{"id":3388,"date":"2012-10-04T11:15:21","date_gmt":"2012-10-04T11:15:21","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/10\/04\/temoignage-sur-clairvaux\/"},"modified":"2012-10-04T11:15:21","modified_gmt":"2012-10-04T11:15:21","slug":"temoignage-sur-clairvaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/10\/04\/temoignage-sur-clairvaux\/","title":{"rendered":"T\u00e9moignage sur Clairvaux"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3388?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3388?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>On a par\u00adl\u00e9, et l\u2019on parle encore beau\u00adcoup de la pri\u00adson cen\u00adtrale de Clair\u00advaux, des condi\u00adtions d\u2019in\u00adter\u00adne\u00adment qui y existent, de la dis\u00adci\u00adpline qui y r\u00e8gne, des efforts ou de l\u2019ab\u00adsence d\u2019ef\u00adforts qui y sont d\u00e9ploy\u00e9s pour la r\u00e9cu\u00adp\u00e9\u00adra\u00adtion des pri\u00adson\u00adniers, etc. J\u2019ai long\u00adtemps h\u00e9si\u00adt\u00e9 \u00e0 appor\u00adter mon t\u00e9moi\u00adgnage, ne vou\u00adlant pas par\u00adler de moi, mais, r\u00e9flexion faite, il n\u2019est pas inutile de le faire, me semble-t-il, non seule\u00adment pour faire conna\u00eetre les condi\u00adtions de la vie car\u00adc\u00e9\u00adrale que doivent y subir les pri\u00adson\u00adniers, mais aus\u00adsi celles qu\u2019a d\u00fb subir un mili\u00adtant du mou\u00adve\u00adment libertaire.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e0 Clair\u00advaux d\u00e9but&nbsp;1940. J\u2019a\u00advais \u00e9t\u00e9 condam\u00adn\u00e9 \u00e0. quatre ans et six mois de pri\u00adson par le tri\u00adbu\u00adnal mili\u00adtaire de Paris, pour ne pas avoir fait la guerre de 1914\u200a\u2013\u200a1918. Le maxi\u00admum de la peine infli\u00adg\u00e9e pour ce d\u00e9lit \u00e9tait de cinq ans. G\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment la moyenne \u00e9tait de trois ans, par\u00adfois avec le sur\u00adsis. Mes ant\u00e9\u00adc\u00e9\u00addents poli\u00adtiques ayant jou\u00e9, et mal\u00adgr\u00e9 que j\u2019eusse une femme et trois enfants, on me \u00ab&nbsp;sala&nbsp;\u00bb tout sp\u00e9\u00adcia\u00adle\u00adment, et je ne sais pour\u00adquoi on me fit cadeau de six mois. Mais dans mon dos\u00adsier, figu\u00adrait une note indi\u00adquant&nbsp;: \u00ab&nbsp;anar\u00adchiste notoire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9\u00adtais alors, \u00e0 Paris, dans la pri\u00adson du Cherche-Midi, qui, m\u2019a-t-on dit, \u00e9tait un ancien couvent. La sen\u00adtence pro\u00adnon\u00adc\u00e9e, je fus envoy\u00e9 \u00e0 la pri\u00adson mili\u00adtaire du fort Saint-Nico\u00adlas, \u00e0 Mar\u00adseille, sur laquelle il y aurait beau\u00adcoup \u00e0. \u00e9crire. Mais ce n\u2019est pas le but que je pour\u00adsuis aujourd\u2019\u00adhui. Puis la guerre \u00e9cla\u00adta. Il y eut une ava\u00adlanche de pri\u00adson\u00adniers mili\u00adtaires, nous \u00e9tions deux par cel\u00adlule, des cel\u00adlules infectes, o\u00f9 pul\u00adlu\u00adlaient les punaises, o\u00f9 les tinettes por\u00adta\u00adtives\u200a\u2014\u200ail n\u2019y avait pas de tout-\u00e0-l\u2019\u00e9\u00adgout\u200a\u2014\u200aempes\u00adtaient, o\u00f9 l\u2019obs\u00adcu\u00adri\u00adt\u00e9 et l\u2019hu\u00admi\u00addi\u00adt\u00e9 qui r\u00e9gnaient, sur\u00adtout au rez-de-chaus\u00ads\u00e9e, dans la plu\u00adpart d\u2019entre elles, atta\u00adquaient la san\u00adt\u00e9 et minaient le&nbsp;moral.