{"id":3393,"date":"2012-10-05T12:36:30","date_gmt":"2012-10-05T12:36:30","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/10\/05\/pourquoi-nous-avons-perdu-malagaa\/"},"modified":"2012-10-05T12:36:30","modified_gmt":"2012-10-05T12:36:30","slug":"pourquoi-nous-avons-perdu-malagaa","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2012\/10\/05\/pourquoi-nous-avons-perdu-malagaa\/","title":{"rendered":"Pourquoi nous avons perdu Malaga\u00c2&nbsp;?"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3393?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3393?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>[(Nous repro\u00addui\u00adsons un article publi\u00e9 par nous, dans le <i>Liber\u00adtaire<\/i>, en 1937, peu apr\u00e8s la chute de Mala\u00adga. Nous croyons que son conte\u00adnu m\u00e9rite tou\u00adjours d\u2019\u00eatre connu, bien qu\u2019il ne l\u00e8ve qu\u2019une par\u00adtie du voile sous les\u00adquels se sont d\u00e9rou\u00adl\u00e9s les \u00e9pi\u00adsodes de la guerre inter\u00adna\u00adtio\u00adnale livr\u00e9e par le fas\u00adcisme, lui aus\u00adsi inter\u00adna\u00adtio\u00adnal, contre la r\u00e9pu\u00adblique et la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion sociale espagnole.)]<br>\n<\/p>\n<p>Quand les agences annon\u00adc\u00e8rent \u00e0 tra\u00advers l\u2019es\u00adpace la prise de Mala\u00adga par les troupes fas\u00adcistes, l\u2019\u00e9\u00adton\u00adne\u00adment fut g\u00e9n\u00e9\u00adral. On ne croyait pas qu\u2019une ville de cent qua\u00adrante mille habi\u00adtants, qui s\u2019\u00e9\u00adle\u00advaient \u00e0 deux cent mille en comp\u00adtant les r\u00e9fu\u00adgi\u00e9s, puisse tom\u00adber si faci\u00adle\u00adment aux mains de ses enne\u00admis. Dans le camp anti\u00adfas\u00adciste, les uns par\u00adl\u00e8rent de tra\u00adhi\u00adson, les autres\u200a\u2014\u200asph\u00e8res gou\u00adver\u00adne\u00admen\u00adtales\u200a\u2014\u200ade d\u00e9part pr\u00e9\u00adma\u00adtu\u00adr\u00e9 de la ville par les Comi\u00adt\u00e9s, de d\u00e9sor\u00adga\u00adni\u00adsa\u00adtion des troupes, d\u2019ir\u00adres\u00adpon\u00adsa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9. Devant l\u2019o\u00adpi\u00adnion publique, on accu\u00adsa, on accuse encore sur\u00adtout la F.A.I. d\u2019a\u00advoir \u00e9t\u00e9 ma\u00ee\u00adtresse de la situa\u00adtion et d\u2019a\u00advoir tout aban\u00addon\u00adn\u00e9 aux moments les plus graves. On ne man\u00adque\u00adra pas de reprendre l\u2019ac\u00adcu\u00adsa\u00adtion. Aus\u00adsi je veux r\u00e9ta\u00adblir dans cet article la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 historique.<\/p>\n<p>Les cir\u00adcons\u00adtances de la lutte me firent d\u00e9bar\u00adquer \u00e0 Mala\u00adga dans la pre\u00admi\u00e8re semaine de novembre. Le jour de mon arri\u00adv\u00e9e, j\u2019en\u00adtrai en rap\u00adport direct avec le Comi\u00adt\u00e9 de guerre. Un heu\u00adreux hasard, qui s\u2019est pro\u00adduit tr\u00e8s peu sou\u00advent, vou\u00adlait que ses membres&nbsp;: anar\u00adchistes, com\u00admu\u00adnistes, socia\u00adlistes de gauche et un mili\u00adtaire d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9 du gou\u00adver\u00adne\u00adment fussent tous des hommes d\u2019une loyau\u00adt\u00e9 et d\u2019une sin\u00adc\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 \u00e0 toute \u00e9preuve, capables de voir et de recon\u00adna\u00eetre les d\u00e9fauts de leurs par\u00adtis, et de pas\u00adser par-des\u00adsus leurs propres cama\u00adrades s\u2019ils n\u2019a\u00advaient pas rai\u00adson ou si les besoins de la lutte l\u2019exigeaient.