00adner les clai\u00adrons. L\u2019ar\u00adm\u00e9e quit\u00adta les bateaux et, au haut de la rive, se for\u00adma en rangs de bataille, devant le comi\u00adt\u00e9 qui contem\u00adplait ce spectacle.<\/p>\n<p>La harangue du g\u00e9n\u00e9\u00adral fut&nbsp;br\u00e8ve.<br>\n<br>\u2014 Mes petits, dit-il, depuis quand n\u2019a\u00advez-vous pas&nbsp;mang\u00e9&nbsp;?<br>\n<br>Depuis avant-hier<br>\n<br>\u2015 Avez-vous faim&nbsp;?<\/p>\n<p>Un cri d\u2019af\u00adfir\u00adma\u00adtion sor\u00adtant de deux mille gosiers \u00e9bran\u00adla l\u2019at\u00admo\u00adsph\u00e8re. Puis le g\u00e9n\u00e9\u00adral se tour\u00adna vers le comi\u00adt\u00e9 de Red&nbsp;Rock.<\/p>\n<p>\u2014 Mes\u00adsieurs, com\u00adpre\u00adnez bien la situa\u00adtion. Mes gars n\u2019ont rien dans le ventre depuis qua\u00adrante-huit heures. Si je les l\u00e2che dans votre ville, je ne r\u00e9ponds pas des cons\u00e9\u00adquences. Ils sont \u00e0 bout de patience. Je me pro\u00adpo\u00adsais de leur ache\u00adter de la nour\u00adri\u00adture, mais vous avez refu\u00ads\u00e9 de m\u2019en vendre. Ce n\u2019est plus une pri\u00e8re que je vous adresse, mais un ordre. Je vous donne cinq minutes pour r\u00e9fl\u00e9\u00adchir. Ou bien vous abat\u00adtrez six bou\u00advillons et me livre\u00adrez quatre mille rations, ou je l\u00e2che mes hommes. Vous avez cinq minutes, Mes\u00adsieurs&nbsp;!&nbsp;\u00bb Les membres du comi\u00adt\u00e9, ter\u00adri\u00adfi\u00e9s, regar\u00add\u00e8rent les deux mille vaga\u00adbonds affa\u00adm\u00e9s et se ren\u00addirent, sans plus attendre. Ils n\u2019al\u00adlaient pas ris\u00adquer le pire. On tua les six jeunes b\u0153ufs et la dis\u00adtri\u00adbu\u00adtion des rations com\u00admen\u00ad\u00e7a aus\u00adsi\u00adt\u00f4t. L\u2019ar\u00adm\u00e9e put d\u00eener ce soir-l\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[( Quelques tra\u00addi\u00adtions am\u00e9\u00adri\u00adcain es qui pour\u00adraient bien fran\u00adchir un jour l\u2019Atlantique. Dans le der\u00adnier num\u00e9\u00adro nous avons publi\u00e9 des docu\u00adments signa\u00adlant la mani\u00e8re dont les ch\u00f4\u00admeurs de quelques r\u00e9gions am\u00e9\u00adri\u00adcaines orga\u00adnisent eux-m\u00eames leur vie, sans le secours de l\u2019\u00c9\u00adtat, de ses allo\u00adca\u00adtions, de ses camps de mili\u00adta\u00adri\u00adsa\u00adtion, et de ses orga\u00adni\u00adsa\u00adtions fas\u00adcistes. 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