<\/p>\n<p>La pri\u00adson \u00e9tant ain\u00adsi sur\u00adchar\u00adg\u00e9e de nou\u00adveaux arri\u00advants, les auto\u00adri\u00adt\u00e9s p\u00e9ni\u00adten\u00adtiaires de Mar\u00adseille se mirent d\u2019ac\u00adcord avec celles de Clair\u00advaux, et d\u00e9ci\u00add\u00e8rent d\u2019en\u00advoyer les \u00ab&nbsp;fortes peines&nbsp;\u00bb dans cette cen\u00adtrale civile. On nous embar\u00adqua dans des voi\u00adtures cel\u00adlu\u00adlaires, en nous affir\u00admant que nous serions lib\u00e9\u00adr\u00e9s \u00e0 la caserne du fort Saint-Jean, tou\u00adjours \u00e0 Mar\u00adseille, et en s\u2019a\u00admu\u00adsant beau\u00adcoup devant les mines d\u00e9con\u00adfites des jeunes gars qui d\u00e9cou\u00advraient la super\u00adche\u00adrie. Je mon\u00adtai comme les autres, menottes aux mains, et ce furent quatre \u00e9tapes, et quatre s\u00e9jours cor\u00adres\u00adpon\u00addant, \u00e0 Avi\u00adgnon, Lyon (pour cette \u00e9tape, on nous avait m\u00eame mis des cha\u00eenes aux pieds [[Le texte est anno\u00adt\u00e9, mais les notes n\u2019ap\u00adpa\u00adraissent pas dans l\u2019o\u00adri\u00adgi\u00adnal]], Dijon et enfin Clair\u00advaux. Nous \u00e9tions, \u00e0 deux par cel\u00adlule, debout car il n\u2019y avait pas assez de place pour que l\u2019un de nous p\u00fbt s\u2019as\u00adseoir. J\u2019\u00e9\u00adtais, heu\u00adreu\u00adse\u00adment en bonne com\u00adpa\u00adgnie&nbsp;: le pas\u00adteur Pierre Ver\u00adnier, condam\u00adn\u00e9 \u00e0 cinq ans, ain\u00adsi que son jeune fr\u00e8re, pour objec\u00adtion de conscience.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019ar\u00adri\u00adv\u00e9e \u00e0 Clair\u00advaux, nous d\u00fbmes com\u00adpa\u00adra\u00eetre devant le direc\u00adteur, bour\u00adru et bla\u00ads\u00e9, qui sem\u00adblait pr\u00e9\u00adsi\u00adder un tri\u00adbu\u00adnal, nous inter\u00adro\u00adgeait l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, nous mena\u00ad\u00e7ait des puni\u00adtions r\u00e9gle\u00admen\u00adtaires en cas d\u2019in\u00addis\u00adci\u00adpline, etc. Puis l\u2019on nous envoya \u00e0 la sec\u00adtion des \u00ab&nbsp;inoccup\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>La pri\u00adson cen\u00adtrale de Clair\u00advaux se com\u00adpo\u00adsait alors, mis \u00e0 part les dor\u00adtoirs g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment col\u00adlec\u00adtifs, et les r\u00e9fec\u00adtoires et la ou les cours (je n\u2019en ai jamais connu qu\u2019une), de petites usines dont les hautes che\u00admi\u00adn\u00e9es don\u00adnaient, de loin, l\u2019im\u00adpres\u00adsion d\u2019un ensemble f\u00e9brile, et d\u2019a\u00adte\u00adliers o\u00f9 tra\u00advaillaient la grande majo\u00adri\u00adt\u00e9 des