<\/p>\n<p>Pen\u00addant huit jours j\u2019as\u00adsis\u00adtai aux r\u00e9unions quo\u00adti\u00addiennes du Comi\u00adt\u00e9, je par\u00adlai avec les uns, ou avec les autres, j\u2019en\u00adten\u00addis leurs confi\u00addences, et j\u2019eus la chance de conna\u00eetre presque tous les chefs de colonnes avec les\u00adquels je pus main\u00adte\u00adnir, sur la ques\u00adtion mili\u00adtaire, des conver\u00adsa\u00adtions pro\u00adlon\u00adg\u00e9es. Quand je par\u00adtis, quelque temps apr\u00e8s, j\u2019\u00e9\u00adtais convain\u00adcu qu\u2019\u00e0 la pre\u00admi\u00e8re attaque s\u00e9rieuse, Mala\u00adga tomberait.<\/p>\n<p>La cause en r\u00e9si\u00addait encore dans le sabo\u00adtage sys\u00adt\u00e9\u00adma\u00adtique dont ses com\u00adbat\u00adtants \u00e9taient vic\u00adtimes. Pas d\u2019armes, pas de muni\u00adtions. Il y avait en tout dans la Sier\u00adra, sur un front d\u2019en\u00advi\u00adron deux cents kilo\u00adm\u00e8tres, huit mille hommes arm\u00e9s. Une par\u00adtie des fusils avaient \u00e9t\u00e9 pris \u00e0 l\u2019en\u00adne\u00admi et, pour ces huit mille com\u00adbat\u00adtants, pour ces deux cents kilo\u00adm\u00e8tres de front qui allait d\u2019Es\u00adte\u00adpo\u00adna \u00e0 Gre\u00adnade, on pos\u00ads\u00e9\u00addait trois cent mille car\u00adtouches. La colonne de Mora, com\u00adpo\u00ads\u00e9e de mille hommes, comp\u00adtait seule\u00adment cinq cents fusils. Les autres atten\u00addaient que leurs cama\u00adrades tombent pour prendre leurs&nbsp;armes.<\/p>\n<p>Cette p\u00e9nu\u00adrie d\u2019ar\u00adme\u00adments \u00e9tait-elle due \u00e0 la fata\u00adli\u00adt\u00e9, \u00e0 un manque g\u00e9n\u00e9\u00adral d\u2019\u00e9l\u00e9\u00adments de com\u00adbat&nbsp;? Cela peut-\u00eatre en par\u00adtie vrai. Mais Mala\u00adga a \u00e9t\u00e9 aus\u00adsi vic\u00adtime d\u2019un blo\u00adcus sys\u00adt\u00e9\u00adma\u00adtique de la part du gou\u00adver\u00adne\u00adment cen\u00adtral, qui lui a tout refus\u00e9.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait pour\u00adtant n\u00e9ces\u00adsaire de la d\u00e9fendre. C\u2019\u00e9\u00adtait, en plus d\u2019une grande ville, le pre\u00admier port impor\u00adtant de la M\u00e9di\u00adter\u00adra\u00adn\u00e9e m\u00e9ri\u00addio\u00adnale. La pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019y d\u00e9bar\u00adquer des hommes et des muni\u00adtions en fai\u00adsait la base de la recon\u00adqu\u00eate de l\u2019An\u00adda\u00adlou\u00adsie. La flotte de guerre pou\u00advait s\u2019y abri\u00adter, et de l\u00e0 inqui\u00e9\u00adter les trans\u00adports enne\u00admis menant des troupes \u00e0 Alg\u00e9\u00adsi\u00adras, ou bom\u00adbar\u00adder les posi\u00adtions rive\u00adraines de l\u2019A\u00adfrique du Nord. Perdre Mala\u00adga devait avoir des cons\u00e9\u00adquences extra\u00ador\u00addi\u00adnai\u00adre\u00adment graves.<\/p>\n<p>Mais les poli\u00adti\u00adciens avaient des rai\u00adsons. Soixante pour cent du peuple \u00e9tait avec la F.A.I. et la C.N.T. Dans le par\u00adti socia\u00adliste, divi\u00ads\u00e9 en deux groupes, les jeunes, plus ardents et plus com\u00adba\u00adtifs, \u00e9li\u00admi\u00adnaient les vieux pro\u00adfi\u00adteurs et refu\u00adsaient d\u2019\u00eatre de simples ins\u00adtru\u00adments des ambi\u00adtions per\u00adson\u00adnelles ou de cote\u00adries. Mala\u00adga avait donc, face au gou\u00adver\u00adne\u00adment, une atti\u00adtude ind\u00e9\u00adpen\u00addante, non qu\u2019elle se s\u00e9pa\u00adr\u00e2t du reste de l\u2019Es\u00adpagne, mais parce qu\u2019elle cher\u00adchait son che\u00admin dans une autre direc\u00adtion sociale, qui n\u2019a\u00advait rien \u00e0 voir avec le r\u00e9gime d\u00e9chu et ses repr\u00e9sentants.<\/p>\n<p>Pas d\u2019armes. Des com\u00admis\u00adsions furent envoy\u00e9es, les unes apr\u00e8s les autres, voir \u00e0 Madrid, Lar\u00adgo Cabal\u00adle\u00adro. Elles implo\u00adraient, elles fai\u00adsaient voir que la menace sur Madrid pou\u00advait \u00eatre conju\u00adr\u00e9e par une avance rapide en Anda\u00adlou\u00adsie. \u00c0 ce moment, les fas\u00adcistes concen\u00adtraient leurs forces dans le Nord et dans le centre de l\u2019Es\u00adpagne. Dans les pro\u00advinces du Sud, il n\u2019y avait presque pas de sol\u00addats. Les anti\u00adfas\u00adcistes v\u00e9ri\u00adtables de Mala\u00adga se fai\u00adsaient forts de prendre Alg\u00e9\u00adsi\u00adras en qua\u00adrante-huit heures, et c\u2019est \u00e0 Alg\u00e9\u00adsi\u00adras que d\u00e9bar\u00adquaient les troupes rifaines, et Alg\u00e9\u00adsi\u00adras \u00e9tait encore le prin\u00adci\u00adpal point de ravi\u00adtaille\u00adment des fas\u00adcistes sur toute la c\u00f4te du Sud. Ils se fai\u00adsaient forts d\u2019ar\u00adri\u00adver aux portes de Cadix et de S\u00e9ville, de prendre avec deux mille fusils et dix mitrailleuses, la ville de Gre\u00adnade. Ils expri\u00admaient cela en sup\u00adpliant. Rien \u00e0&nbsp;faire.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Pour Mala\u00adga, pas un fusil, pas une car\u00adtouche&nbsp;\u00bb, leur d\u00e9cla\u00adra tex\u00adtuel\u00adle\u00adment Lar\u00adgo Cabal\u00adle\u00adro. Et un d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9 socia\u00adliste, exas\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9, l\u2019in\u00adsul\u00adta un jour autant que quelque temps avant son d\u00e9part pour Madrid, Dur\u00adru\u00adti l\u2019a\u00advait fait devant la m\u00eame r\u00e9sis\u00adtance intran\u00adsi\u00adgeante et cri\u00admi\u00adnelle en ce qui concer\u00adnait le front d\u2019Aragon.<\/p>\n<p>Mais on ne refu\u00adsait pas seule\u00adment les armes et les muni\u00adtions. On refu\u00adsait les chefs mili\u00adtaires \u00e9clai\u00adr\u00e9s, ou on les repre\u00adnait quand on se ren\u00addait compte que, pla\u00ad\u00e7ant les besoins de la guerre en pre\u00admier lieu, ils main\u00adte\u00adnaient avec tous les com\u00adbat\u00adtants des rela\u00adtions cor\u00addiales, et se refu\u00adsaient \u00e0 les ignorer.