pri\u00adson\u00adniers. On y fabri\u00adquait des lits de fer, des meubles, des \u00e9pingles \u00e0 linge, de la lin\u00adge\u00adrie, des bro\u00adde\u00adquins pour l\u2019ar\u00adm\u00e9e. Peut-\u00eatre encore d\u2019autres choses dont je ne fus pas infor\u00adm\u00e9, ou que j\u2019ai oubli\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais j\u2019a\u00advais, avec mes com\u00adpa\u00adgnons de voyage, tous condam\u00adn\u00e9s mili\u00adtaires, \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e0 la sec\u00adtion des \u00ab&nbsp;inoc\u00adcu\u00adp\u00e9s&nbsp;\u00bb, parce qu\u2019on n\u2019a\u00advait besoin de per\u00adsonne dans les dif\u00adf\u00e9\u00adrents ate\u00adliers exis\u00adtants. Nous avions re\u00e7u des v\u00eate\u00adments de bure des condam\u00adn\u00e9s de droit com\u00admun, et un num\u00e9\u00adro matri\u00adcule impri\u00adm\u00e9 en noir sur blanc, cou\u00adsu sur notre vareuse. Il y avait avec nous des condam\u00adn\u00e9s de droit com\u00admun&nbsp;: escrocs, voleurs, cam\u00adbrio\u00adleurs, etc. Nous dor\u00admions sur une paillasse, \u00e0 m\u00eame le sol. Comme au fort Saint-Nico\u00adlas, \u00e0 Mar\u00adseille, nous dis\u00adpo\u00adsions d\u2019une tinette col\u00adlec\u00adtive. Quand nous avons deman\u00add\u00e9 au moins du papier hygi\u00e9\u00adnique, le pri\u00adson\u00adnier auxi\u00adliaire des gar\u00addiens, qui fai\u00adsait pour eux les plus sales besognes (par exemple, \u00ab&nbsp;tabas\u00adser&nbsp;\u00bb les pri\u00adson\u00adniers pour leur \u00e9vi\u00adter cette res\u00adpon\u00adsa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 [[idem]] nous r\u00e9pon\u00addit qu\u2019on nous en don\u00adne\u00adrait \u00ab&nbsp;au bout d\u2019une fourche&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Durant ce pre\u00admier s\u00e9jour, nous pas\u00adsions la jour\u00adn\u00e9e dans la cour cor\u00adres\u00adpon\u00addant \u00e0 notre sec\u00adtion. Il fal\u00adlait se tenir \u00e0 un m\u00e8tre de dis\u00adtance, immo\u00adbiles, le dos au mur. Inter\u00addic\u00adtion abso\u00adlue de par\u00adler, sous peine de puni\u00adtion. Nous rece\u00advions, le soleil, qui nous br\u00fb\u00adlait, sans pou\u00advoir nous en abri\u00adter. Toutes les heures, nous devions faire cinq minutes de pro\u00adme\u00adnade, \u00e0 la file (en queue de cer\u00adve\u00adlas disait-on dans le jar\u00adgon de la pri\u00adson). Un autre pri\u00adson\u00adnier, \u00e0 la voix forte, aboyait&nbsp;: \u00ab&nbsp;gauche-droite, gauche-droite&nbsp;\u00bb, et nous devions mar\u00adquer le pas \u00ab&nbsp;gauche-droite, gauche-droite&nbsp;\u00bb en mar\u00adte\u00adlant le sol de nos gros sabots obligatoires.<\/p>\n<p>En entrant dans la pri\u00adson, on nous reti\u00adra tout ce qui n\u2019\u00e9\u00adtait pas auto\u00adri\u00ads\u00e9 par le r\u00e8gle\u00adment&nbsp;: les livres (j\u2019a\u00advais une quin\u00adzaine de volumes de la col\u00adlec\u00adtion l\u2019\u00e9\u00advo\u00adlu\u00adtion de l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9), le papier \u00e0 \u00e9crire, les pho\u00adtos des membres de notre famille, notre montre et notre por\u00adte\u00adfeuille. Nous \u00e9tions cepen\u00addant auto\u00adri\u00ads\u00e9s \u00e0 conser\u00adver deux livres, et \u00e0 en rece\u00advoir un par mois, pour\u00advu que nous n\u2019ayons pas \u00e9t\u00e9 punis, et que le texte re\u00e7oive l\u2019ac\u00adcord du direc\u00adteur. Auto\u00adri\u00ads\u00e9s aus\u00adsi \u00e0 rece\u00advoir une lettre par mois, de membres proches de notre famille, et \u00e0 y r\u00e9pondre, \u00e0 la m\u00eame condi\u00adtion de sagesse exem\u00adplaire. C\u2019\u00e9\u00adtait une esp\u00e8ce de tor\u00adture que se deman\u00adder si rien de mau\u00advais ne s\u2019\u00e9\u00adtait pas\u00ads\u00e9, si notre femme allait bien, si nos enfants\u2026<\/p>\n<p>Je pus, enfin, aller tra\u00advailler. On me mit \u00e0 la sec\u00adtion des bro\u00adde\u00adquins, fabri\u00adqu\u00e9s pour l\u2019ar\u00adm\u00e9e. J\u2019a\u00advais refu\u00ads\u00e9 un poste de comp\u00adtable, car la plu\u00adpart d\u2019entre eux \u00e9taient des mou\u00adchards, qui exploi\u00adtaient les pri\u00adson\u00adniers en leur fai\u00adsant payer cinq francs une ciga\u00adrette qu\u2019ils acqu\u00e9\u00adraient par l\u2019in\u00adter\u00adm\u00e9\u00addiaire des contre\u00adma\u00eetres qui venaient tous les jours de l\u2019ex\u00adt\u00e9\u00adrieur diri\u00adger le tra\u00advail des ateliers.<\/p>\n<p>Rien n\u2019\u00e9\u00adtait fait pour \u00e9le\u00adver le niveau men\u00adtal et intel\u00adlec\u00adtuel des pri\u00adson\u00adniers. Une biblio\u00adth\u00e8que mis\u00e9\u00adrable, une salle de classe dans laquelle les pri\u00adson\u00adniers ne p\u00e9n\u00e9\u00adtraient que pour aller une fois par mois, \u00e9crire, comme j\u2019ai dit plus haut, \u00e0 leur famille. Je pour\u00adsui\u00advais cepen\u00addant mon effort achar\u00adn\u00e9 d\u2019au\u00adto\u00addi\u00addacte. Puis\u00adqu\u2019on m\u2019a\u00advait auto\u00adri\u00ads\u00e9, en entrant, \u00e0 conser\u00adver deux livres, j\u2019a\u00advais gar\u00add\u00e9 mon dic\u00adtion\u00adnaire et ma gram\u00admaire d\u2019an\u00adglais, que je n\u2019a\u00advais pas pu uti\u00adli\u00adser pen\u00addant mon ann\u00e9e de fort Saint-Nico\u00adlas, \u00e0 Mar\u00adseille, o\u00f9 l\u2019on m\u2019a\u00advait \u00f4t\u00e9 tous mes livres sans excep\u00adtion. Et je repris mon \u00e9tude de l\u2019an\u00adglais de la fa\u00e7on sui\u00advante&nbsp;: les bro\u00adde\u00adquins dont je fai\u00adsais reluire le bord des semelles et des talons \u00e0 la brosse tour\u00adnante m\u2019ar\u00adri\u00advaient sur un wagon\u00adnet que, mon tra\u00advail ter\u00admi\u00adn\u00e9, je pous\u00adsais pour que le pri\u00adson\u00adnier sui\u00advant fit \u00e0 son tour ce dont il \u00e9tait char\u00adg\u00e9. Entre le moment o\u00f9 je pous\u00adsais le wagon\u00adnet et celui o\u00f9 je rece\u00advais le wagon\u00adnet sui\u00advant, il se pas\u00adsait 10, 20, 40, 80 secondes\u200a\u2014\u200arare\u00adment plus. Je met\u00adtais \u00e0 pro\u00adfit ces brefs ins\u00adtants pour \u00e9tu\u00addier, lire, cher\u00adcher un mot dans le dic\u00adtion\u00adnaire, d\u00e9chif\u00adfrer