<\/p>\n<p>Com\u00adment auraient-ils pu le faire&nbsp;? Les trois-quarts de mili\u00adciens cam\u00adp\u00e9s et lut\u00adtant dans la mon\u00adtagne \u00e9taient membres de la C.N.T. et de la F.A.I. Presque tous les chefs de colonnes, des gu\u00e9\u00adrille\u00adros comme il n\u2019y en eut pas sur d\u2019autres fronts \u00e9taient des n\u00f4tres. Com\u00adment se pas\u00adser d\u2019eux&nbsp;? Com\u00adment se pas\u00adser de Pedro Lopez, auteur d\u2019\u00e9\u00adtudes sur la guerre r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, mili\u00adtant aim\u00e9 des pay\u00adsans, et chef si habile que les plus mili\u00adtaires le consul\u00adtaient apr\u00e8s avoir adop\u00adt\u00e9 un plan, et de qui le colo\u00adnel Simon me disait qu\u2019il ne lui man\u00adquait que les galons de g\u00e9n\u00e9\u00adral&nbsp;? Com\u00adment se pas\u00adser de Mora, figure mer\u00adveilleuse de vingt-quatre ans, qui fut de tous les com\u00adbats, \u00e0 S\u00e9ville et \u00e0 Tri\u00adana, \u00e0 Bada\u00adjoz et \u00e0 Cac\u00e9\u00adr\u00e8s, \u00e0 Oro\u00adpe\u00adca, \u00e0 Tala\u00adve\u00adra, \u00e0 Tol\u00e8de, \u00e0 Madrid, et que Lar\u00adgo Cabal\u00adle\u00adro lui-m\u00eame auto\u00adri\u00adsa \u00e0 par\u00adtir sur le front de Mala\u00adga avec des armes et des hommes&nbsp;? Com\u00adment se pas\u00adser d\u2019Ar\u00adcas, dont le fr\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 dans les pre\u00admiers com\u00adbats, mais qui, \u00e0 la t\u00eate de la cava\u00adle\u00adrie, par lui orga\u00adni\u00ads\u00e9e, fai\u00adsait dans le ter\u00adri\u00adtoire enne\u00admi des incur\u00adsions fruc\u00adtueuses&nbsp;? Com\u00adment se pas\u00adser de \u00ab&nbsp;El Raya&nbsp;\u00bb et de tant d\u2019autres&nbsp;?<\/p>\n<p>Et comme ils ne consen\u00adtaient pas \u00e0 \u00e9li\u00admi\u00adner ces hommes, comme ils ne pou\u00advaient ni ne vou\u00adlaient rompre leurs rela\u00adtions avec nos syn\u00addi\u00adcats dont les ouvriers \u00e9taient tou\u00adjours les plus prompts \u00e0 fabri\u00adquer les gre\u00adnades et les bombes, c\u2019\u00e9\u00adtait eux qu\u2019on \u00e9liminait.<\/p>\n<p>Ain\u00adsi fut limo\u00adg\u00e9 le com\u00adman\u00addant Rome\u00adro, chef de tout le front, qui mal\u00adgr\u00e9 son incli\u00adna\u00adtion ori\u00adgi\u00adnaire vers le com\u00admu\u00adnisme, finit par avoir pour nous une sym\u00adpa\u00adthie mar\u00adqu\u00e9e, car c\u2019est dans nos rangs qu\u2019il trou\u00advait tou\u00adjours la plus grande dis\u00adpo\u00adsi\u00adtion \u00e0 la lutte et \u00e0 tout ce qui \u00e9tait n\u00e9ces\u00adsaire. Ain\u00adsi fut \u00e9li\u00admi\u00adn\u00e9 le colo\u00adnel Simon, qui occu\u00adpa ensuite le m\u00eame poste. Ain\u00adsi furent \u00e9li\u00admi\u00adn\u00e9s des chefs de moindre impor\u00adtance. On les envoyait sur d\u2019autres fronts, et dans la plu\u00adpart des cas, on ne les rem\u00adpla\u00ad\u00e7ait&nbsp;pas.<\/p>\n<p>Les anti\u00adfas\u00adcistes de Mala\u00adga, socia\u00adlistes, com\u00admu\u00adnistes et anar\u00adchistes voyaient cela. Ils voyaient leur manque d\u2019ar\u00adme\u00adments, ils savaient que Mala\u00adga \u00e9tait une proie convoi\u00adt\u00e9e, et ils me disaient que le jour o\u00f9 l\u2019en\u00adne\u00admi concen\u00adtre\u00adrait ses forces, il n\u2019y aurait pas moyen de r\u00e9sister.