une phrase. Cela intri\u00adgua un gar\u00addien, un \u00ab&nbsp;dur&nbsp;\u00bb qui avait \u00e9t\u00e9 dans les bagnes de la Guyane, et trai\u00adtait les pri\u00adson\u00adniers, qu\u2019ils fussent civils ou mili\u00adtaires, assas\u00adsins ou id\u00e9a\u00adlistes, avec la m\u00eame rigueur. Il vint feuille\u00adter d\u2019au\u00adto\u00adri\u00adt\u00e9 mes livres, me demande pour\u00adquoi j\u2019a\u00advais \u00e9t\u00e9 condam\u00adn\u00e9, parut sur\u00adpris, et ne me dit&nbsp;rien.<\/p>\n<p>Je dor\u00admais dans un dor\u00adtoir col\u00adlec\u00adtif. Le soir, nous jouis\u00adsions d\u2019une demi-heure de lumi\u00e8re \u00e9lec\u00adtrique, et j\u2019en pro\u00adfi\u00adtais pour faire des exer\u00adcices, des th\u00e8mes ou des ver\u00adsions, ce qui sur\u00adpre\u00adnait le pri\u00adson\u00adnier pr\u00e9\u00adpo\u00ads\u00e9 \u00e0 la dis\u00adci\u00adpline, lequel me conseillait de ne pas tant tra\u00advailler au lit (je met\u00adtais mon cahier, ou le papier dont je dis\u00adpo\u00adsais sur mes genoux repli\u00e9s pour pou\u00advoir \u00e9crire).<\/p>\n<p>Une des choses qui m\u2019ont le plus frap\u00adp\u00e9 \u00e9tait ce m\u00e9lange de pri\u00adson\u00adniers. Comme je l\u2019ai dit plus haut, il y avait toutes sortes d\u2019in\u00addi\u00advi\u00addus, depuis les petits escrocs jus\u00adqu\u2019\u00e0 des mal\u00adfai\u00adteurs che\u00advron\u00adn\u00e9s, des espions, des cri\u00admi\u00adnels, des r\u00e9clu\u00adsion\u00adnaires, qui tra\u00advaillaient avec nous, dans le m\u00eame ate\u00adlier, mais dor\u00admaient \u00e0 part et dans leur dor\u00adtoir se livraient de telles batailles que, m\u2019as\u00adsu\u00adra-t-on, les murs \u00e9taient macu\u00adl\u00e9s de sang. Ces batailles avaient lieu avec des cou\u00adteaux fabri\u00adqu\u00e9s avec des mor\u00adceaux de fer qui, bien aigui\u00ads\u00e9s, cou\u00adpaient comme des rasoirs. Les gar\u00addiens avaient beau fouiller de temps en temps les cel\u00adlules, les paillasses, tout ce qui pou\u00advait ser\u00advir de cachettes&nbsp;! Ils ne trou\u00advaient jamais rien. Quel\u00adque\u00adfois, les batailles achar\u00adn\u00e9es avaient lieu dans l\u2019a\u00adte\u00adlier m\u00eame entre des repris de jus\u00adtice. Les gar\u00addiens les lais\u00adsaient s\u2019entre-assom\u00admer, inter\u00addi\u00adsant aux autres pri\u00adson\u00adniers d\u2019al\u00adler les s\u00e9pa\u00adrer. Ils n\u2019y tenaient pas, du reste. Je fus sur le point d\u2019\u00eatre envoy\u00e9 au \u00ab&nbsp;mitard&nbsp;\u00bb pour avoir esquis\u00ads\u00e9, un jour, le geste de m\u2019in\u00adter\u00adpo\u00adser. \u00ab&nbsp;Eh puis, me dit par la suite mon voi\u00adsin de tra\u00advail, avant, les grands sei\u00adgneurs, ils se bat\u00adtaient en duel, pour\u00adquoi qu\u2019on ne se bat\u00adtrait pas,&nbsp;nous&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9\u00adtait dit en toute ami\u00adti\u00e9, et je ne dis\u00adcu\u00adtai pas. D\u2019au\u00adtant plus que mon inter\u00adlo\u00adcu\u00adteur avait su, comme d\u2019autres et par je ne savais quel che\u00admi\u00adne\u00adment, que j\u2019\u00e9\u00adtais \u00ab&nbsp;anar&nbsp;\u00bb, et se mon\u00adtrait tr\u00e8s cor\u00addial envers moi. Ain\u00adsi que quelques autres du reste, dont l\u2019un, je ne sus jamais lequel, me fit remettre un cou\u00adteau fabri\u00adqu\u00e9 par lui, du moins je le sup\u00adpose et faillit bien me faire envoyer au \u00ab&nbsp;mitard&nbsp;\u00bb&nbsp;!