<\/p>\n<p>Aus\u00adsi envoyaient-ils d\u00e9l\u00e9\u00adga\u00adtion sur d\u00e9l\u00e9\u00adga\u00adtion. Je par\u00adtis avec deux d\u2019entre elles, une civile et une mili\u00adtaire. La d\u00e9l\u00e9\u00adga\u00adtion mili\u00adtaire avait \u00e0 sa t\u00eate le com\u00adman\u00addant Pelayo, un des pre\u00admiers artilleurs d\u2019Es\u00adpagne, qui diri\u00adgeait le sec\u00adteur d\u2019Es\u00adte\u00adpo\u00adna, soixante-dix kilo\u00adm\u00e8tres \u00e0 l\u2019est de Mala\u00adga. Comme tant d\u2019autres, il lui fal\u00adlut faire anti\u00adchambre, cher\u00adcher des recom\u00adman\u00adda\u00adtions, par\u00adler avec les secr\u00e9\u00adtaires des ministres, et, quand il fut re\u00e7u, \u00eatre \u00e9cou\u00adt\u00e9 avec indif\u00adf\u00e9\u00adrence. Des hommes qui deman\u00addaient \u00e0 se faire tuer, \u00e0 vaincre l\u2019en\u00adne\u00admi, devaient sup\u00adplier les bureau\u00adcrates et les poli\u00adti\u00adciens, ma\u00eetres de&nbsp;tout&nbsp;!<\/p>\n<p>La d\u00e9l\u00e9\u00adga\u00adtion civile n\u2019eut pas plus de chance. Il en vint d\u2019autres par la suite. D\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9s, ils fai\u00adsaient aux poli\u00adti\u00adciens d\u2019\u00e9\u00adlo\u00adquents dis\u00adcours pour leur mon\u00adtrer l\u2019im\u00adpor\u00adtance d\u2019une avance en Anda\u00adlou\u00adsie. Tout \u00e9tait inutile.<\/p>\n<p>L\u2019in\u00adter\u00adven\u00adtion de nos ministres ne fut pas plus heu\u00adreuse. Mis en mino\u00adri\u00adt\u00e9 sur cette ques\u00adtion comme sur beau\u00adcoup d\u2019autres, il leur fut impos\u00adsible d\u2019ar\u00adra\u00adcher la moindre concession.<\/p>\n<p>Dans les mon\u00adtagnes, les troupes tenaient, lut\u00adtaient. Elles firent de nom\u00adbreuses actions, livr\u00e8rent de nom\u00adbreux com\u00adbats dont sou\u00advent on ne par\u00adla m\u00eame pas. Et ces com\u00adbats \u00e9taient presque tou\u00adjours \u00e0 leur avan\u00adtage, car ils \u00e9taient orga\u00adni\u00ads\u00e9s et dis\u00adci\u00adpli\u00adn\u00e9s d\u2019une fa\u00e7on exemplaire.<\/p>\n<p>Mais les armes ne venaient tou\u00adjours pas. Sept mille hommes les atten\u00addaient dans les casernes. Mala\u00adga a subi une cen\u00adtaine de bom\u00adbar\u00adde\u00adments a\u00e9riens, et pour se d\u00e9fendre on ne lui envoya qu\u2019un r\u00e9flec\u00adteur. Les trois cent mille car\u00adtouches s\u2019\u00e9\u00adva\u00adnouis\u00adsaient dans les com\u00adbats, et il n\u2019en venait pas de nou\u00advelles. Avec l\u2019aide d\u2019a\u00admis pla\u00adc\u00e9s pour cela, je pus faire d\u00e9tour\u00adner, pour qu\u2019on les rem\u00adplisse \u00e0 nou\u00adveau, deux cent mille douilles ayant d\u00e9j\u00e0 ser\u00advi. Ce fut&nbsp;tout.<\/p>\n<p>Dans les der\u00adniers moments, quand l\u2019en\u00adne\u00admi atta\u00adquait sur un point, il fal\u00adlait cou\u00adrir \u00e0 d\u2019autres deman\u00adder les car\u00adtouches qui restaient.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ces condi\u00adtions qu\u2019on dut faire face \u00e0 l\u2019at\u00adtaque for\u00admi\u00addable, par terre, par air et par mer, que d\u00e9clen\u00adch\u00e8rent les fas\u00adcistes espa\u00adgnols, ita\u00adliens et alle\u00admands. On reproche aux Comi\u00adt\u00e9s d\u2019a\u00advoir quit\u00adt\u00e9 la ville deux jours avant l\u2019en\u00adtr\u00e9e des troupes enne\u00admies. Il faut tenir compte de tous ces pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addents pour les juger. Sans muni\u00adtions, les troupes se repliaient de la mon\u00adtagne sur la ville. Il n\u2019y avait, en cas de retraite, qu\u2019une route bor\u00addant la mer, et qu\u2019un d\u00e9bar\u00adque\u00adment de cinq cents hommes et le bom\u00adbar\u00adde\u00adment d\u2019un navire de guerre pou\u00advaient cou\u00adper. La fuite g\u00e9n\u00e9\u00adrale \u00e9tait in\u00e9vi\u00adtable. Affa\u00adm\u00e9s\u200a\u2014\u200ails avaient faim depuis des mois \u2014, pour\u00adsui\u00advis par les avions, les habi\u00adtants s\u2019en\u00adfuirent. Dix mille vic\u00adtimes devaient tom\u00adber pen\u00addant cette course atroce.<\/p>\n<p>Au der\u00adnier moment, le gou\u00adver\u00adne\u00adment envoya des ren\u00adforts et des muni\u00adtions. Elles n\u2019ar\u00adri\u00adv\u00e8rent qu\u2019\u00e0 Almeria.<\/p>\n<p>L\u2019a\u00advance de l\u2019en\u00adne\u00admi avait \u00e9t\u00e9 de cent qua\u00adrante kilo\u00adm\u00e8tres. Et la perte, au point de vue g\u00e9o\u00adgra\u00adphique, mili\u00adtaire et moral, est incalculable.<\/p>\n<p>Dans la Sier\u00adra, des mil\u00adliers de com\u00adbat\u00adtants sont tom\u00adb\u00e9s qui lut\u00adt\u00e8rent comme des lions avant et pen\u00addant l\u2019in\u00adva\u00adsion. Des mil\u00adliers de cama\u00adrades qui se savaient sacri\u00adfi\u00e9s, poi\u00adgnar\u00add\u00e9s dans le dos par les poli\u00adti\u00adciens. Des mil\u00adliers de h\u00e9ros ano\u00adnymes qui, pen\u00addant des mois, ont souf\u00adfert le froid, la faim, la tra\u00adhi\u00adson, qui avaient sou\u00advent des envies folles de mar\u00adcher sur Valence et d\u2019en finir avec cette ver\u00admine. Leurs cadavres ont pour\u00adri sur les rochers, ont gel\u00e9 dans les neiges, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9vo\u00adr\u00e9s par les&nbsp;b\u00eates.<\/p>\n<p>Pen\u00addant ce temps, ceux qui, par le m\u00e9ca\u00adnisme de l\u2019\u00c9\u00adtat, avaient tout en main, fai\u00adsaient de la poli\u00adtique, des man\u0153uvres et des contre-man\u0153uvres. Et ce sont ceux-l\u00e0 qui accusent&nbsp;!<\/p>\n<p>Je dois bien, \u00e0 toutes ces vic\u00adtimes sto\u00efques, \u00e0 tous ces cama\u00adrades admi\u00adrables, \u00e0 tous ces com\u00adbat\u00adtants ces quelques lignes o\u00f9 je d\u00e9fends leur m\u00e9moire, et qui peut-\u00eatre contri\u00adbue\u00adront \u00e0 ce que de telles tra\u00adhi\u00adsons ne se r\u00e9p\u00e8tent pas.<\/p>\n<p>[\/\u200bRobert <sc>Lefranc<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[(Nous repro\u00addui\u00adsons un article publi\u00e9 par nous, dans le Liber\u00adtaire, en 1937, peu apr\u00e8s la chute de Mala\u00adga. Nous croyons que son conte\u00adnu m\u00e9rite tou\u00adjours d\u2019\u00eatre connu, bien qu\u2019il ne l\u00e8ve qu\u2019une par\u00adtie du voile sous les\u00adquels se sont d\u00e9rou\u00adl\u00e9s les \u00e9pi\u00adsodes de la guerre inter\u00adna\u00adtio\u00adnale livr\u00e9e par le fas\u00adcisme, lui aus\u00adsi inter\u00adna\u00adtio\u00adnal, contre la&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[400],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3393","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cahiers-de-lhumanisme-libertaire-na187-avril-1972"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3393","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3393"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3393\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3393"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3393"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3393"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3393"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}