<\/p>\n<p>On le voit, les armes tran\u00adchantes \u00e9taient nom\u00adbreuses. Et les crimes fr\u00e9\u00adquents. Peu avant notre arri\u00adv\u00e9e, un jeune pri\u00adson\u00adnier, fils d\u2019un indus\u00adtriel de Nan\u00adcy, avait \u00e9t\u00e9 assas\u00adsi\u00adn\u00e9 par des Arabes, me dit-on, pour une ques\u00adtion de p\u00e9d\u00e9rastie.<\/p>\n<p>Dans l\u2019en\u00adsemble, la popu\u00adla\u00adtion p\u00e9ni\u00adten\u00adtiaire \u00e9tait effec\u00adti\u00adve\u00adment dan\u00adge\u00adreuse. Et ce qui s\u2019im\u00adpo\u00adsa \u00e0 mon obser\u00adva\u00adtion, c\u2019est que rien n\u2019\u00e9\u00adtait fait pour la rache\u00adter dans la mesure o\u00f9 cela \u00e9tait pos\u00adsible. On aurait pu orga\u00adni\u00adser un pro\u00adgramme d\u2019\u00e9\u00addu\u00adca\u00adtion moral vivant, ouvrir \u00e0 la par\u00adtie la moins gan\u00adgre\u00adn\u00e9e, des hori\u00adzons nou\u00adveaux. Rien ne se fai\u00adsait dans ce sens. Et le pire \u00e9tait (j\u2019a\u00advais consta\u00adt\u00e9 le m\u00eame fait \u00e0 Paris et \u00e0 Mar\u00adseille) que les d\u00e9lin\u00adquants pri\u00admaires \u00e9taient m\u00e9lan\u00adg\u00e9s aux vieux r\u00e9ci\u00addi\u00advistes qui se char\u00adgeaient de com\u00adpl\u00e9\u00adter leur \u00e9du\u00adca\u00adtion en les \u00e9mer\u00adveillant des r\u00e9cits faux ou r\u00e9els, de leurs prouesses.<\/p>\n<p>Clair\u00advaux m\u00e9ri\u00adtait bien sa r\u00e9putation.<\/p>\n<p>[\/G.L.\/]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On a par\u00adl\u00e9, et l\u2019on parle encore beau\u00adcoup de la pri\u00adson cen\u00adtrale de Clair\u00advaux, des condi\u00adtions d\u2019in\u00adter\u00adne\u00adment qui y existent, de la dis\u00adci\u00adpline qui y r\u00e8gne, des efforts ou de l\u2019ab\u00adsence d\u2019ef\u00adforts qui y sont d\u00e9ploy\u00e9s pour la r\u00e9cu\u00adp\u00e9\u00adra\u00adtion des pri\u00adson\u00adniers, etc. J\u2019ai long\u00adtemps h\u00e9si\u00adt\u00e9 \u00e0 appor\u00adter mon t\u00e9moi\u00adgnage, ne vou\u00adlant pas par\u00adler de&nbsp;moi,&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[398],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3388","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cahiers-de-lhumanisme-libertaire-na189-juin-1972"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3388","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3388"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3388\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3388"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3388"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3388"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3388"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}